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Anniversaire

gaz
50 ans
d’AACM

ma
Avant-première
Géraldine
Le magazine du jazz N° 677 - OCTOBRE 2015 Laurent
Pérez
Patitucci
Blade
L’envol d’un trio

L’éternel retour
Roxy The Movie, le dvd Compte-rendu exclusif
One Size Fits All L’album mythique passé au crible
Broadway The Hard Way La tournée ultime
DOM : 7 € - BEL/LUX : 7 € - D : 7.50 € - CH : 12 FS – CAN : 10.99 $CA – ESP/GR/ITA/PORT CONT : 7 € - MAR : 70 DH – TOM : 1790 XPF - TUN : 11 TND
édito Frédéric Goaty
directeur de la rédaction

Sommaire
De J à Z et de Z à A

ine
Anniversaire

gaz
50 ans
d’AACM

ma
Avant-première
Géraldine
Le magazine du jazz N° 677 - OCTOBRE 2015 Laurent
Pérez
Patitucci
Blade
L’envol d’un trio

« Jazz is not dead » par ci, « Jazz is not dead » par


là... Cette citation a si souvent été recyclée qu’on
finirait par en oublier son auteur, Frank Zappa, qui
l’avait improvisée un soir de décembre 1973 sur la
scène du Roxy, tandis que ses Mothers Of Inven- L’éternel retour
tion interprétaient l’un des morceaux de bravoure de Roxy The Movie, le dvd Compte-rendu exclusif
One Size Fits All L’album mythique passé au crible
Broadway The Hard Way La tournée ultime

leur répertoire, Be-Bop Tango (Of The Old Jazzmen’s


DOM : 7 € - BEL/LUX : 7 € - D : 7.50 € - CH : 12 FS – CAN : 10.99 $CA – ESP/GR/ITA/PORT CONT : 7 € - MAR : 70 DH – TOM : 1790 XPF - TUN : 11 TND

À la Une, Frank Zappa


Church). Si on prend soin de la reproduire dans photographié par
son intégralité – « Jazz is not dead, it just smells Norman Seeff.
funny » / « Le jazz n’est pas mort, il a juste une
drôle d’odeur » – et d’en gratter le vernis sar- N° 677
castique, elle dit non sans malice tout l’amour de Octobre 2015
Zappa pour une musique qui n’a pas toujours été
en odeur de sainteté dans son pays natal. Dans 06 Avant-première
Géraldine Laurent
Roxy The Movie, le film que tous ceux qui aiment
16 Dossier
le jazz et Frank Zappa attendaient (voir p. 18),
Frank Zappa
on voit notamment le regretté George Duke refuse de mourir !
chanter Inca Roads, tiré de “One Size Fits 34 Blindtest
All”, ce chef-d’œuvre (voir p. 28). Ses élans Sylvain Rifflet
lyriques et soulful sont aussitôt tempérés par 38 Passe à table
un mélange détonant de clusters et de fous Jean-Loup Longnon
rires à peine étouffés. Zappa prenait la musique 42 Le Jour J
au sérieux sans jamais se prendre au sérieux et, Le jour où
Kennedy gracia
SYLVAIN GRIPOIX

en 1973 comme en 1988, l’année de son ulitme


Hampton Hawes
tournée (voir p. 32), le jazz était comme un tableau
de maître auquel il était toujours prêt à ajouter des 45 Le Guide
Nouveautés,
moustaches. Le dossier et “La leçon” (voir p. 88) que rééditions,
nous lui consacrons en témoignent. téléchargement,
livres, dvd
72 La Discothèque Idéale
50 ans d’AACM
77 Le Live
Clubs, concerts, radio,
internet, télévision
87 La leçon
Frank Zappa,
Jazz Magazine Jazzman N° 677 – OCTOBRE 2015 © 2015 Jazz & Cie Ce numéro comporte :
“The Grand Wazoo”
est édité par Jazz & Cie, Prix de vente au numéro : 6 € Imprimé en France. - 2 encarts d’abonnement jetés
15, rue Duphot, 75001 Paris Jazz Magazine Jazzman est une Imprimeries Léonce Déprez, sur toute la diffusion kiosques
Principaux associés publication mensuelle Jazz & Cie Z. I. Le Moulin, 62620 RUITZ. France
Pierre Bastid, Laurent SAS au capital de 350 000 euros
Guillemain, Christophe Gouju, R. C. S. Paris B 802 298 588. - un CD « 1944 L’enfance du
Edouard Rencker, ML Sylvain Représentant légal : Edouard Rencker bebop » dans les exemplaires
Administration Dépôt légal : 4e trimestre 2015 destinés aux abonnés avec
Fatima Drut Jasic Diffusion MLP option CD.
Tél. : 01 56 88 17 62 N° de commission paritaire :
1116 K 90618
N° ISSN : 2425-7869
LE PROCHAIN
NUMÉRO DE
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LE 30
et commande d’anciens numéros OCTOBRE
TÉL. : 01 60 71 55 86 – Email : anne-claude.venet@lva.fr
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Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 3


signatures
la rédaction les pigistes les photographes

Ils en parlent
Directeur
de la publication
Edouard Rencker
Directeur
de la rédaction
Frédéric Goaty
(fredericgoaty
BOB MOUGUE

@jazzmagazine.com)

XDR
Rédacteur
en chef Jean-Pierre Guy
Franck Bergerot
(franckbergerot Vidal Darol
@jazzmagazine.com)
Pigiste Pigiste
Directrice
artistique J’avais pour habitude, chaque été dans mes Bourges, Grenoble, Montpellier, Strasbourg,
Claude Gentiletti montagnes de Barcelonnette, d’apprécier Paris. L’euphorie était à son comble en 1988.
les good vibes d’un épatant vibraphoniste Sur la route depuis le mois de février, Zappa
Directeur
de la publicité marseillais nommé Jean-Pierre Lindenmeyer. stationnait en France avec son big band. Il était
François Lacharme Son inaltérable admiration pour Milt Jackson, évident que le Zénith de la Porte de Pantin
(01 56 88 16 69, dont il avait acquis au fil des ans l’impeccable ne pouvait recevoir de public plus hilare. Le
francois.lacharme feeling, procurait aux mélomanes de passage vendredi 20 mai était un jour de fête et personne
@jazzman.fr) un plaisir rare et partagé. Jean-Pierre s’en est ne l’aurait assombri en disant jamais plus.
Responsable allé retrouver son mentor pour de belles jams C’était sa dernière tournée et une apothéose. Un
diffusion kiosques éternelles et célestes. Il aurait sans doute aimé programme musical décloisonné, doublé d’une
Maureen Richy-Dureteste les mots de David Patrois, et les passionnantes campagne très venimeuse contre les escrocs de
(01 60 71 55 12, vibrations de son nouvel album, que nous la foi. Et l’occasion de raconter un moment fort
maureen.boisguerin@lva.fr)
allons découvrir dans ces pages. dans la vie du Père de l’Invention.
Best man
Philippe Carles
Pervulgateur
inamovible
Frank Ténot
Chairman
emeritus
Daniel Filipacchi
JEAN-BAPTISTE MILLOT

Ils ont contribué


à ce numéro
X/DR

Jacques Aboucaya,
Pascal Anquetil, Pascal Philippe
Philippe Bas-Rabérin, Anquetil Vincent
Bertrand Bouard,
Pierre de Chocqueuse, Pigiste Pigiste
Vincent Cotro, Guy
Darol, Sylvain Gripoix, C’est aux côtés de Claude Carrière et Mon intérêt pour l’art vocal ne date pas d’hier.
Lionel Eskenazi, Philippe Carles que j’eus en juin 2005 sur En 1991, j’avais même eu le privilège de
Rémi Fadièze, Julien les quais du port de Calvi, lors de bœufs travailler en studio avec Mimi Perrin qui, 30 ans
Ferté, Ludovic Florin,
Pierrejean Gaucher, nocturnes, “la” révélation de Géraldine après ses fameux Double Six, avait accepté
Jonathan Glusman, Laurent. Depuis, je n’ai cessé de la suivre de superviser les séances d’enregistrement
Antoine Hervé, Paul et d’apprécier son parcours. Aujourd’hui du groupe Vox Office que je produisais.
Jaillet, Jean-François en pleine maturité, la saxophoniste, très Alors, comment ne pas parler de celle qui est
Labérine, Jean-Louis
Lemarchand, Félix ou trop exigeante envers elle-même et sa aujourd’hui l’une des meilleures représentantes
Marciano, François musique, n’a toujours pas confiance en du jazz vocal dans l’Hexagone ? Virginie
Marinot, Philippe elle. Pour avoir eu la chance d’assister Teychené, artiste atypique à plus d’un titre,
Méziat, Jean-Baptiste à la séance d’enregistrement de son nous confie comment elle en est venue à
Millot, Stéphane
Ollivier, Giuseppe Pino, nouvel album, je suis heureux de pouvoir chanter en français dans son nouvel album.
Éric Quenot, Thierry témoigner dans les colonnes de Jazzmag
Quénum, Christian de sa magnifique réussite.
Rose, Pascal Rozat,
Joseph Sartori, Pascal
Ségala, Norman Seeff,
François-René Simon,
Alfred Sordoillet, Katia
La rédaction n’est pas responsable des textes, illustrations, photos et dessins publiés qui engagent la seule responsabilité de leurs auteurs. Les documents reçus
Touré, Philippe Vincent, ne sont pas rendus et leur envoi implique l’accord de l’auteur pour leur libre publication. Les prix peuvent être soumis à de légères variations. Les indications
Jean-Pierre Vidal. de marque et les adresses qui figurent dans les pages rédactionnelles de ce numéro sont données à titre d’information. La reproduction des textes, photographies
et dessins publiés est interdite. Ils sont la propriété exclusive de Jazz Magazine qui se réserve tous droits de reproduction et de traduction dans le monde entier.

4 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


CREATIVITE SANS LIMITE

Unis à la ville comme à la scène, les deux artistes gravent


un album captivant de compositions et de reprises d’une
grande émotion et expressivité.

cæcilie norby / chant, percussions


lars danielsson / contrebasse, violoncelle, guitare

ACT9732 cd / download

UALITÉS
EN CONCERT
EXCEPTIONNEL :

VINCENT PEIRANI
« LIVING BEING 5tet »
LE 6 OCTOBRE
À LA CIGALE (75)
Iiro Rantala rend hommage en Entouré pour la première fois Vincent Peirani / accordéon
solo à l’un de ses héros, qui d’un superbe orchestre à cor- Emile Parisien / saxophone
fêterait cette année ses 75 ans : des, Philip Catherine a enregis- Tony Paeleman / fender rhodes
John Lennon (1940-1980). tré en concert une sélection de Julien Herné / basse electrique
ses propres titres. Yoann Serra / batterie
ACT9597 cd / lp / download ACT9594 cd / download ACT9584 cd / download

facebook.com/actmusic | www.actmusic.com
avant-première
texte Pascal Anquetil photos Sylvain Gripoix

Géraldine L’une des


plus brillantes
altistes de sa
génération vient
d’enregistrer son
nouveau cd sous
la houlette de
Laurent de Wilde.
Jazz Magazine était
aux séances, qui ont eu
lieu dans les légendaires

M
Studios Vogue.
« Mais comment fais-tu pour être aussi monstrueuse à
11 heures du matin ?, s’interroge Laurent de Wilde après
la première prise d’Another Dance, valse voluptueuse
sur laquelle Géraldine enroule avec grâce des volutes de
notes fraîches et fragiles. La seule chose que je pourrais
te suggérer, c’est de prendre ton temps. Ne te laisse
pas enfermer par les formes. Peut-être faudrait-il jouer
moins inside et aller gratter ce qui est dehors… » Nous
sommes par une froide matinée de début mars au fin
fond d’une impasse de Villetaneuse, à Midi Live, légen-
daires studios des disques Vogue dans les années 1970.
Assisté de l’ingénieur du son Dominique “Dume” Pontet,

6 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


‘‘
Le jour où
j’ai serré la main
de Sonny Rollins
lors du festival
de jazz de Monte-
Carlo reste un

Laurent
grand moment de
ma vie. Une photo
en témoigne.”

Laurent de Wilde dirige avec calme et sérénité la séance repères parfaitement vers quoi je veux aller. » À la batterie, le jeune
du nouvel album de Géraldine Laurent, qu’il a décidé de et très doué Donald Kontomanou, tout sourire derrière ses
produire sur son label, Gazebo. 1975 Naissance, le fûts et ses cymbales, contraste avec Yoni qui porte dès
La saxophoniste n’aime toujours pas l’épreuve du studio. 18 janvier, à Niort. qu’il joue le masque sévère de la concentration. « La pre-
«  C’est toujours une expérience stressante pour moi. 1988 Commence mière fois que j’ai joué avec lui, dans un troquet parisien il
J’essaie néanmoins de rester concentrée, et d’imaginer le saxophone au y a deux ans, j’ai tout de suite aimé son jeu ouvert, sûr et
conservatoire de
l’enregistrement comme un live. » La présence de Laurent swinguant. Il prend toujours de bonnes initiatives qui ont le
Niort et étudie le jazz
la rassure. « Je me souviens, à 17 ans, lui avoir serré la aux côtés de Robert don de fouetter mon inspiration », précise Géraldine Lau-
main après un concert, à Niort, lors d’un duo avec mon Boillot, puis du rent. Quant à Paul Lay, sa présence s’est imposée comme
professeur de l’époque, le pianiste hollandais Floris Nico pianiste Floris Nico une évidence : « Il connaît toute l’histoire du jazz, la tradition
Bunink. Jamais je n’aurais pu imaginer que je jouerais plus Bunink. des standards, les accords diminués et surtout altérés. Il y a
tard avec lui et qu’il produirait un jour mon disque. Je lui 1999 Emménage à toujours dans son jeu beaucoup de fraîcheur, de bon goût
suis très reconnaissante de m’avoir fait confiance, moi qui Paris et commence et de disponibilité. » Pour Laurent de Wilde, le jeune pianiste
ne suis jamais vraiment sûre de moi. Il est d’une intelligence à se produire est une vraie découverte. « Il déchire, il fait peur ! Avec, en
dans différentes
et d’une finesse redoutables. J’avais besoin de son point formations avec supplément, un ego bien placé. Quand il joue, c’est du miel
de vue généreux, pertinent et pragmatique pour mieux notamment Charles dans les oreilles. A chaque prise, des surprises ! Il a l’art
me positionner par rapport à mon nouveau répertoire. Ce Bellonzi, Christophe d’embarquer à chaque fois la musique vers de nouveaux
n’est qu’après-coup que j’ai réalisé que l’album avait une Joneau, Antoine horizons. » Quand on lui dit qu’affleure souvent dans son
Hervier.
sonorité mineure très dominante, avec un seul morceau jeu l’influence de Paul Bley, le pianiste béarnais répond sans
en majeur, At Work. Je suis partie de l’envie de faire un 2004 Trio Time Out, protester : « On me l’a déjà dit, mais il y a aussi un côté
disque de jazz résolument ternaire, avec un côté swing des avec Yoni Zenik et Jason Moran que j’assume complètement.»
Laurent Bataille.
années 1960. Cela pourra sonner quelque peu has been à
certaines oreilles, mais j’assume ce choix. L’important, c’est 2005 S’impose lors Le grand frisson
que ce soit dansant. Il faut que cela chante et que chaque de bœufs comme Pendant les trois jours de séance, Laurent de Wilde était
“la” révélation du
musicien trouve sa place au sein du quartette pour qu’on festival de jazz de visiblement aux anges. « J’ai eu l’impression de vivre une
puisse échanger et engager une vraie conversation. » Cela Calvi. session Blue Note avec Wayne Shorter. Je pense particuliè-
s’appelle l’art de l’interplay, cette manière complice de faire rement à “Etcetera”, avec Herbie Hancock. Au fil des prises,
circuler et conjuguer ensemble la musique en toute liberté l’esprit  de l’album a peu à peu émergé : un bel équilibre
et convivialité. Mission réussie ! entre un côté rêveur, presque désinvolte, et un côté incisif,
énergique. J’aime l’heureuse cohabitation entre ces deux
Une idée commune tendances. Le résultat me comble. C’est super lyrique, et
Pour l’accompagner dans sa nouvelle aventure, la saxo- pourtant la musique de Géraldine n’est pas facile à jouer,
phoniste a fait appel à trois musiciens totalement alignés avec plein de pièges techniques, décalages harmoniques
sur son idée du jazz. À la contrebasse, Yoni Zenik, pivot et complexités rythmiques. » Donald confirme : « Il y a dans
aussi inébranlable qu’indispensable. « Nous avons le même ses compositions beaucoup d’infos et de mesures compo-
âge et nous nous connaissons depuis dix-huit ans. Sa pré- sées. Pour ne pas me planter, je m’oblige à compter dans
sence au sein du Time Out Trio n’a fait que renforcer notre ma tête. Mais sa musique sonne si bien que j’ai toujours
complicité musicale. Il me connaît très bien et sait toujours grand plaisir et facilité à la jouer. » Géraldine : « À travers les

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 7


événement Géraldine Laurent

‘‘
Géraldine trouve dans des formes
parfois complexes la ligne simple
et claire d’un jazz ancien dont les règles
sont encore parlées aujourd’hui.”

repères phrasé très getzien, et c’est ça qui fait toute la beauté de


son son. » Si elle confesse son amour de Charlie Parker,
2006 1er prix du
concours Jazz à Eric Dolphy, Art Pepper et Paul Desmond, elle n’a jamais
Juan Révélations. caché sa fascination pour Sonny Rollins, sa vie, son œuvre,
son jeu orchestral, vertical et surpuissant, son swing impa-
2007 Premier album
du Time Out Trio rable, sa façon si personnelle de traiter le motif musical en
(Dreyfus Jazz). le déployant en ornementations savantes. « Le jour où je lui
ai serré la main lors du festival de jazz de Monte-Carlo reste
2008 Prix Django
Reinhardt de un grand moment de ma vie. Une photo en témoigne. »
l’Académie du jazz, C’est une évidence, il y a dans le jeu de Géraldine Laurent
rythmes composés et à partir d’un truc volontairement enregistre “Just quelque chose du phrasé rollinsien dans sa façon impé-
un peu bancal, j’ai eu envie de tester comment cela Jazz” avec Aldo tueuse de se placer dans le temps, en acrobate, avec un
Romano.
pouvait swinguer et danser. » Et Laurent d’ajouter : « Et swing ébahissant et une sûreté confondante. « J’ai tou-
de trouver dans des formes parfois complexes la ligne 2010 “Around Gigi” jours regretté de ne pas jouer de la batterie », avoue-t-elle.
simple et claire d’un jazz ancien dont les règles sont (Dreyfus Jazz). Quant à l’influence de Stan Getz, elle a été curieusement
encore parlées aujourd’hui. » CQFD ! 2011 Chevalier moins relevée. « Et pourtant je l’adore, surtout dans les
Toujours à l’aise sur les tempos enlevés et pêchus de Arts et Lettres. ballades, et quand il joue la bossa. Je l’ai beaucoup écouté,
comme At Work ou Room Number 3, la saxophoniste 2013  “Looking For et sans l’avoir spécialement travaillé, son “sound” est for-
aime aussi se balader... dans les ballades, jouer à Parker” (Bee Jazz) cément resté en moi. J’ai repiqué nombre de ses solos,
l’équilibriste sur le fil de l’émotion nue. A preuve, avec Manu Codja et comme ceux de Bill Evans, Miles Davis ou Ella Fitzgerald.
Goodbye Pork Pie Hat de Charles Mingus, mais aussi Christophe Marguet. Quand j’aime un morceau, je deviens très obsessionnelle.
N C Way, superbe mélodie de sa composition inspirée Je l’écoute sans arrêt. » L’empreinte getzienne, avec ce son
par Niort City, sa ville natale. Dès la première prise, très doré, moelleux, un peu mouillé, avec un léger souffle, tou-
“habitée”, son coruscant chorus fait passer le grand jours lustré d‘émotion vraie, est surtout manifeste dans sa
frisson dans la cabine. « J’aime les trains qui arrivent de version de Chora Coraçao, « sublime composition de Jobim
loin », commente, énigmatique, Laurent de Wilde. Un peu que je voulais jouer depuis longtemps. » Sur les neuf titres
plus tard, lors de sa réécoute, Géraldine demande que CD “At Work” (Gazebo de l’album, trois sont des reprises et six des compositions
l’on efface trois notes non intentionnelles, mal maîtrisées. / L’autre Distribution, de sa plume. On y trouve des morceaux à trois temps pour
« Mais c’est là que tu es carrément géniale, proteste sortie le 16/10) la simple raison que Géraldine adore la valse, lente comme
Laurent. Ces trois notes sont dans l’harmonie. Ce sont CONCERTS  Le 6 octobre Another Dance, ou plus rapide comme Room Number 3.
des instants de fragilité que tu crois de faiblesse mais qui à Paris avec le quartette « Il y a aussi dans mes compositions beaucoup de ritour-
se révèlent finalement les plus intéressants. » Visiblement du pianiste Samuel nelles », ces refrains obsédants, lancinants et circulaires que
Lercher (Sunside), le 7
peu convaincue, Géraldine accepte néanmoins sans l’on chantonne en boucle et qui ne vous lâchent plus. « Ces
sur TSF Jazz (en direct
broncher son point de vue. du studio de Laurent ritournelles n’ont pas pour seul but de favoriser la danse,
de Wilde), le 10 avec susciter la transe ou stimuler l’improvisation, elles agissent
Danse musique le trio d’Antoine Hervier aussi comme des réminiscences de l’enfance. » •
Pour Laurent de Wilde, il n’y a pas de doute, « Géraldine à La Rochelle (Jazz
entre les Deux Tours),
est LA saxophoniste de sa génération, la seule à jouer le 2 novembre à Paris
de l’alto comme si c’était un ténor, la seule altiste qui avec l’At Work Quartet
peut sonner comme Sonny Rollins, mais aussi avoir un (Duc des Lombards).

8 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


Natacha
MYRIAD ROAD
Atlas
SORTIE LE 23 OCTOBRE / 4758752
Natacha Atlas a été découverte par le grand public lors sa consécration
aux Victoires de la Musique en tant qu’interprète féminine en 2000.
Quinze ans plus tard elle croise la route du musicien, compositeur et
producteur Ibrahim Maalouf et signe un album de Jazz ou ses mélopées
orientales s’épanouissent sans retenue.
En concert le 14 octobre à Paris et le 24 novembre à Annecy

Lizz Wright
FREEDOM & SURRENDER
SORTIE LE 16 OCTOBRE / 7237220
La chanteuse a choisi de collaborer avec Larry Klein, le célèbre
producteur connu notamment pour son travail avec Joni Mitchell,
Madeleine Peyroux et Tracy Chapman. Ils se sont entourés de
musiciens de talent tels que le batteur Vinnie Colaiuta, le bassiste
Dan Lutz, le percussionniste Pete Korpela, les guitaristes Dean
Parks et Jesse Harris, ou encore les claviéristes Kenny Banks,
Pete Kuzma et Billy Childs.
En concert le 30 octobre au New Morning, Paris

Diana Krall
WALLFLOWER / THE COMPLETE SESSIONS
DÉJÀ DISPONIBLE / 4754195
L’album comprend quatre titres inédits dont une reprise de la mythique
chanson Heart of Gold du Canadien Neil Young, des duos avec Sarah
McLahlan sur If You Could Read My Mind de Gordon Lightfoot ainsi
qu’avec Vince Gill sur le grand classique de Fred Neil Everybody’s talkin.
En concert le 03 octobre à Lyon et le 14, 15 octobre à l’Olympia, Paris.

ÉGALEMENT DISPONIBLES

Kendrick Scott
Oracle
WE ARE THE DRUM
/ 4735153 Nat King Cole
HIS MUSICAL AUTOBIOGRAPHY
/ 3597767

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10 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


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Anniversaire
50 ans
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50 ans Géraldine
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à la loi informatique et libertés du 06/01/78, vous pouvez accéder aux informations vous concernant, les rectifier
(1)
Les CD Collection sont des compilations thématiques réalisées par la rédaction. (2) Tarif kiosque. et vous opposer à leur transmission éventuelle en nous écrivant.
dossier
Frank

refuse de
“The present day composer refuses to die”* : sommaire
Frank Zappa avait fait sienne cette citation 18 “Roxy The Movie”,
d’Edgard Varèse. Vingt-deux ans après tout sur le dvd

sa mort, il n’est toujours pas décidé à se faire 24 Le portfolio

oublier, et tandis que son fils Dweezil est 28 “One Size


Fits All”, un album

actuellement en tournée pour rejouer le sublime pour tous

32 1988, la dernière
“One Size Fits All”, Zappa Records et Eagle tournée du patron
par Guy Darol
Vision viennent d’annoncer la sortie imminente
de “Roxy The Movie”, cinq soirées légendaires
filmées dans le fameux club hollywoodien
en 1973. Quinze ans plus tard, le plus regretté
des moustachus partait pour une ultime
tournée européenne restée dans les mémoires.
Retour sur ces disques, ces vidéos et ces
NORMAN SEEFF

événements majeurs.
* “Le compositeur d’aujourd’hui refuse de mourir”

12
12 Jazz Magazine Numéro
Jazz Magazine Numéro 677
677 Octobre
Octobre 2015
2015
Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 13
dossier Frank Zappa

Roxy, le film
Bebop, tango
et pingouins
West Hollywood, décembre 1973 : Frank Zappa et ses
Mothers donnent au Roxy une série de concerts mémorables
rapidement immortalisés dans le fameux double album
“Roxy & Elsewhere”. Le film, “Roxy The Movie”, sort enfin
en DVD et en blu-ray. Un rêve de fan enfin réalisé et, pour
l’amateur de jazz, la meilleure porte d’entrée dans l’univers
zappaïen. On a tout vu : on vous dit tout.

14 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


E n ce matin
d’août, Penguin In Bondage, Be-Bop
Tango (Of The Old Jazzman’s Church),
Pygmy Twylyte et Cheepnis tournent
en boucle dans ma tête. Ces chan-
sons, je les connais par cœur depuis
des lustres, et si elles résonnent de
façon aussi insistante en moi, c’est
parce que je vais enfin les VOIR. Porte
fermée, lumière tamisée, ampli 5.1 al-
lumé : le responsable d’Eagle Vision,
le label qui travaille depuis plus de dix
ans en harmonie avec le Zappa Family
Trust, pointe la télécommande vers le
lecteur DVD. Emotion. Générique.
Un visage familier apparaît à l’écran.
« Ecrit, réalisé et dirigé par Frank
Zappa... Starring Frank Zappa & The
Mothers... » Voix off : « Nous faisons
un film ce soir, et on ne veut pas tout
foirer. En attendant que les caméras
soient installées, nous allons vous
jouer de la musique d’ambiance... »
Comme au début de chaque face
de “Roxy & Elsewhere”, le maître de
cérémonie, sobrement vêtu de jeans
et d’un t-shirt noir (dress code im-
posé à tous les autres membres du
groupe), use instantanément de son
magnétisme. Tous les regards sont
rivés sur lui. Ses intros parlées, qui
faisaient le sel de “Roxy & Elsewhere”,
ponctuent avec autant de bonheur
“Roxy The Movie”. Zappa a la malice
contagieuse, on subodore que dans
cette ambiance intimiste tout peut
rapidement tourner au happening.
Commentateur sardonique, bateleur
cool, rappeur avant l’heure, Zappa est
prêt à mener au(x) doigt(s) et à l’œil
sa joyeuse troupe de virtuoses, alias
The Mothers, et à diriger avec autant
d’autorité l’autre orchestre potentiel,
qui n’attend que ça : le public du Roxy,
aréopage bigarré de jeunes gens chic
et modernes venus pour écouter de
la bonne musique et, accessoirement,
s’amuser (5 $ l’entrée).
PHOTOS : ZAPPA RECORDS / EAGLE VISION

Une odeur agréable


En guise de « musique d’ambiance »,
Zappa et ses Mothers commencent
par jouer Cosmik Debris. Napoleon
Murphy Brock se chauffe les lèvres en
improvisant un solo de sax électrique,

Octobre 2015 Numéro


Octobre 2015 Numéro 677
677 Jazz
Jazz Magazine
Magazine 15
15
dossier Frank Zappa

Roxy musique
façon Eddie Harris. Son boss est assis, l’air
goguenard, qui grille sa première clope – avec
la musique, la cigarette et le café étaient les
drogues favorites de Zappa. (L’imperturbable
bassiste Tom Fowler, lui, fume son cigare...
Il n’y a pas que dans le double-
éteint.) Les caméras tournent, Zappa les
pointe du doigt, comme pour faire prendre live “Roxy & Elsewhere” que l’on
conscience au public que ce soir, c’est le soir. trouve des extraits des soirées
L’intro parlée de Penguin In Bondage est légendaires captées au fameux club
exactement la même que celle de “Roxy &
Elsewhere”. En revanche, la version qui suit
hollywoodien. Tour d’horizon.
figure dans “Roxy by Proxy” (lire l’encadré
ci-contre “Roxy musique”). Les Mothers en-
chaînent avec T’Mershi Duween, spectaculaire
interlude percussif, The Dog Breath Variations

Au menu
et Uncle Meat. Zappa se dirige vers la gauche
de la scène, empoigne une paire de baguettes
et s’offre un petit set aux côtés de la mer-
La set list des soirées veilleuse percussionniste Ruth Underwood.
du Roxy ressemblait Puis le tourbillonnant thème de RDNZL surgit. Début 1988, Frank Zappa commence à publier une
à un best of. La preuve. Zappa repart vers la gauche et tricote un bref impressionnante collection d’inédits live intitulée “You
Cosmik Debris
solo sur sa Gibson rouge et noire. Des petites Can’t Do That On Stage Anymore”. Dès le premier
Penguin In Bondage bouffées de free jazz drôlatique envahissent volume, il glisse deux extraits du show du 12 décembre
T’Mershi Duween l’atmosphère, l’odeur est très agréable, et
The Dog Breath Variations 1973 au Roxy : la satire anti-télévision I’m The Slime
Uncle Meat George Duke pioche de belles couleurs dans et l’ébouriffant instrumental Big Swifty, qui permet à
RDNZL ses synthétiseurs. George Duke de déployer tout en fluidité ses talents de
Inca Roads Aah, George Duke... Dans Inca Roads, il se
Echidna’s Arf (Of You) soliste. Vingt-sept ans après, on retrouve ces deux titres
Don’t You Ever Wash That révèle sous son meilleur jour, en jazzman dans “Roxy The Movie”.
Thing authentique au service d’une musique Nouvel extrait du 12 décembre dans le Volume 3.

‘‘
Cheepnis-Percussion
Cheepnis Avant de se lancer dans un blues sarcastique, Dickie’s
I’m The Slime Such An Asshole, sans doute pas la chanson favorite
Big Swifty
Be-Bop Tango (Of The Old de Richard Nixon (les Mothers la jouaient souvent
Jazzmen’s Church) à l’époque du Watergate), Zappa précise au public
Don’t Eat The Yellow Snow
surexcité qu’il faut « recharger les caméras »... A noter :
Father O’Blivion.

Bonus :
On subodore cette version de Dickie’s Such An Asshole figure dans
les bonus de “Roxy The Movie”.
Pygmy Twylyte
The Idiot Bastard Son
que dans Dans le Volume 4, Montana, l’un des bijoux d’“Over-Nite
Dickies’s Such An Asshole cette ambiance Sensation”, est curieusement couplée avec une autre,

intimiste tout enregistrée onze ans plus tard à l’Universal Theater


d’Hollywood ! Zappa était un imprévisible metteur
peut rapidement en son de ses archives...

tourner au En 2014, le site officiel zappa.com mettait en vente

happening.” l’inattendu “Roxy by Proxy”, soit plus de soixante-


quinze minutes inédites ! Treize titres qui, on ne le savait
pas encore officiellement mais on s’en doutait un peu,
constituaient déjà une partie de la bande-son de
“Roxy The Movie” : Inca Roads, T’Mershi Duween,
RDNZL, Cheepnis Percussion... Dans le livret, outre
les formidables liner notes signées Ruth Underwood
(vingt-quatre pages d’analyse et d’émotion partagée),
Gail Zappa précisait que “Roxy by Proxy” n’était
qu’un « apéritif », et que nous n’étions pas prêts
« de quitter le Roxy »... Promesse tenue ! • FG

A ÉCOUTER Zappa : “You Can’t Do That On Stage


Anymore Vol. 1”, “You Can’t Do That On Stage Anymore
Vol. 3” et “You Can’t Do That On Stage Anymore Vol. 4”
(Zappa Records / Universal).
Zappa / Mothers : “Roxy by Proxy” (Zappa Records /
George Duke en train de jouer Inca Roads Bruce Fowler, l’allumé de la basse et son cigare éteint zappa.com).

