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KARLLAsKE

Le

uler
nOir
François Genoud

Il

s'appelle François Gene"d. 11 .sc .itGyr, heh'éUquo. Il 0.1,
entre au Lrœ, !>t'ln(luicr, Et il 0"" thlNe AUX convictiOIl' oa1.ies qu 'ila
I o flichées des son joune âge. intégrant m~mp. l e5 scr."iCf'.... spéci aux
llu RClch o. 1940.
Agent li lt-éraire, fntAçols 0 moud ctllltrôlo OO llUis 19i>O la IlU l li.
caLion des œu\'res pos th UIMS des plus impo rtants dlrigcan,s nazis:
mtler. 80 1'1111,00, Goebbels. Banq uior, il j ouo un l'ÔI clé dans la
guerlll d'Aljé ric et. la circuh t ion des ronds OI)parLonanLau F..N,
croo la Banq ue commerciltl~ arabe, fait dispullÎt re lu ~ tréso' do
guerre. de la résistance al~éric nll c . Agent ~1écial , il esi un leJais
de filières d'é\'asion. fi nance J... défense d'Adolf Eichl1limn ct .:ellè de
Klaus Rarbif'i. De 1970 à 1975,Ies pl us radicè.ux des leaders
p;.!les'iniem ont recours à lui, notamment Il ic.h I~ m ircz Sanc hez.
dil Carlos.
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Cr Il'est pa; scu lomcn les fi ls d'unfl ''1(' singJIii>re que Karllaskc a
l)8liemmc llt d~noués au prix d'une tnqu6t.e ninutieusfl el. tC13ce.
c'est la U1l1l0 sombre de no~rc histoire comnunro:.
M.rt La• ., n en 1959, e Ljourn alj~c UMrol-ion . Il est l':aulcur
de lrùs tHlilbreuses èlHluültS n Su i~, ll ot3mment su r los d rcu ilS
buncaires LLilisés par les mJieux POlilÎ(IUe5 rrança.is.

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LE BANQUIER
NOIR

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KARL LASKE

LE BANQUIER
NOIR
FRANÇOIS GENOUD

ÉDITIONS DU SEUIL
27, rue Jacob. Paris VI e

1buLc rqftoenIltion 011 reprodIocIion Inotsnole ou I*\iello r..... ... .. u.llilldon coIie<1I...._ eoœ . ~ i..... i... ...... wmONS DU SEUIL Le 0xIe do ..i.. IIeou>\!JIe. .ll< PlI quelque ~ QUe ce ooiI. du <le la l'r(~n/lt .. L..CE UVRE EST rom PAR HERvt HAMON A Michèle et d Antonio Sco/ari ISBN 2-02-0 12329-0 • C ~VRIE... de j'tuaeUtOll <le ICI OyoNs caIISC.2 . «Ipieo ou ~iono dmi_ a . intftd.r~ lOMionaI6o 1* .nid...R 1996.... IIe<1 . le conotnl . <SI illicile el consIituo """ """". J».. ...... I.

François Genoud. il a les ailes du d iable. comment il occupait son temps en dehors de la polymérisation et de la conscience indo-gennanique. semblait méfiant mais très sûr de lui. Jacques Vergès. Le Salalld hmlineux. et surtout. il est sur le toit et dans la cave en même temps. quand j'ai été de nouveau un homme libre. non pas pour me venger. le banqu ier Genoud est présent. J'étais envoyé par un hebdomadaire pour l' interviewer. comme Fantômas. du même coup. quartier qui longe le lac Léman. J'ai rencontré l' ancien banquier pou r la premi ère fois le 15 janvier 1990. L'œil droit légèrement fermé. il sent le soufre. dans le salon de l'hôtel Beau Rivage de Lausanne. comme le suggère Jacques Vergès. Elllretien al'l'C Jean-Louis Remilleux. celte réflex ion de Me Jacques Vergès résume bien la vie de François Genoud. ÉditÎons nOt . et Michel l afon. • • « On le voit partout. j'essence de la grande folie du lUe Reich. Primo Levi. ct c 'est lui qu i fa it monter la mayonnaise I . mais pour satisfaire ma curiosité de l'espèce humaine. j'ai désiré le re ncontrer à nouveau. entre de ux êtres appartenant à deux. Paris. s' il avait été un tant soit peu une cible ou un bouc émissaire pour des forces politiques. }) Malgré son deux. Mes prédécesseurs les avaient déjà posées. d'eOlrouvrir les coffTes d 'un service de renseignement et de fournir quelques extraits de sa biographie. François Genoud cultivait lui-même sa légende. S'il avait été la victime d' une diaboli sation. Si c'est un homme.Avant-propos Je me suis demandé cc qui pouvait bien sc passer à l' intérieur de cet homme . et si je pouvais expliquer à fond la natu re de ce regard échangé comme à travers la vitre d ' un aquarium. Car son regard ne fut pas celu i d 'un homme à un aUire homme. Or la 1. Mes questions év idemment n'étaient pas nouvelles. Ses réponses aussi devaient être identiques: ambiguës. Je n' ignorais pas que de nombreux journalistes m 'avaient précédé. j' au rais expliqué. Habitué à ce genre d'exercice. soixante-quinze ans. mondes d ifférents. pour celles-ci.ième degré. Chaque fo is qu' il y a un complot quelque part dans le monde. mystérieuses. 9 . à Ouchy. dans le lit également. il eût été facile. 1990.

quand j'aperç us deux portiers de l'hôtel Beau Rivage s'élancer sous la neige avec une chaise roulante. pour tenter d'obtenir un nouvel en tretien. Il l'ignorait encore mais il venait de se casser la hanche cl l'autre bras. li avait perdu quelques centimètres. Év idemment. Son arcade sourcilière saignait. interrompu périodiquement par la douleur de sa hanche. m'expliquait Roger de Diesbach. et me suggéra quelques corrections de dates el de noms propres. écouter François Genoud consistait à plonger dans un autre monde. Des ouvrages tradu its dans presque toutes les langues. et par la suite leur texte intégral . li se fit conduire dans un des salons. Ainsi s'acheva le deuxième entretien. Et il se mit à lire mon article. voOté sur cette chaise. cette propagande a perdu son sens. atteint par l'âge. fort sommaires.. Quand je revins à Lausanne un mois plus tard. l'un des leaders du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). il parlait de celles des chefs nazis. expliquait-il à ses proches. la conversation n 'avait plus lieu d'être et je lui recommandai de s'occuper sans plus attendre des premiers soins. Quelques rares articles de presse. « François Genoud est un pone-drapeau. s'amusa d 'une formule. il n'en a rien été : son rôle est passé inaperçu ou presque. elle l'emporta. li avait perdu l'équilibre sur le verglas. Je l'attendais depuis dix minutes. Encore une fois. li venait de se casser le bras. et je le suivis. 3 1 aoQt 1994. pas un banquier ». preuve que personne ne lenait vraiment à ce que ces dossiers soient . Il sou. au moment où les accords de paix israélo-palestiniens sont devenus une réalité. il y a vingt ans. Le TeSlOment politique de Hitle. le 7 février 1990.. Et. et sans doute J'un de ceux qui avaient ouvenemenl fail le pJus pou r la renaissance du national-socialisme dans le monde. Parallèlement. me laissant une impression de malaise el d 'incrédulité. chef des infonnati ons géné- 10 Il 2. la révélation de l'influence d ' un banquier nazi dans les cercles palestiniens. en 1960. TI me fit quelques commentaires critiques. miS au Jour. pui s un finan cier adulé dans les mili eux palestiniens les plus radicaux. mai s François Genoud est l'homme qui a fait plus que nous tous réunis pour la cause palestinienne ». Di fficile exercice. . . sans oublier les premiers extraits des journaux de Goebbels en 1976. Entretien d'Albeno Marientoni avec l'auteur. ont été réunis et photocopiés en 1971 par un centre d 'information bruxellois pro-israélien. tournant les pages avec difficulté de sa main plâtrée. Il voulait absolument lire l'article que j'avais préparé. a cessé d'être actif sur ce plan. Quand il évoquait avec commisération le sort des famill es spoliées par la guerre.. en tout et pour tout. Plus que tel chef de parti nostalgique. François Genoud. Quel sympathisant de Hitler pouvait en dire autant ? C'est lui aussi qui avait pri s soin de la défense d 'Adolf Eichm ann ou de Kl aus Barbie au moment de leurs procès. qui « avaient tout perdu » . déclara par exemple Bassam Abou Sharif. Mais il insista. François Genoud n 'était pas décidé à me rencontrer. François Genoud fut hospitalisé. diffusés dans les pays du monde entier. très embarrassé. fil peu après son entrée dans le hall . François Genoud. ou tel propriétaire de journal.« Je ne suis pas d'accord avec ses idées. François Genoud passait pour J'un des derniers représen- tants de 1'« internati onale noire ».ffrait d 'ostéoporose. On ne contestera pas ici le formidabl e potentiel de propagande qu' aurait pu contenir. le même Françoi s Genoud était devenu le banquier du FLN algérien. à un journaliste italien éberlué 2. D'ailleurs.LE BANQUIER NOIR AVANT·PROPOS chronique offi cielle est restée très sommaire el secrète. mais il se réta~ lit. maladie assez courante chez les personnes âgées. Une ambulance était arrivée. L' hiver était au plus fort : neige et verglas recouvraient la ville. Ses efforts avaient été constants: éditer les propos de table de Hit ler dès 1952. Je lui proposai de lui faire lire mon article à paraître et j'emportai ainsi sa décision. même s'il continue d 'avoir une importante activité éditoriale.

Les clefs me sont venues natu rellement. L' admettre eOt été enterrer l'enquête. pas du chasseur. François Gcnoud avait mélangé les causes et les engagements. la Seconde Guerre mondiaJe n'est pas teoninée. LI se croit chargé d ' une mi ssion : c'est la cont inuat ion de la guerre par tous les moyens. les militants. comme disent certains confrères. mon maître! » s'exclama-t-il en levant les deux bras en l'air. je l'interrogeai sur sa présence à certaines parties de chasse dans les environs de Tanger. obtenu de François Genoud des entretiens «check-i n » . EUe s'est poursuivie dès lors contre vents et marées. quand je lui annonçai quelques mois plus tard mon intention. je préparais un projet de livre sur Franço is Genoud. et à recuei llir une confirm ation ou un démenti . au coup par coup. La priorité de Simon Wiesenthal ou de Serge Klarsfeld ayant toujours été la recherche des criminels. J'ai cependant. » « Comme Hitler. me confirmait un ancien agent du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (S DECE) qui l'avait connu dans les années soixante. étaient méfiants. en remontant Je fil de sa vie. leur semblait-il. Cette réaction me convenait : il n'était pas question pour moi de soumettre ce manuscrit à son approbation. 3. L'amalgame. Un avocat socialiste lausannoi s raccrocha brutalement le combiné de son téléphone après que j'eus expliqué la rai son de mon appel. A ma connaissance. allait envahir ce livre. qui combattait l'arrivée des juifs d' Europe. ils le savaient. L. et que je ne cherchais pas à revoir l'histoire des idéologies. aux côtés du mufti de Jérusalem. qui. c'est-à-dire de gauche et d'exLrême droite. Je suis du côté du gibier.LE BANQUIER NOIR AVANT-PROPOS rrues au Journal de Genève. Ailleurs. comme d' autres confrères l'avaient fait avant moil. II s'insurgea : « Je n'ai jamais été pour la chasse. m' interrogeant sur ses nombreux secrets. contrairement au Reichsmarschall [Goring). répondit Genoud plutôl sèchement au téléphone. serait inévitable. une autre est en cours. En 1993. à quelques exceptions près.« Ce n'est pas un homme d'argent : c'est un fanatique ». Ses amis et ses proches allaient adopter. « Je ne participerai pas à cette entreprise ». m'expliqua un spécialiste du Moyen-Orient. agacés par l'analyse des connivences. De part et d'autre. J'expliquais à lous que je voulais comprendre un personnage et ses motivations. « Pour François Genoud. de manière à vérifier un document ou un témoignage. . 12 K . de ma pan. Tournant et retournant ces questions. Certains témoins réagirent vivement à mon projet. ou moins six projets. Une phase s'est achevée. Un ancien ministre algérien m' accusa de préparer un livre sioni ste. la même li gne de conduite. qui parfois tenait en quelques lettres. y compris bancaires. » Or la guerre de François Genoud a commencé en Palestine en 1936. on n'avait guère enquêté sur le financier suisse. du côté des« chasseurs de nazis ».

le grand tribun disparaissait. Hcnnann Rauschning. lui serre la main et lui dit trois mots. mais c 'était la première fois que je pénétrais dans son intimité. C 'était un homme d'une grande éducation . Librai rie Somogy. mai s à celte époque. 15 . Hitler avait un charme extraordinaire. il n'était question que de ses yeux profonds el bleus. [ ... 12 juillet 199 1... . pour n'être plus qu ' un petit-bourgeois insignifiant."» U ne lui en faut pas plus pour tomber à la renverse. En campagne de relations publiques. se souvient François Genoud : "C'est votre génération qui fera l'Europe.1 Les Suisses du Reich Françoi s Genoud n'a que dix-sept ans quand il fait la connaissance d 'Adolf Hitler à Bonn.] Hitler n'a vraiment rien qui puisse attirer. le futur chancelier du Reich est J' invité d'un soir. Or ses yeux ne sont ni profond s ni bleus 2. 1939. . Entretien avec l'auteur. viennoise . Hitler s'approche du jeune Suisse. Dans ce cadre. f .. 2. Paris. rencontre Hitler à la même é poque. propriétaires d 'une fabrique de papiers peints. Niller m'a flil.. nota-t-il.] Quelle impression Hitler produit-il ? C 'est la question qu 'on pose à tous ceux qui l'ont approché. U cédait toujours le pas 1. « Quelques mOlS sympathiques. « C 'était l'émerveillement. » • 1. Pour ma part. dirigeant nazi du gouvernement de Dantzig. je me souviens qu ' il éveilla en moi des émotions contradictoires. au mois d 'août 1932: « J'avais déjà rencontré Hitler en public. il est hébergé par des ami s de ses parents. parmi les membres du parti et les sympathisants. en 1932. ») Hennann Rauschning. Tout le monde le sait fort bien aujourd ' hui .

le cycle des manifestations et contre-manifestation s provoque l' intervention de l'école de recrues de Lausan ne contre le défil é antifasc iste. De leur côté. à l'ouest et au sud ce sont les fascistes pro-italiens. bourgeoise. Car François Genoud père. Volontiers indiscipliné. le Parti socialiste ravit la municipali té au Bloc national. et va rapidement s'engager dans un groupe d'inspiration nationale-socialiste. François Genoud suit avec engouement la montée en pui ssance du parti nazi. Franz Burri reçoit 200 marks par mois pour ses « infonnations» 5. les diri geants fronti stes demandent même à l'ambassade du Reich de finance r leur journal NatÎonale Front par l'achat de 3000 exemplaires quotidiens 6. bapti sée « Bellerive-Plage ». le haut du pavé est tenu par une organi sation cousine du Front nati onal: l' Union nationale. Payol. A l'est les pro-aUemands nationaux-socialistes sont pui ssants.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH Depui s un an. Après une première année d ' internat à Fribourg-en-Brisgau./bid. Lausanne. A Genève. En 1936. François Genoud n'est plus le même. il se découvre le goOt de l'ordre. J'une de ses grand-mères est ang laise et s' appelle Colinwood. Foin d 'esprit germanique chez François Genoud: d 'ailJeurs. pui s à Lausanne. Un Office du chômage est aussitôt créé. sa presse et les d iscours de ses dirigeants en font une fonnation poljrique qui « s'apparente nettement au national-socialisme allemand ». De tous les mouvements d 'ex trême droite. Arborée. Fortement inspirée par les projets du Front populaire fran çais. Boudry. La diversité linguistique et culturelle suisse impose un éclatement quasi géographique de l'extrême droite. 17 . Ce voyage d'études est un paradoxe. 2041 000 repas sont servis à la population ouvrière. contrairement à bien des légendes. D'origine française. François Genoud choisit le Front national. ou futurs pétainistes. qui viendront dès 1940 renforcer le pouvoir collaborationniste en France. n'est pas banquier. « Lau sa:nne est rouge ! » se lamentent les milieux bourgeois. Le fII <Reich el ta Suisse. 1974. faisant treize morts et soixante-cinq blessés. il s'imaginait à l'opposé de 1'« esprit allemand ». mais lui aussi propriétaire d'une papeterie fondée à Lausanne en 1911 . HistoÎre de 16 Lausann~. Et il souhaite voir son fils lui succéder. En 1933. La Baconni ~re. tel qu'on se le représente comm unément. Les rapports reçus par le ministère allemand des Affaires étrangères à son sujet concluent invariablem ent que ses directives. son père lui a organisé ce long séjour studieux dans la fabrique de ses amis de Bonn. disputent la rue à la gauche avec presque au tan t de vigueur qu'en France. le Front national est l'un de ceux qui retiennent le plus l'attention des Allemands. car il est plutôt francophile. les organisations d 'extrême droite s uisses • 3. cela représente une subvention de 300 marks par jour. li est devenu un inconditionnel de l'Allemagne. A 10 pfennigs l'un. mais également les maurrass iens. contre la promesse de prendre en compte les désirs a1lemWlds.). Chaq ue canton paraît attiré par le fascisme qui borde ses frontières. où le groupe local compte assez vite cinq cents sympathi sants dont trois cents membres act ifs 4 . 5. Daniel Bourgeois. 4. Accoudée au lac Léman. Sûrs de la bienvei llance allemande à leur égard . on le dit même un peu hostile à l'Allemagne et vivant sur le so uvenir de la Première Guerre mondiale. Jean-Charles Biaudet (éd. de Savoie et de Corrèze par ses parents arrivés à Lausanne en 1870. fondée en juin A son retour d ' Allemagne. Lausanne a déjà des allures de station balnéaire. le 9 novem bre 1932. Comme son père. 6. la municipalité de Lausanne construit une infrastructure de loisirs. la ville ne laisse pas dev iner la guerre sociale qui la secoue. Ce parti est né en 1933 en Suisse alémanique. chose facile dans l'atmosphère politique du canton vaudois. A Genève. Les Lausannois s'y pressent par milliers J. Plusieurs de ses dirigeants ont la chance de recevoir secrètement des subsides allemands: le Dr Hans Oehler se voit allouer 800 francs par mois de frai s de déplacements.

cortège qui avait été interdit.1944. La Baconn i èr~ . Oltramare aime par-dessus tout s'en prcndre aux commerçants juifs de Genève. L'affrontement le plu s retentissant oppose le Front national à la po li ce lors du défil é du 1er juin 1935 8. des échauffourées éclatent fréqu emment à l' issue de ces défilés qui voient pro-aIJemands et pro-italiens au coude à coude. A leur grand mécontentement. Ohramare a publi é ses premiers articles dans le quotidien La Suisse en 191 8. qu'il ira visiter en grande pompe au palais de Veni se à Rome. Franço is Genoud fail parti e des douze manifestants interpellés ce jour-l à. Une « querelle de chemises» oppose même le Front national à l'Union nationale de Georges Oltramare qui a choisi l' unifonne . est à l'image de ses journaux: antisémite avant tout 7. ». « Pendant que les jeunes socialistes défilaient sans ennuis avec l' unifonne marron .) lui ont valu le surnom dc Géo. . li eu de débarquement en 18 14 des forces suisses confédérées. l'Ordre politique national . Journaliste. Les ultras sont en fin de cortège. se souvient Franço is Genoud. Mélange suisse ou question de proximüé. il s'est illustré assez vite par la rédaction de virulents pamphlets antisémites. et plus spécialement « aux grands juifs rapaces ». Ain si occupé. Charles Maurras et Louis Darquier dit de Pellepoix. A dix-hu it ans. Genoud fut poursuivi pour outrage et rébellion aux gendannes 9». Pas une force politique ne semble à l'abri de cet engouement vestimentaire. il sera aussi très inspiré par Mu ssolini.). ma is plu s tardi vement. où ses initiales (G. et lancé le premier numéro du journal qui le rendra cé lèbre: Le Pilori. Tell e que l'annonce le journal La Suisse. 18 « La section de Genève du Front nat ion al ne COllsli tuant pas une force électorale. La « colonne » de l' Union nati onale de Georges OItramare compte sept cents personnes. Concerne uniquement la période 1934. Les frontistes défi leront 8. O. Dans sa rubrique « Sans laisser de trace». Genoud n'a pas encore fait la connaissance d 'Oltramare. il a publié Les Myst ères de Genève el les Juifs. L'Union nationale est accusée d'avoir opté pour une chemise grise identique « sans en avoir demandé l'autorisation » au chef du Front.1'auteur. la tenue d'apparat leur est refusée par le pouvoir socialiste genevois. l'organisation du cortège fronti ste est très méticuleuse. inspirée par un rapport de police. rapporte l'historien Roger Joseph dans son livre L'U" ion nationale. il participe à la création des Jeunesses du Front national à Lausanne et Genève. mai s celui-ci fi gure parmi ses premières références. qui restera durant plusieurs décennies la personnalité emblématique de l'extrême droite suisse. La tribune d'invités qu'il réunit le 25 décembre 1936 au Victoria Hall de Genève complète le tableau de ses sympathies: Léon Degrelle. elle se signala avant tout à l'attcntion de la population par sa participation aux bagarres poli tiques de cette éIXXIue . 1975. Roger Joseph. originaire des régions alémaniques. L'une des premi ères revendications des « Jeunesses nalional es» est le port de l'unifonne dans les rues. Ibid. Note des arch ives fédérales transmise 1!. les mouvements nationalistes prennent effectivement part à la commémoration du « Port Noir ». Le premier parti qu'il fonde. Avec d'autres camarades. Le Front national a lui au ssi battu le rappel de ses troupes qui manifestent avec une di scipline quasi militaire. 19 . Baudry.LE BANQUIER NOiR LES SUISSES DU REICH 1932 par Georges Oltramare. A celte occasion. 7. Le Tout-Genève politique et militaire se presse au défilé qui réunit près de douze mille personnes.. L'Union nationale. accompagné d' une centaine de sympathisants en rang par quatre. Selon une notice des archives fédérales sui sses. 9. l'espace politique de l'extrême droite à Genève lai sse peu de place au Front national . Depuis le mois de févri er 1935. Le 1er juin. 1932-1939. il est « appréhendé à Genève alors qu'il parti cipai t à une bagarre qui s'était produite lors d ' un cortège organi sé pur le Front national . En 1923.

François Genoud. En Sui sse alémani que. La police nous a une seconde fo is barré le passage. ils vont vers les drapeaux. ordonne par exemple aux cinq mille nazis suisses la prestation du sennent d '« obéissance absolue à Adolf Hitler et aux chefs par lui désignés 14 ». 5 juin 1935. La bousculade commence.. les gendarmes ont été poursu ivis pour violences 12. est gri èvement blessé à l'œil dans les locaux de la Sûreté. Sans ménagement. on fenne égalemen t les bureaux de l' Association féminine nationale-sociali ste et l' Association des étudiants allemands. discours des chefs des délégations confédérées. « Nous sommes alors parus de notre côté. ] Après la cérémonie.. le groupe se met en marche au son du tambour. de Lau sanne. François Genoud venait. Le premi er à être interrogé a été passé à tabac par les policiers. Toute la presse a protesté. p. p. 2 juin 1935. les papeti ers. Celui-c i est déroulé dans une atmosphère tendue. Trop tard : les gendannes genevois se fraient un chemin parmi la foul e. son visage émit en sang. Lo Suim. et « Les soviets au poteau! ». la nouvelle bannière qui sera portée roulée jusqu'au monument nationa] . Gustloff sera assassiné le 4 fév rier 1936 à Davos . p. La Suisse. 1. sections genevoises. chef du département Justice et Police du canton de Genève. II janvier 1993. Le Grand Conseil de Genève est interpellé par plusieurs partis lu i reprochant les violences policières. Interdite aussi l'inaugurati on du drapeau à croix blanche. détachement des camarades confédérés. « donL quelques-uns pleuraient de rage de voir leur drapeau déchiré ». U ne revoit pas Hitler. Contrairement à ce qu'affinnent les archives fédérales. • 20 14. 5. membres du directoire cantonal. mais c'est une nouvelle foi s l'enthousiasme. 13. rejoindre le local de la rue Verdaine qui n 'était pas loin . selon le reporter du journal La Suisse. Le Conseil fédéral réplique sans tarder en interdisant la direction centrale et les directions régionales du Parti nat ional-socialiste en Su isse. serment du banneret. La première charge de police se solde par plus ieurs arrestations. 10. lui . il est vrai. Puis une première bagarre. chef du «groupe régional suisse du Parti nat ional-sociali ste allemand ». tout en notant que les (rontistes arrêtés étaient en possession de matraques et de po ings am éricains. je n'ai pas été poursuiv i pour rébellion. Wilhelm Gustloff. Les festi vités du Front national sont interdites. Légalement dési12. La presse s'alarme effectivement de l'attitude des poLiciers. arrière-garde. 1J. groupe des sympathisants . détachement des jeunes frontistes. raconte François Genoud. Le conseiller communiste Nicole. les nationaux-soc iali stes sont en pleine rad icalisation: en févr ier J 935. La Suisse. Alors que la po lice demande la dispersion. le Front national procédera ~ l' inauguration de sa nouvelle bannière: chant. Les fronti stes. » Guido Pozzi. Franço is Genoud retoume en Allemagne. J' ai été arrêté avec d ' autres. el la bagarre a eu lieu. Mais les manifestants ils sont cent cinquante à peine . discours du chef cantonal. [. Entretien avec J'lIuteur.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH « dan s l'ordre sui vant: avant-garde et tambour. En 1935. est libéré après quelques heures de garde à vue. » Les gendarmes qui entourent les fronti stes dès la fin de la manifestalion officielle en ont décidé autrement. Par contre. Les manifestants font cercle pour empêcher la saisie des bannières. 21 . «se passent les drapeaux et réussissent à en faire disparaître trois pendant qu ' une bataille se livre autour du quatrième n » . discours du chef de la garde du drapeau. drapeau d ' une section confédérée. sous les cris de : « A bas Nicole! » (le conseiller communiste). Après cela nous n 'avo ns même pas été interrogés.reforment un cortège. 1er j uin 10. chant et départ de la colonne 10. se défend en arguant du fait que les fron listes étaient venus en renfort de Lausanne et de Suisse alémanique 13. 1935. chez les amis de son père à Bonn. membre du Front nationa l. Dans le canton de Zurich.

il déclenche rapidement une vive réaction de la communaulé juive. Theodor Herzl. les juifs sont écartés de la fonction publique. qu i ne s'attendaie nl pas à une telle contre-attaque. 18. U en sort sans grade. Berg Inte rnational. Le mouvement de François Genoud a en effe t introdu it en Suisse Les Protocoles des sages de Sioll. A mon retour. 12 juillet 1991. Le tl/ eReich el la Suisse. de la radio et du cinéma. Peter-Ferdinand K och. la Suisse n'a pas d 'hommes qualifiés qui pourraient parer l'attaque des juifs t8. se souvient François Genoud. Le national-sociali sme avait réuni les gens de gauche. tout le monde était au travail. « Tout ce théâtre juif à Berne est directement d irigé contre l'Allemagne nationale-socialiste. et de présenter les Protocoles comme un doc umen t authentique rés ult ant du congrès sionisle de Bâle en 1897. 50 % des ouvriers étaient au chômage. cela est complètement indifférent. On présente la copie des minutes du congrès sioni ste. Le propriétaire n'étaü pas nationalsocialiste. Présenté comme un programme secret de domination du monde par " internationale juive. 1992. un procès littéraÎre mobilise les sympathisants du Front national. réd igé par des 1. Incorporé dans l' infan terie. éléments de la poüce tsariste dans les années 1897. 16. note Hitler dans Mein Kampf. Les frontistes. résumera-t-il plus tard. l'usine était agrandie. du théâtre. Voir Pierre-André Thguieff. les gens de droite. Sans dou[C est-il trop marqué par ses idées de rébel lion contre un pouvoir qu' il juge communiste et maçonnique. la communauté nationale n 'étaient plus divisés 15.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH gné chancelier par le président du Reich en janvier 1933. mais aussi de la presse.1898. demandem de l'aide et des fonds à Alfred Rosenberg. est un grand classique de la propagande nazie t7 • C'est en 19 17 seulement.là. 23 .5. membres du comité d 'organisation. deux plaintes sont déposées par des insti tutions juives dès 1934. Mais nous vivions une atmosphère fo nnidable. François Genoud passe soixante-sept jours à l'école des recrues. n aurait d 'ai lleurs an iré l'attenti on de l' ambassade de Suisse à Berlin pour des raisons administratives 16. Cité par Daniel Bourgeois. maJheureusement. cit . le futur ministre du Reich pour les territoires occupés de l' Est et l'un des « découvreurs» des Protocoles au parti nazi. le pasteur MUnchmeyer La même année. 321. l'âge du service militaire. que ses diffuseurs ont eu l'idée de l'attribuer au fondateur du sionisme. Afin de prouver l'imposture du document. du moins en Suisse. En 1935. Hitler met aussi tôt en place les fondements de sa dictature. p. des universités. et. « De que lles têtes juives sont sorties ces révélations. après moult éditions. des professions libérales. d 'éminents représentants du mouvement sioniste présents au congrès de Bâle viennent témoigner au procès: notamment Nahoum Sokolov et Max Bohenheimer. A son retour. la moitié des us ines ne travail lait pas. 1988. Die Tagebücher des Dok/or Josepll Goebbels. Dès le mois d 'avril 1933. Entretien avec I·auteur. 22 • 17. » Des experts sont nommés : Je Dr Arthur Baumgarten de la faculté de Bâle pour les plaignants. son processus et son but fina l. il a vingt ans. «En 1932. Fileta. la Bank fur Landwirtschaft (Banque agricole). S 'appuyant sur une loi contre la « littérature de bas étage» (Schundliteratur J. l'essent iel est qu'elles montrent avec une exactitude effrayante la nature et l'activité du peuple juif. U aurait été quelques semaines en stage dans une banque berlinoise. Le tex te est pour l'essentiel le plagiat du Dialogue aux enfers entre Machial'et et Montesquieu publié par Maurice Joly en 1864. « J'aime bien la discipline mais je n 'aime pas être en bas ».. » Une source allemande confinne la présence de Genoud en Allemagne celte année. op. Les Protocoles des sages de Sion :faux et usagel d'unfaux. ParadoxaJement. écrit l' un des fro ntistes à Rosenberg en novembre 1934. Le peuple. rue Dessauer. ce partisan de J'ordre n'apprécie pas la soldatesque. » Q uand le Front nalional entreprend sa d iffus ion dans le canton de Berne. le congrès du parti nazi à Nuremberg proc lame la «séparation biologique » entre juifs et aryens. ce pamphlet antisémite.

un tiers expert désigné par le tribunal. et l'lnde jusqu'à Calcutta. François Genoud part découvrir l'Orient. organe de propagande antisémite du Parti national-sociali ste allemand . ils traverseront l' Europe centrale jusqu'à Bucarest. et enfin l'Lran. ils sont déjà partis pour de grandes randonnées en montagne. Jérusalem . Toedtli est inculpé en vertu de la loi sUÎsse sur l'espionnage. Damas. lis ont 1'0us deux fréquenté le Collège classique. « Disparaissons au fin fond de l'A sie. légèrement plus âgé. Enfin. Sur un atlas. son idée est piochée dans les magazines de l 'époque: la mythique « Croisière jaune Citroën » a conduit des dizaines de véhicules jusqu'en Chine en 1932. est l'un des rédacteurs du Pilori. 8auverd cannait personnellement Oltramare. même si Jean Bauverd. » Bauverd lui promet une « vie dure » et le met au défi de « risquer sa peau ». Bauverd el Genoud dessinent leur parcours au crayon. dit ~ i1. frontiste lui aussi. qui transmet ces informations à la Gestapo. puis la Turquie. Le pasteur meurt pendant le procès mai s iJ est aussitôt remplacé par le lieutenantcolonel Fleischauer. Alexandrie et enfin l 'halie. l'Afghanistan. U passe au crible le passé et les activités des personnalités suisses que lui signale Fleischauer. ou qui se rendent à la synagogue! Le réseau Toedtli dispose également d'un compte bancaire approvi sionné par la « Fraternité panaryenne» que dirige Fleischauer à Erfurt. . va leu r rédiger quelques lettres d'introduction qui leur seront fort utiles à Bagdad et Jérusalem. ainsi que son «expert » ès Protocoles. Muheddin Daouk. il quille Erfurt et va s' installer à Francfort au mini stère de la Propagande. propose Bauverd. Les documents saisis ne méritcnt pas de longues explications: Toedtli faît du renseignement. puis Le Caire. A vrai dire. chrétien panarabiste et sympathisant fronli ste. il s partagent les mêmes convicli ons politiques. le fondateur des magasins Migros la grande surface aujourd'hui omniprésente en Suisse -. Wùliam de Neville. Son oncle.. le lieutenant-colonel a chapeauté les accusés fronti stes tout au long du procès. et l'écrivain suisse Carl Albert Loosli. Le voyage s'appellera r « expédition Suisse-Asie ». Une enquête est ordon née et une perqui sition effectuée au domicile du chef de district du Front national pour le canton de Berne: Boris Toedtli La police découvre chez lui de quoi ouvrir un tou t au tre procès. Ensemble. dont il d6pendait dÎrectement . L'écrivain a constaté qu'il est l'objet d' une sUlVeillance di scrète. En 1936. Bauverd a été candidat en 1934 sur les listes de la Ligue Justice et Police. L'officier lui a même indiqué la manière de prendre en photo discrèlement les personnes qui assistent au procès de Berne. Il a égalem ent soutcnu la campagne pour le plébi scit e vi sant à l'interdiction de la francmaçonnerie en Suisse. Fleischauer ne réapparaitra pas en Suisse après son inculpation. sur une guimbarde.LE BANQUIER NOI R LES SUlSSES DU REICH d'Oldenbourg pour les frontistes. dont l'une des têtes d'affiche n'est autre que Gotlib Lut weiler. Jean Bauverd.es: ils verront Bagdad. après« dix ans de bourrage de crâne à l'école officielle. directeur du Welrdienst (Service mondial). de marque tchèque: une « Aéro ». en compagnie d'un ami lausannois. Leur «guimbarde» est une deux cylindres cinq chevaux. a déjà plus d'expérience. La police suisse découvre qu'en fail d'« expert ». Quell e autre issue. place de la Riponne à Lausanne. avec l'appui d'un réseau d'aclivi stes du Front. Partant de Lausanne. c'est bien le diable si nous ne découvrons pas un "filon" en chemin. En revanche. Une plainte de Loosli donne alors une dimension inattendue au «procès des Protocoles ». Le 21 juin 1935. laïque et obligatoire »? Il décide son camarade. Le retour se fera par d'autres roul. Un jeune Syrien habitant Lausanne. C'est sur ce chemin du retour que Genoud et 8auverd découvriront ce« filon » qu'ils espèrent : le nationalisme arabe. Ils peignent en lettres capitales Je nom de leur expédition sur le capol el les portières de la 24 • 25 . final ement repoussée par 515000 voix contre 233000.

ils ont recueilli quelques chèques. Enlretien de François Genoud avec l'auteur. eu égard à la réputation de son père. Voyant passer leur voiture. justement irrité par la politique anglai se en Palestine. et l'inlérêt du journal La Suisse pour leur périple. cn 1920. qu'a été fondée l'Irak Petroleum Company. à droite. ils 19. «Les foml alilés de douane sont tenninées. commence à se venger de la perfide Albion par les moyens les plus divers 20. ExpMiliofl Suiss/!·Asi/!. bien des années plus tard. Le monde arabe. Ils ne trouvent pas toujours d 'hôlel. Kerkouk est le point de départ de deux pipe-lines. Perrault. d'immenses flammes font rougeoyer le ciel du désert. ils travailleront avec les hauts responsables nationalistes qui. Pressés de quitter l'Europe. ils rencontrent un autre Suisse. Partout des croix gammées sur des drapeaux rouge sang! Des bras qui se lèvent à gauche. Genoud et Bauverd visitent ces instalJations conçues pour mettre l'or noir à l'abri : le complelte pétroli fè re est un fortin . lis quittent la Suisse. 21. ils font le plus de route possible et lutlent déjà pour ne pas s'endonnir au volant. les deux voyageurs dînent avec l'un des ministres du shah. Un soir. ils chargent leur voiture avec application et partenlle lendemain. Aux abords des puits. 1938. réunissant des capitaux occidentaux. François Genoud contemple l'un des premiers gisements d'or noir de la région et songe avec son camarade Bauverd que « les requins ont bien combiné leur affaire» : en effet. En Thrquie. Kerkouk compte plusieurs stations. L'expédition Suisse-Asie se poursuit. de Fribourg-en-Brisgau. Rapidement. Rav i de trouver deux compatriotes égarés sur une terre si lointaine.I est suisse.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH voiture. Malgré son lourd bagage. il s découvrent des pistes plus habituées aux sabots du bétail qu'aux roues de voi ture. A Téhéran. « Une rupture accidentelle est toujours poss ible.» La « Croisière jaune» des deux Suisses n' est pas de tout repos. 26 • 20. qui leur fait une pâle impression. Berne est sur leur chemin. le directeur de la compagnie pétrolière remarque leur immatriculation helvétique el se met aussitôt à leur chasse. par une clause néocoloniale classique. Neuchâtel. Us vont passer plus d'un mois en Iran. un peu partout dans le monde arabe. Ce dernier est l'hôte du Palais depuis qu'il s'esllié d 'amitié avec le jeune Pahlavi dans un collège aristocrat ique suisse. En guise de financements. Ils se font naturellement éconduire. il s'appelle Hunziker. C'est ici. l'autre vers HaYfa. Et anivent bientôt au désert. protégés par un poste de garde 10us les vingl kilomèlres. Us s'arrêtent devant le Palais fédé ral et décident d' aller faire signer leur « livre d 'or » au président de la confédération. Sur la route de Kaboul. essentiellement anglais. il les invite et leur fait visiter son domaine. L'un et l'autre ont déjà un sens inné de la provocation ct une pincée de mégalomanie. le gisement ne doit redevenir irakien qu'après quatre-v ingt-dix ans d'exploitation. Nous roulons sur le sol gennanique. nous mènent à la frontière tchèque par Stuttgart et Nuremberg 19. composé d ' immenses réservoirs. Hs traversent les routes sinueuses d 'Anatolie. l'auto roule sans effort sur les splendides routes macadamisées qui. l'un vers Tripoli. vont récupérer leur richesse pétrolière. Jean Bauverd. monarque fort «qui faisait trembler ses ministres 21». 27 . Genoud et Bauverd sont présentés au futur shah d' iran. et passent volontiers la nuit dans des fennes. raconte Jean Bauverd. qui traversent mille kilomètres de désert. ils doivent se munir de planches pour passer les rivières sans pont et les marécages. Kerkouk. 1·' septembre 1994 . et prend certains jours des allures de véritable aventure. mais repartent galvanisés. Le 12 mai 1936. qui dispose de meurtrières et de tourelles blindées. I. Ibid. Victor Attinger.» Sans doute Bauverd et Genoud songeront-ils à la citadelle de Kerkouk quand. en des saluts joyeux et convaincus! Des heil! intenninables et des fanfares! Toutes ces démonstrations d 'enthousiasme juvénile dans un cadre printanier admirable.

Passé Delhi . Il nous annonce pour la fin de 1937 le soulèvement géné ral des Arabes de PaJestine. poursuit Jean Bauverd. Bauverd appuie sur l 'accélérateur. " François Genoud et Jean Bauverd sont reçus par Fawzy El Kaukji . et éventuellement m ilita ire. appuyés par leurs frères de Transjordanie. Jean l3auverd. tan t qu'ils garderont l'espoir de rester en bons tennes avec la Grande-Bretagne. 24. Sur le déploiement de la diplomatie allemande au MoyenOrient depu is le débul du siècle el les IIclivirés des« Lawrence du Kaiser». « Bagdad se révèle à nous le centre du nationalisme arabe. Pressé de reprendre la route. Ils s'échappent à cent à l'heure. justement. Des balles percent la capote de leur cinq-chevaux. Son camarade le conduit dans une clinique suisse qui diagnostique immédiatement une fièvre typhoïde aggravée d'appendicite aiguë. Paris. .. Jean Bauverd le devance sur le chemin du retour. valets de j'Angleterre. Paris. et d 'ailleurs encore!" Au mois de décembre 1936. «N'ayant. « Je suis arrivé le jour du premier coup d 'État nationaliste dans un pays arabe ». 23. " émigration des juifs alJemands est considérée comme l'un des moyens de régler le« problème juif ». op. La jeunesse des deux protagonistes nous pousserait plutôt à l'écar- ter tota lement. 22. se souvient François Genoud 22. Similes el Antisémites.LE BANQUIER NOIR LES SUtSSES DU REICH sont attaqués par des bandits. 1987. condamnés à mort par l' Angleterre. Hélas. à l'ambassadeur d 'A ll emagne à Bagdad. Us atteignent la ville en pleine nuit. 1990. Le chef d'état-major de l'armée. Ils se retrouvent à Bagdad où la situation politique est plus qu'agi tée. Ainsi l'annoncent les papi llons que des avions répandent par milliers sur la cité.mnt el fa CroL'f gommlt. entre deux étapes. « Fawzy Bey nous racome quelques épisodes de la lutte qu'il mène contre l'''oppresseur parjure". Peu de choses nous permcllent de confirmer cette hypothèse. les diplomates allemands sont alors bien loin de partager l'enthous iasme des deux visiteurs sui sses 24 • Comme le relève Bernard Lewis. ni leur volonté évidente de lisser des liens avec des nationali stes au gré de leur voyage.42000 en \934. «Un gouvernement nationaliste remplace J'ancienne équipe de voleurs. Roger Faligot et Rémi Kauffer. François Genoud les éloigne tant bien que mal à coups de hache dans l'air. il tombe gravement malade dans la voiture. Les ém igrants juifs arrivent donc en Palestine en grand nombre avec l'assentiment Il s représentent alors 30 % de la popu lat ion de Pal estine. » Leur souci de réserve diplomatique dans la région s'accompagne des atermoiements de la politique du Reich vis-à-vis des juifs. Fayard. ciro 28 du Reich : 30000 en \933. rappone Jean Bauverd. François Genoud doit passer plusieurs semaines à l'hôpital . de leur point de vue.6 \ 000 en \935. le général Béchir Sidky. Avant que s'ébauche l'idée de la « solution finale". Ce qui n'exclut ni leur soif de rencontres. du Hedjaz . Nous avons la chance d 'y rencontrer tous les grands chefs palestiniens. Françoi s Genoud le rejoindra par bateau une fois rétabli. ils doivent se défendre comre des loups qui couren t après la voiture. aucune chance de se réaliser. Jean Bauverd choisit de parcourir d'une traite les sept cents kilomètres qui les séparent de Calcutta. Ibid. 25. • 29 . Bernard Lewis. Certains observateurs ont d'ailleurs souvent suggéré que l'expédition « Suisse-Asie» avait pu être la «couvenure » d'une tournée plus politique au Moyen-Orient. «chef suprême de l'armée révolutionnaire» palestinienne.s. la politique des Allemands est assez bien résumée par la formul e de Bi smarck: «Toute la question orientale ne vaut pas les os d'un seul grenadier de Poméranie 25. vient en effet de prendre le pouvoir. Albin Michel. Fawzy demandera une assistance finan cière. Des troupes défilent aux acclamations enthousiastes d ' une foule surexcitée 23. Pl us loin. Des liens qu'i ls mettront à profit dans les années à venir. ce 28 octobre 1936. Françoi s Genoud est presque à l'agonie. » La politique reprend le dessus. voire d ' une mission de renseignement. Mais Us l'ont fait à la lumière de la longue carrière des deux amis. Fritz G robba. U Cro. Expiditio/l Suisse·Asit.

Cette rencontre.LE BANQUIER Nom LES SUISSES DU REICIi l'idée d'un État juif ne constituait pas un vrai problème pour les Allemands». Mufti of Jerllsalem. « II n'est pas étonnant que l'An gleterre entretienne dan s cette ville une année d'espions! On dev ine partout l'œil et l'oreille de l'Intelligence Service ». qui préconise la création de deux États séparés.il fait un choix tactique. 1965: et aussi: Maurice Pearlman. Les troi s biographies qui lui onl déjà été consacrées en témoi gnent. Hadj Amine el-Husseini. à moins qu'ils n'a ient assass iné quelques personnes dans un village ou un autre J ~) 26. 1947. leurs gros havanes et leurs diamants. EI-Husseini a-t. car l'Anglais est notre ennemi numéro un. The Mufti of Jerusalem. Colombin University Press. La fouill e terminée. 30 27. Et il sou lignera souvent l'influence du chef palestinien sur son engagement pro-arabe 28. note Bauverd peu avant de quitter Bagdad. on préférera la plus récente. triomphe du veau d'or et de l'horrible. « Quatre inspecteurs se mettent de la partie. Les soldats anglais quadriIJent les artères. Ils ne sont plus très loin de Jérusalem. Son engagement résolu aux côtés de Hitler en 1941. 1988. le 25 avril 1936 TI. pour les dévaliser. pour sa part. Chaque fois que nous avons eu affaire à lui . on se reportera à la riche élude de Francis R. ils peuvent passer sans plus d 'encombre. Nîcosia. mais pl us anCÎenne: Jose ph Schechtman. François Genoud et Jean Bauverd quittent Bagdad pour se rendre à Jéru salem. Il n'est de jour où le monde n'apprenne que des terrori stes ont fait dérailler un train bourré de soldats anglais. il s'est montré grossier. Trois sont de jeunes foncti onnaires britanniques longs et secs. après celle de Hitler. anti-anglais. The Mufti and the Fuehrer. The Story of Hadj Amin el Husseini. The Tllird Reich and the Palestine Question. Cet engagement semble effectivement corroboré par les nombreux documents et textes du mufti publiés aprèsguerre qui témoi gnent de son rôle dans la levée des volontaires arabes dans la Waffen SS. University of Texas Press. un raUiement idéologique. « La P~ estin e est en pleine effervescence. Pour toute cette période. Il reverra de nombreuses foi s le mufti tout au long du siècle. note Jean Bauverd. qu'ils ont dynamité des ponts. Les deux Su isses ne s'arrêtent pas. » L' arrivée des Suisses a-t-elle été signalée par des «espions» de Bagdad? Reste qu'une fouille complète de la voiture est aussitôt entreprise. le mufti a dirigé la révolte arabe déclenchée quelques mois plus tôt. ils aperçoivent le drapeau anglais. désobligeant ou vil. ou un profond choix idéologique en s'alliant à Hitler? François Genoud y voit. el des press ions qu 'il a exercées sur les autorÎlés allemandes pour que soit préférée la déportation des juifs en Pologne à leur immigration en Palestine. les cheveux crépus et les narines du quatrième su ffi sent à l'identifier ». Genoud et Bauverd arrivent à Naplouse à un moment critique: on tire dans les rues. l' un juif et l'autre arabe 26. Voir notamment C Hebdo liblr~ (Alger). Thomas Yoselorr.les légions de volontaires arabes de la Waffen SS. est le deuxième événement politique majeur dans la vie de François Genoud. accompagné de la levée de plusieurs divisions armées. Arrivés à la frontière de la Palestine. sera au cœur de ces débats historiques. 28. Après avoir rencontré les leaders palestiniens en exi l. Ce drapeau a « une signification désagréable» pour les deux voyageurs: « Il nous promet des enn uis immédiats. à figure poupine et fadasse. Victor Gollancz. }) A Jérusalem. ou simplement que des inconnus ont attaq ué des automobili stes. Chef du Haut Com ité arabe pour la Palestine. président de la commission royale britannique chargée d'examiner le problème de la Palestine. ]0 octobre 1991. La diplomatie allemande va cependant évoluer à la lecture du rapport de Lord Peel. Mais la ville les « déçoit profondément » et même les « écœure ». Genoud et Bauverd sont reçus par le grand mufLi.« TI ne vaut pas la peine de s'arrêter aux quartiers modernes. rappelle Bernard Lewi s. malgré sa volonté de réhabilitation: Philip MaltaT. Le mufti lui -même est un personnage historique controversé. 31 . Plus critique. Parmi diverses biographies du mufti. Les nouveaux immigrés y promènent partout leur morgue. 1985.

.mir et sur les bords de la mer Noire par « loyauté pour l' islam contre les arm ées chrétiennes» anglaises. La ville s'embrase . ambassadeur allemand à Bagdad. montre qu'on ne voil aucunement d'un bon œil l'instaurati on d'un État juif ou «à dominante jui ve ». nom arabe du mur des Lamentations. roi de Syrie.» Le mufti a pris contact avec le consul allemand à Jérusalem dès l'arrivée au pouvoir de Hi tler en 1933. Plus ieurs juifs sont tués et de nombreux autres blessés. pour qu 'une aide matérielle el financière soit accordée aux mouvements palestiniens. Après avoir fait le Hadj (pèlerinage à La Mecque et à Médine) avec sa mère en 19 13. il hurle à la fou le: « Voici votre roi ! » A quoi la foule répond : « Dieu sauve le roi! » . Kamil. note Xavier Baron : 133 juifs tués et 339 blessés. « Le bilan de ces journées de violence aveugle est extrêmement lourd. Les Palf'stinit!ns. à l'occasion d ' une visite de Sir Herbert Samuel. ne le prédisposait à occuper des fonctions reli· gieuses. Paris. deux mille personnes se réunissent sous les fenêtres du mufti . au versant est de la mosquée al-Aqsa. Rien. li rejoint la cour du roi Fayçal à Dam as. Xavier Baron. où il ne reste pas un an. surtout par les force s britanniques 29. Il se destine déjà plus certainement à la vie politique. Il est devenu « pro-anglais » pour peu de temps.. fran çaises el russes . puis reste caché par une tribu bédouine. avaient été mufti avant lui . Hadj Am ine el. lin pt!uplf'.Husseini . En janvier 1937. qu i s 'est allié avec les Anglais pour bouter l' armée ottomane hors de Palestine. Un document du mini stre des Affaires étrangères. Déjà. Un an durant. Ia stalure d 'Amine a donc déjà grandi: sa fami lle et ses proches 32 LES SUISSES DU REIC H panarabistes espèrent le voir reprendre le flambeau religieult. Son rôle dans les émeutes d'août 1929 est aujou rd'h ui encore l' objet de débats hi storiques . qui constitueT'dit « une pos ition de force protégée par le droit inter29. voit son pouvoir grandir en 1922. 1" « Arab Club ». tout en étant employé par l' admi nistration militaire de Jérusalem. les Anglais le retrouvent par hasard. décrétant le li eu «sacré » pour les musulmans Cl interdit pour la prière des juifs. ses émissaires vont relancer Fritz Grobba. avant de servir comme officier à Iz. Neuf voix seulemen t se portent sur son nom . Mais le collège électoraJ de deux cents notabilités musulmanes lui refuse encore cet honneur. un enfant j ui f est tué pour une balle qui a roulé dans un mauvais carré de tomates. Le 17 août. une manifestation tourne à l'émeute à Jérusalem à l'occasion des fêtes de Nabi Mussa. si ce n'est le fait que son grand-père. le mufti a mené la campagne « AI Buraq ». Amine suit les cours de l'académie militaire d'Istanbul. lorsq ue les Anglais le nomment président du Haut Comité musu lman. La fonction religieuse n 'est nullement héréditaire. 116 Arabes 0 0l été lués. Le Sycomore. au moment où de nouveaux troubles entre Arabes et jui fs viennent de faire près de cinquanle morts de part et d 'autre. Le 4 avril 1920. brandiss an t un portrait de Fayçal. 1984. Le rassemblement tourne encore à l'émeute. semble+il. Le 23 août. mais l' importance des terres appartenant à la famille el-Husseini lu i confère une grande influence. Enrôlé dans l'armée turque en 19 14 (la Palestine fait alors partie de l' Empire ottoman). principalement par des Arabes . Au milieu de centaines de fu sils bédouins. EI-Husseini lance un appel à la révolte et. On y brOie des livres re lig ieux juifs. il endosse l' unifonne de Fayçal. von Neurath. le mu fti Kamil . Panarabe dans l'âme. Amine dev ient le président de l'un des rares groupes palestiniens d 'a lors. Je haut-commissaire britannique est contraint d 'annoncer sa grâce. A la mort de son demi-frère. Les affrontements débutent ct se répandent. et son demi-frère. le futur muft i est condamné à dix ans de prison par contumace. avec la charge de superv iser les écoles et les tribunaux is lamiques. Là.LE BANQUIER NOIR Le mufti est d'emblée une figure plus politique que religieuse. la diplomatie allemande s'cst innéchie. Tenu pou r responsable des affrontements. Amine est finalement propulsé mufti par les autorités ang laises. en 192 1. 33 . Mustapha. Amine se d istingue peu à l'université islamique al-Azhar au Caire. En février 19 17. le mufti .

op. pou r faire triompher la juste cause de leur race. Au deuxième étage. Concl usion de Jean Bauverd : « De tout ce que nous venons d 'apprendre. Échange de politesses à n'en plus finir. trahit la chrétienté pour Israël! » écrit-il. cette rencontre marque le premier jour de son «engagement pour le nationalisme arabe 30. se rappelle Jean Bauverd. Un guide y introduit Genoud et Bauverd. au cours de l'été 1936. Hadj Amine el-Husseini les attend. Vêtu du COSlume des prêtres (grande robe noire à ceinture blanche et turban blan). ils sont rentrés chez eux à Lausanne. François Genoud est déjà assu rément moins soucieux de la chréti enté . et qui avez ces sentiments à l'égard du nationalisme arabe.. Adolf Eichmann. Otto 33. Entretien avec J'auteur. contre la politique néfaste et indéfendable du "foyer juif'. « [) nous accueille très aimablement. mais son secrétaire est plus loquace et converse deux heures durant avec les Suisses de la situation politique en Palestine. quand le Front nat ional perd la totalité de ses dix sièges aux municipales de Zurich. Le mufti siège à la permanence du Haut Comité arabe. Les sections romandes du Front national sont dissoutes. où ces propos SOn! rappon6s dans des tennes voisins. 31. En févrie r 1937. où des hommes armés montent la garde. 30 octobre 1991. il s prennent le bateau pour l'halie. le mufti se montre bref. les fronlistes ont eu bien des soucis. emprunlent J'escalier. compte tenu de ses rencontres avec l'état-major pal estini en un mois plus tôt. Leur périple est récompensé par une médaille des jeux Olympiques de Berlin . La médaille est symbolique. Le grand mufti est un homme d ' une cinquantaine d 'années. Une page est tournée en 1938. L'Hebdo libtrl. n m'a ouvert les yeux 32.lllçais. el plus particulièrement pour l'indépendance du Maghreb 13 ». lis entrent dans un grand vestibule. » Jean Bauverd est le fils d'un pasteur. yeux bleus. » Pour François Genoud. rencontre d 'ailleurs Hadj Amine el·Husseini en septembre 1937. 30 oclobre 1991. cil. voi r lIussi dans L'Htbdo libéré. [) a un type assez COnt mun chez les Arabes du Levant : cheveux blond-châtain. En Égyple.. l'une des choses les plus importantes. celte démarche provoque un scandale qui aboutit à la déconfiture des frontistes en Suisse romande. Découverte.» François Genoud est frappé et surpris de ce conseil venant d'un « homme qui avait ces responsabilités en Palestine» : « n pensait au Maghreb . Un regard brillant de ruse el d'intelligence anime son visage. Le 25 décembre. 34 A Lausanne. Sénritts 1'/ Antisénri/ts. a une nouvelle foi s témoigné de son allégeance au Reich et demandé au ministère allemand de la Propagande que J'on veuille bien lui débloquer des fonds. 35 . «Le grand mufti parlait très bien le fr. "Vous qui êtes francophones. nous a-t-il dit. se souvient François Genoud. Un dirigeant du Front national. et elle leur est adressée après les festivités par Je baron de Coubertin à litre gracieux . Friedrich Eisenegger. c'est au Maghreb que vous pourrez être efficaces". spécialiste de la «question juive » . » François Genoud affirme qu'il était « porteur de messages de combattants palestiniens basés en lIak 31 » destinés au mufti. c'est qu'en Palestine les Arabes chrétiens combattent en parfait accord avec leurs frères musulmans. les dirigeants d u Front national alémanique cèdent d'ailleurs officiellement leur territoire francophone à l'Union nationale de Georges Oltramare. et ses mots en témoignent: « L'Angleterre. une fois de plus. il nous en impose dès le premier instant par la noblesse fière de son maintien et de ses gestes. et leurs membres « reçoivent l'ordre» d'adhére r à l'Union nationale . Bernard Lewis.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH national et serait à la juiverie mondiale ce que le Vali can est au catholicisme ou Moscou au Komintern 30 ». 32. Voir L'lItbdo libéré. 1"' septembre 1994 . Ce qui est vraisemblable. Selon le récit de Jean Bau verd.

OUlre les trois associés déjà cités. François Genoud fa it deux. La Sui sse n ' a guère envie d 'être englou ti e par l' Europe nationale·socialiste en fonnation. au cours duquel il aurait participé au tournage de film s sur les richesses culturelles du pays. Les chemins de Bauverd et de Genoud se séparent duran l quelques années. Jean Bauverd est l'enfant d'une famille patricienne lausannoise.'i. Citt par Daniel Bou rgeois.. Ils sont austères et foncièrement puritain s: ils ne boivent pas d'alcool ct ne fument pas. voyage. François Gcnoud ouvre un milk· bar. les nazis sui sses se cassent fin alement les den ts. Dans les notes établies après·guerre par d 'anciens résistants. Le père de François Genoud est catholique. semi·clandes· tine.. cll . burgmeister de TIengen. catalogues rai sonnés et publiera après·guerre les poèmes posthumes de Guillaume Apollinaire. François Genoud aurait représenté en Grèce le groupe éditorial genevois d 'Albert Skira et Pierre Cai ller. y voi t une conséquence directe de l'Anschluss. il est certain que Genoud agit comme agent allemand. signera de nombreux. 37 . mais il a laissé son épouse libre d'inculquer les principes calvinistes à ses quatre enfants. François Genoud a renoué avec Jean Bauverd. près de la fronti ère suisse. Dès celte époque. op. l 'ambassadeur d'Allemagne en Suisse. su isses. .· mêmes trop rigori stes. « Le danger encouru par la Su isse d 'être entraînée dans une dynamique volksdetllsch. il reviendra en Palestine à deux. el s'essaie au journali sme. » Ici. Gurman n. servi ces spéc iaux de l'Axe. vient s'ajouter une réfugiée. où la papeterie Genoud-SA propose ses papiers pe ints pour maisons bourgeo ises. Films qu'il ne nous a pas été pos· sible de retrouver.or 36 37. 36. Dès 1937. ayant appartenu à la Garde de fer roumaine. loin s 'en faut. qu 'il connaît personnellement depuis plusieurs annéesl. en 1940. Françoi s Genoud est déjà un agent allemand : «En 1940. l'acti vité de François Genoud a pri s un nouveau cap à compter de la créa· ti on du bar. avenue du Tribunal· Fédéral à Lausanne. Vill amont OÙ la famille Daouk installera son magasin de produits orientaux. pour les amener à rejeter les groupes fronti stes "à l'écoute de l 'étranger" 34. lettres aux. reprises avant·guerre . éditeur d 'art et de littérature. Ses propriéta ires sont d'ailleurs eux.Orient 36. [ . L'avenue fonne un angle avec la rue Élfaz. écrÎl·il. Si l'on en croi t les résistants. Les archi ves fédérales notent que le bar L'Oasis « devin t bientôt un repaire des membres du Mouvement national suisse 37 » . Financé par des journaux. fut l'épouvantail avec lequel on a mobilisé le sentiment patriotique de beaucoup de Sui sses. La rue Étraz coupe la rue 34. A la Reine de Saba. était éga· lement la boîte aux leures des agents allemands (Abwehr) En 1939. } U cède ses parts du bar L' Oasis. Note dtte des archives rédéral es. Pierre Cailler. Naturellement fréquenté par ses amis politiques. Entretien avec l'auteur. brefs séjours au Moyen. du poste (AbwehrstelJe) de Sruugart. François Genoud quille à nouveau la Suisse pour la Grèce. mais auss i avec Muheddin Daouk . Durant cette période. Mystérieux. L' Oasis a souvent été soupçonnée de servir de plaque tournante ou de boîte aux. Il n'a pas la « patente alcool ». n a éré présenté par un certain Fonjallaz au recruteur Gutmann. L' Oasis est toujours mentionnée. li est en effet déjà au service de l'Abwehr. et aussi du leader irakien Rachid Ali el· Gaylani. 28 aoCi t 1993. Le nom du milk-bar laisse rêveur: son gérant l'a bapLi sé L'Oasis! A celte occasion. L'établi ssement n 'est pas mal fam é. Entretien avec l'auteur. Jean Bauverd poursu it ses études de droit. l'attaché militaire de France à Berne le signale comme se li vrant à une intense propagande antifrançaise en Suisse. Selon leurs infonn at ions.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH Kôcher. Le JII ~ Reich el fa Su isse. Son père est pasteur et consacre ses jou rnées à des œuvres sociales pour in fi mles. septembre 1994. 35.. il y fera la connaissance du leader druze Antoun Saade.

Le colonel. Le CO/DI/el jascistt suisst. l'Italie. Au cOnlrai re des Lausannois Genoud et Bauverd. 39. Claude Cantin. en 1937. et c'est aussi le meilleur ami de Georges Oltramare. Le 20 novembre 1939. mentionné comme l'agent traitant de François Genoud à l'Abwehr. il s'est mis en quête de nouvelles affaires el celles-ci J'ont conduit bon gré mal gré à l'Allemagne 40.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU RE ICH en Sui sse (pas de détail s sur René Fonjallaz) 38. 1932· 1939. qu'il proc lame la naissance de la Fédération fasciste sui sse. Il est transféré à Berne le 1er révrier. René Fonjallaz a fait mille surprises-parties. le conseiller fédéral Pilet-Golaz 41 • [( ne se trompait pas. en possession de l'auteur. Roger Joseph. et qu'il leur fait parvenir des renseignements politiques et militaires. En 1930. son père. Arborant chemi se et cravate noires. En mai 1939. A son instigation. dont il est le «chef fédéral ». Mais le donjuanisme n 'empêche pas la politique: René Fonjall az est lui auss i un activi ste. le colonel Arthur Fonjallaz. Wilhelm Gutmann . 38 39 . déclarai t déjà. Le colonel 38. exclu de l'année en 1925. Et c'est à Rome. ibid. Son fils Gaston dirige ceux du canton de Vaud . rédigées par 1-I1Iben Hatain. Une perquisition de son domicile pennet au contre·espionnage de ficeler son dossier. alors qu' il est reçu en audience par Mussolini . l'Éthiopie.. il est parti faire la guerre d'Espagne el a servi d 'i nterprète dans les rangs de la légion allemande Condor. l'Iran. et sa Fédéralion fasciste n 'obtiendra guère plus de succès que ses frères ennemis fron· tistes. L'ambassade allemande à Berne est consultée et fait la fine bouche. est allé chercher fortune à l'étranger : la Turquie. fondateur de la Fédération fasciste suisse. s'cst longtemps rêvé duce d ' Helvétie. la police fédérale el le contreespionnage. Le colonel essaie de se refaire en (X)lüique. en Suisse alémanique. voire le «chef suprême ». Artlrur FOI/jal/m. ayant eu vent de ses ofrres de « traductions » . René est le fils d ' un prétendanl. Avec Oltramare. le 17 octobre 1933 . » Or René Fonjallaz est pourtant bien connu en Suisse. Mais les ardeurs collaboratrices d'Arthur Fonjallaz n 'en sont pas calmées pour autant. Sa correspondance révèle par ai lleurs qu ' il reçoit des instructions de Koni g et de Wilhelm Gutmann . nous l'épingle· rans dans une affaire d 'espionnage». le colonel vieiUissant offre donc ses services de lecteur el traducteur au ministère de l'Information et de la Propagande allemand! Et pour cela. La surveillance est é largie à son réseau. op. Oltramare lu i a ravi la vedene. Son courrier est lu et ses déplacements suivis avec attention. séduisant el volage »39. Dans Die Nation (Zurich). U porte une valise et une serviette contenant des documents confidentiels. quand il ne s'agit pas de lever des mercenaires pour un prince sans le sou. les Su isses on lla surprise d'identifier Arthur Fonjallaz entrant au domicile d 'un agent allemand. Dès le mois d'octobre 1939. et incarcéré une semaine plus tard à la prison du Bois-Merrnct de Lausanne. En 1936. le colonel est finalement arrêté gare de Schaffhouse.unare et Fonjallaz ont écrit en sembl e un livre grivois. compte tenu de 1'« esprit ant i-allemand » rencontré à la Fédération fasc iste. 40. 1983. Konig. Lausanne. Le 25 janvier 1940. Oltr. L'Union nationale. « Fonjallaz ne se tient pas tranquille. Toutes ses affaires ont fini en ruines: un jour des masques à gaz. Les autorités suisses l'ont pressenti assez tôt. « Géo» culti ve à J'envi son image de dandy li bertin. l 'hi storien Roger Joseph légende ainsi deux photographies du leader d'extrême droite : « Georges Oltramare : le don Juan » et « Un beau garçon. des « rai sceaux » sont créés un peu partout en Suisse. cité pat Claude CanlÎni. Pierre-Marcel Favre. A Genève. Son activ ité de rense ignement implique un réseau d ' informateurs et de correspondants qu'il utilise comme intennédiaires. il passe par le bourgmestre de Tiengen. 41 . surveillent de près le colonel. cil. Dans le livre C Union nationale consacré à son mouvement. Après s'être lui aussi investi dans le référendum antimaçonnique. NOies élablies par l'Union internationale de la résistance el de la déponation (t URD). empli des récits de leurs aventures: L'Amour en Suisse romande. un nutre des stocks d 'armes. à un double titre : c'est le fils du colonel Arthur Fonjallaz.

Le magazine Stern révèle sa participation à la « Nuit de Crislal» en novembre 1938 44 • Gutmann élaÎl membre du PanÎ national-soc ialiste depuis 1932. notamment de René Fonjallaz et Wilhelm Gutmann. Rendez-vous est fixé à Utm avec Gutmann. « Franço is Genoud fut soupçonné de se li vrer à un service d'espionnage en fave ur de l'Allemagne. qui fait partie de l' « environnement » de ces personnages. cil. En 1968. Arthur Fonjallaz est tradu it devant la Cour pénale fédérale. Ces réseaux du colonel Masson feront justement scandale après-guerre pour leur collaboration régulière. pour avoir été « l'âme d'une organisation d'espionnage avec ses ramifications tendues vers la recherche ». mais ces derni ers ne donnèrent aucun résultat positi f 42 ». et au plus haut niveau. rencontrés à BadenBaden.'abri d'éventuels bombardements alliés. lui auraient demandé d'entreprendre des démarches pour créer en Suisse des fabriques d'armes et de munitions pour mitrailleuses. fid èle à ses convictions. Mais ces aveux laissent de côté l'essentiel : l'espionnage. est candidat aux élections dans le Bade-Wurtemberg. 41 . NOIe citée des archives fédérales. le mai re de 1iengen. Fonjallaz rejo int Pari s occupé. mais René FonjalJaz est acquitté pour insuffisance de preuves 43. op. Note citée des archives fédérales. Un contrôle postal de même qu'un contrôle téléphonique avaient été ordonnés. el ce « dans l' intérêt de l'Allemagne ». Quatre de ses coïnculpés sont égale- ment condam nés.LE BANQUIER NOIR LES SUISSES DU REICH n'avoue que ses tentatives de coUaboration commerciale avec l'Allemagne: des industriels de Stuttgart. Or le colonel Fonjallaz a rémunéré ses infonnateurs. c'est-à-di re en pleine enquête FonjaIlaz. essentiellement au détriment de la France. comme celles du siège de l'agence britannique Exchange TeJegraph de Zurich ou des bureaux de la Nouvelle Société helvétique. 40 43. 44. Il est également question de la fabrication de nouveaux fusils et pistolets-m itmi lJeurs. a tout fait pour empêcher que l'on hi sse le drapeau blanc à Tiengen. de serv ice de renseignement politique et de service de renseignement milüaire. 45. Claude Cantini. Gutmann lui procure sans diffi culté les autorisations nécessaires. et prétend n' avoir pas prévenu les autorités « pour ne pas ébruiter ses intentions» et «écarter les juifs ». il se rend à Fribourg-enBrisgau. sen les Allemands auprès d'Ouo Abetz. René Fonjallaz quitte la Suisse après un passage au consulat allemand de Genève. Un volet de l' affaire FonjalJaz reste obscur. Arthur Fonja ll az aurait remis dès 1939 des rappons circonstanciés sur ses déplacements et ses contacts au colonel Masson. ex lrême droite). où il co ntacte par t. Anhur Fonjall az soutient avoir agi en tenant informé le colonel-brigadier Roger Masson. n' ignore ri en de l' affaire. pour tentative de trahison. La presse ouest-allemande reparlera du maire de Tiengen. Les témoignages font également état de l'attitude du bourgmestre qui . il est condamné à trois ans de prison. avoir collaboré au SR de l'élalmajor de l'année 45 • 42. l'ambassadeur du Reich. François Genoud reconnaÎl:ra. en 1945. Le Cofoneffascisre suÎsu. Il reconnaît avoir négocié des achats de wagons-citernes et de bateaux pneumatiques. Le II mai 1941. Fin juin 1941 . avec les services allemands. L'intérêt des Allemands étant de mettre leurs fabr iques à . Le 28 février 194 1. lui aussi. Dans un mémoire non versé au dossier. 28 avril 1968. Les archives féd érales notent d' ai lleurs qu '«en avri l 1940 ». devenu run des Irois vice-prés idenl s du Pani national-démocrate (NPO. En 1943. dont son fil s René. chef du service de renseignement de l' état-major de l'armée (EMA) sui sse. li a aussi engagé un détecti ve pour certaines surveillances délicates. Slern. Avec six autres coïnculpés. Wilhelm GUlmann. François Genoud.éléphone Wilhelm Gutmann . Anhur FOlljallaz. Fonjallaz lui explique son projet de gagner Pari s comme son compère Oltramare qui.

est lui aussi chaperonné par le Dr Reiche qui lu i annonce qu'un poste d'altaché au service de presse de l'ambassade allemande l'attend à Paris. OItramare se rend à Gênes. un ami d'Oltramare. Die Tagebiicher des Oak/or Joseph GOl'bbels. dépendant du ministère de la Propagande. Comme le Mouvement natlonaJ suisse dirigé par le Dr Walter Michel. l ' lntemati ona l Presse Agen· tur. francophone. chef de la section VI du SD de Stuttgart. Le capitaine SS Ernst Peler. interdit le 19 novembre 1940. 43 . 189/1. se présente à la Komman- dant ur de Gex qui le transporte aussit. 49.ôt en voiture à Paris 47. le groupe reprend ses activités. qui ne lui sera accordé qu 'à la fin de l'année 194 1. Paul Bonny e/ Reni Fonjo//(lz. 18 janvier 1946. à minuit pour plus de discrétion. un orga· ni sme officiellement à vocation culturelle connu sous le nom de « Bureau Peter ». Outre Oltramare. 48. Mjni sl ~re public fédéral. qui le présente rapidement à Duo Abetz. op. Le lIt eRtich et la Suisse. Oltramare·Diodatti quitte Gênes et file à Berlin. les troupes aJ]emandes feront bientôt leur entrée à Paris. cil. Ibid. Clandestinement. OItramare est invité à Radio Berlin o~ il parle de Léon Degrelle. le Dr Schloumann. à Vienne. Oltramare s'installe dans un hôtel particulier réquisitionné par l'ambassade d 'AlIemagne. le Yolksbund de Franz Burri et Ernst Leonhardt est dissous. le Dr Reiche lui délivre un passeport allemand au nom de Karl Diodatti 46. Le 8 juin. C'est le moins que l'on pui sse dire. leader fasciste devenu germanophile: c'est l'agent d'influence rêvé. Derrière ce paravent. 42 47. Peler-Ferdinand Koch. 2. il est pris en charge par un fonctionnaire des Affaires étrangères. Abetz est certain que le Suisse n'aura pas d'ambitions politiques en France. Daniel Bourgeois . L'arrivée d'Oitramare est providen· tielle. op. Après être aJ]é à Milan el à Florence. Elles auraient fait de même pour une trentaine de Suisses appe· lés ultérieurement à occuper des fonctions en Allemagne. Ce congé sera visé par les plus hautes autorités fédérales. 46. Bauverd aura bientôt pour mission de fonder Radio MOnle·Carlo. rédacteur de L'Action IIaliollale. cit. ail il a rendez·vous avec le Dr Reiche. lu i. le SD soutient d'autres fronthtes bien connus. C. si tout se passe comme il l'espère. li passe la frontière à pied le 26 septembre 1940. Journaliste. prend l'avion pour la Belgique. le Yolksbund est en liaison directe avec le SS· Hauptamt à Berlin par l'intennédiaire du vice·consul d'AI· lemagne Ashton et du Dr Grobl 48• L' historien Daniel Bourgeois souli gne de son côté « le dynamisme dont fera montre le SD de Stuttgart dans sa politique envers les rescapés de la débâcle du Front nati onal 49 ». Des sources allemandes assurent qu'à cette époque François Genoud aurait lui aussi été recruté par le SD pour des missions secrètes 50. Georges Oltramare. il demande lui aussi un congé militaire. a pris la poudre d'escampeue par l' [taJie. Après son déjeu· ner avec Abetz. et il passe la frontière ita· lienne le 3 1 mai 1940. non sans arrière-pensées politiques. Ce congé lui est accordé. Agent du SD (Service de sûreté) à Genève. De plus. très introduit dans les milieux d 'extrême droite. et son remplaçant.LE BANQUIER NOIR LES SUlSSES DU REICH Au printemps 1940. Abetz n'ignore pas que. Dans la capitale allemande. Il lui a fallu demander un congé mili· taire. La Belgique vient de capi tuler devant J'année allemande. le SD se charge d'« ex filtrer » d'autres Suisses. En attendant. pendant que ses deux leaders rejoignent J'Allemagne et Fondent. D'autres personnalités sympathisantes de l'A llemagne quittent la Suisse. Paul Bonny. puis se rend en voiture à Paris que les Allemands quadrilJent depuis trois jours déjà. Le 8 novembre 1940. car la Suisse est en période de mobilisation. fUlur ambassadeur d'Allemagne à Paris. le lieute· nant Klaus Hugel . n qui lle Berlin dans le sillage de l'année aUe· mande. 50. responsable des missions spéciales au consulat allemand. créent l' Alemannischer Arbeitslcreis. et la France est envahie. JOl/rna/ de Genll'e. Jean Bauverd quittera également la Suisse pour Francfort. où il ira travailler au ministère de la Propagande. AC/e d'accusation dressl contre Georges Ol/ru- mare. Le Bureau de sécurité du Reich (RSHA) s' intéresse de près aux nationaux·socialistes suisses.

Le 17 juin. où l'on feint de ne pas comprendre les raisons de « cette étonnante manifestation ». Comme ses amis frontisles. Sa neutralité inquiète même l'Allemagne nazie. Mais ces <~ preuves» resteront dans les tiroirs des dignitaires du Reich qui ont. 44 LES SUISSES DU RE ICB François Genoud prend part quelques semaines à la« mob ». cit . 1970. Le 1/1" Reich et /a Suisse. chef d 'état-major de l' année suisse. mais à notre force et. dit « du rédu it alpin » : une défense réduite aux frontières mais puissante à l'intérieur. .. l'année doit rester prête. Le 25 juillet 1940. il est pressé de paniciper aux événements que l'Allemagne réserve à l'Europe. IV-VI : /939·/945. L'onde de choc du discours du général Guisan se fait rapidement sentir jusqu' à Berlin . Daniel Bourgeois. Or. » L'état-major met en application ('« ordre numéro 12 ». rése rvé aux Suisses à l'étranger. La Baconnière. un train resté en gare passionne les services spéciaux nazis: les mil itaires français y ont abandonné de nombreux documents. réunit ses officiers supérieurs sur la prairie du Rütli « n s'agit de l'existence même de la Suisse. S I. le général Guisan. La « mob » (mobil isation) sui sse a été déclarée. op. semble-t-il . 400000 Sui sses sont sous les drapeaux. Rome et Berlin protestent de concert . à l'efficacité de notre résistanceS]. pui s il bénéficie lui aussi d ' un congé milil aire. el Edgar Bonjour. leur lance-t-il gravement. Dans la petite ville. [. t. el notamment l'étude d' un dispositif de défense commune en cas d'attaque allemande contournant la ligne Maginot par le plateau suisse. si chacun le veut. ces « archives» montrent les contacts entre les états-majors français el suisse. afin de s'opposer au défait isme qui tarauderait ses compatri otes.] N'écoutez pas ceux qui sont mal renseignés ou malintentionnés. grâce aux fortifi cations alpines. Boudry. d' autres priorités. croyez non seulement en notre bon droit . Histoire de la neutralillsuisse. D'autant qu' une découverte faite par le renseignement aUemand pèse déjà sur les relations gennano-suisses. Les fuites ne se font pas attendre dans la presse nationale-socialiste allemande.LE BANQUIER NOIR La Suisse pourtant est neutre. une div ision bl indée allemande s'est emparée de La Charitésur-Loire. Des forces considérables peuvent nous attaquer d ' un moment à l'autre. ..

Recherché. » Le 20 novembre 1941. Le 29 mai 1941. Le J er avril 1941. Le 28. Les petits pas proallemands de Reza Pahlavi (le shah s'opposa au ravitaillement de l' URSS à travers son terri toire) provoquent la même réaction des Alliés : en septembre 1941 . déçus de n 'avoir obtenu qu 'une aide allemande réduite. Hitler exp)jque au mufti qu'il « conduit une grande lutte pour ouvrir le chemin du nord du Caucase » . qu'il ne peut prendre le risque de renforcer la Rés istance française par une déclaration sur la François Genoud retrouve le mufti de Jérusalem à Berlin en 1941. les Soviétiques par le nord. après douze jours passés à Rome.. On ignore s'il y 1. Après avoir quitté la Palestine. el-Gaylani et le mufti sont contraints de s'enfuir pour Téhéran.MISSIONS SECRIrrEs 2 Missions secrètes est venu spéc ialement pour voir le mufti. Hitler lui-même l'accueille.. » Devant Hitler. lui dit-on. le mufti manifeste 1'« amitié arabe » et son désir de collaboration. Hitler s 'exclame que l'on ne boira jamais de café dans son quartier général Le chancelier en vient rapidement à sa politique arabe. Entretien avec l'auteur. 19. Puis à Berlin. comme le suggèrent certains observateurs. le 16 septembre. ci. septembre 1994. The Mufti and tIre Fu(!hrer. t . où il est rejoint deux semaines plus tard par el-Gaylani. Rachid Ali el-Gaylani est revenu au pouvoir sous la press ion du groupe de colonels dits du Carré d'or et de quelques hommes de l'Abwehr. Plutôt mal. « Quand il levait des divisions pour luuer contre le communisme 1. pour des raisons statégiques. parce que les juifs veulent y établir leur gouvernement cen tral pour leurs propres intentions malsaines. qui onL fait du mufti le plus sOr allié du Reich dans le monde arabe. déclare-t-i1 au mufti . 3. LI est arrivé dans la nu it du 6 novembre 194 1.« au moment où il venait d'arriver ». la réponse allemande n'est positive que sur le principe. 2. les troupes britanniques font leur entrée par le sud et l'est. Reza Pahlavi cède le trône à son fil s Mohammed . réunissanlles chefs nationalistes de plusieurs pays arabes. Genoud ne cache pas qu'il a revu le mufti . comme le rapporte le traducteur de l'entretien 2 : il se met en colère quand on lui suggère qu'une tasse de café doit être offerte au mufti pour respecter la coutume. Hadj Amine el-Husseini s'enfuit à Rome le 27 octobre. François Oenoud est à Berlin. Son arrivée à Berlin est J'aboutissement de plusieurs années de négoc iations et d'opérations manquées. el ce combat inclut le combat contre le prétendu foye r national juif en Palesti ne. Compte re ndu de la renconlre Hîtler-el -Husse îni ~tabli pa r le mufti luimême: figure in extenso dans les annexes de Joseph Schechlman.58.. qu ' il appelle de ses vœux depui s quelques années par messagers interposés. Hadj Amine el-Husseini a pris ses quartiers dans une villa à l'ouest de la ville. Hadj Amine el-Husse ini est reçu par von Ribbentrop. et pour entreprendre une dévastatrice et ruineuse expansion aux dépens des gouvernements du monde et des autres peuples). Une foi s encore. Voir Leonard Moslcy. Dès le 17. el-Husse ini avait trouvé refuge à Bagdad et constitué un comité panarabe secret. comme il l'avait fail devant Ribbentrop quelques jours plus tôt. Justement. et s' il a joué un rôle dans son arrivée à Berlin. les Britanniques ont envoyé leurs troupes. El-Gaylani a destitué le régent el constitué un gouvernement pro-allemand. op. Londres. Une telle reconnaissance est prématurée. li demande la reconnaissance par le Reich de l'indépendance des nations arabes. L'émergence du panarabi sme l'intéresse dans la mesure où il s'inscrit dans «son combat » : « Je combats les juifs sans relâche. 46 47 . The Car and rhl' Mice.

Hans Rechenberg apparaît dans tous les organigrammes offi ciels du Reich. puis le prés ident. Son rôle dans les services spéciaux nazis pendant la guerre vient à être connu à la fi n de l'année 1974. il le suit quand le ReichsmarschaU est nommé responsable des plans de quatre ans. de son côté. quand ses armées auronl gagné le sud du Caucase. n veut obtenir avanl tout la «destruction complète du pouvoir judéo-bolchevique ». le président d'Interpol. ils se seraient connus à Berün en 1935 5. puis du ministère allemand de l'intérieur en 1949. consacrées aux ém issi ons de radio en langue arabe. La secte riposte ainsi aux poursuites engagées par l' institution policière contre son fondateur. voire tendancieux . François Genoud . au renseignement. permet de comprendre un peu quelle fut sa vie. rejoint-eUe peut-être la réalité. a toujours déclaré l'avoir connu aprèsguerre. l' heure de la libération des Arabes sera arri vée. Puis il passe au service de Walter Funk. Le trésor de guerre du mufti de Jérusalem est en effet transféré dans la capitale du Reich. Seul celui de Paul Dickopf. mais c'est l'unique existant.» Ain si la rumeur qu i veut que François Genoud aurait approché l'entourage de Hermann Goring. 1S janvier 1990.LE BANQUIER NO IR MISSIONS SECRÈTES Syrie. Die Tagebücher des DoklOr Joseph Goebbels. Hans Rechcnberg. Il s'agit de l' argent destiné aux achals d'armes et à l'organisati on matérielle de la révolte palestinienne. De source allemande. s. Paul Dickopf est encore un lieutenant S5 sans histoires : trente et un ans. « C'était plus qu ' un frère. des états de service irréprochables. el en particulier sa seconde épouse Emmy. à la créaLÎon enfin d' une « légion arabe ». op . cil. s'auardant sur son fonclionnement pendant la guerre. de la Police criminelle fédérale (B undeskriminalam t. à l'occasion d' une campagne de l' Église de Scie ntologie contre Interpol. de 1968 à 1972. puis. Nous élions comme les deux doigts d'une main. Sa bi ographie de 1940 à 1945 prend alors une importance que lui seul avait mesurée. Un bureau. Entretien avec l'auteur. Après-guerre. On ne connaît pas précisément la date de sa rencontre avec François Genoud. en rédigeant à l'avance des notices complètes à l' intention des services américain s en 1944. Tout en affirmanl qu ' i! n'a « rien à dire là-dessus ». Pete r· Ferdinand Koc h. Lafayette Ron Hubbard . Il est membre du NSDAP depuis 1929. est ouvert à Berlin . avant la guerre. En 1941. ministre de l'intérieur de Prusse et conseWer à l'aviation. Elle lance de véritables enquêtes sur Interpol et ses dirigeants. Franço is Genoud est assez proche du bureau du mufti pour suivre de très près le chapitre le plus secret de sa venue: l'arrivée de ses fond s à Berlin. Dickopf est J' un des contacts de François Genoud au siège des services de renseignement militaires allemands pour les pays occupés à Stuttgart. Collaborateur de Hermann Goring quand celui-ci est ministre sans portefeuiJie en 1933. focalise l'attention des scientologues. Entretien aveç l'auteu r. 48 Rares sont les témoignages sur l' activité de Genoud durant la guerre. Nous avons tout faÎt cnsemble 6 . dit « Büro des Grossmufti ». 4. d ira François Genoud. l ot septembre 1994. a en effet élé l'attaché de presse successif des deux diri geants depuis le milieu des années trente. 49 . Plusieurs subdivisions sont créées. Ces fond s ont été versés à la Deutsche Reichsbank dès l'arri vée du mufti. BKA). quand ce service éta it dirigé par Reinhard Heydrich puis Emsi Kaltenbrunner. François Genoud reconnaît que Hermann Goring et Walter Funk ont « joué un rôle non pas dans le transfert mais dans la gestion » de ces fond s palestiniens 4. mini stre de l'Économi e et président de la Reichsbank. offi cier SS passé au service des Américains après-g uerre. L' un de ses plus proches amis. Son récit est forcé· menl partiel. aux unités musulmanes en Afrique du Nord el en Russie. Deux 6. l'ex-président d'Jnterpol . Le passé de Paul Dickopf. Dickopf deviendra l' un des dirigeants. à travers son complice Hans Rechenberg. Mais il promet que.

et ils le sont restés jusque dans les années soixante-dix. déclare être venu en Allemagne pour nouer des relations profess ionnelles et commerciales. Helmut Prante. et on m'avait dit qu'il était connu comme une personne honnête et fiabl e. «Entre-temps. 7. Selon Dickopf. 50 9. assemblant et analysant les notices biographiques que celui-ci avait lui -même rédigées à différentes époques de sa vie 7. non publié. Le BKA. Si l'on en croit l'officier IIllemand. rnpporte Dickopf. Mais il revient quelques semaines plus tard. selon un message radiophonique du département al lemand à Berne. 51 . Herbig.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECR~ dates significatives: l'officier allemand affirmait avoir déserté en août 1942. quand elles ne sont pas déjà connues. Paul Dickopf garde l'impression d ' une « pe rsonne à l'esprit vif ». conservé aux Bundesarchiv de Coblence (non communiqué). qui . 8. cil. mai s il n'était porté di sparu par les services allemands qu'en octobre 1944. caché et protégé par François Genoud. Paul Dickopf assurait avoir vécu clandestinement en Belgique. c'est moi-même qui me sui s rendu à cel entretien qui devait être déterminant pour les décisions que j'ai pu prendre plus tard 9. semblait avoir appartenu au Front national auparavant et dont on devait leste r la volonté de coUaboration. qui juge les informations trop imprécises. le criminologue luxembourgeois Armand Mergen. 1976-1977. Genoud rechigne à se livrer à un véritable travail de renseignement contre son propre pays. notamment « dans le domaine de l' édition ». De sa C'est en 194 1 que Françoi s Genoud rencontre pour la première fois Paul Dickopf. mai s qu 'en même temps il était constamment sous surveillance de la Sûreté de Lausanne. revoit Paul Dickapf el lui offre néanmoins « ses constatations ». Annand Mergen. Paul Dickopf. et «qui avait dé passé depui s longtemps le stade de l'admira[ion juvé nile pour les dictatures ). a écrit en 1977 un mémoire exhaustif sur le parcours de son ancien président . le directeur de I"Abteilung m de Stuttgart Idépartement espion~ n<lge el contre· espionnage de l' Abwehr] m ' a fait remarquer l'arrivée d ' un Sui sse à Fribourg ~e n-Bri sga u . rapporte Paul Dickopf. pour cause d 'aminazisme.j'avais obtenu des renseignements sur Genoud. Après un long entretien. Die BKA Story. in J leimui Prame.) L'homme. François Genoud év ite de répond re par l' affirmative. nazi fervent. Entre-temps . avaient pourtant l'un el l' autre certaines missions de lutte antiterroriste. puis s'être réfugié en Suisse. « exclusivement fondées sur Lausanne ». Car les deux hommes sont deve nus de vrais ami s dans les bureaux de l'Abwehr e n 1941. Helmut Prante e t l 'historien du BKA. « En revenant d'un de mes voyages. pui s Interpol. et nOtamment sur certains adversaires. que Dickopf a présidé. Di ckopf lui demande s ' il est poss ible pour lui de s'informer sans mettre en danger sa personne sur l'atmosphère qui règne dans les cerc les alliés en Suisse. qui se présente sous le nom de François Genoud. Pa/Il Dickopf .• op. ont expédié au rayon des légendes l 'hi stoire de la « fuite ) de Paul Dickopf. Helmut Prame. malgré les hautes responsabilités occupées par Dickopf au sein de l'État ouest-aUemand et l'influence de Ge noud sur les organisati ons pro-palestiniennes qui avaient choisi le terrorisme. sans toutefoi s tOlalement l' éc laircir 8. Suivre l'itinéraire de Paul Dickopf nous permet pourtant de mie ux saisir celui de François Genoud. Le professe ur Annand Me rgen a bien voulu nous uansmettre l'intégralité de ce document de 100 pages. Extraits du curriculum rédigé par Paul Dickopf le 23 novembre 1949. Un consc ie ncieux fonctionnaire du BKA. Dickopf en prend bonne note et Iransmet au dé partement du contre-espionnage étranger. 1987. Puisque la totalité des collaborateurs étaient absents. Zusammellgestellt von Helmut Prante. Cette version des fait s he urte évidemment le sens commun . oder Die Griindungsgeschichte des Bundeskriminalamœs Versu ch einer ubensbeschreibllllg allfg nmd von Selbstu ugnissen Briefen und Beric/uen (eine uitgeschichtliche Swdie}.. L'offi cier évoque ce premier contact dans un compte rendu qu' il a rédigé à l'attention d'Allen Dulles en 1944.

il se met au travail avec passion. Ce n 'est qu' après plus ieurs échecs qu ' il c hoisit d'entreprendre des études de droit. e t des nationaux.. Paul Dickopf le suit sans élalS d 'fime. Les années de formation de Paul Dickopf sont éloquentes. jour sur le papier dès 1937: l'étatisation du service de sécurité (50) du parti est annoncée. écri t-il. Ce c ursus fort spéciali sé. Après la fu sion. 12. son auitude. IMd.membres du NSDA P oU de l' un de 'cs satellites.ocia listes convaincus . el oblenu la destitution lIu di recteur de la Spielbank après une enquête conduile avec Ics nut. En 1933 . sous le nom de Sipo.. il re pre nd ses élU des de droit à Francfort. et des documents lui permettant de passer par la Belgique occupée . pour év iter les coups durs. à la su ite d'une compétition sporti ve (numéro 186 11 08). l. Paul Dickopf va su ivre de nombre ux cyc les de formatio n pour devenir commissa ire de police.e 12 octobre 1938. Otto lIeli wig. le chef de brigade SS qui dirige l'école. Dickopf voulait devenir garde fore stier. La liste des services qui l'em plo ie nt successivement lémoigne déjà de la fus ion de la police el de la 55 : la Gestapo de Francfort. les sections d'assaut du NS DAP. Pau l Dickopf fait son entrée au poste d 'assistant dans la police criminelle e n j uin 1937. il obtient la médaille de bronze de la SA. Paul Dickopf devie nt commissaire de police criminelle. une affaire semble conclue. à la d irection régionnle Ve ra Fulda de Francfort. la « Sipo-SD » voit le I l . I'Abteilung lU (e~ p ionnage e t contre-espionnage) des services de l'Abwehr. . On lui doit d 'avoir mode rnisé le serv ice de l' identification.: Pour renforcer encore sa position auprès des militaires stationnés en Belgique ». on ne parlait que dans les mei lleurs termes. Après avoir été volontaire pui s offi cier stagiaire dans la Wehmlacht. Par un jeu d'équivalence qui en dit lung sur les enseignements reçus. la police administrative. A l'époque. eSlle «chef de la po lice all ema nde» depuis le 9 juin 1936. mais on lui re prochaü une trop grande amitié pou r les Français. Grâce aux interventions de Oickopf. il devient membre actif de l'Association des étudiants nati onaux-socialistes (il le restera jusqu'en 1937). Ibid. enfi n les services du SD. il ne fai sait que se préparer ainsi un solide ami . Paul Dickopf intègre le Haut Command" mcnl des forces années allemandes (OKW). 10. la brigade de protection 5S de Francfort. il est immatriculé d'office dans lu SS sous le numéro 337259 SO au grade d 'Unterstunnflihre r li~ UI C nanl.. Pendant près d' un an et demi . fi ls d 'instituteur. En 1934.. Associer un nazi convai ncu à un tel projet de désertion n'était pourtant guère concevable . Oi ckopf affirmera après-guerre qu 'ayant déjà sa fuite à l'esprit . son comportement et ses connai ssances en ront un dirigeant SS par excellence Il. 52 53 . ce qui n'était pas le cas pour Genoud 10. puisqu'il se classe généralement « deux ième ». il entre à l'école du Führer ct la police de sécurité (S D) de Berlin-Charlollenburg. Le 4 octobre 1940. les lèves sont naturelleme nt de purs aryens. » A Berlin-Charlottenburg. lhid. avec la mention « bien ». Il est certai n qu'e n contrepartie François Genoud s'est engagé à remplir quelques missions pour le renseignement m ilitaire a Uemand.orités fina ncières 12. évalue runsi léS compéte nces de Pau l Dickopf : « Se s traits de caractè re. François Genoud obtient les visas pour al ler et venir d 'A llemagne en Suisse. Né e n 19 10. promu au rang de ministre. Pau l Dickopf est confirmé de uxième de sa promotion . Nommé directe ur de la police c rim inelle du Land de nude n. Le 1er juillet 1939. les services de police politique du parti nazi ont déjà englouti l'institution policière. Dickopf lui fait obtenir un dom icile en Allemagne e t un permis de séjour. de la Gestapo (police secrète d'État) et de la Kripo (police criminelle).» Entre les deux hommes. Le ReichsfUhrer SS Himmler.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRÈTES famille.

les deux pu issances s'étaient de plus en plus rapprochées avec des noms légèrement modifiés et des compétences accrues. le biographe de Wilhelm Canaris.II Geheime Feldpolizei contrôlée par l' Abwehr III prêta souvent main-forte aux groupes du RS HA dans leurs {( sélections» dans les camps. Paris.. U expliqua aussi que ses supérieurs « le couvraient contre les tentatives réitérées du SD de le récupérer sous ses ordres ». Le 27 septembre 1939. qui comptait près de 5000 hommes. Le 18 octobre 1939.LE BANQUIER NO IR MISSIONS SECRÈTES Dans un premier temps. Bentivegni préconisai t « une plus grande expansion du contre-espionnage allemand ». Bentivegni ne réussit jamais à vraiment gagner la confiance de l'amiral . Sa mi:. op. et faire croire qu'il était fidèle au renseignement milüaire. Die 8KA Srory. Son credo n'était pas celu i d'un opposant au nazisme. Armand Mcrgen. la police criminelle et le SD en un bureau de sécuri té du Reich (RS HA) sous l'autori té de Heydri ch. et qu ' aucune force en Allemagne ne pou vait empêcher la Wehnnacht d'attirer dans son propre service les agents de police 14. Recruté par Canaris alors qu ' il dirigeait la section renseignement du 12e district militaire. « Benti » portait encore le monocle. U était en relation trop étroite avec le RSHA. en sa qualité de Gauleiter de Berlin.sion consiste à recueillir des infonnalions sur les organisations policières et les services de renseignement étrangers 13.gestapistes. 13.f rensei8nements militaires du /1/" Reich. il s'occupe à ce titre des liaisons entre la police criminelle et le commandement militaire . « Depuis le début de la guerre. était dirigé depuis Berlin par le lieutenant-colonel Franz-Eccard von Bentivegni. JJ proposa notamment un offi ce des vi sas contrôlé par le Reichsführer SS et la création de zones frontalières interdites. le colonel Bentivegni put considérer comme relevant normalement du contre-espionnage que de demander à CJoebbels. Balland. I. le service de fon ctionnaires d irigé par Canaris se mua en OKW-Amt .et de sa fonnat ion . Dickopf devaÎt bien sûr se dédouaner de ses liens . La ~'éri/able histoire du chef de. De l'extérieur. de veiller à ce que les juifs de la capitale portent le badge qui les disti nguait tics autres et qu ' ils soient bien regroupés dans la partie est de III vi lle. cil. de l'armement. Il devait voir que ses fon cti onnaires étaient mi s en balance avec les gens du RSHA . Ancien officier de la garde impériale. 14. depuis le mois de mars 1939. il est même nommé « expert en police criminelle du contre-espionnage milüaire ". Le département Jll de l' Abwehr. petit et mince. 1981. comme Eri ch von Stroheim dans La Grande Illusion de Jean Renoir. surveill ance de la presse. Paul Dickopf a toujours affirm é aux Américains avoir voulu quitter l'orbÎle du SD. Pour prendre cette mesure. quand ils ne se livraient pas eux aussi à des chasses aux juifs. lutte contre l'espionnage. Heinz Hôhne. Pour que son scénario de fuite soit créd ible aux yeux des Alliés. Paul Dickopf est donc uo enfant du SD parti chez les frères ennemi s du renseignement mil itaire. qui partait du pnnClpe 54 55 . qui avait eu en son sein quelques opposants au parti nazi. l'exécution masNive des juifs. De nombreux protocoles de colJaboration entre les différents services policiers existaient. Selon Heinz Ha hne. explique Heinz Hohne. Surveillance des zones interdites. il était un parti san farouche du renforcement de la surveill ance pol icière. D' un autre côté. les deux organisations semblaient si proches que bientôt l'Abwehr apparu t comme un prolongement de la Gestapo. Av:tnt même le début de la "solution finale". Himmler avait réuni la Gestapo. {( De nombreux offi ciers de l'Abwehr avaient trop collaboré uvec les agences du RSHA pour s'apercevoir qu ' il s s'étaient peu à peu imbibés de l' idéal et des valeurs de ces dernières. écrit Heinz Ha hne. « L'Abwehr l i possédait déjà des instruments de contrôle puissants qui lui pennetlaient de surveiller les acti vités des mi litaires et des civils ». Canaris. Ausland-Abwehr. Lequel all ait devenir une super-adm inistration de police étatique. » Tenu de s'expliquer sur ces engagements passés. les mains de Heydrich étaient liées.

au directeur du groupe Abwehr U1 uinsi qu 'à mon camamde le capitaine Waaser.. Ibid. en Holl ande et en Belgique ». En li a lie. Bentivegni obtint l'accord de Canaris. écrit-il dans une notice biographique. Des act ivités en somm e plutôt commer- Fin 194 1. un message des services spéciaux allemands en Suisse arrive au siège du contre-espionnage: François Genoud aurait été interrogé plusieurs foi s par les Renseignemems généraux suisses. François Genoud do it s'expliquer.le bureau de l'Abwehrstelle V n'eut plus aucune objeclion il la poursuite de son séjour en Allemagne et dans les terriloires occupés par l'AUemagne. 19. Simultanément. Ibid. Note cîtt!e des archives fédérnles (voir Ch3p.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECrŒTES que tout juif était un espion . c'est avec un ancien camarade de collège domicilié à Mil«n qu'il se serait associé. » « Comme. Aussitôt rappelé par les Allemands . Pouf Dickopf .. 56 18. op. une fois encore. même si celui-ci le donna à contrecœur IS. 57 . J' ai profité du calme qui a suivi pour le présenter. noIe prudemment Pau l Dickopf. Helmut Prnnte. François licnoud aurait été associé à un Suisse du Front nati onal pour fi( lraiter les affaires de la maison Inovcx d'Amsterdam ». lequel est « fortement soupçonné dc sc livrer à un trafic illicite de marchandises el de devises » . 16. et pour faciliter cncore ses déplacements.» Présent. L' nion de la résistance (UIRD) note de son côté que François (1enoud aurait tenté d'introduire des capitaux suisses dans une ve rrerie de l' Isère. 1S. aucun autre reproche ne put être faitrà Gcnoud. » Paul Dickopf explicite lui-même son champ d ' intervention à l'Abwehr : « Mes acti vités dans le département de l'Abwehr de Stuttgart me mirent en contact avec un domaine d 'investigation qui m'était jusque-là inconnu . 1?lbid.I faut remarquer que j 'avais pour la première foi s un droit de re~ard sur l' organi sati on des polices criminelles dans différents États allemands. donlle pseudonyme était "docteur Wagner". «Une note de la police financière allemande à Fribourg-en· Brisgau [. 1.. il s' intéresse au trafic de devises. cit . ] relève llu'en mars 194 1 Genoud aurait fait des offres audit office pour lu i dénoncer des trafics de devises q ui se dérou laient entre l'A Ilcmagne et la Suisse. et que. je l'ai défendu auprès de mes supérieurs el j'ai remis un rapport dans lequel je disais que les expériences faites avec Genoud pl aidaient en sa faveur et qu ' il ne semblait pas qu'il ait collaboré avec les RG suisses. n. En Hollande.é au directeur du département III de r Abwehr (vraisemblablement le chef de groupe de Stuttgart et non Bentivegni). en qui j'avais aussi la plus grande onfiance 18. il se rend alors « très souvent en Allemngne.. Dickopf IUÎ fait rencontrer le commisRuire de police criminelle Griese. d 'autant plus qu'i l cessa de voyager en Suisse. ni avec une autre organisation étrangère 17. Tl sout ient n 'avoi r donné. « Bien que je ne sois pas sO r de la véracité des affirmations de Genoud. François Genoud est donc presque intégré au M!rv ice dont dépend Dickopf. par la suite. je veuille obtenir des éclaircissements. le moral des troupes et l' atmosphère qu i règne en Allemagne. 9). pour des raisons de sécurité personnelle. l . que des « informations générales» quant aux dégâts causés par les bombes.• curriculum rédigt par Dickopf le 23 novembre 1949. qui leur sera « utile par la suite pour des affaires de permi s de séjour et de laissez·passer ». » Selon la notice suisse. à la première occasion. Selon les archives fédérales liui sses. fronli ère bâloise]9. fi se défend d'avoir co ll aboré avec les services de son pays. Et cela me donna une vision globale de la structure et des méthodes de travail des services de police allemands qui s'occupaient des questions étrangères 16. » L'affaire est classée. Les acti vités professionnelles de François Genoud à cette ~ poque restent très mystérieuses. plus précisément par un officier dénommé Olivet.