16 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


‘‘ Une orgie de
percussions,
un déferlement
de micro-
mélodies dont
seul Zappa
avait le secret.”

kaléidoscopique. Concentré, toujours sur le Mothers étant Ruth Underwood, l’arme fatale
qui-vive, prenant visiblement un plaisir fou de Zappa, la Mère Supérieure des percussions
à jouer. Tous les instruments sont rois chez plurielles, qui fait danser ses mailloches en
Zappa, mais ses claviers sont princiers. Et suivant à la note près – quel exploit ! – les
sa voix est d’or. Avec le tromboniste Bruce folles chorégraphies imaginées par son
Fowler, Duke est l’improvisateur le plus inspiré leader à moustaches. Plusieurs fois, elle est
des Mothers. Cette version d’Inca Roads, elle secondée par le batteur Ralph Humphrey qui,
aussi extraite de “Roxy by Proxy”, est très du coup, laisse les clés du tempo à Chester
différente de celle de “One Size Fits All” (jouer Thompson.
avec Zappa, c’était participer à un workshop
permanent). Ne manquez pas les regards Le bikini noir
et les sourires échangés par Duke et Ruth Echidna’s Arf (Of You), Don’t You Ever Wash Pamela Des Barres, une amie de la famille Zappa

Collée
Underwood : ils reflètent toute la complicité That Thing, Cheepnis-Percussion : c’est une
qui unissait les Mothers. fête, que dis-je, une orgie de percussions,

serrée
La Zappa Music, devenue au fil du temps un déferlement de micro-mélodies dont seul
un genre à part entière, est souvent d’une Zappa avait le secret. Le chant revient à
inextricable complexité. Elle pourrait pousser l’honneur avec le “cartoonesque” Cheepnis et
les musiciens à avoir le nez sur leurs partoches la satire anti-télé I’m The Slime. Puis George Pamela Des Barres,
et l’air crispé. Que nenni : ils ont, j’insiste, tous Duke fait à nouveau chanter ses synthés dans la plus fameuse groupie
le sourire, et frôlent même plus d’une fois Big Swifty. Le maquilleur revient sur scène des années 1970,
l’hilarité. La plus radieuse d’entre toutes les pour effectuer quelques retouches – le nez de était une proche de la
famille Zappa. Au Roxy,
ce sont les Mothers
qu’elle serrait de près...

Dans son autobiographie,


I’m With The Band,
Confessions Of A Groupie,
la ravissante Pamela Des
Barres évoque plus d’une
fois son admiration pour
Zappa, son affection
pour Gail, sa femme,
et ses enfants Moon et
Dweezil, qu’elle baby-sittait
régulièrement. Au Roxy, son
apparition dans les bonus
du DVD reflète toute sa
complicité avec les Mothers
et leur leader maximal. Ne
manquez pas ça ! • FG
Ralph Humphrey et Ruth Underwood en heures supplémentaires

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 17


dossier Frank Zappa

CHOC
magazine
Zappa, ce roc, ce pic, ce cap, cette péninsule, (ce mélange détonant de rock et de funk,
est trop luisant, ce qui ne l’empêche pas cette touche psychédélique), d’Herbie
d’improviser un solo électrisant à souhait, Hancock (via les claviers de George Duke),
avec cette façon bien à lui de s’affranchir des de Charles Mingus (citation de Trio Of Group
rigueurs mécaniques de son instrument. And Dancers), de Thelonious Monk (citation
Puis vient le clou du spectacle, Be-Bop Tango de Straight No Chaser), de Sly & The Family

Le dvd
(Of The Old Jazzmen’s Church). Avant de Stone (des hommes, une femme, des Blancs,
compter, il précise que c’est un morceau « très des Noirs...), de Don Ellis (les signatures
difficile à jouer ». Les premières minutes ne sont rythmiques complexes), de Spike Jones,
effectivement pas à la portée du commun des d’Edgard Varèse, de Colon Nancarrow, etc.
Bien avant l’invention de mortels. A coups de souffles croisés, Bruce etc. Dénuée de tout pathos, rejetant dans un
Fowler et Napoleon Murphy Brock se lancent grand éclat de rire tics lyriques et mysticisme
l’Internet et du téléphone
dans une bataille de chiffonniers, mais ils sont toc, libre comme l’ère (tout était possible dans
portable, la rumeur allait bientôt éclipsés par l’apparition de Brenda, les années 1970), la Zappa Music n’était rien
bon train, qui se faisait ravissante strip-teaseuse en bikini noir, et de d’autre que l’incarnation rieuse d’un drôle de
l’écho de la présence Carl Franzoni, figure légendaire de la freak genre au-delà des styles. Dansante, délirante,
scene de Los Angeles. Vous l’aurez compris : décapante, exigeante mais jamais clivante, elle
de caméras au Roxy. Zappa a ouvert les réjouissances de l’audience est la star de “Roxy The Movie”. Au détour
La rumeur avait raison, participation time et convié quelques ami(e)s d’une présentation, Zappa laisse échapper un
et la sortie de “Roxy à danser sur... les impros scattées de George rot. Burp ! Voilà ce qui arrive quand on veut
Duke. Non, le jazz n’était pas mort ce soir-là. digérer toutes les musiques à la fois. Qui pour
The Movie” est bien

‘‘
Avait-il une odeur bizarre ? Nous n’allons quand s’en plaindre ? • FRÉDÉRIC GOATY
l’événement attendu même pas tout vous raconter...
depuis des lustres.
Un grand éclat de rire
Flashback : Paris, Le Zénith, 5 juin Ainsi, durant ces fabuleuses soirées du Roxy
2006. Dweezil Zappa présente “Zappa
Plays Zappa” en compagnie d’anciens
enfin révélées dans leur douce folie sonore
et visuelle, Frank Zappa et ses Mothers ne
Non, le jazz
compagnons de route de son père, et réalisaient pas seulement un « rêve de Sun n’était pas
non des moindres – Terry Bozzio, Steve Ra », comme disait fort justement Philippe
Carles dans un compte rendu paru en 1968
mort ce soir-là.
Vai, Napoleon Murphy Brock. En première
partie, des images inédites tournées au dans Jazz Magazine, mais embra(s)saient Avait-il une
Roxy en décembre 1973 sont projetées bien d’autres univers. Ceux de Funkadelic odeur bizarre ?”
sur grand écran. L’hallucination collective
dure une trentaine de minutes, dont
YouTube va rapidement faire ses choux
gras. Le DVD de “Roxy The Movie”,
graal dont plus personne n’osait rêver,
frôle, bonus compris, les deux heures.
L’image, parfaitement restaurée, est nette,
contrastée, lumineuse et chaleureuse,
idéale pour le support du blu-ray (si vous
êtes équipé). Le son, savamment remixé,
fait pétiller les enceintes. La musique y
gagne encore plus de relief. Si vous avez
les moyens d’investir dans un système
“home cinéma”, c’est le moment ! A noter
aussi : la musique du film sort également
en CD. • FG

DVD/BLU-RAY “Roxy - The Movie” (Home Hooker Video


- Eagle Vision / Universal, Choc Jazz Magazine, sortie le À gauche, Chester Thompson, Mother ès-groove et futur membre de Weather Report. À droite, Brenda et un ami.
30/10). Avec Frank Zappa (guitare, chant, percussions,
danse), Ruth Underwood (percussions), Napoleon Murphy
Brock (saxophone ténor, flûte, kazoo, chant, danse), Tom
Fowler (basse électrique, cigare éteint), Bruce Fowler 5 INVITATIONS À GAGNER !
Pour l’avant-première de Roxy The Movie
(trombone, danse), George Duke (claviers, chant), Ralph
Humphrey, Chester Thompson (batterie, percussions). West
Hollywood, The Roxy Theatre, 8, 9 et 10 décembre 1973.
CD “Roxy - The Movie” (Zappa Records Eagle Vision /
Universal, Choc Jazz Magazine, sortie le 30/10).
Les 5 premiers lecteurs qui enverront un email en indiquant leur nom
et leur prénom à muziqmen@gmail.com gagneront une invitation
pour 2 personnes pour assister à la projection exceptionnelle de “Roxy
The Movie” le lundi 19 octobre à 18 heures à Paris. N’attendez pas !

18
18 Jazz Magazine Numéro
Jazz Magazine Numéro 677
677 Octobre
Octobre 2015
2015
nos artistes en concert

VINCENT GUILLAUME
PEIRANI PERRET
6 OCTOBRE 16 novembre
© S. Gripoix

mise en lumière et en espace


© E. Holba

Laurent Gachet

‘‘
Même si la vie n’a pas toujours
été rose, elle en faisait abstraction
et arrivait toujours à donner de la joie.”
SNARKY STACEY
PUPPY KENT
8 novembre 12 décembre
© B. Peverelli
© DR

CARMEN SOUZA KELLYLEE EVANS TEREZ MONTCALM LOCATIONS


New Morning Café de la Danse New Morning
POINTS DE
30 septembre 8 décembre 15 décembre
VENTE
HABITUELS
N°licence 2-1053740

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 19


dossier Frank Zappa Portfolio
Les deux grands photographes Norman Seeff
et Giuseppe Pino ont tous deux fait poser Frank
Zappa. L’un en 1976, l’autre en 1975. Best of.

NORMAN SEEFF
NORMAN SEEFF

En haut, Zappa et sa drogue (autorisée) favorite. En bas : en train de songer à une future musique de ballet ?
À droite, dans les rues de Milan, en train de se payer une bonne tranche en mimant l’une de ses plus célèbres chansons,
My Guitar Wants To Kill Your Mama. Ses chaussures ? Les mêmes que dans “Roxy The Movie” !

20 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


GIUSEPPE PINO

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 21


En haut, Zappa, à l’écart des modes et toujours dans le vent. À droite, moment d’émotion dans les rues de Milan.

22 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


‘‘
C’était génial
d’avoir un héros
de la contre-
culture qui
n’était pas
drogué. Frank
est mon Elvis.”
Matt Groening
(créateur des Simpsons)

NORMAN SEEFF

GIUSEPPE PINO

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 23


dossier Frank Zappa

One Size
Fits All
Taille
unique,
plaisirs
pluriels
Le 25 juin 1975, Frank Zappa
publie “One Size Fits All”.
Ses Mothers Of Invention
sont plus soudées que jamais
et renforcées par quelques
invités prestigieux. Joseph
Sartori a passé au crible
ce disque clé de l’univers
musical zappaïen,
alors en pleine expansion.

Mars 1976, Frank Zappa “live in Paris”.

24 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


E n 1973, Frank
Zappa lance DiscReet, un label cofondé
avec Herb Cohen, son compère chez Bizarre
Records et Straight Records. Il a notamment
pour but de produire des enregistrements
quadriphoniques, mais il coïncide surtout
avec un changement notable dans la musique
du compositeur, d’abord illustré par “Over-
Nite Sensation”, qui se poursuivra avec
“Apostrophe (’)” et “Roxy & Elsewhere” pour
atteindre son apogée en 1975 avec la parution
de “One Size Fits All”.
“Roxy & Elsewhere” réunissait une équipe
de musiciens exceptionnels qui, fatigue des
tournées aidant, sera réduite jusqu’à un noyau
dur que Zappa va mettre à contribution dès
1974. Les débuts sont difficiles, car Zappa ne
change rien à ses compositions ! Mais, très
vite, les musiciens trouvent leurs marques. En
témoignent “A Token Of His Extreme”, filmé
par KCET-TV (lire l’encadré “Vu à la télé”,
p. 31), et le concert du 22 septembre au
Kulttuuritalo d’Helsinki, immortalisé dans le
volume 2 de la série des “You Can’t Do That
On Stage Anymore”. De ces acmés, le maître
moustachu va utiliser divers éléments pour
assembler deux morceaux emblématiques
de “One Size Fits All”...

L’art du collage
La “continuité conceptuelle” et la
“xénochronie” sont deux termes importants
dans la façon dont Zappa conçoit sa musique.
Si la première définition parle d’elle-même
– des sujets musicaux ou textuels récurrents
sans cesse retravaillés –, la seconde mérite
une explication. Il s’agit de réunir au sein d’un
même morceau des éléments en provenance
de différents endroits et époques. Car Zappa
enregistre tous ses concerts et répétitions,
dans un souci d’exhaustivité historique, mais
surtout pour pouvoir effectuer ses collages,
afin de proposer à son public ce qui constitue
selon lui la meilleure version possible d’un
morceau.
Inca Roads, qui ouvre “One Size Fits All”, en est
une parfaite illustration. Ce qui était au départ
un instrumental jazz – la version originale de
1972 se trouve dans “The Lost Episodes” – a
finalement été doté de paroles loufoques (des
soucoupes volantes ont-elles vraiment atterri
dans les Andes ?) et complété par différentes
CHRISTIAN ROSE

parties d’une extraordinaire difficulté


technique. Tempo plus enlevé, unissons
diaboliques, festival de mesures composées

Octobre 2015 Numéro


Octobre 2015 Numéro 677
677 Jazz
Jazz Magazine
Magazine 25
25
dossier Frank Zappa
Inca Roads “One Size Fits All” fait entendre une des
Can’t Afford No Shoes dernières incarnations des Mothers Of Invention,
Sofa N° 1 peut-être la plus funky de l’histoire zappaïenne,
Po-Jama People avec Napoleon Murphy Brock (ts, fl, voc), Ruth
Florentine Pogen Underwood (perc), George Duke (cla, voc),
(3/4, 5/4, 5/8, 7/4, 11/16, 5/16, 7/16, n’en jetez plus !) et Evelyn, A Modified Dog Tom Fowler (elb) et Chester Thompson (dm).
San Ber’dino Le groupe est à son apogée, soudé par
breaks vertigineux auraient dû poser bien des problèmes Andy les tournées européennes et américaines
à éditer. Pourtant, la version définitive est un amalgame Sofa N° 2 enchaînées depuis fin octobre 1973. • JS
de la rythmique du show de KCET-TV, d’une version
raccourcie du solo de guitare du concert d’Helsinki et

‘‘
de nombreux enregistrements studio – chœurs, synthés,
percussions, batterie, guitare acoustique sur l’interlude,
etc. Les edits sont indécelables, les parties s’enchaînent
et se superposent idéalement : l’intro et la sortie du solo
de guitare (l’un des plus beaux de Zappa) sont une
merveille de dramaturgie musicale. Rappelons qu’à
l’époque nul gadget informatique n’était disponible, et
Alors que le fiston
que ce travail se faisait à la main et à la colleuse avec les Dweezil est sur la route
bandes magnétiques... pour jouer l’intégralité
Et que dire du chant acrobatique et des claviers de
George Duke, qui nous gratifie d’un solo de toute beauté,
de “One Size Fits All”,
les deux mains à l’unisson sur son Rhodes, puis avec quoi de mieux que de
force bruitages sur son ARP Odyssey, quand il ne double
pas au Clavinet ou au Wurlitzer les parties de marimba
retourner aux sources ?”
et vibraphone renversantes de Ruth Underwood ? (Une

des plus remarquables percussionnistes du XXe siècle ?)


CHRISTIAN ROSE
Les amateurs d’interaction musicale se régaleront aussi
à écouter comment la section rythmique suit les solistes,
avec Tom Fowler aux lignes de basse sinueuses et ultra
précises et Chester Thompson au sommet de son art.
Napoleon Murphy Brock n’est pas en reste, ponctuant
de chœurs, d’interjections et de parties de flûte terrible-
ment véloces le déroulement du morceau. Un démar-
rage en trombe, qui place la barre si haut que la suite
ne peut que sembler pâle...

Valse zappée
Pourtant, la suite de l’album ne déçoit pas. Attar-
dons-nous sur Andy par exemple. S’il avait été le
dernier morceau de l’album, et non le pénultième,
Andy en aurait été la conclusion-miroir idéale, tant il
partage avec Inca Roads virtuosité, lyrisme des mo-
tifs musicaux, difficultés techniques, solo de guitare
très inspiré, chausse-trapes rythmiques et loufoque-
rie textuelle. Les paroles évoquent de façon plus ou
moins lointaine un acteur hollywoodien nommé Andy
Devine (qu’on peut voir dans différents westerns, dont
Stagecoach de John Ford), qui était affublé d’une
voix rauque et geignarde et, dans la chanson, d’une
callosité au pied due au port de tongs... L’ostinato
rythmique batterie-basse est une merveille de mise
en place, et la chanson l’occasion d’une partie de
basse d’anthologie. Les nombreuses cassures insé-
rées dans le déroulement font appel au même type
de mesures composées que celles d’Inca Roads. Le
tout restant malgré tout très groovy, d’autant qu’un
des invités de l’album s’en donne à cœur joie dans
le premier interlude façon boogie-rock, puis dans la
fin du morceau. Il s’agit de Johnny “Guitar” Watson.
Zappa a en effet convié à la fiesta l’une de ses prin-
cipales sources d’inspiration en tant que guitariste,
pour l’un des nombreux hommages qu’il lui rendra (il
réinvitera Watson sur plusieurs albums, “Them Or Us”
et “Thing Fish” notamment).

Mars 1976, Frank Zappa “live in Paris some more”


Vu à la télé
Mais plutôt qu’avec Andy, Zappa a préféré Complément Pygmy Twylyte ne
indispensable de “One sonnent pas pour autant
conclure “One Size Fits All” avec Sofa N° 2, ver- Size Fits All”, le DVD du comme des copiés-
sion chantée de l’instrumental proposé plus tôt concert filmé dans les collés des précédentes.
studios de KCET-TV à Aussi sûrement que ses
dans l’album sous le titre Sofa N°1. Sur le thème Mothers à géométrie
Los Angeles en août
reposant sur une mesure à trois temps (une 1974, “A Token Of His variable, la musique
des favorites du compositeur), Zappa et Duke de Zappa n’est jamais
Extreme”.
figée. Ici, elle est même
reprennent les paroles, créées par Howard Kay- plus funky que jamais :
Des années durant, à la
lan et Mark Volman, en anglais et en allemand (à Room Service, grand
suite de sa diffusion à
moment de complicité
écouter, “Carnegie Hall”, enregistré à New York la télévision française
entre Zappa et Napoleon

L’ombre
en 1971 et disponible sur zappa.com). en un temps où seuls
Murphy Brock, en est
quelques privilégiés
la preuve éclatante – et
pouvaient s’offrir
hilarante. • FG
Plaisir de jouer un magnétoscope,

du Z Revenons en arrière avec Can’t Afford No


Shoes, boogie/blues perverti comme sait si
bien les orchestrer Zappa. Perverti grâce à un
les copies cassette
VHS toujours plus
douteuses de ce concert
entrecoupé par les
DVD Frank Zappa :
“A Token Of My Extreme”
(Home Hooker Video - Eagle
Début 1975, les hallucinantes séquences Vision / Universal).
simple déplacement d’accent et un petit break d’animations en pâte CD Frank Zappa : “A Token
frères Fowler et de batterie bien placé (les premières phrases du à modeler de Bruce Of His Extreme” (Zappa
Records / zappa.com).
Chester Thompson premier couplet semblent tourner sur un rythme Bickford ont circulé
sous le manteau. Ce
forment le groupe composé, alors que la mesure reste bien en 4/4). qui n’a pas manqué
Zappa se fend d’une belle partie de guitare slide. de renforcer son
Air Pocket, qui caractère légendaire.
Suivent Sofa N°1, puis Po-Jama People, chanté Il faudra attendre
n’enregistrera qu’un par Zappa, doté d’une partie de piano churchy 2013 pour qu’il sorte
seul album pour le signée George Duke et d’une partie de guitare en DVD, avec un son
parfaitement (re)mixé et
label nippon East inspirée, avec une des sonorités typiques du une image impeccable.
maître – sa fameuse SG, et une subtile utilisation A l’exception de Ralph
Wind. de la pédale wah wah. Là encore, la cohésion Humphrey (batterie)
et Bruce Fowler
Mars 1975 : Bruce et Tom Fowler rythmique, l’écoute et l’attention portée au soliste (trombone), le groupe
s’apprêtent de nouveau à partir sont réjouissantes. Nulle complexité, mais un est le même que
en tournée avec Zappa. Chester celui des soirées au
Thompson, lui, vient d’être plaisir manifeste à jouer l’équivalent d’un bon Roxy, et le répertoire
remplacé par Terry Bozzio et vieux blues, d’autant que, comme le mentionne puise dans le même
ne va pas tarder à devenir le vivier de chansons et
nouveau batteur de Weather
Christophe Delbrouck dans Frank Zappa &
d’instrumentaux. Mais
Report. Le 4, ils enregistrent La Dînette De Chrome (éd. La Castor Astral), les versions de Stink-
cependant un disque avec trois le morceau « est en fait une improvisation en Foot, Inca Roads, More
autres membres de la fratrie Trouble Everyday ou
Fowler : Walt à la trompette quartette. [...] Frank a ajouté des dialogues sur
et au bugle, Steve au sax alto sa partie de guitare, d’où cette impression d’une
et à la flûte et Ed à la basse densité oppressante ».
électrique (Tom ne joue que
sur un titre). Albert Wing Le titre suivant, Florentine Pogen, a comme Inca
(un des saxophonistes de la Roads été conçu à partir des bandes de “A Token
tournée 1988 de Zappa), Mike
Miller (futur guitariste, entre
Of His Extreme”, sur lesquelles Zappa va ajouter Un disque pour tous
autres, de l’Elektric Band II de chœurs très travaillés, claviers, percussions, Alors que Zappa Plays Zappa, l’orchestre mené
Chick Corea) et Stu Goldberg bruits, effets, etc. La chanson bénéficie d’une par le fiston Dweezil est sur la route depuis
(claviériste que l’on entendra
aux côtés de John McLaughlin, impeccable performance vocale signée Napoleon plusieurs mois pour jouer l’intégralité de l’album,
avant qu’il ne travaille pour Murphy Brock, drôle et pyrotechnique à la fois. quoi de mieux que de retourner aux sources ?
le cinéma) complètent la On ne saurait manquer l’une des innombrables La version originale de “One Size Fits All” reste
formation. Le producteur de
leur disque ? Oliver Nelson lui- citations de Louie, Louie, qui parsèment l’œuvre une occasion unique pour les néophytes d’entrer
même – rappelons au passage de Zappa. dans l’univers zappaïen. Si cet album inclut les
que “The Blues And The Abtract
Truth” de Nelson était l’un
Quant à Evelyn, A Modified Dog, sa brièveté thématiques musicales et textuelles habituelles
des disques de jazz favoris de n’empêche pas d’apprécier son sujet, ni sa du compositeur, l’écrin est des plus accessibles,
Zappa... Uniquement publié au réussite mélodique, parfois très liturgique, et grâce à ces grooves imparables et cette joie de
Japon, “Fly On” passa inaperçu
lors de sa sortie. Si les trois l’interprétation de George Duke au piano à jouer qui transpire d’un bout à l’autre du disque.
compositions de Goldberg sont punaises. Le plaisir de jouer, manifeste tout au Dans le cœur des zappaphiles, “One Size Fits All”
hélas sans grand intérêt, celles long de l’album, se retrouve dans un morceau occupe une place de choix. Dans le vôtre aussi ? •
des frères Fowler méritent qu’on
s’y attarde. Les mingusiens assez proche stylistiquement de Po-Jama JOSEPH SARTORI
Elephant Graveyard, Easy To Say People, San Ber’dino, dans lequel Zappa
et Night’s Move et le zappaïen
reprend la slide, Johnny “Guitar” Watson le CD “One Size Fits All” (Zappa Records / Universal).
Ho-Lo Redic sont taillés pour “One Size Fits All” doit également ressortir en vinyle
les inconditionnels de jazz chant et le dernier invité, Bloodshot Rollin’ Red, le 16 octobre.
électrique à têtes chercheuses l’harmonica. Invité mystère qui n’est autre que
et serpentant hors des sentiers CONCERT Dweezil Zappa / Zappa Plays Z appa,
battus. • FG
l’un des nombreux pseudonymes de Don Van “One Size Fits All”, le 20 octobre à Paris (Trianon).
Vliet, alias Captain Beefheart, vieux complice LIVRE Franck Zappa / One Size Fits All par Guy Darol
CD Air Pocket : “Fly On” de Zappa. (éd. Le mot et le reste)
(East Wind / Import Japon).

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 27


dossier Frank Zappa

La tournée 1988
Zappa en
campagne
Début 1988, Frank Zappa se lance dans le
“Broadway The Hardway Tour”, une tournée
aujourd’hui entrée dans la légende dont
plusieurs disques témoignent. Ce fut non
seulement la dernière, mais aussi l’une des
plus riches en émotions musicales.

20 mai 1988, Frank Zappa en campagne au Zénith de Paris


28 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015
T out espoir de revoir
Zappa en concert à Paris semblait perdu
au milieu des années 1980. Depuis que
ses compositions avaient été dirigées
par Pierre Boulez et son Ensemble
InterContemporain, il était évident que le
rockeur mutant qui avait enjambé tous les
styles ne misait plus que sur la musique
“sérieuse”. Déçu par des formations en
smoking qui jouaient principalement la
montre, il avait résolu le problème en
engageant un orchestre digital. Docile
et minutieux, le Synclavier ignorait la
fatigue et pouvait travailler 24 heures sur
24. Zappa allait lui consacrer une grande
partie de son temps ; on estime à près
de cinq cents compositions le nombre de
ses pièces numériques dont résultent à ce
jour six disques, de “Francesco Zappa” au
récent “Dance Me This”.
En juillet 1984, il avait emmené sur la
route une formation légère comptant un
trio homérique (Napoleon Murphy Brock,
Ray White et Ike Willis) qui déroulait un
répertoire à la sauce piquante. Le train-
train du merveilleux faisait quelques
détours par le doo-wop et le rap, écrasant
au passage les manipulateurs de boules
en cristal et les évangélistes radicaux. À
Los Angeles, le 23 décembre, il achevait
son “Twentieth Anniversary World Tour”
avec Whippin’ Post (une chanson des
Allman Brothers) en jurant que c’était « la
dernière de son dernier show et de son
ultime tournée ». Il allait en effet soumettre
son emploi du temps à d’autres tâches,
comme de plaider contre le Parents
Music Resource Center (PMRC), une
organisation animée par “Tipper” Gore,
l’épouse du futur vice-président des
États-Unis. Soutenu par l’administration
Reagan et la Majorité Morale du pasteur
conservateur Jerry Falwell, le PMRC était
parti en guerre contre les musiciens de
rock accusés de promouvoir la violence,
le blasphème et la pornographie.

Du rêve à l’action
Partagé entre son combat contre le
PMRC, la recherche de fonds pour tenter
de monter à Broadway “Thing-Fish”, son
CHRISTIAN ROSE

dernier opéra-satire, et la publication de


divers enregistrements (notamment “Jazz
Fom Hell”), il était clair que Zappa ne
souhaitait plus reparaître sur scène, sinon

Octobre 2015 Numéro


Octobre 2015 Numéro 677
677 Jazz
Jazz Magazine
Magazine 29
29
dossier Frank Zappa

Bollani secoue
devant les caméras de télévision afin d’échapper
aux censeurs. Des journalistes cherchaient à le
La tournée
sonder quant à une nouvelle tournée jusqu’à ce 1988 en
que l’un d’eux lui fasse avouer, en février 1987,
qu’il envisageait de reprendre la route à la seule 10 titres
condition qu’il puisse embarquer avec lui son
sacro-Synclavier. Opération qui devait se révéler
essentiels
un jeu d’enfant car Zappa ne tarda pas à passer Frank Zappa a publié
du rêve à l’action. plusieurs albums
L’année 1987 annonçait une campagne électorale live en piochant
dans les nombreux
marquée par l’affrontement entre Michael Dukakis, enregistrements réalisés
le candidat démocrate, et le républicain George W. lors du Broadway
Bush galvanisé par Jerry Falwell. Commentateur “The Hard Way Tour”.
inlassable de son temps, Zappa avait eu l’idée Sélection.
savoureuse d’utiliser la technique du détournement
pour ridiculiser les télévangélistes. Il coula dans trois
mélodies des Beatles des paroles au vinaigre visant

X/DR
Jimmy Swaggart, un magnat de l’Église électronique
qui empochait 140 millions de dollars par an grâce
à ses chaînes de radio et de télévision, son collège En juillet dernier, le pianiste
biblique, ses boutiques et son imprimerie. Celui-ci Stefano Bollani a joué
s’appuyait sur la théologie de la prospérité, doctrine
affirmant que les fidèles devaient verser un impôt
Stolen Moments son récent projet “Sheik
“Broadway The Hard Way”,
divin pour le salut de leur âme. Swaggart, qui blâmait 1988 Yer Zappa” au festival
Au cœur d’un disque où
publiquement le péché de luxure, avait eu recours aux palpitent des thèmes de Umbria Jazz de Pérouse,
services d’une prostituée de La Nouvelle-Orléans : musiques de films et de en Ombrie. Notre envoyé
on le vit s’en mordre les lèvres à la télévision. C’était séries télévisées mélangés
tendre un bâton pour se faire battre. Ce que fit Zappa
à des séquences de soul spécial en a profité pour
ou de rap, tout cela dans
en sortant Norwegian Jim, Louisiana Hooker With l’esprit d’un cabaret lâchant interroger le pianiste
des tirades amères sur
Herpes et Texas Model qui emboîtaient le style de politiciens et évangélistes, milanais sur sa relation au
Norwegian Wood, Lucy In The Sky With Diamond le jazz s’invite avec un
titre d’Oliver Nelson
guitariste de Baltimore.
et Strawberry Fields Forever. Puis il compléta le
pointilleusement repris,
tableau en composant Jesus Thinks You’re A Jerk sans la moindre ironie, Paradoxalement, ce n’est pas par les
qui incendiait Pat Robertson, le mogul des médias comme pour rappeler que
oreilles que Stefano Bollani a découvert
chrétiens, ainsi que deux membres des Assemblées Zappa aimait le blues sous
toutes ses formes, surtout Frank Zappa, mais par les yeux : « A 17
de Dieu, Jim Bakker et Tammy Faye, coupables quand Eric Dolphy s’en ans j’ai vu dans un magasin son disque
d’avoir récolté 165 millions de dollars en promettant mêlait.
“Does Humor Belong in Music ?”. Ce
de guérir les malades en échange de leurs prières. Jesus Thinks titre m’a intrigué mais je savais juste
You’re A Jerk qu’il était un grand guitariste de rock.
Oreilles affranchies “Broadway The Hard Way”,
1988 Au début des années 1990, personne de
Le répertoire ainsi bordé ressemblait à un recueil Puisqu’il avait émis l’idée ma génération n’écoutait sa musique :
de discours prononcés au long d’une campagne que l’humour pouvait
c’était plutôt Duran Duran. » Or l’écoute
électorale. Zappa souhaitait donner à cette offensive appartenir à la musique
(“Does Humor Belong de ce disque transforme aussitôt le
un aspect burlesque. Il songea à reformer un In Music ?”, cf. encadré jeune pianiste en fan absolu… qu’il est
Vaudeville Band avec Flo & Eddie, pseudonymes Stefano Bollani), il en
encore. Mais Bollani a attendu plus de

‘‘
usait sans modération,
souvent pour aborder de deux décennies pour révéler son amour
graves sujets. Sur un air pour le moustachu disparu. Comment
de fanfare sarcastique
amalgamant un chant de a-t-il fait son choix parmi un répertoire
la guerre de Sécession, le pléthorique ? Les thèmes du disque
thème de La Quatrième
s’étalent sur une petite dizaine d’années,
Dimension de Marius
Le “Broadway The Constant, l’ouverture de
La Cavalerie Légère de
de 1969 à 1979. « Pur hasard. J’ai choisi de
mémoire, sans réécouter tous les disques.
Hard Way Tour” Franz von Suppé, il charge
les fondamentalistes Ce sont mes morceaux préférés, c’est

était surtout conçu cathodiques avec une


désarmante bonne humeur.
tout ! » Et pourquoi Bollani n’a-t-il pas

pour affranchir Heavy Duty Judy


engagé d’anciens musiciens de Zappa ?
La réponse est simple : « Je ne cherchais
les oreilles de tout “The Best Band You Never
Heard In Your Life”, 1991
pas à rejouer sa musique à l’identique

préjugé.” En préface à une version


reggae désopilante de
– d’ailleurs les héritiers contrôlent
tout, note pour note – mais à partir des
Ring Of Fire (un tube de
Johnny Cash), Zappa

30 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


son Zappa
morceaux très écrits et maîtrisés de de Mark Volman et Howard Kaylan, qui l’avaient
Zappa pour aller vers le maximum accompagné naguère. Le duo se montra fort
d’improvisation. Concernant la enthousiaste avant de déchanter lorsque Zappa
sonorité, je voulais un vibraphoniste, proposa de le payer au tarif des années 1970.
que j’ai trouvé sur Youtube et qui est, Le premier musicien à avoir réussi l’audition fut
avec moi, le seul fan de Zappa. Sinon le percussionniste Ed Mann qui avait joué avec
le groupe joue surtout acoustique Zappa dès 1977. Il allait rejoindre dix autres
livre un de ses classiques
et sans guitare, donc très loin de de guitarisme virtuose instrumentistes revenus pour la plupart des
l’original. Pour les arrangements je préalablement recensé sur Mothers Of Invention, de l’orchestre du Grand
le bijou “Shut Up ‘N Play
ne me réfère pas aux morceaux : Wazoo ou des tournées de 1982 et 1984. Cinq
Yer Guitar”. Adornée de
j’écris en fonction des musiciens cuivres étincelants, cette cuivres (Paul Carman, Bruce et Walt Fowler,
que j’ai choisis, et ils ont une grande pièce résume assez bien le Kurt McGettrick, Albert Wing) parfumeraient
style acrobatique de Zappa
liberté de faire bouger les choses
qui parcourait le manche de l’atmosphère d’une drôle d’odeur de jazz. Le
d’un concert à l’autre. » Le piano son instrument comme une batteur Chad Wackerman et l’espiègle Ike Willis
tient ainsi une grande place dans ce poule en train de picorer, étaient les piliers d’un big band dont l’autorité,
selon les mots de Dweezil,
Zappa revisité, et Bollani n’hésite pas le fils dévoué. en l’absence du Maître, avait été confiée au
à se lancer dans des variations de bassiste Scott Thunes devenu Clonemeister.
style baroque, ce qui lui semble tout Purple Haze Le guitariste Mike Keneally avait été recruté
“The Best Band You Never
naturel : « Je crois que Zappa aimait Heard In Your Life”, 1991 après avoir joué sans fausses notes les solos
le baroque. Ici le piano tient certes Bien qu’il blâmât la purple de Sinister Footwear et de What’s New In
haze, cette sorte de beuh,
la place de la guitare mais je ne me
Zappa considérait l’auteur Baltimore ?, ce qui le gratifiait du rôle de stunt
suis pas trop posé de problèmes de ce titre comme un génie guitar, autrement dit de cascadeur du manche.
d’instruments. J’ai surtout cherché qu’il hissait au même rang Les répétitions avaient débuté en octobre 1987
que Wes Montgomery.
à m’éloigner le plus possible du son Ils avaient ensemble au rythme de huit à dix heures par jour durant
des formations de Zappa et ses expérimenté d’autres lesquelles cent titres allaient être rodés. Pour
produits à New York, en
thèmes sont des prétextes pour aller Zappa, il s’agissait d’un double tour de force :
1967. C’étaient des pédales
vers autre chose. » Au-delà du jeu d’effets. La même année, à l’exposé de ses idées sur l’Amérique devait
de mot sur le “Sheik Yerbouti” de le Jimi Hendrix Experience s’ajouter, comme le bilan de trente années
réalisait ce chef-d’œuvre
son dédicataire [qui était déjà un jeu
avant que Zappa n’y fasse d’expériences, une démonstration de musique
de mot sur « Shake your booty » / souffler ses cuivres et son
« Secoue ton popotin ! », NDLR], le incomparable ironie à Linz,
en Autriche, sur la scène
disque de Stefano Bollani annonce du Sporthalle, le 28 mai,
CHRISTIAN ROSE

donc tout un programme : « Secouez au moment de régler la


votre Zappa ! » • THIERRY QUÉNUM balance.