Au mois d 'aoOt. du Seuil. installée dans les locaux des services français de radiodiffusion. René Fonjallaz. 22. Paris. 1. pour servi ces rendus. pour éviter les fomlalités des postes douaniers. Bientôt installé dans Jes bureaux de L ' Humanité. Paul Bonny. » En février 1942. le journal d' inspiration nationale-socialiste vend jusqu'à 210000 exemplaires. Tandis que Jean Bauverd prend part à la fondation de Radio Monte-Carlo (RMC) à la demande du ministère de la Propa~ gande. chap. Acte d'accusa/ion dressé contre Georges Dlframare. François Genoud se déplace fréquemm ent avec Paul Dickopf. il anime l'émission « Voici l'Europe ». voire des dizaines de milliers. us Collaborateurs. il est propulsé rédacteur en chef 20. J'internationale juive. « La guerre. Oltramare devient directeur de La France au travail courant octobre. dont il lit parfoi s les lettres de soutien à l'antenne. il y a lieu! Cette émission n'est pas pour vous. pour examen de situation. ils tien· nent les avant-postes de la propagande allemande à Paris. Oltramare touche 40000 francs par mois et mène grand train . le Suisse prend le train. voir supra. 24. d' un commissaire de police Griese de Mannheim. Paul Bonny el RenI FonjaJ{az. explique François Genoud. et bénéficiant d ' importants subsides allemands. de lecteurs tous les mois. a été provoquée par les quatre internationales: l'internationale de la finance. / 940-/945. Oltramare lance l'émission « La course des sept jours» (qui s' intitulera par la suite « Au rythme du temps)) sur Radio Paris. muni d'un Ausweis. il prend le micro de Radio Paris. Dickopf propose à François Genoud un voyage de quatre jours en Belgique. » Les Genevois L'été 1942 approchant. Genoud a touj ours prétendu que ces services consistaient en traducti ons qu ' il aurait faites lors de ses séjours dans celte ville. et « La Tribune de chaque soir ». baissez vos postes. « voyage en Allemagne. Pascal Ory. li est arrêté à Bâle. préparée par Paul Bonny. Note dtte des archives fédérales. C'est par lui que je sui s allé en Belgique 21. juifs et francs maçons. 21. Dès le mois de juin 1940. éd. Hongrie et Belgique 20». Les résistants précisent que François Genoud. dè s son arrivée à Paris au moi s de juillet. L'échec est cuisant 23. Celui·ci l'accompagne notamment à la fronti ère du Jura. lance+il . S'étant promptement mis au service de l'occupant. qui a quitté la Suisse dès 1940. qui sont liguées contre l 'Ordre nouveau et dont les neutres eux-mêmes connaissent les maléfices 24. » du « grand quotidien d'infonnation au service du peuple français» lancé par J'ambassade allemande: La France au travail. NOie de l' Union intem:ltionale de la résistance el de la déponation. l'internationale maçonnique et l'internationale des soviets. et' ceci sur demande de ce fonctionnaire de police 22. qu ' il franchit à un endroit appelé La Cure. notent les archives fédérales. « Dickopf était tout le temps en mou· vement. 58 59 . Tchécoslovaquie. quelques jours après l'entrée des troupes allemandes en France. qui lui a été spécialement commandée par l'ambassade d'Allemagne. » Le 1er mai 1942. L'émission est préparée par René Fonjallaz. chap. Oltramare crée l'émission « Un neutre vous parle ». Genoud finit par reconnaître qu ' il avait obtenu un permis de séjour et de circuler non seulemen t en Allemagne mai s dans les pays occupés. voir supra.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRIrrES ciales et fin ancières. Offi· ciellement attaché à l'ambassade d'Allemagne. Entretien avec l'au teur. sous l'autorité de l'ambassade d'Allemagne puis directement du ministère de la Propagande. 23. li en fait une tribune de la collaboration destinée aux Suisses. puis perd des milliers. 1977. jusqu'à sa fermeture en mai 1941. Sous le pseudonyme de Charles Dieudonné. Succombant à J'envie d'aller à Paris. 15 janvier 1990. 1. Ministère public fédéral. « Au cours de son interrogatoire. François Genoud est signalé comme « suspect » par le Bulletin vert du ministère public féd éral. Ses compatriotes et amis sont tous là: Georges Oltramare. La présentation qui est faite quotidiennement est éloquente : « Attentistes.

c'en serait fait de nous tous. le reçoit. en avril 1943. el de disparaître là~bas. L'Office des chemins de fer du Reich à Paris se signale effectivement par une activité assez éloignée du monde ferroviaire: actions de propagande. je semis sans doute amené un jour à quitter J'Allemagne. favais expliqué à Genoud en toute franchi se qu'à cause de ma position dans les services de sécurité [SDJ .. Entretien avec l'auteu r. Comme d 'autres supplétifs de la propagande allemande. rapporte Paul Dickopf à AUen Dulles. « n m'offrait un poste indépendant en Sujsse. tant il sait anticiper les désirs allemands. Helmu t Prante. afin de sonder les conditions d'un éventuel séjour en Suisse. «J'ai finalement décidé d'aller à Paris. Théoriquement soumis à la censure aIJemande. Oltramare prépare à sa manière les grandes rafles qui frapperont les juifs quelques mois plus tard dans les rues de Paris. 26.Bruxelles. diFfusions de tracts. Le bureau de Zurich attire d'ailleurs l'attention des autorités suisses en 1943. Je lui ai également fail comprendre que je ne serais pas opposé à collaborer avec les RG suisses. Son directeur. le priant de contacter l'officier des renseignements généraux avec lequel il était en contact. cit" cu rriculum de Dic kopf du 23 novembre 1949. « Paul Dickopf était destiné à diriger en Suisse le bureau de chemin de fer allemand. Helmut Prame.. lors du voyage de retour en Belgiq ue. Le directeur de l'espi onnage (Abteilung Il1). .LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRËrES qui ont lu Le Pilori avant-guerre reconnaissent sans mal l'antisémitisme obsessionnel d'Oltramare. le travail des Suisses n'en souffre pas. le directeur est échangé contre un Suisse détenu en Allemagne. note Dickopf. qu'au conrraire je souhai tais sais ir une telle occasion. C'est dans le Pari s. n quitte Paris au 60 61 25.. s'exclame-t-il. A l'automne. n en a vingt-six . Cependant.. mais aussi le «service des slogans ». Liliane Moru de la Cote a tout juste vingt ans et rentre à Bruxelles en compagnie de ses parents.» Et Oltramare d 'espérer que « la grande masse des hommes » soil « délivrée du parasite juif ». le chef de la Propagandastaffel à Paris. crée pour Georges Oltramare un service spécial au sein de la radio. 27. le colonel von Bentivegni. explique Paul Dickopf. Si le juif tri omphait. « Celle guerre est juive. Il a fait un stage à Paris dans un bureau similaire pour en apprendre Je Fonctionnement 26 ». Paul Dickopf est convoqué au bureau central de l'Abwehr à Berlin . Outre celles déjà ci tées. Oltramare anime l'émi ssion « Les juifs contre la France ». el son suppléant. Tous les hommes de bonne volonté doivent s' unir contre l'ennemi commun. M. et recrutements divers et variés. » Selon François Genoud. « Entre-temps. Paul Dickopf . » L'heure de la « désertion » de Diekopf approche. Franço is Genoud J'épousera moins d ' un an plus tard.» Paul Dickopf aurait alors alerté François Genoud . Cette façon de disparaître sur le territoire occupé français me semblait le meiIJeur moyen d'auirer l'attention du SD sur une mauvaise pi ste et d'éviter des représailles à ma famill e 27 . Lemberger. préparée avec le concours de l'Union françai se pour la défen se de la race. connu sous le nom de « service Dieudonné ». sont arrêtés le 28 mai. Ce « service » regroupe les émissions dirigées par l'ancien leader suisse. 15 janvier 1990. Streibel. M. D'un au tre côté. tandis que le sous-directeur doit purger deux ans de prison avant d'être expulsé. la format ion pour cette activité aurait li eu à Paris [ . que Françoi s Genoud rencontre sa future épouse. le capi taine Bofinger. cil" citant le curriculu m rtdigé par Paul Dickopf le 23 novembre 1949. op.. qui servait de couverture aux services secrets. . de brochures. Pendant l'été 1942. ] J'ai donc suivi cet ordre en pensant qu'ainsi je quitterais la sphère d'influence de la police de séc urité [SD]. Le comm issariat des Affaires juives lui a commandé l'émission « Les juifs contre la France » pour « contrer l'action des juifs dans les différents domaines cu lturels et scientifiques ». op. POIII Dickopf . c'était l'occasion rêvée de créer une relation personnelle avec le service de rense ignement des forces alliées 25. En septembre 1942. assise dans son compartiment.

Annand Mergen. It' . D'autres auteurs. débute une autre affaire. Paul Di ckopf fi gure toujours au grade de lieutenant.. Respecti vement major el capitaine. De multiples sources s'accordent à démentir la thèse de la désertion de l'officier SS. op. porteur de 10 000 dollars et de plusieurs enveloppes remplies de pierres précieuses. 28. De retour en France.fOl/pÇOT! . soit deux longues années plus tard . Mai s leur diversion a seulement pour effet de provoquer la déposition exhausti ve du trafiquant qui riposte en affirmant que les deux offi ciers se livrent à un important trafic de marchandises. Prante prend la liberté d'évoquer longuement le dossier et sa chronologie.. sans toutefois le rapprocher explicitement de l'affai re Dickopf. Dans son mémoire sur Dickopf. &litions mili taires de la RDA. rappelJ ons-le.. Dans sa description des services de renseignement militaires ullemands. il convient d'opposer des constatations très simples. choisi par Paul Dickopf pour « déserter ». dans les deux gares de la ville. Alai n Moreau. Helmut . qui appartient à l'Abwehr. comme Alain Greilsamer. voyage fréquemment en Helvétie et pourrait bien être lui aussi un agent britannique. la disparition de Paul Dickopf n'est pas officiellement signaJée. 1986.. Heinz Hôhne montre combien une offensive de la Gestapo sur le terrain de la conuplion a des chances d'aboutir : « De nombreuses sections de l'Abwehr étaient devenues une 62 63 Au cours de ce mois d'aoOt 1942. A cette version des faits. L'état-major de J'Abwehr n'est info rmé de l'enquête en cours qu 'au mois de septembre 1942. notent enfi n avec justesse que le choix des territoires occupés par l'Allemagne était pour un fugitif le pire qui puisse être fait JO. pendant la Pentecôte. rés idente en Suisse. Dans la liste des états de service des SS dont dispose Simon Wiesenthal. En août 1942. que le 23 octobre 1944. quand une première demande d 'arrestation des deux officiers lui parvient. Fin mai 1942. de peintures el de pierres précieuses. cit.çj aurait été en 1942 «en miss ion secrète en SUi sse 29 ». deux officiers de l'Abwehr. 30. Qui sait ce que Schmidhuber n'ira pas raconter une fois entre les mains de la Gestapo? De plus. Deux noms figurent sur les enveloppes: Schmidhuber et Ichrath . la revue Militar Ver/ag des DDR 28 indique que celui. Dans une courte biographie de Paul Dickopf. 29. 1969. qui va ébranler l'Abwehr et menacer jusqu'à l'état-major de Canaris. sa ville de naissance. Plusieurs orriciers du siège mun ichois de l'Abwehr sont mi s en cause par la Gestapo dans des opérations de détournements de fonds et de trafic de devises. L' inquiélude est vive panni les proches de Canaris. était destiné à débaucher une Tchèque proche des services spéciaux britanniques. date à laquelJe un avis de recherche est formellement établi . Convoqués par les douaniers. Interpol . elle ne le sera. Schmidhuber est en effet dans la confidence des complots du renseignement militaire en 1939. Paris. membre des services de sécurité. en 1945.fi~8~ dl/ . les deux compères tentent d'abord de fa ire croire que l'argent saisi. Son salaire continuera d'être versé à sa femme jusqu'au 31 janvier 1944. Aillin Grcilsamer.LE BANQUIER NOIR MISS IONS SECRtrEs bout de trois semaines. retourne une derni ère fois à Stuugart où il se procure des papiers et des canes d'identité vierges et conseille à sa femme de tout préparer pour quitter Hatten. Puis il s accusent Je trafiquant : celui-ci jouit d'un compte dans une banque sui sse. il aurait di sparu définitivement et séjourné jusqu'en 1943 chez des connaissances à Bruxelles. et connaît bien l'implication de l'amiral dans les tractations qui les ont précédés. le bureau des enquêtes douanières de Prague est informé qu' une importante quantité de dollars doit se négocier. le trafic semble bien avoir d'importantes ramifications. Les douaniers qui ont pris positi on sur les lieux interpellent un trafiquant pragois. en poste au bureau de l'Abwehr de Munich. Die OKA SlOry.

... Carlaris. le matériel était si conséquent que le Reichsführer SS pou vait entreprendre une nouvelle atlaque contre le service ex térieur de l'Abwehr 32• » La Belgique sera également témoi n de ces règ lements de comptes. des trains entiers passent el repassent la frontière en contrebande. La corruption s'est aussi installée dans l'adm injstration d 'occupati on. bureaux du plan de quatre ans. il était pratiquement impossible de sortir de r argent d ' Allemagne. l'équipe de Canaris persuade les autorités militaires que l'affaire relève peut-être de la trahison. » Après la tentative de fuite de Schm idhuber et d ' Ichrath. « sans des relalions illégales. II expliqua par ailleurs à un juge militaire que la plupart des choses qui se passaient à son département lui échappaient 31. Fin 1943. Et lorsqu'on poursuivit l'investigation. ou vers des pays occupés par les Allemands. extrai t du curric utum de Dic kopf du 23 novembre 1949. cit.. explique Jean De Launai s dans La Belgique à l'heure allemande. qui rémunèrent parfois leurs rabatteurs en laissant un train « di sparaître » dans la nature . En septembre 1942. Cil. le colonel Hans Osier. maroquinerie . des séjours à l'étranger et de l'argent de l'Abwehr en général . des lettres de crédit. Paul Dickopf note qu ' il a réussi à transférer son patrimoine en Belgique. Le service de contrôle. et à le convenir en or Do Pourtant. qui éclata pourtant au moment de sa « fuite» : « Ce n'est que par hasard que le serv ice intérieur de l'Abwehr cul vent de l'affaire de Munich. de " organi sation Todt et même de la SS (bureau Essex). op. 33. 64 32. « Une concurrence. Dans un de ses mémoires rédigés à l'attention des services alliés. Canaris. une enquête du RSHA condu it à la destitution de plusieurs offi ciers alJemands pour « trafic de devises ». parfums. tissus. La conséquence ne se fait pas attendre: le major Schm idhuber parle et compromet naturellement ses supérieurs. qui n'hésitait pas à se faire envoyer par av ion spéciaJ des frai ses espagnoles d'Aranjuez. favorisait ses ami s en leur offrant des cadeaux sur les fonds de l' Abwehr [NdA : l'un d 'eux reçut un pot à tabac avec un diamant incrusté ayant appartenu à Napoléon] et il répugnait à soutenir ses trésoriers quand ils protestaient contre les frai s de voyage des officiers supérieurs de l' Abwehr. Ses aveux conduiront quelq ues mois plus tard à l'arrestation de Johannes von Dohnanyi au quartier généraJ de l'Abwehr et provoqueront la destituti on du chef du département Z de l'Abwehr.• op.. D'autres auteurs s' interrogent sur ces 3 1. Elle provoque ainsi ce qu'eUe cherchait par tous les moyens à éviter: la Gestapo est saisie de l'enquête. comme le relève son biographe Helmut Prante. Canaris n'était pas homme à sévir contre les éléments corrompus de sa propre organisation. op. Paul Dickopf évoque lui au ss i ce dossier. 34. l'un des plus proches coll aborateurs de Canaris. Dit: 8KA Story. Helmut Prame. el plus encore de le changer en or.LE BANQUIER NOIR MISS IONS SECRÈTES sorte de libre-service . Paul Diclwpf. .. Les histoires d 'argent et les complots politiques ne manquent pas. 65 . cil. de la Kriegsmarine. en relation avec la division finan cière. inimaginable. Arm and Me rgen. il s' avéra qu e de très hauts offic iers et leurs hommes de confiance avaient justement dépensé un nombre incroyable de devises pour leurs propres besoins. Il étouffa personnellement plus d ' un scandale et ferma trop souvent les yeux sur les officiers basés à l'étrange r ou au quarti er général fai sant un usage imm odéré des allocations de voyage. li s'agissait d'un délit puni de la peine de mort. » Tapis. Déjà en 1942. s'était établie entre les bureaux d 'achat allemands. Fin novembre 1942. incroyable. munis des laissez-passer et des ordres de mouvement dûment signés par des officiers allemands. Heinz Hôhne. de la Luftwaffe. mit au jour des écritures extrêmement élevées sur des comptes de devises. op. où les cliques et les cabales le disputaient à la corruption et au népolisme. cil. Helm ul Pranle. Paul Dickop! . les deux officiers sont transférés à la prison du RSHA . tenu pour "un crime économique contre la guerre"J4 ».

il fail valoir « des services rendus au SR de l'état-major des années 40 ». il propose au capitaine de leur ame ner le courrier. C'est ai nsi que s 'explique la fonune de Dickopf 31.5 janvier 1990. Côté \uisse. il a notamment mainte nu le contact avec le capitaine Olivet. li a plutôt interrompu ses contacts à la demande du régim e.» Entre la France e l la Be lgique. François Genoud semble avoir (( pris en main » l'officier. dans ses Mémoires: « Un groupe d 'officiers du re nseignement travaillait principalement avec les Allemands. op. r empart des Moines.» avoir eu à l'époque « la Gestapo sur le dos» à cau se de la fIC fuire » de son ami 38_ François Genoud. mais consistait plutôt dans la négociation d'affaires noires. 1Contrairement à l' image qu 'il a vou lu donner plus tard. remplies de marchandi ses. 36. Le père de Dickopf s 'occupait seule me nt de surveilJe r l'é pargne du grand-père Goettfried. Au d ire de François Genoud. médusé. exp lique François Genoud. /hid.LE BANQUIER NOiR MISSIONS SECRtTEs transferts de fonds: « D'où Dickopf tenait-il une fortune personnelle?» interroge le journaliste allemand Pete r Koch. ( Il n'avait pas de tante ni d'oncle fortunés. et il a travaillé de plus en plus pour de mysté rie uses personnes privées. Di ckopf ne s'était pas brouillé avec le régime nazi. le marc hé no ir bat son plein. qui n'ava it que de faibl es revenus 3S• l . Son ac ti vilé n 'éta it pas celle d ' un J ames Bond nazi. Alors. Comme le rapporte Allen Dulles. « Se lon les dires d ' un transfuge. Singuliè re me nt. des devises e t des reichsmarks. Et ce trafic a dO lui procurer un certain nombre de bie ns personnels 36. e t ses bea uxparents n'avaient pas d'argent.clon les archives fédérales suisses. /bicl. .Ies services de contre-espiOimage l'arrêtent e t l' interrogent à Berne. Note eitée des archives fédérales. Ses re ndez-vous avec François Ge noud ont lieu en pleine nu it. à des tenninus de trams. « Je vais voir les parents du capitaine. dans les trains qui vi enne nt de France. Dickopf collectait des devises elles déposait à l'étranger pour le compte de bureaux officiels nazis. quand il s encourageaient nationalistes et fronti stes à e ntretenir des contacts avec l'Al1emagne. 39. les cachettes aménagées dans les plafonds. En Belgique. le capitaine ne manquait Jamai s de prendre contact avec lui quand il le savait de retour de voyage. Il appre nd incidemme nt qu e les pare nts du capi taine habi te nt e n Be lgique. Quand Dickopf s 'est rendu compte que l'Allemagne nazie était en chute libre. cit. Paul Dickopf habite ~ Iand estine m en t : . a su assurer ses arrières. François Genoud observe. « Je leur ramenais les marchandises qui leur manquaient. 66 67 .. commerçant sur les marchés. Le Sui sse assure mê me 35. à Bruxelles. 11 s 'agit des services du colonel Masson. je décide de leur faire parvenir des produits de premi ère nécessi té. Le futur prés ide nt du BKA n 'éta it donc rien de plus qu'un trafiquant. en tout cas . » Pe ter Koch croit pouvoir affirmer que Paul Dickopf s'est re ndu coupable d ' un certain nombre de détourneme nts de fon ds. à l'occasion d ' un de ses déplacements. Puis son activité s 'est déplacée. Dans un pre mie r temps. Alors. 1.. 40. EnTretien avec l'outeur. alors chef d'antenne de l'OSS à Be rne. elje m 'aperçois qu ' il s sonl maigres et démunis. 38. explique-t-il . L'officie r accepte sans se mUier.. l'officier des renseignements généraux repéré par l'Abwehr. il s'est mis à garder pour lui une partie des sommes qu ' il devait me ttre de côlé pour d ' autres. Die TaRt'hQcher des Dolaor Jost'ph Got'hbels. TJ de vait trafique r des bijoux. En janvie r 1943. LI est hébergé par"'la famille Van Cluyssen.» Mais les contacts de François Genoud avec les services spéciaux de son pays sont diversifiés. Pe ter-Ferdinand Koch. C'est comme cela que je me suis mis le capitaine Olivet de mon côté J9. 37. Ibid. dont on a déjà vu le rôle anlbigu dans l'affaire Fonjallaz.

Darquier dit de Pellepoix. organ isé par le mini stère de la Propagande à Eppenheim. 1970. Ohramare et Bonny se sont rendus à un congrès d'une dizaine de jours consacré au « problème juif ». directeur de l' Union française pour la défense de la race]. nolfe haut commissaire aux affaires juives. Les unes elles autres Ont été forgées par des juifs. Ralf SoupauJt. et Son Excellence Schleier. pas un seul n'a consenti à salir ses mains avides au contact du marteau ou de la pioche. 68 Franço is Genoud a désorm ais un «déserteur » sur les bras. Le samedi 29 mai 1943. Le journal parisien Au pilori a invité ses proches à célébrer le vingtième anniversaire du « vigoureux pamphlet antij uif que notre collaborateur Georges Oltramare a fondé le 26 mai 1923 » : Le Pilori. Leur virulence n'y est sans doute pas pou r rien. dont c'est le jour de gloire. notamment MM.» Au cours du déjeuner. « Les unes et les autres sont aux mains de juifs. et Max Waibel et ses adjoints les plus proches conféraient avec nous. Pierre Costantini [directeur de L'Appe/]. Le 3 j uin. les juifs étaient plus d'un million en France. Le Li vre de Poche. il se rend à Stuttgart.. Darquier de Pellepoix. Avez-vous jamais vu une juive épouser un ouvrier ? Avant cette guerre qu' ils ont si passionnément voulue. ministre plénipotentiaire du Reich à Paris. note Au pi/ori dans son compte rendu . 41. Oltramare. Les Suisses n' ont pas faibli. était là pour rendre hommage au vaillant polémiste et se groupait autour de M. Alain Laubreaux. ex·directeur de La FraI/ce au travail. jusqu'à ce jou r je ne le sais pas 41. qui n'ont hélas rien d'original à l'époque. ne peut s'empêcher de temliner la réun ion en appelant de ses vœux « un vrai socialisme. qui ont fait leurs preuves. Paris. Henry Coston. Et pas n'importe quels proches: le commissai re général aux questi ons juives. le fe r el le bois. le « professeur » Labroue. Jean Hérold-Paquis Uoumaliste de Radio Paris qui fut Waffen SS d'honneur]. » Hélas. Un moi s plus tôt. A Paris. 1'heure est aux remerciements devant le travail accompli par Oltramare et ses amis.. qui tous deux faisaient leurs rapports au général Guisan. Les Su isses coll aborateurs sont donc devenus la coq ueluche du TOU l-Paris anti sémite. Pau l Bonny et notre ami René Fonjallaz. Ce qui se passait entre Masson et Waibel. explique Paul Bonny. lutte poursuivie par la plume et la parole. Sur les instances de Dickopf. » Dans ces texles.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECR~ et un autre avec les Alliés.. Darquier dit de Pellepoix évoque « les souve nirs de combat qui l'un issent depuis de longues années à Georges Oltramare» et résume oK toutes les raisons que la France garde d'espérer en sa race ». dans l'intérêt exclusif d ï sraël. ainsi que les deux fidèles compagnons d'armes de Georges Ohramare. pas un seul s'est jamais courbé sur le sol qui produit le pain. cette propagande n'est pas un simple flot de haine . Depui s plusieurs mois. ancien compagnon de Drumont]. Henri Lèbre [directeur du Cri du peuple.. par les poings aussi ». collaborateur du Pilori. se lève et retrace « la lutte implacable menée cn Suisse par OItrarnare contre le judaïsme. l'ignom inie le dispute à la bêtise: « Le juif exècre le travail manuel. Jean Marquès-Rivi ère. préparée et provoquée. « pour sonder 69 . » Jean Drauh [directeur d'Ail pilori. Georges Oltramare est à l'honneur à l'auberge de l'Écu de France. chef du service de renseignement de Himmler. doriotiste]. Jean Lestandi. On remarquait de nombreuses personnalités de l' Université et de la presse. les professeurs Labroue et Montandon ("ethnologue" neuchâtelois. délivré du maçon et du juif ». juives. us S~crns cf une reddition. les juifs sont emportés par trains entiers vers les camps d 'extenninalion. Paul Bonny expliq ue dans Le Pilori que capit alisme el bolchev isme sont des « chaînes ) . pas un seu l ne travaillait la terre. Le colonel Roger Masson était en contact avec Walter SchcUcnberg. Allen Dulles. «Tout ce que Paris compte d'antijuifs solides. Pierre Ducrocq.

comme auparavant. Pour une raison inconnue. op. rapporte Paul Dickopf. nous avons pu nous rendre sans aucun problème.• op. pour ses déplacements en Belgique. Le « réfugié» allemand obtient une autorisation de séjour sous le nom de DonaIdson et des faux papiers hollandais.C'est impossible ». Entret Îen avec l'auteur. « Le Dr Wagner lui a dit que l'on était très inquiet de ma disparition. comme il aurait dO le faire s' il était recherché pour désertion. ni à Bruxelles. » 42.. Sur le point de partir en vacances. les deux amis attendent que la lune se lève pour qu'elle éclaire leur chemin. « Qu ' il se cache en attendant ». 19 février 1977. Dickopf s' inscrit tranquillement à l'université de Lausanne pour parfaire ses connaissances linguistiques. puisque c 'est le pays où l'Abwehr m voulait l'envoyer avant sa « désertion ». raconte François Genoud. De Paris jusqu'à Dole. pour prendre le train une fo is à Valenciennes. l'Abwehr ou le 50 n'avaient qu'à tcndre la main pour le débusquer. tandis que j'avais gardé mes papiers officiels que j'avais sous différents noms pour éviter les contrôles. j'ai envisagé réeUement une fuite vers la Suisse. 71 . Devant de si maigres précau· tions. Quelques jours plus tard. l'ami syrien de Genoud et Bauverd. Annand Mergen.LE BANQUIER NO IR le terrain ». nme Armand Mergen. répond François Genoud 45. le 29 octobre 1943. 46. puis ils grimpent la montagne et rejoignent la Suisse. De Morez. » Le départ pour la Suisse est donc décidé. U fait état d'une inscription à l'Institut criminologique de Lausanne 46. Stupeur du capitaine qui s'ex· clame: « Oh! là là! U faut qu'il reparte immédiatement . pendant que moi je passais la Frontière à pied. Par interm ittence.] Mai s. début juillet. Hel mut Prame. en passanl par Les Jacobeys et d'autres détours. Paul Dickopf . C'est donc dans la nuit du 16 au 17 juillet 1943 que nous sommes entrés sur le sol sui sse 44. . Palll Dickopf· . et de là jusqu'à Morez. Genoud s'était servi pour son séjour. de papiers qu'il avait achetés au marché noir à Bruxelles. à l'adresse de François Genoud . LI semble que le SO ait toujours su où il était el pourquoi 43. . [. François Genoud a fait venir son épouse.. sous le nom d'André Jung. Quand Genoud m'a fail part de ce fait. raconte Paul Dickopf. je vais voir le capitaine Olivet pour l'avertir ». » « Genoud a pris le tTain pour Paris. Arri vés de nuit au passage. Ces inscriptions universitaires sont con test«s: des journalistes onl fait sans succès la recherche sur les li vres d ' inscri ption: vOÎr HllOgSt: Post . II janvier 1993. 44. Et le fait que Paul DickopF ait gardé ses « papiers officiels» au lieu de les détruire. Paul Dickopf est également hébergé par Daouk Muheddin. à six kilomètres au sud de La Cure. conclu t· il. soudainement la situation s'est retournée par le fait que le Dr Wagner s'est rendu à Bru xe ll es et a commencé à me chercher. avec un faux passepon luxembourgeois. Genoud avait un passage qu'i l empruntait toujours. François Genoud cache Paul Dîckopf chez lui. Genoud a été interrogé par des agents de la Gestapo de Stuttgart à mon sujet. jusqu' à la fronti ère suisse. 45. op. A Lausanne. d'un transfu ge. nous nous sommes rendus à pied. où. Dit' BKA SlOry. pis. mais que l'on pensait que je séjournais encore dans le sud de la France. Mais il est tout de même paradoxal . Helmut Prante. 5011 comportement est donc loin de correspond re à celui d 'un fuyard ou. achetés au marché noir. cit. Dans les bureaux de l'Abwehr. 70 MISSIONS SECR~ On relève l'utilisation par François Genoud de faux papiers. 43. cit. Di ckopf se précipite donc là où pour rien au monde il ne voulait aUer quelques mois aupara· vant. « De nombreux éléments nou s montrent que Dickopf ne s'est caché ni à Paris. .. « Le lendemain. la nuit près de Mons. comme il en avait l 'habitude. message qui m'a révélé que la Gestapo et le SD ne s'occupaient pas encore de ma disparition. il demande et obtient une seconde fois l'asi le politique. Sous sa fausse identité. le capitaine jette I"éponge et se dit qu'il réglera l'affaire à son retour quinze jours plus tard . Genoud rencontre le Dr Wagner. ce qui nouS a fait prendre la décision de partir le plus vite possible 42. cil.

faisant éllll du dossier de Pau l Olekopf au Berlm Document Cenler de Berlin. L'homme aux dix identités est transféré à Berne et gardé à vue. étroitement tenu par le SO. . Les inspecteurs cro ient bel et bien tenir un espion allemand. Pauf DickQpf. Di~ BKA StQry. une communi cation du bureau du SO à Karlsruhe au bureau principal du personnel de la SS à Berlin . Peter Oorr. L' AIJemagne nazie y dispose d' un consulat. Paul Dickopf a rencontré à plu sieurs reprises le Dr Fritz Albert. QP. Peler-Ferdinand Koch. mais la procédure du tribunal militaire est suspendue à la minovembre.. Di~ TQ1!~biich~r d~s DQktQr JQs~ph GQ~bbds. et le viceconsul . cit. telles la morphine ct l'insuline.. organi sation. les pseudonymes de Di ckopf sont nombreux: Peter Dickmann . La communauté allemande compte six cents personnes. puisque l' hôtel a longtemps été occupé par l'état-major des années. 49. et d'autres encore . à Worb. L'instruction va durer quatre mois. . à cette date. Paul DickQpf. Coïncidence? C'est donc le 23 octobre 1944 seulement. n'aurait pas cessé d'être un agent allemand.. qu'inspire le réci t du « réfugié » aux autorités suisses. mais sc rnvélern êlre un es pion de l'Est. Paul Dickopf a avoué sa véritable identité. 48. Pau l Dickopf est arrêté. Peter Schemlerhonn . Aux enquêteurs de la Sûreté. HelmuT ~ranl e. . Sur sa carte du fichier central SS fi gure. cit. Elles évoquent le cas de Heinz Felfe.. Schweiz Organ isation) en Suisse ». le 15 décembre 1944. lui. qu ' un avis de recherche est officiellement établi par la police allemande. li est alors « pris en main ~ par les services suisses qui le font emménager à sa demande à l'hôtel Zum LOwen. où il va occuper la chambre 7. est également interpellé et interrogé.LE BANQUIER NO IR MISSIONS SECRÈTES les services allemands occupent d'ailleurs le terrain. Hans Meissner. au moment où Dickopf se déc ide à co llaborer avec les Suisses et les Améri cain s. op.. rappon 1/44 du 30 novem bre 1944. op. le général Guisan. Son hôte. Paul Dickopf rédige alors plusieurs rapports circonstanciés sur les services allemands.le capitaine Olivet notamment. rue des Alpes. le dom icile de Gcnoud. 72 . la Sûreté suisse envoie ses voitures 2 bis. et reste un des pied-à-terre favoris de son chef. responsable de l'Abwehr (bureau V . Le compte rendu est complété par « dix aperçus de l'organisation des services. collecte des infonnations et leur exploitation. ne craint pas d ' impliquer les officiers suisses qu'il a mi s dans la confidence . Preuve des doutes 47. et les fonctions qu'il a occupées avant sa « fuite » . Helmut Prante. ell es résultats du service de renseignement à l'étranger ».. Armand Mergen. «Une demande d'arrestat ion a été émi se à l'encontre de la personne ci-dessous. chargé par le RS HA du ravitaillement en médicaments rares. Parvient-il à convaincre les autorités de leur bonne foi? Ou plutôt de l' intérêt de leur collaboration ? On ne sait. près de Berne. En plus de ses deux fau sses idenLités utilisées en Suisse (Oonaldson ct Jung). Le Zum Lowen n'est pas une adresse anodine. JI va bientôt devenir un agent triple. Hans Daufeldt. François Genoud. Son rapport du 30 novembre 1944 traite précisément de « l'évolution historique. lu i. répartition du travail et méthodes de travail . des plans de répartition des affaires et des fichiers 50 ». « Avec certitude. ainsi que de cenaincs affaires de devises. Et coOter quatre mois de prison préventive aux deux ami s. François Genoud. 73 . sa. et s'y tenir. explique Armand Mergen 48. déclarée disparue 49. cit .» Di ckopf obtient le statut de réfu gié pO!i(jque sous son vrai nom. cit. op. Les faux papiers qu'ils saisissent dans l'appartement suffisent à les convaincre. à Lausanne.. les deux hommes vont donner la même version des faits. tous frais payés pendant plus d ' un an. n assure avoir voulu quitter l' Allemagne par antinazisme. le consul général. leur travail en commun. Des sources allemandes assurent que François Genoud n'a pas cessé d'être en relat ion avec les représentants du SD en Suisse 47 • Dickopf. Le 8 août 1944. est membre du SO. est le représentanl du SD pour la Suisse entière. Heinz Felfe intégrera les serv ices spéciaux ouest·allemands après-guerre.

Les espions allemands se pressent eux aussi autour de la Mission 'Iméricaine. Sa coll aboralion a été de grande valeur pour moi. 1990. 53. Paul Blum a reçu 1'originaJ de la synthèse de Dickopf sur les services allemands dès sa rédaction fin novembre 1944. Ibid. écrit-il dans l' un de ses rapports.1945 « des plans pour éviter des destructions d ' industries vit ales dans les territoires allemands proches de la frontière nord de la Suisse ». « La poli ce fédérale lui donne mand at sur mandat. qui n' a pas tous les jours des transfuges aussi bavards. Helm ut Prante. Berne est une oreille tendue vers l'All emagne.. Comme le note Heinz Hôhne. Paul Dickopf . 74 75 . Paul Dickopf est pratiquement un collaborateur régulier ». Il y dirige en réalité le poste de l'OSS. et il a montré dans ce travail !la discrétion et son tact 55. Sa connaissance complète des organisation s allemandes et des personnalités était précieuse. 55. Dans ces temps confus qui suivaient la capitulation allemande. document du consutat améri cain à Rcme daté du 6 septembre 1945. Grâce à des contacts sur place.• op. essayait de quitter le navire.. il a été en mesure de travailler pour moi sans concession .. Contre-enquête. Dulles a réussi à se tenir infonné des préparatifs du complot de juillet 1944. Paul Dickapf . qui avaient conservé pour eux de grandes quantités de matières grasses. Walter SChellenberg. M. lesquelles étaient acheminées par le biais de commandes exceptionnelles provenant des pays occupés.. Hansen.. Pierre-Marcel Favre. Oster. TI est en contact direct avec l'équipe de l'OSS à Berne. Dickopf était dans de nombreux cas mon négociateur . semble avoir été le contact attitré de Paul Dickopf. Pascal Auchli n et Frank Garbely. de sucre. et ceci par le vice-consul allemand à Berne. » Ces rapports sont accueilli s avec délectation par la poJjce suisse. cit . Lausanne. connai sseurs des milieux policiers suisses.LE BANQ UIER NOIR MISSIONS SECRSrEs Au passage. Canaris.« Son travail d 'agent de renseignement séduit au point que le lieutenant SS devient en quelques semaines un expert policier très demandé 52. note Paul C. d'huile. de farine. « Ses hommes étaient également assis dans les antichambres de Dulles. 52. Mais. Heinz Hôhne. r. « Fin 1944. Paul C. par des officiers en service spécial 51. l' un des collaborateurs de Dulles. notent Pasca l Auchlin et Frank Garbely.• op. Blum. Non sans arri ère-pensées. 54. Blum dans un certificat rédigé après-guerre. il affi nne avoir préparé «( la confi scation des documents de la poli ce criminelle du Sud Baden 53 ». sigtlt par Paul C. » La collaboration de Paul Dickopf avec les services spéc iaux américains est entrée dans une phase active. Schellenberg s 'est souvent servi des mêmes connexions que Canaris. Et l'officier allemand peut à bien des égards leur être util e.mprès des autorités suisses.. Helmut Prantc. étaient personnellement en mauvai se positi on : Canaris. quand la Suisse devait décider ce qui allait advenir dans son État des nationaux allemands. Enfin. de conserves.. Allen Dulles est arrivé en novembre 1942 à Berne en qualité de chargé de mi ssion au consulat améri cain . )} St. Paul Dickopf assure avoir mi s au point cet hiver 1944. Blum.54.• curriculum de Paul Dickopf du 23 novembre 1949. les Suisses comme les América ins ont d'autres préoccupations. pour les services américains. un homme de l'Abwehr. op. à l' heure de l'offensive militaire alliée. il a rapatrié les archives et fichiers qu'il avait constitués et cachés sur les services de police allemands. dirigée par Allen Dulles. cit. Paul Dickopf n 'épargne guère Canaris et ses collaborateurs: « Certains officiers. Hans Bernd Gives ius. La Mi ssion américaine de Berne. s'est rapidement intéressée à l' agent allemand que les Suisses ont capturé. le propre chef du SD. de café. » Dans les notices biographiques qu ' il a rédigées par la suite. cit. J Monsieur Paul Dickopf s'est fait beaucoup d 'amis panni les fonctionnaires de police suisses et ses relations ont été d ' une grande valeur pour moi. on l'imagine. et justement ceux auxquels on a fa il allusion à propos des événements du 20 juillet.

Or. Un document annule à lu i seul la légende de la « désertion » et les efforts de Dickopf pour faire c roire aux services améri cains et sui sses qu ' il est un opposant au nazisme. .• op.Von MUhlen. voire organiser des transferts de fonds pour Vichy en Suisse. Manina..il rompu tout contact avec les services allemands? Pas le moins du monde. Chi:lSSO. le chef de la Schweiz Organi sation . le 19 mai 1945.. on va le voir. Mais Monsieur Paul restait très discre t et silencieux. . MandelSI3dt el sa femme.. Chiasso. Le Reich disparaissant. Die 8KA SIOry. Hans Meissne r est consul général d 'Allemagne à Lausanne. un autre personnage de la guerre secrète en Suisse ss . « Paul Oickopf s'est re ndu plusie urs fois dans le Tessin. op. U ne parl ait jamais de lui-même S6.Meissner. H. 12 juillet 1991. confectionnée pour tromper les serv ices adverses. les Be rnhards faisaient des randonnées.. « li e ntretenait d 'excellentes relations avec la fa mille Bemhards. membre du 50 . Jean J ard in est bri èveme nt chargé d 'affaires après la mort soudaine de l' ambassade ur Bard. de deux choses l' une : soit il a «déserté ». quand ce n'est pas le transfe n de la fortune de Laval. bie ntôt re mplacé par Paul Morand.Dônhoff. Cette liste de tr:lnspon est un docu. on ne sait toujours pas aux ordres de qui ». . L'affaire Dîckopf restera avant tout un remarquable exemple de ce que les serv ices spéciaux appellent une « légende ». Les innombrables objections à sa «désen ion en Suisse» déjà sou levées par tant d 'auteurs sont donc confinnées. Entretien de François Genoud avec I·auteur. von Pescatore. Elle indique les _lr:IIlSpons» SUÎvants : . Mais les deux propositions sont inconciliables. te 30 juin 1945. propriétai re de l' hôtel Zurn Lowen. de nouvea u libre de ses mouvements. Hans von Pescatore est un fonctionnaire de l'ambassade d' Allemagne à Berne (il intégre ra a près-guerre les réseaux Gelhen e t le BNO) ! Le Dr Al bert . el de ses « ami s» amé ri cains dès la fin de l'année 1944 . 31 du rappon Prame). West » de l'A usland Abwehr (bureau V) 57 ! Paul Dickopf n 'a pas cessé de trava ille r pour les services spéc iaux al lemands puisqu' il organ ise la fuile de leurs responsables. n'est autre que Fritz Albert. nommé premie r conse il1e r à l'ambassade de France à Be rne e n nove mbre 1943 . Au moment où Dulles négociait avec le général Karl Wolff la reddition de l'armée aIJemande en Italie. . le 27 mai 1945. el de te nte r une reconversion. cil. Geiler. Paul Diclropf. Eder. Sonnenhohl. La« légende» inventée par Dickopf. conduit le 30 juin à Ma rti na (Tess in). s 'interroge Armand Mergen. soit il continue à travailler pour l' Allemagne. Jean Jardin est év idemme nt chargé d 'approcher les Américains. lui a pcnn is de réagir à son arrestation et d 'entrer officielle ment e n contact avec les Su isses et les Amé ricains. SB. Chiasso. men t capital (p. il ne lui restait pas d'autre cho ix que d'ingurgiter la légende. note Arm and Mergen. Comme l'a expliqué son biographe Pierre Assouline. Qui trouve-l-on dans cette liste de noms? Me issner e t von Pescatore conduits le 26 juin à Chi asso (Tessin). Neumann. 76 François Ge noud. li faÎ t alors la connaissance de Jean Jardin. déplacements préparés el e xécutés par lui fin mai et fi n j uin 1945. avec l'aide de Genoud. Pien. e t e n paniculie r Alle n Dulles. il dev ie ndra après-guerre « di recteur de la protection de la Constitution » en RFA). Anmmd Mergen. Ancien chef de cabinet de Laval. cil. assure ne plus avoir e ntendu parler de Paul Oickopf. Avec " Monsie ur Pa ul". Helmut Prame. On le soupçonne d 'être venu pré parer le repli de Laval e n Suisse. le 26 mal t 94S. .. pour le compte S7. (malgré ces fonctions. e t rendaient visite à ses ami s syriens (notamment Oaouk Muheddin). Wolfram. le groupe « 1. S6.LE BANQUIER NOiR MISSIONS SECRËTES Paul Oi ckopf a-t.» Le propriétaire de l'hôtel trouve étrange qu' iJ quiue régu lièremem sa chambre la nuit venue. Helmut Pranle a consigné da ns son rapport une notice manuscrite de la main de Paul Oickopf faisant état de « transports» de personnalités allemandes.. 77 .Dr Alben.

Les deux hommes se ressemblent. qui va lui offrir une reconversion des plus agréables : c'est Constant' Bourquin. Pas bien grands tous les deux. Un/! Émil1ence grise. contre trente ans selon la loi suisse.. 63. le président de la Reichsbank.. Le prétexte est un projet d 'édi lion du Grand Meaulnes par les éditions du «Mi lieu du Monde». La Suisse est une terre d'asile pour les fond s spéc iaux. La presse américaine s'cst fait e l'écho de ces bruits. En septembre 1944. Jean Jardin abandonne très courtoi sement l'ambassade aux représentants de la France libre. 12 j uillct 1991. François Genoud aurait participé à certaines opérations financières pour le compte des servi ces allemands. 79 . Marc Perrenoud. aucune mesure contraignante n'a été prise en Suisse pour mettre un tenne aux relations financières avec l'Allemagne.r pour l' éditeur genevois. Pour l'éditeur. Entretien avec l'au Leur. Comme l'explique l'hi storien Marc Perrenoud . la rencontre avec Jardin est une aubaine. Des experts indiquent même que. « A l'Enseigne du Cheval Ailé 60». L'éditeur a contacté Jean Jardin en juin 1944. » On s'en doute. en l'absence de Paul Morand. Ses fon ctions à l'ambassade auront donc duré neuf moi s tout au plus 59. lout au long de l'année 1944. en juin 1943. Jean Jardin (J904-1976J. Archives fédérall!s suisses . Berne. Banque et Diplomatie suisse à la fin de la Seconde Ouerre mondiale. et sa nouvelle maison . en ce qui COncerne les sphères d' influence de Jean Jardin. Constant Bourquin voudrait contourner la loi françai se qui prévoit l'entrée dans le domaine public cinquante ans après la mort de l' auteur. 1986. 1988. Balland. le bras droil de Laval ménage en revanche tous ses contacts avec les personnalités de la Résistance présentes en Suisse. Genoud et Jardin ne cesseront de se rendre des services tout au long de leurs carrières secrètes. jusque dans le con sulat fran çais. La réciproque est vraie. Tout dernièrement. « Les journaux de Moscou accusent les banques suisses d' avoir accueilli des fond s très importants que les chefs nazis auraient mis à J'abri dans notre pays ou de les avoir réexpédiés dans la République argentine. Ibid. Bourquin aim erait qu'on le dispense de droits d 'auteur. Pierre Assou line noIe que François Oenoud deviendra avec Benoist-Méchin l'un des relais de Jean Jardin dans les pays arabes. Paris. « Les chefs nazis ont-ils déposé des fonds en Suisse?» interroge le quoüdien.iteur genevois.LE BANQUIER NOIR MISSIONS SECRÈTES de Vichy. 59. Peu bavards. Une fois libéré de ses obligations diplomatiques. Pierre Assouline. Fin politique. a affinné. Journal de Genèl'/!. ÉtLldes et Sources '". 62. comme le note le Journal de Genève du 23 janvier 1945. la forte press ion alliée n'est pas dénuée de fondements. et sans perspective d'occuper de sitôt de hautes fonctions admini stratives (il a été secrétaire général de la SNCF avant-guerre). Genoud mettra à profit l'expérience accumulée à la fin de la guerre. Jean Jardin va devenir pour quelques années un fonnidabl e rabatteu. 61. une revue anglaise prétendait que les autorités alliées perdaient patience ct qu'elles exerçaient une rude pression sur le conseil fédéral rdin que celu i-ci levât le secret des banques el découvrît les coupables 6J. Les communications réelles qu'il a pu établir avec l'ambassade américaine restent cependant encore inconnues. 78 Selon des associations de résistants 62 .. Des hommes de l'ombre. 23 janvier 1945 64. 60. par ailleurs associé de François Genoud dans quelques soc iétés d' édition . en recopiant le système de signatures multiples utilisé par les Allemands pour leurs dépôts bancaires. La Suisse est alors pratiquement devenue l'unique source de devi ses de l'AlIemagne 64 • Walter Punk. Bourquin conduit un jour François Genoud chez Jean Jardin 6L. C'est le cas du comité d'experts de J' fURO. dans les années cinquante. Mais Jean Jardin a fai Lla connaissance d'un éd. pendant que Laval et Pétain se replient sur Sigmaringen.

LE BANQU IER NO IR

MISSIONS SECRÈTES

« ne pouvoir se passer de la Suisse pour l' échange de l'or
contre des devises ne serait-ce que deux mois 6S » . L'or de la
Reichsbank transféré en Suisse représente 63 % des importations de marchandises en provenance d'Allemagne!
Cet or comprend l'or pillé par la SS en Europe, el notamment
sur les déportés à leur arrivée dans les camps de concentration.
L'essentiel du trésor nazi n'est pas caché dans d 'hypothétiques
malles lâchées dans des lacs ou ensevelies dans les montagnes,
mais sur des comptes bancaires suisses ouverts en toute légalité.
Sous la pression diplomatique alliée, le 9 février 1945, une
enquête sur les avoirs étrangers en Su isse est finalem ent ordonnée. Quelques jours plus tard, un rapport est présenté sur la
« politique alliée à l' égard des biens réputés pill és ». JI reconnaît que tout n 'a pas été fa il pou r éviter que la Suisse ne
devienne un refuge pour les richesses de l'Axe.
Le 16 février 1945 , les autorités suisses apprennent que les
retrait s d 'avoirs allemands ont atteint une telle ampleur depuis
plusieurs mois que la Su isse n'aura bientôt plus la possibilité
de bloquer les capitau x allemands si elle veut sauvegarder ses
propres avoirs en Allemagne. II ne restera plus rien! La Suisse
décide aussitôt de bloquer les avoirs allemands 66. EUe interdit
aussi le commerce avec les bi llets de banque étrangers. « Nous
ne voulons pas que du butin de guerre puisse être m is chez
nous en üeu sOr », commente le responsable des Affaires étrangères, Walter Stucki, le 9 mars 67.
Les délégués économiques alliés sont reçus par les Sui sses.
Ils avert issent officiellement la Confédération que « les diri geants des pays ennemis et leurs hommes de confiance, en raison de la défai te imminente qui les auend, se préparent à trans-

férer en Suisse des valeurs qu' ils veulent meure en sOreté 68 ».
L'essentiel de ce transfert est pourtant déjà réalisé_ Dès l'automne 1944, pour se prémunir contre des mesures de blocage
déjà évoquées par l'Association des banqu iers, le consulat allemand de Zurich a planifié le camouflage des fonds.
Un plan d'envergure aurait été mis sur pied troi s mois plus
lôt, les 10 el Il août 1944, au Grand Hôtel de la Maison-Rouge,
place KJ éber à Strasbourg. par des responsables allemands
chargés de définir les modalités de la dissimu lation de leurs
fonds dans la perspecti ve de la défaite. Simon Wiesenthal en a
eu la révélation en 1946, alors qu ' il travaillait dans les bureaux
de l'OSS à Linz. Un volumineux doss ier bleu, saisi sur un prisonni er all emand, le colonel Keitel, au camp d 'i nlernement
d 'Ebensee. près de Bad lschl. lui est confi é. Le dossier contient
notamment les minutes de la réunion de la Maiso n·Rougè:
Sim on Wiesenthal le tran smet à sa hiérarchie sans pouvoi t
l'ex pl oiter 69 . Le procès-verba l d ' interrogatoire par le CIC
(Counter Intelligence Corps) d 'un commissaire de police al~a­
cie n, Manfred Uhrig, agent allemand baptisé « UZ~ 13 »,
confirme la tenue de cette mystérieuse conférence organisée
par le général 55 Ernst Kaltenbrunner, chef du RSHA 10.
Durant l'après-midi du 10 aoOt, Kaltenbrunncr aurait multiplié
les rencontres à quatre ou ci nq interlocuteurs. Près de quatrevingts visiteurs sont accueillis à l'hôtel réquisitionné, qui est
entouré par une véritable armada fonnée de Feldgendannes et
de SS . Pour l'essentiel, les« invités ~ appartiennent aux réseaux
élrangers de la 5S : un Obersturmbah nführe r du bureau IV, des
agents eXléri eurs du SO, « com mi s voyageurs des ténè bres»
~c l o n l'expression de Victor Alexandrov, « spéc ialistes de la
manipulation des notables ou des banquiers influents, du Liechlenstein à l'Argentine ». Hélas, la transcription très romancée du
contenu des interrogatoires par Victor Alexandrov ne permet

65. Werner Rin gs, L'Or des IIazis. La Suisse . lm relais discret. Lausanne.
PayOl. 1985.
66. En 1946. les biens allemands bloqués s'élèvent à 1022 millions de francs
suisses. Pour comparaison, les avo irs suisses bloqués au,; États-Unis en 194 1
s'élevaient li. 6 381 millions de francs suisses (in Marc Pernnoud, Banque et
Diplomatie sliisSt â la fin. de la Secondt> Guerre mOlldia/e, op. cit.).
67. La Gazelle de LAI/sanne. 10 mars 1945.

80

68. Paris Mondial. 20 février 1945.
69. Simon Wiesenth:lI. Les assassins son./ parmi IIOIIS, Paris. Stock. 1967.
70. ViclOr Ale;o.:androv. La Mafia des 55. Paris, Stock. 1978.

81

LE BANQUIER NOIR

MISSIONS SECRIITES

pas de savoi r si ces révélations ont été exploitées par les services américains. Arrêté à Strasbourg le 29 décembre 1944,
interrogé par le capitaine Alexander du CIC et le commandant
Ambrosi de la SOreté müitaire (devenu commissaire divisionnaire à Marseille et à Nice), Uhrig aurait révélé les détails du
« plan Jeanne» mis en place par lui pour résister à l'avancée
alliée par des sabotages, des parachutages et des maquis. Après
ces révélations s ignées, Uhrig aurait été renvoyé en Suisse à la
mi-février 1945, pour y reprendre contact avec le SD, au selVice
des Américains cette foi s. Pris en charge par la Gestapo à
Keeuzlingen, il reprend ses fonction s à Constance et informe le
CIC tout en fai sant son travail. Il organise en particuljer de
nombreux transports de hauts responsables nazis en direction
de Bregenz. En mai 1945, il attend en vain plusieurs jours le
contact avec son agent traitant américain, puis il disparaît sans
laisser de trace.
Les Alliés ont constitué des listes noires des sociétés suisses
ayant entretenu des contacts avec l'Axe. Certaines listes font
apparaître un certain nombre d'entreprises créées dans la tourmente de la défaite, et vraisemblablement dans le cadre des
dispositions de camoufl age. Des chiffres souvent cités, émanant
du département américain des Finances, font état, en 1946, de
214 sociétés créées en Suisse, 98 en Argentine, 112 en Espagne,
58 au Portugal et 35 en Thrquie. Plusieurs d'entre eUes seront
effectivement repérées par les selVices spéciaux occidentaux
après-guerre.

ceu" de famili ers et de proches du mufti, Franço is Genoud
essaie de libérer les fonds que le chef palestinien avait confiés à
la Deulsche Reichsbank dès son arrivée à Berlin. LI échoue.
L'histoire de ce trésor égaré dans la défaite prendra valeur de
symbole pour l'entourage d 'el-Husseini après-guerre.
La collaboration du chef palestinien s'achève. Qu oiqu'il
s'en défende par la su ite, il aura été un fonnidabl e auxiliaire
de propagande pour l'AUemagne nazie, particulièrement utile
au moment des batailles de " Est, dans les territoires de culture
musulmane. Dès 1942, le mufti a organisé les premiers recrutements pour ses légions germano-arabes. Pour l'essenti el,
il s'agi ssait d' étudiants o u d'ancien s pri sonniers de guerre
envoyés sur le fron t de l' Est. Plus imposants furent les contingents régionau". En juin 1943, el-Husseini passa en revue les
soldats de la 13 e division des Waffen 55 bosniaques musulmans, créée quelques mois plus tôt. Fin 1943. la division
comptait 20000 hommes. De relour dans ses casemements,le
2 1 janvier 1944, le mufti galvanisa ses 55: « Votre division est
un e"emple pour les musulmans de tous les pays. lança-t-iJ. Le
monde islamique et la grande Allemagne onl de nombreu"
intérêts communs. Le Reich combat les mêmes ennemis qui
volent les pays des mu sulmans, et suppriment leur foi en
Asie, Afrique et Europe.» L'Allemagne nati onale-socialiste
«combat la juiverie mondiale », conformément aux préceptes
du Coran selon le mufti 71.
Le pouvoir natjonal -sociaJiste a réussi à engager d'autres
forces musulmanes dans les Waffen 55, Des bataillons azerba'ldjanais sont constitués, au moment de l'arrivée des forces
allemandes dans le nord du Caucase. Pui s le Thrkestan fournit
des volontaires. Différents muftis, en relation avec el-Husseini,
encadrent ces bataiUons. On peut également citer les divisions
nlbanaise et croate. L'engagement de ces légions dans les
Balkans est cependant un fi asco militaire. Le 2 novembre 1944,

En ces derniers jours de la guerre, Franço is Genoud a
retrouvé Jean Bauverd à plusieurs reprises pour venir en aide
au mufti de Jérusalem. EI-Husseini a été contraint de se réfugier
à Bad Gastein en Autriche. C'est le Gauleiter de Salzbourg,
Gustav Scheel, ancien chef de l'Assoc iation des étudiants du
Reich, qui l'accuei lle. Selon certains témoignages, y compris

82

7 1. Discours cité par Joseph Schechtman, Th" Muftj and the Fu!!hr"r. op. cit.

83

LE BANQUIER NOiR

le mufti annonce la création d'une légion arabe destinée à agir
e n Palestine, mais les opérations de sabotage organi sées sur
place sont également des échecs.
Tout e n guerroyant à côté de ses e mbryons de di visions
arabes • el-Husseini a auss i collaboré acti vement à la politique
de déportation des j uifs. Le 13 mai 1943, il écrit au ministre
hongrois des Affaires é trangères pour s'opposer au départ de
4500 juifs dont 4 000 e nfants en Palestine. Le 28 juin, c'est le
ministre roumain des Affaires étrangères qui reçoit une mi ssive
du mufti concernant 1 800 e nfants e t 200 adultes. Le mê me
jour, il écrit de nouveau au mi nistre hongroi s des Affaires
étrangères pour que celui-c i refuse le certificat d 'émigrati on
en Palestine à 900 e nfant s j uifs e t une ce ntaine d 'adultes.
Hadj Amine suggère dans celte lettre d 'envoyer les enfants en
Pologne oi) ils pourront être « sous surveillance active ». Le
mufti avai t pourtant vi sité les camps.
Alors qu ' il est à Bad Oastein, le 4 avril 1945, un mois à
peine avant la capitulation, le mufti obtient des Affaires é trangères du Reich un accord fin ancier surprenant. qui accrédite
la thèse d'une disparilion de ses fonds. Les Affaires étrangères
meHent à sa disposition « des fonds desti nés au combat pour la
libérati on contre l'e nnemi commun » . Un compte est ouvert
pour le mufti par Je Reich, mettant à sa diS(X)sirion 50000 rcichsmarks par mois 72.
Le mufti prend l' av ion pour Be rne, le 7 mai. Espère-t-il
pouvoir y retirer ces fonds? Les autorités suisses vont le refoule r e t le re mettre aux Français. Il se ra assigné à rés idence à
Fontainebleau, mais il s 'e nfu ira e ncore. TI ne reverra Genoud
qu 'au milieu des années cinquante.

72. Ci t ~ pa r Schechtm nn : l'accord a été publié dans son intégral ité par Drew
Pearson dlUIS le New Yor k Dai/y M irror, 15 se ptembre 1947.

3

La fuite par Zurich

« Une grande catastrophe pour nous 10us » : François Genoud
résume ainsi la fin de la guerre 1. Le 8 maj 1945, jour de la capitulation allemande, le Sui sse se range résolument du côté des
vaincus. « C' est un jour de deuil pour moi , a-t-il coutume
de dire, la fin de lout... » 1.1 est à Oenève où il atte nd l'éditi on
spéciale de la presse. « Le 1er maj , il y avait déjà e u l'annonce
de la mort de Hitler » , nOlc-t-il avec un accent de tri stesse 2.
Depuis Je début du mois, Lausanne est saisie par le froid. La
presse locale s' alanne des désastres causés par le gel dans les
campagnes. Partant de la place de la Riponne, un défilé sociali ste a néanmoins parcouru les rues, distribuant du muguet,
célébrant le 1er mai et la victoire. Ce même jour, un comité
local s 'est créé pour venir en aide aux rapatriés des camps de
concentration.
A propos du 8 mai 1945, François Ge noud rappelle qu ' à
cette date « le gouve rneme nt français a auss i massacré les
Al gérie ns à Sétif » . En « manifestant naïveme nt » , pour la
« prétendue libération de l' Europe » , ils « reçoivent une leçon
exemplaire qui le ur fait compre ndre que la liberté du monde
n'a rien à voir avec la liberté des Algéri ens) », Les malhe urs
(jes Al gériens lui sont probabl eme nt e ncore é trangers. Mais
celle date de viendra pour Oe noud une façon d ' identifi er un
moment charnière de sa vie. Le national-social isme est mori1. Dan s un entret ien au Monde, par Mic he l Kajm an, 23 jnnvi er 1990

'2. Enrre tien avec l' auteur, 12 j uillel 199 1.
3. 1..' Hebdo libéré, voir sI/pra.

85

l'Allemagne avait évoqué à plusieurs reprises la perspective d ' une annexion de la Suisse. des suspects. De Sigmaringen. en revanche. 6. Bauverd est livré aux autorités suisses à Bâle en 1946. Il réuss it à gagner Damas. Ohramare est arrêté à Kreuzlingen. comme de nombreux fuyards du meReich. t'il . a commis l'imprudence de confimler le 21 septembre 1945 au Chicago Daily François Genoud a au moins la chance d'être libre comme l'air. est encore en fuite. Miraculeusement. alors qu ' il entre en Suisse. Après un passage à Baden-Baden ct Fribourg-enBrisgau . Georges Oltramare est détenu depuis peu à Lausanne à la prison du Bois-Mennet. du moins l'espère-t-il. mais pour se voir transférer aux États-Unis. bat fini . Roger Joseph. « Je n'ai pas l'impression que nous serons jugés. le 31 avril. 18 janvier 1946. va lui assurer protection. op. lui. Les trois amis ont quitté Paris pour l'Allemagne au moi s d'août 1944. Journal dl' Genh·e. Jean Bauverd. Car la guerre n'était pas finie pour ceux qui voulaient en sentir la fièvre sans en courir les risques.1 traverse le lac Léman. 1932-1939. ses miliciens et le personnel de l'ambassade d'Allemagne à Sigmaringen. la Suisse était « un État cmlanique à traiter comme la Hollande ou la Norvège ». » Il se trompe. maire de la ville. Aux dernières heures des hostilités. Us se résolurent même à faire des prisonniers 5.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH bond. li tente de se suicider en avalant une capsule de cyanure. Au moment où les nazis suisses paient peu ou prou leur oll aboration avec J'Allemagne. [J rejoint alors ses compagnons d'infortune à la prison du Bois-Mennet. Le 11/<Reich l'l ia Suisse. La Suisse d' après-guerre s'en souvient. rédaction d'un bulletin d'information et censure des journaux fTançai s paraissant en Allemagne. Ces messieurs se sont largement payés sur la bête avec ces quelque cinq moi s de préventive et. l'un des chefs des serv ices spéciaux suisses est mis en cause à son tour. pour la Germanische Leitstelle. » D'autres nazis sui sses tombent dans les filets aJliés. Bonny continue d'ai lleurs d'être empl oyé par l' ambassade à de menus travaux littéraires: censure des émissions du poste Radio France de Sigmaringen. Nous languirons jusqu'à un non-l ieu 4. au mois de septembre. ils rejoignent le gouvernement de Vichy. 86 S. rejoint l'Italie. Franz Burri est arrêté en Autriche par les Américains. où l'ami de son père Wilhelm Gurmann . Daniel Bourgeois. mais le nationali sme arabe. 1. Paul Bonny et René Fonjallaz également. il en réchappe. chef du SR de l'EMA. va bientôt surgir dans l' histoire. La plupart de ses amis suisses sont souvent en difficulté. Gutmann qui tente par la force d'empêcher qu'on hi sse un drapeau blanc à la fenêtre de sa mame. la division Brandebourg et l'unité SS de chasseurs alpins qui les avait accueillis. 87 . ils cherchent une solution bâlarde. ils pensait leur tour venu d'avoir des héros. il choisit de s'enfuir peu avant Sli condamnation. L' Union nationole. en poursuivant Jes survivants des 755 volontaires helvètes engagés dans les Waffen SS. Libéré sous contrôle judiciaire. écrit Oltramare à l'un de ses camarades de détention. dira-t-il plus tard. Le colonel Roger Masson. Himmler avait déclaré à Konigsberg que. lbid. des traîtres. li participe également à J'émission « La voix du Reich » que diffu se Radio Stuttgart. René Fonjallaz préfère se replier vers Tiengen. 7. Ceux-là avaient des réserves de vaillance. op. Il ne sera capturé par les Américains qu'à la fin de l'année 1945. lui. fort compromis dans la manipulation des sympathisants de l' Allemagne. un plat dont il fallait « préparer l'absorption par le Grand Reich 7 ». cil. En janvier 1944. comme il n'y aurait aucun fondement juridique à une peine plus forte. parfois intégrés dans la Wehnnacht. « J' ignorais que la Suisse venait d'entrer en guerre. le corn4. le major Ernst Leonhardt trouve la mort en Allemagne Jars d 'un bombardement américain 6. passe en France. Les dés jetés.

19 févrie r 1977. via une boîte postale de Hambourg. 89 . Rosel Strasse. une enquête administrative est ouverte par le juge fédéral Couchepin. et aussi une lettre de Gero von Gaevernitz. La villa héberge d'autres Allemands en attente de reconversion. rapporte Dickopf. Et qu ' il n'était peut-être qu ' un piège destiné à fai re tomber les informateurs sui sses. le chef du SD a laissé croire au patron du SR suisse qu ' il avait réussi à faire abandonner un projet d' in vasion de la Suisse à l'étude en janvier-mars 1943. 10 mars 1946. ou un hameçon pour le seul colonel Masson. L' « affaire Masson » débute. D' autres ont attribué au colonel Masson le pseudonyme « Senner 1 » utili sé par le SD pour camoufler ses contacts à l'état-major suisse. un ancien agent allemand projette sa reconversion en Allemagne occupée: Paul Dickopf. où il est logé un temps par les Américains dans une villa réqu isitionnée. . 2. C 'est la carte que Dickopf essaie de jouer. I! se rend six mois à Wiesbaden. des expropri és et anciens propriétaires fonciers. il 6voq ue le travail entrepris par l'un de ses collaborateurs. Dickopf propose de structurer un réseau de renseignement à l' Est. LI se réinstalle à l' hôtel Züm Lüwen en avril 1946 et poursuit sa collaborati on avec les services spéciaux suisses. a obtenu du SR suisse le démantèlement du réseau sov iétique Rado à Genève en 1943. du consulut américain à Berne. Les hi storiens s'interrogent encore sur leur coll aboral'ion. le chef du SO. Le 23 octobre. et demande des certificats de bonne conduite aux Américains. Elle concl ura au non-lieu quelques mois plus tard. La tâche est délicate compte tenu de ses états de service. n obtient un certificat de Paul Blum. il 8.lIIsanllt. la zone d 'occupation soviétique préoccupe déjà au plus haut point les Américains. mais mettra un terme à la carrière du colonel. basé à J' Est. sous la signature chi ffrée 96 10. Palll Dickopf . Le colonel Masson . en revanche. Plus vraisemblablement. ainsi qu 'avec des personnes qui . L'hypothèse est retenue par tous. 07 travaille principal ement dans la zone russe avec d'anciens offi ciers allemands. Dès le mois de juin 1945 . comme l'explique l 'hi storien Daniel Bourgeois. cir . Plusieurs auteurs estiment que Walter Schellenberg. Son rupport nO2/46 est consacré à « l'organi sation d' un serv ice de renseignement anticommuniste». Dickopf espère déjà réintégrer les services polic iers.• el La Gazellt de Lt. op. lui . Celui-ci n'en reste pas moins en relation avec Schellenbcrg. Bien pl us : il témoigne en sa faveu r au procès de Nuremberg et fait en sorte de l'accueillir en Sui sse dès sa sortie de prison. Dickopf fi gure encore sur des listes d'offi ciers nazis recherchés par les AUiés. tout en expédiant des renseignements [lU X Américains. 9. Mais les portes ne se rouvrent pas si vite aux anciens officiers de la Gestapo.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH News ses contacts avec Walter Schellenberg. Mettant à profit sa connaissance des milieux policiers. En Allemagne. En cet après-guerre. l' un des plus proches collaborateurs d' Allen Dulles 10. Deux députés demandent et obtiennent l'ouverture d'une information. et à deux de ses proches collaborateu rs « Senner 2 » et «( 3 ». par leur métier el leurs relations privées. notamment par les Bri tanniques 9.• voir SlIpro. Son pseudonyme est Kalnorer. Haagst Pasr. Masson se défendit en arguant qu ' il avait utili sé Schellenberg pour déjouer les menaces d' invasion de la Suisse par l'Allemagne. affirmera avoir encore « plusieurs secrets au service de son pays 8 ». 88 10. désigné sous le chiffre « 07 » : « Comme je vous l'ai déjà f(lit savoir oralement et par écrit. Dans les notes qu' il rédige à l'attent ion des Américains. En revanche. Helmut Prame. dès se soumet aux fonnalités d'entrée en Allemagne. Dickopf doit revenir en Suisse. sonl considérées comme des gens fi ables et qui pour leur majorité appartenaient aux anciennes couches dirigeantes.. Ainsi espèrent-il s y déployer des réseaux al lemands. On sait à présent qu' un tel projet n'ajamais existé. Ibid . chap. remplit les questionnaires. comme il l'ind iquai t dans ses rapports dès 1944. mes propres relations dans la zone Est se limitent 1942.

parfo is l'fêts à fonctionner quand ils s'appuient sur les serv ices spéd" ux existams. « 07 envisage d 'accroître Je nombre de ces person nes» et Dickopf souhaite « prospecter au sein de la police allemande dans la zone Est ».unéri cai ne I4 . avec leurs archi ves. accompagnée d 'un témo ignage sur la valeur de sa « collaboration ». Ibid. « J'étais interdit d'entrée sur le territoire allemand par les A m ~ ri ca i ns après-guerre. » Oickopf devra unendre 1947 pour retourner en Allemagne. En/relien avec l'auteur. qui à la même époque fait del'l propos itions simil ai res. Paul Oickopf m'u proposé d 'aller voi r Blum à J'ambassade américaine de Berne de sa part. et Allen Dulles. l'un des chefs du RSHA. Oickopf espère activer sa réinsertion professionnelle allemande. tantôt improv isés. A l'Est.. d u 30 septembre 1946. et 1950 pour retrouver une fo ncrion of(j cielle au mini stère de l' Intérie ur fédéral. cile ibid. expose Dickopf. note François Genoud. car ces personnes pourraient être en mesure d 'obtenir des renseignements politiques. au service de J' OSS puis de la CIA . d'autres militaires ct t'pions réussissent la même reconversion. CI Mme Bonny reçoivent Ja visite d 'un agent allemand qui prépare les réseaux de fuü e. et mettra des équipes entières. un terrain d'entente avec le. En cel après-guerre. « 07 s'est déclaré d 'accord pour que les in fonn ations qu i concernaient la zone Est !loient mises à la disposit ion des autorités s ui sses. et demande un séjour à Berlin. » « En ce qu i concerne le choix de futurs coll aborateurs». Pau l Dickopf met ses compétences et ses réseaux l U service des Suisses. mais j'ai refusé. Y compris 07. » Dickopf et 07. Bien qu'il apparaisse f. « li dev rait être possible de trouver le domicile de l' un ou l'autre de mes anciens collaborateurs et d 'entrer en contact avec eux. ibid. mil itaires et policiers 13. le 2 1 j anvier 1945. bon gré mal gré. alias Baron. 1<1. « Il faut des agents expérimentés à Berlin .LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH à des contacts avec deux anc iens officiers de police dont la fi abilité est certaine et qui œuvrent avec succès pour renfo rcer leurs contacts avec les services généraux Il. à Wiesbaden. • 90 91 . li leur faut s implement une brève fonnalion et des instructions précises pour débuter leur travail 12. et dans deux ou trois villes de la zone Est. Cilé par Helmut Prame.» Mais François Genoud a gardé sa facu lté de d rculer en Europe: il s'est mis au service des réseaux de fui te des nazis. 12. 13. François Genoud semble H'êl rc lenu à J'écart de ces stratégies complexes. Paul Bonny. En . M. est à ce s ujet fort s ignificati L Alors qu'il s sont encore à Sigmaringen.I ll n ~ les archives pri vées d'anciens membres de la OGER t. reçoivent leurs in formations par la poste et par des « coursiers» qui voyagent à l'Ouest via Berlin. Le témoignage de l' épouse d'un camarade d 'Oltramare. li n 'hés ite pas à demander directement une « intercession américaine auprès du ministre Geiler )). » Sous prétexte d 'ouvrir « une brèche dans le système communi ste allemand ». Rappor1I1/46. installé à Wiesbaden.:omllle un membre du réseau Gehlen. li demande également une intervention personnelle auprès du QG américain. I l janvier 1993. lIcodant. services spéciaux américains. Les personnes qui seraient desti nées à cette acti vité ex istent. cs réseaux sont d ivers ifiés. Les propositions de Paul Oickopf aux Américains ne semblent pas liées aux balbut iements des services de Reinh ard Gehlen. est accom- I l. Oi ckopf croi t savoir que les Ru sses continuent à employer un grand nombre de poli ciers all emands. Je vois ici des possibilités extraordinaires qu'il serait dommage de ne pas exploiter. les anciens du renseignement nazi sont nombreux à trouver. Je n'ai pu retOurner en Allemagne qu'après le départ de J'administration . Barbara. pour sa « réintégration dans les services de poli ce criminelle allemands ».

LE BANQUIER NOIR

LA FUITE PAR ZU R1 C~1

pagné d'un militant suisse, Raoul Cevey. Barbara lfavaille sous
les ordres du Dr Moro qui dirigeait à Tübingen, non loin de
Stuttgart , une école de sabotage destinée à form er les «réfu·
giés» pétainistes en Allemagne. Les agents du Dr Moro sont
par la sui te envoyés en France pour collecter des renseigne·
ment s politiques et militaires, et le cas échéan t réali ser des
actes de sabotage. « Barbara exprim a le dés ir de trouver en
Suisse des gens prêts à favori ser ou à assister des Français
cherchant à rejoindre leur pays, témoigna Mme Bonny. li
s'agirait, pour les personnes qui prêteraient leur assistance en
Suisse. de remettre auxdits Français de l'argent ou des titres de
rationnement, ou encore de récepti onner leur correspondance
pour la transmettre ensuite en Allemagne 15, » Les Bonny s'exécutent et donnent plusieurs noms d'anciens membres de
l' Union nationale, que Barbara note aussitôt. Mme Bonny est
chargée de se rendre en Suisse « pour sonder les poss ibilités de
passage ». Après plusieurs entretiens préparal'Oires, elle reçoit
la veille de son départ la visite du Dr Moro, qui lui remet un
passeport muni des visas nécessaires pour quitter l'Allemagne.
Sa miss ion s'achève un mois plus tard, le 26 mars 1945, à
Bregenz, sur la rive autrichienne du lac de Constance, où
l'attendent Paul Bonny et le Dr Moro. On a peu de détails sur
les résultats qu'elle a obtenus. On sait seulement qu 'une des
« boîtes aux lettres » pressentie à Genève refu sa de faire ce
qu'on attendait d 'elle. On la priait en effet de transmettre le
courrier qu'elle all ait recevoir à la fabr ique de cartonnage
Hugelshofer, à Rheineck. Elle détruisit les trois leures et envoya
promener un des messagers. Pour ljmité qu'il soit, ce témoi·
gnage donne néanmoin s une idée juste des problèmes posés
aux réseaux: nazis ct pétainistes en celte fin de guerre : il leur
faut des boîtes aux lettres. des courri ers, des sympathi sants
pouvant discrètement fournir le gîte et le couvert, et d 'autres,

experts en passages de front ière. [J leur faut constituer une
Mructure clandestine class ique.
Les filières utili sées sont donc multiples. Vers le sud, toutes
convergent néanmoins comme dans un entonnoi r vers la ville
de Memmingen, en Bavière. Deux itinéraires en repartent. Le
princ ipal traverse l'Autriche par Inn sbruck et entre en Italie
par le col du Brenner ; le second fuit vers Lindau, sur le lac de
Constance, et prend deux directions: Bregenz, en Autri che.
et la rive suisse du lac. Ayant déjà engagé sa recherche des
criminels de guerre, Simon WiesemhaJ , agent de J'OSS, met un
ttrand soin à analyser et reconstituer ces réseaux, pour en suivre
mélhodiquementla trace et les itinéraires 16. La voie principale
est la fili ère italienne, dite« B-B », pour Brême·Bari, rempla·
eée ensuite par ses variantes Brême·Rome. Brême. Gênes 17.
Parmi les sept structu.res clandestines qui ont été répertori ées, celle ct 'Odessa (Organisation der SS Angehori gen organi sation des membres de la SS) est souvent présen tée
comme la plus performante. Des relais d 'accueil. composés
d 'équipes de trois à cinq personnes, sont opérationnels tous les
cinquante kilomètres. Les réseaux se distinguent par les fuyards
qu'ils prennent en charge: hauts dignitaires ou membres de la
Wehrmacht parfois opposés jusque dans J'exil à ceux du 50.
Sur les bords du lac de Constance, les villes de Lindau et
de Bregenz sont les passages obligés de la « filière suisse ».
1\ Lindau, un agent des services spéciaux français - OGER - a
monté une société d ' irnport.export pour attirer et surveiller les
~scaux de fuite. « Les nazis m'avaient à la bonne, explique+i1 à
L'Aurore le 30 juillet 1974. J'étais serviable. utile. Avec ma voilure puissante, une Audi. achetée avec mes gains de trafiquant,je
jouais au passeur. J'étais logé au cœur même de leurs réseaux .)Io
L'agent frança is est peu à peu présenté à tous les prota·

IS. Ministère public fédérnl, Acte d'accusatiOrl l/I'tssé contre GtOrges Ollramare, Pau/Bollny et René Fonjallat, 30 j uin 1947, p.4I-42.

92

16. Simon Wiesc nth al ouv re le Centre de documen13tion juive 110 Linz en 1947.
17. Simon Wiescnlhal, US assassins S01ll parmi flOUS. op. d t.; réédité avec
,!'nmples correctifs sous le titre Jwstice n'esl pus vengeance, Paris. Robert Laffont,

1989.

93

LE BANQUIER NOIR

LA MTE PAR ZURICH

gonistes de la fuite par un ancien des Jeunesses hitlériennes
devenu trafiquant à Lindau , Stenger. L'Allemand le conduit en
particulier à Zuri ch, au 39, Kreuzslrasse, où deux frères ont
installé leurs bureaux. Les frères OietheLm , All emands, tous
deux membres du SO, ont reçu l'ordre fin 1943 du chef de la
Gestapo Heinri ch Müller de créer des réseaux de survie en
Suisse. Il s demandent le statut de réfugié, et, selon leurs amis,
exigent 50000 fran cs suisses pour faciliter les fonnalités. Avec
les fond s du SO, ils créent une société d'achat-vente de brevets,
Oxydas. Celte fil ière s'appelle Die Spin"e, « l'Araignée ». Les
Oiethelm trient avec soin les fu yards qu ' ils prennent en charge.
Ceu x qui sont jugés « peu sOrs» ne partiront pas vers d 'autreS
latitudes grâce à « l' Araignée » .
« Je leur ai dit un jour: "'liens, un de mes amis m'a parlé de
Genoud", raconte l'agent de la OGER. Ds ont levé les bras au
ciel, et m'ont prévenu: "N'aUez pas mettre les mains là-dedans:'
François Genoud était, selon eux, en relation avec des milieux
affairistes 18. »
L'espion français, qui « ne s'occupait pas de recherche
d 'argent », juge cependant que le rôle du Suisse n 'était pas crucial dans les réseaux de fuite: « François Genoud a hébergé des
personnages secondaires qui passaient par la Sui sse. C'était un
"slatique". En outre, il était dépositaire de fonds de certaines
personnalités 19. »
Après sa reconversion journalistique, l'ex-espion s'est rendu
cé lèbre en se spéc ialisant sur les serv ices spéciaux des pays de
l'Est: son nom est Pierre de Villemarest 20. Entre autres organi sateurs des réseaux de fuite, de VilJemarest rencontre Franz
Roestel, officiell ement ingénieur dans une finn e all emande,
la Badenia. « Peu à peu, je percc son mystère, raconte-t-il à

L'Aurore. Grand voyageur, Roestel avait travaillé comme ingénieur en Afrique du Sud , à la Consolidated Oiamond M ines,
pui s en Afghanistan . Il en a gardé un passeport afghan . Au
début de la guerre, il est capitaine de la Wehnnacht à SaintQuentin , en occupation. Puis, à la recherche de jeunes offic iers
d 'é lite, Bonnann recrute Roeslel pour les services de sécurité
du Reich. Roestel fai t une carrière foudroyante. fi dev ient avec
Walter Rauff, actuell ement au Chili, un des lieutenants de
Bonnann, chargés de préparer l'évasion hors du Reich anéanti
des dignitaires nazis, des techniciens, du matériel, des capitaux.
Que vient faire à Lindau ce Roestel avec lequel je feins de
fratern iser ? Jusqu 'en 1948, il émit le numéro 4 ou le numéro 5
dans la vaste organisation nazie d'après-guerre. Mais. les uns
après les autres, les grands patrons ont décroché pour se fi xer
définitivement en Amérique du Sud. Par le jeu naturel de la
hiérarchie secrète, Roestel était arrivé à la deuxième place 21. »
L'espionnage loujours : de ViUemarest se baigne avec
Roestel dans le lac de Constance pendant qu 'une de ses amies
fouille méticuleusement les bagages de l'agent allemand. Simon
Wiesenthal met lui aussi à jour le rôle joué par Roeslel, Hauplsturnlführer SS. Mais il est plus long à percer le pseudonyme
sous lequel agit l'officier : Haddad Saïd, nom fi gurant sur son
passeport syrien. R OCS1CI voyage en Syrie. puis revient en
AJlemagne pour recruter des conseillers all emands avant de
di sparaître en Amérique du Sud. L' implication de l'ambassade
de Syrie à Berne dans la fuite des nazis est d 'ailleurs étroitement liée à sa recherche d ' instructeurs allemands 22, Après
ILl nnissance d ' Israël en 1948, par soif de revanche, la Syrie
CI l' Égypte s'ouvriront un peu plus aux soldats perdus du
rut Reich,
« François Genoud étaÎl très important pour nous, expliqua
l'ancien adjoint de Himmler, le général SS Karl Wolff. Nous
étions très limités dans nos déplacements. n pouvait bouger

18. Entretien avec l'auteur, 3 septembre 1993.
19. Ibid.
20. Pierre de Villemarest a évoqué cet épisQde de l'après-guerre dans plusieurs
rev ues et ouvrages, notammen t Le Coup d'êwt de Markus Wolf, Paris. Stock,
1991, p. [33- 135.

94

21. L'Aurore, 30 juillet 1974, p. 2.
22. Entretien de Pierre de Vi tlemarest avec l'auteur. 16 septembre 1993.

95

LE BANQUIER NO IR

W\ FUITE PAR ZURICH

librement et nous servait d ' homme de liaison 23.» Ce témoignage n'est pas négligeable. Le général Wolff a été le chef de
bureau du Reichsführer 55, Heinrich Himmler, dès 1933, puis
il a été chargé en 1939 des relations entre le bureau de Hitler et
celui du mini stre de l'Intérieur, avant d 'être nommé à la tête de
la Gestapo en Italie en 1943. Dès le début de J'année 1945,00
s'en souvient, Wolff a négocié avec Allen Dulles la reddition
des forces allemandes du fron t sud, avec de mystérieux intermédiaires, parmi lesquels fi gure, se lon certains chercheurs,
Paul Oickopf. Cene capi tulation négociée lui permet d'échapper pendant de longues années à des poursuites concernant son
rôle dans la déportation des juifs ital iens et dans les massacres
du camp de Treblinka , qui firent 300000 morts 24.
Le rôle de François Genoud dans les filières est donc établi ,
et corroboré par d 'aulres témoignages. Le Sui sse lui-même
l'évoq ue, et, quand il le fait , il reconnaît s'être employé ~( à
venir en aide aux prisonni ers allemands » ... Dans la préface
du Testament politique de Hiller, parue avec son autorisation,
on peut lire:« François Genoud , à ("époque, s'efforçai t avec le
professeur Niehans, de Vevey, de venir en aide à des soldats
et officiers allemands détenus dans les prisons françaises lS.»
Étonnante rencontre tout de même que ce ll e de François
Genoud avec le professeur Paul Niehans. Champion de la
thérapie cellu laire, et de l'injection de cellules vivantes à ses
patients, le professeur a notamment traité Pie XII , Konrad
Adenauer et le duc de Wmdsor... Il a ouven " une des premières
cliniques de remise en forme sui sses, l'un de ces établ issements
qui attirent lant les célébrités mondiales près du lac Léman.
L'un de ses collaborateurs, le docteur Walter Michel, fut le
chef à Genève de "Union nationale d'Oltramare puis l' un des

dirigeants du Mouvement national suisse (NUS) créé en 1940
à l'initi ative du 50 26 . Le Dr Walter Mi chel resta en relat ion
constante avec le consulat général d 'Allemagne et prit de nombreuses initiati ves en concertation avec la SS-Hauptamt. Le
docteur fut condamné à trois ans de prison après la guerre"D.
Selon certains témoignages. des collègues des docteurs Niehàns et Mi chel, spécialisés dans la chi rurgie faciale, ont eux
aussi rendu des services aux fu yards ... en leur modifiant le
visage, et en leur offranl non pas une cure de jouvence, mais
une nouvelle identité.
Bien des années après la mise en sommeil de ces filières de
fuit e. en 1964, un journali ste du National Zeilllng de Bâle,
Serge Flicgers. inlerrogea un homme infiltré dans ces réseaux
de fuite, ct le fit parler de « l'Araignée » , et de l' homme qui
avait finan cé l'organisation .. . Celle-ci, apprenail-on, a ti ssé ses
fils avant la chute du rueReich, en transportant de l'argent sur
des comptes secrets en Suisse. « L' homme qui gérait et gère
aujourd ' hui ces patrimo ines naz is est un ressortissant sui sse
el habite à Lausanne, indiquait l' infomlateur de Aiegers, "Monsieur X ". Son appartement ressemble à un musée à la gloire de
HiLler, Aux murs, des drapeaux avec des croix gammées et des
portrait s de Hitler grandeur nature. Ce banquier nazi voyage
sanS difficulté dans l' Europe entière pour des in vestissements
CI des virements 28. » De nombreux témoignages l'attestent.
François Genoud ava it effecti vement à cette époque rempli
~on appartement de ses souven irs de l'Allemagne nazie. Il a
d'ailleurs confirmé avoir reçu la visite de Serge Fliegers 29 •
C'est dans la fu ite et la défa ite que Genoud apprend vraiment à con naÎt"fe de nombreux hauts responsables nazis. Outre
le général Wolff ou le colonel Olto Skorzeny, ancien chef des
opérations spéciales du RSHA , la plupart font figure de chefs

23. Entretien acco~ l Frank Garbely. Profil. 30 décembre 1985.
24. Le gt'!néral Wolff n·est arrêté qu·en 1949 par les autorilt'!s d·occupalion brilanniques. et condamnt l quatre ans de prison. la Rt'!publique ft'!dérale. qui rotIVTe
son dossier en 1962. le rondamnern à quinze ans de prison en 1964. 11 serJ Ii~ré
six ans plus tard po ur raisons médicales. Mais il décède en t986 en Davière.
25. H itler's Iwlifisches Tesraml'n/, Hambourg. Albrechl Knaus Verlag, 1981.

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26. Oaniel Bou rgeois. iL fI1CReich et fa Suisse. op. cit.
21. Journal de Genève, t8 janvier 1946.
28. Nazional Zeimng, Serge Fliegers. 7 novembre 1964.
29. Entretien avec l'auteur. 18 décembre 1991.

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entré au directoire en 1935. et les bureaux d ' achats nazis. Stock. Paris. son témoi gnage est accablant : « Pendant l'été 1942. Walter Funk. selon " expression de Robert Kempner. 1975. à rédiger les premi ers articles sur le sujet dans le journal zurichois Neues Leben. Entretien avec l'auteur. Ainsi. Edouard Calic fut pendant la guerre correspondant de I?resse à Berlin. « Tout de suite après la guerre. Le directeur de la Reichsbank et ministre de l'Économie est entendu le 7 mai 1946. Rien qu'en Galicie (Pologne). rJpportéeà I·auteur. Paris. Conversation d'Arthur A. ancien chef des Jeunesses hitlériennes. « Genoud a dû prendre des contacts durant la guerre. en 1950. 1985. une légende véhiculée jusque par les anciennes personnalités du régime. Pour sa défense. Laffon!. Propos recueillis par Roger de Oiesbaeh à Locarno. personnage incontournable de la Communauté d'aide réciproque des anciens membres de la SS combattante (HIAG 30). Hilfsgemeinschafllluf Gegenseitigkeit der ehemaligen Angehôrigen der Waffen 55. 98 34. Ouvrages d'Edouard Calle. Heinrich Schnitzler. de Hermann Ramcke. et reprod uits avec son lICeord. El pourtant. que ses propos ne sont pas malintentionnés. el ils lancèrent. Personne n'a trouvé celle clef d 'or qui a permis à de très nombreux nazis de prendre 10 fuile juste après la défaite. mais uvec qui ?» s' interrogea Robert Kempner. Les quarante-cinq tomes d 'aveux des dignitaires nozi s sont bien rarement la cible des écrivains révisionnistes. 32. ancien colonel de la Luft waffe et pilote le plus décoré. il est aussi.sme. auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la Gestapo 3l.xmann avec Alberto Marientoni. que Genoud aidera à s'évader de son lieu de résidence surveillée. Ilélas pour Walter Funk. François Genoud dément luimême cette légende. puis procureur principal au procès de la Wilhelmstrasse. Rudolf Diels poussa notamment l'un de ses collaborateurs. Himmler e/ son Empire. » Le procès des criminels de guerre qui s'ouvre le 20 novembre 1945 au palais de justice de Nuremberg voit la comparution du grand argentier de Hitler. rapporte l'hi storien Edouard Calic. L'aide apportée par François Genaud aux chefs nazis aprèsguerre fait naître en tout cas une vraie mythologie autour de son personnage. Hitler et Goebbels quant au crime de l'incendie du Reichstag ». objets précieux CI monnaies. Heydrich. les vols d 'œuvres d 'art. qui depuis Buenos Aires anime un groupe important. 31. « La clef d'or. on avait arraché oux juifs près de 100000 kilos de pièces d'or ». Walter Funk. A la tête de la Gestapo. « l'un des à-côtés les plus répugnants de l'cxtenninatian des j uifs : cette collecte organisée des bridges. tout y est : la « solution finale » . couronnes d 'or et aurifications. vous ne l'avez pas trouvée. 1"' septembre 1994. vers l'Amérique du Sud. Ce pillage ne concerne pas que l'aryanisation . Diels avait été le maître d 'œuvre des premiers camps de concentration. président de la Reichsbank et 30. le premier chef de la Gestapo. qui a affirmé q ue « Genaud était J' une des rares personnes à pouvoir entrer dans les bureaux de Hitler sans s'annoncer 32 ». Genoud s'est lié avec Rudolf Diels. d 'un commun accord.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH de réseaux. Fonctionnaire de la Reichsbank. HI AG.. Que celle clef d 'or ait ouvert en passant quelques coffres su isses n'est pas exclu 34. depuis 1913. Mais auss i plus tard. le procès de Nuremberg est aussi celui du pillage organ isé par les SS et leur «section économique » . Correspondance d 'Edouard Calie li Jean-Claude Bührer. le 13 d<:cembre 1985. mais en indiquant qu'Arthur Axmann est son ami. 99 . ancien général parachutiste. C 'est le cas d 'Arthur Axmann. 33. montres. inexacts 13. Walter Funk demande à l'un de ses viceprésidents de venir à la barre : Emil Puhl dépose le 15 mai 1946.. C'est le cas de Han s~ U1ri c h Rudel. bijoux. Simon Wiesenthal non plu s. procureur substitut américain au tribunal de Nuremberg. Emil Puhl en devient vice-président en févrie r 1939. puis d<: poné au cam p d'Onmienburg. cimenté par l'existence de la revue Der Weg. mais . la légende de l' innocence de Goring. l'extermination des juifs el autres massacres réalisés au nom du national-sociali.

. lui téléphone. « Je me refusai à en discuter par téléphone. lors du procès de la Wilhelmstrasse. eut un e ntretien avec moi . montures de lunenes. Tribunal militaire international de Nuremberg. rapporte Emil Puhl. Dans leurs Il''1pccts financi ers. le procès de Nuremberg et celui de la Wilhc lmstrasse ne sont pas sans accuse r le système banca ire Imisse . Ln Suisse. C'étai t début 1943. S5 en uniforme étaient de garde. chef de la section économique des SS. général 5S. La banque su isse joua déjà son rôle de blanchisseur lI 'argcnt sale en achetant. à dater de ce jour.Ie tribuna l condamna Emil Puhl à cinq OIlS de réclusion le 14 av ril 1949. que les dents e n or étaient fondues par l' hôte l de la Monnaie de l"russe. Pui s nous vîmes d '!Iutres articles ponant le tampon "Auschwitz". X UI. « Lors de la première li vrai100. « Un des premiers faits qui nous '1l\'ot soupçonner l'origine de ces objets fut qu ' un paquet portait l'inlicription "Lu bUn". J'« or fin» de 1:1 Reichsbank contre des devi ses. dont on a toutes raisons de penser q u' il s'agis""II d ' un s imple nom de code. » La responsabilité de Funk ne fa it guère de doute: comme PuhJ .» Interrogé par Puhl sur l'origine de ces valeurs. dans L'Or des nazis. » Ces valeurs viennent c réditer un compte ouvert au nom de • Max He iliger ».. op. Texle officitf du prods dts grands criminels de gutrrt. e t pendant les a nnées suivantes. plusieurs fonctionnaires sont mis dans la confidence e t tenus de garder un «secret absolu» sur ces «opérations spéciales » . après une ou deux lI\'rnisons. L'Or des nazis. Oswald Pohl. il vint me voir el me déclara que les 55 tenaient prêts que lques bijoux qu ' ils désiraient donner en garde à la Reichsbank. comme d'lIillcurs les autres objets de valeurs et matières précieuses. q ui était c hargé du côté économique de l'adm in istrat ion des camps de concentrat ion 15. En particulier Albert Thorns. Je passai avec lui les accords nécessaires au transfen et. Werner Rings. des remises furent effectuées de te mps à autre. de la section 4conom ique des 55. la plupart des gens de la Hauplkasse et presque tout le "'illide dans mon bureau étaie nt au courant des livrai sons des SS.! qu'il ava it lui aussi pris pan à « la réalisalion d'une punie du plan d 'ensemble ». et. 35.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH mini stre de l'Économie. à partir d 'aoOt 1942. Jugeur. Nous l'appnmes du fait même que les 55 cherchaient à tirer des espèces de ces objets et. lis témoignent eux aussi à Nuremberg. Sur ce. sur les victimes des camps de concentration et sur d 'autres personnes. Le jour même. qui se souvient d'avoir reçu des mains de Puhlle téléphone du BrigadefLihrer Frank. Les « livraisons» (1a première livraison e ut Ilfu le 26 août 1942) sont effectuées par un convoi de camions dirigé par un 5S du nom de Melmer. obtinrent le concours du personne l de la Reichsbank. » On apprendra en 1949. Funk me dit qu'il avait passé un accord avec le ReichsfLihrer Himmler selon lequel la Reichsbank prendrait en garde pour les 55 de l'or et des bijoux. rapporte Albert Thoms. 100 36. Le 6 avril 1945 encore. un o u dtu). » Le tri auque l Thorns et son service doivent se livrer ne laisse l'lus place au doute: « Les q uantités de dents e n or s 'accrurent t. Funk affirnle q u'elles proviennent de saisies dans les te rritoires occupés de l'Est. avec J'assentiment et l'approbation de Funk. Funk me donna pour instruction de prendre les dispositions nécessaires en accord avec Pohl.!. bien que Meimer fû t en civil. ft Berne avait une confi ance presque sans limites en Emil Puhl :. U nous cst arrivé de recevoir e n une seule foi s douze kilos de perles. or dentaire et autres objets en or. Puhl charge des fonctionnaires de Ja caisse et des coffres de la réception des vaJeurs. note Thoms dans son témoignage. montres.unsidérablement. ciro lO I . sais is par les 55 sur les juifs. Nous savions 1t11J ~ que c 'était l'emplacement d ' un camp de concenlration. 1//1 rt lais discret. relève Werner Rings. Chargés de manipuler sacs et paquets. jusqu'aux derniers jours. » Emil Puhl poursuit: « Panni les objets déposés par les 55 se trouvaient en grande quantité bijoux. il visitait régulièrement les caves de la banque. puis réexpédiées à la Reichsbank sous fomle d 'or fin 36.

II s'appelle Hans Rechenberg. cil. l'ancien chef de cabinet de Laval. épisodiquement ces assemb lées qui réunissent la fine neur du pétainisme exilé 4L. sur les bancs de la défense. Car le ministre. Naturellement . Rechenberg a success ivement travaillé pour les deux plus grands rabatteurs du pan i nazi dans les milieux économiques. par sa fon ction à la Reichsbank. Julliard. pu is il a été fa it pri sonnier par les Français en Algérie alors qu'il essayait de regagner l'Espagne. ex-vice·président du Conseil de Paris). Entretien avec rauteur. Bien sOr. ils sont pani s plus loin : en Argentine. La Mandragore. fils de Jean 39. dans une superbe demeure. Hans Rechenberg est conseiller de la défense au tribunal de Nuremberg. où il est condamné à la récl usion à perpétuité.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH 132 lingots et des pièces d'or pour une valeur de 15. Rechenberg aurait déclaré qu'« on n'a pas mis assez de juifs dans les chambres à gaz 38 ». Dans Le Nai" jaune. Et ses deux anciens patrons sont aujourd 'hui sur les bancs des accusés. et lui fera rencontrer Walter Funk dès sa san ie de Spandau en 1957. qui était capitaine des parachuti stes. Q u'on en juge: René Gillouin (ancien consei ller de Pétain. c'est l'ami de François Genoud . Loin des altitudes « révi sionnistes» souvent répandues chez les anciens nazis. Pnris. un manuscrit que Bonnann aurait confié à Funk pour qu ' il le mette à l'abri. 40. Une Eminence griu. 12 juillet 199 1. qui ne coun plus grands risques. ministre de l'Économie et président de la Reichsbank. puis de Waller Funk. op. Quand ils ne sont pas en Espagne. qui vient de ruiner tous les espoirs de relaxe du présideOl de la Reichsbank . Le personnage affi che un antiséntitisme viscéral. La guerre venue. se sent chez elle dans le salon de La Mandragore. Encore indés irable en France. LI lu i rend de nombreuses visites à la pri son de Spandau. Die Tugebiichu des DoklOr Joseph GMbbels. connus sous le nom de Testament politique de Hitler. qui s'est glissé à côt. la Banque national e suisse en fil l'acqui silion contre un crédit sur un compte à la DeulSche Reichsbank de Zurich 31. Pascal Jardin. de récupérer des archives cachées par Funk dans les dernières heures de la guerre. et Pi erre Assouline cn a achevé la description 40. dans le sillage de onstan! Bourquin et de Jean Jardin.8 millions de francs su isses arrivèrent de Constance dans le dépôt bernois de la Reichsbank . 103 . u Nain jpune. et est chargé. li dépeint l'atmosphère du lieu et l'ambiance des samed is upr s·midi mondains qui s'y déroulaient. t 978. En revanche. En 195 1. Jardin a quitté son l. 41. un ex·offi cier allemand assiste consterné à la confrontation entre Puhl et Funk. op. René Belin (ex·minjstre 39. il ne parle pas de tout cela au procès de Nuremberg. Or François Genoud fréquente. Il a été détenu par les Américains jusqu'à la fin de la guerre. derrière lui. à La Tour-le· Peilz. a bien sOr visé les nombreuses di sposi tions prises pour camoufler des fonds nazis avant la fin de la guerre: il a lui·même caché la « clef d'or ». Son fid?:le collaborateur Hans Rechenberg devient son curateur. lui aussi. J'amiral Henri Bl éhaut (ex-ministre des Colonies). Hans Rechenberg donnera une copie de ce docum ent à François Genoud. François Oenoud fait ses débuts dan s l'édition. Du Moulin de Labarthète (ex·chef de cabinet de Pétain). Pascal Jardin . Jean Jardin. 102 Tout en s'activant au service des officiers nazis. cit. la haute administration vichyssoise. Pierre Assou! ine. s'est engagé dans l'A frika Korps de Rommel . Collaborateur de Hennann Gôring dès 1933.é des avocats. Le 13 avril 1945. Rechenberg. les collaborateurs les plus recherchés ne se sont pas attardés sur les rives du lac Léman./bid. Georges Bonnet (ex·ministre des Affaires étrangères). 37. entre autres choses. 38. Panni ces docu· ments fi gurent les derniers propos de table de Hitler.lpparlement lausannois pour s' instal ler quarante ki lomètres plus loin. A Nuremberg. Petcr·Ferdinand Koch. Que Rechenberg et Genoud fi gurenl dans l'entourage de Walter Funk est cepen· dant hautement significatif.

. L'u n comme l'autre. fail tomber la « nu it de l'inte lli gence » sur la France: « Le flam beau de la liberté est tombé des mains de ses habituels champions. tous fort compromis dans la collaboration et parfois présents sur la liste noire d u Com ité national des écrivains : Bertrand de Jouvenel. condamné à mort par contumace à la Libération). et rencontre toujours des appuis financ iers importants. incapable de se mesurer avec q uiconque dès qu'il s'agit de puissance maté rielle. qui rédigea son anthologie de la Nouvelle Europe. voir et entendre notre chienne Minnie m 'accomfM1tlller quand je jouais de l' harmonica. 43. La Libération a. Alfred Fabre-Luce. émise à la Libération. Ulle Éminence grise. la reine d'Espagne y goûtait parfois avec les danles chenues de sa suite. depuis 1944. derrière les plus importants projets de la maison. CÎt.LE BANQUIER NO IR LA FUITE PAR ZUR IC H du Travail). des artistes et écrivains.. « barons de fraîche date portant le nom d'une marque de chocolat praliné. François G enoud y pousse. La banque Wonns. Son train de vie en témoigne. le leader rexiste belge réfugié e n Espagne. » Car Jean Jardin sait aussi attirer vers le Cheval Ailé de vrais intellectuels. On retrouve partout sa « patte» dans deux catégories d 'ouvrages : les cl assiques et les mémo rialistes de l 'Occupation 43. partout. Georges Hilaire (ex-secrétaire aux Be aux-Arts). cit. L' hypothèse. 1947. Steic. La Suisse. op. qui présente un à un to us les 42. ou de vraies vedettes comme Sucha Guitry et Pierre Fresnay. d iscuter avec les ph il osophes Emmanue l n erl el Raymond Abellio. « On venait des quatre coins de l'Europe pour goûter le pâté de lapin de ma mère. faire de la gymnastique avec Paul Morand. restent pourtant dan s l'ombre. à boire le thé. 105 . Tou t en se faisa nt l'apôtre d ' une « littérature dégagée ~>. « nouveaux espions ~) . e t no us avons trop souvent cédé. J' Union de banques suisses. 104 44. Plusie urs de ces anciens minisrres rédigeront leu rs Mémoires aux éditions « A l' Enseig ne du Cheval Ai lé». peUl braver le monde impunément q uand elle défend les principes qui sont à la base de notre civilisation. raconte Pierre Assouline.. comme d'habitude. op. imprescriptible. selo n Bourquin . que l rôle plus noble un petit pays comme la Suisse pourrait-il assumer? Nous l'avons trop ignoré. Le fl ambeau de la liberté ramassé par Constant Bourquin ne le conduit pas à afficher ses am itiés jusq ue dans ses catalog ues. dans le luxueux almanach du Cheval A i lé publié par l'éditeur en 1947 . parmi lesquels fig ure. Le Nainjallne. Transaco). le comte de Paris. à certaines pressio ns.. C'est à nous qu ' il appartient de droit de le ramasser. Almanach dll Chel'al Ai/l. Pascal Jardin. Léon Degrelle. . Pierre Assouline. Pe ndant que Jean Jardin conduit les intellectuels pétainistes vers les éditions du Cheval Ailé. faute de grandes idées et du courage que seules elles peuvent animer. Pierre Fresnay et Yvonne Printemps ve naient y répéle r des pièces de Jean Anoui lh ou de Marcel Achard. . leurs onze enfants fai saient coule r nolfe barque à force de s urc h arge44. Charles Rochat (ex-secrétaire général des A ffaires étrangères. sa femme.. )~ Sans compter « tous les itinérants » . note-t-il dans l'éditorial d ' un de ses catalogues. Jean J ardin conv ie un vrai gouverneme nt en ex il. les affaires de Jean Jardin en Suisse pourraient être plus mauvaises. que Jean Jardin a gardé en main certains fonds secrets de Laval s'en trouve nature llement confortée. par exemple. « anciens Alle mands devenus soudain Paraguayens avec des sociétés tangéroises lIytull des bureaux administratifs à Lausanne » . objectera -t-on. le droit d' as ile 42 . A ussi bien. « creuset d 'une nouvelle race ». JJ crée des sociétés (Thbopiast. se souvient Puscal Jardin. la banque Pictet de Genève partic ipent à ses opérations. mais son influence est bien présente. Jean Jardin. « des collaborateurs pâlots qui /'Iorlaient de prison ». à certains terrorismes.» « Le véritable directeur littéraire du Cheval Ailé n 'est autre que Jean Jardin. mai s aussi Pau l Morand. Constant Bourquin est ici sur son territoire de chasse. François Genoud et Jean J ardin n 'appara issent lIucunement.. Son nom n'est nulle part. Nos ho mmes d ' État ont manqué de roideur. et gérant de puis Ge nève les fonds du Vatican ».

Mais c'est un coup de foudre que rien n'arrête. 12 juillet 1991. Dans un premi er temps. . L'annonce de la publication de ces documents fera sensation en 1951. Comment la correspondance de Bonnann tombe-t-elle entre les mains de François Genoud ? A l'en croire. I 45. le t OUI conservé dans le coffre-fort de j'un des abris antiaériens. notammcnt dans le débat sur la survie de Bonnann. rencontrée chez des amis communs. » François Genoud et Élisabeth Peeters auront trois enfants: Françoise. 1974. situé dans le Val Gardena 48 . U> Quat. Outre sa correspondance privée et la sténotyp ie des discours de Ulble de Hitler. Elle est déjà mariée et mère d'une petite fiUe de troi s an s. tout de suite après la guerre en Belgique. Paris. explique 47. Michel et Martine. Notre premier enfant est né début 1948. nous pouvions attaquer faciJement le marché français 4S• » François Genoud s'est remarié en 1946.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH auteurs de la maison.l:ndant reconstitué l'itinéraire de ~rdll Do~ann. puisque.ièm~ Rl'ich. J 'étais domicilié à Tanger. Au début de son enquête. et condu it Gerda Bonnann dans un petit village des Dolomites: Selva. à l'hôpital de Merano. Ladislas Farago. de trouver un endroit sûr pour ses proches. mais un haut fonctionnaire italien . 46. haut lieu de villégiature des dignitaires du Reich. Entretien avec l'auteu r. en possession des documents. 48.uisque son au teu r affinne avoir retrouvé el rencon tré Bormann à une date à lIquelle tous les enquêteurs el historiens s'accordent à le donner pou r mort. 7 mars 1995. Le périple des archives de Bonnann est à lui seul un mys1ère non élucidé. Un livre contestable à bien des égards. explique François Genoud. Élisabeth Peeters. De Belgique. car on ne sait pas encore si le dauphin de Hitler a trouvé la mort dans le bunker ou s' il a réussi à s 'enfuir. L'édition. 106 107 . Belrond. nous avons vécu quelques moi s là-bas. Ladislas Farngo a ccP. qui l' hospitalise rapidement. Bonnann sera d' aiHeurs le héros fantomat ique de plusieurs ouvrages consacrés à la «chasse aux nazi s ». alerté par l'état de santé critique de Mme Bonnann. « Nous étions tous deux mariés. Au mois d'octobre. qui aurait coûté dans les 15000 dollars . En 1947. L'ensemble est très ri che. note par exe mple Le Monde du 2 juillet 1952. el les témoignagcs qu'il a recuelllis sur ce point ne semblent pas SUjets à cautIOn. Entretien avec J'auteur. François Genoud fait sa première trouvaille d'éditeur : il négoc ie une premi ère partie des archives de Martin Bormann. Gerda Bonnann meurt d'un cance r de l' intestin quelques mois plus tard. le plus simplement du monde : un éwteur italien.« M. s'y trouvent des carnets intimes. y compris ceux qui croyaien t à sa fuite en Amérique latine. Nous avons créé une société. Après plusieurs rendez-vous. François Genoud 47 . délégué au ministère de la Culture. « C'est tombé entre mes mains car j'étais intéressé par les lextes allemands». à Genève 46. Gerda Bormann a fu i en emportant avec elle les archives que lui envoyait régulièrement son mari à Berchtesgaden. 12 jumel 1991. Nous avons divorcé chacun de norre côté. aurait contacté le Cheval Ai lé. l'un des hommes de confian ce de Bormann. il a compris que son interlocuteur véritable n'est pas un éd iteur. n a épousé une jeune femme d'origine flamande. le secrétaire personnel et dauphin d 'Adolf Hitler. le 22 mars 1946. ça ne gagne rien autrement. La version originale des propos de table de Hitler ne lui sera proposée qu 'après le premier achat. petite ville des environs. seul e la correspondance de Bormann lui aurait été offerte. fait meure les archives dans deux camions. pui s à Tanger. François Genoud se refuse à donner l'identité du 4( vendeur ». Bornlann a chargé le Gaul ei ter du Tyrol. Genoud entend défendre les droits moraux de Martin Bonnann. un médecin italien prév ient le service de santé britannique de Merano. et ses propres IITchives politiques. Franz Hofer. il contient J'intégralité des di scours de table de Hitler. Sa femme et sa sœur ~o nl prises en charge à Berchtcsgaden par le Dr Helmut von Hummel. «Nous étions associés. outre la correspondance privée de Bormann. lequel ne serait pas mort mais simplement réfugié à Tanger ». Celui-ci nTrive avec un détachement SS. Entretien av« l'auteur.

. les archives Oonnann seraient donc tombées cntre les mains des autori tés 49. seul fils de sang des Bormann . devient le tuteur de huil des enfants adoptés. chargé de la fuite de Gerda. D'importants tableaux ont été découverts et négociés npr~s-guerre dans la région 52. Si l'on en croit le récit de François Genoud. contenant des films.no. ou si son conlenu a lé dispersé par ses gardiens. Ibid.. qui a filmé les réunions du NSDAP depuis 1923. un personnage aurait pu répondre à ces questions: le Dr Helmut von Hu mmel.1\ col1t:ction Œ!ring. Dans les environs de Bolw. 52. étai t par ailleurs le responsab le administratif du servi ce de «récupératjon » des œuvres d'art de l'Europe occupée. et des photos.» Le convoi von Hummel est passé également chez Leni Ricfenslahl .» Les film s. Mais qui a volé. dit-il. c estlc père Franz Pobitzer . \/on Hummel n'a-t-il pas pu également prendre en charge dcs œuvres d'art volées? Les camions ont embarqué une partie des «œuvres» d' Adolf Hitler. elle. qui réapparaîtront effectivement tlur le marché cinématograph ique après-guerre_ On ignore si la cachelle de von Hummel à Bolzano a été découverte par les Alliés après-guerre. Chargé d'un véritable «convoi Bonnann » partant de Berchtesgaden.. après J'exhumation de films 16 mm provenant des archi ves personnelles de plusieurs familiers de Hitler. une place paniculière dans les filières de fUite.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH Des prêtres s'occupent alors de sa progéniture. Wilma Schaub. Quatre caisses sont emporIl!es. dans le convoi de Gerda Bonnann! Son témoignage est préci s. 108 109 . l'égérie du cinéma nalional-socialiste. une caravane de c:lunions s'arrête devant sa maison. DcrSpit'gel. von Hummel a fort bien pu y convoyer d' autres œuvres. parfois intimes el fami li ales. fait disparaître ou vend u les archi ves de Martin Bonnann? Ont-elles disparu lors de leur transport à Merano. A Rome. rfpond Wilma Schaub. Grete Fegelein. ~v~ue de l'~glise des ~Ierins Ma ria del1 ' Anima et recteur du collège pontifical allemand. les brouillons des discours de Hitler d~pu i s 1923. sous les ordres de Martin Bonnann. 5 1. affirme Wilma Schaub. il y avait aussi ces discours de table de Hitler It llcment contestés qui ont été transportés d'Obersalzberg avec d'aulres caisses vers Bolzano. On reparlera du convoi von Hummel en 1953. assure avoir emporlé la pell icu le hors d'AJlemagne . Le 23 avril 1945. Les pr~tres franciscain. ' 50. nO24. aumônier militaire. l'un des « aides de camp» de Hitler. Aussitôt le film annoncé. et Wilma Schaub. Martin Adolf. l'épouse du Gruppenführer SS Julius Schaub. sera r~cupérte à Berchtesgaden dans les sous-sols InllChevés du bunker. ou contre son gré? A coup sûr. Des orticiers américains qui en ont fait un long métrage intitulé Les vieux temps vont-ils revenir ? assurent avoir trouvé la pellicule dans les décombres de Berchtesgaden.. qui tient le rôle central. où elles onl ét~ retrouvées par les Aillés. L'essentiel des auvres volées avaient ~t~ entrepostes dans les gal e ~ies minières du Salzberg e n Autriche. elle reçoit un coup dt 1 léphone dans sa mai son de Kitzbühl. L'abbé Theodor Schmitt. c'est Alois Iludal.s ont curie usement. auriez-voys quelque chose d'important à la maison que nous devrions emporter avec nous? Nous déménageons pour Bol zano so . Très tard dans la nuü . ou après? Avec l'asse ntiment de Gerda Bonnann. celui des jeux Olympiques ulnsi que Tiefland (La plaine). C'est Helmut von Hummel : « Ma chère dame. dans un bunker en dehors de lu ville sl. Le rôle de certaines congrégat ions religieuses dans la protec tion de nazis de haut rang et de leurs familles n'est pl us à démontrer 49. toutes deux auteurs de nombreuses prises de vue. est également pris en charge par des hommes d'Église : le père Bruno Klingenmayer et le père Franz Wimmer. bien sOr. 11 Rome le CO ll vent franciscain de la Via Sicilia. déposent plainte et réclamen t leurs droits sur le film. Mais les responsabilités de von Hummel au sein de la mission Linz laissent rêveur. avec von Hummel. qui emmène plusieurs de ses rilms avec elle. « Lors de ce tran sport. la sœur d ' Eva Braun. Arrivant sans encombre dans les Dolomites. 1". 1953.

Kurt Tauber. Tanger accueille bien des fu yards du Reich et autres rescapés des fascismes. à la même époque. von Hummel est arrêté près de Salzbourg. François Genoud . Mais François Genoud était suffisamment impliqué dans les réseaux de fuit e pour connaître leur existence et tenter lu i aussi de les négoc ier. en possess ion de cinq millions de doUars·or. 57. Selon le K6lner Rund. Un Jleintre nommé Hitler. qui faisaient partie des archi ves Bormann. Theodor Schm itz. <d 'ai été très lié avec le tuteur ». 1967. Cet or venait. Cantini. Comme Lausanne ou Buenos Aires. à Domin ique Pons. Wesleyan University Press. « La correspondance nous montre la psychologie d 'un couple antichrétien. fréquente Tanger.59. pui s en Palestine où sa sœur est infi nnière. Il gagne enfin Le Caire en 1949. On importait aussi de J'or. 1"' septembre t994. Son rôle est soulîgn~ par l' un des meilleurs historiens de l'extrême d. Il assure «ne pas se souvenir des noms" de ees sociflfs (e ntretien avec l'auteur. ses enfants étant mineurs.les aquarelles. n s' agissait d'ordres de banque à banque. L' hypothèse que les archives aienl été négociées par les fu yards auprès des foncti onnaires italiens n'est pas à exclure. par un contrat en bonne el due forme. Très curieusement .ion L'Opera rilrovala (L'œuvre retrouvée). Un curieux texte. employée par le CICR. . » On estime que les quatre miUe sociétés anonymes tangéroises gèrent des capitaux cent fois supérieurs à ceux qu'elles déclarent sa. en 1954. en est peut-être une confirmation. note François Genoud S4. François Genoud contacte leur tuteur. qui arpente désonnais le monde arabe. 1990. lui. Paris et Buenos Aires. Paris. « On a vu arriver des quantités énormes de lingots et de litres venant de Suisse après la guerre »). La Thble ronde. 55. Paris. d'un lot de vingt aquare lles de Hitler dans la colJection pri vée du ministre italien chargé de la récupération des œuvres d 'art vo lées. ont fin alement été données à la Prov ince de Toscane comme l'ensemble de la collection Siviero Sl. 53. bien des années plus tard. L'artt e il na. où il a domicilié plusieurs sociétés. en vers ion anglaise. rapporte un homme d 'affaires tangéro is. Gerda Borm ann décédée. Tange. qui plonge dans la vie pri vée de Bomlann. Entre tien avec l'auteur.'56. Salvador Azagury. lui donne l'autorisation de publier. mais il dit ne jamais y avoir « pris racine 57 »."?i te allemande.'54. . on en achetait en Suisse ou à Londres. Dominique Pons. François Genoud recherche ses héritiers pour acquérir les droits d'auteur. Il reprend quelques unnées plus tard une carrière d'avocat à Munich. "physiquement" à Tanger. 7 mars 199. France-Empire 1986 et Rodolfo Siviero.'5).ismo. Entretien avec l'auteur.» François Gcnoud se refusant à dévoiler l'identité du haut fonctionnaire avec lequel il a négocié. Tanger ferme la Méditerranée et regarde l'océan Atl antique : la vi lle internationale est à la confluence de touS les trafics.'58. la correspondance ne sera éditée qu'une seule fois. Jean Bauverd sera chargé de l'ouverture de bureaux de presse islamiques à Rome. 12 j uillet 1991. explique François Genoud. 110 " Jean Bauverd. 59. Rodolfo Siviero. 1984. François Genoud confirme avoir eu « plusieurs sociétés à Tanger ». de même qu'en Belgique. Marc Lambert. La découverte.r. III . Tout en négociant la correspondance de Bormann. l'origine des documents reste donc incertaine. et intègre brièvement le bureau de presse du gouvernement. Qui veille chaque jour à ce qu ' il n'y ait pas une goutte de ce poison chrétien dans l'éducalÎon de leurs e nfa n ts~.le. a trouvé un poste à Radio Damas S6• Mais on le voit en Irak où un nouveau putsch mil itaire vient d'avoir lieu. .ul Richel Heuru . dans son monumental Btyond EagJt and SI'Qltlka. qui . Ibid. lui . « Il y avait une psychose.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZU RICIi italiennes. Exposées en J 984 au musée des Offices à FJorence dans le cadre de l'exposit. Et on ne voit pas quelle leçon politique peUl en tirer un lecteur sympathi sant du nazisme. Après·guerre.

monte alors « des opérations d ' import-export » avec des nazis brilann iques. après avoir « local isé la plaque tournante de ses activ ités à Tanger ». Son avocal. 65. qui vendait des médailles de collection ta. Fidèle à ses premiers engagements. il fréquente l'un des banquiers de la place. DUpow. Liardent . cil. et. L' I/ebdo lib/ri. Selon Rio. Kun . a témoigné des premiers balbutiements de l'Association des amis du monde arabe li bre.Yves Rio. aujou rd ' hu i décédé. il aurait participé au rranspon vers Llurdenl ». «A en croire certains témoignages. à Tanger justement. 68.Yves Rio M. 64. notamment « des affaires avec les MaroseUi ou Ladis las Rosenwald » ou encore Tanger de tableaux de collecti on. Paris. [J a « apporté son souti en » à des nationalistes mllrocains. un entretien avec l'auteur. note François Genoud 61.« c'est ainsi qu'il entra en relation avec Olto Skorzeny. opère à Tanger sous le paravent d 'activités commerciales et fin ancières les plus d iverses. 63. op. son Centre eurafricain d'études et de réalisations (Ceder) en 1956. ou les Italiens. Liardent fournira plus tard des armes au FLN algérien. phalangiste. il participe avec Otto-Karl Düpow. l'un des hommes de confiance du leader nationaliste Quo Strasser. s'est instaUé à l'rtnger au début des années cinquanle. » De nombreux amis l'y incitent. pour nouer des contacts avec les révo lutionnaires 62. comme F. dirige la seclion allemande du Ceder. 11 2 11 3 60. mais prenant soin de fabriquer des pièces plu s lourdes que les vraies. pour le compte d 'anciens responsables nationaux-socialistes 60. Paul-Yves Rio. ' . Alain P. ancien agent de l' Abwehr.S. aujourd ' hUÎ éta bli ~ Gen~ve. copiant les fam eux souverai ns de la banque d 'Angleterre qui fai saienl prime sur le marché. élaient devenus des spéc ialistes de la fonderie des pièces. installé dans la J'one espagnole de Tanger. exp liqua Paul. .lbe (Deutsch arabische Oessellschaft).Dans.» Mais Tanger est surtout la ville 011 François Genoud entre une nouvelle fois en contact avec le nationalisme arabe. « Dégoûté de cet "Occident". cit. 30 mal 1956. pour le démenti. Runge. puis instructeur nlelio auprès de la légion arabe des Wafre n SS. au point d 'être cité dans l'affaire de la première tentative d 'enlèvemenl du leader marocain 66. dans Les Riches Heures de Tanger. ~cision apponée Il l'auteur par Rémi Kauffe r : Paul-Yves Rio. démentÎra rapidement ces allégations: voir KlJfnu Rlmdschau. évoque la personnalité du banquier. Roger Faligot et R~mi Kauffer. Jean Bauverd fonde. 67 . lui étanl là pour repérer les anciens nazis » . 1975. Kôlnu RUlldschau 15 juin 1956. spécialisé dans les opérations sur l'or : « D'aulres. Alai n Moreau. Il organisera en octobre 1957 un congrts gennano-arabe réunissant vingl-Cinq groupes et associations. raltrapant sur le poids de l'or ce qu'i ls perdaient sur son aUlhenticité 61 . Surprenante relation : les F. Fréqu ente les mêmes lieux el quelques-uns des personnages que François Genoud côtoie: c'esl ytzhak Sham ir. que François Genoud créera officiellement à Lausanne 63. dans la zone internationale. cit. Se lon " enquête de Roger Faligot et Rémi Kauffer 68. L'Hrbdo lib/ré. n'étant pas explicitement cité Sut ce point. Dominique Pons. l'effigie d ' Hercule. 62. un anci en du Pani popu laire fran çais (PPF. Beyond Eagle and SI'astika. nos chemins à Shamir et à moi se seraient croisés. Paul. Patrice Chairoff.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH schau Gournal de Cologne). voir sI/pra. Alain F.. à Tanger. qui sera le chef du Mossad pour l'Europe.s utilisaient des pseudonymes li J'époque. « J'ai connu Genoud dans le cadre de l'association. à la création de plusieurs organisations « eurafricaines » . Ils fabr iquaient de vra ies fau sses pièces. tOUt cn soulignant que de nombreuses peTSOflne. 66. doriotiste) réfug ié à Tanger. u Croissant 1'1 la Croix gammée. Rio s'introduira dans l'enl o ur~lge de Mehdi Ben Barka. Shamir aurait « marqué» le Suisse. L'espion israélien. notamment à Abdel Khaled Torrès. a démenti aVOIr fréquenté François Genoud. Un grand espion se trouve alors à Tanger. futur Premier ministre israélien. voi r sI/pra. Voi r Kun Tnuber. Dossier 8 comme Barbou:II. Selon cenains témoins. vice-président de l'Association gennano-ar. op. Le Croissant et la Croix sammie. Roger Faligot et Rémi Kaurfer. op. sont les correspondants des Rothschild à Tanger. fondées pour inspirer un national-socialisme eurafricain 6. explique-t-il . François Genoud et Jean Bauverd » . sous les auspi ces du Calalan Antonio 61. je m'installe très vite au Maroc.

il se rend au QG américain d' Annahcrg et offre la reddition de ses trois cents hommes dispersés dUlls la région. où ses geôliers lui font partager la cellule de son vieil ami Kaltenbrunner. il offre ses services pour lutter contre les Russes. est fréquenté par une des dernières gloires militaires de l'Allemagne nazie: Otto Skorzeny. il reste une des rares figures de l'internationale noire. il est vrai. tillas « Lapin Blanc ». 1985. malgré ses contacts multiples avec les services spéciaux occidentaux après-guerre. II récuse six avocats allemands et choisit un colone l américain. comme l'avaient baptisé les Alliés. fondé par le Li banais Selim Frey boulevard Antée. Robert Oust. Pygmahon. 7 1. U dirige des commandos chargés de décapiter les réseaux d'appui à la résistance au Danemark. li est certain qu'clle a bénéficié de J'assentiment américain et de la bien- 69. il s'enfuit. Paris. Paris. Là encore. pour des crimes de guerre commis à Plostina. comme Skorleny.LE BANQU rER NOIR LA AlITE PAR ZURICH avec la banque Parientc. Adhérant lfès tôt au parti nazi autrichien. La plus grande surprise viendra du témoignage en sa faveur d'un orficier anglais: le lieutenant-colonel Forest Yeo-Thomas. dans l'attente de son procès devant la cour de dénazification. puis à Nuremberg le JO septembre 1945.. 114 115 . Skorzeny finit III guerre en photos sur des affi chettes d' appel à témoins. Glenn B. qu'il a connu à l'université de Vienne.! des commandos de lfitler. ses commandos se livrent à des opérations de la dernière chance derrière les lignes américaines. A force de projeter enlè- vcments (notamment celui de Tito) el attentats. n organise le rapt de Miklos Horthy et l'assaut du Burberg pour faire plier l'amiral-régent hongrois. il prend la direction des commandos partis sur des planeurs li bérer Mussolini au Gran Sasso. il est recruté par le 5 D en avril 1943 et devient un soldat des opérations spéciales. et devienl major. Des responsables des services fran çais revendiqueront plus tard celte évasion au nom de l'intérêt du service 7]. pour défenseur. 70. Skorzeny est prom u chef du bureau VI-S. Conduit à Salzbourg. TI se Ue avec l'attaché de presse de la légation espagnole à Tanger. A J'heure du débarquement anglo-américain. il est pris en main par le cIe (Counter Intelligence Corps. et mame une conférence de presse sous l' œil bienveillant des nu torités américaines. A Tanger. . la joue gauche balafrée par un combat d'escrime. Skor::eny. f'iscine. du. fi s' illustre dans la répression du complot du 20 juillet 1944. 1984. Sur la recommandation de son ami Kaltenbrunner. Skorzeny foi l comprendre à tous qu'il a été « retourné» par les Américains. J'Autrichien est finalement acquitté par le tribunal militaire américain. où il a reçu un éclat d'obus qui l'a renvoyé à l'arrière pour longtemps. Le 27 juillet 1948. section sabotage. De L1anu ssi est mari é à la fill e d ' un leader des Blackshirts (chemises noires) britanniques 69 . Infield. in Roger Faligol el Pascal Krop. s'est apparemment reconverti dans les affaires. Ses bonnes intenti ons sont évidentes: il donne une interview filmée. Antonio Sanchez de L1anussi. le gibier ne manque pas pour d'éventuels chasseurs de nazis.. mais il est bientôt remi s en détention à Dannstadt. Le Grillon. Skorzeny s'est d'abord cherché un destin militaire dans les Waffe n SS./bid. Ce soutien britannique inesl>éré a sans doute d'obscures anière-pensées. L'« homme le plus dangereux d'Europe ». Skorzeny anticipe les souhaits américains. Ed. vêtus de l'uniforme anglais 70. qui l'informe sur les exilés du Reich. Le 18 août 1947. Mais plu sieurs procéd ures sont ouvertes à l' encontre de Skorleny. avec le grade de commandant. patron du RSHA. du Seuil. qui assure à la barre qu ' il a endossé l'u niforme ennemi pour des opérations spéciales . fi est transféré à Wiesbaden. Le 27 juillet. Témoignage du colonel Michel Garder. En mai 1945 pourtant. contre-espionnage américllin). D'emblée. Après le succès de cene acLÎon d'éclat. Les Américains le laissent en liberté surveillée. du RSHA. El. en particulier une demande d'extradition de la Tchécos lovaquie. notamment sur le front russe. U.

O':'lUues furent détru its.. Infie ld. Revenu à Munich sous l' identité de Rolf Steinbauer. "un des protagonistes des réseaux de fuite. au 3 1 Bl umenstrasse. les Russes appliquèrent une méthode discutable.eny à François Brigneau. y compri s le Cheval Ailé de son ami Bourquin. dans les locaux du mini stère de la Propagande. H. Le Journal du Dr Goebbels. chef des commandos dt Hitler.re Doubleday. n a racheté les droits à la maison "'éd ition américaine Doubleday qui a récupéré les ori ginaux. Entretien d 'Otto Skorzeny ayec Alberto Marienloni. Ie document ne se I. A l'Enseigne du Chcyal Ailé. En juin 1949. ils Irnilèrent les archives officielJes allemandes avec plus de vigueur que de discriminalion. contribuera lui auss i à la légende du banquier de Hilier. Skl!fZtny. on le voit en Argentine. 117 . rejoignant les réseaux de fugitifs nazis. qui publient eux aussi un cliché.. 74. rapporté à l'auteur Je 31 aoOt 1994. n'u pas hésité une seconde. qui dépendait directement de Hitler 14 » .. sur la Wilhelmplatz. ' . Otto Skorzcny. indique la préface de l'éd ition du Cheval Ai lé. texte in/tgrnl.:olllpose que d'extraits des carnets intimes réd igés par Goebbels r n 1925 et 1926 et de fragments de son journal des années 19421')43. Le 13 février 1950. emporlées avec l'essentiel des archi ves. Skorzeny part pour Dü sseld orf. Fréquemment. de Die Abendzeilllng cette foi s. Devenu en 1955 dépositaire des droits d ' auteu r pour l'œuvre intégrale de Joseph Goebbels.» L'ouverture des archives russes en 1990 a monué que les Sov iétiques avaient agi avec Les années d 'après-guerre voient déjà surgir les manuscrits des anciens dirigeants nazis. les archi ves de Goebbels n'ont pas été évacuées par les Allemands dans leur fuil e. Cookridgc. dans Paris-Presse l'Intrans. L'édition française du Journal du Dr Goebbels paraj't en 1948 aux éditions du Cheval Ailé. Selon les services américains. " len qu'il porte la mention « texte inté:gral ». Skorzeny apparaît fu gacement.. GriJlé à Munich. op. Skorzeny affinna ainsi à Madrid en 1973 que « François Genoud était un homme important du renseignement. puis stockées dans la banlieue de Berlin avant d 'être rapatriées peu à peu à Moscou. récupéré par l'organisation GehJen. Rtinhard Gthltn Paris Fay~d 1973. qui fréquente François Genoud à Tanger. L'Espion du site/t. Devant une telle exclusivité éditoriale. On ignore alors que les Soviétiques onl. En avril 1949. pui s Salzbourg. le quotidien Ce soir public une photo de Skorzeny prise avenue des Champs-É lysées à Paris. en revanche. 9 ayril 1959. Bien qu Il lUI altnbue un rô le crucial dans les réseaux d 'éyasion et de transfert de fonds. 1948. qui se retournera cont. Paris.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH veill ance de Gehl en install é dans ses bureaux munichois.13 . cil.. • . Le premier à être édité est l'œuvre du plus prolixe d 'entre eux : Goebbels. que les soldats soviétiques ont iJ ~co u ve rt des extraits d u journal tenu par le ministre. Cont ra irement aux archives de Bonnann . yoir aussi l'entretien accordé par Ouo Skor7. on le dit en Syrie. Il poursui vra rétroaclivement tous les éd iteurs qui n'ont pas ~ongé à s'acquitter des droits. Lauterbacher est devenu "homme de liaison de Gehlen en Égypte 12.. li peut ainsi rejoindre facilement Tanger . Ces texles sont mis dans des caisses. Constant Bourquin 72. 116 75 .G1e~n B. Tous. en plus. conservé l'intégralité du journal sous ronne de microfiches de verre qu'avai t réguli èrement fait établir Goebbels.. Dès lors. il a rejoint Hennann LaUlerbacher. «Lorsque les Russes occupèrent Berlin en 1945. C'est à Berlin. que François Genoud n'a pas été tenu au courant dc cc projet de publication. et s'envole pour l'Espagne 73. consistant à expédier dans leur pays les classeurs qui meublaient les bureaux nazi s après avoir jeté sur le pavé les documents qu' ils contenaient 75. Ancien leader des Jeunesses hitlériennes . E. d 'autres encore laissés par terre. geanl. dans la présentation fortement critique qui cn est fai te. à l'abandon. Tout indique. il est une foi s encore repéré par des journalistes . Certains dossiers furent envoyés en URSS. Inficld n'apporte guère d'éléments d ' information à ce sujet.

soldats du Führer. li est frappant de voir que. « Nous.mt dans les bureaux. li contacte l'administration américaine et reçoit la visite de l'un de ses employés. restera fru stré. des listes de vêtements offerts à une vente de charité. mouvement d'inspiration tout à la fois fasciste et nalienale-sociaJiste. « d ' une qualité rare. n entreprend égalemen t de les classer. ces pages avaient été réunies par les anneaux métalliques d 'usage COUï. constitué par les rexistes au sein de J'année aJlemande. de son engagement dans le WaUonische Bataillon 373. Le découvreur est un haut responsable du parti communi ste est-aJJemand (SE D) : Max Fechner. En 1948. Lausanne. d'avances de droits d 'auteur consenties par la maison d'édition du parti nazi . on espère comme à l'Ouest que l'ouvrage de Goebbel s titré Wie KOllnte ('S Geschehen ? (Com ment cela pouvait-il se passer ?) se vendra comme des petits pains: 400000 exemplaires sont imprimés 77. L'ensemble est confié à l'université de Stanford par l'entrem ise de l'ex-prés ident des États-Vnis Herbert Hoover. utilisée seulement par les hauts fonctionnaires». L'état-major de Hiller 77 Peter-Ferdinand Koch. avait-il lancé en 1942. Les extraits couv rent une période plus longue que dans l'édition amérit'nine: 1933. aux éditions Robert rnusaz de Lausanne 78. se souv ient de sa guerre du côté allemand. en langue allemande. François Genoud n' imagine pas encore que l'œuvre entière. William Hemlich et Frank Mason. Hitler a plus confiance en son armée qu 'en Degrelle. dit-on . Vn ancien correspondant de l'agence Associated Press à Berlin . Ils ont été ramassés. 118 11 9 . cit.» En feuiJletant ces pages. En 1949. De minces cercles de métaJ passaient dans les trous perforés des feuill ets. Dietz. Louis Lochner. La Co/me de /940. 1941-1 944 . qui paraît début 1948 au x P. Diffusion du Livre. par la nature du papier. nous avons foi en sa sagesse. op. est éditée en Allemagne orienmle. Les sept mille feuillets du joumaJ de Goebbels qui composent l'édition américaine ont été découverts dans la cour du ministère de la Propagande.lals-Unis. Degrelle. le brocanteur se demande. s'il n'a pas entre les mains quelque documenl écrit par un personnage illustre siégeant au ministère de la Propagande. retrouvée '' l' EsI cette foi s. attiré. qui lui achète aussitôt les feuillets ainsi qu ' une masse de documents divers et variés: un brouillon de message à Goring pour ses cinquante ans. qui espérait que le pouvoir lui serail donné par la grâce de Hitler el de ses armées d 'occupation .LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURI CH plus de discernement: l'intégralité du Journal du Dr Goebbels s'y trouvait conservée. 78: Uon Degrelle. qui a connu Goebbels. 76. nous nous abandonnons à son génie. /941 -1944. Roben Crausaz. au Cheval Ailé. et enfin aux éditions du Cheval Ailé. la même année. 1949. par un brocanteur qui fai sait les poubelles des ministères. qui par un déclic se trouvaient reliés dans des dossiers de couleur saumon 16. une autre partie du joumaJ de Goebbels. ancien chef el fondate ur du Rex. L' univers ité de Stanford chois it les éditions Doubleday pour publier l'ouvrage. tombera dans son escarcelle trente ans plus tard . l' intégralité monumentale du journal du Or Goebbels. chez Atlantis Verlag. La Campagne de Russie. « A l'origine. avec raison. certifie l'authenti cité des journaux.» U demanda une « place» pour la Belgique « dans le Reich germanique 1». note le ChevaJ Ailé dans sa préface. L'éditeur. panni une masse de vieux papiers.. puis à Zurich. William Hem li ch. et. est naturellement li é au SEO. La Campagne de Russie. A I·Enseigne du Cheval Ailé. Die Tagtbücher de! Dobor Jo!tph Goebbtls. CI La Cohue de /940. nous sommes devenus des Germains très conscients. Léon Degrelle. dans la zone d 'occupation sov iétique. ne tardent pas à se rendre compte qu'ils ont des archives original es entre les mains. François Genoud édite les premiers souvenirs de Léon Degrelle. . le brouillon d 'un discours prononcé par Goebbels à la radio le 3 octobre 1944. /hid.1945. ex-attaché militaire de l'ambassade américaine. des relevés de sommes dues au fisc. 1949..

où . Grâce à eux. et de sa femme. « Se doutant de ma pauvreté. somme assez considérable alors. grâce à d 'opportunes « raisons lUlilaires ». il évitera quelque temps l'ex tradition exigée par les Alliés. Un agent du deuxième bureau belge. Les droits sont revendus par le Cheval Ailé en Allemagne. Degrelle rev ient en Belgique avec l'u niforme all emand qu ' il ne qui uera plus.5. l'entrée des troupes wallonnes dans les Warfen SS. . puis se replie sur Lübeck. guidé par un ancien de la div ision Azul. Fuyant l'avance alliée. ancien responsable d'un détachement de résistance. En mai 1943. \2 \ . 7 mars 199. et qui semble confirmé par les histori ens: « Le 20 av ril 1945. on comprend pourquoi. rapporta Léon Degrelle. Degrelle finit par s'échapper de j' hôpital où on le tenait reclus.. Degrelle réussi t à rejoindre San Sebastian. Léon Degrelle se rend dans sa première «cachette ». Mais c'est un faux Degrelle qui fut conduit à la fron tière portugaise. mais il n'est pas suivi sur ce point 8t . Les circonstances de la renconlre de Léon Degrelle avec François Genoud sont encore inconnues. qui lu i vaudron t les poursuües des autorités bel ges après-guelTe: il réclame en parti culier l'exécution d 'une centaine d 'otages . Sa fu ite au printemps 1945 s'est dérou lée selon un scénario que le chef rexiste a lui -même raconté. t'ntretiens avec Jean·Michel Charlier Paris. Elle a lieu fi n 1945. Degrelle embarq ue nuitamment. ses premiers livres de souvenirs trouvent un espace d'expression en Sui sse alors qu ' ils sont tout bonnement interdits en Belgique et en France peu après leur sortie. L'assassinat de son frère. Pendant ce temps-là. Entretien avec l'a uteur.. IkgrclJe réussit à gagner Copenhague. Il décolle avec de l'essence pour 2 150 kil omètres. L'agent. }) Avec de fau x papiers polonais au nom de Juan Sanchiz. 3700 de nos garçons ont échappé après mai 1945 aux griffes de la police belge ll>. aux États-Unis. maire de Madrid. Échappan t par miracle aux nombreux tirs de DCA qu i repèrent l'avion. en Espagne. alors que s'annonce le débarquement allié. L'av ion s'est bien abîmé aux abords de San Sebastian . et de combattre sur le front russe. il est reçu par Heinri ch Himmler. André Moyen. ou de sa «germanilé}). mais bénéficiant de très haules compli cités . Il s'enfuit par la fcnêu e. rapporte Degrelle. il J'ASse en Norvège. mais guère plus. ' \20 82. je me sui s jeté dans ma petite Volkswagen dans Berlin presque encerclé pour rafler un stock de papiers dïdentité d 'ouvriers éLIan gers. 80. le conduit à de plus grandes compromissions encore. en Angleterre. cit. Après-guelTe. en Hollande. op. Entretie n avec l' auteur. sur un avion Heinkel « abandonné avec son équipage par le mini stre Speer ».LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH en parle pourtant comme du «seul vrai Belge utilisable » . Franco en personne avait glissé dans le passeport vingt-c inq mille pesetas. 10 se ptembre 1993. « Mon expulsion théorique eUllieu le 2 1 août 1946. Arri vé là. U on Degre/(e persiste el signe. Degrelle a donc choisi de s'engager dans l'armée allemande. Jean Picollec.. Pl acé sous la garde de militaires espagnols. 198.}) Son unité combat près de Berlin. Mais son avion s'écrase. en juillet 1944. bi en qu'une légende tenace veuille que le Suisse ai l aidé DegreUe à s'enfuir en Espagne au moment de la déconfi ture des armées allemandes 79. il est conduit à t'hôpital de San Sebastian. Ce sera la seule victoire de Léon Degrelle. dans la voiture du comte de MayaJde. je fi lais vers le premier de mes refuges 82. 8 1. et aussi. où s'est retranché un dernier quarteron de SS cU:cidé à en découdre. Lion Degrelle persisle el signe. en Italie. » 79. Pour faire la preuve de son «allégeance )Jo à Hitler. avec cinq comptlgnons. ambassadeur d'Espagne.5. fi alTache au Reichsführer SS. en Argentine. a pu v~ rifi e r sur place à l'époque les circonstances de la fuit e de Degrelle auprès de ses correspondants espagnols. propose d'ailleurs à sa hiérarchie d'abattre Degrelle. Souffrant de fractures multiples. puis Kiel. avec quelques combats qui lui feront dire qu ïl a «sau vé l' armée all emande» à Tcherkassy. espéran t rejoindre l'Espagne. ministre de l'Intérieur. la très attaquée duchesse de Pastrana. Les Alli és débarquent avant que Degrelle ne se hisse vraiment au pouvoir.

ses exploits. Le 20 juin. le chef du Rex n'est pas du tout décidé à vivre cloîtré. il y a tellement de monde que l'on se croirait chez le médecin ». officiellement acceptées par les Nations uDles en novembre 1947. dans une mai son jaune d'aspect modeste. où il est accuei lli par le Haut Comité arabe : Hu ssein Khalidi. De refuge en Pendant que Genoud s'active entre Tanger et la Suisse. Dès le mois de février. En mai 1946. Un autre affi nna que des comptes avaient été ouvens par un homme de confi ance dans une banque suisse. syrienne et libanaise. transjordanienne. Ibid. Dès le mois de décembre 1947. les Anglais voulaient m'arrêter parce que je ne consen1Itis pas à accepter la déclaration Balfour. le mufti est officiellement l' hôle du palais du roi Farouk. Un de ses proches rapporta qu'il avait fui avec des valises remplies de Livres sterling. des rumeurs faisaient état d'un plan de fuite du mufti au Moyen-Orient. et de projets de kidnapping d ' un gro upe de rés istance juive. où Hadj Amine est accueilli en héros cn septembre 1948. déjà avant 1945. Méconnaissable.. irakienne. arrive au mois de février. » Les rumeurs sur la fonun e qu ' il aurait constituée avantguerre n'ont cessé de courir en Belgique. « Dans la salle d'ancnte. tandis qu'à Fontainebleau l'un de ses hommes avait endossé sa tenue traditionnelle el son turban pour tromper la sUJVeilJance. le 15 mai 1948. Il cst encore le plus grand chef palestinien.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURICH Malgré sa clandestinité. Jean Bauverd . Hadj Amine est arrivé au Caire le 29 mai. Jamal el-Husseini. 122 123 . J'ai réussi d'excellentes opérations sur du coton d'Australie. premiers éléments de l'Armée de libération arabe. Mai s celles-ci prennent forme assez vite : « J'ai contribué à mOnler près du Guadalquivir une industrie métallurgique. raconte-t-i1. 83. et trouvera la mon lors des combats. Il répond avec une prudence toute diplomalique : ~ Je n'ai pas cherché d'alliance avec Hitler. R6cil de Jean Bauverd. Depuis 1937. et il oriente la Ligue arabe dans son rejet des propositions britanniques de partition de la Palestine. Ahmad Hil mi Pacha. Puis je suis devenu constructeur. Mais son alliance avec les Frères musulmans lui vaut I"hostilité de l'Égypte. où Jean Bauverd vient le retrouver avec émotion. rappone une envoyée spéciale du Figaro. La proclamation de l'État d'Israël. J'ai fourni notamment un toit à cinquante ménages d'une base américaine 83. Ils m'assiégèrent mais n'osèrent pas violer l'enceinte. le mufti organise la grève générale en Palestine. le mufti a pris l'avion à Orly. Sources privées. provoque J'cntrée en guerre des États arabes. le 28 mai. Fàwzy el-Kaukji . avec un passepon syrien. qui partage encore sa vie entre Damas et Bagdad . retrouve le mufii de Jérusalem au Caire en 1950. mais il y a un proverbe arabe qui dit : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Je dus me réfu gier dans ma mosquée de Jérusalem pour leur échapper. ses disparitions troublantes. vêtu d'un costume classique et frruchement rasé. Revenu au Caire. note Jean Bauverd dans un récit de voyage 84. Hadj Am ine el-Husseini s'est évaporé de Fontainebleau où il était en résidence surveillée. et supervise en jAnvier 1948 le début des engagements militaires des 2 {)()() premiers soldats palestiniens et de 6000 volontaires arabes recrulés cn Syrie. Hadj Amine est encore interrogé sur sa« collaboration . Après de nouvelles batailles. Le mu fti et le Haut Comité 3mbe constituent un gouvernement palestinien à Gaza. et l'engagement des armées ~gy pti c nn e. la défaite arabe est définitive le 7 janvier 1949. Degrelle se cache d'abord dans « un bled de la Sierra Morena ». Emil Ghouri et son cousin. ses fu ites audacieuses et ses pérégrinations de pays en pays onl ceint sa personnali lé d 'une auréole de gloire et de mystère ». le mufti a pris ses quartiers avenue Méhémet-Ali. « Sa IU lle homérique. 84. chef militaire de la révolte de 1936-1939. où il ne dispose que d' un vieux téléphone pour faire ses « premières opérations ». territoire sous contrôle égyptien. Plusieurs offensives israéli ennes vont success ivement les repousser durant plusieurs mois. avec Hitler.

voir sI/pra. « au lendemain de l'occupation de Tunis par les Alliés. en France celte fois. » Au Caire. Seulement . je n'eus finalement plus d'autre choix que de me rendre en All emagne. [. It ou iss i a été condamné à mort par les autori tés françaises ». alias John Bagot. qui lui on t confirmé « la magnanimité de TaU ». membres influents des groupements nationalistes de Thnisie. dit-il. Parmi ses rendez-vous politiques. » Abderrahmane Azzam M'entend à merveille avec Jean Bauverd . 86. lors de la guerre de 1948. ancien colonel de la Légion arabe. fondé à Gaza. Hilmi eSll'ancien directeur de la Banque arabe de Jérusalem. « Notre religion ne le permet pas. qui a combattu sous les ordres de Glubb Pacha. le héros de la guerre du Rif.. et le cas échéant d 'accorder protection allx cheCs cn fuit e.Jées communistes ». François Genoud el Jean Bauverd sc retrouvent encore. Le danger marxiste ne nous échappe pas. envoyée en Palestine par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). « Pour compléter l'œuvre de lutte comre le bolchevisme. Dans la capitale égyptienne. il s'est fait le défenseur de l' Unité arabe. Je me suis faiL le pionn ier de la révolution soc iale en Égypte. IIcquiesce Abderrahmane Azzam. femmes et enfants» du quartier juif de Jérusalem.LE BANQUIER NOIR LA FUITE PAR ZURI CH refu ge. Sa sœur. Bauverd. qui résidait à Damas.. il est le trésorier du Haut Comité arabe depuis 1934. Bauverd rencontre aussi plusieurs personnalités de l'entoumge du mufti « D'autres Palestiniens ou Transjordaniens se trouvent à ses côtés ».. Un temps gouverneur militaire de la Palestine arabe. Comme le souligne lui ·même Bnuverd. Le général de parachutistes Hermann Rarncke. Bauverd rencontre également Abdul1ah Tru l. Abdullah Tall a élé nommé par le gouvernement d'Amman au poste d 'attaché miJitaire à Londres. les bureaux du Maghreb dans les diverses c':lpitales du Moyen-Orient. et gouverneur militaire de la vieille ville de Jérusalem. qui lui tient un di scours assez prémonitoire des questions d 'alliances que se poseront les pays arabes dix ans plus 85. U s'est efforcé en toutes circonstances d 'aider les mouvements d'indépendance déclenchés dans les pays frères. 125 . Hitler ne voulait pas des juifs chez lui et nous n 'en voulions pas en Palestine 85 ••• » uud. il fau t lui imposer une doctrine supérieure. « li faut un relour à l'unité et à la grandeur passée de notre nation ». • Dès les premiers jours de son règne. tnlerview d u mufti de Jérusalem pur Dominique Auclères Le Figaro 24 juin 1952. ' • 124 Au mois de janvier 195 1. De surcroît. qui « laissa sortir mille cinq cents vieillards. Après lui. « Les États-Uni s arabes doivent-ils se tourner vers Mos~ou 1 » interroge Azzam. En premier lieu. J Hiller s' occupait de son pays et moi du mien. Jean Bauverd fail la connaissance de l'un des plus illustres réfugiés du Caire. Rouissi raconte à Bauvc rd sa jeunesse dans « les geôles françaises » et ses «combats CI pérégrinations européennes». Jean Bau verd est également reçu par le secrétaire général de la Ligue arabe. Mon champ d 'acti vité n 'était pas l' Europe. Abderrahmane Azzam . Le colonel a refusé et s'est rendu au Caire. chef du gouvernement pour toute la Palestine. qui dirige. « quand la population musulmane pleurait deux cent cinquante victimes massacrées à Deir Yassin par un commando sioniste ». note+il. [ . qui souligne qu'i l « n' ad hère pas aux . plus ieurs leaders d'Afrique du Nord française. pour une évasion improvisée. explique le Suisse. depuis Damas.. d'Algérie ct du Maroc. explique Jean Bauverd. lui a donné des facilités de circulation. il faut se pénétrer de la mystique de la renaissance arabe ». Bauverd a rencontré des responsabl es du CICR.. Récit de Jean Bau verd. . arriveront au Caire 86. a été témoin de la guerre de 1948. nous nous efforçon s de le neutraliser. Ahmad Hilmi Pacha. ] Pour combattre le communisme. l'émir Abdelkrim. Jean Bauverd voit Youssef Rouissi.

pour chacun d 'cntre nous. 91. Hiroshima et Nagasaki . Paris. pu is la « Li gue des anciens membres de la Wehrmacht ayant droit de pension » (BVW). est panni eux. [ . Grâce à Genoud. Combill. déclare le général Gille lors d 'une conférence de presse. d'une organ isation centrale: la ( 'onununauté d ' aide réc iproque des anciens membres de la 5S I. L'évasion. se réorganise en se réclamant 87. dure peu de temps. Nous devons dire que ce sont les soi-di sant Alliés qui sont des criminels de guerre et qu i doivent être conduits devan t des tribunaux. 2 janvier 19. Die Weil. du Seuil. à l'auberge où Ramcke est assigné à résidence.umballante (HIAG SS) 90. 89 . les autorités d 'occupation.. 126 trad itions antidémocratiques de son ancêtre weimarien.. par 220 "communautés SS d'aides ~~ i onales" (70000 adhérents). f. Fin octobre 1952. le général reçoit la garantie du gouvernement allemand qu'une libération prochaine pourrait interveni r s' il se constitu ait prisonni er. sc souvient François Genoud 87. » Ramcke embarrasse j usqu' à ses voisins par sa virulence. . 1 Regardez les bombardements de Dresde. ct J'avais un ami qui était envoyé par le Comité international de la Croix-Rouge (C1CR). les anciens SS revendiquent pension de retraite et reconnaissance de leur statut de sold at. 1)2. proclame flol:tmmentl'un d 'eux 91. Les deux amis reSlerOIlI en froid quelque temps pour ce dtsnccord.» Les reporters présents remarquent que Rarncke s'empourpre 11 la tribune: « C 'est un honneur pour nous . le Casque d 'acier. « On a trop parlé de criminels de guerre. qui a servi sous ses ordres en Afrique du Nord. ] Ils ne sont pas lIlon s pour un parti ou un système mais pour l'Allemagne 92. contre l'avis de Jean Bauverd qui a informé la Croix-Rouge de sa visite 88. François Genoud convainc le général de s'échapper. à laquelle le CI eR est involontairement associé. Dès le 9 mars. la destruction de nos vi lles sans défense par l'aviation alliée. En juin 195 1. « La ~ hnbil i t ati o n des 5S est une condition indi spensable à la contribut ion allemande à la défen se occidentale ».LA FUITE PAR ZURICH LE BANQUIER NOIR engagé dans les armées de Rommel. et.. après sept ans de détention en France. l2juil1e1 1991. Le général 5S Hennann Gille. le 23 janvier. Doily Mail. Les poursuites engagées à son encontre donnent lieu à un procès du 20 au 23 mars.52. lance-t-il .. c'est comme cela que j'ai fait la connaissance de Rarncke ».. ] D 'une tout autre importance est la rondalion en août 1952. EllIrelien avec l'auteur.» Présent à la tribune. lOaoOt ]951.. la « Ligue des combattants allemands» est fond ée. mais c'était notre inv ité. s' indigne-t-il. Le général Ramcke occupe une place importante dans cette mouvance.» La crainte d 'éven- dtH 90. qui ouvre ce meeting. Ramcke dev ient l ' un des derniers nazis à prendre la fuite. qui va sc baptiser« Association des soldats allemands »39.» Dans ces organisations. . qui a été l' une des principales organ isations d 'anciens combattants en Allemagne entre 19 19 et 1933. Les Hhi/itrs du fII ~ Reich. Hans Rechenberg. « En 195 1. ex ige la li bération de tous les pri sonniers de guerre allemands: f( 250 000 S5 onl été tués pendant la guerre [ . Le début des années cinquante est justement marqué par la montée en pu issance des assoc iations d 'anciens combattants en All emagne. François Genoud n 'a donc pas cessé d 'apporter « aide et assistance » aux prisonn iers all emands. « Nous devons nous désolidariser de l'intervention de Ramcke. Ram ckc accepte le march6. Hennann Ramcke a endossé son viei l unifonne de général. 27 octobre 1952. est détenu dans une auberge près des bords de Seine. 127 &1. et nous ne sav ions pas ce qu' il al lait dire. . Il est accueill i le 28 juin par le président Konrad Adenauer. 88. Pmrick Moreau. el il est bientôt acclamé par ses frères d 'annes à son retour à 5chleswig. Ramcke bénéfi cie comme promis d ' une libération antic ipée. 1994. Je l'ai accompagné. six mille anciens SS sont réunis à Berlin . noie Patrick Moreau.. Jean Bauverd est cet ami mystérieux qui le conduit. d 'avoir son nom sur la liste noire de nos ennemis. le 26 juin.

Imprimé à 12000 exemplaires par les éditions Athentium Verlag. égrenées au fH des jours. lIisloirt! de /'amistmilisme. Tht! Times. ll téléphone immédiatement à Paul Dickopf. « Le miroir 93. 1994. SOIlI un e vrai e mine d 'o r. Cité par Klaus von Mü nchhausen. e t c hants nazi s à toutes les tables 93. pour lui demander d 'acheter l'o uvrage. 31 octobre 1952. Elltretiell avec l'auteur à Lausanne. ces pensées du Führer sur les événements du siècle. Françoi s Genoud s' imagine victime d'une escroquerie. 4ui a retrouvé une place au mini stère de l' Intérieur ouest:llIemand . Franço is Genoud entend jouer son premier bras de fe r édito rial 1. cxplique-l-iI 1• Sur le coup.lit ce document depuis plusie urs années. puisque le rassemblement continue. François Genoud achète à Milan la deuxième partie des archives de Martin Bormann : les discours de table de Hitler pris e n nOle par son secrétariat personnel. dans un journal itulie n. 129 . mais qui a de vancé François Geno ud d 'une année dans ses projets de publication. Pour le sympathi s:lIl1 inconditionne l comme pour l'édite ur. 2. Il ne sa it pas e ncore qu ' il s' agit d ' une version diffé re nte de ceUe qu'il vi ent d'achete r : l'œuvre de l'un des sténographes du Führe r. in Léon Poliakov (éd. avec marche aux flambeaux . biè re à volonté. Les deux hommes vont se disputer l'exclusivité tics conversatio ns de Hitle r pendant quatre ans.).LE BANQUIER NOIR tuelles mesures de rétorsion des autorités d'occupation est de courte durée. Éd. Car Picker a lui ullss i la prétention d 'avoir entre les mains « un scoop de portée mo ndi ale ». « Le jou r mê me . j e li s q ue le document vient de sortir en Allemagne » . e l de le lui envoyer au plus vite. du Seuil. 4 Les héritiers de Hi tler Courant 195 1. relatant la vie du Führer « dans to ute sa vérité 2 » . Paris. bri ~)t . 28 aoQt 1993. q ui a gardé pardevers lui une partie du décryptage des discours de table. Henry Picker. 1945·1993. Le Su isse IIl1end.

Ibid. il lui faut d'abord s'assurer complètement les droits sur l'œuvre. Junker. A tous. U convoque la presse allemande au café Le Flore et présente aux. et le plus riche sur le plan historique. qui va s'opposer bec et ongles au projet de Flammarion J. Aammanon. Corn· mercialement. [Js prenaient des notes sténo· graphiques. puis aussitôt après il s dictaient leur minute à une dactylographe de Bonnann 5. qui le reçoit à Bad Godesberg. Picker est là. Adolf Hitler. Libres Propos sur fa guerre et la paix. fonctionnaire déloyal. Corréa. « Picker. ajoutant parfois des noIes prises lorsque aucun sténographe ne se trouvait près de Hitler. qui annonce assez rapidement la nouvelle. 32-33. discrète· ment installé dans un coin. 6. Le résultat ne se fait pas attendre dans la presse. S'il veut s'opposer efficacement à la tentative du sténographe. le centre du parti nazi à Munich. Heinrich Heim ~ . François Genoud alene le directeur de l' Institut d'histoire contemporaine de Munich. journa· !I\tes ébahis des eXlraits photocopiés de la correspondance de Martin Bormann. ~ Le texte était ensuite relu . 3 d~ce mbrt: 1952. li y en eut troi s en tout. 4. le Dr Mau. S'il a vraiment obten u la version de Bonnann. Die Tagebiicher des Doktor Jostph GMbhels. précise encore le Suisse. cit. Peter-Ferdinand Koch. pourrait être intéressé matériellement à ces projets de publication. Un troisième sténographe pre· 3. que François Genoud a préféré intituler Libres Propos sur la guerre et la paIX. il signale qu'ils peuvent consulter les originaux de ces lettres chez lui à Lausanne. Picker aurait « mis la main ~ sur des passages transcrits par Heim à la Maison brune. corrigé et enfin remi s à Bormann qui le corrigeait à son tour. et tergiverse. et lui demande une analyse des documents et un arbitrage. Paris. Le Suisse laisse exploser sa colère Cl leur annonce sa décision de les poursuivre en justice. François Ocnoud contre-attaque alors par un coup de bluff. fondu dans la masse des personnes présen tes. François Genoud rencontre l'éditeur de Picker. p. appelé à préparer une exposition de peinture dans le cadre de la mission Linz. li ullcndra pourtant encore un peu. explique+il dans la préface de la version qu ' il publie en 1952. Outre les blancs évidents de la version Plcker (Genoud affirme qu 'elle représente un cinquième de la propre version). 1952. à des récept ions et à des conversations où rien d 'autre ne les aurait fait admettre. Der SpieRe!.LE BANQUIER NO IR L ES HBm1ERS DE HITLER en France. Le 22 septembre 1951. La lutte entre les deux versions n'en est cependant qu'à ses balbutiements. Chez Flammarion. « Picker n'avail que quatre mois complets. op. Picker avait en effet remplacé plusieurs mois Heinrich Heim. M. Ce sont des fon ctionnaires sous les ordres de Bonnann que J'on chargea de ce travail. 13 1 . et il s'érait procuré dix mois du transcripteur habituel. on semble dorénavant prendre plus au sérieux le manuscrit des propos de table.« La fonnule admise par Hitler fut celle d' un transcripteur qui lui resterait invisible. « vivan t quelque part ~. cette première édition des propos de table a ~lla l ement le défaut d' avoir été réécrite à la troisième personne par son sténographe. le directeur d'Athenaum. François Genoud a donc entre les mains le document le plus complet. Mais son rival Picker a déjà vendu son texte à un éditeur français. personnages plutôt modestes el qui ne durent qu'à cette fonction temporaire le privilège d'être constamment présents à des repas. l'existence de deux versions est un frein. il rencontre Henri Aamrnarion pour luj proposer sa version. Selon François Genoud. accuse+il d'emblée 4 . En juin 1951. et leur laisse ses coordonnées 6. François Genoud n'a pas grand mal à délégitimer le sténographe. a fait des copies inau· tori sées~ . 130 Mais Aammarion tout de même vaciUe. Der Spiegel laisse même entendre que Martin Bonnann. 5. nllil des notes le soir.

la sœur de Hitler. il est donc intouchable. son demi-frère. les lois de transition lèvent les nlcsures bloquant les richesses des anciens nazis. elle lui rédige dans un premier te mps une procuration. 1978. » Prançois Genoud croit donc tenir une faill e dans la législation . Un montant qui donne une petite idée de ce que l' maréchal a pu placer sur des comptes étrangers. pres de Berchtesgaden. La loi mililalre 52. l'ampleur du patrimoine placé sous séquestre par les AlUés. qui est morte en 1949. le nom que son frère portait dans la clandestinité .LE BANQUIER NOIR LES HI::RITIERS DE Hm. la seconde femme du Rcichsmarschall . 8. » Les autres héritiers de Hitler sont Aloïs l-litler. car e Ue espère rentrer en rossession du château médiéval de Gcring à Veldenslein. « Paula avait changé de nom quand Hitler était arrivé au pouvoir. Paula Hitler. Leo et EIJriege Raubal . 132 9. se réservant les 40 % restants. el sa de mi-sœur Ange la Hitler. Emmy Goring. ou feint de le croire. u'ès loin. les Alliés ont levé le séquestre qui frappe ses bijoux personnels d ' une vale ur de 1500000 marks. dénazification. Theodor Schmitz. n'allend pas ceUe date pour tenter de récupérer une partie de son patrimoine. Munich (éd. Fayard. En 195 1 déjà. et . réduits à 500000 marks par la rtfonne monétaire. A Konigsee où elle réside. Mais il n'a pas encore conclu d' accord défmitif avec les héritie rs de HitJer. Vraisemblablement. en 1939! Le médecin avait... qu'il a rendues très amicales. justement les droits d 'aute ur. elle a repris son nom 7. Un château que le Dr Hermann Epenstein offrit 1\ son fill eul. expliqua François Genoud lors d'un colloque. qui entre en vigueur le 5 mai 1955. 133 . qui a pris par la suite le nom de Hiller. Il lu i promet 60 % des droits.bics nazis. dit. Mais la discussion tourne court puisque. qui d 'un point de vue économique a amené l'expropriation des nationaux-sociaListes et de leurs héritiers. laissant deux enfants. Après la défaite. ve uve Raubal . elle se fai sa it appel er Wolf. La «succession )t de Hermann 06ring comprend aussi les comptes en banque ouve rts à son nom: dix millions de reichsmarks sous séquestre dans diverses banques allemandes. raconte-t-iJ .ER François Genoud est en effet déjà porteur d'un conlrat avec le tuteur des enfants de Martin Bonnann. Marlis Steiner.).on. 1991. le maréchal Goring. connue sous le nom d'Emmy Sonnemann. en échange de la gestion de l'œuvre. près de Nuremberg. Mais l'héritage littéraire de Hitler n'cst pas sans poser des problèmes juridiques d'une autre nature. 7. crtains jurisles ont pourtan t évoqué l'éventualité d ' une confiscation des droits d'auteur pour les œuv res publiées ou In~dil es qui se trouveraient dans l'héritage des anciens respon". Institut d ' hislOire contemporaine. n'en reste pas là.. cafetie r de son métier. « La législation de dénazi fi cation. va lui donner cet accord. Un accord avec Paula Hitler est suffisant à François Genoud . Entretien avec l'au teur. Hitler. Ni même celui encore dissimulé sur des comples banaires étrangers. prenant la !luite des di sposition s alli ées. Paris. Paula Hitler Il songé elle aussi aux comptes bancaires de son grand frère. Ein ColioquÎum.et qui veut dire : le loup. Après plusieurs visites. Oldenbourg Verlag. Ce droit est essentiellement un droit moral qui ne peut être subrogé. François Genoud semble avoir convaincu ceue « femme simp le ) . 1:5 janvier 1990. La législation mise en place par les Alliés a en effet dépossédé les dignitaires nazis de leurs richesses matériell es. contenait une petite lacune. remet en effet à ha disposition des héritiers les richesses e t les revenus dont III charge avait e ntre-temps été le plus souvent confi ée à des administrateurs légaux. comme il l'ex plique dans un propos teinté d ' admiration. L' ancienne actrice. perIOOnc n'a songé à cette question parmi les juristes qui ont eu à d6lini r les principes des dispositions antinazies. Je m'aperçois que dans votre état de droit il n'y a que ce modeste droil qui ail été respecté pour les déshérités 8. aussi n'est-il pas saisissable. été l'amant de sa mère 9. Wil'$sensclioflifreihei/ "/Id ihre rechllichtn Scho/lktn. Mais il faut remarquer que les droits d'auteur afférents n'atteindraient pas.

L'édition françai se de la version Genoud paraît « avant toute autre ». Il Y a mieux: la « vers ion française Jo) est signée par François Genoud qui assure avoir traduit lui-même J'imégralité de l'ouvrage. Un cJéw il ne doit pas échapper. eslime-t-il . "par un heureux hasard". explique-t-il" . entre le 5 juillet 1941 et le 12 mars 1942. d'origine sui sse.f Propos SUT III Rller. Il . Flammarion. y compris avant celle en Inngue allemande. la version «complète» des discours de table n 'a Jamais été éditée Cil Allemagne. li s'agit de l'exemplaire original en première frappe. I!lla poix. François Genoud présente le premier tome qui rassemble les propos tenus par Hitler dans son Q. François Genoud prétend que III cause en est le différend juridique qui l'a opposé:). mais on verra que la réali té est plus complexe. Les Libres Propos sur la guerre et la paix d 'Adolf Hitler. je rassurais les éditcurs». 135 . où l'ordre chronologique du texte a même été altéré 12. Henry Picker. 28 aoQl 1993. Cité par Klaus von Münchhausen. le 23 septembre 1952. Le livre de Picker '1'cst assez bien vendu. op . Jusqu 'à nujourd 'hui . Un travail de plus d 'un an.. En France. Bien qu'hébergé par Flammarion.» François Genoud annonce déjà la parution du deuxième vol ume. 12. La raison en est simple: François Genoud l'nlraduit.ES HI1RITIERS DE HITLER Le Monde du 2 juillet 1952 rend compte du conflît qui oppose ~soml a i s les éditions Flammarion et Corréa sous le titre « La publication en France des Propos familiers de Hitl er donne naissance à un procès de propriété littéraire ». . François Genoud réussit à convaincre ses éd iteurs. ont leur mol à dire dans l'affaire 1). art. G.LE BANQUIER NOIR Les Alliés am localisé et bloqué 17 millions de reichsmarks SUI le compte d'Adolf HitJer dans une banque berlinoise JO. M. Kurt Runge. ce qui pour un texte original écrit en allemand est pl utôt rare. Elles ont donné lieu à la publi cation en Allemagne d ' un ouvrage incompl et... sont restées entre les mains de J'un des trois transcripteurs. Ce fai sant. 24 % des Allemands ont gardé une bonne opinion de Hitler 14 • Le procès tant annoncé entre Genoud et Picker dé bute au tribun al de Düsseldorf. Mais finalement les deux camps choisissent d 'attendre la conclus ion du litige en AJlemagne. il ne peut taire son adm iration pour Adolf Hitler: «C'étai t un causeur brillant. Le miroir brisé. il s'assure des droits de traducteur et. 14.. annonce-t-il. 2 juillet 1952. couvrant la période du 21 mars 1942 au 30 novembre 1944. 134 l. cil. Journal de Gel/he. annoté de la main de Bonnann.. Selon l'institut de sondage Aliensbach. Emrelien avec ]'auleur. qui lui aussi aurait été convié à h. hl propriété morale du livre. « Par mes accord s avec les héritiers.. » François Genoud verrouille habilement l'édition des Libres Propos. enjoué. dont on se demande comment il a trouvé Je temps de le réaliser. paraissent en 1952. Adolf Hîller. qui tenait son audi toire sous le charme de sa parole. et Ici qu'i l existait dans les archives de celu i-ci. Le M onde. c it~. Le M onde signale ~gn l e m ent qu'un « nouveau personnage» s'est manifesté: . lUbie du Führer. « recueilli s SUI l'ordre de Martin Bormann ».. Corréa et Flammarion se préparent un moment llU combat. car il n'es! pas encore sOr de ses droits d 'au teur. Dans un «avertissement » de plusieurs pages. note-t-il. Genoud. il se déclare le représentant des héritiers de Hitler qui. « C'est un document de mille quarante-cinq pages dacty lographiées dont nous entreprenons la publication. et qui en tout cas se déclare le représentant de~ héritiers de Bonnann. en plus des droits d 'auteur. L'édition est annoncée comme « l'édition origiIIIlle de l'ouvrage ».. Il publie Hitler dans l' une des meilleures maisons d 'édition parisicnnes. ouvre les hostilités en présentant un docu13. . » François Genoud évoque brièvement la querelle qui l'oppose en Allemagne à la version Picker : « Quelques-unes des pelures de ce lexte. truffé d'erreurs et de défonnations volontaires. IS seplcmbre 19S5. » JO. Ses familiers J'écoutai ent avec dévotion. De plus. l'avocat de Genoud . Libre.

Me Borsbach répljque alors que. si hériticr il y a. Ibid. En guise de contre·auaque. ce qui suffit en droit civil allemand à le rendre nuL On s'est servi d'un testament de la Wehrmacht. dès l'audience suivante. De guerre lasse et d'incompréhension. Franço is Genoud ne manquerait pas d'exploiter lui aussi. rétorque Me Borsbac h. seule Paula HitJer peut être l'héritière légale. le présiden t du tribunal capitule pour la JOurnée 16. puisqu ' il vient de renoncer à ses fon ctions de chef de la Wehrmacht. Oui. s uggère nlors qu ' il ne s'est passé que trente secondes entre celte signalure de renonciation et le testament pri vé. à propos de H. Le fait que Bormann ail été le supérieur des sténographes. légalement. ~ Ces documents sont donc nuls sur le plan du droit civil. corrige l'avocat. que le Conse il interallié. Ceux·ci en outre élaient fon cti onnaires. le Parti national15. li fai t donc rédiger un contrat en bon ne et due t rme avec Paula H. Paula Hitler. et que. de la co llection d ' art privée de Hi tler. à ce moment-là. habile avocat . Hitl er ne pouvai t pas dés igner le Parti et l'État nati onal·socialiste comme héritiers puisqu'ils n'existaient plus de jaclo. des terrains qu'il possédait à Mun ich et de la valise pleine de documents et de souvenirs actuellement en possess ion de l'État bavarois. et ceUe de son testament politique. daté du 29 avril et attesté par trois témoins: Bornlann. ~ i le testament de Hitler est final ement jugé non valable. Der SpÎt'gtl. M' Runge. qui marque quelque épuisement. doit . Me Runge présente. relance Mc Runge. ministrateur de la succession de Martin Bormann. A ce rythme. il eSI possible de parler de secret professionnel et d 'obligation de discrétion. répond Me Borsbach. auaque alors le testament de Hitler quant à sa form e: il est tapé à la machine. Pou r cela. Or que dit le testament privé de HÎller ? «Ce que je possède appartient. l'avocat de Henry Picker. C 'esll ' idée de J'avocat de Henry Picker. pui s la R~publique fédérale lui ont succédé. mais aussi de ceux de Mein Kampj. Car si l'on parle d 'h6rirage. Autanl dire un véritable trésor. Ce procès a tout lieu d'inqu iéter d'autres prolagonistes. Goebbels el le chef d 'état·major von Bellow. L'avocat de François Genoud a bien du mal à contrer celte es((x:ade. L'avocat de Henry Pic ker. n'était qu 'un bluff. soc ialiste survécut j usqu'en octobre 1945. il a recours aux se rvices 16. que. et pourquoi pas de ses fameux comptes bancaires. Hitler ne pouvai t faire hériter un cadavre 15. il faut peut-être d'abord voir les testaments. « Le leslament du Führer . faire déjà pencher la balance en faveur de la version Genoud. estime-t-iJ .pardon. l'occasion de répéter une dernière foi s son message. qui s'est fait transmettre par le minislère américain de la Défense à Washington la copie du testament privé de Hitler. à en croire Me Runge. 136 137 . revendiqués par la Bavière. Dans celle batai lle. l'éditeur a son point fort: l'accord des héritiers virtuels. au parti. 3 d~cembre 1952. le Führer n'a guère songé à sa sœur cadette. rédigé le 25 avril 1945. mais Hitler n'est plus membre de la Wehrmacht . à Linz.itler. la compétence du tribunal est vite dépassée.LES Hl1RmERs DE HITLER LE BANQUIER NOIR ment au tribunal : l'autorisation de publication signée par l'ad. de )-(jtler -. et que l'État nationallodaliste perdura encore trois semaines jusqu'à la capitulation "Ignée par l'amiral Oonitz. la procuration de Pau la Hitler qui transfère la gestion des droits d 'auteur à François Genoud. La panie la plus intéressante du procès commence ici. et en tant que tels soumis au secret professionnel: ils n' auraient jamais dû Livrer leurs notes au public. » A quelq ues heures de sa défail e. Car.itler. à supposer que Ces choses ai ent de la valeur. on appliquerait strictement le droit civil et Paula Hitler pourrait nlors hériter non seulement des droits d 'auteur des propos de table. On ne voil pas comment. ce ne peut être François Genoud mais bien plutôl la République r~d é rale.

En contrepartie de quoi. qui a quitté le pays sur son yacht à destination de Capri . la 4 e c hambre civiJe du tribunal de Düsseldorf chois it de débouler François Genoud de sa plainte contre Athenaum et la version Picker. 3. Le Comité des officiers libres diri gé par Gamal Abdel Nasser a renversé le roi Farouk. décédée sans hériti ers. op. née Raubal. dans le respect strict et sans réserve de l'esprit national-soc ialiste. peu importe : Adolf Hitler émit responsable de ses actes au regard du droit civil et du droit pénal. Aloïs HilJe r. Peter-Ferdinand Koch. maison dont le but serait de publie r le patrimoine littéraire nazi. 1953. Le document. veuve Raubal. procès et contrats» tous les six moi s minimum 17. Qu ' il ait été ou non tapé à la machine sur du papier de la Wehnnacht. Entretien avec j'auteur. » Le contrat certifie égaIement « J'accord déjà pri s en 1951 avec M. le contrat de Genoud et Paula Hi Lie r. Die T(JSehiicherdes Doklor Joseph Goebbels. qu ' il ait été rédigé avant ou après le testament po litique. 138 Le 23 juillet 1952. les regard s se tou rnent vers l'Égypte nationaliste. abolit peu à peu les fondements institutionnel s de la monarchie. pas le moindre droit. Les droits sont partagés à 60/40 entre Paula Hitler el François Ge noud. le général M ohammed Néguib. on t glissé une petite phrase dans leur décision. dresse la üste des légataires d 'Adolf Hitle r : « J. va accompagner durant vingt ans les pérégrinati ons de François Genoud dans le monde arabe. Me Alfred Seidl. décédée en 1949. Mais une c hose est certaine: les héritiers naturels ne peuvent ê tre considérés comme les héritiers de l' État de Dônitz l8• L'échec pourHUit n'est pas total aux yeux de François Genoud : « Les juges. Heim e t M. n va devenir le comptable de l' implication égyptienne dans la guerre secrète t8. Un tel projet n'a cependant jama is vu le jour. 139 . Lancer le débat sur le terraÎn du testament du Führer a donc été une contre-attaque judicieuse pour la maison d 'édüion allemande. auquel vont s 'ajouter les autres contrats signés avec les héritiers d'aulres sommités nazies. nO2. 2. Paula Hitle r.» 17. qui n'est pas dénué d 'ambitions financi ères. pui s l'État de Donitz. 19. Les deux héritiers exi staient au moment du dépôt du testament. car ils ne pouvaient plus rien tenter contre moi 19. qui n'est autre que l'avocat de Rudolf Hess. c) Elfriede Hochegger. La cour estime recevable le « testament privé)} de Hitler. François Genoud s'engage à tenir Paula Hitler informée des« négociations. Genoud selon lequel les droits exclusifs des propos de table lui étaient confiés sur toules les éditions. L'un des officiers libres. petit personnage levantin imprégné d ' une admiration aveugle pour le futur RaIs. Angela Hitler. qui a laissé trois enfants : a) Leo Rauba l. ex-ministre d'État en Bavi ère. AI-Dib est un ugent expérimenté des services spéciaux égyptiens. Soumis au droit suisse. pour tous les tirages et pour tous les pays du monde ». Début 1953. Pic ker n'avaient pour leur pan. daté du 20 novembre 1952. dessine sans doute les contours d ' un projet éditorial. Des enquête urs allemands assurent que François Ge noud aurait notamment promi s aux successeurs des dignitaires nazis de fonder une maison d'édition avec les bénéfices obtenus par la commercialisation des œuvres . le major Fathi al-Dib. 28 aoOt 1993.LE BANQUIER NOI R LES I·IOOTIERS DE HITLER d ' un autre avocat. Ce contrat intègre aussi les droits d ' auteur liés à l'éventuelle reproduction ou publicalÎon des aquarelJes de Hitler. Us ont cenes l'un après l'autre cessé d'exister: la cour préfère ne pas s 'engager dans un débat diffici le concernant les hériti ers de l' État de Donilz. Un proje t de réhabilitation du nationalsocialisme. Son testament est donc applicable à la Jettre : Hitler a choisi pour héritiers le NSDAP. placé à la tête du Comité. cit. b) AngeHka Raubal . Ils ont précisé que M. Le gouverneur militaire du Caire. qui avaient une secrète sympathie pour moi. Celui-ci est donc valable. Der Spiegel. C'était important.

li chaperonne les représen tants des mouvements nationalistes. et de s'évader. au sein du PPA-MTLD. iJ di sparaît et s' installe en Égypte 21. et une révolution "en préparation" à laquelle on ne croyait guère nu Caire_ "Faites la révo lution d' abord. Fathi al-Dib. "» Rue Abdelkhalek-Sarouat. attristée. 1986. La délégation extéri eure du MTLD au Caire s'étoffe encore en 1952 avec l'arri vée d'Ahmed Ben Bell a. Tobal s'est mis au service des Allemands durant l'occupation de la Thnisie. qui s 'est évadé le 16 mars de la prison de Blida. entre autres destinations. . . note Yves Courrière. Membre du comité directeur du Parti populaire algérien (PPA) avant-guerre. » Hocine Ail Ahmed ne tarde pas à le rejoindre. Abdel Nasser et la Rll'ollIIion algérienne. « A la ve ille de la levée de son immunité parlementaire » .Ait Ahmed. recevait de la jeune république égYPj lien ne des enco uragements. D'origine paysanne. la structure clandestine du MTLD. li a quarante ans. 8 juillet 1992. croit pouvoir affirmer qu'Otto 140 141 20. notamment celle de Cassino. contraignant le porte-parole du QG de l'armée égyptienne à un démenti peu eutégorique: la mission allemande. LI est impliqué dans le lége ndaire hold-up de la posle d'Oran pour avoir prêté sa voiture au groupe. le MTLD. Issu d'une famille maraboutique kabyle. c'est Brahim 'lob:tI. après l'interdiction de ce parti. Il associe bien souvent Genoud à ses opérations spécia les. Dans ses Mémoires. Mohammed Khider est le premier chef algérien sur place. ' lU 'ils ont participé au coup de force contre Farouk. La présence de ces officiers n'est donc pas contestée. Adjudant dans les tirailJeurs algériens. l'aide vie ndra ensuite. Newsweek affirme. il a rejoint.. don t les bureaux se trouvent au 32. il a participé à de nombreuses batailles. est déjà le principal chef de l'OS. C'est pourtant lu i qui . Des officiers allemands prisonniers des Britanniques. des conseille rs allemands servanl à l'état-major ou à l'entraînement des troupes sont repérés dans l'entourage t..1cs officiers libres. L' Harmattan. François Genoud. de tout le Maghreb. dont les que· relies intestines étaient la fabl e.up de la poste d'Oran en 1949. au Caire. est « purement technique » et n'a rien à voir avec les tactiques employées le 23 juillet. mai s point d'argent . et dev ient le chef de l'OS avan t d'être arrêté t n 1950. raconte François Genoud qui classe Khider panni « les vrais révol uti onnaires )). Paris. (~co mposée d' un nombre restreint de conseillers servant auprès de l'année ». dès le moi s d'août 1952. L'Hebdo libéré. le major reçoit de Nasser la mission de « soutenir la libération des nations arabes encore colonisées 20 ».ER du Maghreb. Élu député d'Alger sur ses li stes en 1946. rue Abdelkhalek-Sarouat. Mais parmi les conseillers allemands se trouvent également des so ldats perclus de l'Afrika Korps de Rommel qui mordit la pouss ière en 1944. le biographe de Reinhard Gehlen. Ahmed Ben Bella a été appelé sous les drapeaux en 1943. des bonnes paroles. Contrairement à Ben Bella. Il prépare avec Aït Ahmed le hold. n est arrivé le 5 juin 1951.LE BANQUIER NOIR LES HËRIT1ERS DE HITl. Il ne s'est engagé en politique qu'après 1945. Kh ider a créé l'Organisation spéciale (OS). EUe trouve évidemment son origine dans les réseaux de fuite qui uvu ient. 21. « Le triumvirat cairote. animateur de la section tunisienne. les pays arabes. le Mouvement pour le tri omphe des libertés démocrat iques (MTLD). et le véritable organisateur du hold-up d'Oran. depuis deux ans. Cookridge. D'autres démobitisés. « contrairement aux consignes de la direction du parti qui lui d it de se laisser arrêter. An Ahmed n'a que vingt-cinq ans. Fin 1952. Très tôt. il devient responsab le de l'Organ isation spéciale pour l'Oranie. car ils représentaient un parti. Ben Bell aKhider . C'est Khider l'intègre qui avai t raisonlt. il a dévoilé des listes interminables de matériel livré aux nati onalistes algériens. évadés et restés dans la région. leur d isai t-on. après la découverte de l'OS et sa condamnat ion par contumace. Leur position était loin d'être fllcile. qui assume des fon clions d'altaché de presse pour l'ensemble du bureau. Simple conse iller muniripai.

. et risdes services tgypticns avec les cri· IU llicl ~ naz. Ou encore Ernst Sringer. coordonne officiellement 1'« intervention » des militaires allemands en Égypte. ancien chef de la section VI-C U (section arabe du SD-extérieur) du RSHA. Wilhelm Voss occupe en effet une positjon importante au bureau égyptien de planification économique. Le temps néanmoins pour « J'homme le plus dangereux d' Europe'" d 'installer une centaine de conseillers allemands 23.. A titre d'exemple. sur cette quest ion de [a . techniciens compris » . 142 143 1969. Le général Fahrnbacher reconnaît de son côté avoir recruté personnellement soixante-sept conseillers pour les forces terrestres et quatre pour la marine 2'5. qui vont durant plus ieurs années converger vers Le Caire.5. si tou tefois l'é. Mlles Copeland. 26. Cookridge.. Let tre du gt nt ral Wilhelm Fahmbac hcr publite dans le Frank!/lr/t r Aflgt>mtÎne ZeilUlIg. On consul tera néanmoins d'anciennes notes de synthèse rt!digées par I· IURD.'hcf de la Gestapo de Düsseldorf. Weidenfeld and Nicolson. chef de la Gestapo d'U lm. u Populaire de Paris.. Th~ Gam~s of tht NatiOIlS. Mais c'est sur le plan économique qu'Égyptiens et Allemands uffinnent vouloir tirer les plus grands bénéfices de leur collabortuion. ex-directeur de l'arsenal des armes allemandes à Berlin. Le lieutenant-colonel SS Joachim Daemling.is. pui s chef du bureau VI-D2 au RSHA.11. Selon Copeland . Et loin d'Srre close. 23. Mais rares sont les chercheurs à s ·ttre penchés. Rtillhard Gd/tll. Leopold G1eim. L' Espioll du siècle. 16 septembre 1953. 2. op. {IU~S. 'lui va vendre des armes au FLN et être la cible des sclv ices spéciaux français. «et le général Néguib vi ent de déclarer qu 'il ferait son possible pour en accroître le nombre. Un général entraine les troupes parachutistes d'Almez3. où il gère une Ir'Cntaine de dossiers industriels et commerciaux 27. chef de la ticstapo à Varsovie. Arrivt en mm 19.gypte ouvre un jour ses llI" hives sur ce poin t. dans Le Figaro du 13 août 1952. puis directeur des usines Skoda en Tchécoslovaquie. assure de son côté que le séjour de Skorzeny fut d' autant plus bref qu ' il ne constitue pas une publicité très avantageuse dans la presse intematjonale. Miles Copeland. le gt ntral Fahmbacher restera au Caire jusqu'à l'ttt 19. E . notamment à la brasserie Ullion du Caire. secondé par le Panzergeneral Oskar Munzel 24• Une équipe spécialiste des torpilles téléguidées est à pi ed d 'œuvre. un ami de François Genoud. Un ancien agent américain au Caire. Erich Altun. et ses expens rtsistants. en avril 1965 (CDJC). lui aussi du bureau V!. Les officiers 'aypliens ne cachent pas leur désir de renforcer leur armée coQIe que coOte. SIlIiS oublier le général Oskar Dirlewanger. arrive en 1954 pour conseiller les services spéciaux. cheFde la Gestapo de Galicie. La liste est longue 26. ancien !.5 1. Notamment Wilhelm Beissner. La présence allemande est telle qu 'elle donne lieu à des soirées de la bi re hebdomadaires. Des chefs de section du RSHA ne sont pas en reste.LE BANQUIER NO IR LES H~R111ERS DE liiTLER Skorzeny lui-même sert pendant un an de conseiller au colonel Nasser. chef de la sanglante 16e divi sion de Waffen SS . des conseillers peu importants. à la demande du patron du BND. le général Fallmbacher n'aurait reçu qu 'une solde de 50 livres égyptiennes par moi s contre 500 que pou vaient toucher certains conseillers anglais ou américains. 1952 marque donc réellement le début de l'arrivée des inslrucleurs allemands. qui complète les maigres émoluments offerts par les Égyptiens 22. En 22.58. et peu rémunérés. Plusieurs capitaines de vaisseau sont détachés à la secti on navale d 'Alexandrie. Heinrich Sellmann . » Selon les infonnations recueillies par djfférents correspondants au Caire. 27. cil.. Wilhelm Voss rejoint Albert Speer au mini stère de l'Armement. devant la débâcle des armées arabes lors du premier conR it avec Israël en 1948. le général d 'artillerie Wilhelm Fahm bacher. collaboration» . de la Gestapo parisienne. pui s commandant des 25e et 86e régiments d'artillerie en France. 24. Des officiers et criminels de guerre recherchés s'ajouteront à celle liste. « L'effectif de ces Allemands est aujourd 'hui évalué à cinq cents homm es. estime de son côté Dominique Auclèrcs. Ex-direcleur du trust Aciéries nationales Hennann-Goring avant-guerre. La recherche reste à faire. 3 av ri l 1963. t e major SS Seipel.

. Voss n'en élait pas moins membre de la SS. qu'il fréquenta au mini stère de l'Armement du temps d'Albert Speer. accusés de complot lors d' une conférence de presse du Forei gn Office à L. à Düsseldorf el Hambourg. Lequel Wilhelm Voss a mis au point les modalités de production des fusées V 1 el V2.. Les conseillers allemands donnent naissance à des « plans de cinq ans )) (sic). J 'en fa is journellement l'expérience en observant les officiers et experts allemands de mon année. Les «conjurés » . Leur effi cience.. On leur reproche d'avoir infiltré le Parti libéral allemand: c'est l'affaire . d' une ponée de 280 km. Voss CI Deneger. La publicité est douteuse pour les Égyptiens: ingénieur. Celte vraie lune de miel a des arrière-pensées militaires. Dans une interview accordée à un journal allemand 28. le général Néguib confesse son « penchant » pour les Allemands: « Je vous prie de me croire quand je vous di s que je n'ai jamais cessé d'admirer les Allemands. et el-Kahir. » Le général Néguib évoque les espoirs mis sur le « plan de cinq ans» de la région d'Assouan en cours d'élaboration.1 a vécu les derniers moments du Reich dans le bunker et a connu le bonheur d'être nommé par Hitler successeur de Goebbels au ministère de la Propagande peu avant son suicide. soutiennent par exemple le projet de fond er une banque réunissant des fond s allemands ct égyptiens avec Albert Buhler. C'est d'ailleurs « pour des affaires » que François Genoud fait sa connaissance durant l'année 1952.IoOCiété. }oIIl S en relation avec la compagne de Werner Nnumann. le général Fahmbacher a connu Wilhelm Voss quand celui-ci travaillait au ministère de l'Armement. avant le putsch des officiers libres. il est de retour à Düsse ldorf en 1949. grand ami li. notamment d'anciens administrateurs du plan de quatre ans de Hermann Gôring. le Dr Voss fait sa première réapparition publique à la tête d'une délégal'ion égyptienne venue à Bonn protester contre la signature d'un accord gennano-israélien. U renoue avec un couple gennano-belge qu'il avait connu dans l'entourage d' Otto Abetz à Paris. François Genoud nffirme al ors elre tou- . dès six heures du malin. Après avoir fui à l' Est.LE BANQUIER NOtR LES H~RITIERS DE HITLER octobre 1952. Je vice-présidenl de la Lander Bank. A quoi le Mossad ripostera quelques mois plus tard par l'élimination de plusieurs ". Ancien directeur des arsenaux. Werner Naumann.ondres. 580 km de portée. les miss iles eJ·Safir. 7 mars 1995. dès le lendemain. li serait arrivé au Caire en 1951. Lutch » ct de « Combinel ». qui a été un . quand il dirigeait les usines d'annement Skoda. et très proche de Paul Zimmennann. Nau-Nau )~. quelques moi s avant l'opéralIon britannique 29. La présentation des fusées égyptiennes lors du défilé militaire du 23 juillet 1962. conduits à la prison de Werl. S. 144 145 29. Bientôt veuve. Léa Van Dievot choi sit J'ancien secrétaire d ' État de Goebbels pour directeur de sa . pour le seconder. susceptible d'offrir « de grandes possibiütés» à l'Allemagne. Naumann fait pani c des Allemands qui ont If uvé des vertus à l' Égypte. leur loyauté sont uniques. fut secrétaire d' Etat sous Goebbels. Le « cerveau » présumé.avants a1lemands ayant contribué à ce programme. Le 15 janvier 1953. Fortschrill Ile pro~sl: interview r. le contre-espionnage britannique organise une rafle spectacuJaire dans les milieux néo-nazis. responsable de la Chambre de commerce gennano-égyptienne <lU Caire. leurs dons extraordinaires en tant que sc ientifiques et tec hniciens. la banque centrale des Lander. el aurait par la suite recruté des proches. Werner Naumann est devenu un homme d' affaires respectable. 1. Entretien avec l'aUleur. [1 a d'ailleurs accueilli Wilhelm 28. Sept anciens responsables nazis sont arrêtés et. ne sont pllS des inconnus dans la galaxie nati onale-soc ialiste.Van Dievol. A la tête de « H.lpportée par Le Figaro du 9 avril 1953 et Le Papillaire de Paris du 17 septem bre 1953. prouveront que les conseillers allemands ont effectivement mis en place une politique industrielle tournée vers la production d'annement afin d'anner l' Égypte contre Israël. les Lutch . Et ils ont déjà de grandes anlbitions financières.