The Eric Dolphy


CD “Sheik Yer Zappa” (Decca / Universal). Memorial Barbecue
“The Best Band You Never
Heard In Your Life”, 1991
Créé en 1970 sur l’excellent
“Weasels Ripped My
Flesh”, ce titre rend
hommage à l’un de ses
principaux inspirateurs. Il
découvre la musique d’Eric
Dolphy en 1958 prenant
ainsi l’une de ses premières
leçons de liberté. Voici de
quelle façon il en témoigne
en faisant déboucher
une ballade ténébreuse
sur un enchaînement de
propositions improvisées
incluant des bruits
électroniques et Le Beau
Danube Bleu de Johann
Strauss fils.

Stairway To Heaven
“The Best Band You Never
Heard In Your Life”, 1991
De la même façon qu’il
interpréta I Am The Walrus
des Beatles (au Zénith
de Paris notamment), il
s’attaqua à ce titre escarpé
“Does Humor Belong in Music?” :
le disque qui a initié Stefano Bollani
à la musique zappaïenne.
Paris, Le Zénith, mai 1988 : Zappa,
ce chef d’orchestre si sensible à Edgard
Varèse, auteur de la citation inscrite
sur la banderole étalée devant lui...
Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 31
dossier Frank Zappa

de Led Zeppelin en le contemporaine. L’inventeur des Mothers était le


colorant de reggae et seul à avoir ouvert une nouvelle voie en fusionnant
d’autres bigarrures. Ici une
tarentelle calabraise, là le Spike Jones et Edgar Varèse, le rhythm’n’blues
thème des Incorruptibles. et le doo-wop, Ornette Coleman et Eric Dolphy,
Il fallait bien qu’il
saupoudre l’hymne rock
Ligeti et Stockhausen, les ragas indiens et les
de quelques grains de maqâms arabes. Si le “Broadway The Hard Way
sable. Sa créativité et son Tour” renvoyait à première vue au vocabulaire de
humour n’étant jamais en
reste, le solo de Jimmy la comédie musicale, cet événement était surtout
Page est joué par la conçu pour affranchir les oreilles de tout préjugé.
section de cuivres, et
note pour note, ladies and
gentlemen. Un robinet grand ouvert
Le 1er février 1988, deux cars remplis de musiciens
Filthy Habits
“You Can’t Do That
et de techniciens (l’un pour les fumeurs, l’autre pour
On Stage Anymore, les non-fumeurs) suivis de cinq camions chargés de
Vol. 4”, 1991 matériel entraient dans New York pour inaugurer,
S’il pouvait prendre
position sur les questions au Palace Theatre, une tournée de 81 dates dans
écologiques avec des quatorze pays à travers le monde. Elle s’achèverait
pièces instrumentales, il lui à Gênes, le 9 juin, après sept concerts sur la terre
arrivait de s’exprimer sur
le sexe sans un mot, au de ses ancêtres. C’était la plus haute expression
moyen de gémissements d’un art dont les préliminaires remontaient à
guitaristiques. Filthy
Habits rejoint ainsi ces
1957, au temps des Black-Outs. Zappa y délivrait
psaumes païens que sont l’étendue de son esthétique depuis la satire jusqu’au
Dirty Love ou The Poodle collage citationnel. Le Concerto pour piano n°3 de
Lecture dans lesquels le
chien tient un rôle bien Bartók et le Boléro de Ravel témoignaient de son
ambigu. Il s’agit donc d’un allégeance à la musique dite classique - mais la
monument à la gloire du façon dont il réactualisait ces illustres figures signait
solo divin annoncé ici par
d’élastiques préliminaires. son goût pour le chahut et les débordements. Le
jazz qu’il avait souvent célébré, en se rapprochant
de musiciens du calibre de Don Ellis, Don Cherry,
Roland Kirk ou encore Archie Shepp, s’articulait
principalement autour de Stolen Moments d’Oliver
Nelson et Goodbye Pork Pie Hat de Mingus. Le doo-
wop n’était pas en reste ni la country avec Ring Of
Fire. Ni le rock dont le plus bel effet allait étinceler
Stinkfoot avec Stairway To Heaven de Led Zeppelin repris
“Make A Jazz Noise Here”, cinquante-neuf fois. En 1988, il ouvrit comme jamais
1991
La dialectique du maître
le robinet de thèmes musicaux, citant Nino Rota (Le
et de son chien fut Parrain), Lalo Schifrin (Mission Impossible), Nelson
d’abord exposée sur Riddle (Les Incorruptibles) et Morton Stevens (Hawaii
“Apostrophe(‘)”. Cette
histoire de pieds qui puent police d’état). Tout cela était bien sûr prétexte à
et de podobromidrose règlements de compte avec les politiciens. La
allait servir de point de musique au service de la réprobation.
départ à un discours en
forme d’énigme sur la
continuité conceptuelle. Lâcher tout
Dans cette version
bien ventilée, Stinkfoot
Le vendredi 20 mai l’espoir s’était solidifié. Venu
savate l’hypocrisie de de Grenoble, Zappa et son big band remplissaient
Jimmy Swaggart, grand le Zénith de Paris. L’œil parfaitement émerillonné,
consommateur de
prostituées, à propos de la il était prêt à lâcher tout. D’abord son rituel mot
PHOTOS : CHRISTIAN ROSE

sexualité. secret (“shellfish”, en souvenir d’un crustacé moisi


consommé quelque part en France), puis un
Black Napkins
“Make A Jazz Noise Here”, déluge polyrhythmique avec The Black Page (New
1991 Age Version). Les pièces musicales s’enchaînaient,
Bien que cet instrumental
évoque un repas
sollicitant parfois l’intérêt que le public portait à
Paris, Le Zénith, mai 1988, quelques serviteurs de la cause musicale
désastreux dans un zappaïenne, de haut en bas et de gauche à droite : Bruce et Walt Fowler Jimmy Swaggart en lui donnant du Lonesome
restaurant du Milwaukee, (trombone et trompette), Mike Keanelly (guitare électrique), Albert Wing Cowboy Burt. Les instrumentaux foisonnaient, de
il n’est pas traité (saxophones ténor et baryton) et Paul Carman (saxophone alto), Scott Thunes
façon déluge de sons (basse électrique).
Dupree’s Paradise à Black Napkins, avec Strictly
réprobateurs, tout au Genteel en solennel finale.
contraire. Voici l’un des Zappa empoignant fièrement la baguette du chef
meilleurs plats servis par
Zappa à l’attention de d’orchestre déroulait une banderole sur laquelle
ceux qui prétendent que on pouvait lire la fameuse phrase d’Edgar Varèse :

32 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


The Present-Day Composers Refuse To sa musique est froide et
dénuée d’émotion. On

mède
Die (Les compositeurs actuels refusent de danse les yeux fermés et
mourir). C’était sa dernière tournée, et nous la tête dans les étoiles sur
Black Napkins.
n’en savions rien. Mais à ce moment, son
calendrier affichait quatorze dates avec

musicale
We’re Turning Again
en ligne de mire un ultime rendez-vous (le “You Can’t Do That
On Stage Anymore,
Palasport de Gênes) et une ultime chanson Vol. 6”, 1992
(The Illinois Enema Bandit). Ce soir-là, le La voix de Zappa, chaude
public italien eut droit à un secret word qu’un et suave, est celle d’un
baryton capable d’insinuer
seul pouvait comprendre. Il était destiné à la lascivité comme sur
Ferdinando Boero, un spécialiste du milieu Dinah-Moe Humm. Elle
s’exprime ici sur le ton de
marin qui avait identifié une nouvelle méduse
l’ironie pour se moquer
aussitôt nommée Phialella zappai. Jellyfish
elsa boublil
de la culture hippie, de
(méduse) n’était pas tout à fait le mot de la Donovan et de ses potions
magiques (Mellow Yellow),
fin. Le 10 juin, dans un hôtel de Portofino, de la purple haze bien sûr.
alors qu’il se préparait à retourner aux Etats-
Unis, le journaliste Andrew Greenaway
Ce morceau de bravoure
vocale voit son propos
vous avez dit classique ?
l’interrogea sur l’éventualité d’un retour sur
scène avec un big band. Ce qu’il murmura à
renforcé par une intense
pratique de la citation-
collage : Carmen,
16 : 00 - 17 : 00
Light My Fire, Strawberry
son oreille ressemblait à l’ultima verba d’un
Fields Forever, Monday
condamné à mort grimpant sur l’échafaud. Monday, Sunshine
Il confiait avoir laissé 400 000 dollars dans Of Your Love... • GD
cette tournée et jurait qu’on ne l’y reprendrait
plus. • GUY DAROL
LIVRE Guy Darol vient de terminer une biographie
de Frank Zappa qui paraîtra début 2016 chez Folio.

Un livre qui sent bon


Le psychologue clinicien et évoqués. Wills, à la manière d’un
musicien professionnel anglais Christophe Delbrouck, fait une
Geoff Wills vient de publier synthèse fluide de toutes les
Zappa And Jazz, Did It Really anecdotes évoquées dans les
Smell Funny, Frank ?, un livre
qui sent bon l’amour du jazz ouvrages de référence, les DVD,
et de la Zappa Music. les liner notes et les interviews
données par Zappa ou ses musi-
Début 1961, Frank Zappa, vingt ciens. En fin de compte, son livre
ans, enregistre au Pal Studio de est un précieux aide-mémoire
Cucamonga en compagnie de pour explorer la plus que foison-
musiciens de jazz, dont le trom- nante discographie zappaïenne
pettiste Chuck Foster et l’altiste au filtre du jazz. Tâche d’autant
Tony Rodriguez, solistes tout à plus facilitée par un index (indis-
fait honorables. Joué en tempo pensable outil qui manque trop
bossa nova, Take Your Clothes souvent aux ouvrages français).
Off When You Dance est un Un plaisir seulement accessible,
instrumental à la mélodie accro- pour l’instant, à ceux qui savent
cheuse qu’un combo comme lire l’anglais dans le texte. • FG
les Jazz Crusaders aurait très LIVRE Zappa And Jazz,
bien pu ajouter à son répertoire. Did It Really Smell Funny, Frank ?,
Dès le début de son livre, Geoff par Geoff Wills (éd. Matador,
Wills passe méticuleusement en 176  pages)
Tous les vendredis l’émission
revue toutes les preuves d’amour est consacrée au Jazz.
de Zappa pour le jazz – amours Et retrouvez le premier vendredi
sincères, amours compliquées de chaque mois, la rédaction de
ou amours vaches. Shelly Manne,
George Duke, Ian Underwood,
Glenn Ferris, Bruce Fowler,
Terry Bozzio, Vinnie Colaiuta... :
les grands solistes qui ont tant
apporté à sa musique sont tous

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 33


FI boublil 90x245.indd 1 14/09/2015 16:58
blindtest
aux platines Lionel Eskenazi photo Sylvain Gripoix

SYLVAIN RIFFLET

“Mon idole de toujours,


c’est Stan Getz !”
Alors que “Mechanics”, son deuxième album chez Jazz Village, vient tout
juste de sortir, le saxophoniste et clarinettiste Sylvain Rifflet s’est prêté avec
enthousiasme au jeu du blindtest en nous dévoilant toutes ses passions.

repères JIMMY GIUFFRE 3 MOONDOG


Emphasis Up Brodway
1976 Naissance, le “Fusion” (Verve, 1961) “The Story Of Moondog” (Prestige, 1957)
30 mars, à Paris.
C’est Jimmy Giuffre, avec Paul Bley et C’est Tom Waits ? Ça pourrait ! Mais, c’est mon disque “Perpetual
2003 Diplômé du S.R. S.R.
Steve Swallow. Ça fait très longtemps Motion” ? Mais, non, c’est Moondog, bien sûr ! Il n’y avait pas
CNSM et premier que n’ai pas écouté ce disque, c’est toujours quarante possibilités… Mon projet autour de la musique de Moondog est
prix de groupe au
concours de jazz de aussi magnifique. C’est une très belle directement lié à mon implication pendant plusieurs années dans des actions
La Défense. composition, avec une écriture originale et pédagogiques, à Banlieues Bleues avec des collégiens (“Culture au Collège”).
moderne pour l’époque. Je trouve que Giuffre On avait organisé un atelier de percussions et quand Xavier Lemettre,
2007 Premier album
de Rockingchair a un son très jazz et je préfère les clarinettistes directeur de Banlieues Bleues, nous a entendus, il m’a dit : « Ça ressemble à
(Chief Inspector). qui ont une sonorité classique, je tends vers du Moondog. » Il se trouve que je ne connaissais pas Moondog, et du coup
ça, même si j’ai du mal à y arriver. En dehors je m’y suis intéressé. J’ai récupéré tout ses disques, j’ai lu la passionnante
2008 Prix de la
meilleure musique de de Michel Portal, qui est un surdoué et l’idole biographie d’Amaury Cornut, j’ai pu avoir quelques partitions et j’ai relevé
film pour Le Dernier de tout le monde, les clarinettistes que je une partie de sa musique. Je me suis rendu compte que la structure de mon
Marquis au festival préfère sont Gabriele Mirabassi, Don Byron groupe Alphabet était parfaite pour jouer Moondog.
de Dubaï. et pratiquement tous ceux qui ont joué chez Vous reprenez deux titres
2010 Deuxième Ellington, sans oublier Jérôme Comte, qui était de Moondog sur “Mechanics”…
album de avec moi au CNSM, et qui joue maintenant En fait nous avons enregistré les morceaux de cet album en janvier
Rockingchair, “1:1” S.R.
dans l’Ensemble Intercontemporain. 2014, bien avant que “Perpetual Motion” ne sorte [en septembre
(Enja).
Et les saxophonistes 2014, NDLR]. L’idée était de reprendre en studio deux morceaux de “Perpe-
2012 “Alphabet”, ténor ? tual Motion” dont les versions live à Banlieues Bleues ne nous satisfaisaient
avec Jocelyn
Stan Getz est mon idole de toujours, pas, afin de les insérer dans le disque, mais au bout du compte nous avons
Mienniel, Philippe S.R.
Gordiani et Benjamin c’est pour moi le plus beau son de décidé de sortir l’album tel qu’il avait été enregistré à Banlieues Bleues. J’ai
Flament. saxophone et mon album préféré est son duo donc naturellement gardé ces deux morceaux pour “Mechanics”, ce qui a
avec Kenny Barron [“People Time”, NDLR]. créé en quelque sorte une continuité entre les deux disques.
2013 Création de
“Perpetual Motion, J’ai eu aussi ma période Joe Henderson – j’ai Et la reprise d’une chanson
A Celebration pratiquement relevé tous ses solos – et concer- de Camille, Tout Dit ?
Of Moondog” à nant John Coltrane, ça risque de vous paraître Elsa Boublil m’avait demandé de jouer un morceau en solo pour son
Banlieues Bleues. S.R.
étrange, mais je suis un grand fan jusqu’à 1958 émission “Summertime”. Je cherchais une idée, et je suis tombé sur
et particulièrement lorsqu’il jouait dans le quin- cette chanson en écoutant France Inter, la mélodie m’a plu, je l’ai relevée,
tette de Miles Davis, mais après 1958, je ne le et je l’ai jouée en direct dans l’émission. Depuis, c’est le titre que je joue en
suis pas dans sa démarche. rappel à l’issu de mes concerts…

34 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


‘‘Après avoir
longtemps
collaboré avec
Airelle Besson,
je n’arrivais plus
à jouer avec des
trompettistes.”

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 35


blindtest Sylvain Rifflet

“Les Falaises” et qui ont participé à l’aventure

‘‘
du label Chief Inspector de Nicolas Netter. C’est
Nicolas, d’ailleurs, qui a fait venir Jim Black pour
la première fois en France. C’était une musique
extrêmement novatrice, personne avant eux
n’avait fait du jazz avec des sonorités de guitares
AlasNoAxis aussi démentes, issues du rock alternatif. Ça
n’avait rien à voir avec le jazz-rock ! Il est évident
est un que lorsqu’on a créé “Rockingchair”, nous étions
groupe qui a très influencés par ces sonorités-là, on écoutait
énormément aussi beaucoup Radiohead.

influencé AIRELLE BESSON QUARTET


tous les The Painter & The Boxer

musiciens (A paraître en 2016)


Ça c’est facile, c’est le nouveau projet
français.” S.R.
d’Airelle, le disque est en préparation,
mais comment avez-vous eu cet enregistre-
ment ? [Il s’agit d’un CD quatre titres distribué
à Coutances pour la presse, NDR.] J’ai vu le
concert à Coutances et j’ai trouvé ça très inté-
ressant, le groupe comprend Benjamin Mous-
say, Fabrice Moreau et la chanteuse suédoise
PHILIPPE GORDIANI, JULIEN DESPREZ, EMMANUEL SCARPA Isabelle Sörling. Avec Airelle, on se connaît
Siècle 21 depuis plus de quinze ans, on a préparé en-
“21” (Coax, 2013) semble le concours d’entrée au CNSM et puis
On dirait du Led Zep ! Je ne vois pas bien ce que c’est… à moins que nous avons fondé Rockingchair, une très belle
S.R.
ce soit Philippe Gordiani, bien sûr ! Quand j’ai monté le quartette pour aventure, même si elle s’est terminée dans
“Alphabet”, j’avais envie d’un guitariste, mais il se trouve que je n’aime pas la douleur. J’étais très fier de notre deuxième
trop les guitaristes de jazz, à l’exception de Pat Metheny ou John Scofield. album, “1 :1”. Nous avions réussi à avoir un vrai
Le jeu glacé d’un John Abercrombie, par exemple, m’ennuie profondément. son de groupe. Je pense qu’il s’agit d’un des
C’est Joce Mienniel qui m’a présenté Philippe Gordiani, car il avait compris meilleurs disques que j’ai fait. Malheureusement,
que je cherchais un type avec un son rock, mais qui sache improviser. C’est personne ne nous a soutenus sur ce projet et
un musicien sur qui l’on peut compter, il tient toute la maison. nous n’avions aucun concert. Le groupe s’est
délité, et nous avons pris des chemins différents.
ARNOLD SCHOENBERG
Schwungvoll (premier mouvement du Quintette à vents opus 26) VERNERI POHJOLA QUARTET
interprété par le New York Woodwind Quintet. Hyperballad
“Chamber Symphony N°2/Die Glückliche Hand/Wind Quintet” “Ancient History” (Act, 2012)
(Naxos, 2001) J’adore, ça ne peut être que Verneri.
S.R.
C’est un quintette à vents mais je ne vois pas qui a écrit cette musique. C’est le plus beau son de trompette
S.R.
Boulez ? Un Français ? Ce qui est sûr, c’est que c’est de la musique que je connaisse ! Mais quel est cet album ?
du XXe siècle, je ne pense pas que ce soit Ligeti… Je trouve ça très bien, Après avoir longtemps collaboré avec Airelle
mais je donne ma langue au chat. Ah Schoenberg ! Je ne connais pas du Besson, je n’arrivais plus à jouer avec des
tout ce quintette. Avec Joce Mienniel, nous sommes à la tête d’un quintette trompettistes, mais quand j’ai rencontré Verneri,
à vents, “Art Sonic”. Il est à la flûte et moi à la clarinette, mais je précise que je suis tombé sous le charme. Nous avions un
CD “Mechanics” c’est lui qui en a eu l’idée. Il y a aussi Sophie Bernado au basson, Cédric groupe ensemble qui malheureusement n’existe
(Jazz Village / Chatelain au hautbois et Baptiste Gester au cor. On ne joue pas du tout des plus, c’était un quartette européen avec quatre
Harmonia Mundi). morceaux du répertoire, ce ne sont que des compositions de Joce, de Cédric, musiciens issus de quatre pays différent : j’étais
CONCERTS “Perpetual ou de moi. De toute façon, on serait bien incapables de jouer ce quintette de le français, Verneri, le Finlandais, le vibraphoniste
Motion” : les 9 et Schoenberg ! Le groupe a bien évolué depuis ses débuts, on commence à Pascal Schumacher, le Luxembourgeois, et le
10 octobre à Besançon collaborer avec d’autres musiciens, comme ceux de l’Orchestre Ephémère contrebassiste Henning Sieverts, l’Allemand.
(Scène Nationale), ou bien l’accordéoniste Didier Ithursarry sur un programme de valses. Notre idée était de se produire chaque fois
le 11 octobre à
Dudelange (Luxembourg, dans une grande ville européenne différente
Touch of Noir). JIM BLACK ALASNOAXIS et de pouvoir jouer dans des musées, sans
“Mechanics” : le 7 Star Rubbed aucune répétition, avec un répertoire où chacun
novembre à Vincennes “Dogs Of Great Indifference” (Winter & Winter, 2006) amènerait le même nombre de compositions.
(Espace Sorano),
le 14 novembre C’est Jim Black avec Chris Speed : AlasNoAxis ! C’est vraiment très bon On a réussi à jouer en Allemagne, en Italie et au
S.R.
à Limoges (Centre ce que j’entends, j’adore ! C’est un groupe que j’ai beaucoup écouté et Luxembourg, mais jamais en France, ni ailleurs,
Culturel Jean Gagnant). qui a énormément influencé tous les musiciens français qui jouaient au squat et c’est bien dommage. •

36 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


vendredi 06 novembre
• Filiamotsa & G.W.Sok
• Jason Moran
“Fats Waller dance party”
Une soirée France Musique
(Avec Open Jazz, présenté par
Alex Dutilh en direct et en public
depuis Jazzdor)

SAMEDI 07 novembre
• Daunik Lazro Solo
• Pascal Contet Solo
“Utopian wind”
• Archie Shepp
Attica Blues Big Band
• Carlos Bica & Azul
+ Louis Sclavis Jazzdor
Ensemble

dimanche 08 novembre
• Michael Wollny
Solo / Duo / Trio
+ Émile Parisien /
Joachim Kühn Quintet

lunDI 09 novembre
• Plaistow
• Kris Davis Quintet

MARDI 10 novembre
• Donkey Monkey
• Mark Feldman /
Sylvie Courvoisier
+ Il Pergolese

mercreDI 11 novembre
• Polymorphie
• Michael Alizon
& Jean-René Mourot
“Les Couloirs du temps”
+ Mark Turner Quartet
(avec Avishai Cohen)

jeuDI 12 novembre
• Imbs W Paceo / Bortone
• Michel Portal / Émile
Parisien / Vincent Peirani

VendreDI 13 novembre
• Diego Manuschevich Duo
+ Quartet
• Yves Dormoy
“Usages du Monde”
• Lisbeth Quartett
invite Antonin-Tri Hoang
+ Julia Hülsmann Quartet
feat. Theo Bleckmann
“Kurt Weill and America”

sameDI 14 novembre
• Matthieu Metzger Solo
• “Coronado”
• Amok Amor (Peter Evans /
Wanja Slavin / Petter Eldh /
Christian Lillinger)
+ Hans Lüdemann T.E.E.
Ensemble

dimanche 15 novembre
• Élèves du Conservatoire
de Strasbourg
• Auditive Connection
• Richie Beirach Solo

marDI 17 novembre
• Eve Risser
White Desert Orchestra

mercreDI 18 novembre
• Bernard Struber Jazztett
“La Symphonie déjouée”

jeuDI 19 novembre
Ville et • ARK4 “De l’Aube à Minuit”
Consei Eurométropol
l
Pro Helv Général du Ba e de Strasbou
Jazzmaga etia onda s-Rhin Régionrg Ministèr
zine, Ja Cr e de
zzthetik édit Agricole Alsace Sace la Culture et
vendreDI 20 novembre
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passe à table
texte Franck Bergerot photos Jean-Baptiste Millot

JEAN-LOUP LONGNON

“Je suis probablement


amoureux de
ce que je n’ai pas”
Râleur impénitent, provocateur outrancier, sensible écorché,
le trompettiste et chef d’orchestre Jean-Loup Longnon témoigne plus
ouvertement que d’autres du malaise des jazzmen français attachés
à une certaine tradition face à l’indifférence contemporaine. A table !

M
repères

1953 Naissance
à Paris.
1968 Adopte la Musicien paradoxal, trompettiste truculent, scat- je suis resté chez moi, à faire de la paperasse, de la promo, du design,
trompette.
teur intarissable, chef d’orchestre et composi- toutes choses que je déteste, mais indispensables pour assurer la sortie d’un
1977 Premier prix teur dévoué à la musculature du big band swing disque et aujourd’hui à charge du seul musicien, l’économie du jazz étant
du premier Concours comme aux étoffes de l’orchestre symphonique, ce qu’elle est. J’aspire à laisser tomber tout ça, le marketing, les courbettes
national de jazz de la
Jean-Loup Longnon s’est imposé au premier à des organisateurs sourds comme des pots. Après la sortie du Paris-Calvi
Défense.
plan de la scène française au milieu des années Big Band, je vais dormir. Je rêve d’ouvrir une chambre d’hôte en Grèce et
1978 Création d’un 1980 avec sa suite symphonique L’Ours et l’en- de passer les saisons à regarder la mer. Je ne jouerai plus que lorsque j’en
big band à l’invitation
d’André Francis. registrement par Atlantic de ses partitions par aurai envie et j’écrirai de la musique.
un orchestre new-yorkais composé de musi-
1984 L’Ours, poème ciens des orchestres de Mel Lewis et et Toshiko Lors du concert de création du Paris-Calvi Big Band aux
symphonique en
hommage à Henri Akiyoshi. Alors qu’il dirige depuis 2008 le Lon- Petits Joueurs l’an dernier, j’ai retrouvé la spontanéité et
Dutilleux. gnon Big Band, sa carrière connaît un sursaut l’enthousiasme qui animaient votre big band au Cardinal Paf en 1980.
cette année avec la sortie au printemps dernier Vous n’allez tout de même pas renoncer à ça ?
1987 “Jean-Loup
Longnon And His d’un disque en quintette (plus invités), “Just In J’ai monté et fait répéter le Paris-Calvi Big Band au printemps 2014
J.-L.L.
New York Orchestra” Time”, et cet automne d’un autre avec le Paris- pour honorer la mémoire de René Caumer, fondateur du Festival
enregistré pour Calvi Big Band. Pour passer à table, il nous a de Calvi qu’habitait ce même enthousiasme. René, qui est décédé en 2013,
Atlantic à New York rejoint un soir de canicule, coiffé d’un keffieh était un audacieux, tout à la fois avant-gardiste et classiciste, un homme de
sous la direction de
improvisé, chez un spécialiste du teppanyaki, lettres, un humaniste, un hédoniste. Chaque année à Calvi, il faisait vivre à la
Ted Nash.
ce plat que les Japonais font griller sur plaque communauté des musiciens une utopie : une semaine durant, nous étions
1991 Prix Django métallique et dont les Occidentaux ont fait un débarrassés des problèmes d’argent, nous n’avions qu’à jouer du mieux que
Reinhardt.
show culinaire à grand renfort de flambées sous nous pouvions*. Le Paris-Calvi n’a donné que deux concerts. Le premier
le nez des convives. est celui auquel vous avez assisté à Paris le 17 juin 2014. Nous avons joué
jusque tard dans la nuit et le lendemain matin nous avons embarqué pour
Lorsque nous avons pris rendez- Calvi, tous dans le même avion, comme le faisaient chaque année les invités
vous, vous m’annonciez un dernier du festival, et nous avons donné le soir-même un second concert dont je
disque, après quoi vous aviez l’intention m’apprête à publier l’enregistrement… On y trouvait plusieurs générations
de vous retirer. C’est sérieux ? de musiciens passés par Calvi, de Jean-Philippe Viret et Pierre de Bethmann
Lorsque nous avons fixé ce rendez- à Nicolas Folmer et Bastien Ballaz, sur des partitions de Count Basie, Thad
J.-L.L.
vous, je vous ai également dit que Jones, Rob McConnell, Andy Emler et Stan Laferrière, qu’ils interprétèrent
j’arriverai directement du studio. Or aujourd’hui, avec ce mélange de ferveur et de compétence qui caractérisait les concerts
au lieu de m’y rendre pour sélectionner, monter, et les jam sessions de Calvi. Nous rejouerons au Petit Journal Montparnasse
nettoyer les bandes de mon prochain disque, le 22 octobre. Je n’ai aucun autre engagement d’ici l’an prochain, à part un

38 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


‘‘Je ne suis
pas un bopper
naturel.
Je viens du jazz
New Orleans
sur lequel j’ai
greffé le bop.”

duo avec le pianiste Louis Mazetier, le 2 octobre, et un concert du Longnon Big Band à Bayonne sérieux qui n’a pas l’air sérieux. Il est impossible d’être
le 23 février. Alors, pourquoi ne pas partir en Grèce ? indiscipliné lorsqu’on dirige un big band. Ce que l’on a
pu prendre pour de l’indiscipline était plutôt une forme
Mais Louis Mazetier est un pianiste de stride ! d’anti-conformisme et un mode de communication.
Vous êtes plutôt un bopper, non ?
Je suis très à l’aise avec le stride. Avec Louis Mazetier, nous avons fait un très beau disque, Une forme de provocation ? Est-ce
J.-L.L.
“Just Friends”, hélas mal promu, et que j’espère ressortir. Je ne suis pas un bopper naturel. revendiqué ou quelque chose de subi ?
Je viens du jazz New Orleans sur lequel j’ai greffé le bop. Mon premier trompettiste de référence, C’est en tout cas quelque chose dont ma
J.-L.L.
c’était Louis Armstrong. Après, j’ai écouté Buck Clayton et Roy Eldridge, puis paf ! Dizzy ! Et Clark carrière a pâti. Je n’ai jamais su me placer dans
Terry… Ils ont été décisifs. un monde où il est plus important de savoir se vendre que
d’avoir une œuvre authentique, mais l’anticonformisme
Vous avez donc un parcours d’autodidacte. Dans les années 1980, vous vous m’est naturel. Dans mon enfance, autour de moi, tout
présentiez dans une interview comme un chef indiscipliné. Est-ce toujours le cas ? le monde était musicien : ma mère et ma grand-mère
J’ai commencé à diriger vers 1975 au Club Méditerranée. En 1978, à la suite de mon toutes deux pianistes et chanteuses, mon père chanteur,
J.-L.L.
premier prix à La Défense, André Francis qui dirigeait le jury m’a invité à présenter un que je n’ai croisé qu’à l’âge de dix ans… J’ai appris
grand orchestre à l’Espace Cardin. Je ne suis venu à l’écriture qu’un peu après. J’étais un être le piano, un peu de violoncelle, mais j’ai dû me battre
extrêmement indiscipliné, sauf dans la direction d’orchestre, seul domaine où j’ai fait preuve de de toutes mes forces contre cet environnement familial
sérieux même si je suis resté un lecteur médiocre. J’ai toujours été quelqu’un d’extrêmement étouffant pour faire enfin valoir à quinze ans mon envie de

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 39


passe à table Jean-Loup Longnon

‘‘
un double besoin de truculence et de
raffinement, les riffs de Count Basie et les
textures d’Henri Dutilleux.
Je suis un insatiable, que je joue, que
J.-L.L.
je scatte ou que j’écrive. Et je suis un
J’aime chef de meute. J’aime emmener les gens vers
emmener le mieux, le surpassement, le toujours plus
beau. J’aime le volume, l’ampleur, l’enluminure
les gens vers et la bacchanale. Je suis probablement
le mieux, le amoureux de ce que je n’ai pas, je veux
surpassement, toujours plus. J’adore faire monter la pâte
orchestrale, qu’elle soit celle du big band ou
le toujours du symphonique et, quand j’ai un big band,
plus beau.” j’aime écrire en trompe-l’œil de façon à le faire
passer pour un symphonique, comme je l’ai
fait sur Lush Life pour le Longnon Big Band sur
“Encore du Bop ???”.