Werner Naumann a consuhé diverses personnaJités nati onalistes. Le propre rédacteur du programme du Parti li béral. Deux cents hommes sont suffisants pour prendre le contrôle d'un Land. le Suisse Jean Bauverd! Ce qui n'a rien d'étonnant compte tenu des fonctions passées de Bauverd au ministère de la Propagande. PauJ Zimmermann. Werner Naumann a commis ]'inlprudence d'accueillir chez lui J' un des chefs déclarés des nazis en exil. avec Pranke-Griekch. el Karl Kaufmann . Ancien commental'eur de la radio nazie. Peu après l'arrestation des sept. ancien chef des étudiants du Reich et Gauleiter de Salzbourg. de médecine générale. il a ouven un cabinet de consultation . Après-guerre. membre de la section économ ique de Ja S5. note Le Populaire du 6 septembre 1953. sert de conseil pu is de confident à l'industriel Otto Stinnes. Les intentions politiques du groupe Naumann sont claires. « Rouge baiser ». s'est reconverti à la Fédération du fer et de l'acier de Düsseldorf. Kun l'auber. le Dr Heinrich Hasehnayer. puis celui des accusés au procès de la Wilhelmstrasse. ex-commissaire du Reich au Danemark. Pour soutenir financièrement le joumaJ Nation Ellropa et en fa ire une soc iété par actions. Farben jugé à Nuremberg en 1947. lui aurait expliqué Achenbach 30. J' un de ses amis hambourgeois. G. avec le Dr Werner Best. ancien du ministère de la Propagande. devenu Société par actions pour le fer et J'acier. cit. Beyond &81e and Svas/ika. vice-présid ent du Parti libéral allemand. beau-frère de Scharping. J'enquête britannique prouve que le groupe Naumann est effectivement parvenu à infiltrer l'entourage de M.LE BANQUIER NOiR LES HËR. ex-Gaul eiter de Hambourg. nommé ministre des Affaires culturelles dans le testament de Hitler. fait partie du groupe Naumann. exdirecteur du journal Dos Reich. un personnage clef du réseau Naumann se présente à la prison de Werl pour rencontter les dtleDus. El parmi eux . Heinz Siepen..mERS DE HITLER Voss lors de sa tournée pro-égyptienne en Allemagne en octobre.. est devenu copropriétaire des ac iéries PunktaJ il Solingen. « On peut dire qu ' il ne s'est guère plaidé en Allemagne de grand procès de dénazi fication sans qu'Achenbach y paraisse en qualité de défenseur ». D'autres personnalités nazies ont fait leur emrée au Pani libéral: Diewerge. el Alfred Six. el y compris à l' Est. le colonel d'aviation Hans-Ulrich Rudel. Achenbach luj ~même a poussé Werner Naumann à meUre en pratique un véritable plan d'infiltration du Purti libéral... op. c'est l'avocat Ernst Achenbach. mais aussi les ex-Gauleiter Florian et Werner Besi. ancien de la section radio du ministère de la Propagande. il représente à Cologne une fabriqu e de produits de beauté fran çais. Hans Fritsche. Obergruppenführer 5S. Il est aussi l'avocat du groupe Thyssen. mais aussi Hans Schwarz von Bergk. Duo Abetz. LI est l' un des avocats du groupe 1. Bien que le coup de filet soit parfois accueilli avec scepticisme. Gustav Adolf Scheel. Auteur d'ouvrages sur Ja «science des races » . A telle enseigne qu'il représente parfois ces groupes économiques lors d'affaires importantes. Beate Klarsfeld. U aurait tenté de négocier au nom des bailleurs de fonds de la Ruhr le rachat du journal Die Weil. Il défend les industriels nazis. l'une des personnalités arrêtées. Le second compl oteur. puis dans les affaires avec les pays arabes. apprenant la nomination prochaine d'Achenbach au poste de représentant allemand à la commis- 146 147 JO. Lui non plus n'est pas "M S passé: c'est l'ancien conseiller politique de l'ambassadeur d'Allemagne à Paris. ancien comm issaire du Reich en Azerbardjan et collaborateur d'Albert Speer. est plus modestement devenu interne à l 'hôpital de Hambourg. Middel hauve. Le Dr Achenbach a aussi créé à Essen un bureau qui se consacre excl usivement à l'amnisti e générale des « prétendus criminels de guerre ». Les Britanniques ont également arrêté le Dr Scharping. rapporte Kurt Thuber. En 1970. Kreizleiter du parti nazi. Naumann est en contact avec les officiers de la « Bruderschaft ». Également sous écrou. il s'est beaucoup dépensé dans l'organisation de la défense au procès de Nuremberg. .

32. pour le compte d'une firme de Dnsseldorf. Robert Larfont. pour c inq mi Uions de doll ars. 34. 1912. dont les directions se sont engagées à corps perdu dans le national-social isme. li a mis au point le contrôle allemand sur la presse et la rad io. A Madrid. et ce qu i se cache derrière. Les Armes de Kfllpp. un télégramme que découvre Beate Klarsfeld. Skorzeny est aussi l'agent de la finne Vôcst. suggèrent que l'affaire «Nau-Nau ) diss imule un volet économ ique. en février 1943. le Journal Epoca fera paraître une photo de Peron avec les repré~c nt a nt s de Krupp. nOUlmment l'achat de tracteurs Diese l. compagnie du fe r et de l'acier autrichien. Be:lle Kl arsfeld. eUe entreprend rapidement des recherches. prédécesseur de Walter Funk à la Rcichsbank et au ministère de l' Économie. Oulre Lucht. LI s'est 31. se souvient de son rôle à l'ambassade d'AUemagne. et ce en moins d ' un moi s. un rédacteur suisse de la Neue ZlIrcher Zeitung avait repéré la carcasse d 'u n mètre quatre-vingt-d ix d 'Ouo Skorlcny ». que les rafles et déportations visées ont bien été organisées. Presque un mariage d' affaires . Ces marchandages sont fort contrariaOls pour les Anglais. On n'a qu' à se renseigner sur les finn es où travaiUent les personnes citées. La RFA est contrainte de retirer son postulant 31. Beate Klarsfeld prouve. La CtlZel/t de LaI/sa mIt. A preuve. Paul Zimmennann a rumené avec lui une trentaine de cad res égyptiens à répartir pour des périodes de formation dans des entrepri ses rhénowcstphaliennes:D.. documents à l' appui . 148 33. la déportation de 2000 juifs vers l'Est en représailles à la mort de deux officiers allemands. Les Égyptiens et leurs conseillers allemands lui onl confié plus ieurs mi ss ions commerciales en All emagne. « En regardant les photographies prises pendant la réunion entre Alfred Krupp el ses représentants argentins. PartOIll où ils seront. Tou s les membres du groupe Naumann sont en effet peu ou prou engagés dans des négociations financières et commerciales au Moyen-Orient et notamment en Égypte. IJ a assisté à Montoire à la rencontre Hitler-Pétain.. Naumann. En 1954. Messerschm itt (il connaît personnellement Willy Messerschm iu) et Krupp. Signé par Achenbach. Déterminée à ce qu'un ex-diplomate nazi ne représente pas la RFA . Il vient de conclure une vente de matériel ferroviaire nllemand à l'Espagne. 1970. 2 février 1953. li a rencontré la comtesse Use (Lüthje) von Finkenstein qu ' il épousera en 1954. explique La Gazelle de Lausanne:n. Mais il a surtout joué un rôle moteur dans l'application des mesures antijuives en France. Zinunermann et Siepen sont en effet tous liés aux Konzern.LE BANQUIER NO IR LES li~RmERS DE HITLER sion de la CEE à Bruxelles. William Manchester. Paul Zimmennann revenait effectivement d 'Égypte où il avail passé le moi s de mai 1952. Klôckner AG. Certains observateurs. Werner Naumann a également obten u un marché de chemin de fer monorail au Congo belge. Paris. C'est ln ni ~ce de Hjalmar Schacht. 27 janvier 1953. Avec l'industriel s uédois proche de Goring Axe Wenner Gren . ~~ l'homme le plus dangereux d'Europe» semble s'être rangé. Werner Naum ann eSllui aussi très actif à traver~ la firme Lucbt.» Par leurs affaires. Et l' ex-épouse d 'un aClÎonnaire de la fi nne Otto Wolff. il annonce. et notamment La Gazette de Lausanne. Son représentant à Madrid est un certain Stcinbergcr.. et des aciéries du prince de Hesse. note William Manchester dans Les Armes de Krupp 34. Devant les dénégations publiques d 'Achenbach sur la mise en pratique de cet ordre. Un général américain dira de lui qu ' il était « l'expert en déportation à l'ambassade allemande à Paris ». Édition spéciale. « 11 est certain que les fonds soutenant J'acti vité de ces groupes vie nnent de l' industrie lourde de la Ruhr et du Rhin . note en outre le FranJ. 149 . Skorzeny représente les intérêts de nombreuses finne s allemandes: 0110 Wolff.. . Elle s'aperçoit qu 'Achenbach a fait plus que seconder Abctz. li a obtenu le marché de la construction d'une voie de chemin de fer reliant l' Égypte el le Soudan. de son vrai nom . 0 110 Skorzeny! A Madrid. Paris. Feldmühle. Journal de Centve.furter Rundschau.

On ignore III provenance exacte du document. Em retien avec l'aUleur.. Enfin. ils ava ient déc idé de li bérer leur peuple.. Ou encore: 4( le centre moteu r des intrigues anli-anglaises au Caire ».. AI-Dib avenit immédiatement Zakania Mehiedine.. dont la rédaction est anlé. un nouveau manuscrit de Joseph tlocbbels cst apparu sur le marché. pas plus que sa fidé lité constante à leur endroi t. Abdel Nasser et la Révollltion algérienne. se souv ient Fathi al-Dib. note Charles-Henri hvrod. oC( Wort und Werk ». le Dr Schacht ouvre précisément sa nouvelle banque à Düsseldorf: « Schacht and Co ». la création des six secteurs (Wilayas).. ]7. LL POPlllaire de Paris. Ieure aux journaux déjà publiés en 1948.. Accompagné d'Ezzat Soliman. prend la parole en français. il leur dunne les effectifs: 2 363 Moudjahidin. de même qu 'un Comité de libéralion du Maghreb arabe. F:uhi al -Dib."1 IInnes. le chef des serv ices llpéciaux. Ces paro les avaient eu un e ffet foudroyant et avaient provoqué des remous dans l'assemblée. 150 En Allemagne de l'Ouest. un bureau de li aison entre les trois délégations est officiellement créé. op. 1. patron du Konzem du même nom. 15 1 . Partant de celle conviction el fid èles à leur engagement. Genoud apprend son existence par la presse. Avec plusieurs camarades. Il était plus compliqué de savoir ce qu'allaient faire les . s'apprête à publier. Werner Naumann ct son groupe restent incarcérés jusqu' au mois de juillet 1953. [ . Mezziani M es~ Moud cst fort honoré. Mohammed Khider est là. Son vrai nom est Ahmed Ben Bella. C'est évidemment déri soire. le 3 avril 1954. • Les Égyptiens lui fai saient confi ance. Le jour de l'opération contre le groupe Naumann. fi s'agit des journaux dt jeunesse de l'ancien ministre de la Propagande..lus (Ulciens des années 1925 . ainsi qu'Ollo Slinnes. le major Fathi al-Dib et son adjoint Ezzat Soliman assistent . Loin de ces considéralions économiques. Deux ministres de Rhénanie-Westphalie sont présents. François Genoud y trouvera bientôt sa place. 30 à 40 carInuches par arme. il a justement bien des choses à dire aux deux responsables égyptiens. dont 500 déjà fornl és. al-Dib demande aussitôt à Mohümmed Khider de faire les présentations. 2 novembre 1990.ER rendu en Égypte en févri er 1952 et au Congo belge au mois de juillet. 11 leur explique comment le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) s'est strucLUré miliwircment . puis le colonel Nasser 36• Le soutien que lui accorderont les officiers égyptiens ne se d mentira pas. lIfres)7. en septembre 1954. l'insurrection est déclenchée n Algérie. ] mon bonheur était à son comble . Fathi al-Dib n'en croit pas ses oreilles. Mezziani Messaoud. » Le l':r novembre 1 9~4. pour mettre en pralique les projets ferroviaires de Werner Naumann. « Au nom de Dieu. à une réunion des représentants des mouvements tun isiens. Le MTLD ne dispose que de 368 fusils. Mohammed Hùudiaf coordonne l'action intérieure. Lui-même se présente \'umme le responsable du mouvement à l'étranger. qu'un éditeur ulh:mand . qui dataient pour les l. point essentiel. 3 j uillel 1953. Selon le journal rhénan Provinz ]6. « [J s'exprimait au nom de tous les jeunes Algériens qui refusai ent les parti s politiques qui n'avaient jamais rien apporté. Et ces quelques mois pennellent déjà à la presse de li vrer certaines conclusions : « Le groupe Naumann éraitla pierre angulaire d'un axe nazi-arabe». considérant que la lutte armée était le seul moyen pour obten ir la li bération et chasser le colon isateur français. par le ton détenniné de ce jeune Algérien. » 3. algériens et marocains dans les locaux de la Ligue arabe au Ca ire. cit. Un jeune Algérien.'i. Puissant ct Miséricordieux ». mai s des annes pour combattre. ils ne demandaient pas d 'argent.LE BANQUIER NOIR LES HËRlTIERS DE Hm. note Le Populaire lS..

] mon bonheur était à son comble . 37. « Au nom de Dieu. considé rant que la lutte année é tait le seul moye n pour obtenir la libération et chasser le colonisaleur fran çais.athi al-Dib n'en croit pas ses oreilles. François Genoud y trouve ra bientôt sa place. Le jour de l'opération comre le groupe Naumann .5. 150 En AlJ emagne de l'Ouest. à une réunion des représentants des mouvements tuni siens. le Dr Schacht ouvre précisément sa nouvelle banque à Düsseldorf: « Schac ht and Co ». . il a justement bien des choses à dire aux dtux responsables égyptiens. mais des annes pour combattre. Le soutien que lui accorderont les officiers égyptiens ne se démentira pas . le major Fathi al-Dib e t son adjoint Ezzat Soliman assistent.Henri hlVrod. un nouveau manuscrit de Joseph Goebbels est apparu sur le marché. le chef des services l'ipéciaux. Il leur explique comment le Mouvement pour le Iriomphe des libertés démocratiques (MTLD) s 'est structuré militairement. note Charles. Partant de cette conviction et fid èles à le ur engagement. 3 juillet 19. . il s avai ent déc idé de libérer leur peuple. algériens e t marocains dans les locaux de la Ligue arabe au Caire. s'apprête à publier. Le MTLD ne dispose que de 368 rusils. Puissant et Miséri cordi eux ». Loin de ces cons idé rations éco nomiques. II était plus compliqué de savoir ce qu'allaient faire les outres 37. pas plus que sa fidélité constante à leur endroit. C'est év idemment déri soire.. la création des s ix secte urs (Wilayas). il leur donne les effectifs : 2 363 Moudjahid in. l'insurrection est déclenchée cn Algé rie. Genoud apprend son ex islence par la presse. u Poplliaire de Paris. note Le Populaire JS • Ou e ncore: « le centre mote ur des imrigues anti-anglaises au Caire ». Enfin . Accompagné d'Ezzat Soliman. Et ces quelques mois pennenent déjà à la presse de Ij vrer certaines conclusions: « Le groupe Naumann était la pierre angulaire d'un axe nazi-arabe ».53. en septembre 1954. Mezziani MeslIoud est fort honoré. 2 novembre 1990. ils ne demandaient pas d 'argent. Mohammed Boudiaf coordonne l'action intérieure.. 30 à 40 carlouches par arme. Son vrai nom est Ahmed Ben Bella. Selon le joumaJ rhé nan Provi"z 36. Mohammed Khider est là.LE BANQUIER NOIR LES HéRm ERS DE HITLER rendu en Égypte en fév rier 1952 et au Congo belge au moi s de juillet. point essentiel. dont la rédaction est antérieure aux journaux déjà publiés en 1948. qu ' un éditeur ullemand . prend la parole e n français. " Les Égypti ens lui fai saient confiance. Ces paroles avaient eu un effet foudroyant e t avaient provoqué des re mou s dans l'assemblée. pour mettre en pratique les projets ferroviaires de Werner Naumann. [ . fi s'agit des journaux lie jeunesse de l'ancien ministre de la Propagande. » Le 1er novembre 19~4 . Avec plusieurs camarades. de mê me qu'un Comi té de li bération du Maghreb arabe. se souvie m Fathi al-Dib. un bureau de liaison emre les trois délégations est officiellement créé. . Fathi al· Dib. Lui-même se présente comme le responsable du mouvement à l'étranger. ain si qu'Ouo Stinnes. op. Mezziani Messaoud. patron du Konzern du même nom. Entretien avec l'auteur. dont 500 déjà fornlés. cir. par le ton déte nniné de ce jeune Algé rien. On ignore lu provenance exacte du document. al-Dib de mande aussitôt à Mohammed Khide r de raire les présentations. Werner Naumann e t son groupe reste nt incarcérés jusqu'au mois de juillet 1953. « n s'exprimait au nom de tous les jeunes Al gérien s qui refu sa ient les parti s politiques qui n'avaient jamais rien apporté.. 151 . Deux ministres de Rhénanie-Westphalie sont présents. Un je une Algérien. AI-Dib IIvertÏl immédiatement Zakania Mehiedine. les annes. qui dataie nt pour les plus anciens des années 1925 . » 3. le 3 avril 1954. « Won und We rk ». puis le colonel Nasser 36. Abdel NllJser et {u Rdvollltion algdriemœ. I.

cédant à ln panique. en revanche. Hans le 13 aoOt 1947 et Conrad le Il juin 1949. L'établi ssement est te nu par des religieuses : sœur Hildegarde est l'une d 'elles. des éléments d ' un journal. Dépêche BRRI . 40. Il n'est pourtant e ncore e n possession d'aucun docu ment offici el. Le fonds est volumineux. «( Mais tout ceci estlrès précieux ». Belle promesse. frère du mini stre de la Propagande. prenez-les ». Mais Hil degarde est lu nièce de la directrice de la clinique. pui squ'il conti ent . Après son mariage. HiJdegarde affirme de son côté que Hans Goebbels lui offrit le contenu du précieux canon. est à l'ori- som morts quand survient le litige : la mère de Goebbels. des dissertations. Selon d'autres témoins. et aurail ordonné la destruction des documents. La maison d'édition catholique « Wort und Werk » choisie par Hildegarde Meyer-Bendel ne va pas se laisser intimide r.il de Cologne pour s'opposer à toute publication et n'hésile pas à se présenter comme le « représentant des hé ritiers» de Goebbels et l'éditeur unique des œuvres du ministre de la Propagande. et unique défenseur des famiJi es « spoliées » . Or lïnfinnière elle-même a successivement affinné avoi r reçu les documents des mains de la mère de Goebbels. ces « archi ves» de je unesse sont évacuées à l'est du Rhin et e ntreposées dans la clinique Hol ste rhauser appartenant à une compagnie d'assurances dirigée par Hans Goebbels. en lui cédant tous les droits d ' utilisation éditoriale. François Genoud se pose aussitôt e n protecteur de l'héritage moral du national-socialisme. son diplôme de doctorat. Selon les différents commentai res de François Genoud à ce sujet. Au moment des bombardements alliés. et François Genoud va pouvoir revivre une nouvelle affaire de propriété Ulléraire. car Hildegarde Meyer-Bendel n'apportera jamais la pre uve qu'elle a effectivement reçu les papiers de Joseph Goebbel s en toute légalité. Il s 'cst renseigné sur la maison d 'édition ( \Vort und Werk »: elle appanient à l' Église.LE BANQUIER NOIR LES HÉRITIERS DE HrrLER Zeitung. préci se son avocat Kurt Runge 40• Le litige qui s'annonce va durer plus de dix ans. Très vite. Le périple des journaux de jeunesse de Goebbels vaut celui des propos de table de Hiller. des mains des proches du ministre. les de ux frères du ministre de la Propagande sont e ux aussi morts après-guerre. Franço is Genoud se décide à agir. pui s de celles de son frè re Hans. la mère Maria Katharina voulut récupérer le carton de docume nts laissés à la clinique. Eh bien. si elle a été formulée. outre des lettres d ' amour à une étudiante fribourgeoise. 152 153 . aurait objecté l'oncle. Fribourg. elle trouva le carton mais découvrit qu 'il manquait J'essentiel de son contenu. Le mari de la directrice apporte lu i aussi son témoignage. EUe va soutenir Jes procédures. L'affaire n 'est pas facile. Selesta. Et celle fois la gagner peut-être. 1S janvier 1990. la mè re de Goebbels fit tout simp lement cadeau de ces vie ux papiers à l' infirmière. Le 24 janvier 1955. Hans Goebbels serait arrivé à la clinique fort nerveux. Selon des témoignages émanant de l'e ntourage de Goebbels. deux vieux cahiers d'écolier. une infinnière. Maria Katharina. Entretien avec l'auteur. forcém ent suje t il caulion. Joseph Goebbels avait laissé ces documents à la garde de sa mè re. et même un roman sous forme de journal intime. bien qu'il n'ait aucun document e n sa possession. Peu avant la fin de la guerre. Hildegarde Meyer-Bendel . (de ne veux plu s rien avoir à faire avec toul ça. Sur place. citant un entretien avee François Genoud. des nouvelles. Prançois Genoud est en pourparler avec la famill e de Joseph gine de la publication. l'infirmière aurait « trouvé les papiers ». Kô/nu Rllm/schall. « Elle vou lait éditer ces textes fraudu }eusement ». « Celte je une femme prétendait avoir les droits ». au domicile familial de Reith. une pièce de théâtre intitulée Heinrich Kiimpfert. aurait concl u Hans Goebbels. est décédée le 8 août 1953. il écril au vicariat généfl. 39. On ne le saura jamais. car plusieurs des protagonistes 38. ou les aurait « volés chez les parents de Goebbels 38 ». I S juin 1956. ni contrat de cession de droits. s'insurge François Genoud 39. 8 juillet 1993.

Somme rapportée à 50000 deutsche marks. s'est vu allouer une allocation d' indi gence de 80 marks par mois.. malgré ses propriétés dans le Palatinat. Celle-ci prend sa plume pour écrire à la veuve de Conrad : « Seul un étranger est à même de faire quelque chose avec l'héritage littéraire de Joseph. la sœ ur de Goebbels. 3 aoOI 1955. Mais les autorités ont découvert l'existence d'un compte bancaire ouvert sur J'ordre de Joseph Goebbels par un ancien maire d'arrondissement berlinois. Use Hess. cil. 11 a rencontré. la ville de Berlin s'est rendue propriétai re de la villa de Joseph Goebbels sur l'île de Schwanenwerder. Après avoir convaincu les familiers de Goebbels. Maria Kimmich. Cité par Peler· Ferd inand Koch. parce que l'on fait trop de difficuh"és aux Allemands ». el Journal de Genb'e. r Par j ugement du 23 novembre 1954. Hanni MoreH. surnommé le « boucher de Prague ». LA Na/ion belge. La loi mililaire 52 devrai t remettre à leur disposition Je patrimoine confi squé. Louise Funk. Les femmes des détenus de Spandau ne sont pas en reste: Marguerite Speer a récupéré sa viBa de Heidelberg. Magda Himmler. En juillet 1955. chef du protectorat allemand en Tchécoslovaquie. 154 42. il lu i a proposé un contrat de cess ion des droits liuéraires de Joseph Goebbels. t 5 se plembre t 955. Gertrud Scholz. Ainsi l'épouse de l'Oberfùhrer SS Harold-Emil Thmer obtient une pension de veuve de directeur de cabinet. op. la Reichsfraulein fü hrerin. Les juges sont parfois déterminés à prolonger j'effort de confi scation des biens ayant appartenu aux leaders nationaux'tOCialistes. écrit-elle le 17 janvier 1955 41 • François Genoud n'a pas eu grand-peine à sédu ire Maria Kimmich. Selma IIcydrich. Anneliese von Ribbentrop. 41 . du tribunal du Schleswig· Holslein. exploite de son côté une fabrique de sodas avec un ancien SS 42. 33.LE BANQUIER NOIR LES HÉRITIERS DE HITLER Goebbe ls. Le Land étant seul compétent en matière de dénazification. Et lui a offert de lui rétrocéder 50 % des revenus après publication. • verser une « amende expiatoire » de 60000 marks après avoi r jugé que l'essentiel de sa fortune avait jusqu 'à présent échappé uux recherches. née Henckel. sont encore administrés par un curateur officiel: Me Kurt Leyke. Fort de son expérience avec Paula Hitler. à cond ition que ces biens et liqu idités ne fassent l'objet d'aucune revendication d'ici au 31 décembre. nullement dans le besoin.Klink. Brigitte Frank ont égale· ment saisi les avocats de leurs époux de procédures similaires. une pension de veuve de général de 1000 marks par mois. o obtenu en 1951. Emmy Gëring. édheur de la SS. la veuve du chef du RSHA. dont la sœur de Joseph. la femme du médecin de Hitler. bels. Uen avait donné 60 % à Paula Hitler. réclame le remboursement de 7 millions de marks. la veuve du Reichsführer 5S. Winlder. Mais on ne compte plus les veuves qui se voient attribuer des pensions de retraite devant les cours des Liillder. la plus fortunée. qui vil du champagne fan1ilial. p. Elle aurait oblenu la jouissance de trois comptes bancaires ouverts avant 1945. comme ceux d 'autres hauts responsables nazis. 155 . sur le lac berlinois de Wannsee. la chambre de mise en accusation de Berlin·Ouest condamne Gunther d'Alquem. près de Bielefeld. n'est pas la dernière. Maria Kimmich. Offre toute théorique puisque les biens de Goebbels. aimerait bien hériter. valeur de sa propri été de Berlin Wannsee. Les grandes dames du nationaJ-socialisme fi 'ont apparemment pas de souci à se fai re. Die Tageblicher des Oak/or Joseph GoefJ. Les familles et hériti ers des di gnitaires nazis ont repris espoir en ce débu t d'année 1955. pour qu'il y dépose sous son nom un million de reichsmarks. et presque convaincu. les biens appartenant à des nazis non revendiqués par les chambres de mise en accusation des Lânder seront alors « libérés ». A Bethel. grade administratif qu'il avait obtenu en persécutant les jui fs de Belgrade. a ouvert un magasin à Wuppertal. 1955 est donc l'année de l'offensive des veuves. François Genoud va donc contacter l' avocat berlinois.

Elle a aussi vendu le testament de Goebbels aux archives fédéra les pour 350 deu tsche marks. qu i lu i assure que le Suisse est un éditeur reconnu . Genoud et Rechenberg ont . puisque l 'héritage de Goebbels est en principe entre ses mains. François Genoud ne tarde pas à faire son offre à l'admi nistrateur des biens de Goebbels. Comme ill 'a fait auprès de Paula Hitler. 43. Peter-Ferdinand Koch. écrit-il à Kurt Leyke le 23 mai 1955. Certains y ont vu un stratagème pour impressionne r le curateur. c'est-à-dire en incluant les œuvres non publiées. « Je promets de publier les différentes œuvres du Dr Goebbels dans un délai de quatre ans. Il écrit à l'administration berlinoise chargée de la récupération des biens du NSDAP pour qu 'elle l'aide à finance ~ un procès qui ri sque de coOter 10000 deutsche marks. le Dr Alfred Seidl. Un temps. Pour mieux séduire Kurt Leyke. Ce combat n'est pas faci le. le contrat est signé. Sans succès. op.» Trois moi s plus tard. Genoud avait eu recours à un autre défenseur de Nuremberg. avocat d'Albert Speer à Nuremberg. naturellement . Kurt Leyke. Sa correspondance avec Kurt Leyke témoigne de ses nombreuses domici liations. il est possible que je publie d'abord des traductions si la situation pol itique et financière l'exige. Wolfgnngstrnsse 34. je dois le finance r et je dois prendre en charge tous les frais qu'il occas ionne 46. au service de son ami Genoud. 46. li dispose aussi de deux adresses et d'une boîte postale à Francfort 45. Mon rôle est plus grand que le rôle habituel d ' un éditeur parce que je dois m'impliquer pour que les droits des héritiers du Dr Goebbe ls soient reconnus. L'infinnière a cédé le précieux canon de souvenirs dejeunesse à la mai son d'édit. L'avocat est informé des tentalives d 'édition de Hildegarde Meyer-Bendel. « agissant en qua lité de curateur ». le curateur de Walter Funk. cil . François Genoud se recommande aussi de Pierre Cailler. sans restriction aucune» . 157 . Le 23 aoû t 1955. transmet à François Genoud « tous les droits d'auteu r pour l'exploitation de la totalité de l'héritage littéraire du défunt. ce qui évidemment est loin d'être encore le cas 43. pour leq uel il a travaillé avant-guerre. /bid. Die Togebiicher des Doktor Joseph Goebbels. En contrepartie. qu i lui assurent qu'ils prendront tous les frais de procédure à leu r charge en cas de cess ion par le curateur de Goebbels des droits d ' uti lisation de l' héritage littéraire. Lors du procès des propos de table de Hitler. Pour les œuvres qui ne sont pas à notre di sposition. 156 45. bien réfléch i à la manière d 'aborder le juriste. Hauptbahnhof 6. Elles attestent plutôt de l'i ntense activité du Suisse 44 • Un jour. l'associé d 'Albert Skira. un autre à Villars-sur-Ollon. et . ou la boite postale 2424. U l'invite à contacter Hans Flachsner. semble-t-il . le Dr Kurt Leyke. Dil' TagebGcher des Dok/Or Joseph Goelr bels. je di sposerais du même délai après leur découverte. il est à Lausanne. L'ancien attaché de presse de Goring entre le premier en contact avec l'administrateur des biens de Joseph Goebbels. François Genoud s 'engage à assumer les frais occasionnés par les éventuels procès en propriété liné44. François Genoud parcourt alors l'Europe dans tous les sens. Mais Leyke s'interroge sur la personnalité de Genoud. Kurt Leyke envisage de livrer lui -même la batai lle juridique contre « Wort und Werk ». op. François Genoud s'engage à rétrocéder 50 % des revenus pouvant provenir de ces publications. cil. Cité par Peter-Ferdinand Koch. où il use d'une boite postale 131 S. il s'en offusque lui aussi.LES H~RrnER S DE HITLER LE BANQUIER NOIR L'affaire Goebbels marque le début du véritable engagement de Hans Rechenberg. Mais je ne suis pas obligé de publier ces éditi ons originales en langue allemande. ou chez Hans Rechenberg A Bad Tôlz. la semaine suivante il est à l' hôtel Belfast à Paris.ion « Wort und Werk» contre 5 000 deutsche marks. Rechenberg offre à l'avocat le moyen d'obœnir des renseignements s ur lui. Auss i est-il tenté par les propos itions du tandem GenoudRechenberg.

Genoud. la success ion ne comporte aucun manuscrit ou œuvre po lycopiée ou publiée du défun t. 158 159 l . en qualité de propriétaire de ces documents. II doit démentir avoir participé au transfert de tableaux ayant appartenu à des dignitaires nazis vers Tanger. » Deux mois s'écoulent avant qu'un contrat additionnel soit signé entre François Genoud et Kurt Leyke: « La succession transfère le droit de propri été dont elle di spose des œuvres publiées et non publiées du Dr Goebbels. intitulé: « Joseph Goebbels aurait souri ». le droit de revendiquer les documenls. op. Die Tagl'blÏcher des D o/:lor Joseph Goebbels. L' infinnière ne l'entend pas de celte oreille el fait appel de ce jugement. qui rend son arrêt troi s mois plus tard . Les œuvres existen t. « Au momeOl de la conclusion du contrat. le contrat est signé alors qu'aucune œuvre. notamment celui du KiJ/ner RUlldschau. explique Kurt Leyke à François Genoud dès le 5 juin 1956. Oenoud gagne son procès. précise le document daté des 21 et 3 1 octobre 1955. Les différentes instances allemandes vont être sollicitées. K6111er Rllndschau. KiJ/ller Slodlon::eiger . ce que M. En revanche. 30 mai 1956. « li est raisonnable de ne pas attaquer la maison d'édition Doubleday ». « La cour a répondu en totalité à notre plainte. ni aucun manuscrit. Le 28 février 1956. correspondances privées. Dès le jugement prononcé. « mai s de se Contenter d 'attaquer la maison d'édition suisse [Atlantis1 ou de faire appel à leur responsabilité. Genoud pour que celui-ci utilise et exerce ses droits d 'auteur pendant la durée du contraI. le procès contre l'infïrnlière Hildegarde Meyer-Bendel va lui donner l'occasion de tester ses atouts auprès des juges. La prétendue donation que Mme Meyer-Bendel soutenait avoir reçue du frère du ministre de la Propagande n'avait pas de signification légale. François 48. y compris ses notes. le 29 mai .» Genoud attaque également le Cheval Ailé. qui se retourne lui aussi contre Doubleday.» Mme Meyer-Bende! « ne pouvait donc céder ses droits à la maison d'édition "Wort und Werk" 48 ». L' infirrnière est condamnée à restiluer les documents qui se trouvent en possession de l'éditeur « Wort und Werk » et des archives fédérales. en tant qu'acquéreur de ceux-ci.so. Dès le mois de février 1956. Kurt Runge. en concertation avec Bourquin. bien sÛ r: outre les lettres de jeunesse découvertes par Meyer-Bendel. date à laquelle François Genoud triomphe une nouvelle et dernière fois contre )'infinnière. Genoud accepte également. » Ces accords avec le curateur de Goebbel s seront la pièce maîtresse de l'argumentaire juridique employé par François Genoud dans les procès engagés pour la propriété littéraire des œuvres de Goebbel s. le Suisse n'ignore pas que Doubleday a publié des extraits du journal de Goebbel s aux États-Unis. cil. 30 mai 1956 el 15 juin 1956. droit qui peut être exercé à l'encontre du ou des possesseurs respectifs. notamment « A l'Enseigne du Cheval Ailé ». Genoud. 49. Il s' indigne que l'on suggère qu'il a « profité» de ses relations avec les familles de Hitler el de Bormann. assure-t-il.LE BANQUIER NOIR LES HtRm ERs DE! HITLER raire. revendus à des maisons d'édition sui sses. li le fait. Ou qu 'il pourrait tirer un quelconque bénéfice personnel de ce procès contre Hildegarde MeyerBendel qui lui a déjà COÛté 85 000 deutsche marks 49. Genoud a toutefois le désagrément de voir paraître les premiers articles au vinaigre sur sa carrière. cède à M. 50. 47. en étant très prudents. se félicite l'avocat de François Genoud. La success ion tran sfère déjà la propriété de ces docum ents qui lui appartiennent à M. stipule le COnlrat. François Genoud et Kurt Leyke entreprennent de recouvrer les droit s sur les œuvres déjà publiées aux États-Unis et en Suisse.à M. et accroît la pression sur la mai son d'édition arné- L'affaire est jugée le 28 février par le tribunal de Cologne 47. quels qu "ils soient. jusqu'en 1964. n'est en possession des hériti ers ou de François Genoud. La remise des documents est remplacée par le fait que la succession représentée par le Dr Leyke. Correspondance citée par Peter-Ferdinand Koch.

LE BANQUIER NOIR

LES HÉRITIERS DE HITLER

ri caine SI. Début juin, Kurt Leyke a déjà reçu la visite de deux
avocats de Doubleday qui ne s'inquiètent pas de l'éventualité
d ' une procédure. D' autant qu'une loi américaine est ven ue,
après la pubLicatjon de Doubleday, réglementer l'éd ition de ces
textes, en prévoyant la confiscation des droits d 'auteur au bénéfi ce de l'administrateur des biens de l'ennemi.
Doubleday réitère les argumen ts util isés lors du procès des
propos de table de Hitler: Goebbels avail dicté le journal pendant ses heures de travail, sur du papier de l'État, à un secrétaire du ministère, rémunéré par l' État; ces documents ne peuvent donc être la propriété de ses héritiers, exposent les avocats
de l'éditeur. Mais, con tre toute attente, Doubleday s'incline.
François Genoud obtient satisfacti on. Les éditions Doubleday lui signent un chèque de 15000 dollars de droi ts d 'auteur
en septembre 1956, et, de son côté, il accepte de retirer ses
plaintes contre les maisons d 'édition qui leur avaient racheté
les droits (entre autres le Cheval Ai lé). Certaines ~ource s assurent que les relat ions américaines de Paul DicJ<,opf serai ent
intervenues pour appuyer Gcnoud dans ses négoc iations avec
Doubleday. Le Suisse sort donc victorieux de sa bataiU e pour
les droits d 'auteur de Goebbels. Après deux ans de tractations
et de procès, les juges lui ont donné raison, et il a encaissé ses
premiers droits. Sa carrière d'agent littéraire de Goebbels ne
fai t que commencer.

ter 1\ l'enlèvement. rJ n'ose pas prévenir Nasser en pleine nuit
La tour de contrôle d'Oran a donné l'ordre à J'appareil de se
poser en tennes crus: « Vous avez cinq sa lopards à bord, il
nous les faut; ordre du ministère de la Défense nationaleS!.»
Pui s la lour de contrôle de Mai son-Blanche a pri s le relais:
41; Vcnez vous poser à Alger. Au nom du gouvernement françllb. JI nous fau t les felJouzes.» Des « Mi stral » ont décolJé
uvec ordre de tirer sur le moteur droit en cas de fuite. Mais
l'avion s'est posé sur la base militaire de Maison-Blanche, sans
que les passagers aient seu lement pri s conscience du détournement : ils se croyaient arrivés à Thnis. Dans l'apparei l, plongé
dans l'obscurité, des hommes annés de mitraillettes ont surgi.
Ahmed Ben Bell a, Mohammed Khider, Hoc ine AÏ{ Ahm ed ,
Mohammed Boudiaf et Mostefa Lacheraf en sont extrai ts,
menottes aux poignets.
Cinq jours auparavant , Fathi al-Dib avait eu le désagrément
d 'apprendre que le navire qu' il avait affrété pour convoyer des
Urmes au FLN, l'Arhos, avait été pris par la flo tte française
grâce à la trahison d ' un marchand d'armes. II s'agissait de la
dix ième cargaison d 'annes offerte par les Égyptiens au FLN.
L'Athos transportait deux mille cinq cents fu sils et revolvers,
près d 'un million de cartouches, des mitraillettes, des mortiers,
lrois mille grenades: soixante-dix tonnes d'annes en tout.
Mais l'enlèvement des chefs historiques du FLN el le con Oit
algé rien sont éclipsés par la crise de Suez, qu i éclate le
29 octobre. L'offensive israélienne su ivie des bombardements
fmnco-bri tanniques des aérodromes égyptiens, puis des parachutages sur Port-Saïd et le canal, le 5 novembre, provoquent
une levée de bouclier de l'ONU, des États-Unis et de l'Union
sov iétique . Après le cessez-le-feu du 6 novembre, la force
intern ationale de l'ONU s'i nsta lle autou r du cana l de Suez,
nationalisé quelques mois plus tôt, et dans lequel Nasser a fail
couler plus de cinquante navires pour le rendre impraticable.

Au même moment, la guerre d'Algérie connaît son premier
soubresaut. Le OC 3 d 'Air Atlas re liant Casablanca el Thnis,
et comptant cinq chefs du FLN parmi ses passagers , a été
détourné dans la soirée du 22 octobre 1956 par la chasse française au-dessus de l'espace aéri en algérien. Le major Fathi
al-Dib passe une nuil blanche à réfléchir à la manière de ripasSI . Entrelien ayec t'auteur. 23 septembre 1995.

160

S2. Jean Boisson. Ben Bella est arriré, ~tudes et recherches historiques, 1978.

161

LE BANQUI ER NOIR

LES li ~RITlERS DE HITLER

Genoud réagit en créant, au plus fort de la crise de Suez,
l'Association des ami s du monde arabe libre à Lausanne. « La
guerre de 19563; tout déclenché, ex plique-t-il. C'était une réaction minoritaire, mais saine, au moment où dominait une haine
absolue contre les Arabes. Les Français venaient de faire le premier détournemem d'avion de l'histoire, en enlevant les chefs
du FLN 53. » Genoud recrute J'ancien secrétaire d'État de Vichy
Jacques Benoist-Méchin, et quelques autres sympathisams de la
cause arabe. L'action de J'association restera symbolique, se
manifestant par l'envoi de déclarations à la presse, ou par l'éd ition d' une carte du monde arabe « dans ses fronti ères natu relles » , c'est-à-dire sans ses fromières nationales el sans l'État
d'Israël. .. Jacques Benoisl-Méchin. germani ste et historien de
l'armée allemande avant-guerre. condamné à mort puis aux travaux forcés à la Libération, se reconvertit en spéciali ste du
monde arabe dans les années cinquame. Il rédige plusieurs
ouvrages su r la dynastie royale saoudienne et des récits de
voyages dans lesquels il développe ses idées arabophi les 54• Son
entretien avec Nasser en 1957 montre qu ' il est bien loin de partager les idées du président égyptien sur l'indépendance de l'Algérie, mais que des convergences existent. « Nous sommes tous
deux des nationalistes, lui dit Nasser. Nous sommes tous deux
de bonne foi. Nous ne cherchons l'un et l'autre que le bien de
notre pays, Une rencontre de ce genre ne peut être que fructueuse, même si nos opinions divergent sur certains poinlS s.s. »

1.. .1 Désormais, plus personne ne croira, du moins les peuples
marocain ou tunisien. en une quelconque indépendance, collaboration ou coopération avec la France, car la confiance est
sapée à la base. Ceue conviction a trouvé sa magistrale manifestation lors de la crimine lle agression anglo-franco-israélienne, une semaine à peine après notre arrestation, el qui est
venue administrer la preuve éclatante que cette arrestation était
placée dans le contexte politique d'une grandiose action devant
avoir comme prologue la liquidation du " rég ime Nasser",
considérée comme préalable à la liquidation de la guérilla en
Algérie, et comme épilogue la reconquête de la Tunisie ct du
Maroc, conjointement avec une action en Syrie et en Jordanie.
Le monde entier condamne maintenant les instigateurs de cette
nouvelle croisade judéo-chrétienne et maçonnique con t"fe l'islam à travers le monde arabe, » Ahmed Ben Bella tient à rassurer ses correspondants égypti ens sur son attitude lors des interrogatoires: « Personnellement, ainsi que tous les frères avec
rnoi , j 'ai répondu invariablernent : "Je refuse de répondre à vos
questions", pendant tout le ternps resté à la DST du 22 au
28 octobre. [ ... ] Quant à la comédie des douze kilos de
bagages, tout le monde a compris que c'est une vaste plaisanterie 1...1Dans ces fameux douze kilos, il fallait comprendre une
sacrée proportion de rasoirs mécaniques, trousses de toilette.
dentifrice Colgaie ou autre savon Palmolive, etc. » La presse a
annoncé la saisie de nombreux documents, dont Ben Bella
minimise l'importance. 11 s'agit pour l'essentiel d'agendas et
de carnets de notes qui étaient remplis d ' indications codées. de
noms et de rendez-vous. « JI y a aussi quelques codes, mai s
simplement des mots sans aucune phrase ( ... ] n y a aussi mon
Cllrnet d'adresses, avec bien entend u vos adresses à tous les
deux ainsi que d'autres au Caire, dont celle de notrc bureau au
32 AbdelkhaJek SarouaL,. 56,» Panni ces documents, le scellé

Depuis son lieu de détention, Ahmed Ben BeUa fait parvenir
une lettre au major al-Dib: « Chers frères Fathi et Ezzat, écritil. Je me rappcUe comme si cela se passait ce jour même
lorsque, étant en vi site chez notre héroïque Président [Nasser] ,
celui-ci avait tenu à me préciser qu ' il me déconseillait d'entrer
au Maroc ou en Tunisie, craignam un traquenard impérialiste,
.53. Ell1retien avec l'auteu r, 7 mars 199.5.
54. Oenoist·Méchin, Un pr;nll'mp~' arabe, Pans, Albin Michel. 19.59.
55. Ibid.

162

56. Lente publiée dans son intégralité in Fathi al·Dib, Aix/el Nasser el la Ri l'a!rllioll algérienne. op. dl.

163

LE BANQUIER NOIR

LES H~RITIER S DE HITLER

nO15 est un carnet de notes dans lequel Mohammed Boudiaf a

essaie de les faire produire à la radio, mai s ses œ uvres de boulevard ne fon t plus ri re, car nu l n' ignore plus son passé de colluboration. O ltramare doit trouver des subterfuges. En 195 1,
Marché bleu, un tex te écri t par un nouve l aute ur dénommé
Lauri . est diffusé par Radio Lausanne. Le directeur de la station
Itpprend bie n vite qu'il a diffusé une œuvre d ' Oltramare ...
L' anc ien leader remarque avec amertume que le « tale nt de
classe» signalé par les journaux à propos de sa nouvelle pièce
«étai t ce lui d ' un décl assé». Il refa it une tentat ive avec une
nouvelle pièce , Marie Royaume, et un autre pseudonyme, Philippe Telli er, qui est percé à jour avant que la pièce ne soi t
mon tée. Le journal La Suisse affirme d'ailleurs très sérieuseme nt que Georges Oltramare est devenu « la terreur des comités de lecture et des j urys li ttéraires» : « On écarte les manuscril"s où l'on croit reconnaître son style, d ' autres concurrents
en fon t les frais. Les faits l'ont prouvé 59. » Oltramare n 'a pas
conscience que ce bannisseme nt intellectuel reste une condamnati on légère par rapport à la sentence prononcée contre lui
e n France. Il qui ne donc la Suisse pour plusieurs années, e t
s'cn va remuer le passé avec ses anciens camarades à Madrid.
Grâce à eux, Oltramare obtient, en 1956, un poste de speaker
à la radio du Caire. N'a-t-il pas é té l' une des voix de Radio
Paris sous l'Occupat.ion ? Un autre collaborate ur suisse, Daniel
Perret Gentil, travaille déjà pour la radio égyptienne. Journaliste convaincu de collaboration avec les services spéciaux alle,mands, il a été condamné à mort e n France en 1948. puis gradé
Cl ex pu lsé en mai 1955. Oltramare et Perret Gentil collaborent
aussi à la section de propagande créée par le ministère égyptien
de l' Intérieur. Parmi les conseil lers allemands du pouvoi r égypti en figure nt d 'ailleurs quelques anciens fo nclionnaires du
mini stère all emand de la Propagande, et notamment J'un des
plus célèbres d 'entre e ux: Johannes von Leers 60.

consigné des «rudiments de comptabilité» :
Sommes reçues de François (Fathi al-Dib) :
1000
livres égyptiennes
500

5 ()()()
14700

puis 300 57•

Le code est lumine ux. Circulant sans cesse en Europe,
François Genoud sert déjà d 'interméd ia ire occasionnel aux
Égyptiens_
A Madrid , certains Suisses du Reich ont repris leurs aises.
L'Espagne franqu iste se montre accueillante, et le régime sied
parfaiteme nt à leur phil osophie politique. Jean 8auverd est
arrivé dans la capitale espagnole en 195 1. il a travaillé durant
plusieurs années pour des agences de presse espagnoles, jusqu 'en 1956, où il devient pour quatre ans l'attaché de presse de
l'ambassade d ' Arabie Saoudi te à Madrid. Georges Oltramare
s'y instaUe en 1952. L 'ancien chef de l' Union nationale avait
été condamné par la Cou r pénale fédérale suisse à trois ans
de prison pour sa co llaboration avec l'AJlemagne. « il y a peutêtre une certaine él égance à être du côté des vaincus. Il y a tant
de gens chez nous qui sont du côté des vainqueurs » , avait-il
lancé, toujours a rrogant, au procure ur général qui avaü vu
en lui e t en René Fonjallaz de «véritables soldats d 'Adolf
Hitler SS ». Mais Oltramare avait auss i été jugé en France, par
contumace, en janvier 1950, el condamné à mort par le tribunal
de Paris. D ne lu i restait plus qu' à éviter la France.
Auteur d' une dizaine de pièces de théâtre avant la guerre,
Oltramare se remet à écrire. Il rédige cinq nouvelles pièces,
~7. Dans. J ~cques ~chemin. au teur d' une histoire du FLN très inspirée par les
dOSSiers poliCiers de 1 époque: Jacques C. Duchemin, Hisloir~ du FLN. Paris,
La Table ronde, 1962; ,,:oir ~galem.ent Jean Boisson, Ben Bella est arrêté, op. cit.
58. Roger Joseph, L Umon natlOllale, /932-/939. op. cit.

59. Cité par Roger Joseph. ibid.
.60. Le I? avril 1957. u Figaro évoque de nouvelles précisions sur l'entourage
I1ltZt dl! presulem Nasser.

164

165

seront soulevées au moment de sa première publication par les éditions Fayard en 1959. qui décide de le sauvegarder. Cependant. raconte François Genoud. La photocopie. Seule restera la traduction qu'en a réalisée François Genoud. Mais il a déclaré à Funk qu'il l'avait détruit. avant son arrestation. - . puis caché à Bad Gastein. seul gage d ' authenticité. expliquera François Oenoud. Funk a été infonné par son ami et par moi du fait que le document avait été sauvegardé. Bormann aurait confié ce document à Walter Funk.LE BANQUIER NOI R François Genoud s'apprête à liv rer une nouvelle bataille éditoriale sur fond de croix gammée. à son subordonné et ami [Rechenberg] d 'aller chercher le document el de le détruire. « Après avoir quitté Spandau. a été sorti du bunker peu avant la chute de Berl in. » Quand Walter Funk quine la prison de Spandau. disparaîtra. en 1957. son ami. Ce sont donc les dernières pensées de Hitler. l'a uniquement brûlé après l'a voir photocopié. explique François Genoud. « Une foi s à Spandau. et convenir d 'éd itions étrangères. li m'a mandaté. qui était mon ami aussi. Après les propos de table de Hitler. trop peut-être: plusieurs bizarreries sautent aux yeux. en dix-huü courts chapitres. Funk a donné l'ordre. au-delà de l'usage partisan ou simplement historique qui pouvait en être fait. François Genoud présente ce document à l'historien britannique Hugh Trevor-Roper en 1957. je l'ai rendue à Funk après mon entretien avec Trevor-Roper. Funk nous a autorisés à rencontrer le professeur TrevorRoper à Paris pour lui en montrer une photocopie. quelques jours seulement avant la prise de Berlin par les Russes. qui . Le manuscrit . en de nom breuses langues et dans bien des pays. « On aurait dû la retrouver dans l'héritage de sa veuve ». Les explications de François Genoud sur la provenance de ce document resteront toujours sujettes à caution . Ce « testament » comprend. Funk l'aurait donc emporté dans sa fu ite. Mais les moti vati ons de Franço is Genoud sont naturellement plus politiques qu' hi slOriographiques. qui mettent finalement en doute la crédibilité du document. Genoud a découvert un document inédit qu ' il va livrer au public comme un nouveau plaidoyer national-socialiste: Le Testamem politique de Hitler. pourquoi Rechenberg. n rééditera de nombreuses fois Le Testament politique de Hitler. comme pour ajouter un nouveau mur de brou illard dans cette affaire. les leures de Bonnann el les journaux de Goebbels. Pourquoi Funk a-t-il ordonné la destruction de ce document. Selon lui . » 166 LES HÉRITIERS DE HITLER Le document a donc beaucoup circulé. Hans Rechenberg lui annonce qu'il n'a pas fait disparaître le document. des notes prises par Bonnann lui-même du 4 février au 2 avril 1945 dans le secret du bunker. lui avait été confié par Bonnann avec ordre de le préserver? Mais surtout. ne gardel-il pas l'original ? De plus. par Kassiber. Le livre se compose des derniers discours de lable de Hitler. Toutes ces questions. la photocopie récupérée par Funk.

l'un des avocats du FLN puis du gouvernement algéri en à . Au prin temps 1955. qui. lors de certaines opérations de rapatriement forcé de fortunes en Égypte. il avait été arrêté à l' aéroport de Genève en compagn ie de deux. et avec succès puisque celui-ci deviendra l'un des plus importants courtiers du Moyen-Orienl. . membre in fluent du Part i populaire syrien (PPS ) fondé en 1932 par Antoun Saade. Ancien horloger. décl are François Genoud 1.. . Zouheir Mardam. rue Bonj vard. Ln nouvelle banque tente aussi de répondre aux besoins de l' État. majs c'est son neveu. avait eu tfois sources de revenu successives dans sa vic: les jeux. Zouheir Mardam introduira l' homme d'affaires Ak. Les Mardam sont des proches du roi d'Arab ie Saoudite Ibn é ud. J M. précisa Me Nicolet. SOUS ses fen êtres. A peine plantée dans le bras de Léopold. et. 1.ram Ojjeh à la cour saoudienne. le major Fathi al-Dib. le Dr Schacht fut consulté lors de la création de 1 bonque. qui avait en charge certaines fili è res d'approvisionnement des maqui s algériens. Djamil Mardam est « une grande personnaIhé national iste ». Au 12. Quelques jours avant sa mort. au cou rs d' une réunion à 1. un marchand d 'annes genevois est tué d'une fléchette reçue au bras. la Banque commerciale arabe servait de dépôt à ces transferts contrai res à une économie libéHIle [.LA BANQUE DE L ·OMBRE 5 La banque de l'ombre A Genève comme ailleurs.8 composition du premier conseil d'admini strati on de la Banque commerciale arabe s'inscrit dans un projet financier et ~co nomiqu e: « Nous voulions en faire la première banque limbe basée à l'extérieur ». mi-vautour . il avait repris ses aClÎvités el s'était spécial isé dans le négoce d 'explosifs. ISjanvier 1990. Inspectant l' immeuble de Léopold. J'avait reçu au Caire. comme le souligne François Genoud. en ouvrant. de fait. expliqua Me Raymond Nicolet. mi-aigle. Une flèche sortie d' un roman.cnève.. Léopold a été averti et clairement menacé: les services spéciaux. les maisons de passe et les annes. porteurs de cinq valises remplies de plastic. 169 - . Algériens. C'est dans cette période trou blée que François Genoud devient banquier. en sor- tant de son appartement situé cours de Rive. li en faut plus pour l'effrayer. françai s sont infonnés de la ven te de TNT qu ' il s 'apprête à conclure pour le compte du FLN. Marcel Léopold . Le 19 septembre. la flèche aurait 168 propulsé à toute force la balle dans le thorax du marchand d'armes . la Bnnque commerciale arabe. Libéré en 1952. Le président du con seil d'administration de la banque est . 11 se raconte à Genève que la flèche reçue par Marcel Léopold portai t un percuteur ainsi qu' une minuscule balle à son ex tré~ mité. de l'autre côté du lac Léman. JJ suppose que les Français n'oseront pas liquider un Suisse à Genève. il ne fait pas bon soutenir le FLN algérien e n cette année 1958.. les pOlic iers ge nevo is on t découvert une sa rbacane dan s I" esca li er.'"ocien président du conseil syri en Djamil Mardam Bey. né à Cologny près de Ocnève.. Cel assass inat est un avertissement à tous les partenaires financ iers du FLN. Sa mort fi gure sur la longue liste des opérations « homo » du SDECE. prend les rênes de la maison avec François Genoud . qui avait fail fortun e e n Chine avant d'y être emprisonné en 1949. « La Banque commerciale arabe passaü en Suisse pour être une centrale égypti enne de renseignement économique. égyptien et du colonel Nasser. Et. une fontaine surmontée d' un gros volati le aux panes plumées. Entretien avec l'auteur. En janvier 1958. le petit établi ~scment s'instaUe à deux pas des salons de l'hôtel Richemont.

Dans sa biogra· phie de Jardin. D'une lettre du 1er avril 1957. A Téhéran. Schacht cherche à le convaincre d'envoyer une mission commerciale à Bonn pour négocier les pétroles d 'Abadan. 170 4. les bureaux de l'Office du travail doivent imposer deux choses: la discipline et l'autorité. Cité par Le Popufaire d! Paris. 1952. Paris Ma/ch. notamment sur la poli tique anti sémite du Reich à laquelle Schacht a pourtant contribué. C'est pourquoi je recommande expressément l'étude des lois allemandes régissant le travail de 1930 à 1945. qui se souviennent que Hitler avait gracié Schacht après le complot de juillet 1944. qui épouse sa nièce. qu ' il s essaient de créer une société suisse d'investi ssement pour le compte de la Banque nationale marocaine S. il est consulté par le gouvernement indonés ien. Schacht refait surface dès le début des années cinquame dans les antichambres de plusieurs gouvernement s nati onalistes. avec sa pomme d 'Adam plus monstrueuse que jamais et son œi l de viei l oiseau méprisant. Sa petite banque de Düsseldorf se consacre à lïm port·export. Des pères. 1953. 16 septembre. Elles onl parfaitement apaisé la lune des classes et renforcé la valeur morale et la discipline du travail. il reste cinq jours ct rencontre Mossadegh à cinq reprises. » Dans son programme. dans son col toujours trop grand.» Que pouvait-il imaginer d'autre? Schacht recomm ande aux Indonésiens la politique qu'il avait mise en appljcation avec Hitler. Jean Jardin. « Schacht . par exemple. L' ancien ministre est également reçu en Turquie et en Irak. leurs élèves et leurs adeptes la discipline elle zèle sont sans aucune utilité. A Damas. ce livre n'empêche pas l'ancien ministre de Hitler d'être bien reçu dans les cercles néo--nazis. op.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE laquelle assistaient MM. Son livre Règlement de comples avec Hitler. L' une de ses premières affaires est justement conclue avec l' Égypte. se vend très bien en Allemagne de l'Ouest. » La participation du premier min istre des Finances de Hitler aux concili abules de la Banque commerciale arabe est révélatrice des choix idéologiques de ses dirigeants. il s' intéresse aux mines de fer. Hjalmar Schacht ne reste pas détenu bien longtemps. baptisé Schach. Acquiué par le tri bunal de Nuremberg. Pierre Assouline cite plusieurs correspondances entre les deux hommes qui indiquent qu'avant la fondati on de la BeA ils imaginent ensemble plusieurs opérations financières dans les pays arabes. « Après trois mois d'étude de la situation économique. note un reporter français ). les recommandations de l'ancien ministre nazi sont tellement imprégnées de doctrine nazie que les dirigeants indonésiens s'en méfient comme d'u n cobra 4. adressée à François Genoud par Jean Jardin. Genoud. Jean Jardin et François Genoud vont aussi réaliser quelques affaires. 171 . 3. U"t Eminenu Brise. NOIe rédigée par M" Nicolet: en possession de l'auteur.'s Kampf. U faut aussi punir de temps à autre. puis condamné en appel à huit ans de prison par la cour de Wurtemberg. est remonté dan s l' avion de Damas sans desserrer ses lèvres coupantes». rapporte le New York Post.« Pour assurer la productivité. Schacht met sur pied un contrat d'échange de coton égyptien contre des machines-outils al lemandes. U offre ses services de consullant international. Mossadegh déclare après sa vi si te: « Si Anglais et Américains ne sont pas raisonnables. Rechenberg.» Celui-ci a prom is d'embaucher trois ce nts techni ciens ou est-alle mands pour les rarti neri es d·Abadan. Grâce à la Banque commerciale arabe. un diplomate du monde arabe et un administrateur suisse. j'aurai recours nux idées du docteur Schachl. 5. « Quand 2. il exposa que l' Alle· magne pouvail conquéri r le monde sans faire la guerre 2. Pierre Assouline. il ressort. cil. éducateurs et prêtres qui ne savent pas implanter chez leurs enfants. U devient par ailleurs le famUier d 'une figure de ces rnjlieux : OttOSkorzeny. On n'y arrive pas toujours par la genlÎllesse. 20 septembre. Malgré certains renjements. Schacht n'oublie pas non plus les « transferts forcés de population d 'une région à une autre ». rapporte le New York Post.

Le responsable du rense igneme nt de celte section. qui dispose d'une importante usine dans le nord de la France. 7. mais auss i du plus illu stre leader marocain. C 'est le cas de Me Abderrahmane Youssoufi. cil. ils avaient besoin de cet argent pour acheter des armes sur les marchés intemaLionaux . clt. dite section 7. Rome. « J e me suis intéressé à Françoi s Genoud dès 1958. muni d'une couverture de marchand d'annes. Notre projet était de faire une banque de petits souscripteurs. Entretien avec l'a uteu r. 18 décembre 1991. François Genoud se souvient du projet qu'il avait avec Jardin de créer une nouvell e banque marocaine : « Toutes les banques é taien t françaises à l'époque. 1970. 10. » L'une des couvertures ulilisées par Lenoir est une société rondée en 1957. voire la « neutralisation ». notes citées. Ge noud s'est occupé de la gestion des fonds et des bie ns appartenant aux troi s années de Ij bération nat ionale (Maroc. Bell Bella eSt arrlté. u Salaud lumineux. dont la BCA accueillera les fonds après son entrée dans l'opposition. suisses. Me hdi Be n Barka. « En Suisse. Son rôle central dans l'interception. On ne prête qu'aux riches. mais ce pays est le fief des imermédiaires dans les affaires de marchés d ' armes. c'est à Jean Jardin qu'il de mande d'organiser la partie françai se~. quand nous tenLions de freiner les mouvements de ventes d'armes vers l'Algérie. Elle "f' M. Entretien avec l'auteur. ~ De sa réside nce épisodique à Tanger. un ancien professeur de mathématiques devenu préside nt de l'Assemblée. Le Maroc et la Tunisie ayant tou s deux proclamé leur indépendance en 1956. Nous avions des équipes à Francfort. dan s les banques sui sses. Yves Courrière. qui a proclamé son indépendance en mars 1956. Il . e t ils recevaient des aides de différents gouvernements arabes. « les Algériens levaient en France un impôt de guerre qui s'élevait à des miUiards. qui a déjà commencé à plaider pour les membres du FLN. et surtout des trafics bancaires Liés à ces affaires 9. rURD. où il apparaît sous le pse udonyme de l ean-Paul Lamy. indiquait le SDECE en 1958. se souvient Jean-Pierre Lenoir. les rés istants vont jusqu'à suggérer que François Genoud aurait « mis au point » . Jacques Vergès. t5 seplembre 1993. Système qui « serait copié de celui utili sé par les nazi s pour leurs fonds secrets ». sera utilisée par les services spéciaux bie n après la guerre d 'Algérie. Tuni sie)~ . des services &péciaux français opère naturellement à Genève. 173 . des marchands d'annes pendant III guerre d 'Algérie lui a déjà valu un long portrait dans L'Hetlre des colonels d ' Yves Courriè re. Genève.LE BANQUIER NorR LA BANQUE DE L'OMBRE François Genoud lance le projet de grouper des capitaux allemands. François Genoud a gardé de nombreux liens avec le Maroc. 9. Notamment au sein de l' Union nationale des forces populaires du Maroc (UNFP). Paris. Algérie. L'f/I'url' des colo~'s.» La section « trafi c d ' armes ». Comme l'indique Jacques Vergès. français el éventue Uement arabes pour financer des affaires marocaines. « le systè me des comptes bancaires avec s ignatures multiples ) . Jardin et moi avions prospecté des participaLions extérie ures 6. Barracuda. notait dan s les années soixante une associalion de résistants 1. 6. est entré en contact avec François Genoud : Il s 'appelle Jean-Pierre Lenoir. 172 « Aucune aide maté rie lle ne parvie nt au FLN de Sui sse. Courrière signale qu ' il « s'occupuit exclusivement de l' ide ntification des personnes et de la découverte des procédés permettant au FLN de se procurer l' unnement nécessaire à sa lulle 10 ». Je "traçais" personnelle ment les Algériens qui étaient à Genève. c'est é videmment au FLN algérien que la Banque commerciale arabe sera la plus utile. Fayard. qui a racheté les brevets suédo is d ' une firm e de fil ets de camouflage. La soc iété. Note du 21 janvier 1958. op. li leur fallait une banque en Sui sse 8 ». note aussi Pierre Assoul ine. Madrid: partout où ils pouvaient acheter du mutériei ll . citée par Jcan Boisson.

« Il s'agissait de trouver 2 milli ons de cartouches 7. 1976. Ainsi. op. les opérations organisées par JeanPierre Lenoir relèvent de l'impossible: « Vendre du matériel et le récupérer en mer.ieurs avertissements de Pedro. Une fameuse cargaison de bazookas. qui Ile mettra J' argent à la di sposition du vendeur qu 'à partir du moment où toutes les clauses du contrat auront été respectées w. fin seplembre 1958. Après plU'. Alai n Moreau.5 milli ard d 'anciens francs de matéri el.ar Erwan Bergot.ico. 2000 pi stolets-mitrailleurs avec 3 milli ons de cartouches. après paiement.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE fournira près de quarante-quatre armées dans le monde entier . Dossier A comme Armes. souligne Jean-Pierre Lenoir. Paris. Li! Dossier rouge. dit Pedro le balafré 12. le négociant voit deux de ses bateaux . op. provenant pour moi tié d ' Espllgne. note Éri c Gerdan. pays où l'achat d 'annes eSll e plus facile et où le matériel est le moins sophistiqué.22. &ic Gerdan. sa maison de campagne uins i que sa voiture . cil. Le sort de Léopold est scellé. Deux mois plus tard . En mai 1958. A un détail près: les explosifs doivent lui être fourni s par Marcel Léopold qui di spose de fourni sseurs en Allemagne (Dinamit AG) et en Su isse (Doctikon). Pedro Gazave a été grièvement blessé. Ils permettent d 'observer à loisir le matériel.. cil. est lui aussi assassiné par un tireur d 'élite. sepl navires chargés d 'armes seront arrai/'ionnés pendant la guerre d 'A lgérie: un ta lai de cinq milliards " 'nncien s francs de cargaison. 2000 pisto lets automatiques et 2 millions de cartouches 9 mm . Oua SchlUtler. Il part à Francfort. En règle générale.. mais aussi r. li abandonna finalement la parti e après avoir perdu sa mère et son principal lI\socié.l a envoyé l'un de ses agents à Tanger pour offrir des armes au FLN : c'est Pedro Gazave. Simultanément. Un autre marchand d 'annes. » I. L'aclivilé de Pedro CSI dtcrilt par Yves Courrière.. Ancien adjudant-chef en lndochine puis en Corée. C'était une façon pour Gcnoud d 'entretenir ses bonnes relati ons avec le monde arabe. le montan t des factures est versé par J'acheteur à la banque. les explosifs réuni s par le Irafiqu ant partent en fum ée dans le port de Hambourg. le Sirocco et la Bruja Roja. Mais la mission favorite de la section « trafic d'annes» reste l'Interception. Pedro est envoyé à Tanger. Certaines « récupérati ons» de maléri el après leur vente par les services spéciaux ont lieu dans les aéroports. puis longuement hospitalisé pour de multiples greffes au visage. dans laquell e sa fille fut grièvement hle. Une seconde société a été fondée en Espagne. les services spéc iaux apprennent que Boussouf est disposé à lui acheter pour 1. Zouhcir Mardanl faisait des affaires et François Genoud était 14. L' H~JIrt! des c% mtls. Que lques semaines après sa mort . 13. «La Banque commerc iale arabe de Genève Il souven t joué le rôle d 'i ntennédiaire dans les transactions déS trafiqu ants d 'annes.» Puchert s'y emploie sans mal. On imagine l'intérêt pour le service de renseignement des préparalifs d 'i nstallat ion des fil ets. et vu dynamités ses bureau)(.'lsée. Grassel.m-Pierre Lenoir au marchand d 'annes Heinz Paullmann. Avec ces paravents. eut plus de chance el survécut à quatre tentat ives d 'attentat. 175 ( . Ces négociations d 'armes nécessitent des établissements discrets à Genève. mystérieusement dynamités en juillet 1957. ses conditions de stockage et favori sent les contacts avec les états-majors. Paris. Puchert meurt à son tour dans un attentat à la voiture piégée le 3 mars 1959 à Francfort. n fournit au marchand d ' armes Georges Puchert des fu sils-mitrailleurs qui alimentent les combattants du FLN de la Wilaya d'Abdelhafid Boussouf. où il se met à répondre à des commandes bien plus importantes.. L 'H~llr~ d~s c% llt!ls. rapporte Yves CourTière. l'associé 12. Léa Geiser. sans compter 200 tonnes d 'e)(pl osifs mili mires: plastic ou TNTIJ. est mêrne interceptée par des avions de chasse au-dessus de la Méditerranée. son nom est Atlanl. Recruté par le service 7. 174 de Léopold. 1976. vendue par Je.» « Les affaires du FLN n 'étaient pas très importantes au regard des opérations énomles que traitait la Banque commercinlc arabe. Yves Coumère.

Mais la formul e italienne. 1972.Dib. Me Abderrahmane Youssoufi. li s utiliseront une camionnelte militaire et des motos. loge plusieurs jours à proximité. fUL abandonnée. les cinq doi vent prendre la route de Sarrebruck où un avion piloté par lssam KhaliJ. Hans se livre à de multiples repérages aux alentours de la prison. on l'appe lait simpl ement lI ans. Vérités sur la révolUTion algérierme. où les cinq Al géri ens do ivent se rendre « pour interrogatoi re ». Au Lieu d'aller à Metz. lui -même informé des préparatifs par François Genoud.LE BANQUlER NO IR LA BANQUE DE L'OMBRE son banquier. des services spéc iaux égyptiens. et François Genoud en sont les insti gateurs. Les prisonniers sont tenus au courant par un de leurs avocats.Dib. Ces homm es ne se conna issa ient pas entre eux el furent constitués en équipes de trois. rapporte le major al-Dib. Le major Fathi al. Homme de confian ce des servi ces égyptiens. Fathi ni. 177 .( sans des putschi stes n'enlèvent les chefs algéri ens et ne les exécutent sans autre forme de procès. Les chefs du FLN enlevés par la France sont détenus depuis près d' un an et demi à la prison de la Santé à Paris. devait sc faire grâce à deux hautes personnalités allemandes. chef du SR de J'aviation égyptienne. « En mai 1958. Paris. IS. Mais l'évasion est annulée purement el simplement à la suite de l' arrestation de MaJgré ses nouvelles fonctions de banquier. d'aéroports ou d' hôpitaux . et on le surnommait parfois Barberousse parce qu'i l :tvait effectivement une barbe rousse. Genoud connaissait parfaitement son métier de banquier et sur le bout des doigts les conventions de Chicago sur les crédits docum entaires. cil. Mohammed Lebjaoui. Genoud délaisse parfois les questions financières. op. Seul leur chef étai t au courant de l'objectif poursuivi. à cause de l'absence momentanée de Boudiaf à la Santé. Entretien avec J'ameur. La BCA gérait les crédits documentaires. les attend pour les transporter en Allemagne de l'Est. Plan trop idyllique. L' Hebdo libért. art. Cinq cents millions d'anciens fran cs sont dépensés en préparatifs. le. . li s'était spéciaJement rendu à Rome où un « expert » italien lui avait proposé un enlèvemen t clé en main pour 100000 livres sterling.» La tentalÎve d'évasion repose sur un faux ordre de transfert pour la citade lle de Metz. et s'appuyant sur l'accord conclu Ivee l'un des fon cti onnaires de l'administration pénitentiaire de ht Santé qui devait toucher en devi ses la contre-valeur de 15000 livres égyptiennes. confinne l'existence de cc plan: « Les agents gypliens recrutèrent une vingtaine d'A llemands qui avaient bcrvi dans la Légion étrangère française. qui mellait en danger la vie des Algériens. rapporte Genoud 16. Gallimard. Ce n'était pas un amateur. AMel NasJu ~/ la Révolu/ion algüienne. le contact s'établü indirectement entre les cinq prisonniers de la Santé el moi-même dans le cadre d' une tentative d'évas ion ». « Celte opération 15. 16. aidées par huit jeunes nazis. Le major avait déjà envisagé l'éventualité de J'évas ion en 1957. De leur côté. Elle était utilisée par de très gros négociatcurs du Moyen-Orient Il. Le putsch d'Alger pousse les Égypti ens à organ iser euxmêmes une évasion. l'insurrection d'Alger conduite par le général Salan fail craindre aux Égyptiens que les parti. 15 septembre 1993. qu'i l devait d'a illeurs f:lser la veille de l'opération 18. Un projet d'évasion est mis au point. l'un des dirigeants de la Fédération de France du FLN. deux Allemands et leurs hommes de main devaÎent toucher 1" contre-valeur de 10000 li vres égyptiennes 17. provisoirement basées en AlJemagne fédérale.» Mohammed Lebjaoui. cité. Le 13 mai. L'opération est reportée une premièrc fois par Ben Bella. 176 17. «( Han s et ses hommes» vont revêtir des uniformes de gardes mobiles et de policiers. Il pouvait traiter de gros marchés de constructi on de routes..

authentifiant ainsi les dem. « Bonnann opéra entièrement lui -même. l'év idence intérieure de ce texte.iers "Bonnann Vennerke" (notes de Bormann) rassemblés au cours du mois de févri er 1945 2°. manifesta son désespoir de n'avoir « plus aucune chance de contrôler l'authenticité de ce tex te» : « Nous sommes obJigés de nous fier aux affinnations sous sennent de M. de l' université de Mannheim . 178 179 . Bonnann lui confia un pli tout à fait confidentiel et secret à placer en lieu sOr. » Bien des années plus tard. hasardeuse. Paris.» Malgré l'apparente certitude de l'historien britannique. qu ' il a apposé sur chaque page. Trevor-Roper. il n'y eut plus de secré taires cachés dans les coins de la pièce. Librairie Anh~me Fayard. restait pourtant très catégorique: « Il y a trois preuves de l'authenticité du document. Premièrement./bid. Le projet a été éventé. il n'y avai pas de coins où l'on pût se cacher dans l'élrOit bunker creus \ sous la chancellerie de Berlin. répondit-il. 20. 11 s'agissait des derniers "Propos famili ers" de Hitler 21. on commença à abandonner tout espoir. qui démontre que Hitler est J'auteur. dernière preuve matérielle s' il en fut. Le document qui est tapé à la machine a pour seul gage d 'authentici té les visas apposés par Manin Bornlann. à vrai dire. Un homme de confiance (Hans Rechenberg) a détruit l'original tout en gardant une photocopie. sur celte question de l'authenticité du Testament politique de Hitler. citée lors du colloque o rganisé par I"Institut d'histoire contemporaine de Munich le 18 novembre 1977. Bormann mit donc lui-même au point le document. 23. Martin Broszat. l 'histoire qui a conduit ce document à faire un parcours aventureux de Berlin à Paris en passant par la Bavière. 22. note François Genoud 19. François Genoud laisse l'historien Hugh Trevor-Roper s'engager seul sur le terrain de l'authenticité du document. op. cit. Deuxièmement. Ce jour-là. le directeur de l' Lnstitut d 'histoire contemporaine de Muni ch. Dans son avertissement aux lecteurs. Ce document photocopié. 21. Lettre de Hugh Trevor-Roper au professeur Edouard Baumgarten. le visa manuscrit de Bonnann. C'est le seul principe qui pourrait être mis en avant comme preuve de l'authenticité 22. » Seules restaient en effet à la dispos ition des historiens les différentes versions traduites par François Genoud et versions Le Testament politique de Hitler paraît en 1959 aux éditions Fayard. explique l'historien dans sa préface.. u Tu tamem politique de Hitler. fi gure au bas des feuill ets dactylographiés. Interrogé dans les années soixante-dix par le professeur Edouard Baumgarten. comme J'un des plus proches collaborateurs du Führer devait quitter le "B unker". on a déjà relevé les incohérences du cheminement du document : 1 19. Genoud. l't septembre 1994. François Genoud se garde d 'évoquer le cheminement aventureux du manuscrit de Berlin jusqu'à sa cachette à Bad Gastein. le rôle de Walter Funk et celui de Hans Rechenberg. en fait quelque pan en Bavière. j'étais pour J'annulati on ».LE BANQUIER NOI R LA BANQUE DE L'OMBRE J'un des Allemands devant la pri son de la Santé. Nous n 'avons ni original ni copie autllenLifiée de la version originale qui se trouvait jadis entre les mains de M. « L'opération était piégée . 2./bid. relâchée el sans caractère.. qui affinnait avoir vu une photocopie de l'original cn allemand. 3. Entretien avec r au teur. et sa propre signature. Genoud et qui est un document historique éminemment important 23. dans tous ses détails. « Le 17 avril. s'est perdu dans les archives de Walter Funk.» Trevor-Roper évoque au ssi les circonstances de la « sauvegarde » du document. mais celui-ci pourrait facilement être contrefait. La participation d ' un fonctionnaire de la Santé était en effet . lTavaux édités sous le titre Wiessenschaftsfreiheit und ihre rechrlie/lt n Schanken. 1959. tracée d ' une grosse écriture. 1. celle histoire ne peUl être inventée. NOIeS recl/eillies par Martin Bormann. TroÎsièmement.

une photocopie de « l'original de cette traduction » par François Gelloud.'( . A l'évidence. Une é tude graphologique nous dirait que c'est l'écriture de M. on ne pourra écarter tOl alement l'hypothèse d'une fal sification. Mais ce manuscrit peUl encore être exhumé un jour. c'est la volonté de FrançOIs Genoud . « Je ne vou s c ite rai qu'un exemple parm i de nombreu. ne pourra jamais remplacer le document original en allemand. .» 24. en 1976. si elle a un sens. Genoud nous assure que ce second texte en langue allemande correspond mot pour mot au texte allemand qu'il avait copié. en Irpliquant.:mte:neuf pages: sur l e~ lignes de chaque coté se trouve un texle éCri t à la machme. ni la traduction allemande. par l'édition des derniers propos de lable. ne peut suffire cependant à lever les doutes sur l'authenticité des de~iers diSCOUrs de table de Hitler. En panie entre les lignes.intérieure du texte. En 1958. M. qui. donc au texte que Trevor-Roper avait cenoi fié et authentifié avant qu ' il ne donne l'autorisation d'une publication françai se et anglai se. quoi qu'on en dise. nous trouvons la d lmion: "J'ai toujours luué contre les juifs la visière ouverte. ~ Le document a quar. 'nlnt que celui-ci ne sera pas retrouvé. bien que le traducteur fOt plus à l'ai se en allemand qu'e n (rançais)." Dans la version anglaise (que M. De plus. Genoud a fait établir sur la base de sa traduction françai se à lui . il utilise le te rme fair. C 'est du Hitler pur. à devenir son « testamen t politique ». mais il est très improbable que IIltler se soit servi du terme "loyal" et du terme fair.1959. qu ~ est une re-traduction du français en langue allemande faite par un Hollandais. écrit-il. /bjd. les droits des héritiers naturels de H. puisque nous savons ce qu'il avait en vue avec les juifs. aucune des versIOns en circulation n'est satisfaisante: ni les traductions anglaise et française. et peut-être j ustifiée. mais celte foi s-ci découlant du fait que j'avais travaillé dessus.itler n'étaient pas reconnus. j'ai fait faire une traduction en allemand du document françai s. je peux vous rassurer tout de suite: le fau ssaire aurait dû être dans la peau de H. Ce qui est moins douteux. mais son écriture de 1958. qui. les droits d 'auteur de Funk concernant son mandat ne pouvaient pas ê tre protégés non plus à l'é poque 24. Texte françai s qui avait été traduit par François Genoud lui-même pour l'édition françai se du texte original allemand. l'allemande et l'anglaise . Genoud. Hitler dit : "J'ai toujours lutté loyalem ent contre les juifs. pour pouvoir dans le cas d ' un agréme nt de Funk en faire une éd iti on allemande. par Hitler. Dans la version française.» Cette convict ion proronde. Genoud ne voulait pas éditer une version allemande non protégée. agissant comme ils l'ont 18 1 ------ .itler. e n partie directement corrigé à l' intérieur du texte écrit à la machine se trouve un second texte allemand. est que le Führer et Bonnann.S. la traduction françai se ayant été émblie par moi-même. aurait été protégée par mes droits d ' auteur. c'est pourquoi il a mis en scène celle présentation comp liquée. Y compris la version allemande ! «En 1958. c'eSI ain si que Hitler pensait et parlait. de contrib~e r i\ la réhabiJitation du national-socialisme. 25. » François Genoud corrige égaleme nt ceue version allemande. qui lui répondit tout net: « Si vous avez un doute concernant une éventuelle fals ifi cation de ce le. /bid. dont le but é tait de lui procurer un droit d 'auteur pour avoir travaillé sur le texte 2. Les textes de Hitler é taie nt libres à la chasse. explique François Genoud . » Le proresseur Baumgan en consulta le professeur Carl-Jacob Uurckhan." En erfet. celui-ci écrit à la main. Notamment en laiS· SlInl croire que ces notes étaient destinées. Le professeur Edouard Baumgarten s'est fail transmettre.LE BANQUIER NOI R élIangères établies sur la base de la version française de François Genoud. « Notre conviction personne lle.'( le. elle auss i. Dans le texte nrigi nal allemand qu e Ge noud a combiné. cette idée de l'évidence. ancien haut-commissaire de la SDN à Dantzig. 180 LA BANQUE DE L'OMBRE Le professeur Baumgarten s'est amusé à comparer les trois Yer~ions Genoud: la françai se.

explique Hitler.20 févrie r 1945. L'alli é italien est aussi coupable d'avoir empêché Hitler 27.. [] rumine ses échecs comme ses haines. rien n'est pourtant moins sûr. » A lire ce texte. les Itali ens ont eu l'aplomb. La campagne de Russie. 26. Satanés « latins » qui ont porté « la poisse » à Hitler. un troisième latin (qui celu i-là était mon ami) profitait du fait que j'étais occupé ailleurs pour mettre en branle sa funeste campagne contre la G~ce 27. mais c'était sous-( estimer la « pui ssance de la dom ination juive sur les Anglais de Churchill 26 ». » « Quoique incapables déjà de tenir en Abyssinie et en Cyrénaïque. » Hitler se penche aussi sur sa politique arabe.. de se jeter dans une campagne complètement inutile contre la Grèce 28. de nous barouer et de nous raire chanter. d'où un retard catastrophique dans le déclenchement de la guerre contre la Russie ». « EUe a pri s cel ui d' une prostituée. ou superstitions. sans nous demander nOire avis et sans nous prévenir. « à intervenir dans les Balkans. La guerre aurait été gagnée par le Reich . « Pend ant que je me rendais à Montoire pour y avali ser une ridicule politique de collaboration avec la France. un message pour le cas d'une défaite que tous deux devaient nécessairement envisager. Les notes de Bormann témoignent également des derniers espoirs. » Les Arabes auraient été « de loyaux partenaires ».4 fc!vrie r 1945. pui s à Hen- daye pour y subir l'accolade d' un faux ami. Verrat-on un miracle comme celui qui avait sauvé Frédéric le Grand en 1762? La mort de la tsarine avait provoqué le départ de la Russie de la coalition antiprussienne. « L'alliance italienne a rendu plus de services à nos ennemi s 4u 'elle ne nous en a rendu à nous-mêmes ». François Genoud. connaissant l' impli cat ion du trad ucteur. » Quand Roosevelt tire sa révérence le 12 avril. El mieux vaut ne pas parler de la France. les y pousser au besoin. 182 183 . Nous devions au contraire les aider à se libérer de cette tutelle. ont marqué clairement leur désir de délivrer. Rien ne nous empêchait en 1940 de raire ce geste dans le Proche-Orient et en Afrique du Nord 29. « Le national-socialisme a posé le problème juif sur le plan des faits: en s'auaquant à eux systématiquement dans tous les domaines. En « attaquant à l'est.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE fait. Hitler critique à ce sujet la diplomatie al lemande: « A aucun prix nous ne devions jouer la carte française con tre les peuples qui subissaient le joug de la France. Ceux-ci ne sont « plus dans la course». en les éliminant de toutes les positions usurpées par eux. tenaces. en crevant l'abcès communiste ». ils « n'ont plus le droit d'opiner dans les affaires du monde».. » Ses dern.11 extremis. qui a «changé de visage» depui s Napoléon. . de son état-major. Mai s la guerre a appris « au moins une chose» à Hitler : la « décadence des pays latins ».iers propos de table sont l'occasion d' un retour sur ces choix stratégiques. 29. 28. C'est une vieille putain qui n'a cessé de nous tromper.» Les « déshonorants é hecs» italiens ont donc conduit Hitler. il avait « l'espoir de susciter une réaction de bon sens chez les Occidentaux ». 17 février 1945. « riche en pertes ». lIill er se persuade que tout aurait été différent si l'attaque pr vue le 15 mai n' avait pas été repoussée au 22 juin. Ce point mérite <lu'on s'y arrête. rJ a « ménagé» Ics Anglais pour ne pas « créer de l' irréparable à l'ouest ». Hitler sent la défaite approcher.14 février 1945. Hitler et ses proches en semblent persuadés:« Qu' un Churchill disparaisse tout à coup et tout peu t changer. aurait peut -être été victorieuse . le ministre de la Propagande se rue dans le bunker et félicite Hitler : « C'est le miracle de la maison Brandenbourg : la tsarine est morte ! » La mort du président des États-Unis ne sera pourtan t d'aucun secours à Hitler.. en la matière. à cause des lIaliens. en les traq uant avec la volonté bien établie de laver le monde allemand du poison juif. contrairement à tous ses plans.

involontaires ou non.» Après sa mort. 184 Paula Hitler. «comme tanl d 'autres choses que nous avons ratées par fid élité à l'alliance italienne ». J3. Le Testamellt pofjrique dl' Hit/er. Ce litre. Le livre est néanmoins publié. de leurs oppresseurs.: vo ir aussi Der Spiegtl. Je les ai prévenus que s'i ls précipitaient à nouveau le monde dans la guerre. li prévient Elfriede Raubal. 28 aofit 1993. second li vre de Hitler» lui ôte ses ill usions.LE BANQU IER NO IR LA BANQUE DE L'OM BRE « de mener une politique révolutionnaire en Afrique du Nord ». Fidèle à son habitude. Elfriede knubal. pas épargnés . Les Italiens. car ils voyaient en nous les complices. « La ridicule prétention du Duce d 'être considéré comme le glaive de l' Islam entretient encore le long ricanement qu 'elle susc ita avant la guerre.» Voilà à quoi ressemble le« Hitler pur » . d ouvert par les Américains. mais J'affaire du . Elfriede Raubal a donné son IICCOrd. Mc Runge. par les ethtions Albrecht Knaus. la succession naturelle reprend ses droits en la personne de la nièce de Hitl er. dem i-sœur d 'Ado lf. Mieux: l' héritière naturelle a faÎ t placer une petite note Au début de l'ouvrage précisant qu'elle cède ses droits d'auteur 1\ une assoc iation de victimes du nati onal-socialisme. Si le doute subsiste concernant J'authentjcité de ce texte. 185 . cette foi s-ci. y compris cn langue allemande (version Genoud) en 198 1.. Il ne désespère pas de la convaincre. op. que la vermine serait défi nitivemenl exterminée d'Europe. Elle fiC l'a jamais signé 33. à lï. et qui cont ient les réHex ions de 1Ii1lcr sur la fin des années vingt. » Une occasion Talée. il n'tn sera pas moins constamment réédité par François Genoud. Ils ont répondu à cet avenissement par une déclaration de guerre.» « Le fa it d'avoir éliminé les juifs d'A llemagne et de l'Europe centrale demeurera un titre de reconnaissance durable à l'égard du national-socialisme 32. t7 février 1945. Enfin . Le monde futur nous en sera éternellement reconnaissant 31. Ce manuscrit .n ll ~ il. Hitler assure avoir été « loyal » envers les juifs ! « Je leur ai donné avant la guerre un ultime avertissement. dans ces régions. affirmant que partout où il y avait un juif il y avait par définition un ennemi inexpiable de l'Allemagne nationale-socialiste. y compri s Mein Kampf Car François Genoud y songeai t en trova ill ant à la rédacLÎ on d'un accord global avec Paula Hitler. rien réputé proche de la sécurité militaire. Mariée à un jurisLe allemand. L' f/ebdo libéré. <d 'ai envoyé le contrat.. L'abcès juif.. nous aurions pu émanciper les pays musulmans dominés par la France. François Ocnoud tente de s'y opposer. 32. cir. et fait nire par son avocat. Mussolini se l'érait fait donner par quelques pauvres bougres qu ' il avait payés ou tcrrorisés JO.» L'aUié italien «créait un malaise chez nos ami s de l'Islam. doit être publié par une mai"on d'édition de Stungan . 31. meurt en 1960. ils ne seraient . JO.2 avril 1945. François Genoud n'y peut mai s. Elfriede Raubal n'est pas lJl ~ posée à composer avec François Genoud. par un journal alg. qui n'était qu'à quelques mois d' un accord global avec elle. nous l'avons crevé comme les autTes.nstitul d' hi stoire de Munich pour qu'il suspende la pu blication. t3 février 1945.. « Seuls. les Irakiens et le Proche-Orient tout entier étaient prêts à se soulever. Cela aurait eu un retentissement énorme en Égypte et dans le Proche-Orient asservis par les Anglais. Tout l' Islam vibrait à l'annonce de nos victoires. qui convient à Mahomet et à un grand conquérant comme Omar. La mort de Pau la Hitler lire un IraÎt sur ses espoirs d'éd iter toute j'œuvre de Hitler . Cet accord aura it couvert toule l'œ uvre politique ou Ulléraire de Hitler. Les Égyptiens. Entreti en avec r auteur. qui confia la gestion éd itoriale de plusieurs lextCs de son frère à Genoud. le Dr Hochegger.. explique-t-il. Sa dispari tion met ltu aux projets éditoriaux du banquier suisse.. puis en français en 1992. sont encore plus haïs que les Français elles Ang lais ». fille d 'Angela Hitl er. 17 janvier 1962.» « ri y avail une grande polit ique à fa ire à l'égard de l' Islam. Du moins l'espé· .

Simon Wiesemhal. sont parus: Peter MM et Uri Dan. ce n'est qu'en 1959 qu' une première équipe du Mossad se rend à Buenos Aires avec la mi ssion de l'identifi er. Ernst Ouo Remer. Il novembre 1985. L'idée de kidnapper Nahum Go ldmann. et Didier Epel· bllurn. Eichmann vil modestement. Simon Wiesen[hat. vient alors à " esprit de "un des participants. le président du Congrès juif mondial. Brunner met dans la confidence les services spéciaux syriens et son agent traitant à Damas. A Dumas. Aloïs Brunner. pourtant . 1961. Quoi de plus facil e que de COnfier au FLN un prisonnier. il étai t parvenu à s'échapper. France-Empire. où l'on évoque notamment la possi bilité de faire évader Eichmann. Début 196 1. chargé de la questi on juive. Mais les « héros» sont l"ligués. avec une nouvelle famille. Le Il mai 1960. 37. Des anciens de la division Brandenbourg sont pressentis. Paris. elle parvient à photographier le criminel de guerre dans sa cachette. grâce à des informations du procureur de l'État de Hesse en Allemagne féd érale. Les Mémoires de Peter Malkin. il organise une réunion avec Léon Degrelle.sc personneUement les préparatifs de l'opération 35. était l ' un des responsables de la mi se en œuvre de la «solution finale» en Europe. Ce projet est révélé à Simon Wiesenthal. de Moshe Pearlmnn. Juslice n'est pas vengeance.·engeance. C'est la fili ère des franciscains qui organisa son départ depui s Gênes à destination de r Argentine. le rapt provoque un tollé diplomatique et aboutit à une plainte de l'Argentine au conseiJ de sécuri té de l'ONU. N'ayant aucune crainte partil'ulière. Nu l doute que François Genoud eût li vré un ~(co mbat » sans merci pour cet ouvrage emblématique. 1990. vu le peu de moyens dont ils disposent ct les cond itions de sécurité qui entourent la détention d 'Eichmann. Justice n'est pas . Aloïs Brunnl'r. 1985. Le rapt luimême est prestement réalisé. Voir sur ee poinl !"interview accordée par Brunoer au magazine Bunle. &1i[ion nO 1. Paris. 187 ( . 186 35. Adolf Ei chmann est enlevé par les services spéciaux israél iens dans les rues de Buenos Aires. François Genoud n'a pas cessé d 'être la chev ille ouv ri ère des réseaux nazis: c'est ce que montre l'affaire Eichmann. 38. On peut aussi lie reporter à La Langue Chasse. Paris. op. 36. Au mois de mars 1960.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L·OMBRE Mein Kampfet les droits d 'auteur afférents étaient jusqu 'alors revendiqués par la Bav ière. vraisemblablement Aloïs Brunner. responsable de l'enlèvement. Eichmann a commis l'erreur de bri ser lui-même son anonymat en se prêtant à un entretien destiné à être publié dans le magazine Life. Brunner. Aloïs Brunner est en effet l' un des fournisseurs d 'armes du FLN algéri en. par l'un de ses informateurs 36. supervl. ancien chef de la secti on IV B4 du RS HA. à San Fernando. La nouveUe fait l'effet d ' une bombe chez les nazis exilés. Les services spéciaux israéliens le localisent en 1957. La décision de l'enlèvement est pri se. Franz Eher Verlag. en mars 1961. Devenu mécanicien aux usines Mercedes de Buenos Aires. 1987. el à Newsweek. cit. le capitaine Lahan '51. ap. sous le nom de Ricardo Klement. cil. le chef des services spéciaux israéliens. Calmann-Uvy. . Après-guerre. qui a travaillé sous les ordres d'Eichmann I1U RSHA. Eichmann est facilement maîtrisé en rentrant chez lui. Sur place à Buenos Aires. est l'un des premiers à vouloir riposter à J'enlèvement. il put s'évader une nouvelle fois et se cacha en Allemagne jusqu 'en 1950. Annoncé le 23 mai par David Ben Gourion. n046. dont l ' imagination n'est pas en reste. qui avait en sa possession le contrat entre Hitler el la maison d 'édition du NSDAP34. lsser Harel. Adolf Eichmann. Rue Garibaldi . fait prisonnier par les Américains à Ulm . Otto Skùrzeny. envisage d'ulili ser l'un de ses plus gros clients pour mettre en lieu sOr Nahum Goldmann . de nouveaux repérages sont effeclués. dans J'une des zones de maquis qu'i l contrôle 38 ? Malgré son acti vité éditoriale débordante et ses premières opéraLÎons bancaires avec le monde arabe. 34. Après trente mois de recherches et de recoupements. Repris. Ils se rendent bien compte qu'une telle opération est parfuitement irréalisable. Capturer Eichmann.

. Eichmann. rapporta l'officier israéli en chargé des interrogatoires. 8e1fond. explique François Genoud. ~ptembre '994 et 7 février l m. « II semblait escompter. ] Z est en contact avec Juan Peron. li dirige une maison d'édition qui Ilublie notamment un périodique néo-nazi. Paris.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OM BRE On ignore si François Genoud est associé ou non à ces projets guerriers. iJ s ont pour objet de trouver le moyen de finan cer la défense d ' Eichmann. Y : homme d'affaires munichois. Quand l' hôtel a été mis en vente. qu'en contrepartie de la bonne volonté dont il fai sait preuve pour décrire les forfai ts d'autrui. entretient des relations avec Skorzeny. chef des actions spéciales de la SS. 189 . Z: néo-nazi allemand. 41.« 39. Personne ne devait parler. Au demeurant. lui. le nazi allemand Z se réfugie à Buellos Aires. Mais il invoquait en règle générale une prétendue obligation disciplinaire 40 . li n'y avait aucune base légale au procès d ' Eichmann. ce qui n'est rien en cornparaison du fait que Z et son entreprise constituent un des rlus importants réseaux d 'évasion au service des nazis retenus cm All emagnè. Prennent part à ces réunions : .» A l'inverse des recommandations de François Genoud. Tant que les documents n' avaient pas apporté de preuve form elle de sa culpabilité. raconte François Genoud. Il reprend ses activités. Il avait d 'emblée arrêté sa stratégie défensive. il prétendait alors n ' avoir été qu'un "petit rouage" et rejetait les responsabilités sur le dos de ses supérieurs ou de ses subordonnés. Entre tiens avec l'auteur. François Genoud prend en charge les frai s de la défense. je prêterai s foi à ses mensonges et à ses tentatives de dissimulation. » Les auteu rs d'un ouvrage sur l'extrême droite suisse ont 4voqué le finan cement de la défen se d ' Eichmann dans « une pi cc à trois personnages principaux ) : . Son ancien chef Kaltenbrunner n'avait pas procédé autrement. On soupçonne dès lors qu'une grande partie des fond s nazis cllmouflés en Suisse. 40. le dictateur argentin qui. Et il parle. Y entretient des relations suivies avec les milieux gouvernementaux allemands. Eichmann se livre à des récits détaillés des tueries massives auxquelles il a assisté. au Liechtenstein et en Thrquie a été transI~rée en Argentine par Z et Peron. « On a financé la défen se avec l'exploitation de ce qu' Eichmann écrivait dans sa cellule et qui était publié dans la presse.Y.« J'ai vu l'avocat immédiatement. Je n'étais pas d'accord avec la plaidoirie de ServatiusY'J. Entretien avec l'allteur. JI choisit Me Servatius. poursuit Avner Less. 188 « X : banqui er suisse. Je la connai ssais depuis les procès de Nuremberg.. Les entretiens sont nombreux. l'homme d'affaires muni chois qui a ouvert dans la ché bavaroi se une maison de commerce arabo-africaine servant surtout de boîte aux lettres. qui avait été l'avocat de Sauckel et du Corps des dirigeants politiques au procès de Nuremberg. Mais il prend rapidement toutes les dispos ilions pour assurer la défense d 'Eichmann. 19&4. [ . Préface 11 Jochen von Lang. )) Mais Eichmann est interrogé depuis le 29 mai. il niait. Lorsqu'on le poussait dans ses retranchements. je lui ai dit: il ne faut pas qu ' Eichmann dise un mol. o u ai lleurs en Europe. il reprenait visiblement la tactique qu 'avaient suivie les accusés de l'époque. Immédiatement après la fin des hostilités en Europe. sans perdre une minute. Z l' a acheté ! Cet établissement s'est transfonné pendant le procès d' Adolf Eichmann à Jérusalem en QG de tous ceux qui en Europe vouIIlient aider le criminel de guerre nazi. Au moment où le dictateur urgentin est écarté du pouvoir. Avner Less. Z revient en Europe: il trouve un emploi de portier dans un hôtel du Tyrol. l' interrogatoire. 1" septembre 1994. Ce réseau s'appelle le "Klll11eradschaftsbund". Je me suis occupé de cela à contrecœur 4 '. ») Malgré le tour pris par les événements.

qui occupe celle fonction de septembre 1957 à février 1962 46• Grossin est une fi gure socialisante de la « Piscine ». Un autre Lau sannois. un banquier suisse. EllIff:IÎen avec l'alIIeur. « La fonnul e en fut la même qu'avant la guerre. n parut néanmoins avec une certaine régularité et ne s'éteignit qu 'avec son rédacteur "3. En décapitant le FLN. Après avoir échoué dans n Ire tenlat ive d 'évasion. sous le règne de Vincent Auriol Jusqu'en 1953. 47. une parente d'Eichmann a servi d ' internlédiaire. Pour les besoins de la cause. des sommes venues de Suisse ont pu être affectées au financement de la défense d' Eichmann.. Ln SlIisse. N'était-il pas le seul chef de Suisse romande demeuré sur la brèche? Nous avons pris congé de lui. 43. Mais il parvint à faire reparaître son Pilori.et Z. de retour à Lausanne. nO29. O. témoignait que le disparu était resté "le Chef'. directeur général du SDECE. n'avait rien perdu de sa verve satirique. François Genoud est entré en cont act avec le général Paul Grossin. mais le prétexte choisi pour lui remettre l'argent a été de lui offrir un gros montant. Une palme portait la signature "Les Lascars" : amsi s'appelaient les membres du service d'ordre qui. cit. G. lui rend un hommage plus appuyé: « Le chef disparaît ». » nlUionale. un point de vue général sur la situat ion. . L'Europe rédie. l' un des leaders du Nouvel Ordre Européen. L'Union nationale. avait nettoyé les rues genevoises des communistes. pour l'acqui sition des droits à percevoir sur les "Mémoires" de son parent incarcéré à Jérusalem. posé sur le cercueil. les Français ne pouvaient plus négoc ier avec lui. au passage du cercueil. En 1958. Georges Oltramare avait « maintenu devant le Tribunal fédéral érigé en tribunal d'épuration sa profession de foi d 'avoir toujours agi pour la Suisse et pour l'Europe .» Georges Oltramare meurt au mois d'août 1960. que Genoud n'i gnore pas: 43. Je lui ai ex. C'est à cette conférence que. 44. il avrut repris ses activités littéraires. Le banquier suisse X a été la clé de celte opération 42. et des pourparlers discrets 42. . avantMuerre. Tribune de Lausanne. La banderole d ' une couronne proclamait: "Fidéli té au Fidèle". nous dev ions nous employer à les faire Ii bérer 47 .pliqué qu'en enlevant les cinq chefs du FLN. Plus tard . l'antisémitisme ou la défense du petil commerce par exemple. par le truchement de Y et de son entreprise. répond François Genaud. septembre 1960. 190 entre belligérants débutent sur le territoire suisse. nOie Roger Joseph. op. 173001 1960. ils avaient fail 1:1 pire soui se qui soit.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE .rlr~me Droite en Suisse. /932· (939. MlU: Syfrig el Ouistian Defaye. Un drapeau de l'Union La guerre d'Algérie bat son plein. Certains thèmes en moins. Avant de diriger les services spéciaux français. puis chargé de mission auprès de Guy Mollet. ministre de la Guerre du gouvernement fran çais. Revenu en Suisse en 1957. » Jean Bauverd. Ëd. Enlrelien avec l'auteur. il a été secrétaire général militaire de la présidence de la République. Son nouveau journal ne connut pas le succès de l'ancien.X. 28 3001 1993. Gaston Amaudruz. écrit-il. L' E.» Ces di scuss ions de portée générale ont au moins une conséquence pratique. les mains se levèrent pour le /IICul salul qui entrât en Ligne de compte: le salut romain 45. mais les temps avaient changé. 7 mars 1995. Roger Jose ph. avec des hauts et des bas. Celte rencontre de Genoud et de Grossin a lieu sous les auspices de la veuve d' André Diethelm. L'une de ses conférences sur Sacha Guitry fut interdite par le département Ju stice et Police de Genève. Jean Bauverd. 46. Qu 'cst-ce que le patron du SDECE allendoit de ces conversations avec Genaud ? « Je n' ai jamais fait autre chose que de lui donner mon point de vue. témoigne sur la vie de son ancien camarade dans le journal La Suisse"". 191 .

négociations de Melun. pénaliste réputé.r en A/gtlrie. si l'on en croille diplomate suisse Olivier Long. 193 . Sur la place de Genève. devenu directeur général de la banque Rothschild à Paris. accords d 'Év ian. Taïeb Boulahrouf. Raymond Nicole! estl'!lOmme de confiance du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) à Genève. Raymond Nicolet continue à servir d'intennédiaire avec La voie des négociations est ouverte par un autre canal en 1960. et son épouse font aussi partie des relations des Long. Une mission suisse l'Our la pai. . 14 mars 199 1. ministre des Affaires économiques du GPRA . ne serait-ce que par ses nombreux cont acts avec l' Afrique ct le monde arabe. Un journaliste suisse est très actif à cet égard. 5 1. offrant leurs services de l'lin et d'autre. « De Gaulle avait compris que l' Algérie ce n'était pas la Fmnce. le 19 février 196 1. le colonel Jean de Boissieu. u Dossier ucre/ des accords d'ÉI. l' un des arti sans des accords d' Évian. et Taïeb Boulahrouf accompagné de l' un des négociateurs de Melun. Office des publications uni ver:sitaires. Ce jour-là. Premier ministre du général de Gaulle à l'époque.LE BANQUIER NOI R LA BANQUE DE L'OMBRE elles constituent une protection. «Cela m'a peu t-être év ité d'être liqu idé par la "Main rouge" ». Me BoumendJe!. en présence des deux avocats. Michel Debré. Les pourparlers discrets abouLissent. . dans ses M émoire s~51. GO/(I'erner. Albin Michel.» Olivier Long a sa boite secrète.jQn. qui J'aurait reçu et l'aurait autorisé à fai re état à Paris de ce contact. Le travail d'i nfluence de François Ge noud se pro longe donc jusque dans les allées du pouvo ir. ministre de l' Intérieur. « Nous avons passé côte à côte nos années d'enfance » . En quelques mois. contrairement à ce que l'on disait à l'époque ». Alger. 192 49. Nicolet est. Brillant avocat. il fait figure d'excentrique et d'original . Un émissaire du SDECE dit avoir vu à Genève M. note-t-il.« Des émi ssa ires se promènent entre . « un ennemi mortel 48 » . Joxe en déclarant qu ' il est chargé "'une mi ss ion secrète par les dirigeants algériens. qui soutlent plutôt le clan des chefs historiques du FLN détenus à la prison de la San té. SO. 1989. I l juillet 199 1. Il " essayé de voir M. des tentatives algériennes de renouer le di alogue avec la France après l'échec 48. Les mères ont fait leur médecine en&CmbJe. Dans la société genevoise qui lui reconnaît ses talents d'avocat. Olivier Long. l'avocat prend une longueur d'avance. il a très tôt noué des contacts avec le GPRA à Tunis.-"ris. de Boissieu officie en 1958 au cabinet de Paul Delouv ri er. Ses parents ont fort bien l'OltOu les parems de Michel Debré. . Le 23 décembre 1960. spécialiste des règlements internationaux. Me Jean-Flavien Lalive. Le résultat de ce "grenouil1age" est qu'à Paris l'on se demande si la voie nuverte par la Suisse est la bonne et ce que valent les autres so . Entretien de François Genoud avec J'aUleur. Tunis et Genève.. tous deux contactent le diplomate Olivier Long qui prévient auss itôt Max Petitpierre. qui s'oppose à celu i du GPRA . hd du département politique fédéral 49. Ahmed Francis.. Une querelle d'influence s'est installée entre icolet et Genoud. KC souvient Michel Debré. selon ses propres tennes. dans la lignée des grands avocats d'assises. se déclarant mandatés par l'une ou l'autre panie. puis à l'état-major. note Genoud. Ol ivier Long rencontre pour la premi~re fois le représentant du GPRA à Rome. dé légué général en Algé rie. où il est reçu de manière offi cielle el amicale. le diplomate VI mettre en place un dispositif de pourparlers qui conduiront I UlI. 1988. Commandant du 4 e régiment de chasseurs en Algéri e de 1956 à 1958. Les conc ili abu les avec Gross in s'é largissent à des rencontres avec le gendre du général de Gaulle.. Georges Pompidou. à une première rencontre secrète à Lucerne entre l'ancien chef de cabinet du général . rapporte Olivier Long. les soutiens aclifs aux nationalistes algériens se comptent sur les doigts de la main. Le 25 novembre 1960. essayant d'établir des contacts avec le mini stre Joxe el ses se rvices. Louis Joxe. Paris. li s 'est ouvert à l'un de ses confrères. Pour François Genoud. Entretien d'Olivier Long avec l'auteu r.

et sans construire un apparei l qu. il faUait faire le GPRA. Ses années pra· guises et ses contacts dans l'appareil kom internien son t à J'oriRi ne de ses pérégrinations tiers-mondistes. De 195 1 à 1954. Un jour d'été. ne serai t·ce que pour qu ' ils participent un tant . Gallimard. arrivé en Suisse au début de l'année 196 1. j'obtiens l'autorisation de les rencontrer. marque le début des vi sites de François Genoud aux pri sonniers. il est secrétaire de l' Union internationale des étudi ants à Prague. Celle fréqu entation des chefs historiqu es du FLN débute plu!'. Elles sont la preuve de la bienveillance dont le Suisse a bénéficié de la part des autorités françaises. C 'est le fils de Mohammed UtJudi af. puis à Aix. La sécurité demeure sé vère.LE BANQ UIER NOI R LA BANQUE DE L'OMBRE Tunis. et les pièces sont • ""norisées» par les services spéciaux . au château de la Fessard ière. "oh peu au processus. De retour à Paris. L'enfant lui est tonlié et il restera hébergé par la famill e Genoud à Lausanne dur. Le général Grossin avait naturell ement un pouvo ir discréIionnaire sur les visites aux prisonniers. près de Paris . lé château de la Fessardière est un tournant dans les co~ d i ti ons de détention des leaders algériens. François Genoud repart de Turquant IIccornpagné d'un enfant de dix ans. Tandis que nous nous "huons sur un plan international. U'i parcours de Genoud et de Vergès fonnent un joli contraste. L' flebdo libéré. j'entre en relation directe avec les cinq qui ont été transférés à Thrquanl. f( Pendant tout le temps que dura notre captivité. en effet. Paris. » Lieu de colonie de vacances pour les enfants de magistrats.i dégénérait de jour en jour en mandarinat politique. voire hostilüé. en gouvernement. Les genlles de conflit au sein du FLN sont déjà là. Ses stratégies judiciaires. Lors de ses visites. I ~ ngagé dans la Résistance. Certes.» Les visites de François Genoud sont régulières et se poursui vent après le déménagement vers Aulnoy. en portant plus d'auen· tion à la lutte diplomatique qu'aux appels au secours. Il étai t indispensable au hon déroulement des négociations qu'un peu d' air soit donné nux prisonniers. en 196 1. alors qu'une longue incarcération en général aigrit plutôt les prisonniers Sl . Dès ce moment. dans le Maine·et· Loire. au momen t où les premiers pourparlers de paix semblent engagés. Jacq ues Vergès a étudi é et milité à Pari s aux côtés tlt: Pol Pot à l' université. d ' un an avant l'indépendance. Ahmed Bell Be/la. S'OUVTC la première conférence d 'Évian. explique-t-il. Le GPRA se comportait . Us sont unis. :ut. par messagers interposés. Les avocats de gauche s'aftir- L' arrivée des leaders du FLN à Turquant. il (Jev ient avocat et rapidement le plus chevronné des défenseurs du FLN. puis membre du Parti communiste ~ n 1945. Kerdine. les nouvelles qui nous arrivaient de l'extérieur me peinaient profondément. « Tous les avocats de la gauche invoquent en pennanence la onstÎtuti on françai se. 53. raconte·t·il. le conlact est très étroit . Jean Jardin par exemple. souvent désespérés. le Suisse fail la connaissance de plu · Icurs membres du «collecti f des avocats ». précédemment éC\?ués à Fresnes. D' autres personnalités proches du gouvernement ont pu également faciliter un sauf('"nduit à François Genoud. Mais il connaît d jà Jacques Vergès. cité. mais le limiter dans sa portée et dans le temps. ils ont une entière confiance J'un dans l' autre. explique Ben Bella. 1965. venu rendre vi site à son père. 194 195 . Après plusieurs mois de négoc iations secrètes.mt près d'un an et dem i. en mars 196 1. souvent débattues au sein même du « collectif des avocats ». et mes affinités avec Khider et Ben Bella se renforcent. et ses res· ponsables jouaient déjà aux ministres. Bien que ministres sur le papier. Roben Merle. les efforts déployés par le Gouvernement provisoire. des combattants de l' intérieur S3. Car il est évidemment ~2 . « En 196 1. en fonl un garde rouge au palais de justice: la défense de rupture est née. le 20 mai. les cinq regardent avec scepticisme. Impossible de voir les « historiques» sans un feu vert au plus haut niveau.

à ne pas exprimer de débat contradictoire. [ . Ce sont deux monologues qui ne se rencontrent jamais. Albin M ichel. dirigeant de la Ive InternationaJe. !5!5. J'aurais préféré rencontrer M. mai s ses choix sont à peu près incontestés dans la galaxie tiers-mondiste... Lo résistance {mnr. Il m'était antipathique." Nous: "Il s ont accompli sur l'ordre de leurs chefs des actions de guerre. cil. avec Rapt is." Nous: "Ce sont des citoyens algériens !" Le magistral: "Vous avez constitué une association de malfaiteurs. am icale. se souvientr lle.. démocratique. Le livre plaidoyer conduit à la grâce de la condamnée. dans les couloirs du FLN. Vergès provoque en duel le commandant Girard. Défense. animés par des cercles de gauche ct d 'extrême gauche.» A Genève auss i. Entretien avec l'au teur." Nous: "Ce sont des r€sistants qui ont constitué une association de résistance !" Le magistrat: "Vous avez accompli des incendies volontaires et des hom icides volontaires. François Genoud fr~quente bien peu les réseaux français de soutien au FLN. je n' ai pas à le cacher. Vergès publie Pour Djamila Bouhired.. muis aussi transports de fonds . Jacques Vergès. il n'y a plus de dialogue.. dont les liens d 'amitié avec Genoud perdureront longtem ps après la guerre d 'Algérie 56. r<lco nte Isabe lle Vichniac.. faux papiers. 7 mars t 99!5 . aux Édi tions de Minuit. Un dialogue entre eux est possible.. Genoud et jto n'en rougis pas. Herv~ Hamon et Patrick Rotman. il est suspendu pour un an par le Conseil de l'ordre des avocats et quitte alors la France pour la Suisse. eux. alias Pablo. roll. commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Paris. « Elle avait vu de drôles de choses chez lui . condamnent auss i bien celle du FLN que la violence de l'année française. Le Salaud lumineux. » En novembre 1957. Je .. 57. Djamila Bouhired nous a dit la même chose. Le magistrat dira: " Vous êles des citoyens fran çais. Éd.» Certains avocats. op. Il expliqu~ 197 .LE BANQUlER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE ment. et de manière souvent très cloisonnée.. Les Porteurs de l'olises. correspondante du MOI/de • Oenève. républicain . et que j 'ai eu l'occas ion do le rencontrer. annes. 196 En dehors du « collect if des avocats ». • Points JO. En janvier 1960. contre la violence d'où qu'elle vienne. sa future épouse.tlise à la 8uerre d'Algérie. » !54. « J'ai rencontré Genoud.'ai ramené une fois à Orly. 1982. un bouche à orei lle met discrètement François (Jenoud à l' index. après la condamnation à mort de la militante algérienne. il s amènent l'accusé à se taire.« Andrée Bloin. En décembre. l'ordre public fran çais. Je n'appréciais pas sa mine... C'est ainsi que M. rougissent. e"it la première personne qui nous ait dît que Genoud était nltli ». Le conflit relève des loi s de la guerre. Les réseaux des « porteurs de vali se)} offrent clandestinement . des drapeaux. la secrétaire de Sékou Tou ré. 1979: rééd . Miuerrand dans cou loirs. J'ai rencontré M. accusation et juges sont d 'accord sur l'ordre public concemé. pourtant . Je l'ai rencontré parce qu ' il rendait des services importants: il étai t l' un des directeurs de la Banque commerciaJe arabe de Genève S5• La aloque commerciale a accepté d 'ouvrir des comptes pour le N dans ses bureaux ." C'est ce que j'appelle la rupture Sol. [. des insignes. Paris.. du Seuil. et lluohfiée d'. Jacques Vergès passe pour un « militant de palace ». C'est le cas de Michèle Beauvillard. A l'excepuon notable de Michel Raptis. Il Ya des chemins qui se croisent . les soutiens logistiques les plus divers au FLN : cachettes. « Je l' ai rencontré à Aulnoy.. Le résultat considérable des collectes de fonds dans la communauté algérienne en France est !56. ] Pour nous l'Algérie n'est pas la France et les Algéri ens sont des résistants. dans les milieux proches du FLN .] Dans les procès que les gens de gauche conduisent. mais il était ministre de la Justice et mini stre de l'Intérieur chargé de la répression. Pui s. François Genoud à propos de sa relation" faite de respect mutuel . Genoud est entré en relation avec les dirigeants du FLN. Ibid. avec l'écrivain Georges Arnaud . explique Jacques Vergès. où il se met au service des mouvements indépendanListes africains. !57. des Cllfiches. Avec nous.

61. . Rosette sort dans la rue sa valise à la main. J'envoyais un cou. » L'argent pouvait repartir vers une autre destination : sur des omptcs de la Banque commerciale arabe. Paris. quand s'ouvre le procès d'Adolf Eichmann à JérusaJem. Jehan de Wangen supervise à son tour les transferts de fonds en Suisse. les fonds sont livrés aux Algériens à Genève. notent Roger Faligot et Rémi Kauffer 60• En réalité. explique Georges Mauéi. cil. Entretien. Un employé impassible bourre une nlise de billets de mille fran cs sui sses. Entretien avec l'auteur. si l'on en croit les témoignages des anciens «porteurs de valises ».LE BANQUlER NOlR LA BANQUE DE L'OMBRE centralisé par eux. l' un des lieutenants de Curie l 63• El. pour ne pas meUre en danger les fonds dans ce qui n'étaÎl encore qu' un petit établissement très survei llé. Barrault. l'argent acheminé par les réseaux Jeanson et Curiel n'est pas allé dans les coffres de la Banque commerciaJe arabe. dans La 7" Wilaya. 2. 60. « Un responsable algérien me donnait un ou deux lieux de récupération. 198 François Genoud ne délaisse pas l'action. n finit natureIJemenl sur des comptes numérotés à Genève ss.lu FLN ». et moins encore quand il s'agil de voler au secours de ses camarades. » « L'ironie de l'histoire a voulu que travaillent sinon "ensemble". et cherche des yeux le. Nous avions des planques où nous recompti ons l'argenL. le compte bancaire suisse 61.59. Entretien avec Joseph Hazan. 63. raconte Gilles Perrault dans sa biographie d' Henri Curiel. Un homml' d part. L'argent est alors versé lous les mois à Paris au correspondant d'une banque genevoise (l ' Union de banques suisses). Après l'arrestation d'Henri Curiel en octobre 1960. Déduils les frais de fonclionnemenl. et 4. Puis. déposés au nom dc Mohammed Khider. par un jeu d'écritures. Seule. ce juif communiste égyptien (Henri Curiel) expulsé de son pays en 195 1 cl ce nazi suisse (François Genoud) ami des gouvernants égypti ens ». 1984. Les fonds. la collecte des foods aurail apponé 4. puis transporté en Allemagne et en Suisse. du moins "dans la même filière".58. Le Croissant et la Croix gammÜ. 62. on nous a demandé de procéder l'envoi mass if de toute la somme sur une banque arabe » . soulignent les porteurs de valise. j'allais remettre l'argent à Henri Curiel qui le faisait passer en Suisse5\!. Et l'autre signature était l'cllc d'une personnalité algérienne. . tous les témoignages font état d'une centralisation des fonds du FLN à la Banque commerciale IIrabe dès le mois d' août 1962.59. Dans une deux ième étape. 20 novembre 1990: el Gilles Perra ult.militant algérien préposé à la réception.. Sommes parfois vite el1. 6 ffvrier 199 1. du Seuil. ou encore d'autres comptes bancaires. deviennent aJors le « trésor de guerre . Ed. Je rencontrais le fondé de rouvoir qui savait que j 'étais accrédité. Le directeur ne manque jamais de soupirer: "Faites très attention". » « Après les accords d'Évian . Mai s les fonds étaient alors gérés directement par le FLN.rrier qui revenait avec une valise de 30 ou 40 milljons de fran cs. 20 novembre 1990. Honni s les différends idéologiques év idents entre ces réseaux et les réseaux Genoud. Cu riel ne prend en charge les transports de fonds qu'après la ch ute du réseau Jeanson au début de l'année 1960. l' un des responsables du réseau Curie!.5 mars 1991 . 199 . « Roselle se rend à la banque genevoise el relire le mOniant du derni er virement. ce choix pouvait en outre être motivé par de strictes raisons de sécurité.9 milliards en 1960. Il change à chaque rrmise de fonds. sans protection . C'est le moment critique. <d 'avais ouvert là-bas un compte doni j' avais la signature.ilouties dans de coûteux achals d 'annes (Ali Haroun. op. explique-t-il. et que je venais visiter régulièrement pour savoir où en était le compte 62. 1986). 11 confinne leur dépôt par son réseau dans un grand établissement de la place genevoise. en la raccompagnant • la porte. ta expliqué Joseph Hazan. qui crédite aussitôt. effectivement.4 milliards d'anciens fr:mcs à la F~rati on de France du FLN en 19. En avril 196 1. l'auteu r. Entretien avC(.

que les chasseurs de nazis les plus documentés croient encore vivant. et bénéficiant de l'appui de l'inter- 64. Stock. Ce type. Je dînais dans un restaurant. baptisée « Tarte à la crème» par une curieuse prémonition. il n'est qu'un ancien agent du Shin Beth . op. Entretien avec rauleur. Les Vl. 20 1 . Fayard . Jgal Mossensohn. Degrelle affirme avoir été prévenu un peu différemment: « Je reçois une lettre d'un écrivain suisse qui s'appelle François Genoud: "li s'est passé une chose abso lument extraordinaire. ri l'a souvent remercié à ce sujet. puis c~ pilain e dans la police israélienne. Mais. « L'idée hd vint de frapper un grand coup et d'accomplir lui-même.» Dans un autre livre d 'entretien. toul en mettant au point les détails techniques de l'opération (yacht. à IOn lour. Degrell e en fa it à tort le « sous-directeur général de la SOreté israélienne ». il partait pour te rapler. J 'ai su à la minute que le lendemain même les Israéliens parti raient.. une fois obtenus ses aveux complets sur la cachette de Martin Bormann. 23 septelllbre ] 995. dit-il 66. En France. 65. A Paris. un journaliste et deux ~n c i e n s policiers. explique. Hubert Halin est par ailleurs l'auteur de plusieurs notes d ' informations confidentielles sur François Genoud . Tout le réseau de la Seguridad espafio la a été déclenché immédiatement 6S. Les Vengeurs.' (lU à/ael' avec le rexisme. Zvi AJdoubi n'a aucun mal à recruter un commando déterminé. donl certains éléments n'ont pas perdu l'envie d'en découdre uvee les anciens nazis. qui évoque te «fiasco Degrelle. Zvi Aldoubi réussit à convaincre un haut fonctionnaire.: mais au~si Dan Raviv CI Yoss i Mclman. cil. etc.. Paris. Voir notamment Miche] Bl1r-Zohar. s'était même assis. j'avais à côté de moi un j uif en train d'expliquer à un autre comment. l'un des prrnliers récits de J'enlèvement d'Adolf Eichmann 61. des prouesses qu'il pourrait exploiter en librairie ». ]99 ]. à trois mètres de la table où fut fix é définitivement le plan de mon rapt.unité d'élite de l' armée-. dont un ancien garde du corps du généml de Gaulle ! Il s'appuie aussi sur des réseaux de résistants. On peu t douter du hasard « absolument extraordinaire » qui avait fail dîner François Genoud à côté de la table des organisateurs du rapl. il affirme avoir été « très exactement » tenu au courant du projet dans les trois mois qui ont précédé la tentative de rapt. . 66. Son second I!~I un écrivai n israélien. qui. armcs. L'opérati on. dans son livre. Tous les (lspions SDIlI des l''inces. 1968. lIubert Hal in. puis en librairie. Dans les années soixanle. voiture aménagée. qui traduisent bien son engagement de contrer à tout prix les réseaux nazis qui se sont reconstitués. Wim Dannllu et L&m Degrelle. « De conlact en contact.LE BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L·OMBRE il sauve Uon Degrelle d' une tentative d'enlèvement. il s 'appelait Zvi Aldoubi . Le Scorpion. Paris. a déjà réalisé un scoop de première grandeur en publiant dans le magazi ne Look. Mais Zv i Aldoubi est bien le chef du commando. Le résistant belge fournit de nombreux renseignements à Zvi Aldoubi sur la résidence espagnole de Degrelle. U (m Degrelle persisll' el signt. un groupe a préparé le rapt du leader rexÎste dans le plus grand secret." Je n'avais jamais entendu ce nom-là. à telle enseigne qu ' il arrive au mois d'avril à Lausanne. En réal ité.le contre-espionnage israélien -. le lendemain.là.'ngeurs. dans un restaurant de Lausanne. Dans Degrelle persiste et signe. J'ai su le surlendemain qu'ils arrivaient aux Pyrénées catalanes 64.). est organisée par deux anciens membres des services spéciaux israéliens. » Genoud s'enorgueillit de son rôle dans l'affaire: « C'est le seul échec répertorié des "Venge urs" ». qui accepte sans hésiter de prêter main-forte HU commando. L'objectif avoué d'Aldoubi est de remettre Degrelle aux autorités belges. devenu journaliste. Léon Degrell e doit une fière chandelle à Genoud. autrefois lieutenant dCb b:uaillons de choc du Palmach . C'est un fiasco total. Il en est ainsi d'un rés istant belge.t-il . J'ai quand même grimpé dans le train tout de suite. 200 f 67. « Un de mes inform ateurs. le chef du com mando court imprudemment de rcndcz·vous en rendez-vous. Reste qu'cn se présentant à New York el à Paris comme représentant 1" loI0uvemement el les services spéciaux israéliens. "plique Michel Bar-Zohar.

racont'e Léon Degrelle. Ce fut après ces six. « Mal- LA BANQUE DE L'OMBRE R~ lautes leurs enquêtes. Ben Bella el les chefs du FLN sont aussitôt libérés. fils de l'ancien commandant en chef de l'année sui sse ». Aldoubi est condamné à neuf ans de prison. op. Robert Merle.. J' ai découvert qui il était .1. il réussit même à rencontrer à Lausanne un certain Genot. Entretien avec l'auteur. j'ai compris 68. qui a rencontré plusieurs membres du commando. Cordiales en surface . raconte-t-il. ça fait plaisir 69 ! » Le 3 juin 196 1.LE DANQUIER NOIR nationale des barbouzes.. Lion Degrelle persiste et siglltl. Tout n'était que regards obliques. Ahmed Ben Bell a aurait déclaré qu'après« avoir passé cinq ans en priM)n pour être monté dans un avion d 'Air Maroc». ils ne purent découvrir le traître » . patatras! La police espagnole. Je ne passai que deux ou troi s jours au Signa1-deBougy. dont le livre est paru en 1968. gardée par la gendanneric suisse. • Scion l'hypothèse la plus vraisemblable. Ces messieurs du GPRA n'étai ent guère enchantés de nous retrouver. cil. Olivier Long. leur a sauté sur le râble! Être plus malin que les juifs. cit. L' hôtel a plus que 68. alors que déjà les lignes téléphoniques et électriques avaient été coupées autour de ma propriété de ConstanlÎna par deux complices communistes. il se serait trouvé. puisq ue officiellement les autorités espagnoles ne reconnaissent pas sa présence sur leur terrÎl'Oire. un agent double. » Présent dans l'hôtel qui accueille le futur chef de l' État algérien. survolée sans arrêt par des hélicoptères. et quand j'ai su qu ' il partait en Espagne. » « Alors qu ' ils se croyaient en train de gagner la partie. rires faux et chuchotements 71. « n m'a parlé de Bonnaun. 7 t . op. et que tous les chiens du voisinage avaient été empoisonnés afin qu'il n 'y eOt point d ' alerte. voit l'événement d'un tout autre regard: « L'entassement au Signalde. 69. el t'un de ses camarades françai s à six ans. Aldoubi obtint l'aide du colonel Guisan. où le aPRA nous attendait. cit.. ex ulte Léon Degrelle. » Les accords d ' Évian sont s ignés par les représentants du . Ahmed Ben Btllla. Ils préfèrent prendre d ' abord le chemin de la Suisse. l'initiateur des négociations d 'Év ian.N el du gouvernement fran çais le 18 mars 1962. rarmi les républicains espagnols de Paris. il «excluait Ioule possibilité de recommencer. se souvient François Genoud. « Se fai sant passer pour un journaliste libanais. les retrouvailles furent glacées en desso us. qui lui fournit un supplément d'informations sur Degrelle et sur Bormann . « Dès que nous alterrÎmes b Genève. Le 10 aoOt déjà. lorsque mes rapteurs sont arrivés au stade final. op. C'est un peu comme se renseigner à l' ambassade des ÉtatsUnis pour préparer le kidnapping du président américain . et plusieurs membres du com mando près de Séville et à Barcelone.)). pour avoir « t'enté de créer un mouvement subversif en Espagne ».Bougy es t cons idérable.. mis lU ourant des intentions du commando. explique Michel Bar-Zohar. Le Dossier secret dtls accords d'Évian. 202 203 . les autres membres du commando s' interrogeront longtemps pour savoir qui les a trahis. les Suisses nous prirent en charge et nous conduisirelU au Signal-de-Bougy. Il y régnait une atmosphère qui m'étouffait. entourée de fils de fer bar1 lés. Attendus au Maroc. Zvi Aldoubi est arrêté à la frontière. 70. Olivier Long. prévenue par mes soins. ans de prison notrc premier contact avec la réalité et nous la trouvâmes amèrc. De retour en France. cIl plique Michel Bar-Zohar. le Signal-deBougy étai t une véritable forteresse. Face à Évian qui se trouvait de j'au tre côté du lac et où les négociations s'étaient déroulées. La procédure ne voit même pas apparajtre le nom de Léon Degrelle. raconte Ahmed Ben Bella. 23 septem bre 1995.. » On a compris l'erreur du commando: demander conse il à Françoi s Genoud dans l' intention d'enlever Léon Degrelle. nazi suisse.

Un jour avant le départ . Les autorités suisses quadri lient l'aéroport. Nasser est devenu le grand leade r arabe par la guerre d'Algérie. a voulu descendre. » Le 28 mars 1962. cÎté. cit. Puis il prend place dans le Boeing spécialement afFrété pour transporter de Genève à Rabat les fu turs dirigeants algériens. Probest [des Affa ires étrangères suisses] s'est Interposé pour l'empêcher d'aller plus loin. Le pouvoir égyptien n' a pas ménagé ses efforts en faveur des nationalistes algériens. François Genoud réserve six places dans l' avion. par téléarllmme au nom d'Ahmed Abdel Rahm ane (c'est le pseudonyme de Ben Bella). une pour lui.ion le montre de manière éclatante: François Genoud se met en quatre pour satisfai re les im pé ratifs de sécurité du major al-Di b 74. U avise auss itôt Fathi al-Dib. Je suis cependant frappé par le fai t que. tout au long de mon entretien.. 73. mais avec cene almosphère de joie qui caractérise le retour des grimpeurs après le succès d 'une ascension longue el difficile. ] Lorsque notre ami suisse. je n'ai pu rencontrer le regard de Ben Bella. Les cheFs algériens rcMeront là deux ou trois jours pour nous assurer que leur présence en Suisse n'a pas été repérée 15. cit. Le major a été nommé ambassadeur d'Égypte à Berne par le président Nasser. an. raconte Fathi al-Dib. op. elles conduit à Zurich. ni ce lui de la compagnie 72. L'/febdo libéré. mais . Je suis alors intervenu avec Ben Bella pour dire qu' il s étaient des amis. Un jeudi . Par sa fréquentation assidue des prisonniers.» A l'ambassade d 'Égypte. mais venant cette fois de l' OAS. le 1er septembre 1994..» Le voyage des cheFs du FLN de Rabat à Zurich puis au Caire est organi sé avec une précision d' horloger par Fathi al-Dib. Il me dit qu ' il a tenu à passer ses premiers jours de liberté en Sui sse. al-Dib télégraphie aussi tôt à 7!J. « Je les ai vus apparaître sur la passerelle. de la date exacte de leur arrivée. Fathi al·Dib. A Rabat. Fathi al-Dib. op. EntretÎen avec l'auteur. Le major a tout prév u : « Dès l'atterrissage de l' avion à Zurich. 1'" septembre 1994. Les passeports sont "'mis à Franço is Genoud.rètement assurée par la poUce suisse. L'ambassade se charge des visas. Notre protection sera dlM. cinq pour les Algériens. qui élait accompagné d' une Française. Ahdel Nasser el/a Rho/II/ion alglrienne. L'Algérie a été le moteur de la décolonisation. de mani ère à prendre le vol direct RabatZurich de la compagn ie tchèq ue. [ . François Genoud quille Rabat avec les cinq leaders . il se rend à l'am bassade d'Égypte porteur d' une IInre secrète remise par le major «demandant d'établir ci nq pu!ICports diplomatiques égyptiens sur lesquels seront apposées 1.. Les chefs algériens doivent fi xer la date du voyage avec le Suisse. ] J'aperçois le vice-président Ben Bella qui arpente la terrasse en compagnie de Rheda Malek. 204 ~ ric nn e. où il s atterri ssent à 23 h 30. 74. Puis la Belgique a suivi la France .1 photos des cinq leaders algériens. Ma surprise a été grande lie ne pas voir Boudj af parmi les chefs algériens [ . nos voitures diplomatiques viendront chercher les pasIli Agers directement sur la piste et nous parti rons auss itôt pour nia rés idence d 'ambassadeur à Berne.. puis lout au long des années de guerre. François Genoud est devenu l' intennédiaire obligé des Égyptiens auprès des Algériens. Les autres indépendances ont été concédées à cause d 'eUe. La hantise des Égyptiens est de voir se reproduire un enlèvement comme en 1956 ou un attentat. L'épisode de leur libérat. La conversation s'engage de façon détendue et amicale. 205 . avec des noms d 'emprunt ». » François Genoud participe lui aussi aux «retrouvailles dans la li berté» au Signal-de-Bougy 72.. dès les débuts de l' insurrection.. Le Caire attend aussi les chefs du FLN avec impatience. ans préciser le nom de l'aéroport . 73.. Fronçois Genoud nous a confirmé son rÔle lors d'un entretien. M. analyse François Genoud. Abdel Nassu el/a Rél'oill/ion algérienne.L E BANQUIER NOIR LA BANQUE DE L'OMBRE jam ais l'aspect d'un reFuge de montagne. el c'est avec joie et ~ulage m e nt que je les ai accuei llis. «C'est la guerre d' Algé rie qui a fait ce que Nasser est devenu .

De Tizi Ouzou où ils se trouvent. quand se réunit le Conseil national de la révolution algérienne du 27 mai au 7 j uin 1962. De cette coalition va naître. seu l l'état-major avait une stratégie et des vues bien arrêtées 16. sur trois stratégies concurrentes pour la prise du pouvoir. « J'ai refusé d'aller à cette réunion ». après un référendum qui . qui était responsable de l'organi sation en Suisse. Paris. Pour François Genoud. a assisté à cette réception l . « Un responsable local du FLN m 'a dit qu' un drapeau nazi était pendu dans le hall d 'entrée. la deuxième est portée par le colonel Boumedienne. Pour fêter l'indépendance. en traversant tous les quartiers jusqu'au palais de Toubeh. au Caire. Entretien avec l'auteur. Krim Belkacem et 1. L'état-major fait entrer ses troupes en Algérie. «On débouche. e t enfin celle de Ben Bella. Khider et Boumedienne. Ben Bella arrive à Alger et s' installe dans l'immeuble « villa Joly». et bientôlle « Bureau politique ». Benyoucef Ben Khedda. La première est défendue par le président du GPRA. « aucune des fractions en présence n'a pu recueillir les deux tiers des voix nécessaires pour prétendre il une légitimité quelconque » . constitué le 22 j uiUet e n présence de Ben Bella. rapporte Ramdane Redjala. Le frère de Mohammed Boudiaf. se souvient Nils Andersson. à la fronti ère algéro-marocaine.» Et. avec 99. le Gouvernement provisoire de la République algérienne (G PRA) s' instaUe à Alger et destitue le colonel Boumedienne e t deux de ses adjoints. La plupart des chefs du FLN présents en Suisse sont invités. Be n Bell a el Khider s' y rallient. 18 mai 1990.» Les problèmes ne font que commencer pour les leaders algériens. Le cortège est parti vers Le Caire. 207 . sous les ovations d 'une foule ~ire. les chefs du FLN sont accueillis triomphalement à l' aéroport d ' al-Maza.LE BANQUIER NOIR Nasser pour lui annoncer « l'arrivée des frè res algériens sains et saufs à Berne ». près du palais d'été. il donne une réception chez lui à Lausanne. 1 : Le PRSCNDR el le FFS. à l'orée de l' indépendance. deux leaders historiques. les clans commencent à s'affronter.72 % des voix. En vérité. Ramdane Redjala. a massivement enté riné les accords d 'Év ian. 76. Le 3 1 mars 1962. t. Le 2S juillet. directeur des Éditions de la Cité à Lausanne. L' Harmattan. rapporte Fathi al-Dib. 1988. « Une clameur s'est élevée de la foule et des applaudissements ont éclaté pendant que Nasser donnait l'accolade à ses frères algériens. L'Opposilion en Algérie depuis 1962. Emmené par Ben Khedda. » En Algérie. le «bloc de Tlemcen ». 6 Frères ennemis au pouvoir L' indépendance de l'Al gérie est proclamée le 3 juillet 1962. c'est Je début d ' une existence nouvelle: il est désonnais le proche conseiller des plus hauts responsables d' un nouvel État. chef de l'é tat-major de l'ALN des frontières depuis janvier 1960.

écrit Fathi al·Dib. Un commu niqué commu n annonçant la repri se des relations diplomatiques est déjà préparé. L'Opposilion en Algérie depuü 1962. le co lonel de Boissieu . L" Hebdo libéré. Le major et ambassadeur égyptien Fathi al·Dib a été contacté par les Français. Gino. Jardin joue sur du velours: il se déclare porteur d'un message de De Gaulle. 5. Dans ses Mémoires. lA! FLN._se rend au Maroc. Paris. raconte+i1 . rapporte le major. afin de procéder à l'élection d 'un nouveau Bureau poli· tique 2 . La France entame un processus similaire avec d 'autres pays arabes qui avaient pris fait et cause pour le FLN: l'Arab ie Saoudite. l'a sollicité pour lui faire « rencontrer l'un de ses amis fran çais ». Bientôt suivi par Nasser. le 2 aoû t. Voir Ramdane Redjala. Abdel Nasser ClIo Rél"ol14lion algérienne. la Syrie et la Jordanie. « a rassuré tout le monde ». op. même de ses a~versaires.. Trois hommes se retrouvent à Lausanne pour évoquer les modalités du rétablissement des relations diplomatiques entre l' Égypte el la France. raconte François Genoud. J'avai s dit que je devais consulter Nasser et que je reprendrais contact aussitôt après. « De Gaulle avait dit à Jardin qu ' il n 'avait aucun grief contre moi et qu ' il me considé· rait comme un militaire qui avait exécuté les ordres de son pays. Fathi al-Dib. François Genoud se range natureUement derrière l'étendard de Ben Bella et Khider : « Khider est dés igné secrétaire général du FLN car c'esye seul qui ait la confiance et le respect de tous. Us acceptent un ca lendrier: élections à l' Assemblée nationale constimante le 2 septembre et réuni on du Con seil national de la Révolution algérienne dans les semaines qui sui· vent. Mais. explique+i1. François Genoud est donc à J' initiative. » Nasser télégraphie son accord à l'ambassadeur. 1985. mirage el réalilé. interrompues depuis 1956. et les invite tous deux à déjeuner s. Franç ois Genoud a confirmé I"existence des traclations (entretien avec I·lluteur. n prend les choses en main .LE BANQ UIE R NOIR FRf:RES ENNEM IS AU POUVOIR Mohammed Boudiaf. Jean Jardin! « Cet ami. cit. cité. Son « ami suisse ). 3. il évoque le rôle de François Genoud dans les tractations.. lor septembre 1994). De Gaulle ouvre les amabilités quelques jours plus tard. Jean Jardin affirme auss i à Fathi al· Dib que le général de Gaulle « connaît sa responsabilité dans J'affaire algérienne en qualité de responsable des affaires arabes ». » La présence de Khider à la tête du FLN pendant cet houleux été 1962. 208 209 . M. Et l'ami français n'est autre que . dénoncent Je « coup d 'État » . où il est rejoint à Tlemcen par Ben Bella de retour d ' Égypte 3. L'affa ire est conclue. En ce moi s d 'août 1962.• et Mohammed Harbi. Jeune Afrique. les premiers différends surgi ssent entre les deux principaux chefs du Bureau politique. AI· Dib et Jardin s'occupent seuls de la suite de la partie. art. ils se rangent à l'évidence: Je « Bureau politique) a gagné. Ben Bella et Khider. » L'ancien agent égyptien rencontre Jean Jardin en compagnie de François Genoud. . et souligne que {( l'objet du désaccord a disparu avec J' indépendance de l'Al gérie » . Un premier rendez·vous a lieu avec le secrétaire du Quai d 'Orsay en présence de Jardin à Neuchâtel. François Genoud s'est brièvement tTansfonné en agent d'influence fran çais . li affione (~ regretter les circonstances qui avaient provoqué la rupture des deux pays ». op. général de Gaulle grâce au gendre du gé néral. Jardin était devenu l' un des amis du A la fin de l'été 1962.. en substituant à son nom le pseu· donyme de « Gino »4. Comme aux beaux temps de l' insurrection. Il rentre en Algérie. Le diplomate propose que leurs chefs d 'État respectifs profitent d 'un prochain discours pour parler l' un de l' autre en teones flatt eurs. 4. m'avait appris que M. Fathi al· 2. C 'est pourquoi il avait demandé que je sois l' inteonédiaire dans cette affaire. Ce sera chose faite le 4 avril 1963. obtient l'appui de l'armée de J'ex téri eur dirigée par Boumedienne. cit .

Khider a entrepris une tournée des pays arabes pour centrali ser les avoirs du FLN.l'arrnée n' hésitera pas à «en ternlÏner avec le Bureau politique et Ben Bella »). op. tous au nom de Khider. Le premier à venir le voir est Mohammed Khider. évaluent les fonds aux alentours de 50 millions de fran cs suisses 8. ât. furent de leur côté remis à Khider en Suisse par deux membres du dernier comité fédéral . Vérités slIr la révoll/tion algérienne. « francs suisses» et « li vres sterl ing ». t976. Abdelkrim Souissi et Saïd Bouaziz : soit un milliard et demi d 'anciens francs. el à ce titre responsable des finan ces depuis le 9 août 1962. Fathi al -Dib. à Rabat ainsi qu 'à Beyrouth. d u Seuil. au total 3 milli ards d'anciens fran cs provenant des caisses du Gouvernement provisoire aurai ent été réuni s et déposés par Khider à l'Arab Bank de Beyrouth. qui s' intéressera uniquement aux fond s de la Banq ue commerc iale arabe. Le 18 octobre 1962. Le plus âgé des chefs historiques connaît bien son ennemi: c'est l'année. L'évaluation du montant placé sous la responsabilité de Khider à ce moment précis est cependant difficile. Nul n'a pu. A l'automne. » Quatre milliards et demi d'anciens francs. sont donc réunis par Khider. les fond s en provenance des capitales arabes sont en grande partie réunis à la BCA de Genève. Après avoir été temporairement regroupés à l'Arab Bank de Beyrouth. le 13 septembre 1962. outre Thnis. établir la comptabilité des fond s regroupés par Khider et ceux éventuellement placés dans d'autres établissements que la BCA. &1. explique Khider. à Damas. 21 1 . dès que le rapport des forces lu i sera favorable. » Le FLN n' apparaît pas sur la quittance. qu ' il déposa à la Banque commerciale arabe de Genève 7. Abdelkrim Souissi. « Ben Bella s'appu ie entièrement sur Boumedienne et sur des opportunistes qui l'entourent ». Khider se plaint d'emblée de « l' indifférence de Ben Bella à l'égard de Rabah Bitat et de lui-même. nIes cOlmaît depuis bientôt dix ans. op. 8.LE BANQU IER NOIR FRÈRES ENNEMIS AU POUVOI R Dib est pris à témoin par les leaders algériens. l'autre de 999900 do Uars. le Gouvernement provisoire et la Fédération de France doivent effectivement remettre leurs fonds au Bureau politique. En effet. malgré l'accord de collaboration qui était prévu entre eux ». Mohammed Lebjaoui chiffre le « compte Khider » à la BCA à 40 mill ions de francs sui sses. La banque lui délivre deux reçus indiquant: c( Pour le compte de Sieur Khider. derni er trésorier de la Fédération de France du FLN. Paris. D'autres sources. 6. Selon Mohammed Lebjaoui. à ce jour. 2 10 7. TI recueille leurs confidences. qui peut-être englobent d'autres dépôts bancaires. Secrétaire général du FLN. Ces étal'S d' âme n'empêchent nullement Mohammed Khider d'assumer pleinement ses fon ctions et de centraliser les fonds du FLN à la Banque comm erciale arabe de Genève. Le ( trésor » est réparti sur plusieurs comptes : « dollars ». note Mohammed Lebjaoui. plus les inu~· réts de 1962. dont nous créditerons le compte chez nous. Mohammed Khider retrouve François Genoud et Zouheir Mardam au siège de la Banque commerciale arabe à Genève. Mohammed Lebjaoui. Ain si débute le premier acte de l' affaire du « trésor de guerre du FLN ». Sel on le rapport qu 'en fait l'ambassadeur. Jean Ziegler donne cc chiffre de 50 mîllions de francs suisses. e ffectue deux premiers versements sur le compte Khider dès les 18 et 19 octobre: l'un de 2019000 doUars. ancien dirigeant de la Fédération de France du FLN. Khider el BitaI annoncent qu'ils songent à s'éloigner «afin de préserver leur amitié envers Ben Bella 6 ». A la date de mars 1963. dans Une Suisu all -deslus de lOU/ soupçon. [J vient ouvrir un compte. Cette estimation sera continuée par l'enquête pénale déclenchée par le gouvernement algérien en 1964. cit. 11 le dit sans détour à al-Dib : «avec Boumedienne à sa tête >>. Abdel Nasser et la Rivollltion alglriennl'. les fonds du Gouvernement provisoire sont réparti s au Caire. qui assume la direction légale du pays. selon l'estimation globale de Mohammed Lebjaoui. « Les fonds de la Fédération de France.

« Les richesses du soussol saharien constituent l'unique chance de l' Algéric :>t. et avions assisté à un défil é militaire qu i avait montré que l'armée était forte el disciplinée. sur les Migs que notre pays avait offe rts à l'Algé rie 9. qui prolonge la mainm ise des sociétés fra nçaises sur leurs concessions. l'orgaL'ann iversaire du début de l' insurrection e t les débuts du parti unique. socialisme. L'aviation avait parti cipé à cene manifestation e t les pilotes étaient des Algériens formés par nous en Égypte. Ahmed Ben Bell a. Fathi al· Dib. Ferh at Abbas. Les années suivantes. 2 12 ni sme technique de mise en vale ur des richesses du sous-sol saharien. « Du côté des spéciali stes de l'aide aux pays sous-développés que le bon Dr Schacht a ré unis autour de son nom prestigie ux est en train de se constituer une société pour le développement indusuiel. indusrrjalisalion. Bréal. « Félicitons nos vo isins et tendres ami s all emands de le ur sollicitude ». La Sfida perdllfa. prend position en fave ur de l' indépendance de l'A lgérie. avec l' interdiction. négocie avec Enrico Mattei. cil. partie prenante. Gauthie r. Les gisements de pétrole saharie ns onl été découverts en 1956. les dirigeants du FLN jouent des richesses de leur futur État. 12. ci u~ par Giorgio Oulti. de l'Algérie. président du Gouverne ment prov isoire. John Kennedy. de 100000 marks. à commencer par son Sahara. de rriè re ces exaltations de la li berté. L'Algérie: décolonisolion. La question a é té l' une des pierres d ' achoppement des négociati ons. l'Organisation commune des régions sahari ennes (OeRS) c réée en 9. de nouveaux hommes d 'affaires et des sociétés occidentales afOuent et se disputent le pays. Abdel Nasur el la Rb'olu/ion algérienne. « Nous avions été reçus par Ben Bella et Khide r. 8 juillet 1957. e t tout. et à laquelle ils ont été. » Le Dr Heinz Meinicke-Kleint. Capital modeste pour démarrer. toutes les grandes sociétés pétroliè res internationales se sont implantées au Sahara et ont prospecté à leur tour. sc cache l'inte ntion de tire r profit des gisements pétroli fè res que la France a découven s au Sahara Il. RosnyMlus·Bois.LE BANQUIER NOIR FR~ES ENNEMIS AU POUVOIR 1957 est cependant remplacée par une structure voisine. durant la guerre d ' Algérie. 1984. Lïndtlpendance confisquée. préside nt de l'Association germano-arabe. Dans l'assistance diplomatique. Mais le nom d ' Enrico Matlei ne restera inscrit qu 'en pointillé dans l 'histoire pétroliè re algérienne. le 1er novembre 1962. L'Aurore. Le 27 octobre 1962. accueille de nombreuses personnalités é trangères. quand le futur président américain. capable de fa ire réfléchir ses voisins. 2 13 . raconte Fathi al-Dib. préside nt de l' Ente Nazionale d i Idrocarburi (ENl). devenu prés ident du Conseil. du Parti communiste. Fe rhat Abbas. l'ambassadeur Fathi al-Dib et son ancien adjoint Euat Soliman songent à cene insurrection qu ' il s ont vue naître. » Alors que les Français d ' Algérie ont massivement quitté leur Eldorado. chef du premier gouvernement algérien. à Hassi R ' Mel. De 1954 à 1962. » De fait. un soutien fi nancie r contre des promesses de monopole de la prospection saharienne. R nmmati on. Selon les accords . d ' une certaine maniè re. il provoque aussitôt une réaction de Robert Lacoste: « Nous savons bien que. à Edjeleh et à Hassi Messaoud. [1. Les accords d ' Évian ont reconnu la souveraineté algérienne sur le Sahara. Et un gisement de gaz naturel la même année. culturel . La production algérienne se situe à la 1(Je pl ace mondiale 10. 1977. En 1957. Suggi lJompiani. L' indépendance va réve iller l' appétit d'or noir des compagnies. iJ . note Le Canard enchaîné. écrira plus tard Fe rhat Abbas 12. a rri ve e n visite officielle à Alger le 8 novembre. Le père de l'indépendance pétrolière italienne a déjà obtenu des concessions sur le Sahara tunis ien. et songe à s' implanter au Maroc. La richesse pétrol iè re saharie nne s'évalue alors à 600 m illions de tonnes. Patis. op. 10. 1976. sont f'êtés dans la liesse à Alger. le jour même. près de 8 16 sondages sont réalisés.

Tre melJoni. c'est-à-dire de son secrétaire géné ral. Rarndane Redjala. ciro 20. de la Défense (Boumedienne) et du FLN (Khider) lB. explique Giorgio Galli soutienne nt que l'accord en préparation avec l'A lgérie ne se situait plus dans une perspective de confrontation avec la France. note François Genoud 17. Et j'ai réuni les moyens pour le réaliser 16. Le 27 octobre.. TI renforcerait Khider. note Ramdane Redjala. explique-t-il. La collaboration comportait la fourniture de gaz nature l d ' Algérie vers l'Italie par un oléoduc et la fo urniture par J'Jtalie de services techniques grâce à la constitution d ' une société mixte. To us les deux sont d'accord sur le princ ipe du parti unique. qui n'a cessé d'être le conseiller finan cier des dirigeants algérie ns. Maltei avait prévu de voir le ministre italien du Trésor. TI menace de quitter ses fonctions si d 'aventure le Bureau pol it ique rejetait ses recommandations. Les bons rapports du préside nt de J'ENl avec les dirigeants algériens avaie nt conduit de GauUe à accepter une collaboralion tripartite e nlfe l'Algérie. qui s' installe rue BenM 'Hidi.. Khider et Be n Be lla. il est à la fois le banquier de la présidence (Ben Bella).. se livrent à une lutte acharnée et c lass ique pou r Je pouvoir. comme on l'avait pensé l'année précédente. «La conception de Ben Bell a est proche de celle de Khider. éventuellement ouverte à l'Allemagne. lance Khider. Le Suisse est l'un des banquiers du régime.LE BANQUIER NOIR FRÈRES ENNEMIS AU POUVOIR meurt dans un accident d'avion suspect.. ibid. Le conflit entre Khider et Ben Bella ne fait que s'envenimer. » 17. L' H~bdo IiJJiri. c'est un peu blanc bonnet et bonnet blanc. 13. Giorgio Galli.» Quoi qu'il en soit. à midi. Mohammed Khider. à Alger. Le 28 octobre. pour discuter des préparatifs d ' un imponant accord avec l'A lgérie I4 • « De proches collaborateurs de Matte i. Cocktail explosif. li n 'est pas difficile de voir qu'à lTavers ce débat les deux leaders. 14. La rencontre ~tait prtvue le 6 novembre 1962. nO131. il a mobilisé la conférence des cadres du FLN pour tenter d'imposer la tenue d'un congrès e l d ' une conférence pré paratoire. et certainement pas par les représentants de l'autorité centrale du pouvoir 19. Ali Khachab. Ben Be lla refuse la tenue d ' un tel congrès avant les é lections présidentie lles . François Genoud est conlTamt lui aussi de jouer les bons offices. an. Jeune Afrique. 215 . cité. 16. En décembre 1962. » De son côté. « NolTe peuple qui sou rfre doit pouvoir faire e ntendre sa voix par l'entremise des cadres du pani. 28 avri l 1963. François Genoud. t9. il devait préalablement renconlrer des représentants algériens à Milan. Leur différend institutionnel ou politique n'est guère profond. et 55 % entre celles du FLN . Mais Khider précipite sa chute. placés l'un et l'autre a u somme t d ' un fortin . et se reconnaissent dans le "socialisme islamique et spécifique". Ibid. Son fer de lance est une nouvelle banque: la Banque popu laire arabe. op. a tenté quelques médiations. 1S. 4( Nous voulions en faire un embryon de réseau bancaire national ». En avril 1963. cit.LA Sfido perdura. « J 'ai donné l'idée de construire un troisième pipe-line: un oléoduc national qui é tait destiné à relier Hassi Messaoud à Oran. la France e t l'Italie. l'ambassadeur égyptien à Alger. tous les de ux sont d'accord pour empêcher les masses d'apparaître s ur la scène politique 20. t4 mars 1991. cité par Ramdnne Redjala. Mohammed Khider s 'est encore plaint de Ben BeUa devant le président Nasser. Ibid. la mort de Mauei me t brutale ment un tenne aux ve llé ités italiennes. Enrico Matle i avait rendez-vous avec Ahmed Ben Bella 13. op. prévoyant la propriété directe par l' ENl d ' une partie du brut extrait ]5. met lui aussi son grain de sel dans les projets pétroliers du pays. Entre tien avec l'aUieur. Peu avant sa mort. que les serv ices spéciaux américains et français se sont mutuellement imputé. » François Genoud met un an et demi pour financer le projet. L'Opposition en A/girie depuis / 962. 45 % des actions sont entre les mains de la B anque commerciale arabe de Genève. 214 18. Comme il le résume lui-même.

d' un message de Rabah Bitat recommandant au contraire le retour immédiat de Khider en Algérie 21. si par contre vous êtes décidé à agir. champ de batai ll e des pani s. El le Bureau politique ne s'y oppose pas encore formell ement. el par là même met un terme à ses rêves de contrôle du pouvoir. la Banque commerciale arabe de Genève a versé les fonds au crédit d 'un compte n041195 ouvert au nom de « Khide r (Arab Bank Bey routh). cil. b) Bitat lui demande de sauter dans le premier avion 22. Khider se di sposa à regagner Al ger. 2 16 2 17 « Sur ces entrefait es. lui fi t demander d'attendre un peu. en train de mettre sur pied le premi er oléoduc national . L'Arab Bank de Beyrouth honore le chèque le 8 mai 1963. » «C'esl bien d'un homme sûr de soi d' avoir une vision aussi large » . François Genoud lui explique ses premières négociations pour le projet d'oléoduc. pui s les a transférés le 5 juin sur le compte n042l08 ouvert au seul nom de Khider. Mohammed Khider prélève deux millions de livres sterling sur le compte du FLN à l'Arab Bank de Beyrouth. porteur de deux messages contradictoires: a) Ben Bella lui demande de retarder son retour. » S' il veut mener à bien ce projet d'oléoduc . L' Hebdo libéré. François Genoud doit évidemment composer avec le prés ident algérien. ci té. mais veut établir une li ste de toutes les questions que le parti aura à trancher. si mon associé Zouheir Mardam et moi-même avons 2 1. qui lui fait une réponse de Norrnand : «S i vous êtes décidé à ne rien faire avec les élections à la présidence. les six mois écoulés. le citoyen suisse François Genoud . écoutez Bitat et rentrez immédiatement 23. Khider a utili sé un chéq uier du « Bureau politique du FLN ». Le 9 mai. n m'avait dit: c 'est à l' Algérie que vous rendez service. Ben Bella l'apprit et. {( Si j'ai eu une idée.LE BANQUIER NO IR FR~RES ENNEMIS AU POUVOlR Mais. l'Allemaglle. je vous conseille de ne pas rentrer. la Suisse. le Koweït. 24. Khider cède. il part en voiture avec sa femme et. mais d' un FLN ouvert à toutes les tendances . 22. raconte de son côté Mohammed Lebjaoui . Khider ne veut pas d' un congrès anarchique. » François Gelloudjoue les bons offices. 8 jllillet 1992. je sui s tout le temps entre Alger. traversant le Maroc et l'Europe. Je retrouve Khider à Berne. La somme est aussitôt versée par chèque à la Banque commerciale arabe. vous décev riez tout le monde. alors qu'il est en pleine rupture avec le pouvoir. Le 26 avril 1963. note-t-il. Mais Mohammed Khider n'en était pas fâ ché pour autant. « Khider donne six moi s à Ben Bella pour prouver que sa méthode est bonne. L' Htbdo libéré. indique-t-il. rapporte François Genoud . 23. Khider reste membre du Bureau polit ique mais il prétend garder ses prérogatives financières. le 17 avril . Genoud était d' ailleurs porteur. Il quitte son poste de secrétaire général du FLN.» li est frappant de constater combie n le banquier s'est impliqué dans la vie politique algérienne. art. par l' intermédiaire d'un ami commun. {( Moi-même. au po int de partager et de défendre les conceptions de Khider à propos du «part i » FLN: « li ne s'agissait pas d' une démocratie " foutoir". op. constamment en contact avec les uns et les autres. à la suite d'un coup de téléphone et d' un télégramme confirmant que la somme sera créditée au nom du Bureau politique du FLN. V/ rilés sur la rél"olulion algéritnne. va en Égypte chercher ses en fants qui y sont encore.. dès le Il juillet 1963. Ibid. » Khider ne sait que faire. en même temps. il inlerroge François Genoud. et se trouve aussitôt remplacé par Ahmed Ben Bella. Ben Bella a dû en être averti puisque. pou r l'av iser qu' il était désonnais « le seul légalement habilité à disposer des fonds et des revenus appartenant au Front de libé ration nationale algérien ». . . « Je rendais là un immense service à Ben Bella. compte provisoi re ». Mohammed Lcbjaolli. il écrit une lenre au directeur de )'Arab Ban k de Beyrouth. ajoute-I-il. » Khider va finalement différer son retour. a écrit François Genoud dans un article publié à Alger 24.

L ' fll!bdo IiIJ1. j usqu 'au début des années soixante-dix! Ben Bella a néanmoins contribué au fl ottement des responsabilités financi ères qui a suivi le départ de Khider. de reprendre ses actions. Phoeni x. il fait marche arrière.» Pou r la construction proprement dite. Ses diplomates portent l'affaire devant le tribunal international de La Haye. Le prix de cet oléoduc était de 72 millions de dollars. La soci6té avait 40 millions de francs français de capital de base. 26. puisque les liens étaient directs entre le prés ident Ben Bella. I . e lle aussi. ces fameux intermédiaires qui. en 1964. à Zouheir Mardam et à moi-même. mais à lernle TI. « Notre actionnaire majoritaire. 14 mars 199J. il nous offrait . l' affairisme était év idemment exclu. dans tout le développement économique de ce "merveilleux monde libre". raconte+il. Jean Jardin interv ient en faveur du retrait de la plainte française.norilaire avec le FLN majoritaire de la Banque populaire arabe d 'Alger et de créer ai nsi un embryon de réseau bancaire tiers-mondiste. 8 juillet 1992..LE BANQUIER NOI R F1ŒRES ENNEMIS AU POUVOiR réussi à créer les conditions qui ont permis à l'Algérie de livrer cette bataille. 218 27. et l'obtient. Il me fallait auss i trouver des fond s propres. Nous sommes tombés d'accord sur le montant de la participation koweïtienne.rt. » Dix million s de franc s sui sses doivent donc être investis dans la BCA par Khider. [. « Au Koweït. qui va acheter 20000 actions à 500 franc s. p. ni le gouvernement. 27. rapporte Genoud. . Ceux-ci resteront dans l'ignorance de la reprise de ln banque par Mohammed Khider. l'avertissant qu ' il était désonnais « le seul légalement habilité» à disposer des fond s et des revenus du FLN. occ uhe. c'est quelque chose qui rapporte beaucoup et que l'on peut amortir en deux ou troi s an s lS. La France réagit durement au projet d'oléoduc. Mais des dissensions surviennent à lïntérieur de la Banque commerciale arabe. ne voyait pas sa banque entrer en guerre avec la France et avec les pétroliers. Cet accord restera entièrement secret. aussi approbateur qu'il ait pu l'être sentimentalement . Seulement. Nous avons réuni 80 millions de francs suisses. 219 . saisissant immédiatement l'importance de l'enjeu pour l'A lgérie: il s'engagea pour le compte du FLN à acquérir les deux tiers du capital de la Banque commerciale arabe de Genève.. art . » Concrètement. l'un des plus grands fabricants d 'acier d ' Europe. qui était ministre du Pétrole. François Genoud n'a pas oublié J'accent des discours du Front national SUJ sse.. Très loyalement.JJ 'y voyai s surtout une occasion extraordinaire de faire de la Banque commerciale arabe de Genève un partenaire mi. L'HtlxJo libtré. cité. le Suisse s'emploie à rechercher des partenaires financi ers et des capitaux. Entretien II vec l'Iluteur. c 'était insuffi sant. J Il n 'y avait donc pas de place pour les intermédiaires.. et sa mi se en application quelques mois plus tard. souligne-t-il. avec quoi les acheter ? C'était un problème. malgré la réLicence pusillanime de son entourage. « A l'origine de ce projet.Rheinrohr pour la construction du pipeline). Dans une lettre non datée. le principal mérite en rev ient au président Ben Bella qui a immédiatement saisi celte opportunité et ra appuyée de tout son poids. jouent un rôle décisif pour le plus grand malheur des peupl es mai s pour le plus grand bonheu r de la mafia capitaliste cosmopolite 26. El cela sans nous mettre le couteau sous la gorge. Un oléoduc.. François Genoud chois it la firme allemande Phoenix-Rheinrohr. j'aj négocié avec le che ikh Jaber. Mohammed Khider ne prévient ni le FLN. » Mafia capita li ste cosmopolite . Khider réagit au quart de tour. pour « violation des accords d 'Évian ». mais parvenue à 25. le groupe bancaire FLN et les groupes fournisseurs (le Koweït pour les finances. Après son courrier du Il juillet 1963 au directeur de l' Arab Bank de Beyrouth. Auss itôt contacté par François Genoud.

12. Pl ongé dan s les projets finan ciers de " Algérie nouvelle. ou qu 'elle a cédés. lel1contrat signé. s' jllui donne raison contre l' Înfinni ère. Wolfgang. «Ses décisions étaienl el sont valables ». 22 1 . 28. l'acceptation écrite. pour l'exploitat ion des objets. jugement prononcé le 30 janvier 1964. le curateur de la sutkession qui transfé rait au Su isse tous les droits d'aute ur Pour l'exploitation de la totalité de l'œuvre litté raire du défunt. la veuve de Hans. Pourt·ant.1 assure seulement au demandeur la propriété fidu ciaire afin qu' il pui sse exercer mieux et plus paisiblement les droits d'auteur il limités. . ce j ugement contient cert·aines failles. etc. e t les fam illes des deux frères décédés: Henha Goebbels.» Pour d 'obscures raisons. la justice allemande reconnaît. qui «fut levé au vu d 'une lettre émanant de vous non datée. du droit de revendication des tex tes non encore découverts. Les juges prennent bonne note aussi de la cess ion par la fami lle. et sa fille Eleonore Reystcher . Il e n résulte. présidée par le Dr Floss. « LI ressort que le curateur de la succession. le 30 janvie r 1964. et parven ue 11 Beyrouth le 13. un appel (1959) et un jugement de la Cour suprê me de Karlsruhe cassant la deuxième instance ( 1959). Ibid. en avril 1958. . 1. Le Suisse a finalement gagné son procès contre Hildegarde Meyer-Bendel. [ . avec Kurt Leyke.63 et qui a été authentifiée par notre ambassadeur dans cene vil!e lO. En second Lieu. II est dans ce cadre le représentant légal des futurs hé ritiers. a transm is e n propriété au demandeur la success ion littéraire totale du Dr Goebbels.» Le Dr Leyke pou vait donc agir «avec effet obligatoire pour les héritiers». ainsi que de sauvegarder et de conserver la success ion. Resson dans le compte rendu de mission du 28 avri l 1964 de Yallaoui 11 Ben Bella évoquant« le blocage résu ltant de la lenre du Il juîllet ». . l' affaire a été renvoyée à Cologne. [ . 220 30. les droits de Franço is Genoud sur l'héritage littéraire de Goebbels. Le j ugement de la 5c chambre civile de la cour d' appel donne raison à François Genoud et valide les documents qui font de lui le gestionnaire de l'héritage littéraire de Goebbels: « TI n 'existe aucun doute quant à la valid ité j uridique des contrats et du transfert de propriété qui y est convenu 29. l'infinnière qui avait voulu publier les journaux de jeunesse de Goebbels en 1955. afin que celu i-ci en devienne propriétaire el notamment « en vue de sauvegarder eLd 'exercer ses droits d'auteur pendant la durée du contrat ».. 1" juillet 1974. en août 1955. Leur j ugement va fonder toutes les revendications ultérieures de François Genoud. 29..LE BANQUIER NOIR FR~RES ENNEMIS AU POUVOIR l'Arab Bank le 13 décembre 1963. Correspondance citée dans l'arrêt du Tribunal fédéral suisse. François Genoud n'e n délaisse pas pour autant la gestion des droits litté raires des famiJl es des d ignilaires nazis. ] ses actes j urid iques restent valables également après la curatelle. ) En premier lieu. il annule cet ordre. Margot et Elsbeth. Cour d·appel de Cologne. 5< chambre civile. « Cette autorisation » vient supprimer « la de mande de blocage faite auparavant par moi-même au sujet des avoirs précités. Au tenne de neuf ans de procédures. correspondances pri vées. que « le transfert de propriété n'est pas le but principal du contraL. ». poursuive nt les juges. contraignanl celle-ci à restituer les documents qu'elle détient. fi s reconnaissent le pouvoir du Dr Leyke au moment de la signature des contrais : « Le curateur de la succession a pour tâche de rechercher les héritiers. la sœur du min istre. y compris ses notes. Ben Bella laisse donc les mains libres à Khider 2B• du contrat signé entre le Dr Leyke et François Genolld par " ensemble des héri tiers. notent les juges. composée des œuvres publ iées et non publ iées. Après le procès de première instance à Cologne ( 1956). note nt les juges. et sa fille Wiltrud Kirnmich. et les enfants de Konrad Goebbels. début 1956. à lu i transfé rés par le contrat 30 ».1 Il esl autorisé à disposer par principe et sans restriction comme un tute ur des objets faisant panie de la succession. C 'est-à-dire Maria Kimmich (née Goebbels). et« autorise Monsieur Mohammed Khider à disposer des avoirs déposés en son nom dans votre établi ssement ».

n lui propose de se rendre en premier lieu à Tunis. Je participerai certainement. op . afin de lui remettre les fonds à l'étranger. Ben Bella ddbloquerait les comptes et lui remettrait une procuration sans mettre au courant les membres du B. TI ne gardera pas longtemps la bienveillance Bien loin de Goebbel s. Au grand dam de Khider. d'autres à réclamer."U se rendit néanmoins devant la comm ission politique. Mohammed Lebjaoui. de l' absence de personn alités capables de critiquer et de «condamner la gestion du parti » .. com pte tenu de l'absence d'ouverture./bid. « Khider. Cité par Ramdane Rcdjala. A Alger. des juristes estimeront que cette « propriété fiduciaire» rapprochée à la « durée du contrat » est limilée dans le temps. le cas échéant. Kh idcr est obligé. L'ancien secrétaire général du FLN refuse tout bonnement de participer au congrès du parti. en fait. à laquelJe je ne reconnais aucune validilé 31. que ni l'un ni l'autre ne va respecter. 32. Comme de celle de Mohammed Boudiaf qui déclare qu'il ne t oit « aucun intérêt à participer à ces ass ises ». pour rétablir son crédjt. L'Opposition en Algérie depuis 1962. ce qui contraindra François Genoud à les associer presque toujours à ses offensives pour obtenir le paiemenl des droits d'auteur. Le 8 j uin 1964. De plus. op. rapporte Mohammed Lebjaoui . sous sa seule signature 34 . Très dur. Sur quoi. 223 ."» Le congrès se passe donc de la présence de Mohammed Khider. au moins officiellement. Vlri/és sur la rb'olu/ion algériennt'. Pour François Genoud. de « geler tous les avoirs détenus par ce dernier auprès de tous organismes financiers ou bancaires ». il prit le premier avion pour Genève. et peut donc être contestée. 31. cil.33. Ahmed Ben Bell a a réussi à faire bloquer les com ptes du FLN à l'Arab Bank. « Une commi ss ion politique ayant été élue. op. « Un accord fut conclu. Khider partirait avec Ait el-Hocine. les deux hommes négocient et parviennent à un accord . le congrès du FLN qui s'ouvre le 16 avril 1964 à Alger consacre la rupture définitive entre Ahmed Ben Bella et Mohammed Khider. Mohammed Lebjaoui.» La ri poste présidentielle ne se fait pas attendre longtemps. Hocine An Ahmed évoque de son côté la « fascisation du régime 32 ». déclara-t-il J'ai des comptes à rendre. les problèmes vont commencer. de s'incl iner devant Ben Bella. Ben Bella « redoute une opposition disposant d' importants moyens financiers ». Cellesci ne le sont pas. presq ue méprisant: "J'aurais beaucoup de choses à dire.LE BANQUIER NOIR FIÙ:RES ENNEMIS AU POUVOIR Vingt ans plus tard. P. la cour approuve « l'exploilation des droits d'auteur en relation avec les héritiers ». 222 33. plusieurs frères étaient allés le trouver pour lui demander d'assister au congrès. bien réels ceux-c i. Kh. N'ayant plus de prérogatives financières. Mais je ne parlerai pas devant votre commission. où les fonds du GPRA ont déjà été restitués au Bureau politique. relate Mohammed Lebjaoui. » En réal ité. réunie au complet sous la présidence de Ben Bella. pl antant là Ait el-Hocine. La posilion de François Genoud dev ient . mais à des assises vraiment démocratiques. U feignit de s'en ind igner. ne l'ignorait pas et avait choisi cette escale en conséquence. comme il le dit lui·même. nouveau trésorier du Bureau politique. Véritls sur la ril'olu/ion algéri~nne. mais auss i. Mais. répondil-i1 . 34.. Le nouveau Bureau polit ique du FLN désigne Ail el-Hocine comme nouveau responsable des finances. proclamant qu'une fois de plus on cherchait à le di scréd iter. cit. et tout aussitôt disposa comme i! le voulait des autres fonds.ider a décidé de mener Aït el-liocine en bateau. Il exige désonnais de Khider la resti tution de la totalité des fonds. assez« intenable ». Évidemment. cil. Ben Bella donne mandat à An el-Hocine de « prendre en charge toutes sommes à lui remises par Mohammed Kh ider ».

» Premier témoin ci té. Le 6 juillet. Selon Nicolas Faith . il rencontre François Genoud à la Banque commerciale arabe et lui présente son mandat d' AhOled Ben Bella. qui est devenu l'un des avocats du gouvernement algérien à Genève. Les virements nous auraient pernlis de retrouver la trace des fonds. seuls d ix mill ions de fran cs suisses seraient parti s en Rl-A . 225 . mais le résultat est mince pui squ 'e lle ne bloque que 15756 1 fran cs suisses à la BCA et 2 millions de fran cs s uisses à l'Arab Bank de Zurich. Mohammed Khider a effecti vement TCti ré 4 1 796046 francs suisses de ses comptes à vue. celle fois. rl En réalité. » François Genoud reçoi t la visite de Me Raymond Nicolet. . Les retraÎls provoquaienl une coupure dans la recherche 36. une semaine avant la notification du séquestre. <d e comple sur vous pour témoigner » . La Banque commerciale arabe soutient qu'elle a fait partir les fonds déposés par Khider. retirés sous la forme de chèques d ' un mi1l. sur Düsseldorf. Us préparent en effet le camouflage des fonds qu 'on leur récl ame. auteur de Safety in Nllmbers. Faith évalue à 15 millions de marks la somme évaporée sous cette forme. ami personnel de Khider J7. les fonds partis en Allemagne de l'Ouest auraient été. Le 12 juin. op. agissant sous l' ident ité marocaine de Houdhoud. au siège de la BCA. n'est autre que l'Algérien 8. Et ils n 'y étaient plus. le juge d 'i nstruction chargé de l'affaire. il ne disait rien. détenteur d ' un passeport marocain. par le numéro « BP 510 » en toutes lettres. précise(-elle. « Un mois après le séquestre. AIl el-Hoc ine arrive à Genève. comptes numériques ouverts quelques mois plus lôt (le 3 mars) par Khider. Khider. Mohammed Lebjaoui.LE BANQUIER NOLR FRt::RES ENNEM IS AU POUVOIR de la présidence algérienne s' il se range derri ère Kh ider et répond aux injonctions fi nancières de l'ancÎen responsable. on r apprendra plus lard. C 'est bien difficile d' obteni r des rense ignements d ' un banqu ier lS. à cette date. François Genoud l'écondu it Mais le j uge Dussaix est en mes ure de faire quelques constatations.ion de marks chacun . Le 2 juillet. On ne pouvait pas le torturer. il requiert la mise sous séquestre des comptes BP 5 10. au bénéfi ce d ' un nommé Houdhoud . Vérités sur la rb'O/Ulion alsérienne. 36. cn utilisant ces nouveaux comptes numérolés. eOlre le 4 et le 25 aoOI. lui dit-il. explique Mohammed Lebjaoui . expliq ue Roger Dussaix. Khider pouvait alors disposer à tout moment des avoirs de ces comptes. l'argent du FLN n'a pas quitté la Banque commerciale arabe: il a été reversé sur quatre autres comptes numérotés. ct qui a déposé la plainte pénale contre la BCA.» Le 15 juin en effet. La justice genevoise s'exécute. tout en cherchant à gagner du temps. en lieu et place de son nom. Entretiens avec l'auteur. la BCA a fait un virement. SOi l tro is jours après l'arrivée d'AIt el-Hocine à Genève. d it-il . qui s'élevaient à 4 1953509 francs suisses au 3 1 mars 1964. « L'enquête pénale av ait pour but de retrouver ces fonds. mai s par des retraits. non par des virements. Q uant à François Genoud. « Les comptes avaient été liquidés. Les qu atre comptes numérotés sont liquidés peu après. Chèques signés par le garde du corps de Khider. 35. ouverts pour la circonstance dès le 22 j ui n. Le jour même. dt. le nouvea u trésorier du FLN renouvelle sa tentative en rencontrant Zouheir Mardam. expl ique François Genoud : celte affaire ne regarde pas la Suisse. Entre le 18 juin et le 1er juillel. par la suite. AIt el-Hocine dépose une plainte pénale pour 4( abus de confiance» contre Mohammed Khider. sous sa seule signature. Or ce Houdhoud. Simuhanément. « Mon opini on était très nelle./bid..» Selon le juge Dussaix.. 224 37. François Genoud refuse purement et simplement de témoigner. avait même pris la précaution de signer. 13 mars 1991 ct 18 décembre 1991. Les deux banquiers refusent d 'obtempérer. la banque a tmnsfonné les comptes numériques à terme « BP 5 10 » en comptes à vue.

mais par des retraits.és. par la suite. Moh:umncd Lebjnoui.. il requiert la mise sous séquestre des comptes BP 5 10. 225 . La Banque commerciale arabe souti ent qu 'eUe a fait partir les fonds déposés par Khider. Us préparent en effet le camouflage des fonds qu'on leur récl ame. préciset-elle. la BeA a fait un virement. Et ils n'y étaient plus. Quant à François Genoud . expliq ue Roger Dussaix. t\ En réalité. » Selon le juge Dussaix. « Mon opinion était très nette. agissant sous . les fonds panis en Allemagne de J'Ouest auraient été. Le 6 j uillet. seu ls dix millions de fra ncs suisses seraient partis en RFA. soit trois jours après l' arrivée d'Ail el-Hocine à Genève. Khider. 224 36. en lieu et place de son nom. le juge d' instruction chargé de J'affaire. « L'enquête pénale avai t pour but de retrouver ces fonds. On ne pouvait pas le torturer. il ne disait rien. Le 12 j uin. auteur de Safely ill Nllmbers. lui dit-il. une1iemaine avant la notification du séquestre. François Genoud l'éconduit. Mais le j uge Dussaix est en mesure de fa ire quelques constalations. di t-il . Les retraits provoq uaient une coupure dans la recherche J6. . sur Düsseldorf. Ibid. Moham med Khider a effectivement retiré 4 1 796046 francs suisses de ses comptes à vue. comptes numériques ouverts quelques mois plus tô t (le 3 mars) par Khider. « Un mois après le séquestre. détenteur d'un passeport marocain. la banque a transfonné les comptes numériques à tenne « BP 510» en comptes à vue. au siège de la BCA. Les q uatre comptes numérotés sont liquidés peu après.» Le 15 j uin en effet. 13 mntS 199 1 CI 18 décembre 199 1. explique Mohammed Lebjaoui. 37.LE BANQU IER NO IR FRffiES ENNEM IS AU POUVOI R de la présidence algérienne s' il se range derrière Khider et répond aux injoncti ons fi nancières de l'ancien responsable. le nouveau trésorier d u FLN renouvelle sa tentat ive en rencontrant Zouheir Mardam. op. iJ rencontre Franço is Genoud à la Banque commerciale arabe et lui présente son mandat d'Ahmed Ben Bella. » Premier témoin cité. Vérités sur 10 rb'oll/tion algérienne. Le jour même. avaü même pris la précauti on de signer. tout en cherchant à gagner du temps. Chèques signés par le garde du corps de Khider. « Les comptes avaient été Liquidés. à cette date. An el-Hoc ine dépose une plainte pénale pour «abus de confi ance» contre Mohammed Kh ider. Les virements nous aumient pennis de retrouver la trace des fo nds. François Genoud re fuse purement et simplement de témoigner. Si mult anément. Entre le 18 juin et le 1er juillet. Or ce Houdhoud. Khider pouvait al ors disposer à tout moment des avoirs de ces comptes. « Je compte su r vous pour témoigner ». et qui a déposé la plainte pénale contre la BCA. ouverts pour la circonstance dès le 22 j uin. l'argent du FLN n'a pas quiué la Banque commerciale arabe: il a été reversé sur quatre autres comptes numérotés. 35. Selon Nicolas Faith .» François Genoud reçoit la visite de Me Raymond Nicolet. qui est devenu J'un des avocats du gouvernement al gérien à Genève. Faith évalue à 15 millions de marks la somme évaporée sous cette fonne. Les deux banquiers refusent d 'obtempérer. retirés sou s la fo nne de chèques d ' un mill ion de marks chacun . on l'apprendra plus tard. Entre tiens avec ' ·oUlcur. qui s'élevaient à 4 1 953509 francs su isses au 3 1 mars 1964. La justice genevo ise s'exécute. en utilisant ces nouveaux comptes numérot. non par des virements. Le 2 juillet.. au béné fi ce d ' un nommé Houd houd . entre le 4 et le 25 aoOt. AH el-Hoc ine arrive à Genève. sous sa seule signature. celte fois. mai s le résultat est mince pui squ' elle ne bloqu e que 15756 1 francs suisses à la BCA et 2 mill ions de francs suisses à l'Arab Bank de Zurich. n'est autre que l'Algérien B. cit. ami personnel de Khider 'J/. explique François Genoud : cette affaire ne regarde pas la Su isse. par le numéro « BP 5 10» en toutes lettres.' identité marocaine de Houdhoud. C'est bien difficile d 'obteni r des renseignements d'un banquie r lS .

Entreti en avec I"auleur. Mohammed Lebjaoui et Aït el-Hocine rencontrent aussitôt Khider et plaident « la thèse de la nécessité d'un règlement amiable». note François Genoud. 227 . 42. op. et pour faire plaisir à Ben Bella. 17 décembre 1991. Ti!t. cit. L'enquête du juge Dussaix fait grand bruit en Suisse et jusqu 'à Paris. n savait d'ailleurs que j'avais faÎl en pleine guerre un appel aux juifs d'Algérie 41. est l' un des médiateurs. et Khider de son côté déclarait qu ' il les mettait à la disposition de l'opposition algérienne pour éliminer Ben Bella du pouvoir. fonds provenant de J'Union de banques suisses. » Ben Bella pose une condition inacceptable aux négociateurs: il leur demande de récupérer les fonds sans même évoquer les divergences politiques. explique François Genoud. Dans son style d'alors. 18 novembre 1964. que j'ai rencontré à Lausanne le 18 août 1964. des avis de droit devant une justice totalement étrangère à ce problème cent pour cent algérien 38. Vérités sur la révolutioll alsüienne. Fathi al-Dib. raconte le major. « Par l' intennédiaire de François Genoud »). « On se trouvait aux antipodes sur le plan politique. 226 FRtRES ENNEMJS AU POUVOIR Le bras de fer judiciaire n'empêche pas les miss ions de conci liati on.. Mohammed Lebjaoui. Abdel Nasser Ct la Révolution alsérienne. de cela. 41. Le Canard enchaîné évoque la procédure qui égratigne le sacre-saint secret bancaire : « C'est légal. Il n'a fait la connaissance de François Genoud qu'après les accords d' Évian. les autorités algériennes ne sont naturellement pas infonnées.démonstration que les fam eux comptes numérotés ne sont1pas a~ssi secrets que ça . « afin de prendre contact avec Khider qui résidait en France. notait-il. plaide François Genoud.en l'occurrence Paris . L' Hebdo libéré. Nous . » C'est évidemment François Genoud qui a 40. puis virés sur une banque de New York. ap. dûment réuni )). les fond s du FLN sont désormais introuvables. « La repri se de la banque était déjà décidée à l'automne 1963. Les glapissements qu 'on entend du côté de l'Association suisse des banquiers sont déchirants.'avons pratiquement réalisée en 1964 ) . grâce à l' ingéniosité du banquier de Khider. déclare « n'accepter de remettre les fonds qu'à un congrès du FLN. Pour peu qu ' un gouvernement étrangel' . mais c'est aussi-la. Et il en a di sposé comme il a voulu. « Khider était accu sé par Ben Bella d'avoir détourné ces fond s. 39. » « Je suis arrivé chez mon ami sui sse vingt-quatre heures avant le rendez-vous avec Khider. 38. Fin connai sseur de la psychologie des «chefs historiques ».exige qu'on regarde de plus près. an. Il rendra pub)jcs plusieurs complcs rendus des pourparlers 40.» D'autres transferts apparus lors de l'enquête restent mystérieux. Khider. cité.. Le Canard enchaîné. mais il avai t retiré ces fond s pour les mettre dans un lieu inconnu. en vue de régler le problème des fonds déposés en son nom à l'Arab Bank de Beyrouth et à la Banque commerciale arabe de Genève 42». » (Ben Bella). l'ancien chef de la Fédération de France du FLN. . Mohammed Lebjaoui. Ces chèques ont été encaissés à Paris. mais avant midi (le séquestre n'intervient qu 'à 14 heu res) la BCA a remi s à Khider deux chèques de 200000 dollars.. J'ambassadeur d' Égypte Fathi al-Dib essaie lui aussi d'intervenir dans le différend. sur le terrain empoissé des mémoires d'avocats. » On ignore à ce moment qu ' une partie des fonds a été tout simplement invest ie dans le capital de la banque. c'est un comble 39 ! » Quoi qu ' il en soit. C'est une décision politique. qui conteste toujours la lég itimité des dirigeants. B. Mais. Le jour du séquestre des fonds. le 6 juillet. Dialogue de sourds. Le 16 août. « On ne se bat plus désonnais qu 'en Suisse. sous le titre « Le grisbi de B.LE BANQUlER NOIR « Khider a pris la décision de disposer des fond s. cit. Que c'est un coup funeste porté à la confiance générale accordée à la banque helvète et tout. il reçoi t pour instructions de se « rendre d ' urgence à Genève».

Khobzi et Fares. A preuve. François Genoud rencontre à Alger un représentant commercial de la RDA. et prend auss itôt l'av ion pour Alger. ni à une plainte devant la justice genevoise. » Genoud se rend également à Berl in-Est dans cette opti que. des vedettes lance-torpilles. exp lique François Genoud . 228 Pourtant . rapporte François Genoud. le rapprochement d'Israël avec l'Allemagne de l'Ouest empo isonne les relations germano-arabes. du président Nasser qui les a publiquement traités de « vauriens ». /bid. En tretien avec l'au teu r. des obusiers. Ces d iplomates assurent qu ' un traité secret unit la RFA et Israël pour des li vraisons d'annes. la RFA a acheté à Israël des mitraillettes Uzi. Autant. dont « la liqu idation doit s'achever dans les jours à veni r ». Je lui ai d it : essayez plutôt de faire fléchir la Roumanie. 44. Début 1964. Je m'en fichais de l'Allemagne de l' Est 46. c'est une erreur de rompre avec la RFA. 229 . Il se plaint. « LI était év ident qu' il se tramait q uelque chose entre les Allemands et les Israéliens ». qu 'elle revend dans les pays du tiers-monde. » En cet automne 1964. que les chefs emprisonnés vont vraisemblablement fi nir exécutés. par la RFA à Israël fo nt grand bruit depuis Les ventes d'annes . Pari s. sades des pays arabes se concertent. des avions F 84 et G 9J . François Genoud ne peut que s' illustrer. les ambas43. c'est répondre à un fait illégal (nore de fallteur . l'attaché militaire égyptien à Bonn a transmis au Caire ses rapports « sur l'étendue de la coopération » entre les deux pays 43. 41. Il exige de Ben Bell a une « contre-déclaration » . Le président algéri en explique à l'ambassadeur égyptien qu' il ne craint plus l'opposition interne. A arnmarion.LE BANQUIER NOIR FRÎRES ENNEM tS AU POUVOIR établi le contact avec Khider. Ibid. l'éminence grise de Nasser 44 • A Bonn. \ 00 septembre 1994. « Nasser rappela J'ambassadeur et l'aLtaché mi litaire égyptiens à Bonn et écouta avec une fureur croi ssante leur compte rendu concernant la puissance militaire que l' Allemagne de l'Ouest était en trai n de déverser sur lsraël ». Naturellement. rapporte Heikal 4S• De nombreuses chance lleri es arabes envisagent déj à de rompre leurs relations d iplomatiques avec la RFA. que l'accord sur les dommages de guerre qui avait arrêté en décembre 1952 le versement par la RFA à Israël de trois mill iards de doUars sur douze ans. Et demande auss i la li bération des chefs de maq ui s arrêtés : Chaabani . LI proposait d'amener des projets. En signe de réciprocité. Mohammed I-I llssanein HeÎkal. où il arrive le 20 août. « II m'a demandé ce qu'i l pouvait faire. des techniciens. La RFA affirmait qu'elle rompait avec tout pays non communiste qui se liait à la RDA. Dans un tel débat. La riposte qu ' il préconise va poser un po int d' interrogation sur ses contacts avec le bloc soviétique : il propose de reconnaître la République démocratique allemande (RDA). Fathi al-Dib prend note de ces revendications.« J 'ai dit à Ben Bella : à mon avis. le bureau de la Ligue arabe organi se des réun ions. Le retour à la clandestinité n' a pas été de tout repos pour Khider. quelques mois. du président Ben Bella qui a osé déclarer que les fonds du FLN avaient été« volés ». Ce qu ' il faut. note Mohammed Hassanein Heikal. 45. Les Documents du Caire. il ne convainc pas Ben Bella.' la reconnaissance d' Israël) par un fait réaliste: l'AJlemagne de l'EsI est une terre allemande. qui entrelÎent des relations avec Israël 47. les acquisitions israéUennes : des centaines de blindés . 46. sinon plus. Apparemment. Il se plaint de la presse égyptienne qu i malmène J'opposition à Ben Bella. et même deux sous-marins. /bid. qu ' il a publiquement comparé à une « hyène rôdant autour d' un cadavre ». 1972. el qu ' il n'a plus une once de bienveillance ou de clémence vis-à-vis de Kh ider. sa reconnaissance va faire du mal à l' Allemagne de l'Ouest. Khider ne s'attendait pas à de teUes réactions.

il est arrêté à Alger. cit. menée par des inspecteurs finan ciers. mais que l 'on usât à son égard de représaiJIes en reconnaissant l'Allemagne de l'Est. » L'affaire des fonds du FLN va distraire François Genoud de ces enjeux diplomatiques. L' enquête sur cette affaire se poursuit et c'est pour répondre aux convocations du tribunal genevois qu ' il sera délivré des sauf-conduits à Khider. L'ancien secrétaire général du FLN.LE BANQUIER NO IR FRÈRES ENNEM1S AU POUVOIR « Lorsque la Ligue arabe avait. Mohammed Hassanein Heikal. Nasser avait proposé que l'on ne rompît pas les relations avec l' Allemagne de l'Ouest. relate le même jour l'expulsion dont a fait l'objet Mohammed Khider à Genève 50. Les conséquences sonl immédiates. « Celle-ci. avocat du gouvernement algérien. Genoud » . Mai s l' Arabie Saoudite. pour la première fois. 230 49. Inculpé de trafi c de devises et d'infraclion à la législation sur les changes. 231 . Les Égyptiens. 28 octobre 1964. 19 octobre 1994. le 24 février 1965. Alger républicain. « Rappelons que les autorités helvétiques ont fait droit à la requête de notre gouvernement concernant le blocage dans les banques suisses des 6 milliards d 'anciens francs appartenant au FLN et illégalement détenus par Khlder. Tous les pays arabes vont rompre avec Bonn. «Genoud avait des documents signés de Ben Bella J'autorisant à faire des études. discuté des mesures à prendre contre l' Allemagne de l'Ouest. qui a choisi de vivre dans les capitales européennes pour échapper à la justice de son pays. Genoud a lancé une assignation au nom de la BCA contre 48.» Sur la même page. l' Allemagne féd érale et Israël annonceront qu ' il s établissent des relations diplomatiques. a été arrêté à Ait Zellal. Mais ces études ont été transférées à John Brown. le gouvernement 49. qui a choisi l'aclion clandestine depuis près d ' un an. 2. Deux jours avant. 50. le 19 octobre 1964. a révélé que de graves irrégularités avaient été commises par M. Entretien avec l'au teur. le Maroc et Ja Tunisie. excepté la Libye. aussitôt l'interruption de l'aide économique de la RFA à l'Egypte. directeur général de la Banque populaire arabe. Le 9 mars 1965. souligne Me Kadour Sator. Le quotidien Alger républicain. note Alger républicain. p. us Documents du Caire. Nasser diffère son projet de reconnaissance de la RDA. arrêté pour trafic de devises. forçant ainsi les Allemands à soutenir la doctrine Hall stein et à rompre les relations avec tous les États arabes. » Enfin. « Tout de suite après on m'a jeté en prison ». a été expul sé parce qu'il «s'était livré à une activité politique inadmissible ». C'est « à la suite d 'irrégularités» commises par la Banque populaire arabe que le ministre de l 'Économie Bachir Boumaza a ordonné une inspection. Hocine Ait Ahmed. villa Joly. suivie par plu sieurs pays arabes. D 'abord. Malgré sa nationalité sui sse. se refusant à reconnaître un gouvernement communiste. rapporte Alger républicain. puisqu' ils recevront le président estallemand Walter Ulbricht. explique Heikal . provoquant. son rôle dans la disparition des fond s du FLN s'apparente à une trahison aux yeux du pouvoir algérien. n avai t fail remarquer que le grand nombre de pays intéressés constituerait un sérieux défi 48. l'arrestation de François Genoud est annoncée en ces teones : « M. qui . quant à eux. L'ambassadeu r de Suisse à Alger rend visite au président Ben Bella. pour l' informer en détail des procédures ouvertes contre Khider. qui annonce l'arrestation de Genoud dans un petit article en pages intérieures. il perd presque aussitôt tous ses droits sur le montage de J'oléoduc. le Suisse a été placé sous '\ Genoud va payer 9her son ralliement à Khider. « fai sait des séjours fréquents dans les palaces de la Confédération helvétique ». op.» Le communiq ué du ministère de la Justice ne fait pas allusion au « trésor de guerre» du FLN. explique-t-il . selon le journal algérois. continueront dans celte direction. François Genoud.