Et vous abandonneriez cette ivresse


repères jouer de la trompette, et contre le message institutionnel de l’école. Lorsque je d’improviser sur la trompette pour
suis sorti de pension où j’avais été très malheureux, le monde n’était plus celui vous consacrer exclusivement à ce métier
1992 “Cyclades” que j’avais connu. Et je suis entré en révolte contre l’arrogance des “pattes d’écrire et diriger ?
avec orchestre d’éph” et des cheveux longs, la libido invasive et la dictature d’une adolescence Ma trompette et moi, nous traversons
symphonique. J.-L.L.
qui crachait sur le jazz et osait lui préférer la pop. Depuis toujours, mon seul un moment comme en connaissent
1996 “Bop désir, c’était de vivre les aventures de mon oncle trompettiste [Guy Longnon, les vieux couples. Depuis le concert de sortie
Dreamer”, live en fondateur du premier département de jazz en conservatoire, à Marseille en de “Just In Time”, fin mai, je ne l’ai pas sortie
septette à Jazz in
1964, NDR]. Je rêvais de jouer comme lui des nuits entières dans ces clubs une seule fois. Une partie de nos problèmes
Marciac.
légendaires de la grande époque du jazz à Paris, un Paris en noir et blanc tel de couple a néanmoins été résolue par un
2008 “Encore du qu’il se superpose aux photographies de mon enfance. Mais le temps d’être spécialiste de l’embouchure, mi-sexologue,
Bop ???” par le
Longnon Big Band. en âge de monter sur scène, tous ces clubs avaient fermé et ce Paris-là avait mi-stomatologiste : Tony Romera. Il m’a reçu
disparu. Il ne m’est resté que cette fable dont le titre aurait pu être Le Temps dans son cabinet, a pris mille mesures de
2014 Création où le monde était beau. mes lèvres, de mes dents, de ma manière
du Paris-Calvi Big
Band. de souffler : « Jouez-moi une ballade avec
Vous semblez hanté par cette idée du “Beau”. Le “Beau” est beaucoup de sons graves, allez-y, ne vous
2015 “Just In pourtant une valeur très relative et, à chacune de ses avancées gênez pas, plus ample, maintenant resserrez
Time” par le Jean-
Loup Longnon vers la modernité, le jazz s’est heurté aux avocats du “Beau absolu”. et faites-moi un contre-ré… » Il a fait entrer
Quintet. J.-L.L.
Le “Beau” existe et il est immuable. Il découle de l’harmonie et de toutes ces données dans sa machine à
l’équilibre entre les éléments qui le composent et que les vraies tourner les embouchures d’où plusieurs
démarches artistiques s’efforcent d’établir. J’aime le bop non parce qu’il modèles sont sortis et, brusquement, j’ai eu
est moderne, mais parce qu’il est beau. Je ne parle pas du bop aventureux l’impression de savoir jouer de la trompette.
des années 1945 avec ses avalanches de quintes bémol. C’est rigolo, mais Tous les instrumentistes qui rencontrent des
pas très satisfaisant. Les beaux thèmes bebop sont ceux qui n’en sont pas, problèmes relationnels avec leur trompette
comme ‘Round Midnight. À partir du moment où un produit est fait pour devraient rendre visite à Tony Romera. C’est
marcher avec son temps, on verse dans une surenchère où l’on confond le à 70 kilomètres de Barcelone, c’est l’occasion
“Beau” avec la nécessité de plaire. d’un voyage merveilleux à travers le massif de
CD Longnon Big Band : Montserrat et d’une rencontre unique avec un
“Encore du bop ???” Vous parlez d’arrêter de jouer pour écrire. Vous avez écrit authentique sorcier. •
(Intégral Jazz). Jean-Loup pour le big band et pour symphonique. Vous semblez écartelé * Chaque fin de printemps, René Caumer invitait tous frais
Longnon Quintet : “Just in payés les musiciens et leur famille à passer une semaine de
Time” (Autoproduit / UVM). entre deux boulimies, celle du jeu, avec un jeu très plein, et celle de vacances à Calvi, en échange de quoi ils participaient aux
Jean-Loup Longnon “Paris- l’écriture, également chargée. Avec dans l’un comme dans l’autre jam sessions de la soirée.
Calvi Big Band” (Autoproduit
/ UVM).
CONCERTS En duo avec
Louis Mazetier le 2 octobre
à Saulon-la-Chapelle Jean-Loup Longnon et Franck Bergerot ont dîné chez Inagiku, rue de Pontoise dans le 5e arrondissement de
(Salle des fêtes), avec le Paris. Au menu : maki au foie gras, mangue et sauce prune pour l’interviewé, salade d’algues pour l’intervieweur,
Paris-Calvi Big Band le
22 à Paris (Petit Journal teppanyaki (grillade sur plaque chauffante de fruits de mer et légumes sautés) pour les deux, le tout arrosé d’un
Montparnasse). Sancerre Les Rochettes.

40 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


aire

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Les CD Collection sont des compilations thématiques réalisées par la rédaction. (2) Tarif kiosque. accéder aux informations vous concernant, les rectifier et vous opposer à leur transmission éventuelle en nous écrivant.
le jour

j
texte Jonathan Glusman

À ce

16
moment-
là dans
monde

août
1963

Le jour où
Kennedy a gracié
Hampton Hawes
Hampton Hawes, « nourris de prêches
et de spirituals, et non de pêches et
de spiritueux » (Jacques Réda).

En ce jour jazz, pour la première fois, un président Pour un jazzman des années 1950, avoir des ennuis avec la justice faisait
des Etats-Unis accorde sa grâce à un musicien presque partie de la routine : cette génération de boppers avait grandi dans
le sillage de Bird, et nombre d’entre eux pensaient que l’héroïne les aiderait à
condamné à la prison ferme, et qui plus est l’un aborder les complexes grilles d’accords et les tempos effrénés, comme leur
des meilleurs pianistes de jazz de sa génération. idole. Avec un peu de chance, le rappel à la loi se limitait au retrait de leur
cabaret card, mais pour Hampton Hawes, la sanction fut plus sévère. Arrêté
le 13 novembre 1958, jour de son trentième anniversaire, le pianiste écopa
de dix ans d’emprisonnement. Bien entendu, les autorités ne se souciaient

42 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


HOME JFK PAS GRACIÉ
SWEET HOME Le 22 novembre, à Dallas,
Le 14 décembre, le Général Texas, John Fitzgerald
de Gaulle inaugure un Kennedy est le quatrième
bâtiment d’avant-garde, président des États-Unis
destiné à accueillir les à être victime d’un
services de la radio et de assassinat et le huitième ILS N’ÉTAIENT PAS VENUS LÀ
la télévision française. à décéder dans l’exercice POUR BEURRER LES SANDWICHES
Cinquante-deux ans plus de ses fonctions. Sortie des Les Tontons flingueurs de Georges

PHOTOS : X/DR
tard, fraîchement rénovée, Lautner. Ci-dessus, dans l’église Saint-Germain-
“La Maison de la Radio” de-Charonne : Lino Ventura, Francis Blanche,
est toujours là. Robert Dalban, Bernard Blier et Jean Lefèvre.

guère qu’il soit l’un des meilleurs pianistes de la Côte Ouest, ni qu’il
ait enregistré avec Barney Kessel, Jim Hall, Charles Mingus ou Sonny
Rollins. Ses albums en trio lui avaient certes valu le titre de “nouvelle
star” dans les revues Down Beat et Metronome, il demeurait un cri-
minel aux yeux de la loi.

Hampton Hawes purgeait sa peine à la prison fédérale de Fort Worth


au Texas depuis un peu plus de deux ans lorsqu’un événement tota-
lement indépendant de sa situation lui permit de reprendre sa vie en
main. Comme des millions d’Américains devant leur poste, le pianiste
assista depuis sa cellule au discours d’investiture du 35e président des En kiosque
États-Unis : John Fitzgerald Kennedy. Impressionné par son charisme N° 47 Août 1963
et intimement convaincu que « cet homme avait assez de soul pour
lui venir en aide », Hawes commença dès le lendemain à recueillir des Duke ou saxophoniste, baptisé
lettres de recommandation et entama une procédure pour obtenir la Ornette ? à l’église épiscopale,
grâce présidentielle. La démarche était longue et fastidieuse, mais il Tandis qu’en ouverture croit en Dieu). « Je n’y
reçut contre toute attente une réponse de la rubrique pense guère et je n’agis
favorable de la Maison Blanche le 16 disques Jean Wagner pas en conséquence !
août 1963. À peine trois mois plus tard, s’enthousiasme pour le En fait, j’ai toujours
premier disque du trio songé qu’avant cette
Kennedy mourait assassiné à Dallas,
Duke Ellington – Charles vie présente, j’avais
non loin du pénitencier de Fort Worth. déjà vécu à une autre
Mingus – Max Roach
Hawes, lui, avait déjà repris sa carrière époque. Je crois en la
(« chacun de ces trois
là où elle s’était arrêtée. Il était même en musiciens a donné là réincarnation : peut-être
passe de devenir une légende. son meilleur disque aurai-je encore une autre
depuis longtemps ») en vie ? »
L’une des premières choses que fit le espérant une suite qui,
pianiste à sa sortie de prison fut d’aller hélas, ne viendra jamais, Jamal était mal
écouter Thelonious Monk au It Club de il règle son compte, en Page 13, une “Jazz
Los Angeles. Pour tout dire, son ancien compagnie de Jean- information” étonne :
Pierre Binchet et de « A la suite de l’ingestion
camarade eut du mal à le reconnaître
Jacques Réda, qui ne d’une trop forte dose de
après ces cinq années et demie d’ab- somnifère, Ahmad Jamal
sont pas moins tendres
sence, mais ce n’était pas le plus grave. a dû être hospitalisé
GIUSEPPE PINO (CI-CONTRE), XDR (A GAUCHE)

que lui, à “Change Of


Hawes comprit surtout très vite que la d’urgence dans une
A Century” d’Ornette
scène jazz avait changé, que son style Coleman (le “disque clinique de Chicago. »
hérité d’Art Tatum et Bud Powell était dont on parle”, l’ancêtre Fort heureusement,
passé de mode, et qu’il ne retrouverait de notre double page “Le « bien qu’il ait avalé
sans doute jamais son niveau d’avant. disque qui fait débat”). le contenu de deux
D’ailleurs, hormis son fidèle producteur tubes de narcotique »,
Lester Koenig, nul n’aurait parié sur Les vies de le médecin chargé des
Dexter soins déclara que la vie
son comeback. Et pourtant, Hampton
A la Une, Dexter Gordon, de Jamal n’était pas en
Hawes était déjà devenu un modèle danger. Cinquante-deux
pour de nombreux pianistes à travers le monde, fascinés par son superbement immortalisé
par la photographe ans plus tard, le juvénile
sens du blues et ses accents funky. En tant que fils de pasteur, il avait pianiste de 85 ans est en
anglaise Valerie Wilmer.
en effet puisé dans les gospels et les spirituals de son enfance dès la pleine forme !
Page 26, il répond
fin des années 1940 et en avait fait sa marque de fabrique bien avant aux questions du
qu’Horace Silver ou Bobby Timmons ne popularisent le genre. Dans rédac’ chef, Jean-Louis
l’attente de son procès, le pianiste avait même consacré tout un album Ginibre, qui lui demande
à ce répertoire, baptisé “The Sermon” : de là à penser que la musique notamment s’il lui arrive
fait des miracles… • de penser à son salut (le

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 43


Jazz & Cie présente

Avec les Beatles, les Wings et en solo…

la saga d’un génie pop

Muziq n° 5 vous invite


à une immersion totale dans
l’œuvre de Paul McCartney.
Sa collaboration avec
John Lennon, ses premiers
pas en solo, la fulgurante
carrière des Wings, ses
échappées expérimentales,
ses concerts, son jeu de
basse, etc. De Yesterday
à aujourd’hui, tout ce que
vous avez toujours voulu
savoir sur le fascinant
parcours de l’ex-Beatles.
Des sujets de fond, des interviews,
des comptes rendus de concerts,
des tops imaginaires et une analyse
discographique fouillée complètent
un lexique thématique fouillé de plus
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d’une centaine d’entrées.

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Christian Scott,
sa stretch music
et son bugle
inversé : quel
Choc ! Lire p. 58

le guide

STRETCH MUSIC
nouveautés rééditions téléchargement livres dvd

Mehldau
CHOC Sommaire
se fait coffret magazine 44 Le disque
Le 16 octobre sortira sur qui fait débat
Nonesuch un coffret de huit Ibrahim Maalouf, “Kalthoum”
33-tours de Brad Mehdlau, Pages 58 à 59 et “Red Black Line”
“10 Years Solo Live”, soit dix- Fred Hersch Solo 47 Playlist
neuf enregistrements et plus 48 Kris Davis
Joe McPhee The Loneliest Woman
de 300 minutes de musique
répartis en quatre thématiques : William Parker For Those Who Are, Still 50 Jazz vocal
“Dark/Light”, “The Concert”, 52 Mon disque à moi
Christian Scott Atunde Adjuah Frank Minion
“Intermezzo / Rückblick” et Stretch Music
“E Minor / E Major”. Que les 53 Fresh Sound
Retour au cédéphiles ou les accros de Irène Schweizer / Han Bennink
Welcome Back New Talent
l’écoute dématérialisée se
bord de l’eau rassurent : “10 Years Solo Live” Virginie Teychené Encore
54 Kenny Clarke
A l’occasion du soixantième sera disponible ensuite en CD et 55 Rêves symphoniques
Sun Ra Arkestra Babylon Live
anniversaire de sa parution, en digital... 56 Pérez-Patitucci-Blade
le fameux “Concert By Page 56 60 Philippe Soirat
The Sea” d’Erroll Garner vient 62 David Patrois
Pérez Patitucci Blade Children Of The Light
de ressortir sur Columbia
Legacy en version trois 64 Hors Piste
CD, produit par Geri Allen,
Page 68 Prokofiev par David Enhco
totalement remasterisé, Billy Cobham The Atlantic Years 1973-1978 65 Pat Metheny
avec onze inédits. 66 Virginie Teychené
67 Jazz en fusion
68 Billy Cobham
71 Les imports
Gibert Joseph

Joe Castro et ses amis les abréviations utilisées dans Le Guide


“Lush Life : A Musical Journey” : le grand discographe Daniel acc accordéon cello violoncelle fl flûte ss saxophone soprano
Richard œuvrait depuis des années sur ce coffret consacré à Joe afl flûte alto cl clarinette g guitare ssn saxophone sopranino
arr arrangements cla claviers, synthétiseurs htb hautbois tb trombone
Castro, un pianiste qui, après avoir épousé l’une des femmes les as saxophone alto cnt cornet hca harmonica tp trompette
plus riches du monde (Doris Duke), n’a cessé d’inviter les plus b contrebasse comp composition hp harpe ts saxophone ténor
grands noms du jazz à enregistrer avec lui : Stan Getz, Chico bars saxophone baryton cor cor mar marimba tu tuba
bcl clarinette basse dir direction org orgue vib vibraphone
Hamilton, Teddy Edwards, Zoot Sims, Oscar Pettiford, Lucky bjo banjo dm batterie p piano vln violon
Thompson, Leroy Vinnegar, Paul Motian, Billy Higgins... bs saxophone basse
bsn basson
elb basse électrique
elg guitare électrique
perc percussions
plt platines
voc chant
vtb trombone à pistons
Sortie début novembre (Sunnyside / Naïve). En attendant, btb trombone basse elp piano électrique prod production
rendez-vous sur joecastrojazz.com. bu bugle elec effets électroniques prog programmation

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 45


le guide sur la platine
le disque qui fait débat

Ibrahim Maalouf
Kalthoum /
Red Black Line
X/DR

Le trompettiste publie simultanément deux disques, le


L’avis de premier, acoustique, en hommage à la chanteuse Oum
Kalthoum et le second, électrique, conçu comme une
Antoine ode à la femme d’aujourd’hui pour « son rôle fondateur
et fondamental dans l’espoir d’un avenir meilleur ». Kalthoum
Hervé “Kalthoum” a la préférence des invités à notre débat du
mois, plus attentifs à la musique qu’à ses prétextes.
1 CD Impulse / Universal

✪✪✪✪ [Kalthoum] Ibrahim Maalouf (tp, arr), Mark Turner


✪✪✪ [Red And Black Light] (ts), Frank Woeste (p, arr), Larry
Grenadier (b), Clarence Penn (dm).
Voilà un excellent
trompettiste, sensible, Ce qu’en pensent nos pigistes
expressif, original, poète,
techniquement à l’aise et
sachant se mettre en valeur. Franck Bertrand Jonathan
Bergerot Bouard Glusman
Sincèrement bravo ! Je suis
peut-être un peu moins séduit ✪✪ [Kalthoum] ✪✪ [Kalthoum] ✪✪✪✪ [Kalthoum]
par le côté systématique des ✪ [Red and Black Light] ✪✪ [Red And Black Light] ✪✪ [Red & Black Light]
arrangements de “Red & Black
Un top model de la Aux racines du crossover En publiant simultanément
Line”, mais les compositions trompette. Il me manque la auquel est parvenu le un disque jazz et un autre
ont le mérite d’être simples “sportivité” (musculation trompettiste franco-libanais plus pop, Ibrahim Maalouf
en apparence, ce qui n’est en physique et intellectuelle se trouve un sens indéniable suscite bel et bien un débat,
fait pas si facile à réaliser. En qui aiguise le réflexe et la du lyrisme. mais pas tout à fait celui
apparence seulement, car les réactivité au jeu collectif) Maalouf compose des choses qu’on croit.
mesures asymétriques et autres ainsi que l’érotisme immédiatement accrocheuses Car au fond, l’enjeu ne
polyrythmies, qui sont très à la (esquive, dissimulation, à l’oreille, privilégie les porte pas tellement sur le
mode en ce moment auprès désir et plaisir différé) efficaces effets de contraste, style adopté par son groupe
des musiciens, confèrent une qui me font écrire sous la les changements de direction acoustique (“Kalthoum”) ou
bannière du jazz depuis brusques donc saisissants. électrique (“Red & Black Light”)
complexité au projet qui ne
quarante ans. Ses approches se retrouvent mais davantage sur l’originalité
doit pas échapper aux initiés.
Le public, lui, doit sans doute Quant à ma curiosité tout aussi sur ces deux albums pourtant et la diversité de leurs
ancienne pour “la musique fort différents dans la forme : répertoires. Or, les thèmes du
apprécier le côté didactique
de l’autre”, elle ne trouve ici fusion électrique aux accents second se limitent à quelques
dans le fait de répéter à foison rien que de très banal et a pop sur “Red and Black Light”, notes exécutées en boucle sur
des cellules mélodiques fait des rencontres autrement quartette acoustique aux longs des rythmes entraînants, de
courtes. Il y a donc là une grandioses. Le jazz sert de mouvements dans l’hommage préférence impairs. Nul doute
certaine habileté pour faire caution à “Kalthoum” selon un à Oum Kalthoum (“Kalthoum”). que la formule ait du succès
passer du “complexe” tout art de la production qui force le Même façon de travailler par sur scène, en particulier si Eric
en restant lisible par le public. respect. Le piano et les motifs cellules, même aversion pour Legnini continue d’y apporter
Le projet “Kalthoum” est plus dessinés pour la rythmique par de véritables développements ses sonorités dignes de Return
profond, plus habité. L’émotion Frank Woeste font la relative de ses thèmes (Maalouf To Forever (Elephant’s Tooth),
y est immédiate et la liberté variété et le ciment de cette préfère passer à autre chose). mais elle peine à maintenir
déclinaison redondante d’un Effet de procédés, donc ? l’intérêt depuis une platine.
donnée aux musiciens plus À l’inverse, les mouvements
vocabulaire minimal. L’habillent Certes, mais le trompettiste
grande. J’aime ces sonorités les brèves séquences sait multiplier les trouvailles soigneusement arrangés
orientales mêlées au jazz. improvisées des compagnons qui font mouche (la bifurcation de “Kalthoum” offrent des
Belle réussite. jazzmen d’Ibrahim sur lesquels balkanique sur Escape est un ambiances infiniment plus
Antoine Hervé fait sa rentrée des classes le trompettiste est étrangement exemple) et si son lyrisme peut riches. Ils incitent les musiciens
avec ses “Leçons de jazz”, sur Duke Ellington discret dans ses interviews. être boursouflé sur certains à davantage d’interaction,
le 8 à Rouen (conservatoire). Il jouera son
programme “Complètement Stones” le 10 à Quant à “Red & Black Light”, moments de “Red and Black de nuances, de lâcher-prise,
Saint-Michel-sur-Orge (Espace Marcel Carné). c’est une aimable plaisanterie Light”, il repose sur une ferveur notamment chez Mark Turner
destinée au picorage en et une forme d’idéalisme dont qui s’est totalement approprié
téléchargement plus qu’un on lui fera largement crédit. cette suite orientale.
album durable.

46 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


playlist 10 morceaux qui tournent
sur les platines de la rédaction

Eric Le Lann Aube Session


Un Le Lann “vintage” et toujours aussi captivant, extrait de son disque de
1983, “Night Bird”. Cet Aube Session figure dans la double compilation
anniversaire d’un label français qui compte, JMS.
Où ça ? “40e Anniversaire JMS” (JMS / La Baleine)

Arturo O’Farrill & the Afro-Latin Jazz Orchestra


Blues Guaguanco
Les inattendues onomatopées de Bobby Carcassés sur l’irrésistible roulement du guaguanco
sont l’un des charmes de cet album destiné à reprendre une conversation entamée par Dizzy
Gillespie et qui nous prendra du temps à en faire le tour.
Red & Black Light Où ça ? “The Conversation Continues” (Motema / Harmonia Mundi)
1 CD Imulse / Universal

Ibrahim Maalouf (tp), Eric Legnini Bernard Lubat S’ôter l’obstacle


(cla), François Delporte (elg), Entre jeux de mots (les titres des morceaux, le texte du livret : que du bonheur) et jeux de notes,
Stéphane Galland (dm). un “pianomade” qui plane haut dans les sphères de l’invention. Entre Cecil et Eddy, Ahmad et
Martial, Bernard en impose.
Où ça ? “ Improvisions” (Cristal Records / Harmonia Mundi)

Pierre de Bethmann Trio Promise Of The Sun


Stéphane En ouverture du premier du trio inattendu d’un pianiste raffiné – Sylvain
Ollivier Romano à la contrebasse, Tony Rabeson à la batterie –, une perle rare et
somme toute méconnue d’Herbie Hancock (millésime 1969, extraite de
✪✪✪ [Kalthoum] “The Prisoner”).
✪ [Red & Black Light] Où ça ? “Essais / Volume I” (Aléa / Socadisc, sortie le 16/10)
XDR

De la “suite jazz” Willem Breuker Kollektief Flat Jungle


orientaliste à la néo-fusion Cette composition déjà entendue sur les images du film de Van der Keuken Flat Jungle jouée au
métissée, Ibrahim Maalouf festival d’Angoulême 1980 par le Kollektief, c’est fou !
couvre l’ensemble de Où ça ? “Angoulême, 18 mai 1980” (Fou Records / fou.records.free.fr)
ses territoires et offre un
résumé des séductions et
limites de son univers.
Théo Ceccaldi Petit citron vert
Avec la stellaire Alexandra Grimal (ts), le terrien Ivan Gélugne (b) et le surfeur Floria Satche
Jusqu’alors les incursions du (dm), le violiniste et compositeur signe un album aux saveurs multiples, mais toujours relevées.
trompettiste dans le champ Petit Citron Vert en témoigne.
du jazz m’avaient paru Où ça ? “Petite Moutarde” (ONJazz Records / L’Autre Distribution)
superficielles et naïves tandis
que ses projets crossover André Villéger / Philippe Milanta Serenade To A Bus Seat
étaient parfois parvenus à
Un moelleux ténor, un piano en angles vifs, l’un et l’autre tout à la fois stimulants et apaisants
me séduire par leur mélange
pour mener à bien un jour de bouclage. Parmi ce répertoire “strayllingthornien”, une intro
d’énergie et de roublardise
monkienne intro nous fait lever le nez… Bien sûr, ce siège de bus n’est autre que celui qui
assumée. C’est ici le
donna son titre à l’album de Clark Terry de 1957.
contraire. Avec ses chansons
Où ça ? “For Duke and Paul” (Camille Productions / Socadisc)
composées sur le même
moule et habillées de sonorités
clinquantes, entre néo-jazz-
Jason Miles / Ingrid Jensen Sanctuary
rock et électro-pop, “Red & Cette pièce de Wayne Shorter est tellement étrange – et marquée –
Black Light” est affligeant. En qu’elle est de celles qui n’ont pas accédé au statut de standard. La
regard, la suite “Kalthoum”, version de la trompettiste Ingrid Jensen et du claviériste Jason Miles
revisitant l’un des succès de trouve la juste distance pour la revisiter sans trahir sa mémoire.
XDR

la diva égyptienne au prisme Où ça ? “Anima” (Double Moon Records / Socadisc, sortie décembre)
du jazz contemporain, offre
probablement le meilleur de Nicolas Genest / Yvan Robillard A Long Gone
ce que Maalouf a à proposer Très belle entrée en matière pour ce duo trompette / piano qui a pris soin de composer des
en termes d’écriture et de originaux, s’autorisant seulement un standard, et non des moindres (My Funny Valentine).
direction orchestrale. Laissant à Où ça ? “A Long Gone Way” (Cristal Records / Harmonia Mundi, sortie le 16/10)
un Mark Turner impérial le soin
d’improviser, le trompettiste Albert Mangelsdorff Heat Wave
assure la ligne mélodique et Juin 1963 (date ultime de ce recueil d’inédits), Albert et son frère Emil à l’alto, Joki Freund pour
oriente les humeurs du groupe un arrangement qui met le vieux saucisson d’Irving Berlin sous overdrive… Le jeune Heinz
avec savoir-faire. Sauer coltranise à mort et c’est bon !
Où ça ? “Manhattan Modern” (sonorama / sonorama.de)

Octobre 2015 Numéro


Octobre2015 Numéro677
677 Jazz Magazine 47
le guide

GROS PLAN

dès 1995, Sylvain Beuf effectue d’écho et de réverb, se projeter


un parcours sans fautes. Mais pas en paysages abstraits, offrant à
sans prise de risques. Son dernier Raphaël Saint-Rémy de vastes
album “Electric Excentric”(2012) espaces vierges à peupler de son
l’avait vu « électriser » son univers univers sonore singulier mêlant à
grâce à l’arrivée du guitariste l’épinette et au hautbois (déjà peu
Manu Codjia et du bassiste usités dans ce type de contexte)
Philippe Bussonnet. Le quartette des instruments de sa fabrication

PETER GANNUSHKIN
alors constitué avec Julien Charlet encore plus rares (ces tuyaux
Atlantico (batterie) a bien tourné et cela de cuivre assez rudimentaires,
…En rouge s’entend à la cohésion proposée percés mais sans clés, et joués
1 CD La Fabrica’son label / fabrica-son.org dans “Plénitude”. Généreux et avec des anches doubles,
Nouveauté. Membre fondateur
de la francilienne association
Kris Davis lyrique à son habitude, Sylvain
Beuf a convié Laurent Coulondre,
jeune talent très sollicité, qui
auxquels il a donné le joli nom de
“hauts-cuivres”)… Tour à tour
introspective et pleine de fureurs
Fabrica’son, le pianiste Sidewoman ou leader, la pianiste apporte un son velouté à l’orgue. expressionnistes, la musique du
Sébastien Paindestre a marqué Kris Davis continue de nous séduire « J’ai souhaité créer de longs duo, véritablement hantée, donne
les esprits avec un projet dédié par son sens de la forme. espaces musicaux afin que souvent l’impression troublante
à Radiohead, à la tête de son nos échanges nous emmènent de susciter des spectres… Une
groupe Amnesiac Quartet. Il ne Ces deux disques, pourtant si différents – toujours plus loin », confie le expérience quasi chamanique. •
manque pas de mémoire pour “Save Your Breath” de Kris Davis à la tête de saxophoniste, auteur, à une seule STÉPHANE OLLIVIER
autant. Il en avait donné la preuve son Infrasound Septet [✪✪✪✪] et “Too Many exception, de tout le répertoire
dans le projet de musiques sur Raymond Boni (g, hca), Raphaël
Continents” du trio de Nick Fraser avec elle présenté. Une certaine force Saint-Rémy (p, hautbois, hauts-
des films de Georges Méliès. tranquille émerge de cet album, cuivres, épinette). Malakoff, Studio
et Tony Malaby –, confirment ce que nous
Cette fois-ci, avec le groupe le dixième en tant que leader, qui Sextant, du 7 au 9 février 2014.
franco-américain Atlantico, il savions déjà : la faculté toute particulière
de Kris Davis à donner cohérence à tout vient confirmer (si nécessaire) la
nous ramène à une époque valeur intrinsèque de Sylvain Beuf.
plus proche mais tout aussi ce qu’elle touche. Non que le trio de Nick
• JEAN-LOUIS LEMARCHAND
remarquable sur le plan créatif, Fraser, compositeur prolixe, soit dépourvu
Sylvain Beuf (ts, ss, comp), Manu
ces années 50-60 du jazz cool et de tout sens de la forme, mais entre les Codjia (elg), Philippe Bussonnet
du Third Stream. Coproducteur discontinuités de son jeu de batterie et les (elb), Julien Charlet (dm), Laurent
de l’album, Dave Schroeder, saxophones hirsutes de Tony Malaby, la Coulondre (cla, org). Vannes,
Moods Studio, 26 au 28 septembre
directeur du département jazz pianiste a une façon de photographier les 2014.
de l’Université de New York et situations, d’en révéler les
multi-instrumentiste (saxophone
soprano, clarinette alto, flute alto
contrastes et les lignes Christian Brazier
et harmonica) salue d’ailleurs
de force, de leur servir
un cadre. Faute d’avoir
Quartet
de belle manière Jimmy Giuffre Septième Vague
pu l’entendre à Gand
dans Giuffre Cool et n’est pas 1 CD ACM / Socadisc
sans évoquer Herbie Mann dans (Gent Jazz), on se réjouit
Diz “R” Us, mené sur un rythme de découvrir sur disque Nouveauté. Après
alerte. Elégance, sophistication l’Infrasound qui, outre “Circumnavigation” paru il y a
et délicatesse sont au rendez- le piano de sa leader, déjà cinq ans sur le label Celp
vous dans “...En rouge”, œuvre compte une guitare (Nate Radley), un orgue Raymond Boni et enregistré en hommage au
partagée de Sébastien Paindestre (Gary Versace doublant à l’accordéon), une & Raphaël navigateur Bernard Moitessier,
voici le septième album d’un
et Dave Schroeder. Assurément
une des belles surprises de
batterie (Jim Black) et quatre clarinettistes
(Ben Goldberg, Oscar Noriega, Joachim
Saint-Rémy contrebassiste qui a ancré depuis
l’année. • JEAN-LOUIS LEMARCHAND
Clameur longtemps ses activités dans la
Badenhorst et Andrew Bishop) doublant le région marseillaise. Ce nouveau
1 CD Emouvance / Absilone
Dave Schroeder (ss, cl, afl, hca, soprano avec les registres plus graves de titre évoque lui aussi la mer,
comp), Sébastien Paindestre ✪✪✪✪
(p,comp), Martin Wind (b), Billy l’instrument (de contralto à contrebasse). première passion du bassiste qui
Drummond (dm). Studio Dolan, D’une écriture plus contraignante que Nick Nouveauté. Ça commence débuta dans la marine marchande
New York, 13 février 2015. Fraser, mais d’une grande diversité de points dans les “règles de l’art”… Un avant de devenir musicien
de vue, aux allures parfois minimalistes, piano-vague, dense et rythmique, professionnel. S’éloignant de ses
avec un sens des couleurs, dans sa façon tout en flux et reflux pulsionnels, influences d’origine marquées
quasi spectrale de combiner les quatre engage un dialogue elliptique par une esthétique plutôt proche
anches et de recourir aux claviers, elle avec les jaillissements soniques du free (rencontres avec Sunny
élabore de grandes fresques où sont mis d’une guitare gestuelle au Murray, Barre Phillips, André
en valeur chacun de ses comparses, et discours savamment discontinu… Jaume), il propose ici une
Nous voilà clairement en pays musique très fluide où la mélodie
où je redécouvre tout particulièrement la
de connaissance pour qui a une place de choix sans rien
musicalité de Jim Black. • FRANÇOIS MARINOT s’intéresse à l’improvisation abandonner de son intérêt de
Sylvain Beuf Clean Feed / Orkhêstra libre… Et puis dès le deuxième toujours pour l’improvisation. A
Plénitude morceau, les humeurs changent, ses côtés, on retrouve la pianiste
l’instrumentarium se diversifie aixoise Perrine Mansuy qui
1 CD Impro Primo Records / Socadisc collabore depuis plusieurs années
(variant au fil des plages), les
Nouveauté. Dans le vocabulaire dispositifs se complexifient, et aux projets de Brazier et c’est un
boursier, il serait “une valeur de c’est l’ensemble du projet qui plaisir d’entendre à nouveau son
fond de portefeuille”, synonyme insensiblement dérive vers des toucher délicat et les harmonies
de performance sûre. Trente ans territoires nettement moins chatoyantes qu’elle affectionne.
de métier, lauréat du prix Django balisés… Il faut entendre alors Autre musicien fidèle compagnon
Reinhardt de l’Académie du Jazz la guitare de Boni, par des effets de route du leader, Christophe