Un fonctionnaire de la Banque centrale.. Les échanges de billets sont réservés aux résidents e n Algérie.. Alger républicain. 7 novembre 1964. de chantage . Uemmène le jeune enfant avec lui. sans passer par la Banque centrale. note Bachir Boumaza. mais sous le ur responsabilité.. La Banque popu laire est pourtant une filiale à 45 % de la BCA. et lui faÎt passer les contrôles avec le passeport de son fils Michel. Quelques semaines ava nt son arrestation. différents l'un de l'autre. SI .. les autorités algériennes ont en effet procédé à de vastes opérations de change e n vue de substituer le dinar au franc. Première estocade: « la tenue la plus élémentaire des livres de banque» n 'a pas été respectée par la Banque populaire. sans a ucun accord avec la Banque centrale. Je me contenterai de la gestion fi nancière de cet é tablissement. [ . Dj ugurta Aït Ahmed fera carrière dans les journaux sui sses .. accusation : un « important trafic» contraire au contrôle des changes aurait été découvert. e n coupures de 100. Trente un s plus tard . qui a presque le même âge. dit-iL Je pourrais faire pourtant le procès de telle ou telle personne. [. ] Certains de ces prêts é taie nt d'aille urs consenti s à de prétendues assoc iations de bienfai sance et profi taient e n fait à des dirigeants de la banque ellemême. 50 et 10 dinars valant à l' heure de mi se en ci rculation respectiveme nt 100.« Le franc qui symbolise la colonisation est re mplacé par le dinar qui concréti se notre souveraineté ». Bachir Boumaza a lrOuvé de quoi faire des ennuis au banquier suisse. des groupes de spéc ulateurs sont effecti vement arrêtés et écroués. les agissements de la Banque arabe n'élaient pas moins louches.» On le VOil. [. 2. mais nous ne le ferons pas. que le ministre n'ose mê me pas évoq ue r. Les opérations de caisse étaient réalisées sans aucune pièce j ustificative. M. le min istre Bachir Boumaza donne une confé rence de presse consac rée à l' instructi on en cours 51. el plus grave. Les chèques de voyage é taient d irecte me nt transmis à l'é tranger. est nommé administrateur provisoire. Deux semaines après l'annonce de l'arrestation de François Genoud. que Mohammed Khider risque de mettre au service des mouveme nts clandestins d 'opposit ion.. Les premie rs billets de la Ba nque centrale d'Algérie voient le jour. Ethamini. 232 233 . le dossie r Boumaza couvre d 'un voile é pais le litige qui préoccupe vraiment les dirigeants algériens: celui du trésor de guerre du FLN . devenu journaliste.. la BPA consentait des prê ts allant jusqu'à un de mi-m illiard. » L'arrestati on de Françoi s Genoud est évidemme nt une riposte des autorités algéri ennes dans l'affaire du trésor du FLN qui vient de leur échapper. les autorités déc ident de rouvrir l'établissement. Du Il au 20 avril précédent . » Deuxième. En vérité. 50 et 10 nouveaux fran cs. et les retraits d 'argent redeviennent possibles. ] En matiè re d'im portation et d'exportation.« L'opération dinar a donné lie u à des spéculations inadmiss ibl es ». Lors de r «opération dinar ». Les clients sont reçus. Le ministère de l'Économ ie est part ie ci vile dans la procéd ure. Trois ième accusation du ministre de l'Économie contre François Genoud : « Fait encore plus grave. p.LE BANQUIER NOIR FIŒRES ENNEMIS AU POUVO IR mandat de dépôt Assez rapideme nt. D' emblée. peut-on Lire dans la presse.. Néanmoins. ] Des e ffets de comp laisance étaient réalisés en infraction avec les droits de timbre e t les droits bancaires. l'affaire de la BPA relève du droit commun. inlerdisant pendant plusieurs jours les voyages à l'étranger ainsi que les émissions de mand at. Bachir Boumaza dénonce les rume urs e t « mensonges» qui vise nt à « déform e r le but de l' interve ntion de l' État dans la gestion de cet établissement » : « On a parlé de rapt. Sa conférence est un réquisitoire. » Aucune corrélat ion n 'est adm ise avec l'affaire de la Banque commerciale arabe de Genève. « Le joumal de la banque é tait constitué en deux exemplaires. Genoud a permi s au fil s de Hocine Aï! Ahmed de franc hir la fronti ère algérienne. « Je me situerai uniquement sur un plan : la gestion financi ère.

en revanche. Il sera longtemps reconnaissant de sa sol ]jcitude à l' un de ses codétenus. !i4. 22 février 1965. Le 52. se demande si Françoi s Genoud... Me Gilbert Baechtold. qui n'a relevé que des infractions mi neures à la législation. où le président Nasser. Robert Lévy. intervient personnellement." Robert Lévy lui avail répond u . la police criminelle ouest-allemande. de son côté. il décide d'entamer une grève de la faim. Ainsi. ce qui l'a mis en contact avec de nombreux responsab les poli ciers dans le monde. dans le cadre de la neutralité du pays. 1 mars 1995. si vous m 'en donnez l'ordre. outre des perqu isitions régu]jères. et Me Sema.54 ». annoncent qu' il s « renoncent à défendre)) François Genoud. Le Monde. lors d'une conférence de presse. Entretien avec rauteur. Accompagné par Robert Lévy. « pour ne pas se re ndre complices des irrégularités de l' instruction 5. » Les interventions d iscrè tes en faveur de la li bération de Genoud sont nombreuses. mais elles provie nnent de l'étranger.5 ». courant 1965.52.. 55. n est nommé en janvier 1965. En pri son. avertit qu'i l faut {( se garder de faire des déclarations sur cette affaire nébuleuse. Une promesse non te nue qui a semble-t-i l. La plus forte pression vient très certainement du Caire. "Certainement. 235 . après trois mois et demi de détention. les réacti ons sont loin d'être favorables à Genoud. Deux: jours plus tard. n était là parce qu' il était honnête. la police a effectué une « fo uille nocturne)) de la villa de François Genoud. responsable de l'artisanat algérien m is e n cause dans une affaire de malversations. qu i aurait offert sa démission en signe de protestati on ». !i février 196!i. » François Genoud gardera longtemps le souvenir du régime nuquel le soumettent ses geô liers. 6 février 1965. expli que-t. je le feraL" n avail été mis en cause peu après. 234 t !i3. par ses « fortes contribu tions à la révolution algérienne » . François Genoud se désespère. du barreau de Lausanne. Gi lbert Baechtold affimle. Nou. ne contient q u' un rapport de l' inspecl ion des banques daté du 24 août 1964.~lIe Revue de Lausanne. Après trois semai nes de grève de la faim. 53• La Feuille d' avis de Neuchâtel. MCBaechtold révèle que. n'avait pas déjà « transgressé les lois su isses» qui interdisent aux ressorti ssants suisses. explique Gilbert Baechtold. de travailler à l'étranger contre une tro isième pui ssance . De 1957 à 1964. il m 'a demandé de communiquer publiquement les raisons de son gesle. Dickopf a été chef du département étranger du SKA. et qui décédera quelques mois après sa libération. il pèse cinquante kilos tout a u plus. « Mon client m 'approuve. puis il lui avait lancé: " Vous ne comprenez pas? Je dés ire que vous m 'offriez ce tap is. pour donner plu s de retentissement à l'action de le ur clie nt. et ce. Jardin. ni même interrogé. l'Algérie incluse. D'autres amis s' inquiètent : Dickopf.LE BANQUIER NOIR FRÈRES ENNEMIS AU POUVO IR François Genoud reste détenu pendant trois mois à la prison Barberousse d ' A lger. et. « à l' insu du juge d ' in struction. En Suisse. se souvient François Genoud. après avoir longtemps occupé le poste d 'adjoin t du président Reinhard Dullien. Paul Dickopf devient président du Bundeskriminalamt (BKA). décidé Genoud et son avocat à une action publique. Fel/ille d'avis de NeucMII'/. sur les fai ts qui lui sont reprochés. bâtonnier d'A lge r. avec la libération de son client a u plus lard e n janvier.iJ . que François Ge noud n 'a pas été incul pé. Le doss ie r. s'était arrêté longuement devant. poussé par le colonel Fathi al-Dib. le ministre avait tourné autou r d'un tapis magnifique. Monsie ur le Ministre. L'avocat confie qu' il a é té contacté par un émi ssaire du gouverneme nt qu i lui a proposé une « sol ul ion ami able» de l'affaire. Le 1er fév ri er. Les hasards de la vie: au moment où Genoud se morfond en cellule. . Ses enn uis avaient commencé lors de la visite d'un m in istre dans une très belle exposition de tapis qu' il organi sait. Jean Hugly dans la Nouvelle Revue de Lausanne. au moment où il commence sa grève de la faim. « Robert Lévy m'avai t acc ueill i dan s la sall e commune de la prison.

Le banqui er de Lausanne n'a+il pas lui-même « des jokers en main ». Il ne faut pas chercher aiUeurs. 7 mars 1995. et rend aussitôt visite au Département poli tique fédéral (les Affaires élIangères suisses) à Berne. 57. Il demande d 'aiJJeurs pour elle des mesures spéciales de protection à l'ambassade de Suisse à Alger. il est transféré au centre hospitalier Mustapha. J'ai pris les dispositions nécessaires pour qu 'il pane en Suisse. Une plainte pour «gestion fraudul euse» vient d 'être déposée au parquet de Genève contre la Banque commerciale arabe par Abderrahmane Naceur. Je lui ai dit : tout ce qu'on m'a fait. François Genoud est reconduit à sa villa d'Alger où il est placé en résidence surveillée.» François Genoud est autorisé à se rendre en Suisse. 7 mars \995. Et il est bien revenu à Alger S7. 6t. se sont risqués à aborder le sujel 63. L'affaire des fonds de cet organisme figure parmi les secrets de la Banque commerciale. qui était restée en Suisse durant sa détenti on. Le litige avec la Banque commerciale arabe porte sur 59. 63. lI m'a expliqué qu 'il voulait aller voir son père qui était gravement malade à Lausanne. a été créée pour prendre en charge le problème des orphelins de la guerre de libération. je suis prêt à l'oublier. le silence est d 'or et les amis se font rares. La presse suisse se demande pourtant si cette libération est réellement imputable à ses diplomates. je n'oublierai rien . Enlrelien avec l'ameur. je n'ai rien dit. 19 mars 1965. Entretien avee l'au leur. Emrelicn avec l':luleur. animée par Zohra Drif et Djamila Bouhired. où l'on s'est efforcé de souligner le caractère délicteux du différend. a rapporté Mohammed Lebjaoui. les autorités cèdent. Trois jours plus tard . Dès l' Indépendance. 236 Un nouveau désagrément attend Genoud. pour le remercier de ses interventions. confirme-t-il . dit-il. Mohammed Lebjaoui. 56. 18 décembre 1991. l'Association a développé une importante activité de collecte de fond s pour créer des « maisons d'enfants ». qui «auraient pesé plus lourd que les interventions des diplomates suisses»? s' interroge la Welrwoche S9 • Genoud apprécie peu. parce que toutes les portes s'étaient fermées. sans que j'aie pu la revoir. liés aux grèves de la faim qu'ils (Ilote de l'auteur: les chefs algériens) avaient faites S6. « C'est cette grève de la fa im qui m'a libéré. accompagné de Gilbert Baechtold. « C 'est Lebjaoui qui a obtenu mon départ. » li arri ve en Suisse le 12 mars 1965. L'État a émis un timbre au bénéfice des orphelins. Alger républicain annonce que 700 millions d 'anciens francs ont déjà été recueillis par « Djil el-Djahil » dans les pays arabes au bénéfice de l'association. Mais si mon père meurt . Depui s qu'a éclaté le conflit entre Khider et Ben Bella. ce sera une haine totale. Véritis sur la rlvolmion algérienne. op. et qu'elle loge chez un membre du personnel diplomatique 61 ». Je lui ai demandé sa parole de revenir en Algérie.LE BANQUIER NOIR FRÈRES ENNEM IS AU POUVOIR 18 févri er. lVe/twoche. » François Genoud regagne Alger une semaine plus tard en compagnie de son épouse. Et je connaissais trop cette situation : ma mère était morte pendant mon exil . Le 26 novembre 1962. L'A ssoc iation des enfants de la Chouhada. 19 mars 1965. tel Mohammed Lebjaoui. lVe/rwoche. li obtient «qu'elle soit constamment accompagnée. 60. « François Genoud a fait appel à moi. « A ma sortie de prison. François Genoud se tourne vers Mohammed Lebjaoui. 12 mars 1965. ce dernier est l'un des rares Al gériens à êlIe resté en contact avec les deux panies. 237 . U Monde. 58. directeur de l'association « Djil el-Djahil» (Génération nouvelle)62. Seu ls de rares auteurs algériens. sinon que je préférais passer six mois en prison en Algérie plutôt que huit jours en Suisse 60. Je savais qu' il y avail des las de souvenirs entre nous.» A AJger. grâce à des «relations internationales inconnues ». 62. cif. au motif de la maladie de son père~. li ne fait aucune déclaration publique. La collecte est internationale. Enlrelien avec l'auleu r. \" seplembrc 1994.

'i ». Khider ajoute que Genoud. Khider indique que cette mesure ne serait donc que la réparation d'une grave inj ustice et qu 'eUe est à ses yeux primordiale. n'a jamais accepté de trahir son amitié et sa confiance. li subventionna certaines organisations de résistance palestiniennes. Voir exigences citées dans MohllJlUned Lebjaoui.5 milliards d'anciens francs.cbjaoui. « A cette époque. Vergès m'a demandé si je connaissais Genoud ». soit la somme de 500 000 livres sterling (en nouveaux francs français 7 000(00) au moment même où la Banque populaire arabe sous administration judiciaire effectuera de son côté le paiement des créances dues à la banque commerciale arabe (BeA). devenu l' un des collaborateurs de Jacques Vergès à Révolution africaine. NoirCanon. L'avocat est en effet l'époux de Djamila Bouhired.LE BANQUIER NOIR FRÈŒS ENNa. op. été en butte à ces poursuites que parce qu'il s'est refusé à interven ir dans le différend qui opposa it deux de ses amis: Ben BelJa et Khider. et on a du mal à le récupérer 64 . l'une des deux fondatrices de l'association. n'ignorait pas qu'il agissait au détriment de sa sécurité et de tous ses intérêts. » Le marchand d'armes Georges Starckmann pouvait témoigner que les fonds du FLN avaient d'ores et déjà été mis à la disposition des maquis créés par le Front des forces soc ialistes de Hoci ne Aït Ahmed 68. Entretien avec J'auteur. n procéda à d' importants achats d'armes 67. Les fonds finissent-ils déjà de s'évaporer ? « Khider fit savoir autour de lui qu' il ne prélevait sur ces fonds. plaide Mohammed Lebjaoui. « Puis il m'a dit: "argent des émirs a été mis à la Banque commerciale arabe. 239 . cit. 67. Il subventionna un mouvement armé dans le Constantinois. Le procès-verbal établi par Lebjaoui montre combien J'arrestation de François Genoud a été durement ressentie par Khider. 238 66. [J consacra aussi des sommes considérables à la rébellion en Kabylie et à celle de Chaabani. celui-ci expliq ue que « chaque partie doit s'acqu itter intégralement de ses dettes » . Khider déclare avoir en sa possession 2. 1992. 6R. 18 mlli 1990. Il réunit une nouvelle fois Ait el-Hocine et Mohammed Khider. Ces fonds ont été directement versés à la Banque commerciale arabe de Genève. soii la somme de 10000 000 NF environ 6. pour son usage pe rsonnel. car il ne peut oublier que Genoud. soil le double de la somme annoncée par Khider. Wrirb sur la rél'l)lmion a/g/rienne. sécurité et intérêts qu'une attitude contraire à l' honneur aurait. par contre. Procts-verbal cité par Mohammed Lebjaoui. Dans les tractations secrètes entre Alger et Khider. Voir dans ses Mémoires: Georges Starckmann. en choisissant de rester fidèle à l'amitié. que son traitement de membre du Bureau politique. 65. jugeant que c'était son devoir.» Le vendredi 14 mai 1965.US AU POUVOIR les 500000 livres sterling données par l'émir du Koweït. « Khider demande l'annu lation des poursuites judiciaires engagées en Algérie contre Genoud. TI précise que Genoud n'a 64. ibid. Khider précise que « la Banque commerciale arabe devra procéder au transfett en Algérie des fonds "Djil el-Djahid". qui font l'objet du bras de fer engagé par Alger contre la Banque commerciale arabe de Genève. Belrond. se souvient Nils Andersson. Le 2 février 1965. Paris. dont les suites furent trag iques.» En réalité. mais ils De sont jamais arrivés à Alger. les négociateurs se retrouvent une nouvelle fo is à Madrid. Nul doute que cette estim ation inquiète au plus haut point les responsables algériens : les fonds du FLN s'élevaient officiellement un an plus lôt à 40 millions de francs suisses. ibid. Un homme suit de près ce connit : c'est Jacques Vergès. les fonds manquants à Genève sont allés rejoindre les fonds détenus par Khider. Dans sa proposition de règlement. le directeur des Éditions de la Cité à Lausanne. Mohammed l. en plus des services éminents rendus à l' Algérie. Starckmann affrète Mohammed Lebjaoui poursuit sa mission de bons orfices. entièrement sauvegardés 66.

Le 5 novembre 1962. L'aide apportée par Mohammed Khider aux organisaLions palestiniennes ne date pas de son exil. Arrivés au pouvoir. Alors que le chef du Fatah regagne le Proche-Orient. ils n'avaient pas à leur disposition de véritables refuges. C'est chose fai te en février 1963. avec de solides arguments:« Nulle part au Moyen-Orient la populaüon n'était assez dense pour que des guérilleros puissent se déplacer parmi le peuple. En second lieu. Mohammed Khider. Ara/or. Xavier Baron. note Xav ier Baron. 72. François Genoud a accueilli à Alger le mufti Amine el. Le bureau sert de fenêtre ouverte à Yasser Arafat. dans un salon de thé de la rue du MontBl anc aujourd'hui di sparu. Abou Jihad se rend à Pyongyang el Hanoi 72. Une option «chinoise » que Nasser voit d ' un mauvais œil et critique. Ils lenaiefll manifestement à ce que personne ne soit perdant dans cette affaire. Lors de la proc lamation de l'indépendance algé rienne. Mohammed Khider. Ce jour-là. l'Union soviétique. le 28 mai 1964. semble-t-il. Ibid. cil. qui espèrent garder la haute main sur les organisations paJestiniennes. mais seulement avec des arrière-pensées politiques. déjà prévue avant l'échec de la première. Paris. en compagnie de Mohammed Kh ider. C'étaient encore des billets de 1 000 marks soigneusement emballés. En Algérie.LE BANQUIER NOLR FRÈRES ENNEMIS AU POUVOIR à Prague un avion Constell ation rempli d 'armes destinées à des parachutages en Kabylie.Hussei ni et une délégation du Haut Comité arabe de Palestine. Khider m'a demandé avec beaucoup d ' in sistance de garder le matériel prévu quoi qu ' il arrive. pas agi pour son enrichissement pri vé. Khider l'avait fait venir. C 'est Abou Jihad (Khalil el-Wazir) qui ouvre le bureau de représentation. op. Yasser Arafat. n'a donc. se souvient François Genoud . Les PQI~s/iniens. Abou Jihad meu rt assassiné par les services s~ciaul( israéliens à Tunis . un peI/pie. « La présence d 'Abou Jihad dans la capitaJe algérienne sera particulièrement précieuse pour établir les premiers contacts avec la Chine. chef d 'aJ-Fatah. Rémi Favrel. )10 Si J' affa ire du trésor du FLN est effec tivement l' un des plus important s détournements de fond s de cette décennie sur la place de Genève. L'élection à Jérusalem. la République démocratique du Nord Vietnam et la République démacralique de Corée. 1990.:n 1988. Ce qui n'empêchera pas les autorités algériennes et leurs services spéciaux de prononcer la peine maximale à l'encontre de J'ancien secrétaire du FLN. au premier rang desquels Che Guevara. 7 1. qui en est le commanditaire. Le matériel est intercepté et confisqué à Palma de Majorque. Un des/in pour la PQI~s/.ne . à Genève. Yasser Arafat évoque publiquement l'exemple que constitue la lutte du FLN pour l'organisati on palestinienne et ébauche une stratégie« guéri llera» contre Israël. Nous sommes restés amis jusqu'à sa mort 71. 241 . « Nous sommes passés à la seconde opération. les chefs du FLN ont tous été des soutiens actifs de la cause palestinienne. au Vi etnam. « J'ai connu le jeune Abou Jihad à Alger en 1962. 240 Jo) 70. le 3 juillet 1962. Les premiers contacts avec la Chine donnent des résultats si satj sfaisants qu'Abou Jihad accompagne Yasser Arafat à Pékin en 1964. d'Ahmed Choukeiry à la tête du premi er comité exécut if de l'Organisation de libération de la Palestine confirme d 'ai lleurs leurs prétentions. m'a remis l'argent nécessaire. il y avait des 69. le finan cier du FFS . Ce second paiement représentait le reste de la somme que les Kabyles s'étaient engagés à me verser. demande à Ben Bella l'autorisation d'ouvrir un bureau de la PaJestine à Alger ïO . ou le principal bénéficiaire. Renaudol. » L'existence de ce bureau algérois est vivement critiquée par tes Égyptiens. notamment pour y recevoir des leaders tiers-mondistes. Il avait été payé par Khider. Ces témoignages en tout cas semblent l'accréditer. de ne le livrer à personne avant de recevoir des instructions 69. raconte Georges Starckmann.

» Vergès accepte. L'avocat est bloqué à j'aéroport de Jérusalem. u Salaud Illmineux. Mahmoud Hijazi. ils ont des commandos el les premiers fedayin viennent d'être arrêtés en Israël 14. lui dit Boutenika. et se rend auss itôt en Israël. 75. et aussitôt conduit en pri son. prend le pouvoir en Algérie. dans sa cellu le à Jérusalem. Yasser Arafat et à sa sui tc plusieurs organisations palestiniennes se lancent dans l'action dc guéril la. Son témoignage est cité par Gilles Perrault dans sa biographie d'Henri Curiel. il apprend la tenue du procès de Hijazi par la presse. V II homme à part: « Henri m'a demandé de rencontrer au Caire Chehata Haroun el Albert Arié en me prévenant qu'ils voulaient que j'intervienne contre le fatras antisémite véhiculé par les Palestiniens. Un grand hebdomadaire avait entrepris de relever les méfa its commis par les juifs depuis la nuit des temps. ainsi qu ' une pétition pour faire li bérer Eichm ann . Au symposium . de sinistre mémoire. fait et défait. Cité par Mohammed fl assancin fleikal.. Titi Arié et une vingtaine de camarades. pas un applaudissement. selon une tactique malsai ne el improvisée. A la fin de mon intervention. dl. Puis Vergès repart par Beyrouth où il rencontre publ iquement des dirigeants de l'DL? Défense de rupture oblige: il annonce qu'il mettra en avant le «caractère militaire de l'opération » de son client. Le patron de l'OLP était alors Choukeiry. 1986. le ministre algérien des Affaires étrangères. mais il parvient à transmettre une déclaration il des journalistes. Un homme d pari. il ne faut même pas les jeter à la mer. Mais Jacques Vergès n'en a cure. Lieu commun. Jacques Vergès. Une organisation s'est constituée récemment. l'année. Les autorités israéliennes le déclarent aussitôt persona lion grata: il ne peut théoriquement plus plaider. toutes les institutions nationales et régionales du parti et de l'Élat se trouvent cntre les mains d ' un seul homme qui confère les responsabilités à sa guise. Dp. el. D 'autres ex-membres du «collectif des avocats» du FLN algérien sont conduits à approcher le mouvement palestinien. Cité par Gilles Perrault. un s ilence de mort 16. Ils en apprécient moins les débats. lis m 'ont fait de la situation un tableau effarant Une nouvelle édilion du Protocole des sages de Sion circulait au Caire. les poissons crèveraient !" J'ai parlé devant deux mille personnes. il y a un travail pour toi en Israël. L'un des membres du commando. déclare Boumedienne. . les organismes dirigeants. de Jordanie ou de Gaza. Ahmed Ben Bella est destitué. Son « happening . Paris. Mahmoud Hjjazi. 242 Le 19 juin 1965. l'avocat peut rencontrer son client. C'est l'opération al-Assifa (la tempête). C'est le cas d ' un représentant d' Henri Curiel au Premier symposium pour la Palestine au Caire en avri l 1965: Marcel Manville. op. rapporte-t-il 7:5. /bid. En septembre 1965. Jacques Vergès sera l'avocat de J-Ujazi.» Pourtant. ciro 243 .LE BANQUIER NOIR FRtRES ENNEM IS AU POUVOIR zones situées hors d'alteinte de l'ennemi [ . » Le symposium préfigure les alliances lroubles nouées par les groupes palestiniens les plus radicaux . « Au relour.. sur CCI épisode. Yasser Arafat a engagé près de quatre-vingts hommes dans des opérations de sabotage d'ouvrages civils qui réussissent très diversement. Jacques Givet. c'est tout ce qu'il espérait. En tro is mois. des hôtesses de la Swissair m 'ont réconforté avec des brioches chaudes farcies au caviar ». avocat martiniquai s. u Cas Vergès. il est aussitôt inscrit au barreau d'Alger. une dizaine de commandos essaiment ains i. Les Documents du Caire. j'ai entendu des interventions incroyables. impose les oplions et les 76. « Le pouvoir personnel uujourd 'hui consacré. Les autres sont accueillis par les tirs de l'année jordanienne: un Palestinien est tué. Les délégués sud-américains étaient tout simp lement des nazis. cil. 73. op. trouve son écho dans la presse. est fait prisonnier. « Fai s-toi inscrire très vite au barreau. J'ai donc rencontré Chehata. un commando du Fatah franchit le Jourdain et fait exploser le tunnel Eilaboun. Une déléguée holl andaise a même déclaré à la tribune: "Les juifs. avec à sa tête le général Boumedienne. Le 8 janvier 1965.] Il n'existait pas de tels refuges en Israël 73.. 74. rapporte l'avocat.

Le prés ident de la Société nati onale de commercialisation el de transport des hydrocarbures (Sonatrach). Tous montent dans sa OS blanche. 78. 79. CA/Striell en Europe. Angleterre. op. C Ilebdo libéré. le premier tanker vient remplir ses soutes de pétrole dans le port d' Arzew. fait quelques mètres. Témoignage rnpponé par l'AFP à Madrid. "Un Algérien comme toi.).LE BANQUIER NOIR hommes selon l'humeur du moment. L'oléoduc se fera sans lui. Israël . accompagné de sa femme et de son beau-frère. à mon mari et à Lakhdar Bell a!. les caprices elle bon plaisir. » Deux balles brisent la vitre avant de la voiture de l' ancien chef du FLN. . L' Hebdo liblr~ (Alger). mais cinq autres balles l'atteignent à la tête et à la poitrine. Les beaux projets de François Genoud en Algérie sont terminés. François Genoud rumine sa défaite: « La banque FLN. bastion financier de l'État d'[sraël. Mais il nous a serré la main. l Of mars 1966. Lakhdar Bellal. La Sonatrach met sur pied un nouveau montage financi er. annonce qu'avec l'entrée en fon ction de ce pipe-line la production pétrolière algérienne va augmenter de près de 10 millions de tonnes en 1966 78• « L'alliance sacrée de Suez . M. K1einwort Benson.. 6 janvier 1967. cil. qui avait joué un rôle essentiel dans l'élaboration de notre projet. raconte sa fe mme peu après. Le 3 janvier 1967 au soir. Dans ses Mémoires (Noir Canon. 7 L'encombrant trésor Mohammed Khider ne s'auendait pas à rencontrer des tueurs. est trahi au profi t du constructeur anglais John Brown n. Un coup de feu l' aurait touché au poignet droi t pour l'empêcher de sortir son pistolet Walter PPK 2.se reconstitue. Un homme s'esl approché et a dit en arabe: "Bonsoi r Khider. Puis il a dit. Belaïd Abdesslam. et son regard ne m'a pas plu. . an." L' homme m'a alors regardée..France. Sa 1. elle-même participant à des augme ntations de capital de la banque Leumi Leisraël. Mohammed Khider s'extrait de la voilUre. tout ce jOl i monde se retrouve dans son rôle classique de parasite ». cité. » Le troisième oléoduc algérien entre en fonctionnement le 14 février 1966. en sortant la main de la poche intérieure de son veston: "Je vais te donner mon adresse.Qui t'a donné mon adresse? . 2. est remplacée par une banque anglaise. 8 juillet 1992. el publié dans Le Monde. il avait un pistolet automatique au poing et commençait à tirer 1. Les anciens colonisateurs appuyés par la finance sioni ste. explique-t-il . conc lut François Genoud 79.U est bien tard.L'ambassade d 'Algérie. amenés par des intennéd iaires totalement indifférents à l' intérêt du peuple algérien et des peuples en général. pour se rendre à un dîner.Qui es-tu ?" a répondu mon mari . à moi. Starckmann signale qu ' il avait offen celle arme à Mohammed Khider. «Nous éti ons déjà in stall és dans la voilure et mon mari avaÎl mis le contact. Je veux te parler d' une affaire importante. Dès le 19 février. . Phoen ixRheinrohr. De Lausanne. 77. le marchand d 'armes George. l'ancien secrémire généraJ du FLN quitte son appartement de la rue San Francisco de Sales à Madrid ." L' instant d'après. » L'année et le nouveau président Boumedienne vont appliquer à la lettre les préceptes dénoncés plus avant. 245 . Mais nous pouvons nous voir demain.

un parabellum P38 de fabrication allemande. pui s journaliste dan s une revue parisienne. Boukhalfa. U Monde. Déclaration en possession de I·auteur. 1976. Il n'a appris la nouvelle du meurtre que le matin du 4 janvier. la division internationale de la DGS peut déjà conclure que le gouvernement algérien. Dès le 5 janvier. a coordonné. Fort troublant est le témoignage de Lui s Gonzales Matta. petite barbe proéminente. Le suspect s'appelle Youcef Dekhmouche. rapporte Gonzales Mattu.Mohammed Khider -. Paris. François Genoud se trouvait à la montagne le jour de l'assassi nat. Deux offi· ciers des services extérieurs présents en Algérie le confinnent . La police a perquisitionné son domicile ct découvert un revolver 9 mm . 247 . comme l' impunité de son assassin 6 » . avec une balle engagée dans le canon. J'assassin véritable. S janvier 1967. quelques jours plus tard . 8.ifi é par la police espagno le. K. Entretien avec r aUieur. «Dekhmouche disparaît. attaché aux affaires consulaires de l'ambassade d 'Algéri e. et. se serait caché dans l'ambassade. l'homme rentrera à Lausanne dans sa Mercedes 8. « par Je biais de. cheveux no irs abondants. Ibid. Pour les services espagnols. 5. A son retour.« probablement accompagné de diplomates al gériens ou syriens ». L'enquête s'oriente immédiatement vers les réseaux de la sécuri té militaire algérienne à Madrid. Un mandat d'arrêt est aussitôt lancé. note le journal Le Monde. vembre 1926. la police ramasse les douilles de deux balles de 7. Gonzales Malla aurait été chargé d' une partie de l'enquête sur l'assassinat de Kbider 7. est retrouvée non loin de là. lnspecteur de la DGS à l 'époque. couvert et faci lité l'assassinat de M. dans Cygn~. l'ambassade d 'Espagne à Alger présente ses excuses au gouvernement algérien. le tueur présumé est ident. après avoir rebranché sa ligne's. il a « débranché son téléphone ».LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANT~OR femme et son beau-frère le transportent à la clinique voisine de La Concepci6n. » François Genoud est clairement visé par les accusations de Gonzales Matta car un long portrait de lui précède ce passage 9. les services espagnols ont rapidement retrouvé la lrace de Youcef Dekhmouche. . 9. il voyage dans une Simca 1000 immatriculée en France. Boukhalfa six heures après l'assassinat du leader algérien 4 . L'une des armes. pour être plus tranquille. teint clair. 246 6. sa représentation diplomatique dans notre pays. Cet homme l'emmène dans un petit restaurant du Tessin proche de la fronti ère italienne. est arrêté puis gardé à vue vingt-quatre heures dans les locaux de la SOrelé. lbjd. située quelques centaines de mètres plus loin. La police suisse en aurait été avisée par les autorités espagnoles. Grassel. l' appartenance de Dekhmouche li la sécurité militaire algérienne ne fait aucun doute. El. en précisant qu'aucune charge n'a été relevée contre M. avant de devenir éc ri vain. 1 mètre 73. L'ambassadeur d 'Algérie proteste offi ciellement el dément la rumeur selon laquelle un autre homme. Selon ses informations.65 et cinq de 9 mm qui témoignent de la tuerie 3. soixante-cinq kilos. la police soupçonnait déjà M. 7. Ml mojrts (!rm Dgent secret. 10 janvier 1%7. 4. Selon des milieux bien infonnés. mais Mohammed Khider a déjà succombé à ses blessures. La miss ion accomplie. rejoindra l'Algérie . d'Italie. 11 offre un repas à Dekhmouche. Note publi6e en fac-sim ilé par Luis Gonzales Malla. Un homme est parvenu à le faire évader de l'ambassade. qui passera la fronti ère quelques instants plus tard . Sur place. Dans une note du 3 février. né à Beni Mesien le 13 no3. On l'interroge pendant cinq heures et demie en présence de l'ambassadeur d'Algérie à Madrid. IJMonde. Fiché par interpol dans le cadre d'une affaire de fausse monnaie. 18 décc nlbre 199 1. Celui-ci a trouvé refuge à l'ambassade d 'Algérie à Berne. Rabah Boukhalfa. Le diplomate est néanmoins relâché aussitôt après son interrogatoire.

II. Entretien de Kadou r S:uor avec l'a uteu r. la BCA et Zouheir Mardam . » Le Suisse assiste à l'enterreme nt de Mohammed Khider au cimelière des Héros de l'indépendance. » 10. qui é tait le véritabl e client de la banque. Ces mouvements ne connaîtront pas les graves difficultés de trésorerie qui affectent généralement les partis d'opposition . François Genoud dément vigoureusement. non loin d 'Ail Ahmed. « Ce sont des rumeurs lancées par Alger. Ramdane Redjala. CÎI. la mort de Khide r allait faire remonter le secret du trésor ». et seul clie nt de la banque. du moins pour le PRS/CNDR 12. se souvient le juge d'instruction Roger Dussaix. après l'enlèvement de J'ancien Premier ministre congolais Moïse Tschombé. L'affaire n'esl pas te mlÎnée pour autant.. l'un des premiers modèles. mes amis savent ce qu'il s doivent en penser 10. « en paieme nt de 42 796 100 francs suisses avec intérê ts >~. ). séance du 1'" juillet 1974. dès le 6 janvier. Le 14 février 1967. Scion François Genoud. so lidairement. à Paris. En trelien avec r auteur. de 1964 à 1967 pour les de ux premiers. de faire face à des dépenses onéreuses (locaux. C'est donc ce finan cement qui leur a penllis d 'entretenir un corps de pennanents jusqu'en 1968. François Genoud et Zouheir Mardam rétorquent que les comptes ont é té ouverts au nom de Khide r. 18 décembre 1991. 13. lesqueLs se trouvaie nt en possession de la police espagnole.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANT TRI!sOR L'ex-agent espagnol renouvellera ses allégations e n 1985 à l'inte nlion de la justice suisse. en dévoil ant la montre à quartz. explique Me Kadour Sator. PRS·CN DR : Pani de la Révolut ion socialiste Comité national de défense de la Rtvolution. « au mome nt de son assass inat. considé rant que « la culpabilité de celu i-ci n'est pas é tablie à satisfaction de droit ». Mohammed Boudiaf étonne ses camarades. Les e nquêteurs suisses n'en sont évidemment pas si sûrs. les gestionnaires de l'é tabl issement «ont su que Khide r n'avait plus le pouvoir de di sposer des fond s. Le me urtre de Khider a une autre conséquence immédiate. 18 décembre 199 1. » Par ses fonctions de banquier.. François Genoud est d 'ailleurs resté en relation avec les trois dirigeants de ces mouvements.le 30 juin 1967 -. à Casablanca. Jes fonds avaie nt déjà été pratiquement dépensés 16» . par le dé tourneme nt d ' avion de Madrid vcrs Alger . 17. FFS: Front des forces socialistes. il classe également celle dirigée contre Zouheir Mardam. L'Oppo:rilion I!n A{ghit depuis / 961. OCRA: Organisalion clandestine de la Rtvolution algé rienoe. 8 mm 199 1. les Espagnols n'ont rien voulu donne r 11. le 10 juillet. secrétaires . Pour les autorilés algérie nnes. La République algérienne et le FLN ass ignent. le directeur de la Banque commerciale arabe. Mais. le procureur généraJ classe la pro- cédure pénale ouverte contre Mohammed Khider. d'assurer la publication de brochures luxueusement imprimées. 19 octobre 1994. 12. « Selon e ux. I S. comme l'explique Ramdane Redjala : « Mohammed Khide r a géné reusement subve ntionné le FFS (de Hocine An Ahmed). Arrê t du tri bunal fédéral suisse.. seul déposant. et du général Oufkir". Les avocats de l'Algérie pla ident une é vide nce : Mohammed Khide r n'é tait que le mandataire du FLN. déplacements. chargé de cene procédure par le gouverneme nt algérien 14. beau-frère de Khider. 16. ils se sont fait s ses complices pour penne ure la sou straction fraudul e use des biens » du FLN 15. A Genève. « Nous espé rions découvrir des éléme nts nouveaux dans les papiers laissés par Khider. 249 . Sunday Times. Entretien avec Ramdnne Ri!djala. 248 14. qu'il porte à son poigne t . selon e ux. matériels. eUe ne fait que commencer.. Entretien avec l'auteur. Une photo de l'assistance publiée par le SUflday Times le montre aux côtés de Fathi al-Dib. et à partir de 1966 pour le de rnier. offerte par François Genoud 13. /bM. En outre. e xplique-t-iJ sèche me nt. le PRS-CNDR (de Mohammed Boudiat) et l'OCRA (de Mohammed Lebjaoui). L 'assassinat de Khide r « me t fin à la période des vaches grasses pour l'opposiLion algérie nne ». op. 8 janvier 1967.

Lebjaoui teOle.. Abdelhamid Boussouf lui-même.. cit. /bit/. 250 L'ENCOMBRANTTRtsOR Le coup d'État de Boumedienne ct l'entrée dans " opposition d' une partie de la première génération des ministres algéricns va provoquer des retrouvailles in attendues sur les sols suisse et français. Entretien avec l'auteur. petite société qui sert de couverture à ces venles. u Croissant et la Croix gammie. se souvient Genoud. Lebjaoui était un intri gant pour le bien. il représente les services spéciaux ouest-allemands (BN D) dans la capitale 18. 1"' se ptembre 1994. aurait manifesté son estime à François Genoud : « La première fois que j'ai vu Boussouf. On a ri tous les deux . 19. C'est l' un des rares chefs « historiques» restés au pouvoir. Chez les« frères» du FLN.'. lui dit J'ancien leader. L' accrochage lui vaut une leçon de morale de Mohammed Lebjaoui: « Ce n'est pas digne de vous » . li m'a dit: je vous donne mon numéro de téléphone. commente FrançoÎs Genoud. ne le donnez à personne. il se lève. Entretien avec l'auteur. 99. se souvient François Genoud. selon certaines sources. Certaines sources allemandes notent qu'il effectue également des missions à l'étranger pour le compte de la direction générale de la sécurité militaire 20• François Genoud a lui-même d'autres entrées à la 4( SM ». le cu. seul. Son engagement aux côtés du FLN pendant la guerre d 'Algérie lui vaut des amitiés qui dépassent les conflits politiques intérieurs.LE BANQUlER NOIR Franço is Genoud n'a pas rompu ses liens avec la sécurité militaire algérienne. op. « Quelques jours plus tard. Roger Faligot et R~mi Kauffer. c'est un Algérien. L'Arabo-Afrika. » Dès qu ' i! voit Boumaza. se trouvait un gars assis. Mais. par le plus grand des hasards. est basée à Munich et se consacre officie llement à des « enquêtes économiques 19 ». à Alger. il m'a fait l'accolade et m'a dit: "Ah. s'est installé à Alger où. a souvent été utilisée par François Genoud comme boîte aux lettres.. Je me suis dit: ça. L' Arabo-Afrika.t le monde 21. 251 . et au plus haut niveau de l'État. l'ancien mini stre de " Économie. publié 22. Il me voit. Boumaza a rallié l'opposition lors d 'un voyage à Paris. j 'étais monté en haut. et je le connais. Il étaÎt ilJégal à l'époque."» t 8. 20. le chef et fondateur de la sécurité militaire. François Genoud lui « tombe dessus à bras raccourcis ». ma1gré son amitié pour Khider. Il est l'un des coauteurs de La Gangrène. ne s'est jamais démenti. il conseille aussi les services spéciaux en matière technique. Hans Rechenberg fournit notamment la sécurité militaire en matériel d'écoute: récepteurs goniométriques et voitures destinées à capter les émissions radios clandestines. Bachir Boumaza avaÎt prononcé un réquisitoire sans appel contre le banquier. Verbalement s'entend. 2 1. son vieux camarade Hans Rechenberg. op. et me tend la main . cit. Peter-Ferdinand K och. il est vrai . j'ai revu Boumaza dans un café.rateur de Walter Funk. Certains intriguent pour le mal. longtemps ministre du gouvernement Bownedienne. en octobre 1966. monsieur Genoud. Dans un coin sombre. François Genoud lui voue une hai ne tenace. En outre. Hans Rechenberg ne se contente pas de vendre du matériel «sensible ». dont le nom est emprunté aux clubs du groupe Naumann. » Avant d'être ministre. Le contact avec Rabah Bitat. de récupérer l'ancien mini stre de Boumedienne au sein de l'Organisation clandestine de la Révolution algérienne (OCRA) qu ' il a fondée avec Art el-Hocine en avril 1966. 1. C 'est le cas de la rencontre de Genoud et de Boumaza. 14 mars 1991. Boum aza a été un valeureux combattant du FLN. Nommé ministre de l' Inform atÎon par le colonel Boumed ienne en 1965. C'est en prenan t sa main que je l'ai reconnu. Die Tagebl1cher des DoklOr Joseph Goehbels. Il est remi s en présence de son procureur dans une rue de Genève en compagnie de Mohammed Lebjaoui « Lebjaoui était un homme qui cherchait le bien. L'établissement avait plusieurs étages. au moment de sa détention en 1964. l'ami de tou. les contacts ne sont jamais tota1ement rompus et les réconciliations parfois inattendues. J'ai été très touché par cette marque de confiance 22.

Le grand héros pour moi. aux premières opérations spéciales du FPLP en Europe. C'est un homme de discours. qui deviendra le chef d'une organisation cousine. il a participé à des actions retentissantes. le plus grand dépôt de carburant du sud-est de la France. « Arrive un frêle vieillard. Septembre noir. aux yeux ardents et doux. notamment à la préparation de la « nuit rouge» qui détruisit. à ne pas confondre avec son quasi-homonyme Boudiaf. Arrêté en 1959 et condamné par les Français. pour lequel il a une admiration ancienne.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANT TRËSOR aUlt Édilions de Minuit après son arrestation en décembre 1958. les liens de François Genoud chez les Palestiniens trou vent leur origine dans des constatations plus pragmatiques: « J'ai toujours sympathisé avec les activistes. il y avait aussi des éléments activistes. qu i ne s'est jamais démentie. Issus tou s deux de familles grecques 252 253 23. Enlretien avec t·auteur. autodidacte. puis commence à partÎciper. Dans le Fatah. . mais le Suisse n 'avait guère besoin des Algériens pour elfe introduit dans les mouvements palestiniens.» Waddih Haddad et Georges Habache sont pourtant comme les doigts de la main. li devient. en particulier dans les réseaux de soutien pro-palestiniens. François Genoud a connu Boudia au moment de cet engagement 24. François Genoud sera inconte stablement proche du FPLP. septembre 1994. et surtout de Waddih Haddad. en av ril 1967 . Il s'exi le en 1965 . Georges Uabache. Pendant la guerre d'Algérie. 25. François Genoud l'a confirmé à l 'auteur le 1' <se ptembre 1994. Les contacts de François Genoud panni les Palestiniens sont si étendus qu ' ils échappent à toute analyse politique ou historique des mou vements. et s'engage dans l'Organisalion de résistance populaire (ORP). pas un homme d 'action. le 25 aoOt 1958. Bachir Boumaza est l'un des promoteurs d'une fili ère algérienne d ' aide aux Palestiniens avec Mohammed Boudia. clandestinement. Vous avez partout des activistes et des bavards 2S . Boudia est avant lout un homme de théâtre.. Après leurs retrouvailles de Genève. Quelque se ize millions de litres de carburant partent en fumée. 24. je rai connu mais il ne m'a pas intéressé. les chemins de Boumaza et de Genoud se croi seront souvent . d'el-Fatah. avant de prendre la tête de la Force 17.» Bachir Boumaza parvient à s'évader de Fresnes cn octobre 1961 . où il faisait figure d 'expert en explosifs. Mohammed Boudia se tourne vers d'autres cau ses. Boumaza. les instaUations pétrolières de Mourepiane. l'admini strateur du Théâtre de l'Ouest parisien de Boulogne-Billancourt. explique-t-il. sur proposi tion de Mohammed Hurbi. qui se trouvai t à Al ger dès 1962. il est nommé directeur du Théâtre national d 'Algérie par Ben Bella.. c'était Waddlh Haddad. J'étai s française. ou d 'Abou Jihad. fai sant un mort et dix-huit blessés panni les pompiers. en 1968. les services spéciaux de l' OLP. Franço is Genoud fréquente presque « tout le monde » . . les mauvais traitements avaient fait de lui un viei llard ». Responsab le du FLN à Marse ill e. Le RUR s' autod issout en 1974. qui dev iendra l' un des chefs du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) en Europe. Bien que le FPLP s' inscrive parfaitement dans l'histoire des mouvements panarabi sles dont il a sUÎvi lous les soubresauts. alors qu'il était détenu à la prison de Fresnes. « li me parla avec une amitié qui me confondit de honte. Mais il sera aussi en relalion avec Ali Hassan Salameh. \ . trente et un ans. fond ée par une partie de l'entourage d 'extrême gauche de Ben Bell a. du Rassemblement urutaire révolutionnaire-FLN clandestin (RUR) . Boudia. En dehors du mufti de Jérusalem. En 1962. Salameh a été abattu parce qu'i l était un combattant. est lu i aussi un ancien de la Fédérat ion de France du FLN. notamment Mohammed Harbi . Membre des 6qu ipes de sabotage. Bachir Boumaza reçut la visite de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. et n'est libéré qu 'à la fa veur des accords d ' Évian. qui est devenu mon ami. dans un visage marqué de cicatrices. Puis iJ est l'un des fondateurs. relata Simone de Beauvoir dans La Force des choses. Devant la mort lente de ces organi salions 23. Boudia passe trois ans en pri son.

parlant tout en feuill etant un ouvrage 29. chinois. La Nlbuleuse : le terrorisme du Moyen·Orient. Les chefs du MNA s'orientent vers Je marxisme-léninisme dans les années soixante sous l'i nOuence des puissants grands frères tiers-mondistes.mouvement ultraraciste présidé par le Lau ~ sannois Gaston Amaudruz . le FPLP. cit. juillet 1987. l'autre de Lydda). un groupe paramilitaire clandestin qui s' inspire de la société secrète des carbonari itali ens 26• Longtemps panarabistes. Il s fondent le Mouvement nationaliste arabe (MNA) en 1954. Ibid. nous venons de capturer l'appareil. L'un des pilotes est assommé et une balle perdue se loge dans la carcasse de l'appareil. Des extrémistes de droite s'engagent aussi. Dans les années ci nquante. comme le Fatah. devenus médecins. La revue p~senle la phom sun ilrtt d'un bandeau : " World t!xc/u. sur laquelle. St'orchlighl. Habache et Haddad s'installent à Damas après la constitution de la République arabe uni e égypto-syrienne. selon la revue. si l'on préfère. note Xavier Baron. après vingt minutes de vol. La capture u été mouvementée. fayard. dont le modèle est à son apogée. Roger Coudray.à Barcelone. Allemands.lcs années soixante. Habache est issu des« Phalanges du sacrifice arabe ». 27. une « bri gade internat ionale» de combattants : Hollandais. Deux représentants du Fatah se déplaceront en obsetvateurs au congrès du Nouve l Ordre Européen . vietnamiens el cubains. Sur proposition de Waddih Haddad. Pour la première fois. plusieurs groupes armés fu sionnent avec le MNA : le Front populaire de li bération de la Palestine est né. mais sans faire 26. en constituant une véritable « légion étran~è re ». proches de Nasser. « Les fa iblesses de la politique du président Nasser que révèle la guerre de 1967 apportent aux responsables du MNA la convicti on qu ' il ne faut pas compter sur le chef de l'État égyptien pour libérer la Palestine. il s dirigent en semble une clinique à Amman. François Genoud apparaît à la tribune. Issu du mouvement Jeune Europe. La direction lui en échoit. et son premier message est un appel à la « rés istance populaire année ». annoncent-i ls à la tour de contrôle romaine. Paris. ou . 255 . ils font connaissance lors de leurs études de médecine à l'Université am éricaine de Beyrouth .siw! p. font partie des prem iers étrangers entraînés en Jordanie durant l'été 1970. mais ils préfèl'Cnt intégrer d 'autres groupes palestiniens. et con fi ants dans l' unité arabe. 29. lin pt!llple. Aussitôt créé. premier jeune Européen mort du côté palestinien. Les plus connus d'enl're eux.» En novembre 1967. tout en publi ant l'hebdomadaire AI-Rai. alors que le MNA était encore totalement engagé aux côtés du nasséri sme 77 . Georges Habache est arrêté par les setvices spéc iaux syriens pui s détenu durant sept mois. qui s' appelle désormais "Libération de la Palestine 007" ».LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR orthodoxes (l'une de Safed. debout. La campagne de détournements d'avion qui fait connaître le FPLP débute en juillet 1968. Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Le 23 juillet. « Nous sommes des Palestiniens. le FPLP crée la même année un département étranger : le Commandement des opéra- tions spéc iales à l'étranger (CaSE). Algériens sont fonnés et intégrés au FPLp 2II. 254 28. La revue antifasciste anglaise Searchlighr publiera en 1987 une photographie de ce congrès. • La qualilé du cliché ne permet cependant pas d'identifier formellement François Genoud. Us rejoignent sur ce point l'analyse qu'a faite le Fatah à l'égard de tous les régimes arabes.1987 . avait rejOint le Fatah. entreprend ses premières opérations en territoire israéUen.cturl' . qui prend d'assaut le véhicule condui sant le chef du FPLP à un interrogatoire. Voir Xayier Raurrer. op. Ce derni er nie avoi r été préscnl lors de Celle conrérence. En mars 1%8. un Boeing 707 de la compagnie israélienne El AI assurant la liaison Rome-Tel-Av iv est détourné par tro is fedayin. Égyptiens. le FPLP va capitaliser la soi f guérillera Cl l'esprit révolutionnaire qui sc sont emparés de la jeunesse t. us Palestiniens. Xayier 83ron. en avril 1969. Il est li béré grâce à un coup de force de Waddih Haddnd. Latino-américains.

il avait pu obtenir la majorité des voix nécessaires à l'élection de son ami Paulinus [Dickopf] à la présidence d ' lnlerpoJ. » L' Algérie. est resté l'ami sincère de Genoud. Une semaine plus tard suivent les femmes et les enfants israéliens. Alger.. Oickopf lui aurait accordé certaines fav eurs 32. le professeur de criminologie Annand Mergen a révélé 1'« aide » étonnante apportée par Franço is Genoud à Paul Di ckopf dan s ce conclave réservé aux chefs de toutes les polices du monde: « Par ses nombreuses et inlimes relations avec les États arabes. Nul doute par eltemple qu ' une parti e du soutien el des facilités que François Genoud apportait au FLN pendant la guerre d'Algérie se trouvait en RFA. Dans son ouvrage sur le BKA. Die BKA SlOry. L'opération est donc un succès. au sein de ce que l'on appelle encore le « groupe Habache ». qui prés ide aux destinées de la police crim inelle ouest-allemande . même si. op. Dickopf.depuis troi s ans. présente sa candidature au poste de président d 'Interpol. Les exemples sont nombreux . Interpol] pratiqua continuellement l'art de l'esquive et 30. le 26 décembre. Ses missions seront voisines de celles réali sées quelque dix an s plu s tôt pour le FLN algérien. L'estime de Genoud pour Waddih Haddad . Paul Di ckopf. l'Q[PC [Organisati on internationale de police criminelle. selon certaines sources. Curieusement . Ben Dan. 3 1 aoQI 1994. Dickopf lui en a toujours été reconnaissant et. Annand Metgen. c'est-à-dire essentiellement finan cières. l'ancien officier traitant de l'Abwehr. 257 . Les passagers non israéliens sont libérés presque au ss itôt. Ils sont arrêtés et condamnés à quinze ans de pnson. Plus tard. EUes von t le conduire à voyager si souvent à Beyrouth que certains observateurs sont persuadés qu'il y réside de manière permanente 31• Comble de l' ironie. les deux hommes sont restés en contact et onl fait régulièrement appel l'un à l'autre durant ces vingt dernières années. Et ce. Les derniers otages sont relâchés le 1er septembre. c'est au tour de Genoud d 'aider son ancien camarade. L'un des meilleurs amis de François Genoud devient donc président dïnterpol. au même moment. au moment précis où d'autres de ses amis choisissent de braver la loi. et de passer à l'action terrorÎste à grande échelle. Dickopf n'a pas ménagé ses efforts pour menre un terme à la détention de François Genoud à Alger. Passées les intri gues de la guerre secrète en Suisse. Et se fait élire. tuant un passager el blessant deux hôtesses de l'air. Paris. 1970.. à l'aéroport d 'Athènes : deux feday in armés de grenades à main et de cocktails Mol otov attaquent un avion d ' El A I.le BKA . le commando espérait capturer le général Ariel Sharon. L'av ion se pose deux heures plus tard à .'lCOMBRANT TRtsOR pl us de dégâts. au cours de la 37e assemblée générale de l'Organisat ion internationale de police criminell e (OlPC). 31.. Mais d 'autres pays arabes font effectivement le même choix. quand il s'agissait par exemple de poursuivre certains Arabes en RFA. Fayard. Au moment de l'élection du nouveau président d 'Interpol . cil. Poker d'espions à Tel-Aviv et ail Caire. en contrepartie. plongeant néanmo ins dans l'embarras le président 8 0umedi enne tout à la préparation du sommet afri cain prévu dans la capitale au mois d 'août. vote sans hésitati on pour Paul Di ckopf. qui marqua un tournant. Entretien av~ Albeno Marientoni. en octobre 1968. 256 32. La deuxième opération du COSE-FPLP a lieu quelques mois plus tard. qui aurait pu être la première à s'inquiéter des détournements d 'avion. ne réagira pas à l'émergence de cette nouvelle forme de terrorisme. l' institution policière inlemalionaJe. perçu comme un « grand héros ». rentré en Israël par un autre avion 30. représentée par la sécurité militaire. contre la li bération par Israël d 'une quinzaine de pri sonniers palestiniens. se concrétise bientôt par l'engagement du Suisse à ses côtés.LE BANQUIER NOI R L·E. Car François Genoud a un autre atout: le colonel et ancien ambassadeur Fathi al-Dib a lui-même fonn é les états-majors des polices de plusieurs pays arabes. « A dater de ce premier détournement arabe d'un avion d'El AI en juillet 1968.

par un commando de quatre membres du FPLP. un « Comité de soutien au peuple palestinien » wmonce : « Qu'on le veuille ou non. la pol ice suisse met fin à la fu sillade. ils doivent convai ncre leur gouvernement de ne plus les utiliser à des fins militaires 34. Presses de la Citf. Dans lin communiqué. « Nous avons pris des précautions par:ticulières en attaquant l'avion d ' El AI afin de ne pas mettre en danger des vies innocentes. Fenton Bresler. 14ires israéliennes à l'étranger. Yoram Peres. Si les pil otes d'EI AI ne veulent pas que nous attaquions leurs avions. reçoit pour mjssion de coordonner depuis Lausanne l"intervention des avocats. jeune avocat. 22 décembre 1969. Plus important encore est l' usage des avions d 'El Al pour le transport des soldats israél iens pendant les opérations mi1itaires. Arri vée sur les lieux. l'allcntat du 18 février 1969 commis par un groupe de " terroristes" palestiniens contre un avion commerciaJ israélien sur l'aéroport de Kloten n'est pas un acte isolé de criminels mais une opération militaire de la résistnnce paJestinienne. L' un des pilotes. un peuple. expliquent au Nouvel Obsen 1atellr qu'ils ont été « pressentis par les autorités d ' un pays dont les pos itions antlracistes et antiimpérialistes sont connues pour assurer la défense de patriotes palestini ens» : l'Algérie bien sûr 3S• Miloud 8rahimi. Interpol. « François Genoud avait la relation la plus directe et la plus suivie avec les Palestinjens.'5. U Noul'el Observateur. I I janvier 1993. ] Le plus grave (mais notre justice n'estclle pas démocratique ?). 258 us Palestiniens. L'attaque a fait deux morts. Entretien avec I·auteur. 3. » Un procès d 'assises est en vue. François Genoud se saisit du dossier et prépare la défense des membres du commando. 37. et. Il a plongé dans cene affaire el ne s'occupait pratiquement que de ça 36. le 18 février 1%9. un membre des services spéciaux israéliens ouvre la porte et riposte. aU lour de son président. Omar Bentoumi et Jacques Vergès. 34. du barreau d'Alger. De l' avis général . très tôt. deux Sur les pi stes de l'aéroport de Zurich-Kloten. » Genoud affinne avoir fait la connajssance de Waddih Haddad lors de la préparation du procès J1 • A Lausanne. . ( . Entretien avec l'auteur. L'avion s'arrête. Présent à bord. trois hommes et une femme. Les avions d ' El AI ne sont civils qu'en apparence. Mes Rachida et Kawadja. Ils sOO[ uLilisés à des fin s milimires : transport d 'équipement militaire israéljen el de volontaires pour l'armée en provenance de divers pays el notamment des États-Unis.. Également conviés. lransport de missions mili33. après le décès du pilote des suites de ses blessures un mois plus tard. un avion commercial de la compagnie El AI effectuant la li aison Amsterdam-Tel-Aviv est attaqué. bâtonnier du barreau de Tanger. li voyageait beaucoup pour cela. Me Abderrahmane Youssoufi . les fedayin. est grièvement bl essé au ventre. 259 . On relève soixante-deux points d ' impact sur )'appareil et l'utilisation de baUes incendiaires destinées à faire ex ploser l'avion qui avaü 21 000 litres de kérosène dans ses soutes. note Fenton Bres ler. expliqueI-il. explique-t-il. c'est que l'on délègue deux typOs. cit. L'Union des avocats arabes mandate plusieurs des s iens.LE BANQU IER NOI R L'ENCOMBRANTTRé)OR évÎla de faire face au problème de la nouvelle vague de violence qui déferlait sur le monde ». « en des circonstances exceptionnelles» et « contre ["sa] volonté ». Georges Habache présente ses excuses pour avoir « violé la neutralité suisse ». dans son ouvrage autorisé sur Interpol lJ. Quelques mois après son électi on à la présidence d ' Interpol . 36. 1993. fut ur prés ident de la Ligue algéri enne des droits de l 'homme. Paris. Cité par Xavie r Baron.lÏrent sur l'appareil alors que celui-ci s 'apprête à décoller. qui connait Genoud depui s les années cinquante. le bilan aurait pu être beaucoup plus lourd. Cachés derrière les monticules de neige. 1"' septembre 1994. Notre objectif était l'av ion d'El Al el son équipage militaire. Paul Dîckopf voit son vieil ami apparaître publiquement dans les coulisses du retentissant procès d ' un commando palestin ien à Zurich. op. tuant l'un des assai llants.

TI a rendu service à sa cause. Genoud nous servira presque le même discours au sujet de Menahem Begin: 4( Begin.le personnage esl complexe. Pour la prcmière fois.. une carte du monde arabe sur laquelle les frontières de l'État d ' Israël avaient disparu. tel J'historien israélien Joseph AJ gazy 46.. 46. le Su isse ne voit pas d 'autre solution au conflit que la destruction d'Israël. la continuité est assurée 42. La cinglante défaite arabe durant la guerre des Six-Jours. Le bâtonnier Youssoufi annonce que le verdict marque « le début d'un long hiver dans les relat ions arabo-helvétiques . sur le ton d'une tranquille conviction. «Qu 'on cesse de nous em . 47.» Les trois Palestiniens sont condamnés à douze ans de prison par la cour d'assises. François Genoud « ne croit pas à l'impartialité de la Suisse sur la question palestinienne ». Je ne sui s pas antisémite. qui avaient toules les chances d'empor1er les faveurs de Genoud. Entretien IlVec l'auteur. La présence ostens ible de François Genoud . Devant certains de ses visiteurs. 24 décembre 1969. c'est sans rapport avec l'antisémitisme.» Ces propos.Iance-t. Joseph Algazy en conclut avec force que« Genoud n'est pas antisémite ». lui qui toute sa vie prêche la nonassimilation du peuple juif et lui préfère la persécution. » Un jour. mais on voit mal. J] a vécu dans la plus grande simplicité. Eh bien. » Le journaliste décèle une lueur dans les yeux du banquier. Cel homme a réussi à se prévaloir d'être assimiJé. . voici une année environ. AJlemand. la Suisse a accordé sa nationalité au chef suprême du s ionisme international.. Comme les plu s ultras des Palesti niens. 44.LE BANQUIER Nom L'ENCOMBRANT TR~OR d 'Algérie à la guerre de Palestine. Genoud interroge le journ ali ste Charles-Henri Favrod. qui aidez les Arabes. 43. 22 aoOI 1994. 1'" septembre 1994. a nourri des projets militaires extrémistes. en 1967. avec ces histoires de mces >~ . mais anti sioni ste. ct il a adoré sa femme. que l'antisémitisme théorisé et mis en pratiq ue par le national-socialisme «était une bêtise absolue 45 » . le quotidien Af-Ahram annonce que« la justice suisse devrait baisser la tête de honte et d 'opprobre ». c'était un grand type. à la Feuilfe d'avis de Lausanne comme à bien d ' autres. mOOlrent que Genoud n'a guère changé sa vision du monde depuis l'époque du Front national suisse. il avait d'ailleurs choisi le camp palestinien. qui fut l 'un des appuis des Algériens à Lausanne:« Et vous. explique-t-il à la Feuille d'avis de Lausanne. et le dépan des juifs de ce pays. nous dira Genoud.« lis sonl venus. « Si le nationalsocialisme m'u intéressé. Le voilà presque en colère. Entretien avec l'auteur. II ne s'est jamais enrichi. il explique. Feuille d'avis d~ Lausanne. s'exclamet-iJ . il se lance même dans un vibrant hommage à Ben Gourion. lA MO/l(/~. qui ne sont pas «sans rapport avec l'antisémitisme ». presque enthousiasmé. landis que l'agent israélien (qui a été acquitté) « n 'est qu'un tueur à gages 43 ». Le processus de paix engagé en 1993 ne le fera pas varier d 'un iota. 262 45 . venu l' interv iewer. Entretien avec l'auteur. compte tenu de la gravité de l'opération el de son bilan.. S'il s'énerve contre Nahum Goldmann. comment le commando aurait pu bénéfi cier d'une peine plus légère. 263 . a peuL-être été contre-productive pour le FPLP. car les Palestiniens sont des héros défendant la destinée de leur patrie usurpée. devenu citoyen de Brigue. le voilà Suisse 44 . Genoud est conduit à expliquer les rai sons de son engagement pro-palestinien. ou plus préci sément celui du mufti de Jérusalem. li est pratiquement mort de chagrin à sa disparition 47. les juifs ne vous poursui vent pas? 42. JI éditait. tenez! Après la guerre des Six-Jours. Nahum Goldmann. 16 décembre 1969.il. Américain. « Voulez-vous une preuve de celte volonté qu 'ont les Suisses de s' identifier avec Israël ? lance soudain François Genoud. abondamment relevée par la presse. Néanmoins. ils repartiront ».. en 1956. Au Caire. fin mars 1991. Avant même la création d 'Israël . I bid. Convaincu. premier président israélien : « Ben Gourion était un grand homme ».

rien. » Genoud. et devant le bureau d ' El AI à Bruxelles. Entretien de Charles· Henri Favrod IIvee l'auteur. des gre nades sont jetées devant les ambassades d ' Israë l à La Haye et à Bonn. Il n 'est donc même pas majeur. 11 n'entrera dans la clandestinité qu'après avoir essuyé une première tentative d 'atte ntat au mois de juillet 1970. Une bombe a explosé en ple in vol e t fait quarante-sept morts. Né le 29 ma i 1950. 49. 265 . Les organisalions palestiniennes vont réal iser près de q uinze déto urne ments d 'av ion par an de 1969 à 197 1 50 . et songe. La Nébu/el/se : le Il'rrorÎsme du Mo)"tfl·Oritnt. comme bien d 'autres alors. 1974. est arrêté par les douaniers du port de Haïfa . Pendant un an e t demi . 50.. Bielli. Waddih Haddad. il a tout juste vingt ans. 1 dossitr di s fltemb(1' n~ro. un jeune miJitant suisse. Un tir de roquette sur son apparteme nt blesse griè vement son fil s. mort les armes à la main dans les montagnes boliviennes. Mais la police ne Une foi s condamnés. lu i aussi. répond Favrod. Bruno Bréguet l'est assurément. déclare la « fugue» à la poLice. c'est le détourneme nt sur Damas du Boeing 707 de la TWA assurant la liaison Los Angeles-Tel-Aviv. VitTorio t. Il visite les camps de réfugiés. 1. Une autre tentative d 'altentat du FPLP met au jour une nouveUe fois le rôle de François Genoud dans les réseaux de soulien de celte organi satjon. le jeune Suisse s'est rendu au Liban o ù il a pri s contact avec le che f des opérations spéciales du FPLP. En fait de fugue. qui. Pour ne rien arranger..ojacono. un détournement écho ue à Athènes. explique-t-il plus tard à un journaliste. Bréguet est parti au Liban le jour qui a suivi l'attentat. membre du FPLP..~ et Iistcs d'attentats par organi sation donnés par Xav1 er Rauffcr. op. Haddad vit effecti vement à Beyrouth. cil. n s 'ennuie sur les bancs du Lycée scientifique de Lugano.. Les of( opérations spéciales» du FPLP se multiplient. Jeune. Le 23 juin 1970. en réalité. Us seront final ement libérés par les autorités suisses à la suite du déto urnement par un commando palestinien d' un avion Swissair sur Zarka. L' Nebdo (Lausanne).COMBRAt\'T TR~OR _ Absolument pas ». 52. Entretien avec Yves Lassueur. » De reto ur fin fé vrie r. «Comme cette personne [Waddih Haddad] est absente. le Tess inois décide d 'attendre son retour.1 découvre alo rs une ré alité qu'il ne soupçonnait pas. le départ de Sréguet au Liban a coïnc idé à un jour près avec l'atte ntat contre un avion de la Swissair assuran t la li ai son Zurich -Te l-Aviv. il subviendra à leurs besoins maté riels les plus divers 49. fa isant mine de ne pas comprendre 48. Mais il est surtout. est venu pre ndre toutes les dispositions pour assurer la défense de l'inculpé. En aont 1969. Ayant appris l'arrestalÎon de Sréguet. Bruno Bréguet. les membres du commando de Zurich ne cessero nt de faire l'objet d 'atte ntions de la part de François Genoud . Ibid. en Israël. . une ceinture e n tissu bou rrée d' explosifs aut our de la tai lle. 264 5 1. en Jordanie. n reste un mois sans donner de nouvelles à sa famille. Chiffre. Bruno Sréguet est convoqué par la police cantonale de Be Uinzone (Tessin) : on a suivi ses dé placements. raconte Pierre-François Chaton dans L' Hebdo de Lallsarm e 52. En décembre. que lque chose d '''intéressant'' 51. au deslin romantique d ' un certain barbu coiffé d'un béret.. d 'où il coordonne sa campagne d ' attentats el de dé tournements d'avi on. il é lait parti réaliser. François Genoud part dans le Tessin rendre visite à sa famille. A l'heure où tant de jeunes ne se pass ionnent pour 48. Bruno Sréguet quitte le domicile familial au mois de février 1970.« J 'ai été très sensible au très jeune âge de ce compalriote qui était parti là-bas un peu comme un boy-scout.LE BANQUIER NOI R L'E. peut-être stupideme nt. assez natureUemenl. Une statistique qui sera multipliée par trois après l'éme rgence du mouvement Septembre noir : cinquante détournements seront orgartisés pour la seule année 1973. En septembre. 19 mars 1982. 2 novembre 1990.

Le jeune Suisse songe à faire exploser les charges. Le 12 sepIcmbre. n exécute en fait sa première mi ssion pour le FPLP. direction Haïfa. Les avions de la Swissair et de la TWA sont con traints de se poser en plein désert. » La communauté internationale est commotionnée. et qu'elles demeureront otages du FPLP jusqu 'à la libération des sept fedayin détenus par la Suisse. 31 aoll t 1994. et six pl aques de cuivre portant les initiales du FPLP. c'est un point commun avec Genoud. raconte Xavier Baron. on ne s' improvise pas kamikaze S3.eila Khaled. « Waddi h Haddad était un génie de la propagande. li est sept heures du matin. officiellement pour l'Italie. op. De plus. Les Palesliniens. Les avions sont plastiqués. Bruno Bréguet est condamné à quinze ans de prison par un tribunal militaire israélien 54. l' Enorria. U n'est pas entendu par le juge d' instruction chargé du dossier. en Jordanie. deux détonateurs de marque all emande. américano· nicaraguayen.Bretagne S6 • » Le FPLP exige notamment la libération de Bruno Bréguet et de L. Après 53. « Waddih Haddad était quelqu' un tI'une grande efficacité. 4 décembre 1970. Soit cent cinquante otages supplémentaires. présent à Amman au moment de l'opération de Zarka. sur une piste de fortune. un nouvel avion atterrit sur l'aéroport de fortune: c'est un Vi scount VC 10 de la BOAC qui effectuait la liaison Bombay-Londres. Sa peine sera réduite à di)!. nommé Arguello. « Les passagers des avions avaient fraternisé avec les Palesliniens ! » se souvient Albeno Marientoni. il a réussi à auirer l'attention du monde entier sur la cause palestinienne. 266 56. à quelques kilomètres de Zarka. et deux avions au départ d'Amsterdam.. 57.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR soupçonne pas longtemps ce grand lycéen calme.le serv ice de contre·espionnage israé li en . l'Al1emagne fédérale et la Grande. Le Monde. li porte en ou tre dix charges de fabrication soviétique. Les enquêteurs du Shin Bet . Le navire accoste le 23 juin. un Boeing 474 de la Pan Am et un Boeing 707 de la compagn ie El Al. Bruno Bréguet. 1980. en [sraël. Haddad était un lecteur assidu de Goebbels. Xavier Baron. Grande~ Bretagne. mais il est trop tard. Le 3 décembre 1970. qui vient d'être faite prisonnière lors du détournement du Boeing 707 sur Londres. Quatre av ions sont détournés simultanément : un Boe ing 707 de la TWA assurant la li aison Francfort·New York . 54. Le rêve fait place à une désagréable réalité pour les 28 1 personnes qui se trouvent à bord des deux appareils : elles apprennent qu'elles se trouvent sur l'''aéroport de la révolution". situé en "territoire li béré". le Boeing de la Pan Am se pose au Caire. Allemagne. annonce+i1 aux policiers. L' un des détournements échoue. 55. Bréguet repart. un OC 8 de la Swissair reliant Zurich à New York. » L' action terroriste monte en régime: le 6 septembre 1970 en constitue le point culminant et marque l'heure de gloire de Waddih Haddad. Bruno Bréguet prend place dans la file d'attente de la douane. « J'ai accepté de transporter des explosifs en Israël pour 5 000 dollars ». « Le sable blanc s'étend à perte de vue. C'est la première fois qu'un Européen est condamné en Israël pour une activité pro· palestinienne 55. souligne François Genoud. A Zarka. ans en appel. La scuo/a dei OOio. une escale à Beyrouth. Tous ses détournements étaient des opérations réussies 57. deux kilos d'explosifs autour du ventre. La Pietra. le FPLP relâche 360 otages en contrepartie des Ubératians de prisonniers en Suisse. c'est celui du 707 d'El AI qui doit se poser à Londres après la neutralisation du commando. Au mois de j uin. n se rend à Venise où il embarque sur un bateau . Des di zaines de fedayin lourdement annés sont déjà là pour l'accueil. pour dépol itiser son action. 267 . où le commando décide de le détruire. un peuple. Le 9 septembre.. dl. Entretien avec l' aute ur. Milan. et la mort de J'un des fed ay in . La fouill e n'est pas longue.lai ssent entendre que la cible visée était un gratte·ciel de Tel· Aviv.

expl ique-t-il. Vers la fin novembre. 60. ne cachail pas son désir de voir un changement gouvernemental décisif survenir à Amman . Après une semaine de formation. «à plusieurs reprises» : « quand il commençait à soutenir le FPLP ». fussent devenues zones libérées par la révolution palestinienne à partir du 14 58 ? » L'offensive jordanienne sur les bases el camps palestiniens débute le 17 septembre. je quittai ln Jordanie pour Londres. Entretien de François Genoud n!a lj ~ par Jean Luqut poUf le journal Z4 heures. Presque tous les groupes de la région furent éliminés. près d' Amm an. J 'étais furi eux. dans l'un des camps éloignés perdus en plein désert ». 15 dtcç mbre 1979. Les chefs militaires jordaniens voulaient restaurer l'ordre. . oD deux camps accueillent les non-Palestiniens pour des stages de trois semaines. il est vrai. Carlos affin ne avoir été tenu à l'écart de « l'opération Itvolulionnaire aéroport » de Zarka : « Au lieu de me sélectionner pour l'opération. de Salt. Et survient Zarka. écrit Colin Smith . Paris. Carlos est conduit au camp du mont Gelaad. mais au ssi celles d' Irbid . lIitch Ramirez Sanchez est arri vé au mois de juin 1970 à Amman pour y participer au stage d'entraînement destiné aux sympathisants étrangers du FPLP. plutôt que .c Comment tolérer que des centaines d'étrangers fu ssent conduits de force et détenus sur le territoire jordanien en dehors de l 'autorité jordanienne? explique Oli vier Carré. Carlos aurait fail la connaissance de Mohammed Boudia quelques mois auparavant .c U est hors de doute. qu 'à ce moment-là lIitch avait accepté de s' intégrer au FPLP et avait été prévenu qu'il serait ramené en Jordanie pour y suivre un entraînement adéquat une fois que l'agitation serait retombée.5 août 1994. Des premiers affrontements avaient déjà opposé groupes palestiniens et année jordanienne à Amman les 30 et 3 1 août. sans une seule action offi cielle de l' État jordanien ? Que la zone de Zarka. L'entraînement était tenniné. Le Croi ssant-Rouge palestinien dénombre 3 500 morts et 11 000 blessés panni les civils. la guerre civile jordano·palestînienne éclate. Le FPLP. Mais c'émÎt une chance que je n'y l\ois pas allé. l'opération fut un échec. Dans ce témoignage. » C 'es t dans ce contexte que François Genoud rencontre Carlos. J 'étais devenu quelqu' un de vraiment effi cace . de Jerash.LE BANQ UIER NOIR L' ENCOMBRANTTRtsOR Zarka marque néanmoins un tournant capital dans l'hi stoire palestinienne.59. refus arabe de la Résistanct palestinienne. le mauvais climat polit ique d 'Amman condu it Waddih Haddad à transférer les volontaires sur Beyrouth.» Panni les fedayin aUJt prises avec l 'année jordanienne figure un Vénézuélien enco re inconnu. el Le Monde. . « Quand nos routes se sont croisées. 16 dtce mbre 1979: lraduction imtgrale publiée I f~r L' El'énement du jeudi. 2. Carlos. 18 ROO I 1994.58. à l'univers ité Patrice-Lumumba de Moscou. « En raison de la tension montante entre les soldats de Husse in et les guérilleros palestiniens. Paris. » « J 'ai rencontré Bassam Abou Sharif et je lui ai dit que je voulais faire partie du FPLP » . 268 269 . CompleJlC.c septembre noir ». Septembre noir. el je m'en suis même plaint à l'offic ier chargé du camp. Colin Smith. 1980. Olivier CalTé. plus que toutes les guerres israélo-arabes réunies. Que des négociations fu ssent menées avec des États étrangers. 1« décembre 1979 : extraits pub lits par ù Figaro. et non des moindres. 61. 1977. Carlos était jeune. Gall imard. . AI-lVaton al-Arabi. aurait fait 15 000 morts. Quelques jours après la fin du quadruple détournement d'avion.. il fut décidé que les étrangers recevraient leur entraînement et leuI instruction politique dans un centre de réfu giés. a rapporté Carlos dans son intervi ew publiée par AI-Wotan al-Arabj 61. ils ont employé les troupes les plus expérimentées. Portrait d' un terroriste. baptisé . U s'est lancé corps et âme dans le combat palestinien et a risqué sa vic à de nombreuses repri ses. . et ils m'ont laissé garder un dépôt de munitions avec de jeunes recrues. C'est un homme d'action courageux dom les convictions profondes nc sont pas à meUre en question 60. relate Colin Smith dans sa biographie de Carlos 511. Le mois meurtri er.

contrairement à son habitude. U Monde. Der Spiegel. ancien vice-président du GPRA. 22 octobre t970. 6 avril 1969.. ». Un bâi llon taché de sang dans la bouche. Salim Karim et Mohammed Débau. inscrit sous le nom de Mohammed Salah. de l'avis général. 8 elkacem Krim . ne s'en cache pas. Le but de son voyage était bien cette ville allemande et il était attendu à l'h6Icllntercontinental . au lieu de prendre l'avion du jeudi.. Le trésor de guerre du FLN .. » Si les observateurs sont quasi unanimes à penser que Belkacern Krim a été assassiné pour de sombres litiges financi ers. Présenté comme un « homme d'affaires suisse. 63. il a préféré dornlir à Genève. il convient d 'ajouter une vieille histoire: Bclkacem Krim a longtemps été accusé de porter la responsabilité du meurtre d'Abbanc Ramdane. dirigeant qui fut étranglé par des hommes du FLN au Maroc en 1958. mais il a cédé à l'insistance de ses correspondants. Et un quotidien oranai s avait fa it écho à cette condamnation en écrivant que « n' importe quel Algérien consc ient a le droit de se fai re l'auxiliaire de la justice de son pays en exécutant Belkacem Krim 65 ». li m'a dit que ceux qui l'avaient demandé à Francfort pouvaient bien attendre un jour de plus. 62. d 'aHleurs. l'œuvre de la sécurilé militaire algérienne. )'actuel gestionnaire de ces fonds. enroulé dans une couverture. Der SpiegeJ révèle que l'homme qui a conduit Belkacem Krim à " aéroport de Genève. puis étranglé avec une cravate et une ceint. L'affaire du trésor du FLN n'a pas fi ni de faire planer la mort . Quel qu 'en soit le motif. li n'était pas amlé. Son vi sage est bleu. est retrouvé mort dans la chambre 17 14 de l'hôtellntcrcontinental . le trésor du FLN fait une nouvelle victime à Francfort. 270 271 . J'un des six «chefs historiques» du mouvement algérien.. n'est autre que François Genoud . La Rtpllbliquc d'Orun. Une femme de ménage yougoslave l'a découvert au malin . l'assassinat de Belkacem Krim est. L'un d 'entre eux a été vu accompagnant Belkacem Krim. il témoigne dans le journal La Suisse : «C'est moi-même qui ai conduit Belkacem Krim vendredi à l'aéroport de Cointrin. Trois ans et demi après la mort de Khider. ou presque. Krim s'était montré préoccupé pendant les quelques jours qu'i l a passés en Su isse et. pour qu'il y prenne son avion pour Francfort. 64. 65. Ses empreintes digitales ont permis à lnterpol d'identifier l' ancien dirigeant algérien.. La police ouest-allemande conclut au guetapens. François Genoud. à cause des règles de sécurité sévissant dans les aéroports.LE BANQUIER NO IR L 'ENCQMBRA/'IT TRI~~iOR Les litiges algériens et leur cortège de règlements de compte ne sont pas finis. Le corps de 8 elkacem Krim est étendu sur l'un des lits de la chambre. d 'ailleurs. raconte comment Belkacem Krim n'a été en réalité qu'un spectateur impuissant du meurtre. 0« li est concevable que 8 eLkacem Krim est mort parce qu'il bloquait l'accès à une fortune d 'environ quarante millions de marks derrière lesquels le gouvernement algérien cou rt depuis sepl ans . note Der SpiegeJ63. A ce chapitre. le 19 octobre 1970 62. Les meurtriers l'ont endonni au chloroforme. un « tribunal révolutionnaire kabyle» avait condamné à mort l'ancien dirigeant. de l' insistance que l'on mettait il le rencontrer à Francfort . Il n'a pas pu se défendre 64. ct deux Marocains. 26 octobre 1970. Yves Courrière. ami intime du chef historique du FLN ». li ne descendait jamais dans cel hôtel. 22 octobre 1970. Il était troub lé.ure. on ne peut exclure aussi les nombreux di ffé rends politiques accumulés par Krim avec le pouvoir algérien. dans sa monumentale histoire de la guerre d ' Algérie. Troi s clients de l'hôtel ont justement disparu sans régler leur note : un Algérien. Cc témoignage est repris par Le Monde.. Un an et demi auparavant. qu ' il attribue à Abdelhamid Boussouf et à deux de ses agents.

dont le Ku Klux Klan e t les rév is ionni stes pari sien s. D' autant plus que des é léme nts du FPLP sont assoc iés à cenaines opérat ions. alias Abou lyad. la j ustice suisse donne raison à l' Algérie dans sa procédure e n récupération des fonds du FLN . qui vit de rie n. l'ann uaire ct l'agenda des groupes néo-nazis de la planète. Un matin. Palestinie ns tombés en Jordanie e n septembre 1970. Lenoir se rend aussitôt à la BeA. Mais. du fait de ses positions révisionnistes. Le c li ent n'a pas l'argent. Mais il lu i est arrivé de tenir des propos aimables à l'égard du Nouvel O rd re Euro· péen: « Ces gens font un travail utile. il a bien souvent croisé la route de François Genoud. alourdie d ' un intérêt de 5 % par an à compter du 10 juiUet 1967. Vingt Mirages sur un bateau.LE BANQUIER NOIR Le feuilleton judjc iaire du dossier n 'est pas clos. y compris les plus négligeables. tant que le terrain n'est pas favorable . us fN!uplts blQIICS survivront-ils? 68. e t publie son journal sans grands moyens (/J . O n sa it aujourd ' hui que Septembre noir é tait une é manat ion du Fatah de Yasser Arafat. un total de c inquante millions de francs suisses à débourser! Mais les gestionnaires. 273 .. Voilà le prix . Ma is François Genoud parle. une nouvelle organisation palestinienne dandestine app:uait. François Genoud a toujours nié avoir lui-même traité des affai res de vente d 'amles. courageux. » Genoud se so lidarisai t avec Amaudruz devant les poursuites j udiciaires qui lu i étaient intentées. Genoud lui té léphone: « Pouvez-vous venir me voir pour un conseil ? » luj dcmande-t-il. pour moitié moins d'avions il est vrai . ça n'ex iste pas 66.. C 'est un saint. Re nse ignement et affaires obligent. 23 se ptembre 1995. La Banque commerciale arabe était pounant connue sur la place pour accepter ces transactions. le mystère est total . Fin 197 1. L'ancien agent du SDECE gère de nombreuses soc iétés de matériel militaire. Vous pouvez toujours seme r. font appel de celle décision. Son nom est Septembre noir. 7 fév rier 1990. e t fait de sa revue ronéotypée.C'est une escroquerie. quand des extrénùstes de droite en avaient besoin. IS septembre 1993. Entretien avec l'ameur. François Genoud a expliqué qu ' iJ connaissait bien Gaston Amaudruz. il est ex trê me ment fid èle. 272 L·ENCOMBRANTTJŒsOR tants d ' un courant ultraraciste. répond a ussitôt Jean-Pie rre Lenoir. « On nous a proposé une affaire. Uliu j usticitr au proâs de Nuremberg. e n hommage aux. « Plus la confusion CI le mystère sont grands. 69. explique-t-il . Mais c'est une question de terrain. La BCA n'a pas cessé de fon ctionner pour autant. et que son principal chef é taü Salah Khalaf. peu compat ibles avec l'e ngagement tiers-mondiste très e n vogue du côté algérien ou palestinien. Mais il apparaît dès les premiers colloques néo-nazis de l'après-guerre. Durant la guerre. et des divers frai s de procédures à sa charge . Le 3 février 197 1. Em retien avec l' auteur. Profe sseur d ' allemand . note 67. A pre uve le témoignage de Jean-Pierre Lenoir. Em rct ien avec l'auteur.. il échoue dans son projet de s 'engager dans les Waffe n SS. avec à leur tête Zouheir Mardarn. Courrier du conti"elll. Zouhe ir Mardam est présent. 68. plus l'organisation est redoutée. . comme l'un des représen66. Ses premiers objecti fs sont d 'aille urs jordaniens. Nous au/ru racistu.. li fonde le Nouvel Ordre Européen en 195 1 à Zurich. » Mais bientôt l'ancie n agent apprend par ses réseaux que la transac tion s 'est effectivement réalisée. Gaston Amaudruz est l' un d'eux. La BCA est condamnée à verser la somme de 39 millions de fran cs suisses à l' État algérien. bien qu 'étant d ' une autre génération : « Il a une grande vertu. prônant le racisme biologique et l'eugénisme 67. François Genoud a souvent pris ses di stances avec ces mou veme nts. Gaston AmJudruz esll'auleur de plusieurs ouvrages. e t les motivations du groupe sont complexes. dont celui de Maime . en 197 1. il y a vingt Mirages sur un bateau.» Lors d' un enlretien plus récent.

pendant la guerre de 1948. Roger Fo. 72. ibid.. Il a beaucoup fréquenté les uni versités. 70. Surnommé « le prince rouge ». Le contact avec . Carlos. Les act ions de Septembre no ir ont reçu une large publicité de la part des organes officiels d 'infonnation du Fatah ou de l'OLP : communiqués. la littérature française du XVIIIe: c'est un personnage de roman de gare. li épousera « miss Uni vers ». Ainsi. Le 15 décembre 197 1.rg. émissions de radio. le 8 mai 1972. qui passe sa vie entre Londres et Paris. cell es du Caire. le 30 mai 1972. op. notamment l'Année rouge japonaise. Ali Hassan Salameh a intégré les services de sécurité palestiniens dirigés par Abou Iyad. et le détournement d ' un avion belge sur Lod voit la mort des deux membres du commando. « qui alimentent l'Allemagne fédérale et "Autriche en pétrole du Proche-Orient ». un commando de huit fedayin investit le pavillon des athlètes israéliens participant aux jeux Olym73. Colin Smith. par une bombe. dans un magasin japonais de l' avenue de l'Opéra 72. li est offic iellement porte-parole de Yasser Arafat. . membre de son réseau. Carlos. c'est l'ambassadeur de Jordanie à Londres qui échappe de justesse au même sort. Salameh est un militant dont la personnalüé et les habitudes évoquent celles d ' Uitch Ramirez Sanchez. a parachevé sa fonnation militaire au Liban durant les trois mois d 'été 197 1. est revendiquée dès le lendemain par Septembre noir. op. «Le prince rouge» est un « homme 11 femmes » . grenades à la main. Les PaleSlinlens. a été tué au champ d ' honneur. 1. l'Armée rouge japonaise a trouvé sa place dans la stratégie et les opérations du FPLP. Bénéficiant parfois de soutiens logistiq ues et de bases de repli (à Aden et en Libye). d t. Le chef des opérations de Septembre noir en Europe s'appelle Ali Hassan Salameh. de Bir-Zeit. l'aéroport de Lod-Tel-Aviv. 1/fI pel/ple. Xavier Boron.Jigot et Rémi Kauffer. qui réédite ici avec succès le coup de Mourepiane en 1958. 275 . et il aurait même suivi le mufti de Jérusalem à Berlin 73. 274 Le 5 septembre 1972. el des hôtels quatre ~toil es de la Côte d'Azur. des cibles en relations commerciales avec fsraël : une usine de gaz naturel en Hollande.1 avait participé aux révoltes palestiniennes de 1936. dans un communiqué à l'agence de l'OLP Wafa: «Cette opération est confonne à la ligne de conduite adoptée par Septembre noir qui est d 'asséner de violents coups aux ennemis de la révolution palestinienne et aux intérêts impérialistes qui soutiennent le sionisme 71. articles. li dev ient l'un des chefs de Septembre noir dès sa création. Portrait d'un terroriste. op. Deux cent cinquante mille tonnes de brut partent en fum ée. Boudia a aussi quelques échecs derrière lui : Évelyne Barges. le cheikh Hassan Salameh. faisant 28 morts et 76 blessés. de belles voitures et une fréqu enlation assidue des meilleures boîtes de nuit. Ali Hassan Salameh jouit d ' un train de vie assez fastueux : une villa à Genève. Septembre noir frappe aussi des objectifs économiques. Le 4 août 1972. L'opération vi sant les réservoirs de Trieste.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR Xavier Baron. Tous deux ont établi des ponts avec d'autres groupes terroristes. Fils de famill e. mais aussi. Sa pratique du karaté ne l'empêche pas d'apprécier. dit-on. sans oublier une faculté en AUemagne de l'Ouest. trois de ses membres attaquent. 71. Tout en opérant pour Septembre noir. dit-on. JI) La première opération revendiquée par Septembre noir est l'assassinat du Premier ministre jOrdanien Wasfi TaU au Caire. Citt par Xavier Baron. et fait désormai s partie intégrante du commando Boudia. le 28 novembre 197 1. une usine d'électronique à Hambou. a été arrêtée alors qu 'elle transportait des explosifs à Tel-Aviv. rien n'a été négligé 70. la Sorbonne. cit. cit. Son père. La destruction de cinq réservoirs met hors service l'oléoduc transalpin . Mohammed Boudia est devenu le chef du COSE-FPLP en Europe. les installations pétrolières de Trieste sont plastiquées. Le Croissant et la Crau gommée.'ARJ s'effectue à Paris. » L'attentat est l'œuvre de Mohammed Boudia.

la violence de Munich n 'a pas été totalement contre-productive pour Septembre noir: elle a décidé le colonel Kadhafi à soutenir l'organi sation. De celte somme énomle. Or. Provoquant la colère de Waddih Haddad contre Abou Iyad. le caissier de l'organisation. fructifient à millions. Il1Ierpol. Vi ttorio Lojacono. 75. « L'argent ne fait pas défaut à M . 276 L'assemblée générale annuelle d ' Interpol se réunit à Francfort deux semaines après le massacre de Munich. La prise d'otages fait aussitôt deux morts. cil. Ibid. » ri évoque l ' « e nrichissement » que lui a apporté sa collaboration. Les souscription s obligatoires des Arabes qui travaillent à l'étranger. Fenton Bresler. avait reFusé par 76. op. soit trente milliards de lires. est chargé de centraliser les financements en Suisse. sept milliards de lires (près de douze millions de dollars) sont allés à Septembre noir. Comme l'ex plique Viltorio Lojacano dans son livre 1 dossier di settembre nero. alias Abou Hassan. quand commença à se développer le terrorisme que nous connaissons mainte nant . Raymond Kendal.. Sous son mandat . « Mai s on sait qu'à la fin de 1972. Et tous ces fonds parviennent à l'ineffable Suisse qui les administre e n les investi ssant dans des opérations finan cières. Interpol n'aura strictement rie n tenté contre le terrori sme. tel le professeur Arnland Mergen. op. et d ' importants raids israéliens au Sud·Liban. mai s reste évidemme nt discret sur le passé gestapiste de son subordonné « adversaire du régime national-sociali ste e n 1943» . mais aussi en les mettant à la disposition du terrorisme 76. Septembre noir signe là son plus sanglant fiasco. 277 . A cette date. 1 dOSSÎer di setlembre nero. Ibid.LE BANQ UIER NOIR L'ENCOMBRANTTRÉSOR piques de Munich. Genoud . Cinq Palestiniens meurent lors de l'assaut. n 'hésitent pas à se demander si François Genoud n'a pas exercé là quelque influence sur son vieil ami Dickopf.. le ministre ouest· allemand de J' Intérieur Hans Dietrich Genscher a rait un long discours pour reme rcier Dickopf de 50n influence positive sur la police criminelle ouest-allemande. Hassan Salameh. Nous savons maintenant qu'avec l'appui de l'ami su isse François Genoud. et celles volontaires (mais jusqu'à quel point 1) des riches commerçants. et son rayonneme nt mondial: « Vous êtes devenu un ambassadeur de la confiance e n nOlre pays. Ce sont les Fonds de Septembre noir 75. poursuit Vittorio Lojacono."» L'assemblée générale de 1'0LPe à Mexico. Cil. » 74. le point de vue officiel était le suivant: "Le terrorisme a un mobile politiq ue et tombe donc sous le coup de l'article 3 des statuts de 1956 . Le 29 juin 1971 . Mais certains observateurs. le bouillonnant colonel [Kadhafi] a versé au Fatah quelque chose comme cinquante millions de dollars.nous ne devons pas nous en occuper 77 . Hassan Salameh. 11 a déjà quitté un an plus tôt ses fonctions de président du Bundeskriminalamt (BKA). résuma cn ces tennes la situation au journaliste Fenton Bresler : « Au début des années soixante-dix. elle s'achève e n massacre dès le lendemain : onze Israélie ns sont tués. l'opprobre du monde entier. e n octobre 1969. Les actions de Septembre noir vont pourtant se poursuivre. La prudence diplomatique de l'état-major d'Interpol vis-à-vis des représentants des polices arabes y est $ans doute pour quelque chose. quand il prenait en charge la défen se du commando de Zurich-Kloten. L'ancien SS a soixante-de ux ans. dit Abou Hassan. Futur secrétaire général d 'Interpol. SaJameh doit pour cela mettre à profil « ses connaissances du monde bancaire genevois et parti culièrement son ami tié avec Franço is Genoud 74». Paul Dickopf doit céde r son fauteui l de prés ident. les a empochés. Abou Hassan a ouvert divers comptes courants auprès de la Banque commerciale arabe de Genève. » François Genoud aurait été le dépositai re des fonds palestiniens dès la fin de l'année 1969. 77.

une résolution fut adoptée conseillant de collaborer avec les organisations de sécurité civile. relève un participant américain interrogé par Fenton Bresler. ] De nombreux membres estimaient qu'il fallait réviser les statuts. Une majorité d'entre eux passaient pour être partisans d'un service international spécial chargé de combattre les activités terroristes. Comme le souligne Fenton Bresler.. Ibid. [ . Mohammed Messaïd. A Francfort. on ne découvre mot de tout cela. 278 • . afin de dresser une li ste des dispositions légales et des mesures de sécurité dans les aéroports et les avions.LE BANQUIER NOIR L'ENCOMBRANTTR~OR 35 voix contre 13 et 25 abstentions de prendre en considération un rapport sur les détournements d'avion. Le 19 septembre 1972. Et Jean Népote (le secrétaire général d' Interpol) avai t répondu "non". 79 . Pourtant. mais je pensais auss itôt que c'était une erreur 78. Mais la non-intervention aueint son sommet après l'attentat de Munich : « Je dois vous dire. Ibid. un représentant algérien.270 délégués se retrouvent à Francfort. qu 'après l'irruption de ces tueurs araoos dans les quartiers des athlètes israéliens. A Bruxelles. pour la première assemblée générale d' Interpol en Allemagne fédérale depui s la fin de la guerre. en 1970.. Il affinnait que le crime de Munich était "politique" et qu 'Interpol ne devait pas s'en mêler. fut d'ailleurs élu vice-président d'Interpol. » A ce stade. ni la moindre mention des événements de Munich 79. « Beaucoup de membres étaient prêts à arguer que le terrori sme était un acte criminel que ne pouvaient excuser ses motivations politiques. si l' on parcourt les 44 pages du compte rendu de l'assemblée publié dans la Revue internationale de police criminelle. Jean Népote « impl iqua dans la prise de décision » Paul Dickopf. Je n'y pouvais rien à l'époque. Les participants israéliens échouèrent dans leur tentative de soulever la question devant l'assemblée.» Il étai t probablement difficile pou r Pau l Dickopf de tfOp indi sposer les représentants des po lices arabes. « Dickopf n'étai t pas prédisposé à prendre très à cœur le massacre de onze juifs innocents: il avait été officier 5S jusqu'en juillet 1943. qui all ait quitter ses fonctions quelques semaines plus tard . le BCN ouest-allemand avait demandé au secrétariat général de Saint-Cloud de fournir et de diffuser toutes les infonnations disponibles sur une liste de terroristes arabes notoires ou présumés. poursuivit Raymond Kendal. date à laqueUe il s'était réfugié en Suisse». 78.