48 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


Leloil, trompettiste qu’on ne doit à une rythmique inventive,
présente plus, apporte sa belle à la frappe puissante du batteur
sonorité chantante à une musique Terreon Gully, aux basses de Clint
qui semble avoir été écrite pour Mullican, une découverte. Pour
lui, Dylan Kent, batteur d’origine mettre le feu, mais aussi souffler
australienne, faisant preuve de la tendresse dans les ballades,
d’autant de dynamisme que de trois saxophonistes, dont Greg
finesse. Ajoutons une belle qualité Tardy, se partagent le matériel
d’enregistrement et voilà un thématique, des compositions
album qui invite au voyage, toutes du pianiste que complètent (I’ve
voiles dehors. • PHILIPPE VINCENT Got a) Golden Ticket de Leslie
Christophe Leloil (tp), Perrine Bricusse, une reprise de Human
Mansuy (p), Christian Brazier Nature et The Biscuit Man de
(b), Dylan Kent (dm). Pernes-les- Donald Brown, père de Keith,
Fontaines, studio La Buissonne,
février 2014. qui s’est tôt penché sur son
clavier. Phineas Newborn, Kenny
Kirkland fêté ici dans Capt’n Kirk,
et Mulgrew Miller sont ses autres
mentors. Keith joue un piano
solaire aux notes capiteuses et
chaudes, mais aussi de l’orgue et
du Fender Rhodes. Il y excelle, en
répand les couleurs. Un bugle, de
discrètes vocalises enveloppent
parfois ses morceaux. Une
Keith Brown guitare s’y fait souvent entendre.
The Journey S’il laisse beaucoup parler ses CERRONE / TONY ALLEN / DIDA
1 CD Space Time Records / Socadisc musiciens, Keith Brown veille au
grain, calme leurs ardeurs pour RUBIN STEINER / PETITE VENGEANCE
RÉVÉLATION !
mieux faire respirer sa musique. AVISHAI COHEN TRIO / OTIS TAYLOR
Nouveauté. Après un premier Loin de l’étouffer, son jeu virtuose
disque partiellement enregistré à enthousiaste la fait constamment ERIC BIBB & JEAN-JACQUES MILTEAU
Paris en 2010, Keith Brown nous chanter. • PIERRE DE CHOCQUEUSE
livre un opus qui concilie avec Keith Brown (p, elp, org), Kenneth
LAURENT COULONDRE TRIO / ELI DEGIBRI
bonheur tradition et modernisme. Whallum III, Greg Tardy, Jamel SNARKY PUPPY / THE SOUL REBELS
Omniprésent, le blues se marie Mitchell (saxes), Mike Seal (elg),
ici à des métriques impaires, à Clint Mullican (b, elb), Terreon JEANNE ADDED / BRAD MEHLDAU
“Tank” Gully (dm) + Tamara Brown
des rythmes de hip hop ou de
reggae qui affermissent le swing
(voc) & Vance Thompson (bu). VINCENT PEIRANI & EMILE PARISIEN
Atlanta, Doppler Studios,
et favorisent le groove. On les 1 et 2 avril 2015. SÖNDÖRGÖ / STÉPHANE BELMONDO TRIO
HUGH COLTMAN / DEE ALEXANDER 4tet
livre MAXIME BENDER 4tet / PINK MARTINI
ELECTRO DELUXE / JACKY TERRASSON 5tet
Banjo
Par Claude McKay SANDRO LORIER GIPSY TRIO / VKNG
Editions de l’Olivier, 382 p., 14,90 € YORGUI LOEFFLER INVITE TCHAVOLO
Le passionnant ouvrage sur le jazz à Marseille SCHMITT & MARIE-CHRISTINE BRAMBILLA
(A fond de cale, 2012) de Michel Samson et Gilles
Suzanne nous avait rappelé la présence sur ROSETTE / THOMAS SCHOEFFLER JR
le port de Claude McKay (1899-1948) et d’une
communauté noire qui lui inspira Banjo entre 1927 COLIN STETSON & SARAH NEUFELD
et 1928. La réédition de la traduction de Michel
Fabre (qui en signe la postface) répond à notre MARCUS MILLER / AMON DÜÜL II / …
curiosité pour l’ouvrage de ce Jamaïcain, pionnier
de la Harlem Renaissance, qu’il ne connaitra que sur son déclin. Il part
en effet pour Londres dès 1919, visite l’Union soviétique en 1922, d’où
il revient déçu vers Berlin et Paris en 1923. Installé à Marseille l’année www.nancyjazzpulsations.com
Licence II : 54-0104 - Licence III : 54-0264 / Schlep X Juin / Réalisation : Studio Punkat
suivante jusqu’en 1928, il ne rejoindra New York qu’après avoir visité PREMIER PARTENAIRE DU FESTIVAL

l’Espagne et le Maroc. Banjo est le surnom du Noir américain Lincoln


Agrippa Daily, l’un des personnages, banjoïste occasionnel (son air
préféré est Shake That Thing !, enregistré par Papa Charlie Jackson en
1925), membre d’une communauté noire vivant de la manche, de petits
boulots et de combines dans les bas-fonds marseillais. Une roman à
épisodes, entre Don Quichotte et Les Pieds Nickelés, avec des accents
à la Francis Carco et à la Pierre Mac Orlan, mais où les débats qui
opposent l’intellectuel Ray à ses compagnons de bohème, louisianais,
new-yorkais, antillais ou africains, prennent le pas sur l’intrigue, et nous
plongent dans une sorte de Jacques Le Fataliste de la négritude et de
la mondialisation. À prolonger par Home to Harlem qui scandalisa la
bourgeoisie noire, en anglais ou dans la traduction de Louis Guilloux. •
FRANCK BERGEROT

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 49


le guide

GROS PLAN

Bobby Bryant Philip Catherine


Chicago Years The String Project - Live in
1 CD Fresh Sound Records / Socadisc Brussels
Réédition. Intrigué par les 1 CD Act Music / Harmonia Mundi
tendances rhythm & blues (Love ✪✪✪✪
For Sale) et gospel (Sleepy) de Nouveauté. C’est en acceptant
ce big band, je me suis d’abord l’invitation du Brussels Jazz
demandé si ce trompettiste au Festival au Flagey que Philip
nom familier avait un quelconque Catherine eut l’envie de présenter
lien de parenté avec le pianiste pour la première fois une sélection
Ray Bryant qui en était l’un des de ses compositions avec un
spécialistes. Il se confirme que orchestre à cordes. Si ce type de
non. Ce Bryant-là (1934-1998) formation ne fait pas toujours bon
venait de Chicago (où, originaire ménage avec le jazz, l’idée est ici
du Mississippi, il s’était installé judicieuse, et même naturelle, tant
en 1952), tout comme l’ensemble la musique du guitariste belge se
des musiciens qui l’entouraient. prête à cet habillage. Avec leurs
Si le disque, enregistré par Vee lignes claires, toujours chantantes,
Jay en 1961, était initialement et leurs climats délicieusement
destiné à lancer leur carrière
nostalgiques, typiques d’une
hors de la Windy City, il faut
certaine tradition européenne,
bien admettre qu’hormis James
les thèmes de Catherine sortent
Spaulding, très présent chez
sublimés par cette juxtaposition.
Blue Note dans les années à
Discrètement accompagné par
venir, aucun de ces jazzmen n’a
une belle rythmique, notamment
vraiment fini par percer. Certes,
l’excellent Nicolas Fizman et
sa parution tardive en 1974 n’a
l’élégant Nicola Andrioli – qui a
pas dû faciliter les choses, mais
participé aux arrangements avec
pour être franc, son insuccès
d’autres –, le guitariste enchaîne
tient probablement davantage
exposés et chorus avec son
à la monotonie du répertoire,
phrasé légendaire et sa sensibilité
essentiellement constitué de
pop songs et de standards. Bien unique. Dès les premières notes,
que le chef d’orchestre s’en on se laisse ainsi emporter avec
Sarah McKenzie, la révélation
sorte plus qu’honorablement bonheur par la douce poésie et les jazz vocal de la rentrée.
avec sa sonorité éclatante mélodies délicates et éternelles de
X/DR

ce concerto lyrique. Une réussite !

Jazz vocal
et ses prouesses à la Cat
Anderson dans les aigus, on • FÉLIX MARCIANO
en profitera bien mieux dans Philip Catherine (elg), Nicola
Andrioli (p), Nicolas Fizman (g,
la suite du programme, en elb), Hans van Oosterhout (dm),
quartette. Le trompettiste y Orchestre royal de chambre
accompagne le batteur Larry de Wallonie, Frank Braley (dir). Aujourd’hui, le jazz vocal a souvent des allures d’auberge
“Wild” Wrice dans une veine Bruxelles, en public au Flagey, 13 espagnole ouverte à tous les genres. Voilà six chanteuses
hard bop irrésistiblement groovy. janvier 2015. pour qui le mot “swing” n’a pas forcément la même
Propulsé par les riffs explosifs signification.
de l’organiste et stimulé par
l’approche tout en ponctuations Après un premier enregistrement “Modern Love Songs” (2), dont
du leader, Bobby Bryant y mérite autoproduit, la Canadienne le principal défaut est d’être trop
cette fois pleinement les éloges Alejandra Ribera signe avec “La court (8 morceaux et 25 minutes)
du critique Leonard Feather qui Boca” (1) son véritable premier pour ceux qui seront séduits par
comparait son inventivité et sa
album et choisit une esthétique sa voix mutine.
virtuosité à celles des plus grands
trompettistes de l’histoire du jazz. pop allant plutôt bien à sa voix De folk, il en est également
• JONATHAN GLUSMAN Jean-Pierre Como profonde et granitée qui a sans question avec Caecilie Norby et
Bobby Bryant “Big Band Blues” : Express Europa doute séduit Arthur H, venu la Lars Danielsson puisque “Just
avec notamment Bobby Bryant (tp) The Two Of Us” (3) s’ouvre
et James Spaulding (ts, fl). Chicago, 1 CD Absilone / Socadisc rejoindre sur deux titres. De la pop
9 et 13 février 1961. Larry “Wild” ✪✪✪✪ à la folk music il n’y a qu’un pas avec le Both Sides Now de Joni
Wrice “Wild!” : Bobby Bryant (tp), que franchit avec élégance Dida, Mitchell et se clôt par l’Hallelujah
James Spaulding (fl, as, ts), Bobby Nouveauté. Les disques de
Blevins (org), Larry “Wild” Wrice Jean-Pierre Como se suivent mais Israélienne formée aux Etats-Unis de Leonard Cohen. Mais entre
(dm). Chicago, octobre 1959. ne se ressemblent pas. Après un qui présente son deuxième opus, ces deux classiques du genre, le

50 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


jazz transpire entre les mots de la “Bolero” au parfum sud-américain latin). On joue alors comme dont la réputation s’affirme, ces
Danoise et les cordes de contrebasse paru en 2013, le pianiste- on respire. Tel est le cas dans dernières années, sur le plan
du Suédois, tant sur les morceaux compositeur revient aujourd’hui ce second album signé par le international. La thématique
vers ses racines européennes quartette d’Arnault Cuisinier, variée de cet album accorde
d’Abbey Lincoln (émouvant duo comme d’ailleurs dans le premier une place au blues, fût-ce sous
avec cet “Express Europa”.
voix-percussions sur Wholly Earth) Un clin d’œil à “Express Paris “Fervent !”, publié en 2010 forme de clin d’œil (Kind of
que sur les compositions originales Roma”, album majeur publié en sur Laborie Jazz. Ici encore Blues), et à des mélodies souvent
(écoutez avec quel beat la basse 1995, marqué par sa rencontre nul essoufflement de colère, inspirées par le folklore, comme
porte Wild Juju Child !). Sans doute avec Stefano Di Battista. Le halètement d’impatience ou Momento Fugaz auquel Shlomo
le disque le plus attachant de la saxophoniste italien fait d’ailleurs hoquet d’indignation. Seulement Ydov apporte le concours de sa
chanteuse à ce jour. Autre duo partie du nouveau voyage musical la puissante et douce haleine voix et de sa guitare. Mélodies
de Como, aux côtés de Louis des cadences bien inspirées, au demeurant séduisantes.
voix/contrebasse, celui de Karen l’expiration coulée d’un souffle
Winsberg et Stéphane Huchard, Ainsi The Unknown Neighbor
Marguth avec Kevin Hill. Nous avions deux compagnons de longue collectif subtilement partagé. au rythme de valse, interprété
découvert en 2010 cette Californienne date. Mais plus encore que ces Toujours au service d’un “jazz au soprano et où Barak Mori
qui n’a rien perdu de ses qualités retrouvailles, c’est la présence de de chambre” fluide, dense s’illustre à l’archet. Les deux
et, avec “ Just You, Just Me ” (4), deux chanteurs qui singularise et recueilli ; d’une musique autres membres du quartette
elle redécouvre un répertoire de cet “express européen”, en poétique, ardemment patiente, réuni dans ce disque, le sixième
classiques qu’elle peut arranger l’occurrence l’Italien Walter soucieuse des couleurs et des du saxophoniste en tant que
Ricci et l’Anglais Hugh Coltman, nuances. L’alchimie d’un groupe leader depuis “In The Beginning”
avec bonheur (I’m Beginning To est toujours mystérieuse. Elle ne
dont le timbre unique illumine (2003), font partie l’un et l’autre
See The Light) sans rien lâcher de se décrète pas. Elle s’éprouve de la génération montante
littéralement les compositions de
son agilité. Regrettons simplement, Como. En accordant ainsi une et se prouve dans la magie de et prometteuse de la scène
par intermittence, la sonorité de la place de choix à la voix – sans la rencontre et de l’échange. S’il israélienne. • JACQUES ABOUCAYA
contrebasse. pour autant négliger les parties fallait trouver quatre mots pour Eli Degibri (ts, ss), Gadi Lehavi
Après une douzaine d’albums chez instrumentales –, le pianiste résumer les qualités qui unissent (p), Barak Mori (b), Ofri Nehemya
en ce bel ensemble démocratique (dm) + Shlomo Ydov (g, voc). 
Concord depuis le début des années souligne la dimension mélodique
de sa musique, portée par une ces quatre musiciens, ce
1990, revoici Karrin Allyson chez serait sans hésitation : la classe,
Motéma, pour ce qui ressemble fort sensibilité à fleur de peau. Plus
mature que jamais, il s’appuie l’élégance, le raffinement et la
à un nouveau départ. “Many A New ici et là sur les arrangements confiance. • PASCAL ANQUETIL
Day” (5) ne brille pas par l’originalité délicats de Pierre Bertrand, Jean-Charles Richard (ss),
du répertoire (un hommage à ajoutant à ses thèmes lyriques et Guillaume de Chassy (p), Arnault
Cuisinier (b), Fabrice Moreau (dm).
Rodgers & Hammerstein) mais par sensuels une patine orchestrale Malakoff, Studio Sextan, janvier
ceux qui donnent le change à la qui évoque par instant l’univers du 2015.
chanteuse : Kenny Barron au piano Pat Metheny Group. Cet album de
et John Patitucci à la contrebasse. jazz raffiné, paisible, bienfaisant
et profondément humain prouve
Drifter
Voix claire et technique vocale Flow
que c’est loin de Sixun que Como
impeccable, cette sorte de science donne le meilleur de lui-même. • 1 CD Edition Records / Harmonia Mundi
de l’art vocal ne va pas sans une FÉLIX MARCIANO Nouveauté. Voici quatorze
certaine froideur, malgré l’élégance Jean-Pierre Como (p, elp, org), ans sortait sur le label Igloo le
du jeu du pianiste. Hugh Coltman, Walter Ricci (voc), premier disque du quartette
La vraie nouveauté est représentée Stefano di Battista (as, ss), Louis
Winsberg (g, elg), Jérôme Regard d’Alexis Tuomarila : un pianiste
ici par Sarah McKenzie, Australienne (b, elb), Stéphane Huchard (dm) +
André Ceccarelli (dm), Jean-Marie
Eli Degibri finlandais et une rythmique
belge fort intéressants, en qui on
de 27 ans fraîche émoulue du Berklee Cliff Hangin’
Ecay (g), Xavier Tribolet (org), fondait moult espoir. Deux ans
College of Music de Boston. Pianiste, Pierre Bertrand (arr). Studio de 1 CD Jazz Family / Socadisc plus tard l’éphémère branche
compositrice, arrangeuse, elle fait Meudon, février 2015.
jazz de Warner Finlande faisait
Nouveauté. Eli Degibri
preuve d’une maturité précoce et appartient à cette catégorie entrer le quartette en studio pour
son phrasé naturel révèle aussi une de saxophonistes généreux, enregistrer “02”, dont les notes
authentique chanteuse de jazz qui enclins à occuper tout l’espace de pochette élogieuses étaient
cherche l’harmonie derrière les mots. sonore, sans ménager la moindre rédigées par Brad Mehldau.
D’aucuns la présentent déjà comme brèche dans un discours dense Eloges mérités : le quartette avait
la nouvelle Diana Krall, mais si elle et profus. De cette lignée, un évolué et pris de l’épaisseur. Puis
Rollins, un Coltrane. A qui il plus rien ! Aujourd’hui le groupe
n’en a pas le grain de voix, gageons
faudrait adjoindre des influences nous revient, rebaptisé Drifter,
qu’avec l’aide de Brian Bacchus plus modernes, telle celle de Joe avec un nouveau bassiste mais
(Norah Jones, Gregory Porter), Arnault Cuisinier Henderson, perceptible en plus une esthétique passablement
producteur de “We Could Be Lovers” Anima d’une occurrence. La prolixité de usée. L’auteur du communiqué
(6) [RÉVÉLATION !], elle est prête à 1 CD Melisse / melisse.fr
son discours, tant au ténor qu’au de presse joint au CD entend
se faire un nom dans la cour des soprano (Even Bees Do It) est chez eux des échos du quartette
✪✪✪✪ servie par sa technique, fruit d’un européen de Keith Jarrett – ce
grandes. • PHILIPPE VINCENT
Nouveauté. Dès la première apprentissage précoce et rodée qui ne nous rajeunit pas – et
(1) Jazz Village / Harmonia Mundi. (2) Dida Rec / écoute, il y a dans tout bon pendant une quinzaine d’années Tuomarila affirme : « Il y a dix
Socadisc. (3) ACT / Harmonia Mundi. (4) Wayfae disque quelque chose qui ne aux Etats-Unis, aux côtés de ans on jouait juste des morceaux
Music / karenmarguth.com. (5) Motéma / Harmonia trompe pas : un accord intime Herbie Hancock et d’Al Foster. qu’on aimait. Maintenant la
Mundi. (6) Impulse / Universal. entre le mouvement même de la Si bien qu’à moins de quarante musique vient de notre fond
musique et le projet qui l’anime. ans, il appartient à la jeune garde intérieur... » Voire. Car d’aucuns
C’est affaire de respiration, une israélienne, celle d’Avishai Cohen, – et j’en fais partie – préféreront
question d’anima (“souffle” en Omer Avital ou Shai Maestro les « morceaux qu’on aimait »

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 51


le guide

MON
DISQUE
A MOI
d’autrefois. Naguère, on sentait magazine
2006, du Concours Martial Solal.
une voix en train de naître. On Les Bruxellois en sauront plus
entend aujourd’hui un style très le 22 octobre en se rendant à la
contrôlé visant la joliesse. Au Chaque mois, un membre de la rédaction Jazz Station • JACQUES ABOUCAYA
point qu’on frôle parfois la new choisit dans sa discothèque un grand Christian Ramond (b), Frederik
age, surtout quand deux de ces classique, un trésor oublié ou un disque Köster (tp), Lars Dupler (p),
messieurs chantent. “To drift”, Jens Düppe (dm). Olbia (Italie),
injustement méconnu. Casagliana Studio Recordings, 1er
en anglais, veut dire dériver. De
fait, l’ex-quartette de Tuomarila et 2 février 2015.
Chico Freeman /
semble avoir perdu le nord. •
THIERRY QUÉNUM Frank Minion Heiri Kaenzig
The Arrival
Nicolas Kummert (ts, voc), Alexis
Tuomarila (p), Axel Gilain (b, voc),
Teun Verbruggen (dm). Bruxelles,
“The Soft Land 1 CD Intakt / Orkhêstra
29 et 30 novembre 2014. Of Make Believe” Nouveauté. Voilà bien longtemps
Bethlehem – 1961 qu’on n’avait plus entendu parler
de Chico Freeman. Enfant chéri
des programmateurs, de la fin des
« Knowbody
knows the jazz I’ve Antonio Faraò années 70 au milieu des années
80, le ténor fit encore quelques
heard… But J.C Boundaries tours de piste au sein des Leaders
Heard. » Il ne s’agit 1 CD Verve / Universal puis disparut dans une université
pas d’un remix du ✪✪✪✪ américaine dont personne ne
spiritual Nobody songea à le tirer pour parcourir
Nouveauté. La première fois que
Jens Düppe Knows The Trouble
j’ai entendu Antonio Faraò, il jouait
l’Europe. Les programmateurs ont
leurs chouchous, qu’ils installent
Anima I’ve Seen. Plutôt
en maillot de bain sur un piano sur scène puis poussent à tour de
d’une superbe
1 CD Double Moon Records / Socadisc pourri. C’était il y a plus de vingt- rôle vers la sortie : le public est
version signée
Nouveauté. Le batteur et cinq ans dans une paillotte sur la friand de chair fraî che, n’est-il
d’un certain Frank Minion. C’était un soir
compositeur allemand Jens plage de Calvi, le Blockhauss où pas ? Pour ce qui est de Freeman,
de décembre. Je me frottais à la dextérité
Düppe, résidant à Cologne, a se retrouvaient, chaque après- je doute qu’à part quelques fans
d’un digger de haut vol avec qui je ne jurais midi pour des bœufs ébouriffants,
côtoyé, au cours d’une carrière indécrottables, grand monde ait
que par le jazz psyché. Et si on mettait de tous les musiciens invités par regretté sa “disparition”. Jeune
bien remplie, aussi bien Django
Bates et Markus Stockhausen côté les cosmogonies chimériques de Sun René Caumer à son inoubliable loup en pleine ascension, il
que Maria Schneider, Albert Ra ? Tiens, du jazz vocal. Mince, sur la festival. Tout de suite je fus ébloui n’arriva jamais à la hauteur de
Mangelsdorff ou Kenny Werner. pochette, un Black, Minion donc, en costard par sa verve latine, son allure son père Von et, la limite d’âge
Il dirige actuellement son blanc et nœud pap’ devant un micro qui va lyrique, son swing joyeux et sa atteinte, ses limites devinrent
Akustik Band et se produit aussi nous la jouer gospel profane… Eh bien, ma virtuosité ailée. Depuis je n’ai plus qu’apparentes. Qu’en est-il
au sein de Momentum, duo méfiance se désagrège pronto. Introduction cessé de le suivre, comme lors de de ce quasi comeback, dans la
d’improvisation libre qu’il forme To Black Opium Street. Un jazzman flâne sa victoire en 1989 au Concours formule périlleuse du duo, de
avec le pianiste Dimitar Bodurov, le long d’une rue et raconte ses amis, ses de piano-jazz Martial Solal. surcroît ? Pour tout dire, c’est
celui-ci inspiré par la musique amours, sa musique, à travers cinq thèmes Aujourd’hui, à tout juste cinquante Heiri Kaenzig – bassiste d’une
folklorique bulgare, spécialiste, poétiques. Le tout parmi une ribambelle de robustesse et d’une finesse à
ans, le bel Antonio se livre en
en outre, des samplers et autres standards sur lesquels il joue de sa voix toute épreuve qui a abondamment
toute maturité dans un nouvel
matériels électroniques. C’est écumé les scènes et les studios
polymorphe. Round Midnight, So What ou album réjouissant où il convoque,
d’Europe – qui, comme on dit,
dire l’étendue et la variété de Flamenco Sketches – qui se trouve, en après avoir fait appel à Joe
sa palette. Le premier album en “tient la baraque”. A l’intérieur,
réalité, être l’instru d’un certain All Blues. Lovano et Jack DeJohnette dans un souffleur sexagénaire caresse
leader de Düppe reflète ce souci
de n’assigner aucune frontière à Mais il y a là Bill Evans (p), Paul Chambers son précédent opus, des convives l’anche de son ténor avec une
(b), Jimmy Cobb (dm) ! Vous me suivez ? Et de son pays comme l’excellent souplesse et une langueur de bon
son inspiration. Or ce disque est
marqué non par la dispersion, il y a aussi Tommy Flanagan (p) et Dannie saxophoniste Mauro Negri qu’Aldo aloi. Mais qui est ce souffleur ?
mais, à l’inverse, par une unité de Richmond, le batteur de Mingus ! De quoi Romano nous avait fait découvrir Difficile de l’identifier tant il se
ton qui lui donne sa cohérence. fournir une approche plus attachante que à la clarinette en 2008 dans coule dans un moule anonyme.
Tel est sans doute le fruit d’une le vocalese de Jon Hendricks. De plus, “Just Jazz”. Justement, dans Ou comment prendre de l’âge
résidence en Sardaigne où la Minion joue aussi les blues shouters sur “Boundaries”, on retrouve aussi sans gagner en personnalité. •
cohabitation complète du groupe Watermelon et, avec You I Love, s’inspire juste le jazz, rien que le jazz, THIERRY QUÉNUM
était de règle. Le titre suggère, du du rhythm’n’blues de Mickey & Sylvia (Love fluide et souple. On devrait peut- Chico Freeman (ts), Heiri
reste, la communauté d’âme ainsi être même dire le “jazz juste”. Kaenzig (b). Winterthur, Suisse,
Is Strange que pour ma part j’ai découvert 12 et 13 décembre 2014.
créée. Elle imprègne chacune des grâce au film Dirty Dancing). Et dire qu’il Justesse d’âme, justesse de
onze compositions. Le résultat s’agit du seul et ultime disque de Minion. feeling, justesse d’inspiration, tout
combine sans hiatus une écriture On lui en voudrait presque. • KATIA TOURÉ l’album témoigne de cette qualité Minino Garay
raffinée et des passages où rare d’équilibre et d’exactitude. A Vamos
l’improvisation des uns et des preuve, cette version superbement
1 CD Viavox / L’Autre Distribution
autres se donne libre cours, allant rafraîchie du Maiden Voyage de
parfois jusqu’à des paroxysmes Herbie Hancock. • PASCAL ANQUETIL ✪✪✪✪
échevelés, dans la meilleure Mauro Negri (ss, ts), Antonio Faraò Nouveauté. Le
tradition free. Y brillent tout (p), Martin Gjakonovsky (b), Mario percussionniste
particulièrement Frederik Köster, Beggio (dm). Curtalone (Italie), argentin Minino
trompettiste véloce au jeu délié Digitube Studio, 21 et 22 avril Garay frappe encore
(Kaa) et le pianiste Lars Duppler, 2015. au travers d’une
finaliste chez nous, en 2002 et invitation, “Vamos”, lancée à un

52 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


TONY BENNETT
& BILL CHARLAP
FOCUS

Fresh Sound
THE SILVER LINING
New Talent
La branche “découverte” du label Fresh Sound nous
THE SONGS OF JEROME KERN
fait découvrir ce mois-ci deux contrebassistes, un
Canadien et un Américain, et un pianiste espagnol Un petit bijou
résidant à New York.
de douceur
Authentique “atelier musical” que “Brinks”
par un quartette de jeunes musiciens basés
de swing
à Toronto : complexité des compositions, très
maîtrisées, signées par le leader Daniel Fortin
et de sensualité
(b), discours très structuré
chez les solistes (David French
au saxophone ténor, Michael
Davidson au vibraphone –
Fabio Ragnelli tient la batterie), sens réel, mais
mesuré, de l’événement musical. Un esprit très
“années 70-80” imprègne cette formation pleine
d’avenir qui évoque les groupes de Gary Burton.
C’est la manière du quartette d’Ornette
Coleman avec Don Cherry, Charlie Haden et Ed Blackwell qui
entraîne les huit compositions personnelles de l’Américain Max
Johnson dans l’univers dépouillé mais extrêmement alerte
de “Familiar”. On retiendra ainsi les lignes bondissantes et
lourdement boisées de sa contrebasse en partenariat avec la
batterie de Ziv Ravitz, ainsi que la volubilité
du remarquable Kirk Knuffke, authentique
spécialiste du cornet.
Installé à New York, le pianiste espagnol Yago
Vazquez propose, sur “Stream”, pas moins
de quatorze compositions très actuelles,
marquées par une subtilité que l’on retrouve
également dans son jeu remarquable : retenu,
sans emphase, jamais spectaculaire, mais
constamment narratif, et fréquemment ponctué d’accords aux
dissonances douces et étranges. Une intelligence musicale digne
des deux “anciens” qu’a choisis Vazquez pour l’accompagner :
Scott Lee (b) et Jeff Hirshfield (dm). • ERIC QUENOT
Fresh Sound New Talent / Socadisc
Photo : Kelsey Bennett

NEWS
Enfin disponible, “Petite moutarde” (ONJazz / L’Autre Distibution), le premier
album du quartette de Théo Ceccaldi (vln), enregistré avec Alexandra Grimal
(ts, ss, voc), Ivan Gélugne (b) et Florian Satche (dm) • Sortie, le 16 octobre,
d’“Essais / Volume 1” du (nouveau) Pierre de Bethmann Trio avec Sylvain
Romano (b) et Tony Rabeson (dm) • Répertoire varié dans le nouveau CD En compagnie du pianiste Bill Charlap,
du Christian McBride Trio, “Live At The Village Vanguard” (Mack Avenue) :
du Wes Montgomery (Fired Pies), du Michael Jackson (The Lady In My Life), le légendaire crooner rend un brillant
du J.J. Johnson (Interlude) et du Rose Royce (Car Wash)... • Deux nouveaux hommage à Jerome Kern, un des plus grands
inédits dans la série “The Lovelive Series” du label allemand Promising Music
(promising-music.com) : Working Week (enregistré sur Radio Bremen en mai compositeurs de Broadway et d’Hollywood.
1985) et les Jazz Passengers, avec Roy Nathanson, Curtis Fowlkes, Marc
Ribot... (idem, avril 1990) • Vient de paraître, le beau livre Jazz à Mulhouse
1972/2009, rétrospective photographique du festival signée Paul Kanitzer,
directeur du festival de 1992 à 2006. Disponible sur www.blurb.fr (voir aussi
paulkanitzer.fr) • Vient de paraître, “Better Late Than Never” (Ear Music /
Warner Music), le premier album du AndersonPonty Band, l’union inattendue
de Jon Anderson, l’ex-chanteur de Yes, et de Jean-Luc Ponty, le violoniste qu’on
ne présente plus. •

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 53


le guide

GROS PLAN

quatuor de musiciens hors-pairs : Kenny Se lasse-t-on du ronronnement comme chez eux sur les tempos

Clarke
les pianistes Baptiste Trotignon et de ce gros chat capable entre ternaires et dans l’impro. Le
Malcolm Braff, le guitariste Manu deux grâces de décocher de théorbe, en arpèges comme en
Codjia et le contrebassiste Jérôme foudroyants coups de griffes, par single notes, pousserait plus
Regard. Cet opus retranscrit exemple lorsque, le 7 juin 1956 d’un guitariste à se reconvertir
également une carrière riche C’est en 1956 que Kenny Clarke (pour l’album “The Most Happy aux cordes en boyau. Le shawm
en découvertes esthétiques de s’installe à Paris. Une aubaine pour Piano”) après s’être longuement pourrait amener maint souffleur
Cordoba à Paris. Si l’on connaît les jazzmen français et européens laissé caresser le ventre sur The d’anche à s’interroger sur l’utilité
ses talents de chef d’orchestre – il que de pouvoir travailler avec un Man I Love, il bondit soudain d’ajouter le soprano au ténor.
reprend d’ailleurs Como Se Dice batteur de cette trempe, qui fut l’un en tempo double, jouant à Quant au serpent du leader,
en Cordobes, originellement joué estourbir une souris imaginaire s’il souffle sur vos têtes (sic)
avec sa formation Los Tambores
des créateurs du bebop. “K.C plays d’un bout à l’autre du clavier c’est pour vous faire céder à la
Del Sur – notre gaucho dandy the arrangements of André Hodeir, ou piétinant rageusement une tentation. Allez, soyez fou : comme
se révèle être aussi un excellent Christian Chevallier, Pierre Michelot petite zone qui révèle un piano Godard, délaissez un instant votre
maître de cérémonie. C’est que and Francy Boland” [✪✪✪✪] (1) réunit bien mal accordé. Mais peu tuba pour cette embouchure
les ego des instrumentistes ne l’album qu’il signa pour Philips en importe l’accord, ronronnant ou ophidienne au timbre doux et
sont point perceptibles. Et cela, compagnie du premier et les 45- pas, notre félin est boulimique ténébreux. • THIERRY QUÉNUM
même sur le titre Ovni, reprise tours qu’il fit pour Columbia avec les et ce sont dix-neuf morceaux Michel Godard (serpent, elb),
de Magic Malik à laquelle ce qu’il engloutit ce jour-là. Quatre Katharina Bäuml (shawm), Bruno
dernier participe. Que ce soit
trois autres, l’ensemble constituant seulement de cette magnifique Hellstroffer (théorbe), Lucas
derrière son cajon, son set de un témoignage brillant de la vitalité séance nous sont restitués dans Niggli (perc) + Airelle Besson (tp).
du jazz de ce côté de l’Atlantique à Villefranche-de-Rouergue, 16 et 17
batterie ou à travers la narration cette anthologie, mais on entend août 2014.
dont il parsème cet opus, le l’époque. Don Byas (ts) était arrivé la hâte et le bonheur de jouer qui,
colosse romantique maîtrise les dans la capitale dix ans plus tôt et sur l’ensemble des 28 plages ici
fréquences avec brio, fait jeu Lucky Thompson (ts) sélectionnées et commentées par
d’une élégante exigence et jongle et Billy Byers (tb) les deux Alain Gerbert et Tercinet
avec les métriques. Il invite ses de 1948 à 1962, ne quittent pas
hôtes à s’exprimer sur les styles
avaient débarqué eux cet heureux compagnon. •
qu’il évoque plus qu’il ne les joue, aussi en 1956. Ils sont ALFRED SORDOILLET
du tango (Memoria Colectiva) au tous solistes dans ces Erroll Garner en solo, trio ou
flamenco (Vamos), en passant par enregistrements qui quartette avec guitare. Détails
le folklore argentin (La Arenosa) nous font découvrir dans le livret.
et même la chanson (La chanson quatre jeunes John Greaves
d’Hélène, Wonderful World). Notre arrangeurs déjà bourrés de talent. Peter Blegvad
coup de cœur, Provinciano, entre
tradition argentine et musique
André Hodeir s’y taille la part du Lisa Herman
gnawa. • KATIA TOURÉ lion (douze titres de 1956) avec des Kew.Rhone.
Baptiste Trotignon (p), Manu morceaux de Miles, Monk ou Mulligan 1 CD ReR Megacorp / Orkhêstra
Codjia (elg), Malcolm Braff (p, elp), qu’il marque du sceau de sa plume ✪✪✪✪
Jérôme Regard (b), Minino Garay novatrice, mettant en valeur Martial
(dm, perc, voc). Studio de Meudon, Réédition. Un disque de légende.
2014. Solal qui se fait aussi mystérieux Né le jour où sortait “Never
dans l’introduction de Blue Serge que Michel Godard Mind The Bollocks, Here’s The
virtuose dans The Squirrel de Tadd A Serpent’s Dream Sex Pistols”, sur le même label.
Dameron. Si Pierre Michelot (1957) 1 CD Intuition / Socadisc  “Kew.Rhone.” ne connut pas de
est influencé par le nonette de Miles retentissement immédiat et la
✪✪✪✪
seule publicité qu’on lui fit, c’était
Davis, c’est du côté de Bill Holman Nouveauté. Je suis prêt à parier assez énorme, s’apparentait à
qu’il faudrait chercher une parenté à que si Michel Godard était Noir- une rumeur. On dit que Robert
Christian Chevallier (1957), arrangeur Américain et s’appelait Yusef Kirk Wyatt en avait acheté deux. Un
déjà renommé à l’époque. Quant ou Roland Lateef, il remplirait seul aurait été rapidement usé.
les lieux dédiés au jazz. Car
Erroll Garner au “cousin belge” Francy Boland,
que fait ce joueur de serpent
Le projet résultait de la complicité
de deux aventuriers du verbe et
The Quintessence 2, 1948-1962 c’est l’année de l’enregistrement ici
sinon explorer l’assemblage des sons. Peter Blegvad (pour
2 CD Frémeaux / Socadisc
présenté (1960) qu’il va fonder son de sonorités inédites (l’exquis
fameux big band longtemps codirigé les textes) et John Greaves (pour
Réédition. Le volume 1 retraçait shawm – ancêtre du hautbois la musique) venaient de deux
avec Kenny. – et l’épatant théorbe) dans un formations supérieures dans le
les premières années toujours
passionnantes à parcourir. Si la présence de Kenny Clarke peut cadre où le swing est bien là, domaine du rock progressif et des
Ce volume 2 plonge dans paraître plus anecdotique dans le CD même si l’inspiration mélodique mots en liberté : Slapp Happy et
la plénitude, forcément plus “Rita Reys And The Pim Jacobs Trio vient souvent du fond des âges. Henry Cow. Ils avaient travaillé
ronronnante, sans trop s’attarder Featuring K.C.”, cette édition permet- Or qu’ont fait d’autre Roland trois mois durant à la fusion
sur le best seller “Concert By the Kirk et Yusef Lateef avec leurs d’une coulée qui empruntait au
tra de redécouvrir avec bonheur celle anches multiples, leur ancrage
Sea” que tous possèdent et que qui fut surnommée “Europe’s First dadaïsme, au free jazz et à la
les autres pourront bientôt se dans le blues ou la quête d’un pop la plus inventive, poursuivant
Lady of Jazz” lors de son passage au Orient rêvé du second ? Sous la les objectifs de l’Oulipo en
procurer (si les premiers leur en
laissent quelques exemplaires festival d’Antibes-Juan-les-Pins en pulsation souple et précise de mêlant proverbes, anagrammes
dans les bacs) dans une nouvelle 1960, trois morceaux en bonus étant Lucas Niggli, nous entendons et palindromes sur des airs de
édition “Complete” (3 CD) extraits de ce concert. • PHILIPPE VINCENT ici s’ébattre trois instruments fanfare aérienne survolée par la
que Sony Music nous promet Fresh Sound / Socadisc atypiques dans la sphère voix étale de Lisa Herman. Les
exemplaire et aura livré chez vos jazzistique – rejoints sur un prodigieuses présences de Carla
disquaires avant même que ces thème par l’admirable trompette Bley et Mike Mantler donnaient
pages paraissent. Ronronnante ? d’Airelle Besson – et ils sont à ce disque une impression à

54 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


FOCUS

Rêves
symphoniques
Le pianiste Thierry Maillard s’offre “le symphonique”
LES COUPS
DE CŒUR
D’ELSA
tandis que son confrère Baptiste Trotignon vient de
composer un concerto. BOUBLIL
Deux expériences radicalement opposées menées
par deux personnalités qui ne le sont pas moins.

CHRISTOPHE ABRAMOWITZ / RADIO FRANCE


On connaît Baptiste Trotignon pour sa pudeur, la
précision de son geste aux limites d’une certaine
affectation lorsque Thierry Maillard est un pianiste de Elsa Boublil
l’emportement qui confine à l’excès. On voit bien ce Vous avez
que ces deux attitudes peuvent induire dans le rêve dit classique ?
symphonique qui hante les jazzmen. Sur “Different Du lundi au
vendredi
Spaces”, Baptiste Trotignon abandonne le clavier à son confrère classique
de 16 h à 17 h
Nicholas Angelich sous la direction de Paul Daniel à la tête de l’Orchestre sur France Inter
national Bordeaux-Aquitaine, le temps d’un concerto où l’on voit qu’il a

Vous avez
assimilé à la perfection une littérature classique française de la première
moitié du siècle dernier, assortie d’accents bartokiens et stravinskiens. Si
le propos dépasse nos compétences, on ne boude pas

dit classique ?
son plaisir, notamment de retrouver, comme distillé,
un peu de ce que l’on aime chez Trotignon dans ces
parties de piano, particulièrement celles ajoutées au
concerto, trois Préludes pour piano seul et ces Trois
Pièces pour deux pianos auxquelles il apporte son
concours d’interprète. Sur “The Kingdom Of Arwen”, Nouvelle aventure et ses joies, vibrant contraste
d’une jeune fille en fleur
Thierry Maillard aborde le Prague Concert Philharmonic cette année, qui s’engage dans la vie de
avec tous ses doigts – il en a beaucoup – et un brouet
d’influences tous azimuts à prédominance balkanique, auquel son trio
qui interroge femme. Sa voix porte et son rire
(Dominique Di Piazza, Yoann Schmidt) et quelques invités dont Didier le mot “classique”. enchante. Elle nous a offert
Malherbe, Minino Garay et Nguyên Lê apportent leur concours. Une Qu’est-ce qui est classique, une heure de parole et
générosité d’intention qui ploie sous une opulence et un folklorisme standard, ancien, moderne, d’émotion, le charme a opéré.
également brouillons. • FRANCK BERGEROT d’un genre ou d’un autre?
Naïve / Naïve
“Vous avez dit classique ?” “Vous avez dit
est une nouvelle émission
qui fait la part belle à toutes
classique ?”, c’est
les musiques. Le jazz conserve donc de la musique
bien sûr une place privilégiée tous les jours de la
NEWS puisque le vendredi est axé semaine. De la musique,
sur son actualité : sorties de toutes les musiques et donc
On se réjouira du retour de Label Bleu en écoutant le nouveau David
disques, concerts, standards du jazz bien sûr, un peu,
Krakauer, “Hear… The Big Picture”, enregistré avec Jenny Scheiman aussi. chaque jour, pour casser les
(vln), Adam Rogers (elg), Jim Black (dm)… Sortie le 16 octobre • Vous frontières et démontrer que
êtes plutôt Lizz Wright ou Kellylee Evans ? Faites vos jeux : la première Quelques rendez- toutes les bonnes musiques
sortira “Freedom & Surrender” le 16 octobre (Concord Records / Universal, vous forts déjà, avec deviennent très vite classiques !
produit par Larry Klein ) et la seconde “Come On” (Decca Records / la chanteuse Cécile
Universal, produit par Sébastien Vidal) le 30 • Dans les bacs depuis le
22 septembre, la double compilation “Africa Jazz” publiée par Cristal McLorin Salvant
Records (distribution Harmonia Mundi), qui mélange astucieusement notamment, qui
classiques (Randy Weston, Duke Ellington, Art Blakey…) et nouveautés venait présenter son
(Philippe Combelle, Nicolas Genest, Sellam-Renne…) • Deux nouvelles
références chez Rogue Art : “Entropy/Enthalpy” de The Turbine ! (Harrison
tout dernier album,
Bankhead, Benjamin Duboc, Hamid Drake et Ramon Lopez) et “Our Lady Of
“For One To Love”. Une mise
The Flowers” de Matthew Shipp Declared Enemy. Chroniques dans notre à nu émouvante avec ses
prochain numéro • Enregistré avec ses fils Alex (p), Leo (dm) et le tubiste chansons qui reflètent son
Oren Marshall, “2081” (Cam Jazz / Harmonia Mundi), qui vient de paraître, expérience, interprétées avec
sera hélas l’ultime album de John Taylor • Mark Murphy, Bob Dorough, toujours autant de ferveur.
Jon Hendricks, Sheila Jordan et Annie Ross sont les special guests du Sa voix peut tout et s’affirme.
“Royal Bopsters Project” du quartette vocal London Meader Pramuk Cécile Mc Lorin Salvant n’a pas
& Ross (Motéma Records / Harmonia Mundi) • Le pianiste Bruno Angelini peur de nous offrir ses failles
sort “Leone Alone” : deux medley solo autour des BO de Il était une fois
la révolution et Le bon, la brute et le truand (illusionmusic.fr) •

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 55


le guide

la “Escalator Over The Hill”. plus. Seulement voilà, jouer sa GROS PLAN
Souvent réédité, parfois avec un propre musique, en 2015, c’est
appareil exégétique permettant tellement moins chic ! •
de le mieux comprendre, ce PASCAL ROZAT
disque qui passait autrefois pour John Hollenbeck (arr, dir), Theo
une curiosité est enfin devenu Bleckmann, Kate McGarry (voc), Uri
l’ordinaire de ce que l’on fait de Caine (p, org), Frankfurt Radio Big
Band + Gary Versace (p, mélodica).
meilleur en combinant le jazz Francfort, du 16 au 19 septembre
improvisé et la pop rêveuse. • 2014.
GUY DAROL
Lisa Herman (voc), John Greaves
(p, org, elb, voc, perc), Peter
Blegvad (voc, g, ts), Andrew Cyrille
(dm, perc), Mike Mantler (tp,
tb), Carla Bley (voc, ts), Michael
Levine (vln, voc), Vito Rendace
(as, ts, fl), April Lang (voc), Dana
Johnson (voc), Boris Kinberg

Pérez Patitucci Blade


(cl). Woodstock, Studio Grog Kill,
octobre 1976.

Ochion Jewell

Les frères lumière


Volk
1 CD autoproduit / ochion.com
RÉVÉLATION !
Nouveauté. C’est un matin de
2011, dans son fief de Brooklyn,
que le jeune saxophoniste et
John Hollenbeck compositeur Ochion Jewell
Songs We Like A Lot est victime d’une sombre Danilo Pérez, John Patitucci, Brian Blade : “le trio du Wayne
1 CD Sunnyside / Naïve erreur policière. Justice ne lui Shorter Quartet” vient de publier son premier album sur Mack
Nouveauté. Réarranger des sera pas rendue. Blessé par Avenue, “Children Of The Light”. Que ses lumières fusent !
chansons pop et folk pour deux ce traumatisme, sa quête de
voix et big band, telle était, en vérité passera finalement par Wayne Shorter. Dès que son nom « Quand j’ai donné à Wayne une
2013, l’ambition de “Songs I Like la musique, qu’il va enrichir de arrive dans les conversations, les copie de l’enregistrement, je lui ai
A Lot”. Un projet qui ne nous avait souffles folkloriques, symbiose métaphores cosmiques ont ten- dit : “C’est pour toi, Docteur. C’est
guère convaincus, tant les choix de pluralités mondialistes. “Volk” dance à fuser. Via ses lectures, et notre cadeau, notre preuve d’amour,
orchestraux nous semblaient (“peuple” en allemand) devient
les films de science-fiction aux- d’attention et de gratitude pour
dénaturer ce répertoire. Sans alors le projet entérinant une
nouvelle liberté à recouvrer.
quels il fait constamment allusion, toutes les leçons”, précise Pérez.
doute encouragés par une il est lui-même souvent tourné Les compositions de cet album
nomination aux Grammy Awards, Puisant aux racines du jazz qui
en dessine le maillage, l’opus « vers l’infini et au-delà », comme représentent l’idée “d’aller au-delà
John Hollenbeck et le Frankfurt
Radio Big Band n’en récidivent est une déclinaison harmonique dirait Buzz Lightyear, le sympa- de la musique”. C’est ce que Wayne
pas moins avec ce deuxième ouverte sur de multiples horizons thique astronaute de Toy Story. nous a appris : de ne pas penser à
volet, regroupant des relectures hybrides. Au fil de quatre suites Si Danilo Pérez, John Patitucci et la musique seulement en termes
de Pete Seeger, Cyndi Lauper, distinctes, le quartette d’Ochion Brian Blade devaient évaluer la musicaux mais en tant qu’outil
Burt Bacharach, Jimmy Webb Jewell superpose tradition et distance parcourue dans l’univers pour l’amélioration de la société.
et Daft Punk. Même causes, modernité, de l’Afrique du nord en du saxophoniste depuis le début Il s’agit de créer de la musique qui
mêmes effets ? Pas loin. Bien sûr, contrées scandinaves, d’Ukraine des années 2000, nul doute qu’ils rassemble les gens. » Ça tombe
Hollenbeck est un orchestrateur aux confins de ses Appalaches compteraient en années-lumière. bien : “Children Of The Light” a
original et talentueux, et l’on natales, pour un vaste éclat
C’est en hommage à leur praticien tous les atouts pour rassembler
tombe plus d’une fois sous le de collisions inspirées. Parfois
proche de Charles Lloyd, son favori – « This record is dedicated la communauté des jazzfans. Qui
charme de ses arrangements
saxophone ténor, empreint de to our mentor in music and life, a vu ne serait-ce qu’une fois le
naviguant entre impressionnisme
et post-minimalisme. Mais les lascive mélancolie et d’embardées Dr. Wayne Shorter » – qu’ils ont Wayne Shorter Quartet sur scène
mélodies graciles de ces songs free, évoque constamment la exploré d’autres galaxies, comme appelait forcément de ses vœux
semblent y flotter comme dans confusion de (ses) sentiments. pour s’assurer qu’ils pouvaient aller un tel disque. Côté compositions,
des vêtements trop amples, Mais “Volk” reste néanmoins aussi loin qu’avec lui, mais sans lui. Pérez se taille la part du lion : sept
particulièrement lorsqu’elles étonnamment cohérent par la Mission accomplie, car ils ne sont au compteur. L’envie nous brûle
sont portées par le timbre si présence essentielle du pianiste pas allés plus loin (impossible !) les doigts d’écrire que Looking For
typiquement folk de la chanteuse marocain Amino Belyamani qui, à mais ailleurs, la meilleure direction Light, African Wave, Children Of The
Kate McGarry, qu’on imaginerait l’instar d’un Craig Taborn, cimente à prendre pour des musiciens aussi Light et Lumen sont des classiques
plutôt s’accompagnant à la subtilement l’ouvrage. La guitare inventifs. En onze morceaux, et au- instantanés tant ils nous ont sem-
guitare au coin du feu (la voix du Béninois Lionel Loueke vient,
tant d’escales sur des exoplanètes blé familiers plus vite que de raison.
de Theo Bleckmann, plus sur deux pièces, délicatement
ductile, plus “instrumentale”, en renforcer les textures. Entre aussi accueillantes les unes que Et chaque nouvelle écoute renforce
s’insère nettement mieux dans ombres et lumières, l’album se les autres, “Children Of The Light” ce sentiment. « Nous pouvons
cet univers). Ironie du sort : clôt, apaisé, par le traditionnel [CHOC] est non seulement dédié “comproviser” [s’adonner aux joies
ce sont finalement les deux Black Is The Colour (Of My True au génie généreux de leur mentor, de la composition spontanée, NDR]
seules compositions originales Love’s Hair). Jazz-folk de l’âme, mais aussi à une certaine idée de avec des formes mélodiques et har-
d’Hollenbeck qui séduisent le joies et peines entremêlées, “Volk” la beauté. moniques denses, mais Wayne nous

56 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


nous immerge dans une musique
profondément humaniste que
la genèse rend encore plus
émouvante. • JEAN-PIERRE VIDAL
Ochion Jewell (ts), Amino
Belyamani (p), Sam Minaie (b),
Qasim Naqvi (dm) + Lionel Loueke
(g). New York. Waterfront studios.
2015.

Darius Jones
Quartet (featuring
Émilie Lesbros)
Le bébé de Brigitte (Lost In
Translation)
1 CD AUM / Orkhêstra
✪✪✪✪
Carmell Jones Nouveauté. Si vous n’avez pas
Quartet encore croisé le son et le style de
With Forrest Westbrook Darius Jones, saxophoniste alto
1 CD Fresh Sound / Socadisc – par exemple dans son duo avec
Matthew Shipp –, écoutez les
Inédits. Nostalgiques, prêts ?
huit minutes et trente secondes
ANNA WEBER

Ecoutez ! Nostalgiques d’un


temps où le jazz masquait son d’Universal Translator : vous y
inquiétude sous des dehors non entendrez un lyrisme à fleur de
problématiques : en vl’à du swing peau, fondé sur un son plutôt droit
a appris l’effet magique d’une en v’là et puis basta ! Il pouvait et puissant, et une manière qui
idée toute simple, ajoute Pérez. même servir de fond sonore doit moins à celui qui fascine les
Si mes enfants peuvent chanter dans des clubs pour happy few altistes depuis plus de vingt ans
l’une de mes mélodies, je sens qui dodelinent de la tête sans (Steve Coleman) et davantage
que je suis sur la bonne voie. » même s’en rendre compte. à tous ceux qui ont illustré la
n’est jamais flottante, les idées Le trompettiste Carmell Jones période free, Noah Howard par
circulent, et la quête de certaine (1936-1996), passé chez Gerald exemple. Quant à Émilie Lesbros,
On n’oubliera pas cependant, de
perfection formelle n’entrave en Wilson, Harold Land et Horace ici totalement partie prenante de
mentionner Within Everything, Silver, pourrait presque incarner
rien la fluidité des élans créatifs. cette superbe séance (musique,
l’une de ces « chansons sans ce jazz qui ne fait pas de mal.
Pérez : « Nous avons trouvé une textes, le tout en collaboration
paroles qui n’ont pas besoin Justesse convaincante, brillance
manière d’orchestrer différente, avec le leader), écoutez comme
de mots » dont Brian Blade a le du son, attaque sèche que vient
de faire se chevaucher certaines elle détaille avec précision ses
secret. L’univers, les multivers choses pour donner l’impression
contrecarrer une tendance un
peu désuète au vibrato, il suscita textes et comme elle place sa
de ce musicien d’exception ne qu’il y a d’autres instruments dans les années 60 de réelles voix dans Beneath The Skin (We
se limitent pas à l’horizon de dans notre trio. » Un concept, promesses, certains voyant en lui Are Already One). Et s’il y a bien,
ses fûts, aussi habités soient-ils. ou plus précisément un langage un successeur de Clifford Brown. en effet, quelque chose de la
Brian Blade est le seul batteur qu’ils ont nommé “Zero gravity”, For Every Man There’s A Woman, manière tellement sensible de
actuel qui peut aussi s’enor- même si, paradoxalement, la sur tempo rapide, les justifie Brigitte Fontaine (à qui le présent
gueillir d’être un authentique force d’attraction de “Children sur cet album inédit qui n’a CD est dédié) dans son rapport au
songwriter. (Si vous êtes touché Of The Light” est fort peu résis- d’ailleurs pas de titre, provenant chant, c’est avec une originalité
par Within Everything, c’est que tible. Alors, vite, une tournée de bandes enregistrées par et et un sens de la prosodie qui
vous aimez déjà, ou que vous mondiale sans le docteur ! Tant dans le studio de l’excellent commencent à se savoir ! Il se
aimerez forcément “Mama Rosa”, qu’ils suivent à la lettre ses et méconnu pianiste Forrest dégage de cette séance une
son disque en chanteur de 2009.) prescriptions, nous sommes Westbrook (en trio ici dans une sorte de douceur à la fois paisible
Quant à Milky Way, signée Pati- prêts à aller au bout du monde version remarquable de Airegin).
et tendue qui ne laisse jamais
tucci, elle s’étire sensuellement Quatre alternate takes sont
avec eux. Et au-delà. • indifférent. La façon dont la voix
également proposés, dont Willow
juste avant que Light Echo, une FRÉDÉRIC GOATY et le saxophone se répondent
Weep for Me avec sourdine, ce
autre composition captivante de qui permet une lecture plus aérée est parfaite, tout comme – et là
CD Pérez Patitucci Blade :
Pérez, ne serve d’introduction “Children Of The Light” (1 CD des phrases du trompettiste, dont j’insiste – le soutien savant et
grand large à la relecture de Do- Mack Avenue / Harmonia Mundi, la carrière se déroula ensuite en intelligent des partenaires de ce
lores, standard moderne pioché [CHOC] Jazz Magazine). Danilo Europe, plutôt anonymement. quartette. Et Quand vient la nuit,
dans l’incroyable songbook de Pérez (piano, cla), John Patitucci Une place non négligeable est laissez-vous totalement aller ! •
Wayne Lightyear, pardon, Shorter. (b, elb), Brian Blade (dm, perc) + faite dans ces enregistrements à PHILIPPE MÉZIAT
Contrairement au Quartet interga- Sachi Patitucci (cello). New York, un contrebassiste encore jeune Darius Jones (as), Matt Mitchell
lactique du Docteur S., animé par Avatar Studios. et prometteur. Mais lui n’a pas (p, Fender Rhodes), Sean Conly
une mécanique céleste où chaque manqué la suite. Son nom ? Gary (b), Chess Smith (dm, perc),
Peacock. • FRANÇOIS-RENÉ SIMON Emilie Lesbros (voc, p) + Pascal
mélodie glisse comme une étoile Niggenkemper (b). Brooklyn,
Carmell Jones (tp), Forrest
filante, le trio “PPB” assume son Westbrook (p), Gary Peacock System Two Studio, 17 & 18
identité terrienne. Mais pas terre (b), Bill Schwemmer (dm). Los septembre 2014.
à terre pour autant. L’attention Angeles, août 1960.

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 57


les ch cs CHOC
magazine

Fred Hersch Joe McPhee William Parker Christian Scott


Solo
1 CD Palmetto / palmetto-records.com
The Loneliest Woman
1 CD Corbett Vs Dempsey /
For Those Who Are, Still
1 Coffret de 3 Cd Aum Fidelity / Orkhêstra
Atunde Adjuah
corbettvsdempsey.com
Stretch Music
NOUVEAUTÉ. Dixième album en NOUVEAUTÉ. William Parker 1 CD Stretch Music Ropeadope / Musicast
solo pour Fred Hersch, qui fêtera INÉDIT. Treize minutes l’homme-contrebasse, leader majeur
le 21 octobre son soixantième époustouflantes enregistrées en de la scène libre newyorkaise est NOUVEAUTÉ. En février 2005,
anniversaire. tentette en 1981 : une métamorphose aussi un extraordinaire compositeur quelques mois avant que l’ouragan
ressuscitée de la mélodie la plus et un poète très original. Ce coffret Katrina ne s’abatte sur sa ville
Cet enregistrement, tiré d’un concert
populaire d’Ornette Coleman. richement enluminé nous en apporte natale, La Nouvelle-Orléans,
donné en août 2014 au Windham
une nouvelle fois la preuve. Christian Scott enregistrait son
Chamber Music Festival, n’était pas André Jaume, le producteur Werner
premier disque. Sa musique,
destiné à voir le jour. Mais le pianiste Uehlinger et Joe McPhee n’avaient pas Illustré par des peintures de Douglas
pardon, sa stretch music a depuis
en aime tant la musique qu’il a décidé oublié que, le 25 mars 1981, outre Arnold et des collages réalisés par
considérablement évolué.
de le sortir. Son répertoire nous est Topology I et II qui allaient occuper les Parker, cet ensemble de trois CD
pourtant familier. Hersch joue depuis faces du second LP d’un double album regroupe les enregistrements de quatre Ce nouvel opus en est la forme la plus
longtemps Olha Maria et O Grande Amor, Hat Art et lui donner son titre, un autre superbes projets. Ce festin débute par accomplie, même si l’on ne doute pas
deux morceaux d’Antonio Carlos Jobim morceau avait été enregistré par les une très belle pièce dédiée à la militante une seule seconde que le meilleur
auquel il a consacré un disque entier. Il musiciens réunis autour de McPhee, américaine pour les droits civiques Fanny trompettiste de sa génération – avec
a fait de même avec Thelonious Monk initiateur de cette “Po Music”.  Cette Lou Hammer. Commandée par “The Ambrose Akinmusire bien sûr – n’a
dont il reprend In Walked Bud, Hersch longue version du Lonely Woman Kitchen” (NYC) et jouée par un ébouriffant pas fini de nous surprendre. Car
n’oubliant jamais de se pencher sur le d’Ornette ne pouvant être “casée”, elle little big band de dix musiciens, cette Christian Scott n’est pas seulement un
répertoire du bop. Autre reprise, une fut unreleased jusqu’à ce que John œuvre engagée sert d’écrin à la voix instrumentiste de premier ordre dont
improvisation espiègle et surprenante Corbett, auprès d’Uehlinger, acquière gravement féline de Leena Conquest. les pistons sont habités par l’esprit de
autour de Caravan nous fait presque pour le label CorbettVSDempsey tous les On retrouve cette diva dans une suite Freddie Hubbard et de Don Cherry, entre
oublier son thème tant rabâché. Dédié à enregistrements de McPhee, dont cette plus intimiste de neuf tableaux lumineux autres. C’est aussi un visionnaire, un
la danseuse Suzanne Farrell, Whirl prête prise légendaire enfin publiée (seule) dédiés au peintre Vermeer. Le second CD défricheur. La stretch music, c’est tout
son nom à un disque en trio de 2010. sous le titre “The Loneliest Woman”. enregistré à Paris, carrefour des cultures simplement du jazz comme on veut
Pastorale (pour Robert Schumann) qu’il a Un prélude de François Méchali d’une du monde, réunit autour de Parker et de l’entendre en 2015 : intemporel, novateur,
également composé est une autre pièce élégante précision y introduit l’errance complices américains, un sax batave, solidement ancré dans son époque, porté
qu’il affectionne. L’aspect romantique plaintive du thème à jamais obsessionnel un griot sénégalais et une chanteuse par des rythmes souples et dansants
de sa musique, son toucher sensible que l’unisson des quatre vents soutenu classique indienne pour distiller une (on a failli écrire que Scott réinventait
passent ici au premier plan. Hersch a par la basse à l’archet porte à un musique spirituelle profondément le swing...), riche en thèmes lisibles,
étudié avec Gunther Schuller au New paroxysme avant une explosive dispersion universelle. Le troisième volume est chantants, émouvants et originau. Tout
England Conservatory de Boston et centrifuge. Irène Schweizer impose une consacré à la première composition de juste songe-t-on à Ornette Coleman en
possède un grand sens des nuances. intense méditation que le sax de Jaume Parker pour orchestre symphonique. écoutant Twin, teinté par la mélancolie
Chacune de ses notes reste parfaitement puis le cornet de poche (McPhee) vont Ce somptueux travail dédié à un jeune rieuse du génial altiste. Le batteur Jamire
audible au sein d’une polyphonie aérée, creuser-découper jusqu’aux confins des contrebassiste russe tragiquement Williams est parti, mais le guitariste
d’une tapisserie subtilement tissée. La possibles instrumentaux, à l’instar des disparu est interprété magnifiquement Matthew Stevens (écoutez West Of The
mélodie de The Song Is You que l’on vocalises gémissantes de la lonely woman par un fringant trio (Parker, Charles Gayle West) et le pianiste Lawrence Fields
doit à Jerome Kern donne des ailes à matérialisée par Tamia telle un rappel et Mike Reed) entouré par les trente- continuent de jouer un rôle décisif à ses
ses doigts. Un flux contrapuntique aux juste avant la résurgence du thème, huit exécutants de l’orchestre polonais côtés (les intros au son altéré de Fields
harmonies rêveuses en résulte. L’album aujourd’hui inécoutable sans que s’impose NFM et son chœur lyrique. Le même trio sont une des marques de fabrique de la
s’achève sur une version magique d’un la pesanteur du deuil. Mais, écrit Joe infernal clôture ces agapes en beauté stretch music), sans parler de la flûtiste
thème de Joni Mitchell : Both Sides Now. McPhee, « révélée après avoir attendu plus par une longue impro, sans un poil de Elena Pinderhuges, dont on n’a pas fini
On est alors au-delà du piano. Les notes de 31 ans, The Loneliest Woman n’est plus graisse, dédiée à Sonny Rollins. Ce coffret de parler non plus. • FRÉDÉRIC GOATY
brillent comme des étoiles, ensorcellent lonely. » (Au point de lui avoir consacré un bouillonne d’énergie créatrice ! • Christian Scott Atunde Adjuah (tp, bu,
comme des voix de sirènes. Fred Hersch poème qu’on pourra lire sur notre blog.) • PAUL JAILLET Sirenette), Elena Pinderhuges (fl), Cory
King (tb), Braxton Cook (as), Cliff Hines
n’a pas tort d’affirmer que ce disque est PHILIPPE CARLES William Parker (b, comp) + personnel (elg), Lawrence Fields (p, elp), Kriss Funn
le meilleur qu’il ait fait en solo. Le cœur, Joe McPhee (cnt), Radu Malfatti (tb), détaillé dans le livret de 24 pages. New (b), Corey Fonville, Joe Dyson Jr. (dm,
l’intelligence, la technique, les idées sont Jaume (ts), Daniel Bourquin (bars), Michael York, The Kitchen, 26 octobre 2000. New boîte à rythme) + Matthew Stevens (elg),
Overhage (cello), Raymond Boni (g), Irène York, Brooklyn, 6 mars 2011.Paris, janvier Warren Wolf (vib). Boston, The Berklee
au rendez-vous. • PIERRE DE CHOCQUEUSE 2012. Wroclaw (Pologne), Jazztopad
Schweizer (p), François Méchali (b), Pierre College of Music’s Shames Family Scoring
Fred Hersch (p). Windham Civic Center Favre (perc), Tamia (voc). Boswill (Suisse), Festival, 15 novembre 2013 Stage, 4-7 janvier 2015
Concert Hall, Great Northern Catskills, 25 mars 1981.
14 août 2014.