La conversation glisse sur les activités de l'enseignante. membre du SPD (parti soc ial-démocrate a llemand). ancien secréta ire d'État au commerce. une maison d 'édi- lion ouest·aJlemande. pourrait prête r à confus ion: incorporé dans l'armée aJie mande à la fin de la gue rre à l'âge de se ize ans. 280 volontiers les c irconstances 2. pour limités qu ' ils soient. François Genoud lcnte de convaincre l'éditeur. François Genoud n'a pas perdu une minute. Entretien d ' Erwin Fischer avec l'auteur. Celle chasse a démarré pour lu i en août 1969. de ses droits sur l'œuvre de Goebbels. qui croyaien t les journaux de Goebbels ente rrés aux abords de l'autoroute Hambourg. journaliste aUemand. adme t-il . Erwin Fi scher est resté deux ans dans un c amp d ' internement russe à Tcheliabinsk en Sibérie.. Cette fois. L'éd ite ur a toujo urs prétendu avoir été contacté par le Suisse. En signant son contrat. Knaus qui . e Ue n'était e ncore qu 'une aventure journalistique. Erwin Fischer rencontre l'anaché culturel qui l'interroge longuement sur ses intentions et son passé. Erwin Fischer. Son passé. il avait suiv i les fouilles réali sées par Stern et Der Spiegel. de son côté. Franço is Geno ud savait qu ' un jour ou l'autre la totalité des Mémoires de Goebbels viendrait à réappara:ître sur le marché lütéraire. Il se souvient de son hilarité quand. Le 12 octobre 1972. 28 1 • . Envin Fi scher rencontre cet é télà un professeur de litté rature ru sse .LE CAMELOT DE GOE BBELS 8 Le camelot de Goebbels La découverte. jeune jo urnal iste au Hamburger Echo. 18 septembre 1990 à Berli n. pour arrache r les dro its d'auteur sur les jo umaux de jeunesse et les ex traits des journaux intimes du ministre de la Propagande. e n 1972. Fischer se présente comme un écrivain ant ifasciste. 10 octobre 1973. El. Quoi qu'il en so it. A l'en c roire. l'attaché culturcll 'cnvoie aux archives de Bratislava. qui lui révèle sous le sceau du secret q u'e lle travaille sur les journaux de Goebbels conservés aux Arch ives de Moscou. assure que c'est M. dont il narre t. venue avec le projet de traduire les premiers romans du journaliste en russe. puis à ce lui de Be rlin-Est. reche rc hant les ayants droit éventue ls. a mis sous contrat le «découvreur ». publiés en 1948 (et d'autres extraits simultanément publiés en Allemagne de l' Est). Mais le journaliste a un ami hau t placé dans la capita le de la RDA. Hoffmann und Campe. Sans succès. de 1956 à 1964. François Genoud. Un monumenlal journal de Goebbels va paraTtre ». Erwin Fi sc he r espérait rapideme nt publie r sa trouvaille. 24 heurn (Lausanne). 2. Erwin Fi scher écrit aussitôt à l'ambassadeur soviétique à Bonn. e t la c ra inte que ses origines jui ves ne soient découve rtes.. Le sang d 'Erwin Fischer ne fait qu'un tour. prouvaient bien J'existence d'un jo urnal fl euve tenu avec discipline par le ministre de la Propagande. Des fragments de ce journal découverts par les Américains après-guerre. Atain Campiotti . Persuadé qu'il est sur la piste d ' une formidable exclusivité. e n 1958. Mais il a aussi vécu les premières années de la guerre dans l'insoumission. un mois plus tard à peine.Be rlin. et ces démê lés avec un homme d 'affaires totalement inconnu ne lui disent rien qui vaille. et vraisemblableme nt cmponé dans son intégra lité par les Sov iétiq ues. qui l'introduit fin aleme nt auprès de l'ambassade soviétique. « a e u l'honnêteté de prendre contact » avec lu i 1. Finaleme nt convaincu. Ele na Kaczieva. la surprise est amère. des journaux de Goebbels dans les archives des pays de l' Est est vraisemblablement une sombre histoire d 'agent secret. Depuis les procès en série qu ' il a livrés. pour le découvreur. Albrechl Knaus.

mai s très peu. raconte Erwin Fischer. directement placé sous les ordres du colonel Rolf Rabe. le journaliste allemand rencontre un nouveau « djplomale ». n'y va pas par quatre chemins: « Tous les journaux de Goebbels se trouvent à Moscou ». Un transfert de documents de l'Est vers l'Ouest. ct son cortège de révélalions sur l'acti vité des services de renseignement de la RDA. » Fischer a réussi. notent avec ironie que leur pratique « sc ientifique» des archives à l'Est est à l'opposé des facilités dont semble avoir bénéficié Erwin Fischer. » A Moscou. Le professeur. puis « Laporte ». des journau x est aujourd'hui ouvertement contestée. en haut lieu. II n'est pas l'un de ces mouchards du système dont la presse a révélé l'existence en exhumant les archives de la Stasi. son interlocuteur lui annonce qu'il était le commandant du camp sibérien. il trouve encore d'aulfCS courts extraits. onl longtemps mis en rage Erwin Fischer. par la suite. li y passe une di zaine de jours en tout.ils réussissent. enregistré li Munich en d~eembre 1990. comme la RDA savaü en faire ~ . 282 283 • . Si la rencontre paraît fortuite. par un accord avec l'éditeur -.administration principale pour le renseignement. TI aurait travaillé pour les services de Markus Wolff. Fischer est soupçonné d'avoir espionné Willy Brandt et Franz Josef Strauss 6 . 4. Des historiens de l'Institut d 'histoire contemporaine de Munich . chargée de l'espionnage à l'étranger -. Elena Kaczieva n'avait pas menti. selon la presse oueS1allemande. on me fusille 3. Erwin Fischer décide donc de se rendre à Moscou. à récupérer l'intégmlité des journaux. » Cette version de la « découverte:. Mais la réunification allemande. Ibid. L'enquête se poursuit sur ses activités. L'affaire des journaux de S. 3. BKA) interpelle le journaliste à Stade. Fischer s' insurge. « C'est une opération liée aux services secrets. A Budapest. Schumann a reçu un volume important de microfiLms de Goebbels. Ibid. « A la fin de notre conversation. qu ' il rencontre brièvement. Bi/d. fonnulées mezza \lace. entrés en con Hit avec le journaliste . oc Stade: arrestation de l'espion Heeh! JO. mais. en particuli er. Selon les accusations policières. » Ces accusations. Soudain . portant pseudonyme . Ou plutôt si: Elena Kaczieva. Le directeur des archives de Budapest lui donne un nom: Wolfgang Schumann. Elle Dl ' a répondu: si je dis encore un mot. La veille de son départ. la HVA .« Hecht » . loin s'en faut. Les Russes paraissent encore intrigués par le passage de Fischer en Sibérie. lui lance-t-il. avecceUe lettre. Sans résultat. se souvient Erwin Fischer. 6. L'archiviste lui conseille de se rendre à Budapest.Il novembre 1994.« Et effectivement. « J 'ai cherché à en savoir plus. professeur à Berlin-EsL Erwin Fischer repart pour Berlin . ses questions le sont bien moins. En novembre 1994. confortent ses recherches. J'Office fédéral de police judiciaire (Bundeskriminalamt. Erwin Fischer est un véritable agent. Son propre récit des événements lai sse pourtant entrevoir l'intervention ou le coup de pouce des services spéciaux dans la « découverte » des journaux de Goebbels. qui dirige l' lnstitut de recherches histo riques sur le fascisme. allaient totalement mettre en pièces le récit de la découverte des journaux de Goebbels par Erwin Fi scher. il va recevoir une lettre de Moscou avec des informations intéressantes 4. lui annonce qu'à la suite de ses recherches intempesti ves elle a perdu son travail sur les jou rnaux. mais lai ssé en liberté après le paiement d'une forte caution. harcèle le ministère de la Cullure et la Société des auteurs. Cet épisode biographique lui vaut un nouvel interrogatoire courtois mais détaillé. les recherches d' Erwin Fischer ne sont pas passées inaperçues. Erwin Fi scher est inculpé d'espionnage au profit de la Stasi. qui.LE BANQUlER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS Là·bas. le diplomate m'a dit: retournez voir le professeur Schumann . expliquet-il. au moins. Erwin Fischer découvre effectivement des fragments du journal de Goebbels. note l'un d'entre eux. M. Sources priv~es. contre des devises.

LE BANQUJER NOIR

LE CAMELOT DE GOEBBELS

Goebbel s est désormais clairement présemée comme une opération financière des services spéc iaux de l'Est. Fischer n'a pas
encore comparu devant les tribunaux allemands.

livrer à l'experti se de l'Institut d 'hi stoire contemporaine de
Munich qui dispose d'échant illons divers et variés de l'écrit4re
de Goebbels. Un moi s plu s tard , Albrecht Knaus annonce à
Erwin Fischer qu 'un certain François Genoud s'est manifesté
et qu' il réclame des droits d'auteur.
1
Le journaliste se rend presque auss itôt chez le professeur
Schumann, à Berlin-Est, qui l'oriente sur un haut fonctionnaire
du mini stère est-a llemand de la Justice. Les journaux de
Goebbe ls intéressent donc J' administration est-allemande. Leur
réponse est sans ambiguïté: aucun droit d'auteur pour François
Genoud. Ces documents font partie des pri ses de guerre russes.
et comme tels sont régis par le droit du traité de Potsdam.
Cette analyse est fausse. Mais e lle calme Erwin Fi scher.
Inqu iet du risq ue ne pas recevoi r la sui te des documents,
Albrecht Knaus minimise lui aussi les revendications du
Suisse. En mars 1973, il offre même un contrat à Erwin Fi scher
pour un nouveau roman 8. Conqui s, et sans plus de méfiance,
cel ui-ci poursuit ses « livraisons» de documents à j'éditeur. II
lu i confi e 20000 pages en tout.

Quoi qu ' il en soit, c'est un hi storien , le professeur Schumann , qui devient, en 1972, l' interlocuteur d' Erwin Fischer à
" Est. Malgré ses arrière-pensées, le journali ste, lui, ne souhaite
qu' une chose : publier sa découverte. Selon Fischer, Schumann
pose plusieurs condi tions. « Premièrement: c'était moi et personne d'autre qui devais publier les journaux, raconte Erwin
Fischer. Je devais garantir que cette publication ne donnerait
lieu à aucune propagande nazie. Je ne devais pas faire de spéculation finan cière. Et quatrièmement: je devais trouver une
maison d'édition absolument pas compromise dans la publication d'écrits nazis. »
Erwin Fischer porte son choix sur la maison Hoffmann und
Campe de Hambourg.
Bien qu 'ultraconfidentielle encore, la nouvelle de la découverte du journal de Goebbels provoque une véritable chasse à
courre chez les éditeurs allemands, mais aussi anglais et américains. La puissante maison Berthelsmann essaie de convaincre
Hoffmann und Campe de lui céder ses dro its pour les ÉtatsUnis. Erwin Fischer lui-même est l'objet de nom breuses sollicitations directes. L'éditeur londonien Macmillan lui écrit et
l'enjoint de le rappeler à son domicile 7. Erwin Fischer garde le
contact avec certains postulants, ne serait-ce que pour juger du
bien-fondé des cessions de droits que Hoffmann und Campe
devra conclure.
Erwin Fischer signe son contrat avec Hoffmann und Campe,
le J 2 octobre 1972. Après deux jours de négociations, AIbrecht
Knaus, directeur de la maison d'édition, est finalement entré en
possession d'une partie des pages, qu ' il va presque aussitôt

Entre-temps, François Genoud a convaincu Albrecht Knaus.
Au mo is de mai , l'éd iteur organise une réunion dans un grand
hôtel munichois: le Regina Palace. Erwin Fi scher et François
Genoud sont présentés l'un à l'autre. L'éditeur et son avocat
soutiennent devant le journaliste qu'un accord avec François
Genoud est incontou rnable. Abandonnant Fi scher avec son
avocat, Albrecht Knaus se lai sse conduire par François Genoud
chez Maria Kimmi ch, la sœur de Goebbel s, pou r y boire le
café. Le Su isse est devenu maître du jeu.
Un jeu complexe. Au mois de juillet, accompagné de son
épouse et de sa flUe Martine, François Genoud rend visite à
Fi scher, dans sa demeure bavaroise de Staingarden. « Genoud
me dit: vous et moi ne faisons pas une bonne affaire avec

7. Peter-Ferdinand Koch. Die ToSt!bücher des Doktor Joseph Goebbefs.
op. cit.

8. /bid.

284

,

285

LE BANQUlER NOIR

LE CAMELOT DE GOEBBELS

Hoffmann und Campe, se souvient Erwin Fischer. Il faut
reprendre les journaux. J'ai des ami s en Angleterre qui ont un
grand château, vous pourriez y travailler avec des scienti fiques
que je connais. Nous gagnerions beaucoup plus d 'argent. »
François Genoud songe-t-il à confi er les journaux à l'historien
révisionniste anglais Dav id Irving? Erwin Fischer, lui , est abasourdi. On ne rompt pas un contrat signé de cette façon en
Allemagne, répond-il, en guise de refus. La famiUe Genoud
prend congé. Erwin Fischer s'aperçoit que Martine Genoud a
oublié une bague de diamants dans sa salle de bains. II renvoie
aussitôt la bague par coli s recommandé à Lausanne. Erwin
Fischer reste sans voix 9. A tort ou à raison, il y verra un stratagème du Suisse.
Bien qu'il préconise la rupture avec Hoffmann und Campe
d' un côté, François Genoud essaie d 'amadouer un peu plus
l'éditeur allemand. En juillet 1973, il rend visite à Albrecht
Knaus avec son épouse Élisabeth. L'éd.iteur est enchanté par
la courtoisie du couple. li lui explique son projet : publier
d' un côté une version populaire abrégée, de l'autre un ouvrage
scientifique commenté 10. François Genoud le laisse dire. Le
contrat entre eux n'est pas encore signé. François Genoud
rechigne à lui céder les droits étrangers.

générale, François Genoud est présent à ses côtés. Et il intervient. Il se présente comme l'un des garants de l'honnêteté de
la publicati on. « Ce serail un manque d'honneur et d' honnêteté
si l'on faisait par exemple un livre à partir d ' un massacre
de juifs, ou d' un rapport militaire, en disant : cet homme, qui
était responsable de la culture [Goebbels], n'avait que des problèmes mi litaires. Cela donnerait une image complètement
fausse Il.>> Bien que son contrat avec la maison d 'édition ne
soil pas encore signé, François Genoud semble donc déjà avoir
acqu is un droit de regard sur la publication. Et sur sa promotion: « M. Goebbel s appartient à l'histoire, dit-il. C'est
un grand homme qui se défend très bien quand on lui donne
J'occasion de s'exprimer.» De tels dithyrambes lai ssent les
journalistes allemands pantois, et valent à Genoud le surnom
de ({ camelot de Goebbels»: « Goebbel s est une apparition
unique dans l'histoire, apparition dont les Allemands peuvent
être fi ers, et si cela n'est pas le cas aujourd ' hui, c'est parce
qu'on les a rééduqués. Bien sOr, c'est l'avis d' un étranger, mais
je su is un étranger qui a beaucoup aimé l'Allemagne et qui
continue à l'aimer. » Furieux de cette présentation , Erwin
Fischer quitte la conférence de presse.

La foire du livre de Francfort, qui fait déjà fi gure de platefonne de lancement pour les scoops éditoriaux de portée internationale, est l'occasion pour Albrecht Knaus de mettre son
Goebbels en orbite. Le 10 octobre 1973, lors d'une conférence
de presse qui fait salle comble - les journaux du monde entier
s'en feront l'écho -, l'éditeur annonce la découverte des journaux intimes, et leur publication à l'horizon 1975. A la surprise
9. Entretien d'Erw in Fischer avec l' UlIIcur, 18 septcmbre 1990.
10. Peter-Ferdinand Koch. Die Tagebiicher des DoklOr Joseph Goebbels.
op. cil.

286

Désonnais. le conflit est ouvert entre Fischer et Genoud.
Lors d' une réunion générale à Bonn, Genoud ex plique que,
n'étant pas historien, Erwin Fi scher ne peut raisonnablement
pas être le seul éditeur de l'ouvrage en préparation. L'ouvrage
a besoin d' une caution scientifique. François Genoud propose
Je professeur Jacket de Stuttgart . Albrecht Knau s soumet de
son côté le nom d'un historien britanniqu e que François
Genoud a bien connu par le passé, Hugh Trevor-Roper.
La rencontre su ivante, qui a lieu le 24 janvier 1974, chez
l'avocat de Hoffmann und Campe, tou rne au pugilat entre
Fischer et Genoud. François Genoud accuse les Allemands de
Il . Voir extrnits d'un script de la conférence de presse, ibid.

287

LE BANQUIER NOIR

LE CAMELOT DE GOEBBELS

l' Est de manipuler le cOnlenu des journaux, en «escamotant »
certa ins passages. Il les soupçonne d 'i mportants oublis sur
l' année 1944. Pu is Genoud annonce qu ' il récuse l'hislOrien
britannique au mOlif qu'il a contribué à un film déplorable sur
les derniers jours de Hitler. « Hitler était la plus grande personnalité du XX C s iècle! » clame Genoud au cours de la dispute.
« La vraie erreur de Hitler a été de tuer les juifs au lieu des
Sui sses ! » hurle Fischer. La rupture est consommée. Chacun
de son côté, ils réd igent des leures en expliquant qu ' il n'est
plus question de travailler avec l'autre.
Dans sa lettre du 29 janvier, Fischer explique que « le comportement de François Genoud » lors de la dernière réunion n'a
pu que confirmer ses «réticences envers ce monsieur ». LI
évoque déjà son «excl usivité» sur les copies des journaux 12..
[ls ne paieront pas leur geste du même prix. Erwin Fischer
comprend un peu lard qu'Albrccht Knaus, n 'ayant plus besoin
de lu i pour lui livrer les journaux, va se ranger derrière
Françoi s Genoud. L'éditeur met secrètement une dernière main
au contrat destiné à Franço is Genoud, avec paiement d ' une
avance de cent mille marks.
Le 8 février, par courrier, Erwin Fischer demande à A1brecht
Knaus la restitution des documents. fi n'obtient pas de réponse.
U réitère sa demande une seconde fois, sans plus de succès.
Erwin Fi scher et le professeur Schumann décident alors de
mandater leurs avocats pour récupérer les documents. Pour
toute réponse, il leur est expliqué que le premier contrat s igné
est sans valeur. Une procédure est déclenchée à Hambou rg par
l'avocat d ' Erwin Fi scher, Me Arno Gudrat. Elle va durer quatorze ans.
L'édi teur en viendra à regretter son attitude. Outre l'inélégance dont il a fait preuve, il a manqué de clairvoyance dans
l'examen de la situation juridique. Franço is Genoud avait-il

vraiment les droits qu ' il proclamait ? fi disposa it du jugement
de la cour d'appel de Cologne qui en 1964 lui avajt donné
raison dans l'affaire des documents de jeunesse découverts par
Hildegarde Meyer-Bende!. Il avait l'accord signé le 23 août
1955 par l'admini strateur légal de la succession de Goebbels,
Me Kurt Leyke - et un additif à ce contrat en date du 12 mars
1956 -, en vertu duquel celui-ci lui avait cédé les droits d'exploitation de l' héritage littéraire, et l'approbation écrite des
héritiers datée de 1958. Mai s, selon certains juristes, une lecture fine des documents pouvait penneltre de conclure à l'existence d'un délai de prescription du mandat que lui avait confié
Leyke. Les contrats signés avec le curateur pouvaient tout s implement se révéler périmés 13.
Dans une leltre au Stem, l'ancien procureur adjoint au tribuna] de Nuremberg, Robert Kempner, va plus loin , cn estimant
que les droits d'auteur des journaux de Goebbels devraient être
versés en dédommagement aux victimes du nazisme. « En tant
que préfet de Berlin et ministre de la Propagande, Goebbels
'est rendu coupable de meurtres muhiples et de pilJages; en
lant que propagandiste, il est responsable de l'exécution de la
"solution finale de la question j uive" ... La République fédérale
prend en charge les dédommagements. Le ministère public
féd éral peut demander des remboursements sur les revenus de
l'héritage de Goebbels 14.» Cette idée de bon sens, qui méritait
mieux qu 'une lettre au Stem, n'a pas emporté l'enthousiasme
des responsables polüiques ouest-a]lemands.

Le dimanche 6 mai 1973. un avocat parisien est retrouvé
mort dans son cabinet, 15 rue Lesueur. Mc Luys Bouquet avait
été l'un des avocats de Mohammed Khider, et restait un proche
13. Peter-Ferdinand Koch, Die Tagebilcller des DoklOr Jouph Goebbels,

12. Leure du 29 jall vier ad ressée par Erwin Fischer à Albrecht Kmllls, cn possessioll de l'auteur.

288

QI'. cit.

14.Stern.n o 41.197J.

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[J avait géré des opérations financières complexes. Le gouvernement algéri en ava it fait des pressions sur lui. et suivait toujours les aspects judiciaires de l'affaire du trésor du FLN. 82. Me Kadour Sater. le 14 novembre 1973. appartenant à la sécurité militaire. Bouquet avaü plaidé d urant hu it heures d'affilée . 2 1 mai 1973. Maurice Robert nous Il indi qué que le général Grossin l' avait prêsenté 19. à Genève. car il était aussi un avocat d'affaires chevronné. [1 impressionnait les juges en fumant de gros ci gares. Si l'éventualité d' un suicide semble retenue par les enquêteurs.» Le test de la paraffine semble révéler des traces de poudre sur une de ses mains: Me Bouquet se serait donc lui-même tiré une balle dans la tête. C'est ce que rappelle Le M onde quelques semaines après sa mort. l'homme lige de Foccart en Afrique 18. « Bouquet n'avait absolument aucune raison de se suicider ». 29 1 . Entrelien avec J' auteur. qui semblait enjoué quelq ues heures plus tô ~. p. a été constamment escorté par deux hommes en armes. à la suite d 'un différend avec les autorités libyennes. Entretien avec l'auteur. « En arrivant chez lui . quand. Dossier A comme Armes. 18. II devait partir au Gabon le lendemai n matin. Nous avons l'im pression que les services algériens ont fait le ménage 17. Mais c'était son fils qui avait découvert le corps étendu derrière son lit L5. est totalement inconnue de son épouse. Luys Bouquet avait néanmoins approché de très près les « réseaux Foccart C'est l'ancien patron du SDECE. Et l' avocat. el avait dit à sa femme qu'il allait ranger ses doss iers. et de sa commission France-Outremer. la cause de la Banque commerci ale arabe contre l'Algéri e.. 16. ). » « Ce n'est pas les Algériens. rétorque François Genoud. ne Je voyant pas reveni r. « Une banque suisse est condamnée 15. Pour beaucoup.'affaire du trésor du FLN. le Un myslérieux suicide». C'est un coup des services: Luys Bouquet était très impliqué en Afrique noire. L'éventualité d ' un nouveau crime de la sécurité militai re algérienne est souvent évoquée. ancien chef du secteur Afrique puis sous-directeur de la recherche au SDECE. notamment quelquesunes pour le compte du marchand d'armes Antoine Kamouh. cit. 17.un record -. Tous ces éléments poussent la fam ille à porter plainte contre X 16. Les relations africaines de Luys Bouquet permettent peutêtre d'expliquer la rumeur persistante selon laquelle François Genoud aurait rendu certains services aux réseaux Foccart. la mort de Luys Bouquet à Paris reste le dernier épisode sanglant de .LE BANQUlER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS de François Genoud. et que l'on sait en contact avec François Genoud. L' Express. Membre du Parti socialiste. 199 1. explique le colonel Maurice Robert. Précaution amusante: l'avocat du gouvernement algérien. ses proches et François Genoud . et il y avait découvert un grand scandale. qui disparaÎlra sans laisser de trace quelques mois plus tard. Luys Bouquet avait eu la joie de trouver des billets d'avion déposés par une ambassade africaine chez sa concierge. eUe est totalement écartée par sa femme. puis. raconte François Genoud. qui l'avait présenté au colonel Maurice Robert. Mais l'arme découverte au pied du lit. un Colt Cobra 38.. fe 17 juin 1973. 14 mars 199 1. la 2e chambre de la cour d'assises de Genève confirme la sentence rendue le 3 février 197 1 el condamne une nouveUe fois la Banque commerciale arabe. op. 5 mar. socialiste comme lui. « Il était le défenseur des gens dont on supposait qu ' ils détenaient le trésor du FLN. le général Paul Grossin. elle l'avait cherché. n'a laissé aucun message à ses proches. En 197 1. Luys Bouquet était en contact permanent avec la Banque commerciale arabe. Éric Gerdan. 290 )l. surtout par les servi ces spéciaux fran çais. eUe avait téléphoné à sa mère. li était monté à son appartement. La mort de l'avocat ne sera jamais éclaircie. Sa fem me avait préparé le dîner. L'avocat aurait servi par la suite d ' intermédiaire finan cier discret de Jacques Foccart auprès des présidents tchadien et gabonais 19.

Le centre bénéficiant dès lors d 'une protection importante. Par aiUeurs. Au printemps. Le SDECE et la DST surveiJ1enl la situation avec d'aulant plus d'attention que Paris est souvent le théâtre des exécutions qui frappent les deux camps. membre présumé du réseau Boudia. en octobre et décembre 1972. près de douze morts dans les rangs palestiniens. A cet égard. Les se rvices spéciaux français ont relevé avec justesse l'accroi ssement de l'aide libyenne au groupe Septembre noir. il prépare aussi une opération que Carlos supervi sera quelques mois plus tard. sous fonne de rançons. Le 28 juin 1973. Leur procès fera apparaître leur participat ion à d 'autres préparatifs d 'attentats en Europe. et mettra un terme à la « Colère de Dieu ». Deux représentants de l 'OLP sont mortell ement blessés. Son plan prévoit une pri se d'otages et un départ en av ion vers un pays arabe. TI aurait organisé l'attentat contre un agent israélien abattu à Madrid. essaient de déterminer leurs filières d 'approvisionnement . et revendiqué par Septembre noir. porteurs de plans du centre. condamnés puis ex pulsés. Boudia envisage d 'attaquer le train qu i conduit les émigrés juifs entre la frontiè re tchèq ue et autrichienne. En juillet 1973. Après les événements de Lod-Tel-Aviv et de Munich. Il s'est rendu à deux reprises dans ce pays pour y effectuer des repérages. Boudia n'a cessé de coordonner des opérati ons et s 'est imposé comme le chef du COSE-FPLP en Europe. litre Le Monde. En octobre 1972. il a fai t l'objet d ' un communiqué de la police suisse indiquant qu 'i l avait servi d 'agent de liaison à deux groupes de fed ayin à Genève. L'action des groupes clandestins multinationaux est plus difficile à saisir que celle des mouvements d 'i ndépendance qui les ont précédés. JI ne le mettra pas en pratique. Us traquent les réseaux de ces groupes. le commando arrivé sur place abat un autre homme: Ahmed Bouchiki. le 2 1 juillet. cond uits par de fausses informations. le Mossad et les services spéciaux occ identaux recherchent activement Ali Hassan Salameh. le SID itali en (Servizio lnfonnazioni Difesa) a remonté une piste fort intéressante en suivant à la Lrace un virement bancaire d'orig ine li byenne. En janvier 1973. en dix mois.. leurs sanctuaires et leurs coffres-forts. un journaliste syrien. les services israéliens sont chargés par Golda Meir de « fTapper les organisations terroristes partout où leur bras peut les atteind re». par des attentats à la bombe: Abdel Zouaiter à Rome et Mahmoud Hamchari à Paris. est abattu à Pari s. Mai s.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS à restÏluer le " trésor du FLN" ». il est tué par l'explosion d'une voiture piégée devant la facullé des sciences de Pari s. 250000 dollars provenant de Tripoli sont arrivés sur nn 292 293 . L'émergence des groupes palestiniens radicaux provoque un conflit d'un genre nouveau. Des éléments d ' une première équipe sont arrêtés. et ils dégagent parfois de substantiels revenus. ils donnent l'adresse de l' une de leurs cachettes où les policiers découvrent deux autres comparses. Parmi les «objectifs» israéliens. Le recours de la BCA devant le Tribunal fédéral inversera peut-être la vapeur.. en Norvège. L'opération est l'une des plus grosses bavures du serv ice israélien. Deux membres du commando qui avaient loué leur voiture sous leur véritable identité se font arrêter au moment où ils rendent le véhicule. Après l'attentat des installations pétrolières de Trieste en aoûL1972. C'est le début d'une vague d'attentats connue sous le nom de code Wrath of God (Colère de Dieu). puis jugés à Oslo. Les polices et les services de renseignement occidentaux vont devoir s'adapter à ce nouvel adversaire qui leur ressemble tellement. Ce dernier est victime d 'un téléphone piégé. ancien speaker de la radio marocaine occupant un modeste emploi de serveur . le 26 janvier 1973. Les détournements d 'avion ont encore augmenté en nombre. Khader Kannou. six agents israéliens sont arrêtés. qui fait. visant un centre d 'émigrat ion de juifs russes à Schonau en Autriche. Les capitales occidentales deviennent des lieux de règlements de compte. les Israéliens croient l'avoir localisé à LiUehammer. fi gure l'Algérien Mohammed Boudia. En tout.

Joseph Edward Seif. 198 1. Deux hommes montés dans le train à Bratislava prennent en otages un groupe de voyageurs. Joseph SeiJ a été sauvé par ses dents. d ' importantes faci lités sont accordées au mouvement. Cependant. un pas nouveau est fran chi: la guerre dans laquelle s'engage Carlos. qui a placé l'argent sous surveillance. ce qui pennet à Carlos d'affi rmer qu'i l est une cible « sioniste » . l' un muni d ' un silencieux. qu ' un retrait de 10000 doUars a été effectué. Certes. Arrivés à Vienne. « le prince rouge ». certains contacts italiens de Salameh sont également surveillés: il s ont partie li ée avec les milieux néo. Son auteur est pisté. l' autre puissant et bruyant «pour l'autodéfense en cas de surprise ». un Palestinien vivant à Milan. Roland Laurent. Il soutient Israël. Action emblémàtique.fascistes. notamment la mi se à disposition de camps d'entraînement. Salameh change fréquemment d 'hôtel. U porte deux pistolets. Le 30 décembre 1973 donc. évoque aussi cet épisode dans Les Dossier! !ecrets tlll terrorisme. apprend. Sa mâchoire a miraculeusement arrêté une balle mortelle. et pas n'importe laquelle.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS compte de la British American Bank de Zurich. Carlos conduit une nouvelle opération à Londres: l'attentat contre une banque israélienne. op. Le 28 septembre 1973. nous n'avons trouvé personne. il n'a pas le temps de voir que sa victime n 'est pas morte. avec quelques autres groupes qui apparaîtront dans les années soixante-dix et quatre-vingt. car l'expéditeur du virement est un membre de l'ambassade libyenne à Rome. A Milan. sous le nom de Roland Jacquard. Amine el-Hindi. 23. Le redéploiemen t de Septembre noir grâce à l'aide libyenne va jusqu'à la mise en place d 'une section annement. raconte Carlos. L' opération du commando Boudia est un succès totaJ. n Quelques mois après la disparition de Mohammed Boudia. 1985. L'lmernationa/e (errorisle démasquée. Le « frère jumeau » de François Genoud a ouvert un bureau à Zurich pour coordonner l'approvisionnement en annes 21. li est porteur de passeports diplomatiques algérien. 20. cil. 294 22. un commando baptisé « Boudia » exécute l'opération visant les réfugiés juifs en route vers Schonau en Autriche. Seif est vice-président de la Fédération sioniste. mais le groupe désigné sous le nom d'. En Libye. Voir l'interview acc:ordée à AI-lVatan al·Arabi. ils obtiennent une voiture et un avion pour fu ir. égyptien et libyen.. Le SID. Je lui ai demandé de l'appeler. la porte de la salle de bains s'est ouverte ct j'ai tiré trois fois. délaisse les objectifs militaires ou diplomatiques israéliens et prend directement pour cible les communautés juives à travers le monde. ainsi que deux grenades. Le 25 janvier 1974. Carl os lui s uccède à la tête du COSE-FPLP en Europe. de source bancaire. évoque les enquêle$ italiennes el détaille les rapports du SID. la fronti ère entre ces actions et celles des groupes antisémites néo-nazis sera difficile à cerner. Hapoalim. Bien que grièvement blessé. Roland Laurent. Désonnais. Hans Rechenberg. 295 . L'!nlerna/iollDle /errorisle démasqule. qu'il utilise ind ifféremment à chacune de ses étapes hôtelières. « J 'ai demandé au valet de pied de m'amener à son maître. AI-Wicab" eSI en réalité Septembre noir (don t oc AIWicab)} est un nom de Code). Dans la chambre à coucher. Le FPLP revendique l'attentat depuis Beyrouth. mais surtout une déclaration du chancelier Kreisky annonçant que le centre de Schonau serait fenné en échange de la libération des otages. mai s il est désormais suivi par les Italiens. président de la chaine de magasins Marks and Spencers 23. Paris. Carlos sonne à la porte de Joseph Edward Seif. Les It aliens reçoivent l'infonnation. 21. Le même auteu r. Le SIO s'aperçoit que l'un d 'eux lui sert de boîte aux len res w. secrétaire général de l'Union des étudiants palestiniens. et le destinataire. mais il est identifié: c'est Ali Hassan SaJameh. » Carlos disparaît aussitôt. Alain Lefeuvre. Il est cenain qu'il a participé à d ' autres actions avant la mon de Boudia. qui échoit à . Albin Michel. Carlos passe lui-même à l'action.. La première opération qu'il revendique ouvertement 22 est la tentative de meurtre contre une personnalité de la communauté juive anglaise.

Teutes les epératiens cenduites par les greupes rivaux du Fatah sent désermais cendamnées. après les attentats ratés du groupe Carlos. Pour la première fe is dans ce doss ier. le FPLP-Cemmandement général d'Ahmed Djibril. 297 .« Khider a te ujeurs géré seul les fonds qui lu i avaient été confi és. Al ger rappelle sen ambassadeur. un Front du refus dès le 14 octobre 1974. vont provoquer un séisme di ple matique entre la Suisse et l"Algérie.. lorsque le di fférend est apparu. Arrê t du Tribunnl fédéral suisse. }} Le tribunal relève au passage les circenstances du dépôt de certains fonds par des chefs du Le 1er juillet 1974. centredisant les décisiens de première et deuxième instances. Yasser Arafat interdit te ute «epératie n spéciale à l'étranger » et appelle à «châtier ceux qui sertent de la ligne générale du me uvement paJestinien 24 ». depuis Bagdad. les magistràts.] Celuici ne laisse apparaitre aucun indice d'une représentatien d'un liers ». La banque ne centrevient pas à ses ebligatie ns en restituant des fond s au titul aire avant la noüficatien d' un séquestre. à participer aux déli bératie ns de l'Assemblée générale sur la questien de la Palestine. l'OLP est admise à l'ONU en tant qu'ebselVateur. à l'aéroport d'Orly. car. pour de nner dreit à la requête du parti qu ' il avait dirigé. Le FLN a déclaré.» « Pe ur la banque. le Front de libérarie n arabe et le Front de lune populaire palestinienne créent. le titulaire du cempte ayant disparu. cil. Yasser Arafat est acclamé devant la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies. donnent raison aux administrateurs de la Banque cemmerciale arabe. On ne pouvait d'O ne rien lui reprocher. [. 25. explique le quotidien La Suisse. et «on ne saurait d ire si Khider s'est fait connaître cemme représentant du FLN 26_» L'Algérie subit le contrecoup de la légèreté avec laquelle ses dirigeants ont traité cette queslien fin ancière en 1962 et 1%3. en rendant leur arrêt sur l'affaire du tréser du A.» A cet égard . mais qu ' il n'en a que la gestien. « représentant du peuple palestinien ». quand bien même eUe sait qu' il n'est pas le propriétaire des fonds. les 13 et 19 janvier 1975. et rappe lJent implicitement à 10US que la Suisse est un pays de banques. abus de pouveir et détournement de fends 2S}} reje int le Front du refus. Au mois de mars. Moyen-Orien/. Le FPLP. 296 26. 105 États membres de l'Organisatie n des Nati ons unies invitent l' OLP. et crée le Fatah-Ce mmandement révelutiennaire. qu' il ignorait l' importance des fonds et les lieux où ils étaient déposés. En effet. L'arrêt va faire jurisprudence: « La banque auprès de laquelle une persenne dépose des fonds en sen nem ne centracte d'obligatiens qu'avec le titulaire du cempte. Cité par Xavier Rauffer. rapporte le tribunal._. les juges du Tribunal fédéral n'imaginent pas qu ' ils 24.N. le tribunal menlienne les documents signés par Khider. op. li veyagera désermais très seuvenl à Bagdad . Abou Nidal . 1'" cour civile. A Bagdad encere. Me hammed Khider a apposé à deux repri ses sa signature sur le centrat » d 'euverture de cempte. on pouvait penser que le tribunal prendrait acte de ses responsabilités offi cielles et de ses mandats passés. la seconde feis en qualité de titulaire du compte en bas du contrat. Gene ud se range réselument derrière le Front du refus. cendamné à mert par le Fatah pour « mutinerie et tentative d' assassinat de dirigeants du Fatah.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS lance une bombe à l' intérieur du bâtiment. indiquent les juges. Cette décision est inattendue. La Nib/l/el/se : It! terrorisme dl. Indépendance et seuverai neté naLie nales sent recennues aux Palestiniens. le 14 octebre 1974. « Le 18 octebre 1962. plusieurs dirigeant s du Fatah sent éliminés. « une fe is en tant que personne autori sée à titre exclusif à disposer du compte. Ibid. le FLN n'existait pas. Mais la recennaissance diplematique de l'OL!> va bouleverser le paysage de l'acti visme pro-palestinien. faisant un blessé parmi les empleyés et d'importants dégâts matériels. Le 22 nevembre. Waddih Haddad quitte Aden et se replie lui aussi sur Bagdad. séance du 1"' juillel 1974.

. il s'agit d ' une escroquen e. «C'est ma tragédie. Au-delà des procès. fi: Alger ignorait qu 'elle était la propriétaire de la banque qu'elle attaquait en justice ». la situation risque fort d 'être inchangée: la bataille pour faire admettre à la justice suisse que la banque appartenait au FLN renvoie à la question déjà éVCXJuée du mandat réel de Khider. Me Brahimi. cité par la Tribune de Gen~ve. soit 20000 actions à 500 francs. provoquée par les révélalions de François Genoud. Le rachat des actions figure bien sûr dans les livres de la banque.. 299 . admiratir. La press ion amicale de certains leaders algériens en exil..pour que l'idée d'une transaction fasse son chemin et mette un lenne à J'affaire. lance. On voit mal comment Alger pourrait revendiquer la propriété de la banque. François Gcnoud va plus loin : il s'emploie à convaincre 298 27. le poussai t sûrement à vouloir tirer un trait sur cette affaire . Ains i. l'avocat du banquier a fait allusion dans ses conclusions aux feuill es de présence des plus récentes assemblées générales de la BCA : « M. Zouheir Mardam ne di spose que de 410 voix. D' un point de vue j uridique. et à son associé Mardam? « Vous avez là toute la personnalité de Genoud ». cet argent a été placé au nom de Khide r. Or. Il ne s' agit que d'une partie des fonds du FLN : d ix mi1Jions de fran cs suisses sur quarante onLété placés dans l'établissement. en revanche. viJ1a Joly. » L'un des « indices» exploités par les avocats de l'Algérie fi gurait sur le contrat du 18 octobre 1962: à la rubrique «correspondance à adresser à ». le 13 févri er 1973. « Une partie des fonds a été versée par Beyrouth à la BCA au nom du FLN . Mais la révélation n'est pas mince. ne sera pas facile. accusé d'avoÎr dissimul é l'opération. s'insurge un collaborateur du président 8 0umedienne. François Genoud choisit de tourner casaque. n'en ont qu 'une seule). Au moment où la justice donne raison à la banque. Par ces mots. et encore d 'autres chefs du FLN restés en place. rue Franklin-Roosevelt à Alger. d'Abdelkrim Soui ssi. Elle veut à toute force réhabiliter son mari . 7 r~vrier 1990. Cette décision du Tribunal fédéral marque un autre virage dans l'affaire du trésor. notamment ceux. résume-t-i1 27 • Une foi s la banque fermée. Mardam ne dispose donc «que d'une infime influence au sein de l'assemblée générale ». les actions « B ".mais aussi une nouvelle inculpation de Zouheir Mardam . li apparaît en fi ligrane dans les propres recours légaux de Zouheir Mardam. que les autorités algériennes n'ont cessé de traiter d 'escroc depuis sept ans. ironise le journaliste Roger de Diesbach. Entretien avec l'auteur. arrivé à la BCA. celte histoire-là. trésorier de la Fédération de France. .. li révèle officiellement aux Algériens que Khider avait racheté la majorité des actions de la BCA en 1964. Cette nouvelle bataille juridique. Zouheir Mardam et son avocat admettaient ne pas avoir la propriété des titres achetés par Khider . il est donc choquant de lire «qu ' il serait le martre de la société ».LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS FLN. qui déposa trois millions de dollars sur un compte en échange d ' une quittance mentionnant le seul nom de Khider. » Mais les juges du Tribunal fédéral sui sse considèrent qu'il ne s'agit là que d'une adresse postaJe ! la veuve de Mohammed Khider d 'entamer les premières procédures contre Zouhei r Mardam. le total des voix exprimées à la dernière assemblée générale étant de 2480000 voix» (les actions « A » jouissent de 100 voix . il faudra une pression diplomatique considérable . s' il n'est pas admis que les fonds avec lesquels elle a été rachetée appartenaient au FLN. La veuve de Khider y est tout à fait disposée. Khider avait laissé une adresse qui n'était pas anodine : « Bureau politique. Dans n'importe quel droit. « Les télex et télégrammes le prouvent.. L'avocat algérien MiJoud Brahimi déJXlscra plainte en son nom en 1976. Pourquoi Franço is Gcnoud tournet-il soudainement le dos à dix ans de procédure acharnée. il fall ait être juste. Une question demeure.

était déjà un ami du roi d'Arabie Saoud ite. 29. En 1964. le banquier introduis it aussi auprès de Fayçal un homme d 'affaires syrien avec lequel il s'était associé: Akram Ojjeh. fi gure dans les conseils d 'admini stration de toutes ces sociétés. et celui du roi Khaled. comme un simple brasseur d 'affaires international. il est d 'ailleurs arrêté en compagnie du leader kabyle. François Genoud explique « qu'il avait été convenu que la banque. nous nous sommes fâchés pour cette raison en 1974.. Tag Œuvres d 'art. Tag Aeronautics. Akram Ojjch fut le directeur de Triad France. Ojjeh évolua longtemps dans l'ombre d ' un autre grand intenn édiaire. Mécili fait son chemin dans les futurs services de renseignement.. 1989. Ali Mécili . TI passem un an en prison. Forte de ces révélations. L'avocat est assassiné le 7 avril 1987 li Paris. UBS el SBS inclus. Mécili s' inscrit à la faculté de droit. Peine perdue. Avant la décision du Tribunal fédéral. par ses anciens patrons de la sécurité militaire.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS Mardam et moi . n lu i arrive encore de gérer certains projets de construction ou de travaux publics. 300 301 Sur le plan finan cier. il ouvre un cabi net d 'avocat à Paris en 1973. qui fut président du conseil syrien. 3 II vri1 1978. 11 di spose de contacts étendus dans presque tous les ~tabl i sse m ents de la place de Genève. Hocine Ait Ahmed lui Il consacré un livre. le trésor de guerre du R. Gérald-Charles Bourquin. L'avocat . Zouheir Mardam fit profiter la Banque commerciale arabe de ces relations. et parfois sollicité. Entré au service du min istère de l' Armement du gouvernement provisoire (GPRA) à Thni s durant la guerre d 'AJgérie. deviendra un parti san de la libéralisation avant d'être assassiné par la sécurité militaire en 1987 29. Akram Ojjeh négocia les marchés d 'État saoudiens pour le compte de nombreuses sociétés occidentales. Après les avoir quittés. et de son fil s le prince Fayçal. A Genève. indique le journaliste Michel Perrin. La ~ouvene. « Or M. se rappelle Miloud Brahimi. toujours s uivi à la trace. L'Affaire Mécili. François Genoud aurait à plusieurs reprises aiguiUé ses amis algériens sur ce transfert de propriété totalement oublié par la procédure. Avec l' assentiment du prince Sultan. En 1975. Bogota est la dernière étape du voyage de Genoud el Mécili en Amérique latine. et lui remet des pièces prouvant ses dires. Mécili rallie clandestinement le Front des forces sociali stes d'Ait Ahmed. il se rend au Venezuela el en Colombie. ministre des Années. Tag Finance.» A des journalistes suisses. 28. secrétaire général de la présidence. très proche de Boc ine Ail Ahmed. Zouheir Mardam supervi sa la création des sociétés d 'Ojjeh : Tag Management . restituerait à l'Algérie ce qui lui revenait ». et en devient officier à la base Didouche. « On a continué à faire comme si la banque n 'appart'e nait pas à l'Algérie ». Arrivé en 1969 à Ai x-en-Provence. Paris. Mécili sera le défenseur de Genoud lors des procès qui l'opposeront aux éditions Alai n Moreau en décembre 1975. Adnan Kashoggi. pour le comple des Eaux de Marseill e. une foi s mi se hors de cause. Mme Khider va d 'ailleurs rencontrer Sman Hamdan i.N parait un bien maigre rromage . c'est le cas de Thomson pour la France. François Genoud n'a nul besoin de Mardam. Puis. de Tripoli.. En comparaison des sommes en circulation dans ces afraires. qui sem bientôt chargé de la nouveUe procédure. Ce revirement de François Genoud va en tout cas empoisonner la vie de Zouheir Mardam. selon le banquier suisse. Le banqu ier syrien est devenu l'un des intermédiaires privilégiés des affaires saoudi ennes en Europe. Tag Function Car 28 • L'avocat de Mardam . [bn Séoud. L'avocat propose à Genoud de repartir par . Très lôt. Voir le portrait de Zouheir Mardam par Roger de Oiesbach da ns Le Marill dt Lausanne. Mardam. n 'aurait pas tenu parole ». avant de prendre son envol avec son propre groupe: la TAG. Son père Jamil Mardam Bey. en compagnie d'un avocat algérien. Au début des années cinquante.

J'accompagnant dans certains déplacements. el obtiendra la même réponse négative. Jo) 31. que no us ne voulons pas alle nler à la vie du prés ident des Etats. Salameh. Transporté à Chypre. Les coffres sont dynamités et le commando fait main basse sur leur contenu et les réserves d 'or : le butin est estimé à 100 milli ons de dollars. La part de l'organisation de Salameh est aussilôt orientée sur une banque suisse. du siècle à Beyrouth . sous l'autorité des deux groupes. « Je dis d'accord . en présence de Martine. celui de Gemayel et enfin celui des experts en coffre s. Nous vouIons la réponse tout de suite. Puis on m'appelle ct on m'expLique que l'ambassade ne peut pas me répondre immédi atement : je dois attendre deux jours supplémentaires. et percent une ouverture dans le mur mitoyen à la banque.. pourquoi? Je suis son avocat. 32. et disposent d'un budget avoisinanl 1. italiens semble-I-il.. En janvier 1976. se souvient François Genoud. avec le visa d'entrée.Unis. lis entrent dans l'église voisine de l'établissement. 303 . Nous signons et rendons les fich es avec nos passeports.» Piqué par la curiosité. François Genoud connaît év idemment les rai sons qui le rendent indésirable aux États-Unis. sans lesquels J'effraction aurait élé un échec 31. Entreticn avec j'auteur. 302 François Genoud connaît bien la place financi ère de Beyrouth. J" étais surpris par le calme qui régnait. se souvient François Genoud. James Adams. New English Library. issue de la plaine de la Bekaa. David Irving l'affinne lors d'une t!misslon imilUlée . Un quartier de banques divisé. Des groupes annés des deux camps bloquent le quartier de la place des Martyrs. 7 mars 1995. Nous aUons à l'ambassade américaine. « Le hasard a voulu que je me trouvais là peu avant. qui comptent 3700 membres. Une équipe de spécialistes en coffresfort s s' introduit. Au premier rang de celles-cj fi gurent ses üens avec les principaux chefs mililaires des organisations palestiniennes : Haddad. François Genoud vient juste de quitter Beyrouth pour Bagdad quand s urvient l'attentat. L'ordre est donné aux employés de déserter le quartier. Mais j 'étais à Bagdad quand c'est arrivé D.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBElS les États-Unis. 33. Ali Hassan Salameh . La famille Debbas est victime d ' un massacre. en temps normal. Et nous atlendons. Georges Debbas est membre du FPLP 32. Ce mariage va finir tragiquement en mars 1976. avec toutes les déclarations sur 1'honneur qui y fi gurenl . Il faut écrire à Washington si vous souhaitez en savoir plus JO. Des hommes en armes se retrouvent près de la British Bank of the Middle East (B8ME). il aurait été divisé en trois parts de 33 millions de dollars. 30. Selon diverses sources. et nous disent: Monsieur Genoud est ineligible for visa. On en oublie.. Nous remplissons les fiches.5 million de dollars mensuels pour leurs opéra tions spéciales." Les fonctionnaires de J'ambassade repartent dans les bureaux puis reviennent peu après. les services spéciaux de l'OlP. pour le groupe de Salameh. Il vienl si souvent à Beyrouth que sa fille Martine. etc. son remplaçant Carlos. I l janvier 1993. la Franco Arab Bank au rait hébergé ses opérations. est officiellement devenu le chef de la Force 17. Un employé tend son passeport à Méc ili . Entretien avec l'auteur.. Le gendre de François Genoud s'appelle Georges Dcbbas. François Genoud tentera plu s tard la même démarche auprès de l'ambassade américaine à Berne. Salameh est soupçonné d'avoir fail le «casse. le défunt Boudia. le prince rouge s 'est associé aux Phalanges de Béchir Gemayel pour une opération financière un peu spéciale. il appartient à une grande famill e chrétienne maronite. J'avais passé deux jours à Beyrouth .« le prince rouge» -. Mécili Înlervient : "Comment. Financing tlrt' Tt'rror. L"espion qui venait de l 'clttremc droite lt. en deux zones distinctes. 1986. y a rencontré l'âme sœur et s'est mariée. J'avais constaté que les postes de contrôle avaient été désertés. Après avoir cessé les opérations de Septembre noir.

car sa fille a choisi de rester dans la région. AIbrecht Knaus. doms les journaux. Seules deux personnes n'ont pas été touchées : le fils aîné du premier mariage de mon gendre et ma fille Martine 34. 12 juillet 1991. Rolf Hochhuth . « En réalité. Les agresseurs font huit mans et quatre blessés. L'attentat provoque un redémarrage de la guerre civile. 304 ln WitSuflScha/ls!rtihei/ und ihre reeh/lit'hen Scnanken. Hochhuth qui n'est pas scientifique. SoUrtcs priv6es. Mais elle a été traumati sée . François Genoud obtient l'in sertion d'un petit texte destiné il se « distancer de la préface » . » Mai s Albrecht Knaus tient bon. je l'exige. Il évoque un groupe armé. chargé d'une opération de provocation dans le Chouf. bien qu ' ils soient d'anciens responsables de l'Allemagne nationale-socialiste 36. mais bel et bien contre lui lS. Je n'ai pas lu un li vre de lui . . (1( Us ont mis quatorze personnes contre la paroi. que l'auteur [Goebbels] pui sse s 'exprimer. François Genoud revient aussitôt à Beyrouth. Il m'a ex pliqué que l'attentat n'était pas dirigé contre sa bellefamill e. cil. Hochhuth. conclut-il. » « Martine a échappé par miracle. 34. J'ai réagi immédiatement. n aurait préféré que Jackel ou Trevor-Roper. Son éditeur. Elle y vivra encore plus d'un an. soient retenus pour la préface. Dans les dernières années de la guerre.. l'édition allemande laisse aussi François Genoud plutôt mécontent. « L'inlroduction de Rolf Hochhuth ne m'engage pas. tntervention de François Genoud lors de III discussion du colloque organi5t par l'Institut d'histoire contemporaine de Munich le 18 novembre 1977. on ne sait rien ». rapporte François Genoud. le nom de Joseph Goebbels a fait sa réapparition sur les étals des libraires. je n'ai pas usé de la faculté dont je disposais de m'opposer à ceue introduction. Parue en 1976. écrit Genoud à la fin de l'ouvrage. fi continue ses séjours bcyrouthins. vrai semblablement pour élarg ir le pub Uc de ce genre d'ouvrage. Hochhuth. raconle un proche. Il s'en remet à la justice. manifeste clairement son désir de réhabilitation. le Dr Goebbels a hâtivement dicté En Europe. a final e-ment restreint l'ouvrage aux seuls journaux de J'année 1945. Je trouve qu'elle n 'est pas objective et peu élégante.» François Genoud se montre moins affirmatif. J'ai ~té absolument outré quand j'ai lu la préface de M. et signale à tous qu'il a exercé un contrôle sur l'édition des textes: « fi n'a pas été facile d 'obtenir J'autorisation de publication de ces journaux. Ce qui signifie que je n' interdi s pas l'édition de l'œ uvre. mais sans la préface de M. Et je n'accepterais pas qu'on ne fasse pas preuve du minimum de dignité et de respect que l'on doit lUX gens. et j 'ai dit que j ' allais l' interdire. « L'éditeur m'a proposé de prendre M. qui plus est très insultante pour l'auteur [Goebbels]. J 'en ai pris connaissance 36. 37. Ibid. tout au contraire. mais je sais que c'est un bon écri va in et qu' il n'a jamais craint le scandale . «ce qui était mon droit. Je ne connais pas l'œuvre de M. Entretieo avec J'auteur. Je voudrais que le lecteur sache qu'afin que l'éditi on ne soit pas remise en question. qui figuraient en qualité de coéditeurs. 35. C 'est une chose dont j'ai pu m'apercevoir à mon regret. C 'est une préface extrêmement mauvaise. écrit-i1. qu i indique qu'il est le titu laire des droit s d'auteur de l'œuvre de Goebbels. soit 6000 feuiUets sur les 20000 que Fischer avait remis. ap. 305 . Le journaliste un peu « spécial » n 'a pas réussi à récupérer les originaux qu'il avait livrés. François s'est trouvé fronta lement opposé aux gens de Djibril (du FPLP-CR) et d'Abou Nidal. et ceci le cœur lourd . Il est en désaccord avec la préface choisie.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS C'est un carnage. » Celte poslface. com mente Genoud. et même mon devoir par rapport à l'auteur dont je représente les droits J7 » . qui n 'est pas digne d ' un historien.

sans les corriger. pouvait témoigner de faço n impressionnante des derniers actes et de la tragéd.. ni même les relire.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS à un sténographe ses impressions au fil du travail quotid ien. les droits secondaires de ce premier li vre lui rapportent 38. Albrecht Knaus 3 revendu au Stem des bonnes feu illes à pri x d'or. même non revu et corrigé. C 'est d'aut ant plus un obstacle que ces éc rits ont été rédigés au burea u en utiJi sant les moye ns d' inform ation offi ciels de l'époque et que leur contenu tombe dans l'intérêt historique et public de l'époque.. c'est Aammarion qui publie Les Derniers Carnets de Goebbels. Le magazi ne a payé 130 000 marks. ces journaux n'étaient évidemment pas destinés à être publiés. Le texte de François Genoud y figure. il ava it ordonné de les détruire. la publi cati on in extenso de trente-hu it écrits très longs qui consistent pour 75 % en des rapports sur la situation militaire. Dans son esprit. car je pensais que Goebbels. En tout. Jo) En France. cette première édition des journaux de Goebbels est pourtant des plus lucrati ves. « L'obl igati on de prendre en cons idérati on les droits d'auteur de leaders nationaux-socialistes. dans des cas où il s'agit d' héri tages écrits dont le contenu n'est pas du tout ou presque pas de nature personnelle.r une édition plus à son goût : « Les premiers débats sur ce livre [ . François Genoud ». les éditeurs du mo nde entier mi sent assez gros sur le succès des journaux de Goebbels. il signem lui aussi un contrat avec François Genoud . li avait aussi le droit d' influ encer les modaJit'és de publication des sources ». et encore sous son contrôle. . François Genoud touche 38 000 DM de la revente à Flamm arion. Comme c 'est la règle en pareil cas.ie d' un peuple et d'un héros.. D' autant plus que J'on remarque que les héritiers ou les mandata ires ut ili sent ces droits de manière politique et partisane. A l' image d 'Albrecht Knaus. Leurs avances sont conséquentes. 67 688 DM d'Angleterre (Martin Secker and Warburg) . qu and. 11 reçoit 367 11 4 DM des États-Unis (la maison Putnam's Sons). en fait un livre monstrueux J8 . mais dans une version moins euphorique: le« héros)~ est devenu « l'un de ses dirigeants les plus im portants ». « à cause de ce droit de regard de François Genoud ».] concordent pour d ire qu'il s 'agit d' une publication de sources mal introd uite. » Hélas. Pour promotionner le li vre. 306 307 . mais constituaient un recuei l de documen ts. « La publication était soumi se à sa perm ission. qui avaient à l'époque de hautes responsabilités. « Et J'on ne peut pas savoir quand. afin de publier sa propre éd ition des journaux. Martin Broszat changera d'avis d ix ans plus tard . qui pourraient être trouvés dans les rapports de la Wehrmacht de ces semaines. Je me suis permis de ne pas respecter ces dernières volontés. problématique et insuffi sante. sous quelle forme et sous quelle responsabilité éditoriale Jo) le reste des documents sera publié. concl ut Broszat. /bid. Avant tout . Juste avant sa mort. explique Broszat. doit être vue comme un obstacle à la li be rté de recherche et de publication historique. qui annonce que « son influence sera encore importante».ition. préfacés non pl us par Hochhuth mais par Michel Tournier. qui « lors de la préparation de l'ouvrage s'était soum ise au consentement de M. affi rme-t-illors d'un colloque. La publication est contestée par certains historiens allemands. Pour François Genoud. Mais les ventes du li vre se révèlent fort décevantes pour Hoffm ann und Campe. il touche en effet près de la moitié des cess ions de droi ts. compte tenu du matériel en possession de l'éditeur. Ma consc ience historique ne me laissa it pas d'autre choix. non commentée. mais presque exclu sivement de nat ure pol itique. La publication du S'ern lui rapporte par exemple 70 3 12 DM. en particulier Martin Broszat qui songe déjà à récupérer les feuillets pou. La maison d 'édition ne parviendra guère à vendre plus de la moitié des 70000 exemplaires imprimés.» Broszat précise que ces « in suffi sances» ne sont pas dues à la seule maison d'éd.

il part à Alger où il rencontre Waddih Haddad. op. qui rencontre alors les médecins allemands: Haddad pourrait avoir été victime d' un forte exposition à des rayon s X. en mars 1978. qui avait fond é et animé depui s Lugano (Tess in) le « CoUeuivo nazionale per la liberazione cli Bruno Bréguet ». La bombe était télécommandée pour exploser au passage de son véhicu le. Qui s'est occupé de toute la procédure el des recours légaux qui ont suivi. en janvier 1979. paru en 1980. notamment celui d' Entebbe. Entretien avec l'auteur. l' ambassadeur de Suisse en Israël avai t rencontré le ministre de la Défe nse Shimon Peres pour appuyer les recours en grâce déjà formulés à deux reprises par l'avocat. Bruno Bréguet. » 39. Ses proches le ramènent à Minusio. Le 19 juin 1975. Il devient membre de Secours Rouge. Noam Chomsky.Paul Sartre. q ui y a ouvert un bureau. et pendant les jours sui vants.ti. 41. où il s' inscrit à l'université. pu is expulsé vers la Suisse. « TI résulte de cet entretien que le comportement de Bruno ne justifie aucune mesure de clémence. effectuée au moyen d' un appareil sophistiqué. entre autres. Document en possession de ['auteur: relevé des droits secondaÎres établi le 23 mai 1980. ma seule obsession était de penser que je devais résister et continuer à vivre pour pouvoir tuer un jour mes tortionnaires 40. il a fi nalement été gracié par les autorités israéliennes.: « les Israéliens en sont capables 41 ». Il janvier 1993. Michel Foucault. dissimulé dans un restaurant ou hôtel 42 • Une heure suffi t pour tuer. Bréguet évoque sa pri son israélienne : « Durant tout l' interrogatoire. La rumeur de son empoisonnemeqt par les services israéliens court encore dans les milieux pales. La scuola dei odio (l'école de la haine). Mais. Les initiatives dipl omatiques en faveur de Bréguet n' ont pas manqué. l'époux de sa fi lle Françoise. Le conseil d'État du Tessin a lui aussi tenté une démarche. D'éminentes personnalités du monde intellectuel avaient signé l' appel en faveur de sa libération : Jean. François Genoud évoq ue naturellement cette hypothèsc:>. il a crânement réaffi rmé son appartenance « à la cellule européenne des opérations spéciales du FPLP. ce qui ne devait pas non pl us être un signe très favorab le aux yeux des Israéliens. Bruno Bréguet qui tte Zurich pou r Berlin. Avant son départ. Quelques moi s après son retour. 309 . Arrivé à Zurich. Il écrit également. ce qui est négatif aux yeux des autorités sionistes. dit-il. Ce qui n'est pas si mal. Félix Guauari. l'attentat est attribué avec certitude aux servi ces israéliens. par le vol 333 de la Swissair. cil. » li conclut : « Je suis un Palestinien. Celle fois. expliquait un communiqué du Collettivo. la libération de Bréguet n'avait pas cessé d'être ex igée par les commandos de feday in lors des plus récents détournements d' avion. niens. Ûl rCllola deI OOio. cenifié par Hoffmann und Campe le 11 mai [98 1. Günter Grass. pour un flop commercial. 3 1 août 1994. il n'a rien renié de son engagement. Six ans après sa condamnation.») 11 reprendra la clandestinité peu après. comme il l'a déclaré lors de sa libération. car il continue à ne pas regretter son action. Entretien avec l'auteur. D'aulres moins connues l'avaient soutenu financ ièrement et défendu. dont J'équipe venue sur place Bruno Bréguet est de retour à Zurich le 24 juin 1977. En janvier 1978. Moins d' un an plu s tard. section Mohammed Boudia ». Atteint d' une leucémie. Selon le journaliste Alberto Marientoni. 42. Par ailleurs. Simone de Beauvoir. Ali Hassan Salameh meurt d'un attentat à la voiture piégée dans une rue de Beyrouth.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS près de 700000 DM. le village familial. Roland Barthes. Waddih Haddad meurt dans un hopital à Berl in-Est.5 millions de francs français 39. pour devenir le lieutenant de Carlos. notamment François Genoud et son gendre Me Maurice Cruchon. li rend une visite au bureau de l'OLP à Genève. soit près de 2. Dans son livre. Bréguet est conduit par la pOli ce à l'appartement de son frère Ernesto. 308 40.

il a annu lé et échangé 10000 actions Khidcr contre 100 bons de jouissance donnant droi t à 50 % des bénéfices pendant quinze ans el à une part du produit de liquidation. Pui s il a réduit la valeur des 10 000 actions Khider restantes. depuis que le Suisse a révélé que Khider avait acquis la majorité des acti ons de la Banque commerciale arabe. Puisque les tribunaux n'ont pas reconnu les droits de l'Algérie sur la banque. afin de prendre réellement possession de la banque 47 ». entretien avec t'auteur.LE BANQUIER NO IR LE CAMELOT DE GOEBBELS a été en partie identifiée. Que si les droits du FLN n'étaient pas reconnus. Que Mardam n'avait aucun droit. A sa demande. Et la cour de Genève donne raison à Genoud. La veuve de Mohammed Khider a porté plainte le 1J jumet 1976. Avant de manipuler les actions Khider. La cour annule toutes les déc isions qui ont suivi ces restructurations de capital. Mardam a donc joué avec les fonds du FLN". ceux des héritiers de Khider ne pouvaîent être négligés. et de faire entrer des fonds saoudien s dans l'établissement. François Genoud semble s'être juré de lui rendre l'établissement à sa façon. Maîs François Genoud y ajoute une révélation supplémentaire : Zouheir Mar4 3. Non seulement Mardam n' a pas fait appel aux héritiers qui vivaient à Madrid. Genoud lui avait cherché peu avant sa mort un établissement de remi se en forme de confiance dans les environs de Lausanne 44. qui avait fait partie du commando déjà chargé d'exécuter Salameh à Lillehammer en juillet 1973 43. Devant les révélations de son ancien associé. tout au long des procédures interminables entreprises par les autorités algériennes pour les récupérer. 47. le 6 mai 1977. Sous prétexte d '« assaini ssement » . attribué aux Palestiniens. les règlements de compte se succèdent entre François Genoud et Zouheir Mardam . François Genoud dénonce une « machination de Zouheir Mardam. Ces restructurations de capital ont permis de réduire la part de Khider (ou de l'Algérie) de JO millions à 20000 francs sui sses.24 heures (Lausanne). et qu'î1 ne l'avait jamais fait publiquement jusqu'alors. déclenchant une autre procédure. C'est un conflit de propriété. 310 3 11 . et François Genoud lui a emboîté le pas. mais il leur a refusé tout renseignement quand il s se sont manifestés. qu ' il ne gérait la BeA qu'avec 400 voix sur 2. Nous avons demandé à plusieurs reprises son point de vue à Zouheir Mardam. notamment Sylvia Rafael. Une dispute entre actionnaires ». Zouheir Mardam ne peut guère qu ' accepter les droits des héritiers de Khider. « On ne peut s'empêcher de rele- A Genève. D a procédé à des réductions de capital en 1967 et 1968. analyse Pierre-André Stauffer 4S . Mardam aurait dû « immédiatement faire appel aux ayants droit de Mohammed Khider ». li affinne d 'ailleurs qu'il n'a « jamais eu en face de lui d'interlocuteur valable ».5 millions. 24 heures. toujours chef de la Force 17. 44. U a final ement déposé plainte contre Mardam et il se prête à un grand déballage devant la cour de justice de Genève. Si l'on accepte les droits de Khider. 46. 28 juillet 1977. 45. Qu ' il n 'a continué d 'agir qu 'en vertu du « mandat fidu ciaire» confié par Khider. « Le contentieux Mardam-Genoud pose exclusivement la questi on de savoir quel est le véritable titulaire des actions majoritaires de la Banque commerciale arabe. 28 juillet 1977. 7 février 1990. La contre-attaque judiciaire devrait être concluante. Peut-être pensait-il qu'il n'aurait plus jamaîs à répondre de cel argent 46. il faut convenir que celuici s'est rendu propriétaire de la banque en 1964. qui nous a répondu qu ' il ne souhaitait plus évoquer celle affaire. Cene infonnarion a été confinnée par François Genoud. avaît gardé le contact avec François Genoud. Salameh. Son argumentation est ingénieuse. en les faisant passer de 500 francs suisses à 1 franc chacune. L'espionne périra dans un anental similaire. dont le bul est d 'évincer le capital actuel qui n'est pas sien. Cité par Michel Perrin. dam a joué avec le capital de l'actionnaire majoritaire. en t985.

le mémoire n'apportait pas de faits nouveaux susceptibles de provoquer l'ouverture d ' une enquête pénale. La précision est cocasse. L'office des poursuites du canlon de Genève exigeait le paiement de quelque 500000 francs suisses par les Algériens.LE BANQUIER NOIR LE CAMELOT DE GOEBBELS ver.. d"un des plus 313 . l'affaire du trésor de guerre du FLN est suivie avec pass ion par les gazelles. Le gouvernement algérien s'est porté partie civile. 16 novembre 1977. Ainsi. Mais les instituLions bancaires et judiciaires ne reviennent pas si aisément sur leurs décisions. Tribune dl' Genè.ne songent qu 'à une chose : restaurer les droits de l'État algérien afin de réhabiliter leur époux et père. Mardam a prouvé qu'il détenait ce mandat de Khider. le tribuna l choisit de confirmer ses déci sions de 1974. La Commission fédérale des banques avait vi sé les restructurations en cause. Les héritiers de Khider. n'exerce plus qu 'un chantage. Le cümat dipl omatique pèse de plus en plus lourd sur la procédure. L'Algérie. l'avocat de Mardam va jusqu'à affirmer que « la Banque commerciale arabe et M. représentant l'Al gérie. L'ambassadeur de Suisse à Alger a été contraint de transmettre lui-même 1'« addition » au mini stère algérien des Affaires étrangères 49. il n'y a évidemment pas mieux que de réclamer des frais de procédure à l'Algérie. Par délicatesse . rapporte les propos. eUe est accompagnée de Me Mil oud Brahimi . avec le jugement obten u par son ancien associé François Genoud. Roger de Diesbach. Mme Khider. Or les héritiers .·e· Le Matin de Lausanl1e. que les silences de Zouheir Mardam répondent vraisemblablement à des considérations d'ordre lactique. . Aussi les sommations étaient-e lles parues dans la presse. Le 31 décembre 1975. Mais la levée de boucüer qui s'ensuit dissuade les Suisses de recommencer pour l'amende de 3 millions.» Revoilà François Genoud dans les procès qu ' il affectionne: les hi stoires d 'héritage. pas plus que l' Algérie. Le Tribunal fédéral a déjà jugé ce dossier et donné raison à la banque en 1974. Boumedienne n'avait pas arrangé le climat diplomatique algérosuisse . En juillet déjà. Transmis au procureur général de Genève. qui a déjà rappelé son ambassadeur et son chargé d 'affaires à Berne. n ne reste plus au gouvernement algérien qu 'à s'en remettre à une autre procédure dont l'instruction a discrètement avancé: celle entamée par la veuve de Mohammed Khider. Le propriétaire fidu ci aire exerce tous les droits d ' un propriétaire. au moment où Mardam obtien t satisfaction devant le Tribunal fédéral. dans la Tribune de Genève. Pour jeter de l' huile sur le feu. est venue avec deux de ses enfant s assister à l'audience. et inculpé d'abus de confiance. Les menaces pourtant sont réelles. note la cour. 19 février 1978. Roger de Diesbach. recueillis à Alger. En Suisse. 3 12 Zouheir Mardam est convoqué par le juge d'instruction de Genève Roger Dussaix. assez efficace au demeurant. l'Algérie avait transmis au Conseil fédéral suisse un mémoire dénonçant les « infractions commises par la BCA et son président» et s'appuyant sur les révélations de François Genoud.la femme de Khider el ses quatre enfants . ne « produisent les pièces» qui les habilitent « à revendiquer une participation en tant qu ' actionnaires à une assemblée générale de la BCA 48 ». Les procédures se sont multipliées. 49.24 heures. Quand Zouhei r Mardam se représente devant ses magistrats. dont la justice instruit la plainte. une cour genevo ise condamne l'Algérie à verser 3 millions de francs suisses pour préjudice moral à la Banque commerciale arabe. Mardam ne sont en ri en responsables des menaces qu'Alger laisse planer sur nos exportations ». et à la Commission des banques. le 22 mai 1978. la parulion simultanée dans Le Monde et la presse suisse d ' un «commandement à payer » adressé au président 48. Dans la presse. sur ses importations de produits suisses. le Conseil fédéral et le Département politique suisse n'avaient pas voulu adresser les frai s par voie diplomatique. en novembre 1977..

Tribune de Genil'e. nous av ions entamé des pourparlers de transactions ». « A l'issue de ces négociations. cet argent est détourné par le banquier Mardam. ou de lenteur. directeur de la BCA. mais il n' a peut·être p. «C 'est la parti ci pation de nombreux travailleurs algériens émigrés à l'effort de li bération du pays. c'est que «Zouheir Mardam n'est pas un simple président de banque. » r. Or l'Algérie est le troi sième partenaire économique de la Suisse en Afrique. « li peut tout se permettrc. « A partir de ce moment. 53. si le juge d 'insLruction a fail preuve de prudencc. Bien que ses activités soient des plus discrètes. note Roger de Diesbach. trop soutenu » pour qu 'on leur « donne un jour raison ». 315 .. M. M. Pierre Aubert a écrit à son homologue. grâce au système su isse. Certains ouvriers ont payé de leur vie le fait qu'ils coti saient en faveur du FLN. l'inculpation de Zouheir Mardam préc ipite le règlement du doss ier. Le premier signe d' apai sement a été l' arrivée. qui a dû attendre près de six mo is avant de pouvoir présenter ses lettres de créance. Me Kadour Sator. JI décède le 27 décembre 1978. Cela intéres· sait le gouvernement algérien qui obtenait ainsi une banque en Suisse 52. Andres. Recueillis par Roger de Diesbach. Mardam eSI sans doute le principal agenl financier Hier. met en cause la pression exercée par les milieux bancaires: « Ces derniers craignent des atteintes au secret bancaire. » « La Suisse ne comprend pas que ces fonds ont pour nous une grande importance symbolique ». d'avion. Les respon· sables algériens se déclarent persuadés que Mardam « est trop puissant . [ . 19 octobre 1994. le ministre algérien des Affaires étrangères. secrétaire général de la présidence de la République algérienne. Or. est reçue par les autorités suisses à Berne. 20 avril 1979. sur la place suisse 51. lt L'accord de principe intcrvient au moment même où le prés ident Houari Boumedienne lombe dans le coma. que la presse suisse présente comme « un homme calme eLefficace. 1"' mai 1978. qui dénonce dans la presse une « monumentale escroquerie lt ••• «au pays de Calv in ». ] Je ne dis pas que le Tribunal fédéral a obé i aux injonctions des milieux bancaires. qui a l' intention de passer tro is semaines en Suisse. s'est rendue dans la capitale algérienne afi n de plaider pour le retour à des relations diplomatiques normales. La Suisse n'a jamais déses· péré. dans cetle procédure. conduite par l' ambassadeur limmy Martin .LE BA NQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS hauls dignitaires du régimc. Le principe d'une restitution 52. début mars. Abdelaziz BouteHika. à sa descente de l' Arabie Saoudite dans notre pays. secrétaire gé néral de la présidence. En juin 1978. » Mc Kadour Salor.t. ils ont accepté de céder la banque. Au plus fort de la crise. Une délégation algériennc. une délégati on suisse. elles onl pris ces derniers tcmps une grande importance sur le plan international. qu i lui affirme que l'Algérie envi · sage de « reconsidérer globalemenl ses relations économiques el diplomatiques avec la Suisse ». conduite par Sman Harndani. 17 fév rier 1978. 3 14 En réalité. Roger de Diesbach. d 'un nouveau chargé d 'affai res à Berne. Entretien avec l'auteur. Elles vont diminuer d ' un tiers en un an sous l'efret de la détérioration des relations entre les deux pays. se souvient l'avocat du gouvernement algérien. Tribun/! de Genève. Les exportalions sui sses en Al gérie atte ignent 3 13 milli ons de fran cs suisses en 1977.. Un projet de conventi on est établi pendant que les diplomates des deux pays s'activent. l'optimisme reprend le dessus. note Smai1 I-I amdani. Tribune de Genb'e. Mais.. ne devait pas être de la meill eure humeur en apprenant les démêlés de son fid èle servi· leur Zouheir Mardam avec la justice sui sse 50 » . connu pour avoir déjà réconcilié Bonn et Alger Sl ». le ministre conseiUer Tayeb Seddikioui. interrogé à Alger par la Tribune de Genève.. le roi Khalcd d 'Arabie Saoudile. Les 2 et 3 avril 1979. ] 50. la Suisse a envoyé un nouvel ambassadeur à Alger.S été insensible à une certaine susceptibilité de ces milieux. S I .

qui détient la quasi-totalité des actions. la Commission fédérale des banques approuve la convention. Le 20 avril 1979. Présents également. S4. Hermann Bodenmann. « La séance se déroule dans une petite salle de la banque ornée d' inscriptions en arabe.LE BANQUIER NOI R LE CAMELOT DE GOEBBELS de l 'établ issement à l'A lgérie est acqu is. li l'a achetée pour un fran c. il est clair que toutes les parties s'engagent à cesser les hostilités. Me Kadour Sator en tête. ] Autre personnage de celte dernière réuni on. il y a des délits qui se poursuivent d'office 54 )}. des réserves légales de 31 000 francs et des pertes reportées de 3 millions. Mme KlJjder peut se féliciter de son travai l pour restaurer la mémoire de son défunt mari . Vaine menace. Même si les parties en cause retirent leur plainte. puisqu'elle oublie. Et. « Alger n'a jamais dcmandé aux tribunaux helvétiques de la reconnaître comme propriétaire de la Banque commerciale arabe » . 3 16 Le Il décembre 1979. la Banque com merciale arabe ne vaut plus désonnais que 2.5 millions de francs. réell ement gagné quelque chose : un établissement bancaire. à François Genoud. et après retrait des plaintes. François Genoud. et accepte le transfert des actions de la Banque commerciale arabe à l'Algérie. indiquent avec mauvaise foi certains hauts fonctionnaires suisses. A l'issue de l'assemblée. est parvenu à se procurer une action B de la banque. Il annonce que la Commi ss ion « se penchera sur le cas de Zouheir Mardam qui durant cinq ans a caché le rait que Khider avait acheté les deux liers de la banque. Et il y a également les avocats d 'Alger. L'Algérie récupère donc un vingtième de la somme qu·elJe récl amait au début des années soixante-dix. Cité par Roger de Diesbach. de fait. qui couvre l'affaire du trésor du FLN depu is plusieurs années. ont. 11 assure 317 . classe quelques mois plus lard l'action de Mme Khider contre Mardam. C 'est pourtant la Banque algérienne de développement. Hélas.36 millions de francs suisses. La BCA lègue à ses successeurs algériens un capital de 5. Les avocats de l'Algérie. la règle de réciprocité. Le reste est définiti vement oublié. Dans les bureaux du procureur. le procureur général du canton de Genève. Mahfoud Aoufi . l' homme qui fut success ivement l'associé et l'adversaire de Zouhei r Mardam . li a donc le droit d'assister à la réunion . diplomatie oblige. C'est une première mondiale. qui aurait voulu qu'au moment où l' État al gérien se rende propriétaire d' une banque en Suisse. Puisque l'accord repose sur un compromis. Le moment est historique. 53 millions de francs sui sses.le président de la Commission. [ .. Zouheir Mardam et ses avocats sont soulagés de voir s'éteindre ces poursuites et les sombres hypothèques qu 'elles faisaient planer sur les affaires du banquier syrien . représe ntée par M. soit le quart des dix millions initialement investis. Triblil/e de Gel/ ~v(" 25 avril [979. alors qu'Alger a déjà annoncé l'arrivée d'un nouvel ambassadeur en Suisse. La Commission fait une faveur à l'Algérie. le conseil d'admini strati on de la Banque commerciale arabe se réunit rue Bonivard à Genève. le procureur scelle l'accord des parties. eux. quand elle ignorait que Mohammed Khider avait investi 10 millions dans la Banque commerciale arabe. rapporte Roger de Diesbach. Me Cruchon remet aux Algé riens les actions et une lettre de M. Le 26 novembre. Raymond Foëx. les établissements suisses puissent eux aussi opérer en Algérie. l'avocat Maurice Cruchon qui a vigoureusement défendu des années durant les héritiers de Mohammed Khider.. Rachid Haddad. où les banques sont ta ules nationalisées. Les actions de la BCA ont déjà été cédées aux Algériens qui sont présents en force: trois d'entre eux sont des hauts fonctionnaires attachés à la présidence de la République algérienne. M. Zouheir Mardam est absent. nuance sa bénédiction en notant que « le règlement négocié du litige ne supprime pas nécessairement toute action en justice ». Un journaliste s'est glissé dans la salle : Roger de Diesbach. au nom de « l'intérêt public » . Le lourd passif d' accusations dont elle portait le fard eau ne sera plus pour elle qu ' un mauvais souve nir.

LE BANQUIER NOIR que la reconnaissance des droits de l'Al gérie sur la BCA le comble de satisfaction. ce 13 août 1980. notre banque abandonnera la gestion de fortun e pour se préoccuper essentiellement d'investissements. » « Les actionnaires de la BCA étaient treize autour de leur petite table. 9 La guerre continue Ce n'est pas sans un pincement au cœurqu'Albrecht Knaus regarde. afin que les historiens qui avaient déjà travaillé sur les journaux puissent vérifier leur authenticité. Sur la scène judiciaire. conclut Roger de Diesbach. [Js ont fini par noyer l'affaire du trésor de guerre algérien dans le champagne ss. En 1972. ces fameuses 20000 pages que lui avait confiées Erwin Fischer. Martin Broszat avait déjà nourri le projet de publier des extraits du journal de Goebbels des années 1924-1925.» 55. espère-t-il . Martin Broszal s'était luimême rendu à la maison d'éditi on. Le journal de l 'année 1945 publié en 1977 s'est final ement plutôt mal vendu en All e~ magne: 35000 exemplaires en tout. Tribune de Gentve. mais de Martin Broszat. Mahfoud Aoufi. annonce le nouveau maître des ueux. Fischer sort victorieux des premi ères action s judiciaires qui vont contraindre Albrecht Knaus à lui faire bientôt un chèque de 200000 marks. 12 décembre 1979. D'autre part. » La Banque commerciale arabe devient donc une filial e de la Banque algérienne de développement « La BeA sera transférée le plu s rap idement possible à Zurich. et travaillera sur la zone mark. le directeur de l'Insl'Îtut d' histoire contemporaine de Munich. L'idée ne vient pas de lui . « J'ai eu l'occasion de travailler pendant quelques jours sur ce matériel chez Hoffmann 319 . sur l'incitation J'Erwin Fischer. plaidera peut-être en sa faveur lors de la procédure contre Fischer. la camionnette des Bundesarchiv se remplir des journaux de Goebbels. De guerre lasse. Albrecht Knaus avait contacté l' Institut d 'hi stoire contemporaine dès J'arrivée des premiers exemplaires du journal de Goebbels. Et ce projet lui avait déjà valu un premier confl it avec François Genoud . Mais ce geste. l'éditeur a peu à peu renoncé à ses multiples projets éditoriaux concernant Goebbels. Il s'est laissé convaincre de céder le précieux matériel aux historiens. En 1960.

LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE und Campe ». il essaie de convaincre Al brecht Knaus. Martin Broszat sail parfaitement que l'achat des journaux est menacé par un éventuel verd ict défavorable à l'édite ur dans son procès avec Erw in Fischer. « Les fTais de décryptage Ont été présentés carnet par carnet ». Pl us tard. de l' Institut d'histoire contemporaine. 6. car je me rendais compte que ces documents de grande valeur scientifique étaient dans les mains d' une maison qui ne présentait pas toutes les garanties [ . cit. ni même son avi s. 5 décembre 1990.. Entretien avec l'auteur à Munich. « A la suite de l'achat. 3. viendrait Je projet d'une édition «scienti fique» des journaux. Leur directeur. explique Eike Frolich.. « J 'étais inquiet. En réalité. Peter-Ferdinand Koch. 5. Martin Broszat cherche à savoir si Erwin Fischer a gardé ses entrées en RDA. expliqua-t-il. mais d'un strict point de vue légal ils se rendent comp lices des manœuvres d'Albrecht Knaus.. se souv ient Eike Frolich. li propose aussilôt une 1. confinncra-t-i l par la suite 1. dès ce premier contact avec les copies du journal de Goebbels. Die Tagebiicher dt!s Doktor Jouph Goebbels. Mais cela ne peut suffire. « Le but de l'achat était d'avoir l'ensemble des documents pour pennettre leur exploitation scientifique et éven tuellement l' accès au public. Il n'en aura d'ai11eurs jamais. 3. Ce qui donnera lieu à un autre procès avec Fischer. que de louables intentions scientifiques. Martin Broszat n' a pas de problèmes de conscience.» Albrechl Knaus. accepte volontiers j'offre de Broszat. Au moment où les journaux de Goebbels lui sont livrés. Fi scher est aussitôt averti. Témoignage de Manin Broszat au tribunal de Hambourg le 22 avril 1983: cité par Peter-Ferdinand Koch. Dès 1979. Il cède à l'insti tut munichoi s les feuill ets soustra its pour 72 000 DM.. Nous n'avions pas encore de projet de publicntion 4 . afi n d'en alimenter ses équipes de chercheurs. 5 décembre 1990. Peter-Ferdinand Koch. il est vrai. Entretien avec l'auteur à Munich. mi ses en cause pour avo ir nég li gé le contrat li ant les éditions Hoffmann und Campe el Erwin Fi scher. affinnera aveC maladresse avoir toujours pensé qu'Erwin Fischer « était seulement un cours ier s» ! Martin Broszat et I-Ians Booms n'ont. mai s il se rend à Hambourg chez les avocats d u journaliste auxquels il demande l'autorisation de consulLer le doss ier qu 'i ls ont constitué sur J'affaire des journaux de Goebbels. 11 nous a dit: je sais que les documents sont arrivés ici. 11 demande à Schumann d'avoir accès aux passages du journal encore manquants. » Aux côtés de l'institut munichois. op. cit. Ell es seront. lui. ibid. évoqué par Albrecht Knaus. 320 32 1 . Malgré l'échec cu isant du journali ste. Ce paiement le rembourse des « frais engagés pour la transcription» des journaux. ] qu' ils pouvaient être perdus 2. 4. » François Genoud accepte mal que les journaux aient été cédés sans son accord. le professeur Hans Booms. eLson exclusivité sur le « matériel ».» En premier lieu. Broszat part aussi à Berlin-Est. ibid. dont pounant il ne peut douter puisque son institut s'est déjà engagé sur ce point. Martin Broszat entame des pourparlers tous azimuts pour acquérir les journaux. Évidemment sans succès. avec l'in stitut. L'historien a seulement négligé quelqu ' un d'autre: François Genoud. le professeur berlinois lui répond tout net : « Erwin Fischer reste notre seul partenaire. les Bundesarchi v (archives fédéra les) s'engagent pour moitié dans l'acqui sition. consulter le professeur Wolfgang Schumann et l'interroger sur la question de l'authenticité des journaux. Il doi t donc louvoyer. Martin Broszat songeait « hériter» peut-être des documents. Die TQgehücher des Doktor Joseph Goebbt!ls. Brosza t ne contacte pas Fischer. François Genoud a téléphoné à l'institut. c'est-à-dire l'emploi du sténographe et de trois collaborateurs qui on t décrypté l'écriture assez illisible du ministre de la Propagande. Nu l doute que. Déposition de Manin Brost/lt le 22 avril 1983. li souhaitait veni r immédiatement 6. le détenteur de fait. 2. U le fai t avec maladresse. op.

L' idée du diri geant palestinien. Pour l' heure. on vend la drogue. revéJée aux Israél iens par Kassim. désormais commandée par Abou Tayeb. un accord des plus contestables avec François Genoud. » Muni d'une solide couverture. Le commandant de l'Armée de libération de Palestine. TI souhaitait aussi procéder lui-même à un choix pour les éditer ' . lequel ne manque pas de l'orienter sur son propre vendeur. une liste d'armes à acheter établie par l'état-major de Vasser Arafat. ] Mettre la main sur l'argent de Genoud el laisser l' OLP en plan 11. en 198 1. Ibid. lui donne des gages de confidentialité. a reçu de son côté une commande d 'armes presque identique. Ghazi Hussein. Selon le récit d'Ostrovsky. consistait à obtenir de Genoud un emprunt pour acheter des armes en AJlemagne avec l'aide d'un groupe appelé le Bloc noir. 7. un agent israélien contacte Issam SaJem. Et il s'empresse de demander conseil à son coUègue de Berlin-Est. 8.LA GUERRE CONTINUE LE BANQUIER NOIR réunion général e avec les avocats de toutes les parties. lui. Presses de la Cité. représentant de l'OLP à Vienne. n met secrètement au point son propre projet édi toria l dont il confiera la coordination à EIke FroLich. Ibid. Son nom est cité par un ancien agent israélien. représentant de l'OLP à Berlin-Est.] S'emparer de la cargaison de haschich el la vendre pour se procurer du liqu ide [. Du matériel léger destiné à équiper la Force 17. celle-ci est contrainte d'en acheter elle-même en Europe par une filière improvisée. 323 . on s'assure d' un financement pour les armes. se souv ient EIke Frolich. banquier de Genève âgé de soixante-cinq ans.. en provenance de bases américaines en Allemagne: du matériel léger. C laire !-Ioy et ViclQr Ostrovsky. En début d' année. n retournera pour cela en RDA. les services spéciaux israéliens sont av isés par une taupe introduüe dans l'entourage de Yasser Arafat que le chef de l'OLP va prochainement demander à ses représentants en Europe d'acheter des annes. François Genoud con tinue de rendre des services financiers considérables aux Palesliniens.. Mossad. qui est par aiUeurs son épouse : « publier la totalüé des éléments disponibles plutôt qu'une collection de fragments 8 ». en association avec les Bundesarchiv. François Genoud. el il lu i propose des équipements militaires «égarés ». le major Aloony. et signera.. Paris. relatant la mise en place par le Mossad.srailiens parle. rapporte l' ancien agent Victor Ostrovsky. )10 L' achat d'annes relaté doit s'effectuer grâce à la vente d'un stock de haschich libanais. surgeon de la Fraction Année rouge 10. Le représentant de l'OLP n'est donc pas pris au dépourvu quand il reçoit des mains d'un officier de la Force 17. d'un piège destiné à déjouer un achat d'annes par la centrale palestinienne 9.» Martin Broszat réussit à temporiser. Un agellt des serl'ices secrets . 322 «Le Mossad avait appris l'intention d'Arafat de faire appel à Genoud. n'est solUcité que pour assurer l'emprunt relais. Cette négociation étant hasardeuse. Issam Salem oriente presque aussitôt le major Aloony vers le faux vendeur du Mossad. les deux opérations sont condu ites séparément. D'un côté.. soutien financier de Carlos. De l'autre. d 'efficacité. Ibid. I bid. Le Mossad se fi xe donc plusieurs objectifs: « Empêcher Arafat de se procurer les armes [ . Il.« Genoud soutenait qu 'une autorisation de sa part était nécessaire pour tout travail scientifique sur les journaux. Tarik Khadra. Finjuin. avant même qu ' il ail reçu l'ordre d' Arafat. tellement effi cace. Le litige ne porte donc que sur « le droit d'utili sation scientifique des documents ». les deux représentants de l'OLP avisent Arafat 10. refusant de livrer de nouvelles armes à la Force 17. li le met en confiance. 9. l' Institut d'hi stoi re assure n'avoir aucun projet de publication.

op. couranl juillet. n se rendit égaIement à Lausanne.: Hebdo (Lausanne). lors du paiement. lequel vint en compagnie d'un banquier suisse.e. Plon. Histoire ucr~te du terrorume. bâtonnier de J'ordre des avocats à Lyon. devenu membre du groupe Carlos. En une dizaine de minutes. le samedi 5 février. Paris. Le « boucher de Lyon » a été incarcéré le 25 janvier.. s'est fai t reprendre en possession d'une importante quantité d'explosifs. Me Alain de La Serveue. François Genoud est averti de J'arrivée imm inente de KJaus Barbie. mai s ils Au début du moi s de février 1982. la Transmaritima. Après pJusieurs années passées dans la clandestinité. Les vigiles sont rapidement neutralisés et lai ssés sur place. le Mossad encaisse l'argent des armes.. 1985. Chargé sur un bateau. lu i annoncer-iJ Il. auteur d'un ouvrage sur le procès Barbie: « La Servelte eul la visite de François Genoud dans la semaine du 7 février. Paris. Ute Messner. jusqu 'aux marches de l'avion français. » A Hambourg. les armes sont « prêtées» au Mossad par un négociant ami. Ute Messner est bibliothécaire. au moins une fois pour voir Genoud 12. Ernesto Bréguet appelle en effet François Genoud. un conteneur rempl i d 'annes est présenté au major Aloony. L'Affaire Barb. Bêtement. « Bruno vient d'être arrêté à Paris ». en Autriche. 13. Toujours selon ce dernier. A Vienne. cit. Arrivé à Lyon. le 16 février 1982. Bruno Bréguet. « On l' avait vu dîner avec Genoud à Lausanne en février. Analyse d'un mal français. Prévenue par le Mossad. Il est expulsé sans préav is par le gouvernement bolivien. chez elle à Kufstein. l 'ancien chef du service IV de la Gestapo. volontiers un avocat d'office. « A Genève. à Lyon. qu elques jours après le retour de Barbie. ce dernier prend la direction de Beyrouth sous la surveillance du major. L'arrestation de Bruno Bréguet et de Magdalena Kopp.. Ramsay. Entretien avec Yves Lassueur. nOIe Erna Paris. les annes sont stockées et vérifi ées dans une mai son de la périphérie.LE BANQUIER NO IR LA GUERRE CONTINUE que les annes sont commandées et li vrables sous que lques semaines. note Ostrovsky. 325 . Ch:lrles Villeneuve etlean·Pierre Peret. 19 mars 1982. Je 28 juillet. Mais peul~êlre Genoud et Vergès évoquent-i ls également une autre affaire que Jacques Vergès accepte de plaider : l'affaire Bréguet. François Genoud arrive presque aussitôt à Lyon. pendant que les armes leur sont subtilisées. D'aulres agents ont suivi le haschich à la trace et fai t interpeller plusieurs membres du Bloc noir. en Bolivie. a déjà trouvé sa place dans plusieurs ouvrages consacrés au terrori sme des années quarre-vingt. » François Genoud rend aussi visite à la fi lle de KJaus Barbie. Erna Paris. il accepte 324 12. 14. car elle a déclenché une cam pagne d'attentats du groupe Carlos en France 14. . La drogue est elle aussi récupérée. Selon Erna Paris. et Roland Jacquard. Genoud avait déjà fourn i cinq millions de dollars pour la transaction de Hambourg et trois millions sept pour ce lle de Vi enne.. ill 'a déjà choisi : c'est Jacques Vergès. Ghazi Husse in paiera sa légèreté par une expul sion en bonne eLdue forme. Dans les deux cas. t. dans un avion Hercule C 130 en provenance de La Paz via Cayenne. Cet avocat. pour une forte amende impayée à la suite de la faillite de sa société.Ja. Kl aus Barbie arrive à Lyon. on lu i substitue un autre conteneur rempli de raisins secs. comme à HâJ. « Genoud avait déjà été avisé de se tenir prêt ». Elle n'a pas les moyens financiers de la défense puissante et onéreuse que François Genoud lui promet. s'offre à cette mi ss ion. 1987. Elles doivent être li vrées à l'aéroport où un avion libyen les attend pour les convoyer jusqu'à Beyrouth . puis négociée pour sept millions de dollars. Deux vigiles du parking George V sont à l'ori gine du coup de filet : ils suspectaient le couple de quelque coup tordu autour des voitures en stationnement. n'ayant pas eu de contact avec J'extéri eur depu is son arrestation. la pol ice arrête les convoyeurs palestiniens. au moment même où Genoud n égo~ ciait avec La Servelte » . Le 17 février. Les Dossiers secretS du terrorisme.

proche des Cellules révolutionnaires allemandes animées par Johannes Weinrich. Avec un tel équipement. Condamné à quinze ans de prison en Jsraël pour une tentative d'attentat en 1970 pour le compte du Front populaire de Li bération de la Palestine. Ensuite. un système de mise à feu. de Jean-Claude Bührer. Dans le coffre de leur vieille Peugeot 504. faux permis de conduire. mais j'aurais très bien pu être mort. ancienne photographe. U donne ainsi du re lief aux accusations lancées contre lui.33·37. 23 juillet 1994. art. le 26 février. et affirment qu ' il s n'envisageaient pas de s'en prendre à des personnes ou des biens français. 327 . Placés en garde à vue. Non sans naïve té. né en 1950 à Mubralo. les policiers obtiennent finalement leur identifi cati on : Bruno Bréguet. Après deux jours de recherches. Us déclarent uniquement appartenir à une mystérieuse « Organisalion internationale révolulionnaire » . a déjà un casier peu ordinaire. A la parution des articles. ne nous forcez pas à la faire. Le Poinf. est. ns m'ont manqué. passeports et deux. il a depuis. Bréguet raconte à sa famille les circonstances de son arrestat ion:« Des policiers m'ont tiré dessus. » La lettre est prise au sérieux. contrairement à un quidam injustement accusé. U laisse dire. le couple se trouvait mêlé à la préparation d'un attentat. rue de Berri. avec pour avocat Jacques Vergès. l'actuelJe compagne de Carlos. ils m'ont lapé et torturé pour avoir des infonnations. car elle esl la première du genre. le groupe Carlos avait été infornlé d'une réservation effecluée par Jacques Ch irac dans ce train 16.» On ne saurait être plus explicite. De sa cellule à la prison de Fresnes. p. « Nous ne sommes pas en guerre contre la France socialiste. le jeune Suisse écrit. François Genoud ne bouge pas. Plusieurs articles paraisse n!. dans Le Monde.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE donnent l'alerte et pennettent à la police de coincer le couple non loin de là. publiant l'un et l'autre un cliché du Lausannois voisinant avec un portrait de Carlos. par une lettre manuscrite au ministre de l'Intérieur. Bruno Breguet et Magdalena Kopp portaient aussi deux revolvers OP 35. L'ancien Prem ier ministre annula au dernier moment son déplaceJ 6. libéré en 1977. el je vous en prie. écril-il. En quelques paragraphes. les policiers découvrent cinq kilos d'ex plosifs. selon les informati ons po licières. 326 Paris bruissant des menaces de Carlos adressées à Gaslon Defferre. jour de l'ultimatum de Carlos. Mais Kapp et Bréguet sont traduits sans tergiversations devant le tribunal correctionnel. Les articles mellent tous l'accent sur les liens amicaux noués avec Bruno Bréguet depuis son arrestation en Israël en 1970. Selon des informations publiées par l'hebdomadaire Le Poillf. Gaston Defferre. sa photo est ainsi légendée: « François Genoud : il part ic ipe aux. Depuis ses engagemenls des années trente jusqu'à la Banque arabe. Le premier. la presse française alerte ses lecteurs sur le cas de Franço is Genoud. une bombe fail cinq morts et vingt-six. rejoint le réseau Carlos. tous deux refusent de déci iner leur véritable identité ou même de s'expliquer. Elle est en effet signée des empreintes digitales de ses pouces. Yves Lassueur. deux grenades. Magdalena Kopp. blessés dans Le Capitole (TGV reliant Paris à Toulouse). Dans L' Express. frais.'lIebdo. faux. deux. » Carlos se manifeste dix j ou rs après leur arrestation. 15. Le 29 mars. dans le Tessin. évoque les con tacts passés de Bruno Bréguel avec le banquier lausannois. mai s j'ai même refusé de signer le procès-verbal 15. de nationalité suisse. [. Deux autres articles suivent : Jacques Derogy dans L' Express du 12 mars (<< Terrorisme: le retour de Carlos») et Jean Schmilt dans Le Point du 15 mars (<< La lettre chargée de Carlos ») n'hésitenl pas à aller plus loin. eité. selon le BKA (la police criminelle allemande). le 8 mars. avec toute sincérité. ces articles retracent la carrière mouvementée de l'homme d'affaires suisse.

Les policiers hongrois estiment aujourd' hui qu'au moment de leur arrestation Bruno Bréguet el Magdalena Kopp (dont les pseudonymes étaient respecti vement Luca et Lily) se trouvaient à Paris pour réaliser l'attentat de la rue Marbeuf. le procureur général de Budapest a dévoilé les contacts entretenus par les services spéciaux de son pays et le groupe Carlos. Kopp e t Bréguel sont instaIJ és derri ère des vitres blindées.» Me Vergès évoque 1'« accord non écrit ». En j uillet 1990. Le procès. Leur avocat va combler ce vide par une plaidoirie des plus provocatrices. Les effets sont les mêmes aujourd 'hui qu 'hier. il n'est pas possible que le gouvernement ne les libère pas.. Au tribunal correctionnel . et Lazlo Lyskaï. Paris. Des surveillances sont effectuées par le groupe dès 1979. Jacques Vergès rend hommage à Carlos en des lennes ahuri ssants : « homme d 'audace e t de courage ». annonce Me Jacques Vergès au tribunal. dont le siège es t a u 33 de la rue Marbeuf. cependant. Selon des notes e n possession des Hongro is. On relève cette phrase lancée aux policiers par Bréguet peu après son arrestation: « Vous aurez à faire avec mon organisation ce soir. Su r des im ages tournées i\ l' insu du groupe. « Quel que sail votre j ugement ».. le chef du contre-espionnage. qlli fait ~tat des premières Itv~la­ ti ons des services hongrois. le tribunal correctionnel présidé par M . WaUd Abou Zahr. Vous le savez. la questi on d 'alliances groupuscul aires complexes a quelque peu hanté les esprit s. Ulcéré. La conscience apparemment sourde aux deux aUentats qui viennent de se produire. achève de brouiller les pi stes sur la présence du couple à Paris. Éd. 2 aoOt 1990. leurs amis n'auront de cesse qu'ils soie nt libérés. . De minutie ux préparatifs (incluant des plans et des photographies des lieux) sont é tabl is conlIe AJ-Joundi. Mais. appuie-t-il. Rapport de synthèse pllbli~ par Le Poinr. » Pe ut-être une s im ple menace. Voir Le NOl/l'ld Oburva/eur. voit SI/pra.. Publiées par Le Point e n 1994. coOte que coûte . « quel qu'il soit » . la nuit du 16 au 17 février ayant été le théâtre de plusieurs attentats attribués au FLNC en région pari sienne. à la suite de la publication cette année-là de longs extraits d ' une interview de Carlos réalisée par le journaliste palestinien Assam al-Joundi. Et dans un jour. quatre ans pour Kopp. un nouvel attentat fait un mort et soixante-trois blessés rue Marbeuf à Paris. la défe nse de rupture reste l'art favori de Me Vergès: g lorifier les « combattants ». « mes clients quitterontla prison et rentreront chez e ux. D 'autant que les pistolets GP 35 e n posses- sion de Bréguet et de Kopp provenaient. qui. elles font état de plusieurs projets d 'attentat visant le journal AI-Watan al-Arabi. Une publication qui n 'eut pas l'he ur de plaire à Carlos. «sait garder la tête froide d'un grand politique » ! Vingt ans après la gue rre d'Algérie.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE ment. 1992. surtout. négoc ie r auprès de Carl os et de son lieutenant Steve j'évacuation de leurs bases opéralionnelles en Hongrie 17. dll Sellil. . Jean-Georges Diemer doubl e les réquisitions du proc ure ur : cinq ans pour Bréguet. Les explosifs saisis au moment de son arrestation dans le parking du George V étaient donc vraisemblablement destinés à com- 328 329 17. selon la police. Bruno Bréguet aurait surveillé Abou Zabr toute la journée du 7 janvier 1982. et re ndues pu bli ques. Il s ne parle ront pas plus qu'au cours des interrogatoires de police. Aussi doit-on prendre au sérieux les informations trans mises par la police hongroise au juge Bruguière chargé de j'enquête sur l' attentat de la rue Marbeuf 18. 18. La collaboration policiè re avec l' Est a récemment pennis d 'y voir un peu plus clair. en vertu duquel les organisations révolutionnaires épargnent les É tats d 'Europe dans la mesure où ceux-ci ne tiennent pas compte des infractions qui ne se sont pas déroulées sur leur territoire ». dans une semaine. on a pu voi r Andreas Petresevics. dans un mois. el le directeur du journal. Car/al der· rUre le rideau de fer. le jour même de l'ouverture du procès. d ' un stock du FLNC . Le 22 avril à 9 heures du malin.

Je vous serais obligé de venir me voir afin que nous ayons un entretien 22. voir supra. Barbie écrit offi ciellement à Vergès : « Maître.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE mettre un attentat rue Marbeuf19. Interview publiée par Magazine Ilebdo.ibles pour la défense de son père. Le jour suivant. Robe rt Laffon!. Tout y est con testé. dans une 19. mais les deux hommes ne commencèrent à travailler officiellement ensemble qu 'en mai. Jacques Vergès va naturel1ement réorienter la défense à 180°. les démenti s sont al ignés par dizaines. dont il avait aussi financé la défense. interview au Stern. en li sant et reli sant ces plaintes. le groupe Carlos leur adressai t sans doute un message de victoire. Li! Mande. Le PO/III. 22. Paris. François Genoud sort de sa réserve. Elle reconnaîtra. Dans pareil cas. « Il n' y a pas eu d 'extradi tion. 10 janvier 1984. cil. l'Allemagne. Bilan : un mort et soixante-trois blessés.» Lors de sa première visite à Lyon. la fill e de Barbie. «Au cours de leurs rencontres du mois de février. Comme il avait dénoncé jadis l'enlèvement d 'Eichmann. au lieu de le mettre de force dans un avion militaire français 23. Une semaine plus tard. Barbie. le même jour. Sur plusieurs feuillets. suivent deux nouveUes plaintes contre L'Express et Le Point. 330 Le 8 juin. Cité par Ladislas de Hoyos. il dépose une seconde plainte contre la Tribun e de Genève qui a repris en les citant les informations du Monde. François Genoud dresse la liste des fau sses informations dont il est victime. oui ou non. et dépose devant le palai s de justice de Genève sa première plainte en diffamation. pour son article du mois de mars. 1983. e l tenter tous les assauts possibles. annonce à Me de La Servelte que des « fond s importants) sont di spon.» L'astuce est fin e: la banque. D' abord. explique Jacques Vergès. 331 . concernant la procédure d' « expulsion }) de Barbie. Ute Messner. Jacques Vergès se saisit du doss ier Barbie. Voyant l'ombre grandi ssante de l'avocat parisien sur ce procès el les nombreuses polémiques entourant la défense. Je ne sais même pas si cette banque ex iste ou a ex isté. lors d'un entretien au magazine ouest-allemand Stern. sans doute après avoir longuement pesé le pour et le contre. sise à Alger. qualifie ceUe-ci de « scandaleuse ». Mais. elles passent subtilement à côté de la principale allégation: François Genoud est-il. sur les conseils d'amis de ma fill e. il aurait fallu d 'ailJeurs le renvoyer dans son pays d 'origine. on peut constater qu 'à beaucoup démentir les « fau sses informations}). Vergès va fornl er un pourvoi en cassation contre cette « fraude ) . Après avo ir plaidé pour Breguet. . Me de La Servelte renonce le 15 juin à sa « commise }). Il indique dans un communiqué que« Me Vergès s'est déclaré prêt à prendre en charge totalement la défen se de cel inculpé }). ou dans un pays faisant fronti ère avec la Boli vie. ne pas assumer les frai s de la défense 21• Le 27 avril. » A l'automne. mais manifestement complicité des autorités boli viennes et du gouvernement françai s. 23. 20. François Genoud . Erna Paris. note Erna Paris. . s'appelait Banque populaire arabe. le fi nancier de Carlos ? « Participe-t-il aux frai s?}) Ses plaintes évitent d'aborder le sujet. Curieusement. Vergès ne partage pas longtemps la défen se de Barbi e avec La Servette. ) L'avocat lui rend aussitôt visite le 4 mai. contre le journal Le Monde. Un exemple? Devant la phrase: « Il devient directeur général de la Banque populaire d'AJgérie ». De cette façon . c 'est la règle de l'art. tous des passants. Genoud suggéra à La Servetle la coll aboration de Vergès. Cette association n'était pas du goat de La Servette mais il l'accepta 20. 1987. 2 1. Anolyse d'un nUl/français. En mettant ce projet à exécution le jour de leur procès. le plaignant rétorque: « C 'est faux. op. les condamnations de Bruno Bréguet eLMagdalena Kopp sont confirmées en appel. L'Affaire Barbie. je souhaiterais vous consulter pour mon affaire. nO 9.

lnterview d'Ahmed Ben Bella par Roge r de Diesbach el Olivier OriVlll. Zahra Sell ami. Sa préoccupation est peul-être vraiment ailleurs: « Les auteurs. Des comités de soutien à l'action de Ben Bella pour la démocratie apparaissent . Il n'est pas douteux que celle présentati on est une grave auei nte à mon honneur en même temps qu 'elle crée les condi tions d ' une atteinte à ma sécurité. il m'a beaucoup aidé ». C'est dans le décor petit-bourgeois d 'une villa de Montmorency. pou rs uit-il . 333 . dans un souci d'extrême préc ision. Libéré après la mort de Boumedienne. l'accompagne dans ses pérégrinations. où il se convertit à la doctrine chiite. dont je ne partage pas du tout les idées politiques. je regrette d 'avoir agi aÎnsi ». est un homme d'une fid élité totale et d ' une transparence absolue ». que François Gcnoud retrouve Ahmed Ben Bella. conduisant le journal vaudois à litrer sur of( l'étonnante caution de Ben Bella pour le fasciste romand François Genoud » ••• Lnterrogé sur l'arrestation du Suisse en t 964 . Son premier voyage. » « François Oenoud. en est la démonstration: il se rend en pèlerinage à La Mecque. professée par les mollahs iraniens. Ahmed Ben Bella affinne alors trouver ses moyens de subsistance « des fonds de mouvements révo lutionnaires 26 ». qui l'avait pourtant fait mettre en prison. Tribune (le L(llfsonne. au printemps 198 1. publie un articl e dans lequel je suis abusivement et fau ssement mêlé à la dernière en date des affaires "Carlos". dans l'Oise. comme il le définit lui-même. lors d ' une interview accordée à la Tribune de LausOlme. l'ancien président tient à souligner qu'il s'agissait d ' une «affaire purement politique» et non financière. Son épouse. deux nouveaux attentats sont revendiqués par Carlos contre le TGV Marseille-Paris et la gare Saint-Charles de Marseille. dlenne.» Soit. écrit -i l. il s'envole pour le Koweït. Documents en possession de l'auteu r. « Aujourd ' hui.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE « Le Poim. après quatorze ans de détention et de résidence s urveillée. écrit encore le plaignant. le 19 j uin 1982. Elle apparaît désonnais portant le hijab. avant de venir s'installer en France. reconnaît Ben Bella.» La justice sui sse meura néanmoins cependant deux ans avant de staluer sur ces plaintes. il n'avait pas ménagé ses efforts pour que l'ancien président al gérien. Un « mouvement islamique ». autorisé à quiner le territoire algérien en 198 1. François Genoud est abusivement mêlé à la dernière en date des affaires Carlos. soit libéré par le gouvernement Boume24. me dés ignent à la vindicte publique comme un homme malhonnête el malfaisant que personne ne regretterait s' il venait à disparaître. en relation avec l' arrestation en France du Suisse Bruno Bréguel 24 . embryon de son futur parti: le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA). « Je lui en suis reconnaissant aujourd'hui 25. Au toml.« Durant ma captivité. puis il s'cn va assisl'Cr à un colloque aux États-Unis. notamment lors du passage de Ben Bella à Europe 1 en septembre 198 1. lis font cinq morts et cinquante-trois blessés. Dans les années soixante-dix. 26. Ibid. affinne-I-il dans un dernier acte de contrition. 1'« offensive » de Carlos pour faire libérer sa compagne et Bruno Bréguet a donc fait onze morts et cent trente-neuf blessés. mais qui a bien du mal à faire cohabiter en son sein l'exigence démocratique ou les velléités La nuit du nouvel an 1983. et de Carlos en particulier? « Le Monde a publié deux articles qu'il a voulus étroitement liés dans le contexte de la dernière manifestation du célèbre " Carlos"~. 332 2S. Ahmed Ben Bell a a bien changé. D'Arabie Saoud ite. écrit-il. mais qu'en est-il des autres affaires Carlos. ancienne journaliste de Révolution africaine. et premi er geste politique.

Ainsi l'équipe du Srem convai nc-e ll e auss i le directeur des archives fédérales. que « l'hi stoire de leurs pérégrinations depuis 1945 est vraie ». Gerd Heidemann localise le lieu du crash .LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINU E Roper avait affimlé que la seule preuve de l'authenticité de ce texte était son «évidence intérieure» ! LI semble récidive r auj ourd ' hui dans sa légèreté de jugement. Libération. annonce+il : « Ç'aurait été un effort disproportionné et extravagant qui aurait prêté un fl anc trop large et vulnérabl e aux critiques. 336 33.Boernersdorf. il se jugeait presque comme un phénomène historique unique 34. Gerd Heidemann serait entré en contact avec d'anciens dignitaires nazis 12 qui l'auraient mi s dans la confid ence de l'opération Seraglio. il conclut que « les docum ents sont authentiques ». Ibid. Des textes sur Jésus-Christ. selon le journaliste. il le reconnaît lui-même. Après avoir acheté le yacht de Goring. auquel il consacre simultanément un important article dans le Times 31. En juin 198 1. Après le décès de cette dernière en 1960. 34. des dess ins. Werner Maser. 3 1. rendant les vérifications bien diffici les. Ces archives ne peuvent avoir été fabri quées. comme il l'a toujours soutenu. 23 avril 1983. Cette opération visait . signe un contrat avec Gerd Heidemann lui reconnaissant l' exclusivité pour dix ans des papiers inédits de Hitler! Au passage. il pensait beaucoup. ELfriege Raubal. des leures. près de Dresde. en t973. sans plus faire de réserves. mais l' un d'eux. 1ïmes. il avait eu moins de chance avec la nièce de Hitler.itler. Gerd Heidemann modifie bri èvement le paysage de la succession d'Adolf H. L'historien britannique est conduit par l'équipe du Stern dans la sall e des coffres d' une banque zurichoise. 32. le Carin /1 . qui . sa personnalité. conte- nait justement les archi ves de Hitler. est « fasci né» par ces documents.Roper. à transporter par av ion documents et d irigeants dans des caches en Autri che et en Bavière. Mais. et un troisième tome de Mein Kampf! Trop de documents sans doute pour être pri s au sérieux. qui. un "philosophe". Mais Trevor. et peut-être auss i les événements qu ' il a vécus 30. sur Frédéric le Grand. et reconnaître qu ' il était bien. Hugh Trevor-Roper est présent à la conférence de presse du Stern: il réitère son diagnostic. 23 avril 1983. avait passé un contrat avec Anton Schmidt. » Mais l'historien britannique n'est pas le seul à donner dans le panneau. Pour des raisons de sécurité. cousin de I-Litler. le journaliste fa it. Il était impressionné par luimême. le 8 avril. 25 avril 1983. Comme par l'histoire qui lui est servie. Soucieux de protéger sa « découverte ». les journalistes lui ont montré d 'autres documents « découvert s» à cette occasion : des notes . 30. Hans Booms. il affirme qu'il s'est engagé à taire ses sources 33 • Trevor-Roper dissimule mal son enthousiasme. Par un accord avec Paula Hitler. selon Heidemann. Di x avions partirent. JI cite les noms des g~néra llJ( Wolff et Mohnke.» Dans les so us-sols de la banque. LI y reste un après-midi entier. il écri vait beaucoup. de son côté. et qu ' il faut donc réviser bien des certitudes concernant Hüler. qui autorisa la publicati on d'un «second li vre de Hitler » lui échappant totalement. où il a pu examiner les «carnets de I-Litler ». 337 . et son adm iration pour l'œuvre découverte: « Nous devons écarter la vieille idée que Hitler n'étai t qu' un opportuniste politique de la tête aux pi eds. dès 198 1. Il li sait beaucoup. et il apprend sur place que « de nombreuses personnes on! réussi à sauver des éléments de l'avion ». en Allemagne de l'Est -. il rencontre le professeur Werner Maser qui partage la success ion littéraire de Hitler avec François Genoud. Times. et lire de menus passages. le Suisse avait acquis les droits des propos de table et du Testament politique. j usqu'à une croix de fer dont on lu i affirme qu 'elle a appartenu à I-Litler. disparu t corps et biens. Le journaliste refu sera d ' aller plus loin dans son récit. des recherches en vue d'acquérir les droits d'auteur. pendant lequel il ne peut guère que feuilleter.

37. 39. « Avec le recul . peintre el dessinateur. censés témoigner de la proximité de Hitler avec les thèses écologistes et tiers-mondistes. au moment des premiers balbutiements de son projet. de nouveaux documents et un regard nouveau sur les vieux documenls. Une dépense dérisoire comparée aux fond s déboursés par le Stern pour l'acquisition des documents. bien qu ' il déclare ne pouvoir « faire aucune affirmation sur leurs sources ».. François Genoud ne dit pas tout. '" CarnetS de Hitler : un l''mai 1983. Ainsi. au sens où l'ont entendue les premiers négateurs du génocide des juifs. Léon Degrelle intervient dans ce débat depuis Madrid en déclarant que « Hitler était en état d 'écrire fin 1944» et qu 'il « avait alors reçu une lettre de sa main 38 ». estime {( toul à fait vraisemblable» qu'il s soient vrais. « qui est un familier de longue date des papiers secrets de Hitler ». Le Testament politique de Hitler chez Albrecht Knaus. 339 . des historiens expriment des opinions dissonantes. pour la somme de 20000 marks. enfin. François Genoud croit déceler une {( tendance dans la recherche hislorique sur le national-socialisme» qui devrait amener à reconsidérer et réhabiliter {( "avant-gardiste politique qu'était Adolf Hitler ». en 1982. Si elle a tout d ' un faux pas. faites un contrat avec les héritiers. 25 avril 1983. les propos de tab le notamment. «Carnets de Hitler: un découvreur suisse fait sensation » . de Stuttgart. C'est le 1cr mai 1983 que Françoi s Genoud décide de sortir du bois. l' interview de François Genoud concernant ce qui n'allait pas tarder à devenir les « faux carnets de Hitler » n'est pas la seule prise de position en fav eur de l'authenticité. d~couvreur 338 suisse fait sensation _. » Conseil d 'orfèvre . mais le professeur est sans le sou. Gerd Heidemann est venu le voi r. accordée au Somags BUck. François Genoud. Le professeur Eberhard Jâckel. Werner Muser exprime lui aussi ses doul'es : {( En raison de son tremblement nerveux. U Monde. Le Sontags Blick signale trois publications impulsées par François Genoud ces deux dernières années : en 198 1. accompagné de Heinrich Hoffmann . présenté comme un éditeur lausannois. d'où étaient effectivement sorties les acqu is iti ons de Genoud. Les MOflologlles d'Adolf Hiller. François Genoud . Le 18 juin 1981. Bien qu'il ai t cédé ses droits à Heidemann. Ibid.. premier éditeur du best-seller de Hitler. le fils du photographe attitré de Hitler 36 .» L'intention stratégique est donc clairement dévoilée: la politique effrénée d 'édition de textes et de documents écrits par les chefs nazis s'inscrit bien dans une volonté révisionniste. 38. Les archives fédérales se sont par ailleurs faites fort d 'écarter l' État bavarois d 'éventuelles revendication s de droits d'auteur. TI adi! plusieurs fois qu'on ne devrait pas écrire ou garder de la paperasse inutile» ». Heidemann évoquait alors la rec herche de cai sses en Italie. estime François Genoud. pour vous garantir 37 . un album intitulé Adolf Hitler.. L'accord signé inclut les droits d 'auteur de l'ensemble des œuvres non découvertes . souligne que Hitler (II n'était pas le genre d 'homme à lenir un journal.. Françoi s Genoud donne alors un conseil à Heidemann : « Si par miracle vou s trouvez des notes. Gerd Heidemann prend possession des droits d ' aUieur détenus par Maser . en 1983. Mein Kampféchappait à ces contrats. Cet article arrive au moment même où l'authentici té des journaux est déjà mi se en doute par la presse. 35. nOliS pourrons le disculper des accusati ons de responsabilité dans la Seconde Guerre mondiale et l'assassinat de masse 3S. 19 mai 1983. Sontags BUck. annonce que la découverte des journaux n'est que « la pointe émergée de l' iceberg» qui aboutira à {( la réhabilitation du Führer ». U Monde. la Bavi ère s'estimant le successeur légal de l'éd iteur nazi Franz Eher. 36. Dès l'annonce faite de la publication des documents. Enlretien avec "auteur. notamment par Le Monde du 25 avril. .LB BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE concernant l'exploitation des autres œuvres.. 23 septembre 1995. Dans une interview au titre accrocheur.

indique-t-il. I'ul1 des historiens des archives fédérales. Klaus Oldenhage. Il prévoyait la cession par Heidemann des documents inédits d'Adolf Hitler. A bien des égards.LE BANQUIER NOI R LA GUERRE CONTINUE Hitler ne pouvait pas écrire à l'encre et utilisait toujours un crayon ». Die Tagebiicher des Doktor Joseph Goebbels. Mais les Bundesarchiv étaient en pleine négociation avec le Stem. du Stem. à peine quinze jours après leur « découverte » . doit conclure le professeur Booms. et son experti se était confimlée par un examen de l'écriture au microscope électronique réalisé par le LKA (police criminelle du Land) . certifiait encore l'authenticil'é de plusieurs extraits que lui avait confiés le Stern 40. quelques semaines plus tôt. était déj à informé des doutes du BKA (po lice criminelle fédérale) sur l'authenlicité des carnets. une amie d ' Eva Braun . rédigés à 4 1. cit.ionneur comme lui. le journaJjste «savai t. Cette affaire n'esl pourtant pas un fait divers ordinaire. à un chercheur des archives féd érales~ Joseph Henke.1 miHions de marks ont été retrouvés sur les comptes du journaliste el 2. Au Illois de mai 1982. les carnets intimes de HitJer SOOl officiell ement déclarés faux par l'Office criminel fédéral ouest-alJemand: « Tous les matériaux qui form ent le support du journal. Kujau a rencontré Gerd Heidemann chez un ancien nazi. mais 2. au moins depuis l'été 198 1. une ancienne ordonnance de Bonnann . le papier. avant d'ouvrir une teinturerie et de se lancer dans le commerce d'objets militaires du meReich. Des témoignages sont aussi recuei ll is par la presse: Henry Picker. L' homme a longtemps vécu de petits travaux. Engagée ces d ix dernières années dans une « rév ision » soft de son histoire du natiollnlsocialisme (qu i ne nie pas le génocide mai s le relativise). un industriel. Les Discours et Proclamations de Hitler entre 1932 et 1945. » Un historien qui s'est vu confier six cahiers a constaté qu'ils plagiaient très largement un ouvrage publié par Max Domarus en 1962.. plusieurs pages des carnets intimes avaient été transmises par Thomas Walde. que ces documents étaient des faux ». des archives féd érales. Le papier comporte des substances. Plusieurs incohérences et erreurs historiques sont relevées. II lui fai t aussitôt croire qu ' il est en mesure de lui procurer les carnets intimes de Hitler. les fils de la reliure datent d'après la guerre. collect. il avait conclu à l'authenticité. notamment du polyester polyamide. déjà. ancien rédacteur en chef du magazine à J'époq ue des fails.7 millions de marks sur ceux du faussaire. « Ces cahiers sont totalement insignifiants d'un point de vue hi storique ». 340 34 1 . op. le 5 avri l 1982. Le 6 mai . elle est un révélateur de la complicité passive donl a fail preuve un pan non négligeable de la communauté historienne ouest-allemande. Le 10 mars 1983. notamment financiè re. EUe n'allait pas se faire prier pour accueillir à bras ouvert. Selon l'enquête judiciaire. inconnues avant 1955. C'est le cas notamment avec le journal intime de Goebbels. 40. Le fau ssaire ne tarde pas à être connu: Konrad Kujau . et sans rigueur. Le 28 mars. pour en expertiser l'écriture 41 . sténographe de Hitler (l'auteur de la version concurrente des propos de table).. la découverte du Stern. Peler· Ferdi nan d Koch. Tous démentent avoir jamais vu Hitler en train de rédiger son journal intime. qui . le 8 avril. 7 mai 1983. Libiratio". Comme le révèle Peter Koch . Gerd He idemann réuss it à faire débourser une somme de 9. L'argent s'est en partie volatilisé. Un an avant la publication . elle a volontiers mis en avant l'examen « scientifique » et la publication des productions littéraires des anciens dirigeants nazis. la colle. par le professeur Hans Booms. le Stem ne réclamai t pas d'argent mai s sou haitait obtenir des archives fédérales une quittance déductible d'impôt! 11 n'y a pas de petites économies.34 miJlions de marks par sa direction (soit près de 32 millions de franc s). plusieurs hi storiens reçurent des explications au siège du BKA. Le contrat des Bundesarchiv avec Gerd Heidcmann était néanmoins signé peu après.

il disait n ' importe quoi » . 342 4. erfectué par Siviero peu avant sa mort au profit de la Province Dans son appartement de Pully. et s' intitule L'Opera rirrovara (L'œuvre retrouvée). Sandro Pertini. pein. soit dix jours avant la publication du Stern. et les apporta à Emma Micheletti. car. le nom d 'Adolf Hitler 44. 43. panni quelques autres. 46. cit. Marc Lamben. préfacé par Billy Priee. op. Le 14 avril. Et pourquoi. 343 . Son diagnostic était défi nitif : le fau ssaire est un expert en papier. L'exposition doit durer six mois. puisqu'elles proviennent d'un convoi de fuyards nazis qui emmenèrent Gerda Bonnann et quelques autres fami· liers de Hitler dans la région de Bolzano. Elles attirent aujourd'hui encore quelques collecti onneurs. avai t été le principal artisan de celte récupération. Rodolfo Siviero. les aquarelles font donc partie du legs de sa collection personnelle. parvenait au directeur des archives fédérales. intitulée « Projet de télégramme à Mussolini ». pour quelques couronnes 45• Dès )'entre-deux-guerres. commente Peter Koch. Ibid. Un an après " affaire des faux carnets. les fam euses aquarelles susc itent la polémique. ces aquarelles n'ont pas été dérobées par les Allemands dans un musée itaJien. Marlis Steiner. que Rodolfo Siviero sortit les aquarelles. surnommé par certains le « James Bond de l'art ». l" mai 1983. François Genoud a supervisé la publication à Munich d'un album consacré à la peinture de Hitl er 46. Hitler avait reproduit durant plusieurs années ces architectures des rues de Vienne . S' inspirant de cartes postales et de gravures anciennes. Le 20 juin 1984. en provenance des territoires s itués hors de l'Allemagne fédérale. Hi/1er. contrairement aux autres œuvres exposées. quelques jours après la publication des premiers extraits. la conservatrice du musée 41• Selon le musée. Sous la pression d'un scoop.5. il ia montre à un journaliste du Somags Blick. Leur présence au Palazzo Vecchio est une étrangeté. à Lausanne. 44. op. sa carrière politique a sorti ces toiles de J'oubli où elles seraient vraisemblablement restées. voire une erreur historique. inaugure au mu sée des Offices de Florence une exposition consacrée aux œuvres d 'art emportées par les Allemands et récupérées après-guerre par les services itali ens. alors qu'il préparait activement l'exposition des Ortices. mais celle foi s en Italie. de ses archives privées. décédé quelques mois plu s tôt. qu'il vendai t 42. fi gurent vingt aquarelles de Hitler. en octobre 1983 . ainsi que des lettres de Napoléon. mais il n'a pas pensé que les supports avec éclaircissants (qui blanchissent le papier) n 'existaient pas en 1940 42• Pourquo i Hans Booms ne met-il pas alors un coup d'arrêt à la publication? On l 'ignore encore. Hans Booms. le plus souvent des admirateurs de Hitler ou des spécialistes en reliques du meReich. Un. en lui présentant un crilique d 'art nommé A orent Felz. Par son dénouement. Panni ces œuvres. l'ancien du Stern.tre rll)mm~ Ni/ltr. historiens etjoumalistes avaient perdu toute clairvoyance. 28 août 1993.LE BANQULER NOI R LA GUERRE COl'ITlNUE la main ou à la machine. C'est en février 1983. Entretien avec l'auteur. déclare+i1 à la Süddeutsche Zeitung de Munich qu 'il n'a « aucun doute concernant l'authenticité des journaux »? Croit-il encore au poids des premiers examens du LKA ? « Pour se sauver. le résultai de l'analyse du papier d ' une page des carnets. l'affaire aura au moins servi de révélateur.el notanunent les façades d ' un Parlement qu ' il aUait politiquement abhorrer par la suit'e -. peimre et dessinateur. François Genoud a accroché au mur une aquarelle peinte par Hitler à Vienne en 19 13 43• C'est l'éditeur Pierre Caillé qui lui a fait découvrir la peinture de Hitler. cit. Je président du Conseil italien. Adolf Nitler. 47. auteur d 'un livre qui évoque les artistes révélés par la guerre 14-1 8 ct cile. Ce même convoi qui transporta les propos de table de Hitler (version Bonnann) et les films de Leni Riefenstahl (voir chapitre 3).

Siviero 49. La provenance des vingt aquarelles exposées est davantage sujette à caution. et notamment des toiles représentant l'architecture munichoise. Daté du 18 avril 1984. Johannes Weinrich. de 1936 à 1939. ont été emmenées après le bombardement du 25 avril par Mme Bormann et ses enfants. Ancien chef des Ce llules révolutionnaires allemandes. un banquier suisse. dans la tour vitrée de la rédaction du quotidien 24 heures. Une donalion qu i est estimée à 15 milli ons de francs. « aux archives principales du NS DAP où ell es ont été enregistrées. EUe est toujours détenue à la prison de Fleury-Mérogis. il a partagé un appartement avec Magdalena. âgé de quarante ans. Pascal-Arthur Gonet. dont l' identité n'est pas précisée. cité par Marc Lambert. . 24 heures (Lausanne). en cas de doute. et. Des deux témoins. ibid. dans le catalogue de l'exposition. flitch Ram irez Sanchez a fait savoir qu'il songeait à se marier. ne peuvent livrer leur version des faits. à Bolzano où elles onl été volées par M. révèle à un journal suisse qu'il y a plus de trente ans il avait ({ entrepris des démarches en Italie. Pascal·Arthur Gonet décédera prématurément en juillet 1993. note que seize des toi les exposées sont passées entre ses propres mains. qu' il avail interviewé plusieurs fois. est un proche. et notamment ce lle des aq uarelles achetées par le Parti nationalsocialiste (NS DAP). passe un télex à ses confrères 51. en Arabie Saoudite }}. Magdalena 48. publié en fac-similé par Marc Lambert. alias Steve. de l'In stitut d ' histo ire contemporaine de Munich.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE de Toscane. U dénonce une nouvelle fois la « spoliation » dont ont été victimes les héritiers des dignitaires nazis. » Rodolfo Siviero. Bume précise que Carlos « a fait tout préparer en vue de la cérémonie dans sa maison de Djeddah. Après le télex de l'AFP annonçant son mariage. pou r le compte des héritiers de Hitler )}. en janvier 1975. dans la région parisienne. dont le visage poupin illustre l'article de Bunte. afin de retrouver « les aquarelles vo lées à Bolzano au printemps 1945 50 » . Commentaire de Hermann Weiss et Hann ut Ullrich. » Sur les vingt tableaux. Françoi s Genoud. Citant « des informations de la DST ». [1 a déjà choisi les témoins de son mariage : Johannes Weinrich. d 'en référer à Hitler IUÎmême 48. 29 août 1984. A Lausanne. spécialiste de peinture hitlérienne. Il s'était lui aussi passionné pour l'i tinéraire de François Genoud. qui s'est plongé dans les listes d 'œuvres répertoriées. incrédule. Ce qu i ex plique peut-être que la DST ait réussi à intercepter quelque message. il affinne que ses démarches ont empêché pendant longtemps la remi se des toiles de Hitler à l'Office de récupération des œuvres d'art. ibid. photographiées et achetées par l'état-major de Hess }). le télex de l'AFP-Bonn reprend une infonnation du magazine ouest-allemand Bunte. de son côté. 49.. « Ces vingt aquarelles. Les Offices ont pris soin de la vérifier. Manuscrit du Dr August Priesack. Weinrich et Carlos sont soupçonnés d 'avoir attaqué ensemble au bazooka des av ions de la compagnie El AI à l'aéroport d 'Orly. . La« promi se» de Carlos. 344 345 . L'expertise a été confiée à Hernlann Weiss. Le Dr August Priesack. seuls deux sont écartés par l'expertise. 51. Les hommes du Parti national-socialiste avaient en effet la possibilité. pas plus que Gerda Bonnann. L'authenticité des aquarelles n 'est pas en cause. U connaît Carlos depuis 1974. Sans accuser nommément Siviero.. à Francfort. Et avait donné de nombre ux conseils el infonna· tions i\ l'llUIeu r. s'appelle Magdalena Kopp . accuse-t-il . 50. indique Weiss. Les aquarelles de Siviero «sont notées comme authentiques dans ces li stes qui peuvent être cons idérées comme le centre de référence de la peinture de Hitler. alias « Vera ».

lur edition der Goebbels-Tagebùcher. Martin Broszat. s'explique Martin Broszat 53• De ces deux mandats. les deux plus importants centres de recherche historique allemands signent un contrat avec François Genoud. explique l'ancien dirigeant algérien Hocine AH Ahmed à Jean-Claude Bührer. En contrepartie. tout en récupérant un accès aux document s afin de menre au point lui -même avec d'autres partenaires une nouvelle édition commerciale. il fait découler sa revendication de propriété. » Puisqu'il avait tout à la foi s les doc uments et l'autorité scientifique. <d'ai été très content que l 'institut et Coblence (les Bundesarchiv). 53. soient obligés de signer un contrat avec moi 52 ». poursuivi en diffamalion par Franço is Genoud. Genoud peut prouver que les héritiers. lui ont transmis les droits d'auteur. Hoffmann und Campe a même autorisé Genoud à insérer un épilogue à l'édition des journaux intimes de Goebbels qui revêt un caractère apologétique important. Martin Broszat. Le Suisse ne cache pas sa satisfaction. » Aussi est-ce « à contre-cœur». Genoud pour obtenir l'autori sation de publier l'œuvre complète de manière sc ientifique». l'Institut d'histoire aurait pu faire preuve d'un peu plus d'audace. que les deux instituti ons « se sont vues contraintes» de « procéder à une 52. t2 décembre 1990. Évidemment. les directeurs administratifs des Bundesarchiv et de l'Institut d 'histoire contemporaine de Munich ont apposé leur signature au bas d'un document reconnaissant ses droits sur l'œuvre de Goebbels. Martin Broszat évoque aussi les accords passés par l'éditeu r Albrecht Knaus avec Genoud : « Hoffmann und Campe {la maison d'édition] s'cst empressée d 'obtenir l'autorisation de M.e directeur de l'institut munichois. avec à leur tête leu rs chroniqueurs judiciaires . A l'automne 1985. « M. Selon notre institut. Le 10 septembre 1985. Cela va lui coOter 60000 marks.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE Kopp passe encore un an à la pri son de Fleury-Mérogis. selon Broszat. Jean-Pierre Berthet entre autres . transaction avec M. Entretien avec Jean-Oaude BUhrer. mais jusqu'à présent aucun tribunal.. 2 novembre 1990. Par exemple en ce qui concerne votre procès: en mon absence. Et ils ne voulaient plus différer le projet de publication des journaux acquis ci nq ans auparavant. il n'en est pas question 54. décJare-t-il . I. François Genoud gagne donc sur tous les tableaux. qui les avait ass ignés devant le tribunal de Munich après avoir appris qu ' il s avaient récupéré les documents auprès de l'éditeur Albrecht Knaus. qui ne voulaient pas reconnaître mes droits. n 'a pu démontrer ce fait avec une force juridique probante. remplissent le tribunal de poli ce de 54. cette revendication peut être contestée. national ou étranger. Genoud. Libérée au printemps 1985. Genoud s'engage à cofinan cer le décryptage des manuscrits de Goebbels . Entretien avec l'auteu r. mais aussi l'administrateur mandaté par le tribunal de Berlin Zehlendorf en 1945 pour gérer l'héritage de Goebbels. » Le 15 novembre 1985. et ses collègues des archives fédérales avaient tout simpl ement peur d'une bataille juridique avec Genoud. correspondant du Monde à Lausanne. il donne son absolution aux travaux des chercheurs de Muni ch. 346 « Genoud est le roi de l' intrigue». et ceci contre des prestations financières importantes. des dizaines de journalistes el des équipes de télévi sion. où Carlos l'épouse bel et bien. Genoud a appelé mes parents au Maroc pour leur demander que je témoigne en sa faveur.Ladislas de Hoyos. elle s'envo le pour la Syrie. 347 . « n ne peut pas supporter que les gens lui échappent.

Il n'en reste plus grand-chose. note Me Bonnant.17 novembre 1985.» Les jounmlistes présents et quelques témoins méditeront longuement. comme le prévoit le code s uisse 56. note Le Marin de Lausanne 57. L' homme d 'affaires admet publiquement ses liens avec les groupes terroristes. et peu décidés à en découdre vraiment sur le fond. les avocats de François Genoud demandent que l'offre de preuve sail refusée aux prévenus. plus désagréable encore. La juxtaposit ion des photos de François Genoud et des terrori stes. des documents émanant d'associations de résistants. au contraire. d 'un conflit politique à la tête de l' État algérien.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE Genève pour assister au procès intenté par François Genoud à L'Express. 349 . et laisse en suspens la question de son rôle et de sa responsabilité éventuels ! Ce procès se solde donc par une capitulation en rase campagne. moyennant la rédaction d'un curieux protocole que les qualJ'e journali stes acceptent de signer : « Je n'ai imputé à M. compte tenu des failS relatés dans Illon article et des relations que M. Genoud est directement impliqué dans le terrorisme internationa155. 57. «celui qui a agi dans te dessein de dire du mal d'au trui ~ ou «sans égard !l I'intérêt général ~ (24 heures . Tou s ses proches lui onl déconseiJlé la confrontation. qui fu t par ailleurs le défenseur du grand maître de la loge P2 italienne Licio Gelli à Genève. eUe. il a de la mémoire. lui. je me suis posé des questi ons et continue de m'en poser sur la nature de ses Liens avec les groupes terroristes et sur son éventuelle responsabilité ainsi que sur son rôle. après délibération. Les avocats de François Genoud vont se contenter de démentir toute impljcation ( directe ». 348 56. Genoud la participation personnelle à aucun fai t matériel terroriste . est de nature à pousser le lecteur à déduire que M. De même. panni lesquels l'ancien commissaire et historien Jacques Delarue. note Mc Bannant. n'a pa<) désanné. U est trop habitué aux défi s judiciaires en tout genre. qui résultait. La défense des journalistes. 16. Et c'est la surprise de ce procès. 15 novembre 1985). 12juin 1986. Mais que représentent ces frai s en regard des nombreux procès intentés pour ses droits d'auteur. La justice s uisse semble s'être endormie sur cette affaire de diffamation. explique-t-iJ. Genoud reconnaît enlJ'elenir. Journal de Genèw!. Contre toute attente. mais il ne les a pas écou tés. Le Malin.58. Elle annonce vingt-cinq témoins pour j'après-midi. EUe produit des notes des archives fédérales suisses. Les plaintes ont déjà trois ans. il conteste toujours son arrestation en Algérie pour « gestion fraudu leuse » en 1964. 16 novembre 1985. 58.24 hewres. et 2500 francs à chacun des journalistes pour leurs frai s d'avocats. sur ce coun texte concédé par François Genoud en plein tribunal. celui du président du Conseil constitutionnel français. présidente d ' une association de résistants qui a depuis longtemps un dossier sur le Suisse. C'est un véritable aveu par procuration. la prise en charge des dépens judiciaires. celui de Marie-Madeleine Fourcade. les journalistes Annette LévyWillard et Erna Paris. soit un total de 14054 francs suisses. « Même s' il est aujourd ' hui bien solitaire. U a choisi pour avocats son gendre Maurice Cruchon et Mc Marc Bonnant. Mais. mais auss i des témoignages écri ts. Us décident de transiger. mai s. Visibl ement impress ionnés. il dément encore être lié à Carlos. et proposent le retrait de leur plainte. le président du tribunal rejette celle requête. François Genoud « ne considère pas comme attentatoire à son honneur » qu 'on le di se fasciste ou antisémite. A laquelle s'ajoute. Le tribunal lui envoie la facture quelques mois plus tard: 4054 (rancs suisses pour les fmis de transpon el de séjour des témoins à Genève. ou d 'aulJ'es procès dont il 55. membre de la même association. « La défense dès lors avait le champ libre pour faire le procès de François Genoud ». au Monde el à la Tribune de Genève.» En revanche. L'offre de preuve peut être refusée 11. Les avocats du fin ancier le pressentent auss i. sans y croire.

60. membre de J'Armée secrète arménienne (A SALA). 35 1 . ils sont revendiqués par un «Comité de solidarité avec les prisonniers pol itiques arabes ct du Proche-Orient » (CSPPA). ainsi que des balles de la même série que celles tirées sur un autre diplomate américain. Le Matin de Lausanne révèle que le 5 février. en février 1986 : la galerie Claridge sur les Champs-Élysées. Anis Naccache et Waroujan Garbidji an. 1I trouvait scandaleux. laisse les enquêteurs dans le noir absolu: quel fil rouge en effet peUl bien relier le sort de ces détenus les uns aux autres? La réponse viendra bien tard. le conducteur de l' Opel rouge a demandé à parler à Mme Ben Une nouvelle vague d 'attentats secoue Paris.. Ibrahim Abdallah . Frédéric Ploquin. témoignage de la taupe publi~ par L' Évlnrmem dujrudi. qui exige la Libération de Georges Ibrahim Atxlallah. Lotfi. ancien membre du FPLP. 27 octobre 1988. m'avaitil dit. a conduit à la découverte du pistolet automatique qui avait tué Charles Ray. une vingtaine en province. 59. explique Le Matin de Lausanne. Ce dernier s'est même vu confier une machine à écrire en prison 60. et ses étonnantes demandes de li bérations. François Genoud n'avait pas démenti la rumeur selon laquelle c'était bien lui qui fin ançait la défense de Klaus Barbie. attaché militaire de l'ambassade américaine à Pari s. puis les magas in s Gi bert Jeune et Fnac Sports. deuxième secrétaire à l'ambassade d 'Israël en 1982. C 'est en écoutant le téléphone d '« une personn alité discrètement surveillée dans notre pays ». la DST déclenche une vaste opération policière contre les réseaux islamiques proirani ens en France. jour de l'attentat contre la librairie Gibert Jeune. que les pol iciers auraient enregistré les conversations de deux terroristes présumés avec « l'entourage de )' ancien président algérien Ben Bella ». 11 juin 1987. soixantequatre personnes sont interpellées pui s gardées à vue à Pari s. Citant des « sources policières ». L'une d'elles conduit le ministère de l' Intéri eur à placarder les photos des frères de Georges Ibrahim Abdallah dans tous les commissariats de France. « Us n'ont donné qu 'un seul coup de téléphone à Lausanne. d ' un Tunisien chi ite. La campagne d 'attentats du CSPPA . « Entre deux audiences au tribunal de Genève. le quotidien France-Soir rapporte la même information : deux terroristes présumés. 13 février 1986. ont été localisés dans ( un petit hôtel » voisin du lieu de l'attentat. Que. rapporte Ladislas de Hoyos. 350 6 1. «Comment la police a fait tomber le réseau Hezbollah "'. qui infiltre et fa it tomber le réseau de Fouad Ali Saleh. 8arbir. commando qui a fait deux morts et un blessé grave. les fausses pistes se succèdent. Comme deux précédents attentats au mois de décembre. Les appels provenaient d 'un hôtel du quartier SaintMichel. Naccache est le chef du commando venu assass iner l' ancien Premier ministre iran ien Chappour Bakhtiar. op. cil. Quant à Garbidj ian. 62. L' Événemrl1l dl/jeudi.lques jours après les attentats. cn mars 1987 seulement 61. est le chef des Fractions armées révolutionnaires libanaises (FARL). au domicile d 'un banquier suisse connu des services de renseignement occidentaux. L'enquête qui a suivi son arrestation. possédant une Opel rouge. Le 12 fév rier 1986 au matin. des policiers suisses ont intercepté une communication intéressant l'enquête. Ladislas de Hoyos. à deux pas de la librairie détruite 62. ) ( Au téléphone. Entre-temps. Le Malin de La/lSanne. le 4 et le 5. le 3.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE a assumé la charge? . il est le chef du commando responsable de l'altentat d 'Orly en 1983. Ce projet ne vint apparemment pas à son tenne. et Yacov Barsimantov. en 198 1. après une nouvelle série d 'attentats en septembre 1986. » Ladislas de Hoyos apprend aussi que François Genoud se prépare à éditer les Mémoires de Klaus Barbie. Christian Chapman . Ils ont avisé aussitôt la DST. en octobre 1984. Du même aUleur. que l'on fasse un procès au "soldat" Barbie "qui ne faisait qu 'exécuter les ordres" 59. note France-Soir.

le premier visé par le coup de filet policier. de provenance libyenne. qui veulent tous croire que le seul nom de Ben Bella est un recours au pouvoir du FLN. Les deux journaux affinnen t que le coup de téléphone inlerceplé est à l'origine de "opération policière du 12 février: le « réseau Ben Bella)} est. puis à son mari . » « La presse frança ise met en cause le Lausannoi s François Genoud ». J' un des artificiers du réseau Hezbollah responsa ble des attentats: le Libanais Hussein Mazbouh. les attentats de la semaine dernière visaient à obtenir la libération de Georges Ibrahim Abdallah. arrêté porteur d ' un passeport algérien el suspecté d'avoir la haute main sur diverses activités terroristes internationales. qui relève déjà les incohérences de cette pi ste « nébuleuse ». fai saienl partie d 'un lot de trois cents armes découvertes sur divers lieux d'attentats en Europe.le défen seur de Klaus Barbie . explique Le Mat. selon eux . Les douaniers découvraient dans le coffre onze revolvers et quatre pistoletsmitrailleurs 64. une voiture immatriculée en Suisse était arrêtée par les douanes françaises près de Saint-Julien. et des sympathisants de Ben Bella sont du nombre.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE Bella. selon Fra"ce-Soir. les nombreux contacts de François Genoud et d 'A hmed Ben Bell a avec les réseaux iraniens en Europe vont continuer à intéresser les services spéciaux occidentaux. avec lesquels il a eu une brève conver• sation 6J.. la DST arrête. Tribun e de Lausanne. Il va désormais presque deux foi s par semaine rencontrer le consul général de la République islamique à Genève. le garde du corps de Ben Bella est condamné à vingt-deux mois de prison pour trafic d 'armes par le tribunal correctionnel de Lau sanne ~. Mais aucune poursuite n'est engagée contre l' ancien président. 65. Son avocat s'appelle Jacques Vergès .et compte. L'acti vité d 'Ahmed Ben Bella n'est évidemment pas réducti ble aux mésaventures de sa garde rapprochée. l'entourage d'Ahmed Ben Be lla a été mêlé à une nouvelle affaire de trafic d ' armes. En réalité. Philippe Brenenstuhl. Passé l'épisode de la perqui sition de sa villa de Mononorencyen 1983. Au mois d'avril 1986. ont été imerrogés puis relâchés. déjà. «Seule charnière visible. porteurs de passeports syriens. On y trouve aussi bien les premiers islamisles déclarés que des Libanais 64 . à Montmorency. Les revolvers. Les trois hommes dont le CSPPA exige la libération. ils ont échappé à un contrôle de police et sont acLivement recherchés. puis expulse..» Au chapitre des coïncidences .. Selon Le Mati" de Lausa"" e. François Genoud est l'un des plus sOrs appuis de la République islamique à Genève. L'enquête conduisait presque auss itôt à J'interpellation à Genève d'un ancien détective. passé au servi ce d ' Ahmed Ben Bell a en qualité de garde du corps et d ' homme de confiance . en jan vier 1983 . en Haute-Savoie. au domicile d'Ahmed Ben Bella. effectivement. 352 353 . u Matin de LaI/sanne. mais il n'est encore que le champ clos des rivalités de courants hétéroclites. 63.. les deux suspects. France-Soir. traduit l'Associated Press de Lausanne. 16 avril t986. [J est parfois accompagné de Ben Bel1a. il est au ssi celui d'Anis Naccache et de Waroujan Garbidjian . on doil noter que Jacques Vergès n'est pas seulement l'avocat de Georges Ibrahim Abdallah.. et pour deux d'entre eUes. parmi les ami s de "la personnalité suisse surveillée". la DST vise plus largement la mouvance pro-iranienne en France.n de Lausanne. c'esl notoire. Manuscher Taleh.. Depui s qu'i l a pris le parti de l'tran dans la guerre lran-lrak. 13 février 1986. Sans le savoi r. JI se montre chaleureux et peu discret avec les empl oyés du consulat. Le 8 août 1984. L'ancien président espère plus que jamais que son Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA) dev ienne une réelle force d'opposition. mais. 30 aoO t 1984. Si le coup de léléphone des suspects à l 'Opel rouge est une fau sse pisle.

Ben Bell a est encore trop seul. Le démantèlement. Ceux-ci mettent la main sur des documents et des rapports secrets relatant par le menu l'activ ité des réseaux. propriétaire d' une fabrique d' horlogerie. 17 novembre 1988. un transfuge iranien. a introd uiL Ahmed Ben Bella auprès de l'ambassadeur d' Iran à Berne. Selon le récit d'un ancien attaché d'ambassade de la République islamique. « Les services de renseignement iraniens se fai saient aider par des éléments étrangers pour accomplir les sales besognes au Moyen-Orient et en Europe. Jaa(ar est interviewé par Alberto Marientoni. 354 68. Jaafar. avant de disparaître aux États-Unis 61 . op. Ibrahim Salah. » L'histoire de cet « Orchestre vert ». Les explosifs. Mise en place par Ali Mécili. a associé l'ancien président algérien et l'ambassadeur à ses opérations de ventes de tapis et de denrées alimenta ires avec le Pakistan. l'Iran et la Libye. du réseau Hezbo ll ah animé par Fouad Ali Saleh. 355 . et les voit ures par le consulat même. dès 1984. D mettait les boîtes de caviar iranjen avec les explosifs. met en lu mière la responsabilité des services spéciaux iraniens dans la camp. va être complétée après l'occupation par des opposants iraniens du consulat de la Républiq ue islam ique de Genève en décembre 1988. Le caviar était vendu aux restaurants suisses. Chacun préfère garder ses ambiti ons. a déc laré à ce propos Mohammed Yad i. Klaus Barbie. on s'en apercev ra. le consul général à Genève. Neemat Dahi. ancien directeur général de la SOreté nationale 66. les grenades et autres annes étaient transférés par la valise diplomatiq ue qu 'un d iplomate en poste à Paris acheminait jusqu'à Genève. partiellement démantelé après la chu te d u groupe Ali Saleh et le renvoi de Wahid Gordj i et de Moshen Zadah à Téhéran. prem ier secrétaire de l'ambassade à Paris. mais aussi Manuscher Taleh. Pour l'exécut ion de ces opérati ons. Alglril'+AclIIali/é. Beyrouth était le lieu propice pour la fonnation de ces éléments. ancien membre des Frères musulmans égyptiens. annonçant des « révélations» sur la Résistance française qui ne viendront pas. D'où sa tentative de réconciliation avec Hocine AH Ahmed. Conrrl'-enquête. qui comparait après deux 67. Ibrahim Salah. confinne publiquement certaines info nnations de Lolfi Le procès de Kl aus Barbie s'ouvre le Il maj 1987.1gne d'attentats. Les frais que réclamaient les agents leur étaient payés par le diplomate iranien Moshen Zadah. les fonds étaient fourni s par Beyrouth et Téhéran.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE égarés. Depui s plusieurs mo is. dans Panorama (Milan). Ben Bella a des moyens financiers susceptibles de fai re la différence entre eux. aux riches Iraniens et aux membres de la fami lle impéri ale. grâce aux révélations du transfuge tuni sien Lotfi . Volonté bien éphémère. « Ben Bell a dispose de fonds énomles dont je suis incapable de vous dire la provenance ». Jacques Vergès a multiplié les effets de robe en prév ision du procès. Pascal Auchlin et Frank Garbely. C 'est qu'en Suisse l'ancien président est devenu un investisseur avisé qui a mi s à profit ses entrées dans le monde islamique. en mars 1987. mais aussi des offres de marchands d 'annes 68 . Les deux leaders« historiques» annoncent lors d'une conférence de presse commune leur volonté ( de lutter en commun pour l'avènement de la démocratie en Algérie )}. En avril 1987. Jaafar relate en particulier l'achat par un agent consulaire imnien à Berne de 300 tonnes d'explosifs il Bruxelles. le frère ennemi d' hier. Une implication de premier plan : plusieurs agents ag issent sous couverture di plomatique iranienne. à Lyon. cit. J'un des fondateurs du MDA. 26 avril 1987. à Londres. notamme nt Wahid Gordj i. devant la cour d'assises du Rhône. Un homme d'affaires égyptien. et su ivie de très près par François Genoud. rapporte l'ancien attaché du consul at de Genève dans son témoignage. ceUe<i est officiellement scellée le 19 décembre 1985. 66.

demande à Barbie : "Et celte petite porte. Alors pourquoi ceux des nazis le seraien t-ils? Mais cela revient à dire que l'accusé admet qu'il en a commis aussi. panni les parties civiles. et Jean-Martin M ' Bemba. observant les lieux. lance de son côté Me M 'Bemba. C'est un formidable aveu de cupabilité. Ces mêmes personnes di sent que tout est pourri partout dans le monde. Celle foi s.» « On n 'a pas parlé des morts tziganes ». est poursuivi pour «crimes contre l'humanité» s ur des faits qui n'ont pas été jugés lors des précédents procès . « Barbie est un type fonnidable. « Je veux que l'on parle des milliers d'enfants algériens morts. li est peut-être vrai que le pillage ne constitue pas un crime contre l'humanité.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE condamnations à mort par contumace.He~ Favrod. » Me Bermann conclut en demandant la comparution de François Genoud . Des témoins évoquent le pillage de leurs appartements et propriétés par la Gestapo.Henri Favrod. « On veut vous dire qu'il y a eu également des crimes contre l 'humani té en Algérie. Vergès. ne constituent pas des crimes contre l'humanité. Peu après. Mais nous poursuivons ceux que nous pouvons poursuivre. où il rencontre Charles. lance J'avocat général Truche. répond-il. on ne rencontre pas souvent des gens comme ça ». lance J'avocat algérien. Nul n' ignore. mais elle oublie complètement les crimes commis de 1954 à 1962. Cette bataille pour relativiser les crimes de Barbie ne durera que l'espace de quelques plaidoiries et interviews. Le procès est évidemment ailleurs. l'Agence: France Presse racont~. que Genoud finance la défense de Barbie. édité par l'AFp.notamment sur sa responsabilité dans les rafles de la rue Sainte-Catherine et du foyer des enfants d'Izieu. il y a probablement ici quelqu'un qui devrait pouvoir la donner. La « rupture» va consister à rapprocher. Jacques Vergès s'en offu sque: «Nous ne sommes pas saisis de l'affaire du trésor de guerre nazi »..» Le 4 juillet. Jacques Vergès proteste: « Les vols à la tire. 1987. et que ceux-là ne sont pas punis. L'anecdocte fai sait beaucoup rire Vergès 10. est géré par le financier François Genoud. Ce trésor. reconnu coupable de tous les chefs d ' inculpation et crimes contre l 'hu mani té qui lui sont imputés. On poursuit donc tout le monde ou l'on ne poursuit personne. » 69. de Brazzaville. Jacques Vergès s'envole pour Alger. répond Barbie. qui détient par ailleurs les droits posthumes des écrits de Hitler. 356 70. 2 novembre t99O. » Cette passe d'armes se poursuit après une suspension d'audience. Lajustice française a la mémoire très longue pour les crimes commis par les nazis. Ce que l'avocat général Pierre Truche nommera une « stratégie de dérivation ». aussi l' un des avocats lance-t-il ironiquement: «Si l'on cherche l'adresse de M. m'a dit Vergès. Me Gustave Bennann. est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. à fin d'absolution.» L' un des avocats des parties civiles. Éc han ge re laté dans Proc~s Oarbie:. ») Mais Genoud échappe à toute convocation. . c'est ma salle de torture". 357 . expose Me Bennann. qui se souvient d'une plaisanterie de l' avocat: « De visite dans sa cellule à la prison Saint-Joseph de Lyon. Vergès s'entoure pour cela de Ms Eddine Lakhdar Toumi . ancien journaliste sympathisant de la cause algérienne et directeur du musée de l'Élysée à Lausanne. François Genoud.jusqu'à ce jour. Le 5 juin. Klaus Barbie. et dans les déportations du Il août 1944.Ça. lu i répond: « Ces vols à la tire ont contribué à constituer un butin de guerre. le « procès de rupture » de Vergès év ite de revendiquer haut et fort l'action meurtrière de Barbie. déposé sur des comptes numérotés suisses. rapporte Charles. les crimes nazis de ceux du colonialisme français. du barreau d'Alger. « Le trésor de guerre nazi a été constitué majoritairement par le vol des biens juifs. le trésor de guerre nazi (f}. L' essentiei des dép/ches dit proc~s. le nom de Françoi s Genoud est prononcé dans la salle de la cour d 'assises. et sur des tortures innigées à des rés istants. mais il n'est pas à négliger dans ce débat. qu 'est-ce que c'est? . Entretien de Charles-Henri Favrod IIvec J'auteur.

Entretien avee l'auteur. avec lequel je panage certaines idées et qui est un ami proche 72. copyright inclus. JeanDominique Lanieu. « Ils avaient publié Le Mythe du xxe siècle. l'épouse du directeur de l'institut Martin Broszat. je ne veux pas en parler. le ministre de Hitler pour les territoires occupés à l'Est 71. 359 . répond-il aux journalistes. L'œuvre de Joseph Goebbels est désormais éditée « scientifi quement ». En 1985. lis n 'ont pas respecté leurs engagements : ils n 'ont pas payé 73. Devant la presse. Saur. Le 27 aoOt 1987.d. » Genoud est bien moins enthousiaste.. qui reçoit 120{X)() francs tirés en mai 1987 sur le compte de Wahid Gordji à la banque MelH lran 75. couvrant une péri ode allant de 1924 à juillet 194 1 16• Éventé au mois de mai. et à investir le temps et l'argent nécessaires pour obtenir une décision de la Cour suprême aUe74. il accompagne en Autriche le responsable d 'une librai rie d 'extrême droite parisienne. G. premier secrétaire de l' ambassade de la République islamique d ' Iran à Paris. en fi lmant et en réimprimant les ouvrages dans leur édition originale. il s rencontrent Wahid Gordj i. L'Expms. Le 20 août 1987. 358 75. 28 800t 1987. "Ah. La moindre des choses était de s'acquitter de ses droÎls. l'ambassade financera l'impression de son catalogue de 48 pages. ils visitent la Libye. 76. J 'ai encore été assez bête de les y emmener. condu it par Eike Frolich. Le libraire. Le fac-similé du chèque encaissé par I"imprimeur Techni-G raphic sera publié par Le Canard enchafnl du S aoOI 1987. explique+il. Ogmios diffuse d 'ailleurs Éléments. et surtout de se mettre à l' abri de poursuites judiciaires quand l'ouvrage risque de tomber sous le coup des lois qui répriment le racisme ou l'antisémitisme. ce projet ." Alors je les ai cond uits. aucune maison d 'édition et aucun institut n'est parvenu jusque-là à éclaircir la question. des journaux de Goebbels. quand ils ex istent. dite « sc ientifique » . Pour soutenir Ogmios. 72. Aucun historien. » L'éditeur parisien et ses acolytes s' inscrivent pouitant dans le courant arabophile de l'extrême droite dont le maître à penser reste Alain de Benoist. Martin Broszat tente désespérément de faire oublier l'accord qu ' il a passé avec Genoud . Livres de chez nous. on ne savait pas. 7 1. Et. 18 d«cmbre 199 1. en payant d irectement par chèque " imprimeur. a déjà provoqué l'ire d ' Erwin Fischer et de ses avocats qui ont envoyé plusieurs lettres comminatoires à l'institut. Le M onde. à l'enseigne d' Ogmios.qui consiste en réaUté en une version intégrale . Ce qui lui permet de se dispenser de droits d 'auteur. s'est fait une spécialité dans la réédition des livres antisém ites d 'avant-guerre. chez l'éditeur K. François Genoud a pris J'initiative de rencontrer le libraire parce qu ' il a découvert qu 'il avait ainsi réédité Le Mythe du }(X e siècle de Rosenberg. mais on aimerait absolument la rencontrer. Alain de Benoist voyage en Iran accompagné des libraires 74. LA GUERRE CONTlNUE la revue du Groupement d'études et de recherches sur la civilisation européenne (GREeE). qui déclare à L'Express: « Je ne cache pas mes liens avec François Genoud. notamment pour ses relations avec des dignitai res nazis. 73.I'lnst"itut d'histoire contemporaine de Munich annonce lors d'une conrérence de presse la sortie des quatre premiers tomes de l'édition. Je leur ai demandé s'ils avaient respecté les droits des héritiers. dont l'un des libraires est un coll aborateur.LE BANQUIER NOI R François Genoud ne peut s'empêcher de jouer les agents littérai res. en 1986. chez la fill e d 'Alfred Rosenberg. m'ont-ils décl aré. 6aoOI 1987. Cette rencontre avec Genoud remplit d 'orguei l JeanDominique Larrieu. Rosenberg a laissé une fill e. « Quant à cet homme dont le nom est souvent cité dans la presse internationale. En mars 1987. / b. Allant de 1924 àjuillet 194 1.

L' histoire de la période nationale-socialiste est l'objet de débats très vifs au sein des milieux intellectuels allemands : ce qu'on appelle la « querelle des historiens» provoque un nombre impressionnant de publications entre 1986 et J987 78. Martin Broszat s'oppose. Les « fonclionnalistes» vont loin. 360 Jusque. 36 1 . Totalitarisme. visant à l'éradication des juifs allemands. involontairement. mais d'une relativisati on d 'Auschwitz dans J'histoire du national-socialisme.. ù s documents de la COn/rOI'erse sur la singularité dl' J"extermination des juifs par Il' régime nazi. C'est pourquoi un compromis pratique devait être négocié 77. après la parution des premiers tomes des journaux de Goebbels.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE mande qui aurai t pu clore le sujet. dès 1%9 : « Un peuple qui a réussi ces perfonnances économiques a le droit de ne plus entendre parler d'Auschwitz IK). l' accord signé entre Genoud. «C'est évident. avec les historiens « fon crionnalistes» allemands. de l'université de la Ruhr : « l e refuse énergiquement que l'on mette sur le même plan les déclarati ons de Hitler ainsi que d' autres propos class iques. 1988. Éd. ~d. Paris.. un député social-démocrate. Mart in Broszat se fait l'apôtre. Le 14 janvie r 1988. tel l' historien Hans Mommsen. correspondance Martin Broszat . d'un antisémitisme radical. François Genoud y perçoit essentiellement des « tendances positives dans la recherche historique sur le national-soc ialisme ». Ce Faisant.. 8 1.. sur fond de quere lle historique . Ibid. visant à replacer le génocide des juifs dans J'histoire mondiale des crimes de masse. cité..il été inrormé de la situation des droits d'auteur et des querelles juridiques concernant les journaux intimes de Goebbels? QueUe est sa position. cit~ par PeterFerd inand Koch. en tant qu'autorité supérieure des archives fédé rales? Comment le ministre juget. non d'une rév ision ou d'une négation du génocide. ap. interroge vigoureusement le Bundestag: « Le ministère de l' intérieur a-t. le rang d 'A uschwitz varie considérablement selon qu'on se replace dans le contexte d'action de l'époque ou qu 'on J'envisage du point de vue de sa signification pour la vision historique rétrospective. du Cerf. » Momm sen ajoute que Hitler était indispensable « sur le plan du climat » . » Broszat ne conteste pas qu'A uschwitz soit un « événement central » de l'époque hitlérienne. Paris. aux historiens « intentionnalistes» sur la responsabi lité de Hitler dans la mise au point de l'externlination des juifs. Jürgen Vahlberg. ouv rage colleclif sous la direc tion de Yannis Thanassekos et Heinz Wismann. « Le miroir brisé. 79. Voir le recueil des quarante principaux textes publiés : De~'ant J"HiSloire.Saul Fried lander . la concrétisation politique de la représentation visionnaire de ces buts 81. d' une part. crimes el génocides nazis. du Cerf. Cité par Kl aus von Münchhause n. Compte rendu de la conf~rel1CC de presse du 27 aoO t 1987. les archives fédérales et l'institut munichois en 1985 provoque un tollé.. idéologiques.là secret. art. les historiens répondent. d'autre part. La « querelle» a commencé par un article de l' historie n Ernst Nohe. » La conférence de presse de Broszat survient au mauvais moment pour lui. qui clamait. publié dans Vierteljahrshefll! fllr Zeitgeschidut:.il la transaction juridique entre la République fédérale allemande et l'édi teur nazi suisse Genoud?» Le gouvernement fédéral lui répond le 21 janvier et expose en détaill es contrats 80. écrit-il. « l'historien ne peut accepter sans plus qu 'on fasse d' Auschwitz le pi vot de la reconstitution de tout ce qui s'est passé durant la période nationale-socialiste. 78. mais il souti ent qu' « en tant que scientifique ». Die Tagebiicher des Doklor Joseph GoeblNls. il ne peu t accepter que toute cette histoire soit pl acée dans J'ombre d'Auschwitz 79 » . aux demandes du camp conservateur et extrémiste qui depuis des décennies s'emploie à redorer ou à blanchir la période nationalesocialiste de l'histoire allemande. » Dans le même élan. «Sur J·historisalion du national-socialisme. cil. ci t~ par Jean-Michel Chaumont dans Révision de /' histoire. Lors de cene controverse. « mais pas en tant qu ' individu agissant » ! 77. et. A l'image du leader bavarois de l'Union chrétienne-démocrate (COU) Franz Josef Strauss. 1990. et à le présenter comme une réaction des naz is au goul ag.

Un homme n'a pas supponé cet accord: c'est évidemment Erwin Fischer. répand « des allégati ons» contre l'institut et les archives fédérales. Entre eux. qu ' il veut plus complet et plus scientifique que la publication de )'[nstitut d 'histoire de Muni ch. qui a procuré à M. . Fischer et Sôsemann signent un accord le 13 mars 1989:« M. « li est vrai qu 'en mai 1988. n s'est assoc ié à un histori en de l'Uni versité libre de Berlin-Ouest. « Nous avons 1944 el janvier 1945 à JX!u près entièrement. Les nouveaux fcuiUets récupérés par Fischer sont une mine d 'or pour l'historien. «à l'aide de journalistes et d 'auxiliaires politiques mal infonnés ».] il a soulevé des revendicat ions qui étaient sans fond ement S2 . n'auraient pas été accessibles pour une durée indéterminée. Avant de passer un contrat avec Hoffmann und Campe [la maison d'édition]. auss i Broszat et son épouse Eike Frolich ont toutes les raisons de croi re qu ' il s'agit là du travai l de sape réalisé en sous-main par Erwin Fischer. nous pouvions vi ser et copier ce matériel de manière généreuse. estime Manin Broszat. l'institut s'est vu refuser l' accès aux fragments originaux qui se trouvaient encore à Berlin-Est. 363 . « La transaction extrajudiciaire qui est intervenue entre la Républ ique fédérale allemande et François Genoud. Fischer pone lui-même la responsabili té de la situation délicate dans laquelle il s'est retrouvé. le professeur Bernd Sosemann. cette transaction a permis de mettre à disposition de la science ces journaux intimes. Et nous avons pu faire des compléments très imponants 83. rapporte Martin Brosza!. conclut le gouvernement. il les a offertes à Sosemann qui )'a accueiUî à bras ouvens. Zur l'dilloll der Goebbds Tagl'bacher. annoncent-il s avec enthousiasme en janvier 1990 85• Celte joie ne les empêche pas de se préparer aux affrontements juridiques avec leurs concurrents. Nous avons des perles. Erwin Fischer a repris pour que lques mois le contrôle de la situation. Ibid.lL Monde. Nous avons plus de 4500 pages ». et celles-ci disposent encore d 'une quantité inestimable de microfiches de journaux de Goebbels. la situation est claire. « Le point central de son argumentation est que j'aurais pactisé avec le fasciste Genoud. la publication scientifique en 1987 de l'édili on de l'In stitut d'histoire contemporaine en colJaboration avec les archives fédérales aurait été impossible. Tout cela manque à l'édition de Munich. le 10 septembre 1985. Fischer a conservé ses clefs d 'accès aux documents. par exemple 120 des 130 jours qui séparent la fin du mois de mai 1939 du début octobre.LB BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE et décisions judiciaires sur lesquelles François Genoud s'est appuyé. a été nécessaire pour éviter le paiement de dommages et intérêts et d'éventuelles revendications de cessation de publication ou de rétrocession de documents. Sans cette tran saction. qui ne s'étend guère sur les convictions politiques de François Genoud et la liberté d'exploitation commerciale qui lui est lai ssée. Des propos recueillis par Michel Klljmnn. 85. 23 janvier 1990. Bernd Sosemann l'accès aux journaux de Goebbels à Potsdam ou à Berlin. « M.» En réalité. couvrant la période de juillet 1941 à avril 1945. /bid. » Il s sont désormais disponibles à la consultation pour les beso ins sc ientifiques aux arch ives fédéral es et à l' institut munichois. sinon.» Cependant. Auparavant. Erwin Fischer. dont la vraie nature des contacts à l' Est n'a pas encore été révélée. qui . 362 83. concernant les exemplaires tapés à la machine. De plus. Ce lui -c i. 84 . parti- 82.. afin de donner jour à un nouveau projet d 'édition des journaux de Goebbels. Il est très compréhensible que ce reproche ait provoqué des doutes importants à Berlin-Est 84 . Manin Broszat. malgré ses déboires éditoriaux. commente le directeur de l'institut munichois. Erwin Fi scher a gardé la confiance des autorités de RDA. e ll es réagissent en bloquant la consultation de leurs documents aux chercheurs de Munich. En mai 1988. il a omis de se rense igner sur la situation rée lle des droÎls d 'auteur f. » Ce « blocus» intervient sans justi fication officielle.

Le Monde. qui précise que leur objectif est « d 'arriver à remplir toutes les lacunes de J'édition Frôlich e t de la compléter (en particulier l'année 1944) ». et le 14 mars par Erwin Fischer. Sôsemann et Fische r son t tout à fait détenninés à empêcher François Genoud de mettre son nez dans leur Goebbels. « les documents utilisés ne constituent pas des journaux ». et donne à Bernd Sôsemann non seulement accès aux journaux se {fOu· vant entre ses mains momentanément. c'est cocasse. Erwin Fische r se joint à la reconstitution de l'histoire de la transmission des documents. Selon eux. déclare-t-i l au journal Le Monde 89.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE cipe intensivement à la recherche d'autres documents. qu'il a rencontrés à plusieurs re prises. « Pour notre collaboration. au sens où l'ente nd la jurisprudence allemande du droit d'auteur. » Sôsemann et Fischer s'engagent tous deux à faire face aux problèmes. en possession de rauteur. Parmi les conditions posées. indique l'accord. il écrira le récit de sa recherche des journaux de Goebbels couronnée de succès 86. Accord signé le 13 mars 1989 par Bernd S6semann. 87. «A ttendons. compte rendu de la rencontre avec le Dr Bruhns te 10 mars 1989. annonce d 'emblée qu'eUe refusera toute réclamation de droits d 'auteur les concernant. en particulier les formalit és de fronti ère . Les exemplaires publiés par l' lnstitut d'histoire de Munich. et notamment depuis la désignation de Goebbel s comme ministre de l'Éducation et de la Propagande du Reic h. constü uent un cas un peu particu· 86. sous l'égide d 'Elke Frolich . Des juristes s' y empl oient à la de mande de Sôsemann . j'interviendra i. « L'idée Fondamentale. de la transcription. dans un «cadre un. e t notamment le professeur Wilhelm Nordemann. Au nom de l' Université libre. le moment venu ». estiment les juristes. teUes qu'elles apparaissent dans un compte rendu des rencontres de Sôsemann avec le Dr Bruhns et le Pr Canis. écrit Sôsemann . historiens et archivistes. commercialisation e t exploitation politique 87 ». Jes participants s'engagent à «éviter à tout prix un désastre comme celui de l'éd ition FrOlkh . Or Ge noud s'y prépare. Sôsemann défi nit clairement les contours du projet : la publication sera « scientifique » . en possession de l'auteur. La RDA.i versitaire 88 ». 89.pri se d ' influence de Genoud. Note de l3emd Stlsemann. n fixe les détails du travail des sources. 364 365 . mais aussi à ceux dont il disposera é ventuellement plus tard ». 88. il n'excl ut pas d'y associer l'Académie des sciences de RDA. La RDA consent à faciliter les conditions des travaux à Be rlin et Potsdam. Cette qualité d'ayant droit rend la RDA pleinement propriétaire des documents qu 'el le détient. Lettre de Bemd Sôsemann 1\ Erwin Fischer du 12 mars 1989. D'autre part. A quelques mois de la chute du mur. Car c'est l'administration centrale des archives de RDA qui donne son fe u vert au projet Sôsemann·Fischer. 23 janvier 1990. en possession de l'auteur.. Ces docume nts doivent donc être considérés comme « des procès-verbaux de son information professionnelle quotidienne » . S' iJle fa ut . Dans un courrier à Fischer. Elle explique ainsi qu'un jugement du tribunal constitutionnel ouest· allemand a reconnu que la République fédérale comme la Ré publjque démocra· tique sont toutes de ux deve nues des ayants dro it d u régim e défunt. qui pou rrait porter des «intentions politiques ». qui va fournir officielJementles documents. est que ce projet ne fournisse pas d'avantages à Genoud e t ses hé ritiers » . stipulent les contractants. Les détai ls pratiques sont déjà fixés. du commentaire et le projet de texte. il est convenu que la d irecti on scientifique du projet dépend de Bernd Sôsemann. de l'édition . Le projet berlinois est J'occasion d'une ré nexion poussée sur la question des droits d'auteur revendiqués par Ge noud.. « au cas oil l'achèvement du projet devait être en danger ». de Berlin. Bemd Sôsemann a lui·même négoc ié un accord en bonne e t due forme avec ses collègues de RDA. et qu'il exclue toute utilisation commerciale.

«En moins de douze heures. l' objectif d ' Irving est de faire un scoop. qu i pourraient résulter des journaux. et son directeur des archives. docteur Eike Frôlich . américains et britanniques. eUes exigent 10 % des recettes. dont les archives s'ouvrent bientôt aux chercheurs occidentaux. Panni eux. Les archives russes ont conservé l'intégralité des journaux de Goebbels couvrant la période 194 1. le 90. Et qu 'elle avait trouvé les 1600 microfiches sur plaques de verre. refusent de financer Frôlich. Elle m 'a alors demandé si j'acceptais de trouver des fonds pour acheter les microfiches 91. Le 5 juillet 1992. a accepté. » Selon Irving . poursuit Irving . raconte David Irving.une excellente am ie à moi depuis vingtcinq ans et une chercheuse émérite -. » David Irving peut se rendre à Moscou dès le mois de juin 1992. et que cette cession exclut a priori toute revendication d 'un tiers. 366 91. le directeur de cet institut. selon les juristes. Andrew Neil. L·nu teur les rencontre à l'Université libre. Les droits de possession d'un tiers n'ex istent pas ». D'autant plus qu'aprèsguerre la République de Bavière s'est rendue par jugement propriétaire de la maison d 'édit. 92. puisque. proclame le contrat. Le projet de contrat de cession des journaux par les autorités est-allemandes ne laisse pas l'ombre d 'une chance aux revendications de Genoud : « Les archi ves déclarent être propriétaires de l'original des journaux. comme avec les Allemands concernés [l 'Institut d 'histoire contemporaine] qui veulent récupérer mes archives. à la recherche du journal de Goebbel s. se sont rendus à Moscou pour négocier un arrangement à l'amiable avec les Russes. jusqu'à Moscou. selon les sources. Ibid. et toujours bien décidés à en découdre avec . Sosemann et Fischer ne réalisent pas immédiatement que leur projet va finir en miertes avec les pans du mur de Berlin. car. » Curieusement. le docteur Werner Rôder. le professeur Moller. selon eux. Ils ne l'ont cependant pas signé avant deux ou tro is semaines. qui rapporte. «cela sentait la corruption ». «J'aj appris par un infonnateur. Mais les changements institutionnels étant plus progressifs qu'on ne l'aurait imaginé. avait été. qui s'engage à « tenir les archives à l'écart des réclamations des tiers ». 23 juillet 1992. Joseph Goebbels aurait vendu ses jou rnaux aux édi tions Eher. Elle me l'a confinné.1945. au cours desquelles j'ai vu tout ce que je voulais et j'ai pu copier plusieurs centaines des plus importantes pages 92. son rédacteur en chef. transférables annuellement. Les bouleversements vont se poursuivre plus à l'est. le 18 septembre 1990. Les archives est-allemandes affirment ne pas posséder les droits usufructuaires des journaux. ils restent confiants. qu'un membre de J'institut d'hi stoire contemporaine à Munich. 1'écrivain négationniste David lIving. soit près de 80000 pages manuscrites encore inédites. Une copie des journaux est offici ellement vendue à Sosemann . ' Institut d 'histoire de Munich et François Genoud 90. à Moscou. Vladimir Tarasov. Le responsable du Sunday Times se rend aussi sur place pour négocier avec le chef du département international des archives du gouvernement russe. Entret ien accordé à I"hebdomadai re d' ex trême droite M inUit! . cette publication est une histoire de gros sous. Durant les négocialions. de 75000 à 100000 livres sterling Les étonnantes découve rtes ne se font pas attendre. 367 . ses éditeurs.LE BANQUIER NOIR LA GUERRE CONTINUE lier. Financièrement. L'effondrement de la RDA va en décider autrement. En septembre 1990. il publie dans le Sunday Times les derniers extraits qu'il vient de ramener de Moscou. Mais le Sunday Times est moins frileux.ion. ajoutant que l' Institut refu sait de financer un nouveau voyage à Moscou pour obtenir l'accès à ces documents essentiels.« TI a été difficile d'arriver à un accord avec les Russes. Comme lors des précédentes exhumations d'écri ts de chefs nazis (y compris les faux). pour des raisons d' « éth ique ».

Irving et Genoud font de l' argent. le quartier résidentiel de Pully. 4 juillet 1992. « Je n'avais pas les moyens de poursuivre vraiment la procédure. Ainsi. La Trihun/! d'Aflrma8ne. moyennant le versement de 17 360 livres . concurrent direct du SUIlday Tim es. 94.» Le Suisse reste donc le gardien. et je n'ai pas donné mon autorisation ». et des millions de gens souffrent""». et l'autre avec un zélateur actif du nazisme. « U est absolument révoltant que des journaux s'abouchent ainsi. a au ssitôt pris contact avec François Genoud. Genoud veut frapper plus fort. qui reconnaissent qu'elles n'ont pas surveillé d 'assez près la consultation d'Irving 94 . qui révèle que la source du DaUy Mail n'est autre que François Genoud . C'est l' un des grou pes financi ers les plus puissants. explique-t-iJ. Fidèle à sa réputation. ou 1 million de francs selon The Independenl. pour contester la publication du Sunday Times: «C'est moi qui détiens les droits sur tous les écrit s de Goebbels. Au passage. The Observer. il a fait passer aussi des plaques à l'étranger 9:S. 14 Juillet 1992. 368 Le 7 octobre 1993. GUERRE CQNllNUE à Irving . Erwin Fischer quittera la scène éditoriale après sa mise en cause pour ses activités d 'espionnage. Ses adversaires disparaissent ou démissionnent avant lui. Une charge a été placée dans l'escalier d ' un immeuble de 99. 100. 96. Le piratage est vite dénoncé par les autorités russes . Comme l'indique le correspondant du Figaro à Londres. et après avoir perdu toute chance d'obtenir encore des documents originaux du côté russe. 31 juillet 1992. et ils ont interrompu la publication 100. contrairement aux instructions des archives. à l'est de Lausanne. C'est une conjuration écœurante. et dans les colonnes du journal La Suisse. 23 septembre 199. Le Monde. Ils avaient eux aussi été trompés par Irving. 95. J 'ai donc fait un compromis avec eux. « la direction du Mail est restée très discrète sur l'origine de sa découvel1e. Elle s'est con tentée de faire allusion à l'entremi se d'un "homme d'affaires suisse"98 ». The Indrprndent. qui s'est montré « intéressé ». quasi irréductible. déclare un porte-paro le du «Board of deputies of British jews» 99.so it de 750000 à 1 million de francs 91. Soit 7. 98. Chiffre donné ~r The Observcr. 369 .soit 173000 francs 97. 11 juillet 1992. et qu'ensuite.LE BANQUIER NOIR LA. selon ses informations. Des personnalités s'indignent. 12 juillet 1992. les journaux vendent davantage d'exemplaires. qui accuse son ancien ami Irving de «chercher à faire du fric 96 ». Der Spiegel est loué pou r son attitude «correcte ». l'Institut d'hi stoire contemporaine de Munich s'y trouve mêlé. Le Figaro. de l'œuvre de Goebbels. François Genoud transige final ement avec le SUllday Tim es. U met à la di sposition du DaiJy Mail . Encore une fois. Le magazine allemand . il aurai t été « membre honoraire de la S5 ». 93. ceux qui n'ont pas été touchés par quelque historien révisionniste que ce soit ». Werner Rôder de l' institut munichois confinne que David Irving a d 'abord copié un grand nombre de plaques. Entretien avec rauLeur. des extraits significatifs des journaux.5. une aulfC voix s'élève depuis Lausanne. Qu'il parvienne à faire fléchir le SUfiday Times après avoir tenu tête à l'État ouest-allemand n'a rien d'étonnant. 97. Les Anglais voient des citations de Goebbels tapisser les panneaux publicitaires de leur capi tale. déclare François Genoud. aussi soudaine que commercialement oppol1une. perçoit l'écho d' une explosion sourde. dont on apprend au passage que.50000 francs selon Irving. Le Daily Mail annonce qu'il publie « les vrais carnets de Goebbels. Presque aussitôt. Ibid. l'un avec un négateur de l' Holocauste. de faible amplitude. Cet anonymat est rapide- ment levé par un autre journal londonien.

en est extrait par les policiers de la Direction de la surveillance du territoire (OS1). TI n'y a pas de guerre sans victimes. Il serait parti vers Aden (Sud-Yémen). et présenté dès le lendemain au juge d'instruction Jean-Louis Bruguière qui le met en examen dans l'affaire de l'attentat de la rue Marbeuf. avant de le localiser formellement à Khartoum. d'où il aurait été successivement refoulé. ~ Attentat contre François Genoud. Carlos est conduit à la mai son d'arrêt de la Santé. étai. alias Carlos. L'explosion s'est produite devant la porte de son appartement lm. il aurait alors rejoint l'Irak. à Damas (Syrie). Cel attentat laisse perplexes les serv ices de police lausannois el la poüce fédérale. largement repris par Le Monde t. La faiblesse de la charge explosive donne à penser aux enquêteurs qu ' « il s 'agissait plus d'un avertissement. ancien banquier suisse d 'extrême droite •. qui restera sans suite. .LE BANQUIER NO IR trois étages. 18 aoQt 1994. n'a fait que des dégâts matériels. en 1982. entretien réalisé par Jean Luqul! : voir aussi Le Monde. Epilogue Le 15 aoOt 1994. qui exprime son « admiration» pour Je Vénézuélien dans le journal 24 heures de Lausanne. une seule. dit-il. qu 'autre chose ». Selon cenaines sources. situé au dernier étage. un avion en provenance de Khartoum (Soudan) atterri t à l'aéroport militaire de ViJ lacoublay.! visé. el que les services iraniens. et surtout d'avoir la chance de rencontrer des autorités locales sensibles à leurs arguments. s'élève pour protester contre l' arrestation et l'expulsion de Carlos. comme les contre-services mis en place chez les réseaux d'exilés. sont très actifs en Suisse. C'est bien gentil de parler de Carlos comme d'un cri1. La bombe. puis Tripoli (Libye). Celle de François Genoud . Certains observateurs font remarquer que François Genoud revenait d' iran. une voix. Les services français ont pisté le Vénézuélien durant plusieurs années. Il leur a été livré par les autorités soudanaises. Le domicile de François Genoud. ou d'un début de chantage. 24 heures . 23 aoOt 1994. 7 OClobre 1993. Carlos aurait habité jusqu'en décembre 199 1 une villa du quartier Mazzeh. llitch Ramirez Sanchez. François Genoud reste silencieux. de fabri cation artisanale. Une piste panni vingt autres. « C'est la chute d'un héros qui consacra sa vie au combat de la Palestine arabe. entouré d 'allées arborées et de viUas silencieuses. lOI. avant de se rendre au Soudan. Dès le t 8 aoOt. AFP-Lausanne. 37 1 .

Je l'admire pour cela 4. Carlos prisonnier. ou plus simplement concl ure que J'antisémitisme a durablement traversé ces grands clivages? En tout cas. L'arrestation de Carlos est l'occas ion pour Genoud d'une digression sur la « trahison de ces dirigeants arabes.L'Hebdo. dit-il. » La dénonciation de la trahison est un thème récurrent chez François Genoud.c'est le cas de quelques dirigeants israéliens ... malgré tous ses attentats et ses meurtres. En 1982. Souvenez-vous de la prise d 'otages des ministres de l'OPEP. il reconnait pour la première fois qu'il a rencontré Carlos «à plusieurs reprises» au début des années soixantedix. . les haines semblent plus tenaces que les utopies . affirme François Genoud. an. selon Le Monde. et même s i sa pensée politique n'est guère élaborée. La palme rev ient au Soudan qui a bafoué ouvertement les lois de l'hospitalité. Elle pourrait d 'ailleurs ouvrir certaines interrogations sur les liens que François Genoud a pu entretenir à l' Est. note à présent François Genoud. libyens. il n'a eu aucun contact. Entretien avec l'auteur. a quelque chose de dérisoire et de 1T0ublant. 2. . C'est même « un homme du passé ». 3. septembre 1994. ». Lors de cet entretien. C'est un homme d'action courageux dom les conv ictions profondes ne sont pas à remettre en questi on. mais il s'agit bien d'une guerre mondiale contre le s ionisme. 11 s'est lancé corps et âme dans le combat palestinien et a risqué sa vic à de nombreuses reprises. « Gorbatchev est le plus grand lTaÎtre. Officiellement. 372 373 . Car c'est bien l'unique protestation qui se fait entendre à l' heure où la France et les pays occidentaux se félicitent de la « prise» de la DST. » Cene allusion à la « trahison » de Gorbatchev est évidemment surprenante venant d ' un ancien nazi. Genoud reste capable de propos très guerriers. On se rappelle auss i que Genoud a défendu l' idée d ' une reconnaissance de la République démo- . 17 août 1994.LE BANQUIER NOIR ~PILOGUE minel ou d'un terroriste. sans oublier Carlos lui-même. Un ancien chef de réseau à la dérive.qui a vu toutes sortes de transfuges et de passerelles enlTe les camps -. 11 rend hommage à ses adversaires quand ils sont fi dèles . Comme si le monde se partageait entre les fidèles et les traîtres. Le Monde. et que l'homme avai t suivi la même filiè re déclinante que bien d'autres vedettes du terrorisme avant lui: fils de famille aux convictions dévoyées converti en «combattant ». 19 m:afS 1982. ci t~ . 24 heures. 6. Je revendique le droit de se battre contre l'ennemi et de le tuer 2. Ça me dépasse. nazi de la première heure. n n 'a jamais eu peur de jouer sa peau pour une cause qui n' était pas la sienne. La prise de position en sa faveur d ' un banquier. voire en père de fam ille ventripotent ou en client des palaces . Carlos se réclame toujours d'un marxisme pur et dur. une obsession même. mtematlonaux. lois autrefois sacrées pour les musulmans en général et pour les Arabes en particulier. Curieusement. C'est à celu i qui trahira le plus vite. Je le juge par rapport à ses obligations 6. Cet homme émit à la tête d ' un empire. .. Ibid. Genoud ava it répondu: « Je n'ai rien à penser de lui .. « d 'abord parce que ses derniers méfai ts connus datent de 1983.5.. Do it-on en tirer de nouvelles leçons sur la mort des idéologies du xxe siècle . l'ancien président de l'Union soviétique. \ . notamment dans la mouvance palestinienne radica le. n'est plus grand-chose. Mais force est de constater qu'au sein de ses réseaux figurent des hommes qui ont vraisemblablement agi sous le contrôle des serv ices spéciaux de l' Est. mais il les dénonce avec vigueur quand ils trah issent. Je ne le connais pas).» Malgré ses soixante-dix-hult ans. 4. c'est le cas de Mikhaïl Gorbatchev. enfin en homme d 'affaires et trafiquant d'armes. qui ont vendu Carlos ». Carlos était jeune. interrogé sur Carlos par L' Hebdo de Lausanne. syriens. » Certes. » «Quand nos routes se sont croisées. et il a tout mis par terre.. puis en mercenaire. « On assiste à un concours dans la région. Malgré tout.

grand reponer. Pnscal Auchlin. Marc Knobel. des Archives fédérales suisses.is intervenue en faveur de Genoud. Mais je pouvais le faire librement. reconnaît-il. de toutes idéologies. S'il est encore des points d'interrogation. Roger de Diesbach. En Allemagne fédérale. appUquant ses principes guerriers à la finan ce ou aux querelles de droits d'auteur. U a pourtant vraisemblablement bénéficié de protections importantes. En Suisse aussi. de l'Union internationale de résistance et de la déponation (lURD). ils concernent maintenant ses nombreux alliés. Je remercie également l' amiral Pierre Lacoste. et ont précieusement orienté mes recherches: Pierre Vidal-Naquet. Charles-Henri Favrod. où il n'a cessé d 'agir de concert avec le mi1ieu du renseignement. Lotfala Solaiman. en particulier Mohammed Harbi et Ramdane Redjnla. a bien voulu m'ouvrir ses dossiers et me confier régulièrement son sentiment sur l'avancée de mes recherches. Sans doute des contacts secrets avec d' anciens responsables nazis récupérés par " Est ont-ils alors joué un rôle? On doit reconnaître aussi qu 'au moment des conflits de droits d 'auteur entourant la publication des journaux de Goebbels découverts à l'Est. je riens à remercier toul particulièrement Daniel Bourgeois. François Genoud est resté fidèle il son année. Concernant celte période. je remercie tout paniculièrement le professeur de criminologie Armand Mergen pour le document qu'il a bien voulu me communiquer par le canal de son ami Nick Weber. IS janvier 1990. le colonel Paul Paillole. on ne sait toujours pas au service de quel pays Genoud a travaillé après-guerre. au meReich et à Hitler.» Tel un vieux soldat . Shimon Samuels. Marc Perrenoud. Je remercie aussi Me Serge Klarsfeld pour le document qu' il m'a transmis. pour leurs réflexions. 7. chef des informations générales du Journal de Genève. Des témoins qui ont croisé le chemin de François Genoud ont accepté de s'exprimer. Philippe Schwed et Clnude Cantini.LE BANQUlER NOIR cratique allemande (RDA) par les pays arabes au moment où la Républ ique fédérale se rapprochait d ' Israël. l'ancien commissaire et historien Jacques Delarue. Pierre-André Taguieff. Sur la période de r occupalion. m'a lui tlussi apponé de précieux conseils. Ce n'était pas en contradiction avec mon pays. je remercie aussi Me Miloud Brahim i. chargé de recherche au Centre Simon-Wiesentbal. Jean-Pierre Lenoir. et de collaborer au livre. la RDA n'est jama. a été l'un des premiers à me raconter ses entretiens avec François Genoud et à me conduire vers d'imponants interlocuteurs. Uon Poliakov. le général Alain 375 . Georges Mauei. tout en souhaitant garder l'anonymat. où son ami Dickopf " a toujours appuyé. li a agi en conscience. Rien que de très nonnal. REMERCIEMENTS En Suisse. qui ont fait un bout de chemin à ses côtés. correspondant du journal Le Monde en Suisse. Entretien avec l'au teur. Des historiens de l' Algérie contemporaine m'ont également éclairé. Des historiens m'ont confié leur analyse. ainsi que Nelly Chadirat. Jusqu'à aujourd'hui . « Je me suis passionné pour mes engagements. Patrick Moreau. JeanClaude Blihrer. André Moyen. el Pierre de Villemarest. La Suisse n'a pas d'idéologie 7. Constantin Melnik. Roger Rey. qu'ils en soient remerciés.qu 'i l n'ajamais été -. et les encouragements qu'il m'a prodigués au début de ce travail.

Ralf Reuth pour son éclairage sur l'affaire des joumault de Goebbels. . . . . . . . . . . . . . . . . . 85 Paul Dickopf el 07. 2. pour ses recherches à Amsterdam.. .La clef d'or. .REMERCIEMENTS de Marolles. . .. . . pour son hospitalité. Marie·José Chombart de Lowe. .Affaires noires. . .Le colonel ne se tient pas tranquille. . . Les héritiers de Hitler. . . de la revue Middle East Defense News.. . . . Joseph Algazy. Des auteu rs m'ont apporté leu r concours confraternel: Pierre Assouline sur Jean Jardin. .A l'Enseigne du Cheval Ailé.La filière suisse: l'Arai· gnée. . . .Joseph Goebbels aurait souri. . . . .Un enfant du SD. ragent spécial.. . plaque tournante. Rémi Kauffer sur J'exil des collaborateurs dans le monde arabe. . . . Missions secrètes . . .. . .Une personne à l'esprit vif. . . .La secrète sympathie des juges.» . . . Je remercie aussi Vidar Jacobsen e t Sarah Halpérine du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). . . Table Al'am·propos . Julie Wevers. . .. .Le SO exfiltre les Suisses.La Croisière jaune. . . . .Le grand exilé du Caire. . .. . . .Agent triple ou agent allemand? .Chez le nain jaune.4C C'est au Maghreb que vous serez effi caces. . . . .Tanger.•• .Une traduction fl euve. J'ai enfin une pensée pour Pascal·Arthur Gonnet et Shalom Cohen qui s 'étaient intéressés à ce projet.La fuile de Ramcke.Un axe 4C nnzi-arabc ». . . .. . qui prépare lui aussi un ouvrage sur François Genoud. . . .••• . 4. Rena Spiegelstein e t Christjane Kreuter. . 129 . . .Un document qui devait être détruit. . .La procuration de Paula Hitler.. Carole AlJamand. pour leurs traductions. Les Suisses du Reich . .Goebbels dans les poubelles du ministère. La fuite par Zurich .Ser- vices rendus au SR de l'état-major. . ...Le teslamem de Hitler n'était qu'un blufr. . L'offensive des veuves.. . . . . pour ses investigations américaines. Martin Bormann vivant quelque pari. . 15 &hauffourées au Port Noir. Kenneth TImmennan.Dans un bunker à Bolzano. Jacques Lamballais. . .Le service Dieudonné. .. '.• .. . . .. .L' infirmière prétendait avoir les droits.. . . . . . . . . . .. 46 Le mufti rejoint Berlin. Janet Finkelstein. pour son aide elthaustive.Le trésor du mufti.. Me Matteo Inaudi. .. 3 . 9 1. .•••.

. L'héritage de Goebbels. . . . Épilogue . . . • . . 207 Le messager de De Gaulle. . Goebbels retrouvé à Moscou. 245 Au cimetière de Casablanca. . 9. . .Les réseau x de l'Orchestre vert. . . . . l'aéroport de la révolution. . 7.Les faux carnets de Hitler..Les comptes de Septembre noir. . . . . . . . . N" 12329 ( 11137) . .Le premier fedayin. . . . .Des négociatcurs suisses.L'Algérie perd son trésor.Contre un mur à Beyrouth. .Un troisième mort. . . . . . . .L'ami de tout le monde.Le pardon de Ben Bella. . .En route pour Le Caire.. . . . .La fau sse pisle des lueurs à l'Opel rouge. .Il ne faut pas qu ' Eichmann dise un mot! .. . .Alger gagne une banque.Le grisbi de B. . • . . . . . . . • • • • • . . _ . . . Frères ennemis au pouvoir. • . . .Huit nazis pour s 'évoder.Le compte Khider. 6. . .. . . .Les dividendcs de Goebbels. Fusillade sur les pistes. . .Élections à ImerpoJ.. • . . . .C'est du Hitler pur. .Des fonds pour les maquis. . .Pétrodinars à l'horizon.Les premières cibles de Carlos.&fiter Mein Kampf. . . . .Carlos était jeune.La scuola dei odio (l'école de la haine).La prison d 'Alger. .. 371 375 RtiAllSATIOI'I : PAO tiO ITlOI'IS DU SEUIL IMPRESSION : II USS1ÈRE CA MEDAN IMPRI ME RI ES A SA INT· AMANO (CHER) DÉPÔT L"OAL : f tivR IER 1996.Sur les traces du « prince rouge ».Plutôt l'Allemagne de l' Est . . • . .B. . . . .L'opération « tarte à la crème » . . 280 Dans un château en Angleterre. . . . . . .Premières fractures. • . .. . . comme Barbouze. . . • . . . .. . .Meurtre à !' hôtellnterconlÎnental. . . .Chez la fill e de Klaus Barbie. . L'encombrant trés or. . . . .5 . .Au procès Barbie. . Le camelot de Goebbels .L'oléoduc oranois. . • . . . La guerre continue . • . ... . . . . .. . . Remerciements . .. . • 168 Le nerf de la guerre.. . .Libération de la Palestine 007.. . .Zarka. . . . . . . . . . . • . B. . . • • . .. . 8.Porteurs de valise à la banque. La banque de J'ombre. .Visites au château de Thrquant. . . .. . . . .Le mariage de Carlos. . . . . . 319 Des annes pour la Force 17. . . .