58 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


Irène Schweizer Sun Ra
Han Bennink Arkestra
Welcome Back Babylon Live
1 CD Intakt / Orkhêstra 1 CD/DVD In + Out Records / Orkhêstra
NOUVEAUTÉ. Que d’énergies! Et NOUVEAUTÉ. Les célébrations,
d’emblée (Welcome Back improvisé perpétuations et autres
à deux en ouverture) une jubilation commémorations riment rarement
à travers quoi le Batave aux quatre avec aventure.
cents coups et la Suissesse à la
Virginie Teychené virtuosité multidirectionnelle font
assaut d’ingéniosité et d’humour.
Mais d’abord il s’agit (ou plutôt il s’agissait,
puisque ce disque a été enregistré en
Encore mai 2014) de rappeler qu’il y a cent
Schweizer et Bennink déployant ensuite ans naissait Sun Ra, et que quelques
1 CD Jazz Village / Harmonia Mundi au gré des plages l’éventail de leur participants de cette tournée anniversaire
NOUVEAUTÉ. Aux chanteuses de jazz françaises, savoir-faire et de leur expérience sont des vétérans de l’Arkestra (cf. nos
on serait souvent tenté de dire : « Pourquoi ne pas chanter trans-stylistique. Le fait est que pour astérisques ci-dessous). Enfin, le principe
simplement des chansons dans votre langue plutôt ces deux juvéniles septuagénaires, un même de la spatialité intergalactique
que de singer le jazz. » enthousiasme aussi manifeste n’est chère au fondateur pourrait s’appliquer
sans doute pas étranger au plaisir des au temps et esquisser une sorte de
Alors aux premières notes de l’authentique jazzwoman Virginie retrouvailles – après plusieurs rencontres
Teychené sur Jolie Môme de Léo Ferré, j’ai frémi. Fallait-il “jazzer” renouvellement perpétuel, qu’incarnent à
dont trois enregistrées : en 1969 au sein la fois la musique et les “jeunes” musiciens
cette canaillerie avec ces nasales admirablement vibrées mais un des “European Echoes”, en 81 quand
rien mondaines qui nous cueillent à froid à l’attaque des premières réunis par Marshall Allen : la violoniste
Bennink fit partie d’un quartette de la Tara Middleton, devenue chanteuse à la
paroles a cappella ? La réponse arrive avec l’entrée des balais, pianiste (pour FMP) et surtout en 95
seuls partenaires sur ce titre. Et voilà mes réserves emportées voix ronde et puissante, et le pianiste Farid
pour un duo prometteur dans un club Barron, découvert et musicalement éduqué
par le swing et cette légèreté que voix et batterie font flotter dans de Zurich (déjà sur le label suisse). En
le sillage de cette jolie môme. Et Madame rêve ! Comment oser par...Wynton Marsalis. La musique, joyeux
témoigne l’équilibre du répertoire : deux syncrétisme collectif de tout ce qu’on
cette… chanson ? Toile de maître ? Qui d’autre que Bashung ? Et titres co-improvisés ébouriffants (dont
Virginie tire sa voix là-dessus comme l’archet sur un violoncelle peut aimer dans le jazz, passe par toutes
un dédié affectueusement au pianiste les tensions, obsessions, réitérations,
avec des miroitements piano-contrebasse renversants, quand Misha Mengelberg), trois de Bennink, cinq
soudain elle s’évanouit vers l’aigu comme une feuille morte : « Ô suggestions, délivrances possibles, avec
de Schweizer, un de leur ami commun un côté plus “classique” que l’Arkestra
ciel, ô ciel… » Madame rêve, on ne peut plus. Je survole d’abord le bassiste Johnny Dyani (1945-1986),
les classiques français : Nougaro évidemment (Allée des brouillards originel. En sandwich entre passé et
deux standards et pour conclure un clin futur, avec des révérences au patrimoine
de Richard Galliano, A bout de souffle d’après Dave Brubeck d’œil monkien amorcé par un pénultième
magnifiquement réharmonisé par Stéphane Bernard et Gérard (Stardust, Sometimes I’m Happy) et
Surrender, Dear préalablement monkisé. des caravanes en route vers l’ailleurs
Maurin), Septembre de Barbara, Le Petit Bal perdu… Virginie Autant dire que l’étiquette Choc recèle ici
Teychené joue et gagne sur tous ces registres, sans “jazzer” ni (Discipline 27B). Enfin, le DVD du concert
celui d’une inusable magie euphorisante. (plus riche de trois morceaux) permet
“bluesifier” contre nature, par la musicalité de sa voix, de son • PHILIPPE CARLES
tempo, de son phrasé, de son rapport au texte, de son quartette d’assister au spectacle, qui ne tient pas
Irène Schweizer (p), Han Bennink (dm). qu’à la vêture solaire des musiciens, de
et de leur invité Olivier Ker Ourio. Elle chante aussi le Brésil (Tom Hard Studios, Winterthur (Suisse),
Jobim, Dorival Caymmi) et l’on sait qu’elle s’y entend. Elle ose 13-14 avril 2015. s’étonner de leur sérieux (quel contraste
encore Both Sides Now de Joni Mitchell et s’y donne les moyens avec le son !), de découvrir le très expressif
de renouveler notre émoi. Les trois originaux, dont un troublant Knoel Scott, par ailleurs signataire du livret,
démarquage de Flamenco Sketches rebaptisé Encore, je les garde et de constater qu’un leader n’est pas
pour des écoutes ultérieures. Il y en aura. • FRANCK BERGEROT forcément un chef. • FRANÇOIS-RENÉ SIMON
Virginie Teychené (voc), Stéphane Bernard (p), Gérard Maurin (b, elg), Marshall Allen* (as, evi, voc, dir), Tara
Jean-Pierre Arnaud (dm) + Olivier Ker Ourio (hca). Pompignan, studio Middelton (vln, voc), Vincent Chancey*
Recall, 11 au 13 décembre 2014. (cor), Dave Davis (tb), Knoel Scott* (as,
perc, voc), James Stuart (ts), Danny Ray
Thompson (bs), Farid Barron (p, cla), Dave
Hotep (g), Tyler Mitchell (b), Wayne A.
Smith Jr. (dm), Stanley Morgan* (perc),
Elson Nascimento* (surdo). Istamboul,
21 mai 2014.

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 59


le guide

GROS PLAN

Brian Landrus trio


The Deep Below
1 CD Palmetto records / palmetto-records.com
Nouveauté. Un titre (“la
profondeur du dessous” ?) et un
Philippe Soirat
Du bonheur
choix instrumental (saxophones
baryton et basse, flûte basse,
clarinette basse) qui ne trompent
JEAN -BAPTISTE MILLOT

d’être batteur
pas : Brian Landrus, résident new-
yorkais, affectionne le registre
grave. L’écoute et le repérage
des morceaux font ressortir une
prépondérance du saxophone
baryton, dont Landrus se pose
discrètement (il a relativement peu A 54 ans et près de soixante disques au compteur en sideman, ce remarquable
de collaborations musicales à son batteur signe “You Know I Care”, un premier album qui reflète son envie de
actif) en authentique spécialiste : jouer une musique personnelle et de la partager avec des compagnons choisis.
timbre profond, jamais forcé,
caressant, subtil et chantant dans C’est rare, un musicien qui ose affirmer avec eux quelques idées et s’amuser à reconfigurer
l’aigu. L’approche musicale est autant de franchise le bonheur d’être jazzman et la sur le plan rythmique quelques standards du jazz
à l’avenant : un goût prononcé
joie de vivre sa passion aujourd’hui. « Même si le moderne afin de leur offrir, par de subtils déca-
pour les ballades et pour des
improvisations souvent aérées métier reste difficile, on vit une époque formidable lages, un point de vue inédit. « Tout le jeu consistait
et guidées par une recherche du parce qu’il y a moins qu’avant de courants musi- à faire tourner autrement chaque thème et à doser
beau et de l’élégant, même si la caux dominants, voire dominateurs, ce qui donne les contraintes rythmiques que l’on s’imposait, non
reprise de Giant Steps en solo à chacun de nous plus de liberté pour explorer de pour bloquer l’affaire, mais pour lui donner tout au
absolu au saxophone baryton, nouveaux territoires. Oui, je fais partie des musi- contraire une nouvelle fraîcheur. Ainsi avons-nous
harmoniquement peu lisible et ciens heureux, chanceux, épanouis dans le rôle de joué rubato Ugly Beauty, une composition de Monk
sans réel rebond rythmique, me batteur. Comme cela fait plus de vingt-cinq ans en trois temps, exploré une manière de faire tour-
laisse en revanche perplexe. Le que je joue chaque semaine avec de merveilleux ner en 5/8 The Eye Of The Hurricane, un blues de
choix des partenaires se passe, musiciens, comme Alain Jean-Marie et Gilles Herbie Hancock, ou joué en 7/8, et pas en 3 temps,
lui, de commentaires : Billy Naturel, je ne vois pas pourquoi je ferais la gueule ! La Valse Triste de Wayne Shorter. »
Hart, toujours aussi débordant
de feeling, de réactivité, et de
J’ai choisi ce métier parce que j’adore jouer et par-
tager la musique avec des partenaires qui brûlent Bingo ! L’alchimie du groupe a immédiatement
musique, et Lonnie Plaxico,
contrebassiste tout terrain... Un du même désir de jazz que moi. » Philippe Soirat fonctionné, avec une rythmique d’emblée idéale
regret : que Landrus n’officie est l’exemple parfait du sideman au service de la pour jouer une musique la plus personnelle pos-
au saxophone basse que sur musique des autres. « Ma fonction est de “prendre sible dans le contexte le plus collectif possible.
une pièce (The Beginning). Il se soin” [to care], non seulement des solistes, mais Cela sonne à l’évidence comme une bonne défi-
montre en effet d’une aisance surtout de la musique dans sa globalité. Le batteur nition du jazz. « Enthousiasmés par le résultat,
assez rare sur cet instrument a une responsabilité très importante au niveau mes camarades ont manifesté tout de suite le
lourd et imposant. • ERIC QUENOT du son du groupe. Je ne suis pas “derrière” ni à désir de poursuivre l’aventure. » Pour cela, il fal-
Brian Landrus (bars, bs, bcl, bfl), “côté”, je suis “avec”, au milieu des autres, pour lait un disque. Il va donc vite organiser au studio
Lonnie Plaxico (b), Billy Hart (dm). Sextant une séance d’enregistrement pour sortir
New York, Acoustic Recording m’occuper au mieux de l’ensemble. J’éprouve dans
Studios, 25 et 26 août 2014. ce rôle beaucoup de plaisir, parce que je peux y ce premier album sous son nom. « En accep-
développer sans cesse ma vision de la batterie à tant de devenir “patron” du groupe, j‘ai changé
travers la musique que me proposent mes diffé- soudainement de statut. Ce n’est plus moi qu’on
rents compagnons de jeu. » appelle pour participer à un gig, C’est moi qui
dois désormais prendre mon téléphone pour trou-
Mais pourquoi donc, à 54 ans, s’être décidé à se ver des dates. Mais comme la musique marche et
mettre ainsi en avant en publiant un disque sous chante à merveille, me voilà très motivé et même
son nom ? Par hasard et nécessité. Explications. heureux de passer de l’autre côté du métier, d’as-
Le batteur a l’habitude d’inviter dans sa maison sumer mes nouvelles responsabilités de leader. »
de Montreuil des amis musiciens pour des apart- • PASCAL ANQUETIL
Machito & ment sessions impromptues. En convoquant, il y CD “You Know I Care” (PJU Records / Socadisc,
His Afro-Cuban a quelques mois, le saxophoniste David Prez, le chronique p. 67).
Jazz Ensemble contrebassiste Yoni Zenik et le pianiste Vincent CONCERT Philippe Soirat Quartet le 23 janvier 2016 à
Paris (Maison de la Rwwwadio).
1 CD Kenya / With Flute Boot Blue Moon / Socadisc Bourgeyx, trois musiciens avec lesquels il n’avait
Réédition. Redécouverts jamais joué, du moins tous ensemble, Philippe
séparément en 1989 dans la Soirat avait une forte envie en tête : tester avec

60 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


belle collection Palladium de allemand Act par l’entremise
Jordi Pujol (qui parallèlement à du guitariste norvégien Knut
Fresh Sound, El Bandoneon et Reiersrud, coproducteur et artisan
Tumbao réédita des catalogues essentiel de cet enregistrement.
de l’âge d’or du mambo), ces Le baryton louisianais met ici
deux albums sont désormais la vérité de son style au service
regroupés en un seul CD. On d’une interrogation sur l’état et
y entend sur le premier (1957) l’avenir du monde à travers les
Doc Cheatham, Joe Newman épreuves quotidiennes, mais en
(tp), Santo Russo, Eddie Bert (tb), s’appuyant sur des arrangements,
Cannonball Adderley (as) et Ray des climats et des sonorités qui
Santos Jr. (ts) prêter leurs solos tranchent avec les clichés soul.
au big band de Machito (maracas) Pluri-instrumentiste, arrangeur
sur des compositions d’A.K. Salim et chanteur lui-même, versé
et René Hernandez (p) et Mario dans les musiques traditionnelles
Bauza (dir). Sur le second (1958), comme dans l’improvisation,
c’est Herbie Mann (fl) qui signe Reiersrud avait déjà réalisé
et arrange le répertoire avec Joe en 2011 un album de bonne
Newman (tp), Johnny Griffin (ts) facture avec McClain, après
et Curtis Fuller en invités. Le plus l’avoir audacieusement associé
de cette réédition, outre le format à la chanteuse iranienne Mahsa
digipack, un texte d’introduction Vadhat. Dans “Tears Of The
World”, il l’a entouré d’excellents
de Jordi Pujol, les liners notes
originales et quelques photos, ce musiciens nordiques et d’une En fin de tournée 2014, Pat Metheny
très fine section de cordes
sont les crédits détaillés : dates,
lieu et personnel de “Kenya”, celui pour un son d’ensemble tour s’installait avec ses musiciens sur la
de “With Flute To Boot” supposé à tour délicat, low down et
être proche du précédent. Y swinguant. La voix de McClain scène d’un petit théâtre new-yorkais
figurent de parfaits inconnus est particulièrement prenante
pour l’amateur de jazz, tel Joe dans Somebody Help Me, comme pour une séance studio.
Livramento qui s’invite en soliste ballade autobiographique où sa
à l’alto et ces piliers de l’orchestre douloureuse jeunesse est évoquée Filmés d’une manière intimiste,
que sont Roberto Rodriguez dans un écrin de douceur et, par
(b), Candido Camero, Carlos contraste, sur le tempo funky de ils interprètent des titres extraits des
“Patato” Valdès (cga) et José Things Ain’t What They Used To
Mangual (bgo). On peut préférer Be, où il adopte un ton “urbain”
viril comme le fait parfois un
albums « Unity Band » et « KIN( ) »,
des musiques cubaines moins
“jazzy”, mais finalement préférer Gregory Porter. Reiersrud, qui
tenait McClain pour le meilleur
ainsi que des classiques qui ont
les tendances kitsch d’Herbie
Mann à l’exo-académisme de ses chanteur qu’il n’ait jamais
accompagné, fait preuve à ses
jalonné sa carrière.
confrères sur “Kenya”. •
ALFRED SORDOILLET côtés d’une imagination et d’une
Détails dans le livret. adéquation constantes, incisif et
contrôlé à la guitare, passant avec
finesse d’un registre à l’autre
quand il tient l’harmonica. Et il y
aurait bien davantage à relever
si la place ne manquait pas. •
PHILIPPE BAS-RABÉRIN
Personnel détaillé sur la pochette.

Mighty Sam
McClain &
Knut Reiersrud
Tears of the World
1 CD Act / Harmonia Mundi
✪✪✪✪ Méloblast
Nouveauté. La mort de Mighty Funambule[e]
Sam McClain, survenue en juin
1 CD Ô Jâzz / Socadisc
Disponible en Blu-ray et DVD
dernier, fait de ce disque un adieu
aussi méditatif que fraternel de la RÉVÉLATION ! dès 18 septembre 2015
part d’un des derniers chanteurs Nouveauté. Le vainqueur du
“classiques” de la soul music Tremplin Orléans Jazz 2014 ne
prise dans un sens très ouvert, déçoit pas. Energie n’est pas
celle de son maître Bobby Blue ici un vain mot, une énergie de
Bland parmi d’autres. C’est groupe de rock garage combinée
aussi l’un de ses plus originaux, à celle d’une fanfare capable de
qui l’inscrit dans le catalogue soutenir sans faiblir de longues

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 61


le guide

séries de boucles minimalistes, ceux qui ne s’en réjouiraient pas,


sans non plus perdre l’attention la sortie se trouve en face de vous
de l’auditeur parce qu’il s’y sur la gauche. Car Mosca est
passe toujours quelque chose. un pianiste comme on n’en fait
Il y a là du drame, de l’action, plus (reste encore notre Solal) :
du sentiment. L’ensemble est un musicien qui a assimilé une
porté par de véritables récits, une culture remontant à l’aube du jazz
écriture savante pour cuivres, une (comment ne pas entendre du Earl
guitare qui sait en griffer l’étoffe Hines dans son jeu ?) et qui – via
ou s’y fondre en de saisissantes le stride et Tristano – tend la main
nappes sonores ou de grandes aux rares rugueux qu’il nous reste
bourrasques. À l’exception de encore : Paul Bley et Cecil Taylor,
Thierry Jammes qui conclut le entre autres. Ces deux CD offrent
disque par une Errance nous donc une cure de jouvence,
laissant frémissant, les solistes un salutaire bain de boue pour
sont encore modestes à titre phacochères mélomanes, un
individuel, mais leur force est remontage d’oreilles à la bonne
collective et jamais l’un d’eux heure, loin de certains freluquets
n’est laissé en rade par une du clavier que je me garderai de
écriture orchestrale qui peut nommer. • THIERRY QUÉNUM
évoquer Carla Bley et Bill Frisell Sal Mosca (p). Amsterdam,
pour nous les faire aussitôt oublier Bimhuis, 14 novembre 1992.
tant on se sent bien à l’écoute de
Méloblast (en concert le 7 octobre
à Paris au Studio de l’Ermitage). •
FRANCK BERGEROT
Thierry Jammes (tp, bu), Stéphane
Montigny (tb), David Sevestre (ts, GROS PLAN
as, ss), Sébastien Janjou (elg),
Julien Petit (sousaphone), Vincent
Martin (dm). Saint-Jean-Le-Blanc,
studio Nyima, du 15 au 17 octobre
2014.
Jef Neve
One
1 CD Verve / Universal David Patrois
Bonnes
Nouveauté. Jef Neve a étudié le
piano classique en même temps
que le jazz et privilégie l’harmonie,
les envolées lyriques. “One” mêle

vibrations
les deux genres, la musique
JEAN -BAPTISTE MILLOT

européenne prenant toutefois


Sal Mosca le pas sur le swing, sur le blues
The Talk of the Town dont on regrette ici l’absence. Il a
toutefois un univers et cet album,
2 CD Sunnyside / Naïve
le premier qu’il enregistre en
✪✪✪✪ solo, renferme de bons moments A l’occasion de la parution de son nouveau cd en trio, “Flux tendu”,
Nouveauté. Ce ne sont pas lorsqu’il fait respirer ses lignes retour sur le parcours d’un vibraphoniste qui, d’un projet à l’autre,
les disques de Sal Mosca mélodiques et n’abuse pas n’a jamais manqué de se renouveler.
qui risquent de faire plier vos d’un piano orchestral dont il fait
étagères. L’exhumation de puissamment sonner les notes. We
bandes enregistrées en solo et Zullen Doorgaan, Solitude, Never Etonnant mélange de tradition et pratique du vibraphone, qu’il envisage
en public alors que le pianiste Give Up, mais aussi une version d’ouverture, le jazz selon David Patrois « à la croisée des chemins, instrument
avait 65 ans est donc des plus sensible de A Case Of You (Joni invite au voyage vers l’inattendu. à percussion, clavier de piano,
heureuses. Pour les amateurs Mitchell), séduisent ainsi par leurs Né en 1965, il a grandi dans un avec sonorité proche de la guitare
de piano qui ne connaîtraient idées harmoniques. Flying to Diani environnement musical éclectique amplifiée ». Multi-instrumentiste, il
pas cet ancien élève de Lennie Beach, un concerto miniature, fait et foisonnant. « Mon premier choc avoue se débrouiller sur un piano
Tristano, fréquent partenaire entendre une discrète section de musical a eu lieu lors de mon séjour tout en ayant lorgné avec envie vers
de Lee Konitz et pédagogue cuivres. Pourquoi pas ! Ailleurs,
renommé, la surprise risque d’être au Sénégal lorsque j›avais cinq ans : la guitare, et a approfondi la batterie,
on applaudit la technique, le
de taille. Au répertoire, quelques savoir-faire, moins la musique. à cet âge, quand vous vous retrouvez qu’il pratique toujours régulièrement
dizaines de standards – souvent On écoutera aussi Jef Neve avec face à douze djembefolas [joueurs lors de ses ateliers au conservatoire.
rassemblés en medleys – traités le chanteur José James dans de djembés] et danseurs, cela vous Transmettre lui est naturel : « Le
de façon passionnante au niveau “For All We Know”, son meilleur marque pour la vie ! Par ailleurs, ma savoir-faire de mes étudiants me
des ruptures de rythme, du choix disque, ou dans “Face to Face”, un mère, chanteuse lyrique, avait Fauré, remet constamment en question.
des accords, des conduites duo avec le vibraphoniste Pascal Debussy, Poulenc et Messiaen à son Du coup, je reste à la page, tout en
de voix et du contrepoint, du Schumacher dont il fut un temps le répertoire. La synthèse de ces deux gardant mes références. » En 1987,
toucher abrupt… Pas question pianiste. • PIERRE DE CHOCQUEUSE
ici de s’assoupir sur du piano univers, c’est le jazz. » La suite ? grâce à une bourse ministérielle, il a
Jef Neve (p). Studio La Chapelle
policé égrenant des harmonies (Belgique) et Abbey Road Studios Un enseignement classique aux lui-même étudié à la Berklee School,
consensuelles. Mosca nous titille (Londres), février, mars et juillet percussions, à l’issue duquel David avec Gary Burton, le « Coltrane du
constamment les tympans et, pour 2014. se consacrera exclusivement à la vibraphone ». De manière tout aussi

62 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


jazz mag92x252:Mise en page 1 10/09/15 11:24 Page1

déterminante, il a également
appris auprès de David
Friedman, dont la maîtrise

474 211-7
acoustique, la fluidité du phrasé
et du langage le fascinent
encore aujourd’hui.

De retour en France en 1989,


Patrois multiplie les rencontres
et collaborations : Aldo
David Patrois Trio
Flux Tendu
Romano, Louis Winsberg, Glenn
1 CD Arts et Spectacle / In ouïe
Ferris, Olivier Ker Ourio, Sylvain

Pré-commande digitale déjà disponible.


Beuf, Benjamin Hénocq… La ✪✪✪✪

Disponible à partir du 18 septembre


diversité de ces échanges et Nouveauté. Le flux tendu : le titre
sa réceptivité tous azimuts, est bien trouvé pour ce morceau
de Weather Report à Police, central du disque, perpetuum
confortent plus qu’elles mobile le long de gammes
n’altèrent la continuité de son ascendantes et descendantes
parcours. Créé en 1995, son qui ne sont pas seulement
étourdissantes pour l’auditeur mais
premier quintette évoluera
certainement exténuantes pour ceux
vers un trio élargi à géométrie qui les exécutent. Et l’on partage
variable où il s’affranchit de le soulagement de ces derniers Produit par Brian Bacchus (Norah Jones, Gregory Porter)
manière décisive du soutien de lorsque, au terme de la partition,
la contrebasse, tenue par Jean- ils reprennent leur souffle… mais

473 841-5
Jacques Avenel. « En trio, on est les voilà repartis en courses folles
en terrain découvert, on marche à travers les bois en vols planés
sur un fil, et notre musique par dessus monts et vallées. Ils, ce
n’en est que plus touchante... sont David Patrois Jean-Charles
J’essaie d’explorer un climat Richard et Luc Insenmann. Voilà des
particulier pour chacun de mes années qu’on les croise, ensemble
morceaux : 11/8 bancal, reggae ou séparément, et d’emblée leur
complicité nous ravit. Elle n’est pas
à sept temps, construction sur née de la dernière pluie et à se

Pré-commande digitale déjà disponible


un motif obsessionnel, gamme connaître ainsi, ils n’ont qu’à jouer,

Disponible à partir du 25 septembre


mineure harmonique… » Si même s’ils ne sont pas à court de
dans son nouvel album, “Flux terrains et de règles du jeu... Le
Tendu” – avec Luc Isenmann reste n’est que pur plaisir d’attraper
à la batterie et Jean-Jacques la balle, courir, échapper, passer et,
Richard aux saxophones somme toute, partager, car ici l’on
soprano et baryton –, l’absence ne joue contre personne, sinon soi-
de basse pouvait faire craindre même, musicien ou trio. Et si l’on
un certain inconfort, on est décide que le jeu, c’est de soudain
tout au contraire saisi par s’asseoir pour rêver, rêvons avec
eux. J’aime la sécheresse de ce Le grand retour du John Scofield Quartet avec Bill Stewart (batterie),
la justesse de placement
trio sans basse, cette batterie sur Larry Grenadier (contrebasse) et Joe Lovano (saxophone ténor)
de chaque instrument. Le le fil, ce saxophoniste faussement
vibraphoniste dessine ainsi un décontractés aux instruments
univers sonore illustré, entre
autres, d’improbables girafes
dépareillés, ces mailloches
voltigeuses. Ça crépite comme du Concerts impulse!
dansant au cœur des savanes petit bois jusque dans la ballade, Sarah McKenzie
ou d’enivrants paysages embrasant des souvenirs de reggae, Duc des Lombards (Paris), 8-10 octobre
alpestres aux sommets de balafon, de Monk, d’Eric Dolphy
héroïques. Point d’effets et d’on ne sait quoi, qui sont Sullivan Fortner
ni d’ornements superflus, martelés et ciselés pour en dégager Jazz en Tête (Clermont-Ferrand), 23 octobre
seulement une musique insolite des formes à partager. Alors Jazz Sur Son 31 (Toulouse), 24 octobre
partageons ! • FRANCK BERGEROT Duc des Lombards (Paris), 26-27 octobre
et délicate, propulsée par des
David Patrois (vib, marimba),
grooves pluriels qu’il se dit Jean-Charles Richard (ss, bars), Snarky Puppy
impatient de partager sur scène Luc Insemann (dm). Soignolles-en- La Cigale (Paris), 8 novembre
avec le public. On y sera. • Brie, 24 au 26 mars 2015.
JEAN-PIERRE VIDAL Indra Rios-Moore
Divan du monde (Paris), 9 novembre
CD “Flux Tendu” (Arts et

www.impulse-label.com
Spectacle / In ouïe).
CONCERT Le 31 octobre à Paris
(Sunset). Rejoignez @impulselabel
The impulse!
Renaissance

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 63


le guide

HORS
PISTE
magazine Iiro Rantala pétillant virtuose au phrasé tout

XDR
en rondeurs et à la sonorité
My Working Class Hero
chaleureuse, riche en inflexions

Prokofiev
1 CD Act / Harmonia Mundi bluesy. “A Twist Of Rit” est
Nouveauté. Disque après majoritairement composé de
par David Enhco disque, le pianiste finnois Iiro
Rantala peine à convaincre de
remakes – très réussis – de
titres extraits de ses albums des
ses qualités de jazzman. Titulaire années 1970/80 (“First Course”,
Les jazzmen n’écoutent pas que du jazz ! Ce d’une formation jazz et classique, “Friendship”, “Rit”...). Du jazz,
Print & Friends mois-ci, le trompettiste David Enhco nous il aborde ici un répertoire signé du funk, un zeste de pop : sa
Transformations présente le Concerto pour piano n°2 en sol ou cosigné par John Lennon musique est servie par des fidèles
1 CD Connexe Records / Muséa mineur, opus 16 de Sergueï Prokofiev. car – écrit-il dans ses notes de dont il n’est plus besoin de vanter
pochette – lui aussi vient de la les qualités (Ernie Watts, Wah
Nouveauté. Le sixième album
classe ouvrière. Allusion au titre Wah Watson, Patrice Rushen...)
de Print renoue avec le format
« Je crois que c’est du CD repris du Working Class et des nouveaux venus qui n’ont
étendu et l’effectif instrumental
mon frère pianiste, Hero de Lennon, mais argument rien à envier à leurs aînés, tel Ron
d’“Around K” (2009), seul le
peu solide d’un point de vue Bruner, Jr., frère de Thundercat
personnel étant modifié. Quelle Thomas, qui m’a fait
musical. Des thèmes pop joués et batteur de Kamasi Washington
que soit la force des empreintes découvrir ce concerto, par un musicien classique qui – écoutez la ballade soul Ooh
(dont celle de Steve Coleman) il y a trois ou quatre a aussi étudié le jazz : pourquoi Yeah et goûtez-moi ce groove
agissant sur son inspiration, ans. Il s’agit d’une pas ? Encore faut-il que la façon sensuel, sans parler de ces
force est de reconnaître à pièce qui a été écrite de le faire suscite l’intérêt. Or, accords “à la Wes”. Après plus de
Sylvain Cathala la cohérence deux fois : la partition dès les accords pesants qui quarante ans de carrière, Captain
du sillon qu’il trace depuis près originale de 1913 ayant
Vladimir Ashkenazy introduisent Norwegian Wood, on Fingers (c’est son surnom) tient
de vingt ans. Une complexité (piano), André Previn
qui naît du rythme, créant des
été perdue durant la sent que la formation classique toujours la barre et signe l’un de
(direction), London
Symphony Orchestra guerre, Prokofiev l’a va dominer les acquis du jazz. ses meilleurs disques. •
contrepoints touffus par le jeu sur Plus loin, une brève citation de la
les vitesses, les métriques, ou la “Prokofiev – Les retranscrite dix ans JULIEN FERTÉ
Concertos pour piano” plus tard, à partir Shéhérazade de Rimsky-Korsakov Lee Ritenour, Michael Thompson,
gestion des cycles. Mais aussi Decca, 1975 confirme l’intuition. Et le reste David T. Walker, Wah Wah
ce côté plus direct et accessible d’une réduction Watson (elg), Tony Pustzai (g),
est à l’avenant. Bénéficiant d’une
de l’expression, ici la couleur pour piano qu’il Ernie Watts, Tom Luer (ts), Adam
solide technique pianistique,
rock insufflée par Coronado et avait conservée. Ça fait partie des œuvres Rantala manque de la légèreté,
Schroeder (bs), Bob Sheppard (bs,
fl), Rashawn Ross (bu, tp), John
Moussay, ou la clarté sonore dont je n’arrive pas à sortir, j’ai dû l’écouter de la poésie et de l’irrévérence Beasley (p, elp, cla), Dave Grusin
prônée par Vankenhove (Enée’s deux cents fois ! C’est quelque chose de qu’appellent les thèmes de (p, elp, org, vib), Patrice Rushen
Story). Quelques solos émergent complètement fou, hyper-dramatique, presque Lennon pour supporter qu’on (elp, cla), Makoto Ozone (p, org),
au-dessus de cette horlogerie Tom Kennedy (b), Melvin Lee Davis
cinématographique. Et mélodiquement, c’est se les approprie. Par ailleurs (elb), Dave Weckl, Ron Bruner, Jr.
implacablement ouvragée, incroyable. Dans le premier mouvement – mon le pianiste semble avoir peu (dm), Paulinho Da Costa (perc).
comme celui du leader à la fin de préféré – Prokofiev introduit une cadence fréquenté le milieu du jazz hors Los Angeles, Sunset Sound, United
Round the Shrine. De sa sonorité de son pays natal, ce qui explique Recording Studio.
de piano qui fait ressentir une palette très
mordante mais moelleuse, qu’il soit quasiment inconnu
le saxophoniste-compositeur
large d’émotions, de la puissance à la rage
en passant par une extrême douceur. À sous nos latitudes. Considérons
épouse et survole à son aise ces donc – sa présence chez Act
arêtes. Eternal Whispers, longue ce moment-là, il utilise tout l’ambitus de
l’atteste – que M. Rantala
pièce parsemée de ruptures, l’instrument, superpose les tonalités, construit
est un gros vendeur dans les
est la plus représentative de peu à peu quelque chose d’énorme, comme contrées septentrionales, mais
l’énergie décapante mêlée à une sorte de cri, exprimant à la fois la folie que sa sensibilité a du mal à
un ressassement mélodique et une forme de clarté. C’est sûrement l’un séduire les Latins, même quand
hypnotique, propre à la musique des concertos pour piano les plus difficiles, il se confronte à l’œuvre d’un
de Cathala. Il me faut exprimer à
la fois mon admiration – devant
et l’on sent bien en l’écoutant qu’il n’est pas Britannique. • THIERRY QUÉNUM John Scofield
possible de le jouer sans être investi à 200 %, Iiro Rantala (p). Berlin, 21 avril Past Present
l’habileté créatrice et la précision physiquement et émotionnellement. Même si je 2015.
d’exécution – et ma difficulté à ne suis pas la même direction musicale, cette 1 CD Impulse ! Universal
“encaisser” leur rendu sonore, à philosophie de l’engagement total m’inspire ✪✪✪✪
la fois puissant et nécessairement Nouveauté. De l’impatience et
dans mon propre travail : elle renvoie à une
figé. Ceci expliquant que ma une certaine curiosité lorsqu’on
préférence aille aux épisodes notion de dépassement de soi qui m’est chère,
comme à de nombreux musiciens et artistes. » met dans notre lecteur CD le
les plus suspendus, libérés de nouvel album de John Scofield,
l’hégémonie des structures • AU MICRO : PASCAL ROZAT
présenté comme un événement,
rythmiques et le plus souvent comme un album de retrouvailles
introductifs ou transitoires telles la David Enhco en concert : avec le Amazing
Keystone Big Band, le 20 octobre à Six Fours (83) avec les vieux partenaires Bill
coda de Enée’s Story et l’intro de
The Frozen God. • VINCENT COTRO et le 3 novembre à Colombes (92). Lee Ritenour Stewart et Joe Lovano. D’autant
A Twist Of Rit plus que le titre – “le passé et le
Alain Vankenhove (tp), Sébastien présent” – laisse augurer quelque
Llado (tb, tu), Stéphane Payen Dernier album paru : “Layers”, Nome (2014, 1 CD Concord Records / Universal
(as), Sylvain Cathala (ts), Gilles [CHOC] Jazz Magazine). orientation stylistique sinon
Coronado (elg), Benjamin Moussay ✪✪✪✪ nouvelle, au moins inhabituelle.
(elp), Jean-Philippe Morel (b), Nouveauté. Dans la famille Rien de tout cela pourtant : la
Franck Vaillant (dm). Montreuil, des grands guitaristes de jazz saveur, le goût, sont inchangés,
Studio Sequenza, 21 au 22 mai
2014. post-Wes Montgomery/Jim les compositions, toutes signées
Hall, je demande John Scofield, Scofield donnent également cette
Pat Metheny, Bill Frisell et Mike sensation de déjà entendu…
Stern, mais aussi Lee Ritenour, mais quel plaisir ! Le groove de

64 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


"NOT JUST REISSUED...
DVD REIMAGINED*" *Plus que ré-édité, ré-imaginé

Pat Metheny ERROLL


THE COMPLETE
GARNER
L’Unity Band, CONCERT BY THE SEA
écran total
Le nouveau dvd du toujours perfectionniste
guitariste américain a été filmé au plus près de la
musique, dans l’intimité d’un petit théâtre.
La dernière vidéo de Pat Metheny à rejoindre
notre étagère, c’était “The Orchestrion Project”.
60ème Anniversaire
On y retrouvait le guitariste seul, entouré de de l’enregistrement
son incroyable installation d’instruments
“orchestrioniques”, filmé dans l’intimité d’une
église de Brooklyn, au terme d’une longue
La résurrection
tournée qui lui avait permis de peaufiner un
show aussi inédit que surréaliste. “The Unity
d’un album de légende
Sessions” [✪✪✪✪], relève d’une démarche assez et un évènement
similaire, appliquée à un travail de longue
haleine mené depuis 2012 avec le saxophoniste Chris Potter, le discographique !
contrebassiste Ben Williams, Antonio Sanchez à la batterie, et

Photo : Erroll Garner Jazz Project


plus récemment, le multi-instrumentiste Giulio Carmassi (cla,
bu, voc). C’est donc une formation au sommet de ses capacités
dont Metheny, conscient de la dimension éphémère des moments
d’euphorie vécus sur la route, a désiré garder une trace filmée.
« Cette musique s’était développée à un tel niveau… Pour avoir
vécu ça de nombreuses fois, je savais qu’en quelques semaines,
à l’issue de la tournée, tout ça allait se dissiper naturellement.
Même si l’expérience collective que nous portons en nous
en tant que groupe ne s’efface jamais entièrement, il y a une
immédiateté dans le fait de jouer soir après soir qui finit par
se transformer en langage. Lorsque c’est possible, ça vaut
toujours la peine d’en garder une trace. » Dès lors, au lieu de
filmer un concert conventionnel – avec son lot d’avantages et
d’inconvénients – le choix a été fait de tourner sans public en
décembre dernier dans un petit théâtre de New York. L’intérêt
de cette configuration est double. Pour les musiciens, elle
permet bien sûr d’enregistrer plusieurs prises afin de conserver
la meilleure. Elle autorise aussi au réalisateur Matt Beighley
des placements et des mouvements de caméras impossibles à
réaliser en présence d’un public. L’effet de proximité avec les
musiciens est d’autant plus saisissant : on a parfois l’impression
d’être sur scène à leurs côtés !
Le répertoire de ces “Unity Sessions” est en partie issu des deux
albums précédent du Unity Band (augmenté suivant les titres
d’instruments de l’Orchestrion ainsi que de discrètes parties de
claviers et de voix de Giulio Carmassi). L’intérêt réside aussi dans
l’interprétation de titres plus anciens du répertoire de Metheny, Une réédition en 3 CDs comprenant
comme Police People (cosigné avec Ornette Coleman), Two Folk pour la première fois l’intégralité du concert
Songs (1st) ou encore une version très rapide de Cherokee, en
duo guitare / saxophone. Le tout clôturé par le leader, en solo à la avec 11 titres inédits + l’album original.
guitare acoustique dans un magnifique florilège d’une douzaine Remasterisation intégrale
de minutes de certaines de ses compositions les plus célèbres.
Un spectacle aussi varié qu’intense. • PASCAL SÉGALA
à partir des bandes analogiques d’origine.
Livret 24 pages avec photos rares et textes
DVD/Blu-ray Pat Metheny : “The Unity Sessions” (Eagle Rock de présentation de Dan Morgenstern et Geri Allen.
Entertainment / Eagle Vision).
NET patmetheny.com.

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 65


le guide

Virginie
Teychené
La musique
du texte

GROS PLAN
THOMAS DORN

Après trois albums consacrés principalement aux standards Gérard Maurin à La Seyne-sur-Mer. brouiller son image de “vraie”
Lasse de chanter de la variété de- chanteuse de jazz. « Ce qui
et à des compositions de grands noms du jazz, Virginie venue trop répétitive pour elle, peu m’étonne, c’est que l’on fasse un
Teychené s’est découvert un nouveau terrain d’exploration, enthousiasmée par les perspec- tel distinguo entre jazz et chanson
le répertoire français. tives professionnelles offertes par car, mis à part la langue, je ne suis
ses études de droit et de lettres, pas sûre qu’il y ait une grande dif-
La chanteuse avait étonné le le plaisir de danser qui m’attirait. il était encore temps de devenir férence. Aussi, je ne me pose pas
monde du jazz dès son premier Mais à aucun moment à cette chanteuse de jazz ! On connait la la question de savoir comment je
disque où elle montrait des qua- époque je n’ai pensé pouvoir un suite, trois albums applaudis par vais être cataloguée, me plaçant
lités vocales évidentes, un swing jour chanter cette musique en la critique qui conduisirent Virginie avant tout en tant qu’interprète.
très naturel et une maturité éton- professionnelle. Le jazz était sim- à se faire acclamer sur les scènes Jusque-là, chanter en français
nante. Il faut dire que ce n’était pas plement ma musique de cœur, alors de l’Hexagone et sous le grand était d’abord pour moi une affaire
vraiment une novice. Découvrant que je commençais la scène un peu chapiteau de Marciac devant 6000 de pudeur parce que j’avais un
le gospel et le jazz très jeune, elle plus tard en faisant de la variété personnes. problème de distanciation avec
se mit à chanter sur les disques et du bal. Ça a duré dix ans et ce ma langue maternelle qui prend
qu’elle écoutait en se repassant fut une excellente école car on y Mais après ces années passées à forcément au fond de moi un écho
en boucle certains morceaux chante des choses très différentes, réinterpréter Jon Hendricks, Eddie particulier. J’ai d’ailleurs gardé
comme le font les ados de façon il faut être endurant vocalement et Jefferson, Abbey Lincoln ou les une certaine distance avec le sens
obsessionnelle. « C’était pour moi on a un contact très direct avec le grands standards de l’American des mots, et me suis laissé guider
une source d’émotions très fortes, public ». Mais la révélation vint aux Songbook, un nouveau challenge dans mon interprétation par la
plus que la pop où c’était surtout ateliers de jazz du contrebassiste s’imposait, quitte à risquer de beauté des textes. C’est le cas

66 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


FOCUS

Jazz
en
Scofield, ses thèmes chantants et mettre en avant ? On apprend, on
pour Jolie môme, “une chanson décontractés, sa sonorité unique, comprend, on digère et, quand on
d’homme”, même si Gréco en a sa science harmonique… Quant à se sent prêt, on forme un groupe

fusion
fait une version inoubliable, ou Joe Lovano, il semble ici délaisser qui aura quelque chose à dire.
pour Madame rêve, dont je ne le jeu sec et rêche, devenu sa Or ce groupe fonctionne et tient
suis pas sûre que tout le monde ait marque de fabrique depuis les son rang car ses quatre membres
saisi l’ambiguïté du texte ». Pour années 2000, au profit d’un jeu croient dur comme fer à ce qu’ils
plus souple et plus sensuel que font. Leur investissement dans le
aborder ces chansons en français, jamais (extraordinaire autorité du noble art de fabriquer, à la main,
il fallait que cette amoureuse de la timbre et du discours sur Season de la bonne musique est même Il y a trente ans,
langue soit en mesure à la fois de Creep, par exemple). On ne pour le moins contagieux. Alors le guitariste Scott
s’immerger totalement dans leur présente pas Bill Stewart, l’un des succombez à ce virus (C’est un
interprétation et en même temps jeux les plus élégants qui soient ordre, bien sûr !). • Henderson et le bassiste
de maîtriser les émotions inhé- à la batterie, ni Larry Grenadier, THIERRY QUÉNUM Gary Willis formaient
officiant ici en “nouvelle recrue”
rentes à la poésie des mots. Un peu
(le regretté Dennis Irwin jouait sur
Philippe Soirat (dm), David Prez
(ts), Vincent Bourgeyx (p), Yoni le groupe Tribal Tech.
comme un acteur qui doit trouver
le bon équilibre entre distanciation
“What We Do”, petit chef d’œuvre Zelnik (b). Ils viennent chacun de
de spontanéité enregistré par le
et possession du personnage qu’il groupe en 1992 chez Blue Note).
publier leur nouvel opus.
incarne. Virginie Teychené réussit Past and Present ? Beaucoup
d’autant plus son pari qu’elle a de nostalgie, surtout, à l’écoute Scott Henderson,
gardé sa rythmique habituelle qui notamment de Get Proud ou de on l’a découvert
l’aide à conserver le son de ses Enjoy the Future, deux titres dont dans le premier
il émane un feeling typique de la disque éponyme
albums précédents. Seul Olivier Ker fin des années 70. • ERIC QUENOT
Ourio vient mêler le son pur de son de l’Elektric Band
John Scofield (g), Joe Lovano (ts), de Chick Corea,
harmonica à quelques chansons, Larry Grenadier (b), Bill Stewart
en 1986. Son sens du blues,
faisant penser parfois au jeu de (dm). Carriage House Studios,
Connecticut, 16 au 17 mars 2015.
Martial Solal cette sonorité post-fusion très
Toots Thielemans aux côtés de Universolal
“américaine”, nourrie par celle
Shirley Horn. 1 CD + 1 DVD JMS / sphinx-distribution.com d’Allan Holdsworth (l’Anglais
Réédition + Nouveauté. Volant) ont continué de nous
Morceaux français, brésiliens ou Pour fêter quarante ans de séduire au sein du Zawinul
anglo-saxons, tous se fondent dans collaboration, Jean-Marie Salhani Syndicate. Plus récemment, on
une même esthétique où elle entre- publie quarante minutes d’une a beaucoup aimé “HBC”, son
tient cette liberté d’interprétation captation vidéo live de 2011 de disque en trio avec Jeff Berlin et
sur la mélodie qu’elle aime tant et, Martial Solal en solo. Au DVD est Dennis Chambers. Dans “Vibe
quelle que soit la langue, on sent adjoint un CD composé de trois
extraits de “Martial Solo improvise
Station” (1), gravé en trio avec
que la chanteuse aime les textes Philippe Soirat pour France Musique” (épuisé à Travis Carlton à la basse (le
qu’elle chante pour leur musique You Know I Care ce jour) et de sept des dix plages fils de Larry) et Alan Hertz à la
intérieure. Depuis peu, en plein 1 CD Paris Jazz Underground / Absilone Music de “Triangle”, en trio avec Marc batterie, ses compositions nous
milieu de carrière, cette mezzo-so- ✪✪✪✪ Johnson et Peter Erskine, cette retiennent un peu moins que ses
prano s’est découvert un nouveau compilation s’apparentant en solos, mais il parvient à nous
Nouveauté. Une légende tenace
terrain d’exploration, prenant ses quelque sorte à un bonus du DVD. tenir en haleine via sa sonorité
prétend que nombre de batteurs Se produisant devant un public
premiers cours de chant lyrique, français ne swinguent pas. Si l’on riche et vibrante, gorgée de sève
américain, le pianiste ne reprend électrique. Plus varié dans les
mais son passé d’autodidacte nous conteste avec calme et fermeté que des standards du Great
rappelle combien certains artistes cette allégation et qu’on obtient ambiances, des plus sereines et
American Songbook, en un jeu planantes aux plus frénétiques
de jazz peuvent être touchés très des affirmations plus modérées, référentiel qui permet de garder
tôt par la grâce. • PHILIPPE VINCENT Philippe Soirat émarge au peloton et déconcertantes, “Larger
le contact avec ses auditeurs
de tête de ceux dont on dit : « Oui tout en les surprenant sans Than Life” (2) de
CD “Encore”, Jazz Village /
c’est vrai, il y a quand même X cesse. Mais les connaisseurs Gary Willis, risque
et Y, voire Z. » Car quiconque de l’œuvre de Solal y trouveront d’égarer l’auditeur
Harmonia Mundi [CHOC] Jazz prétendrait que Soirat ne swingue
Magazine (sortie le 6/10). leur compte. Ainsi, on reste en route (tout le
pas se couvrirait de ridicule et ébahi qu’il puisse encore nous monde compose, et
deviendrait « l’opprobre de tous surprendre sur Lover Man ou I ce côté coopératif
CONCERTS Le 10 octobre à les partis ». Le présent “You Know
Chaponnay, les 13 et 14 à Béziers,
Got Rhythm. Plus il creuse, plus il nuit à l’esthétique
I Care” atteste ce que je viens trouve ! Ce DVD vaut aussi pour
le 18 novembre à Sarrebrück, le 7 à d’affirmer. Mais ce disque énonce globale), mais a le mérite
l’interview avec Larry Appelbaum. d’explorer des territoires laissés
Cannes (Villa Rotschild). une autre évidence : Soirat est Bien que les questions posées
un grand modeste, qui publie son vierges par celui dont l’esprit
par le journaliste américain hante tout l’album : un certain
premier disque la cinquantaine ne soient pas aussi subtiles
passée. Modestie ou lucidité ? Joe Zawinul. Divertissant. •
que celles posées par Xavier
Soirat n’a pu manquer de croiser, Prévost pour l’ouvrage Martial JULIEN FERTÉ
au fil des ans, les restes de Solal : compositeur de l’instant, 1. Autoproduction / cdbaby.com.
batteurs-leaders mal préparés les réponses du pianiste sont 2. / Abstract Logix / La Baleine
à porter cette double casquette. toujours claires, incisives et
Et quand on a joué avec Lee tranchées. Celle à la question
Konitz, Johnny Griffin, Alain Jean- « pourriez-vous apprendre le
Marie, Phil Woods ou les frères swing à quelqu’un qui ne sait pas
Belmondo, où est l’urgence de se

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 67


le guide

swinguer ? » en surprendra plus


d’un ! • LUDOVIC FLORIN
Martial Solal (p), Marc Johnson (b),
Peter Erskine (dm). Pour le DVD :
Washington, Coolidge Auditorium
GROS PLAN
(Library of Congress), 11 avril
2011.

Pat Metheny
Jan Garbarek
Gary Burton
Paul McCandless
Hommage à Eberhard Weber
1 CD ECM / Universal
Carmen Souza Nouveauté. En janvier 2015,
& Theo Pascal d’anciens compagnons de route
Epistola se réunissaient le temps de
deux concerts pour célébrer
1 CD Galileo / Harmonia Mundi
les 75 ans du contrebassiste
Nouveauté. A trop badiner Eberhard Weber, retiré de la
avec le folklore, on finit par scène depuis 2007 à la suite
se perdre dans les limbes de d’un AVC. Ainsi, Jan Garbarek
l’expérimentation stérile. Ce (que Weber accompagna vingt-
septième album de la chanteuse cinq ans !), Gary Burton et Paul

Billy Cobham
Carmen Souza et du bassiste McCandless, entourés du fameux
Theo Pascal n’échappe pas à ce SWR Big Band interprétèrent des
triste constat. Si le programme compositions réarrangées de
est alléchant (jazz, fado, morna),

batteur
Weber en utilisant des boucles
la voix improbable de Souza, de ses parties de basse. Metheny
aux effets théâtraux et surjoués, prolongea cet exploit et explora
conjuguée à la structure

stratusphérique
d’autres couleurs en composant
alambiquée des morceaux, une longue suite pour orchestre
BOB GRUEN / ATLANTIC

peine à retenir l’attention. à partir d’anciens chorus filmés


L’indiscutable virtuosité des de Weber, projetés pendant la
instrumentistes – de la pertinence représentation ! Même réduit
rythmique du batteur Zoe Pascal à sa dimension sonore, ce
aux chaleureuses anches de
montage unique en son genre
Craig Yaremko en passant par
est magistralement structuré Les huit albums enregistrés par le virtuose panaméen pour
les contrepoints raffinés de la
chanteuse au piano et le soutien
entre écriture et improvisation, le label Atlantic entre 1973 et 1978, période la plus faste du
sans failles du bassiste Theo
plus un jeu de combinaisons célèbre créateur de Stratus, sont pour la première fois réunis
subtiles sur l’espace et la densité
Pascal – ne parvient pas à donner
avec les textures du big band. dans un superbe coffret.
une cohérence à un répertoire
Réorchestrés et mis en valeur
hétéroclite : des emprunts du côté
par les émouvantes volutes de Quand en 1973 Billy Cobham décide Magazine ou le n° 1 de Muziq, le
d’Horace Silver (Cape Verdean d’enregistrer son premier album, il grand article qui était consacré à
Garbarek, les thèmes de Weber
Blues), Glenn Miller (Moonlight est encore le batteur du Mahavishnu “Spectrum”, NDLR.]
restituent parfaitement l’univers
Serenade) mais aussi à la Orchestra de John McLaughlin, et
onirique du bassiste, typique
chanson traditionnelle portugaise souhaite rejouer une musique plus Même s’ils ne recapturent que
de l’esprit ECM, la solennité de
(Mira Me Miguel). Sans compter axée sur le groove, tout en affirmant par intermittence la magie de
l’ensemble, inhérente au projet,
un titre en français, Oui Ou Non, son statut de compositeur. Il convie
étant sauvée de toute pesanteur “Spectrum”, “Crosswinds”, “Total
dont les paroles font la part belle
par les interventions des solistes, Jan Hammer (cla), Tommy Bolin Eclipse”, “Shabazz - Recorded Live
aux barbarismes stylistiques
Burton et McCandless en tête. Un (elg) et Lee Sklar (elb), mais aussi In Europe” (1974), “A Funky Thide
faussement naïfs. Faute d’une
approche respectueuse, les album hors normes, en contrastes Joe Farrell (ts, fl), Ron Carter (b) Of Sings” (1975) et “Life & Times”
racines revendiquées semblent et en suspension, à l’image du et Ray Barretto (perc). Résultat ? (1976, à redécouvrir d’urgence) sont
faire figure d’alibi exotique célébré. • FÉLIX MARCIANO “Spectrum”, grand classique de d’excellents disques qui mettaient
plutôt que de véritable source Pat Metheny (elg), Jan Garbarek la brève histoire du jazz-rock et en lumière de jeunes solistes promis
(ss), Gary Burton (vib), Paul incontestable joyau de “The Atlantic à une brillante carrière : Randy (tp)
d’inspiration. • KATIA TOURÉ McCandless (ss, cor anglais ou
Carmen Souza (p, g, voc), Theo hautbois), Scott Colley (b, elb), Years 1973-1978” [CHOC]. Outre et Michael Brecker (ts), Glenn Frerris
Pascal (b, elb), Shane Forbes (dm), Danny Gottlieb (dm), Helge Sunde deux standards modernes, Stratus (tb), John Abercrombie ou encore
Matt King (org), Craig Yaremko (dir), Michael Gibbs (arr, dir), et Red Baron, “Spectrum”, album John Scofield (elg). Billy Cobham
(sax, cl), Zoe Pascal (dm). Londres, le SWR Big Band. Theaterhaus
Studios Jazzpilon. de Stuttgart, en public,
sans faille, était griffé par quelques était une manière d’Art Blakey
les 23 et 24 janvier 2015. soli mémorables du regretté Tommy jazz-rock qui se taillait plus que de
Bolin, tel celui de Quadrant 4. raison la part du lion – attention à
[A relire, dans le n° 623 de Jazz la surdose de solos ! –, au point,

68 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


Demi Page JazzMag_Mise en page 1 17/09/15 09:40 Page1

INCORRIGIBLE !!!
après JUST IN TIME en quintet,
Jean-Loup Longnon à la tête
pudique sur “Inner Conflicts”,
du PARIS CALVI BIG-BAND
livré à Atlantic alors que
Cobham avait déjà commencé rend Hommage
à René Caumer dans
d’enregistrer pour Columbia.)
L’autre album essentiel de ce
coffret, c’est “Live On Tour
In Europe” de l’éphémère
Billy Cobham - George Duke
Band (Duke jouait déjà dans
“R COMME RENÉ”
“Crosswinds” et dans “Life &
Times”, sous le pseudonyme
de Dawilli Conga), gravé à
Montreux en 1976 avec John
Scofield et Alfonso Johnson
(elb), qui venait de quitter
Weather Report. Outre de
remarquables compositions
signées Cobham (Hip Pockets),
Scofield (Ivory Tattoo), Johnson
(Almustafa The Beloved) ou
Duke (Juicy et Space Lady,
saynète cosmico-synthétique à
la Zappa), on s’y délecte de la
verve des solistes.

Choc, donc, grâce à


“Spectrum”, “Live On Tour
In Europe”, “Crosswinds”
et “Life & Times” et leurs
prestigieux sidemen. Détail

En Vente dès le Jeudi 22 Octobre


non négligeable : la qualité
d’impression de chaque

au Petit Journal Montparnasse ainsi


pochette frôle l’excellence
made in Japan (ravi de
retrouver celle de “Spectrum”
dans son intégralité, avec que dans tous les bons magasins et
l’impressionnante photo de
Cobham derrière sa batterie sur www.longnon.com
aux fûts transparents).
Dommage, en revanche, que le
plumitif qui signe le texte du Également disponible au téléchargement
livret n’évoque, en gros, que
les signatures rythmiques de des réeditions de quelques albums marquants
chaque morceau et confonde
John Scofield avec John
Abercrombie – ce qui, on en
conviendra, ne fait pas très
sérieux. Mais ne boudons pas
notre plaisir pour autant. •
JULIEN FERTÉ
parfois, d’éclipser ses talents de
compositeur. L’atmosphérique COFFRET “The Atlantic Years
Heather, Crosswinds, The Moon 1973-1978” (Atlantic Rhino
Ain’t Made Of Green Cheese (bref / Warner Music, [CHOC] Jazz
instrumental piano/trompette Magazine). Huit albums
mettant en valeur Randy Brecker), originaux + douze inédits
Moon Germs, Lunarputians (pour la plupart des versions
(Cobham a enregistré avec James 45-tours). Renseignements
Brown au début des années 1970, discographiques dans le livret.
et ça s’entend !), Panhandler et
sa touche “BO blaxploitation”,
Song For A Friend, avec un délicat
“Sco” à la guitare acoustique... :
la liste des morceaux de choix est
plus longue qu’on ne l’imagine.
(On jettera malgré tout un voile

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 69


le guide

Misha Mullov-
kronik Abbado
express New Ansomia
Edition Records / Harmonia Mundi
Ce premier disque du fils de Claudio
Renaud Garcia- Abbado et de la violoniste Viktoria
Mullova a quelque chose d’une
Fons & Dorantes réalisation de fin d’études. Il montre
Paseo a Dos qu’il sait tout jouer, du hardbop
E-Motive Records / L’Autre Distribution jusqu’au jazz-pop à la Snarky
Avec la crise, nombre de musiciens Puppy, ne négligeant pas même
se sont tournés vers les (très) le free. Excellent instrumentiste, il
petites formations pour multiplier se révèle aussi bon compositeur,
les concerts. Accoutumé depuis notamment dans sa manière de
longtemps aux duos et solos, varier le thème-solos-thème. Sa
Renaud Garcia-Fons y voit surtout dimension artistique reste larvaire,
l’occasion de repousser les limites mais on sent que cela pourrait
de son invraisemblable technique avantageusement évoluer. • LF
à l’archet. Après sa rencontre
avec Derya Türkan, ce duo avec le Panam Panic
pianiste flamenco Dorantes prouve The Black Monk
3 & 4 NOVEMBRE une nouvelle fois sa capacité de
s’immerger dans un genre pointu et
Autoproduction / Musicast
✪✪✪✪
RÉSIDENCE DE COMPOSITION MUSICALE 15.16 codifié tout en restant absolument
MUSIQUE RÉGIS HUBY TEXTE YANN APPERRY lui-même. • JG Mené par le pianiste Robin Notte
THEATRE71.COM SCÈNE NATIONALE MALAKOFF et le saxophoniste Max Pinto,
M MALAKOFF-PLATEAU DE VANVES 01 55 48 91 00 Panam Panic signe un deuxième
PÉRIPHÉRIQUE PORTE BRANCION – VINCI PARK RUE GABRIEL CRIÉ Lenny Hambro album survitaminé au groove
Complete Sessions 1953-57 communicatif. Brassant savamment
Fresh Sound / Socadisc [réédition] de multiples influences (funk, bop,
Qui se souvient de cet élégant electro...), ils livrent un cocktail
altiste blanc new-yorkais hodgeso- explosif de compositions originales
cartero-parkerien ? On est d’abord particulièrement soignées en
amusé de retrouver Babs Gonzales s’appuyant sur une rythmique
en 1953 et la rythmique de Machito d’acier qui enflamme leurs chorus
en 1954. En 1955, ça devient très déchaînés. A noter, une intro
sérieux avec le pianiste Wade Legge rappée avec un débit hallucinant.
et le guitariste Dick Garcia. Puis en Jouissif ! • FM
1956, sur le deuxième des 2 CD,
Eddie Costa s’empare du piano Sara Serpa
(ah ! cette fermeté des doigts et des
idées !) tandis que Barry Galbraith & Ran Blake
(admirablement posé dans tous les Kitano Noir
tempos) succède à Sal Salvador. Sunnyside / Naïve
Final plus routinier, mais rare… Après l’irremplaçable Jeanne Lee
à Varsovie en 1957 ! • AS et les plus confidentielles Christine
Correa et Dominique Eade, Sara
Serge Merlaud Serpa n’est que la quatrième
chanteuse à enregistrer en duo avec
Jean-Pierre Ran Blake depuis 1961. Forte d’une
Rebillard connaissance intime de l’univers
Bear on a Thightrope du pianiste, dont elle a été l’élève
Black & Blue / Socadisc au New England Conservatory, la
Des deux, on connaît surtout jeune Portugaise se tire avec les
Jean-Pierre Rebillard, de ces honneurs de cet exercice périlleux,
contrebassistes discrets dont les sans que cet album live (leur
mélomanes retiennent le nom troisième) n’ajoute pour autant une
parce qu’ils savent qu’avec eux pierre décisive à la discographie du
la profondeur du son, l’assise du maître. • PR
tempo et la musicalité des lignes
sont au rendez-vous. Avec Serge
Merlaud et ses guitares (nylon ou
électrique), tous deux combinent
sur un répertoire de chambre
original des qualités renvoyant au
duo Caratini-Fosset et d’autres à
Jim Hall & Red Mitchell. Sur quatre
morceaux, le ténor de Claude Braud
ajoute l’onctuosité de la crème à ce
bouquet de saveurs. • FB

70 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


LES IMPORTS GIBERT JOSEPH

Eliane Elias
Jazz Magazine aime le rayon jazz de Gibert Joseph.
Rééditions et nouveautés importées du Japon, des Marc Johnson
Etats-Unis ou d’Angleterre : retrouvez les disques
coups de cœur de la rédaction, en vente du lundi
au samedi de 10 à 20 h, 26 boulevard Saint-Michel,
John Abercrombie
75005 Paris, ou sur gibertjoseph.com.
Drew Gress
Bonne nouvelle : au magasin du boulevard Saint-Michel, le
rayon consacré aux imports japonais vient de s’agrandir.
Rapidement, nos yeux tombent sur la réédition du premier
Marc Copland
disque du pianiste américain Tom Grant, paru en 1976 sur
Timeless. “Mystified” entre dans la catégorie des disques Joey Baron
“mineurs-attachants”, grâce, notamment, à la présence de Joe
Henderson sur deux morceaux, dont celui, très élégamment
funky, qui donne son titre au disque. Grant interprète
également plusieurs compositions du grand saxophoniste :
Gazelle en piano solo et Caribean Firedance en trio, au Fender
Rhodes. A la basse électrique, on notera la présence de Rick
Melody Makers
Laird, ancien membre du Mahavishnu Orchestra.

Gil Evans a dirigé plusieurs fois d’autres orchestres que le


sien (RMS de Ray Russell, le big band Lumière de Laurent
du Brésil moderne
Cugny...). En juillet 1972 à Tokyo, c’est celui du pianiste
japonais récemment disparu Masabumi Kikuchi qu’il prit sous au son ECM
ses ailes de géant. Sa patte d’arrangeur fait merveille dans
“Masabumi Kikuchi + Gil Evans”, disque d’origine Philips que
l’on se réjouit de retrouver enfin en CD. Marvin Peterson (tp) et
Billy Harper (ts), deux des solistes favoris du maître, sont à la
fête, tandis que Kikuchi se distingue au piano électrique dans
12 octobre 2015 à 20 h
Eleven #11 (que Miles Davis avait enregistré dans “Filles de
Kilimanjaro” en 1968) et le superbe Dazzling Rain, signé de sa
plume. Indispensable.
01 40 28 28 40
Enfin, grâce à la complicité qui les unit depuis des lustres, chatelet-theatre.com
David Liebman (ss, fl) et Richie Beirach (p) nous avaient
offert en 1985 leur meilleur disque en duo, “Double Edge”
(Storyville). Rarement le soprano de Liebman n’avait aussi
bien sonné et atteint de tels sommets d’émotion (Naima,
Round Midnight). Quant à Beirach, rien que l’introduction
mystérieuse d’India et sa performance dans On Green Dolphin
Street nous file des frissons. Du haut de ce duo, deux grands
improvisateurs nous contemplent. • FRÉDÉRIC GOATY

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 71


le guide La discothèque idéale
16 disques essentiels

Roscoe
Mitchell
Sound
Historique à plus d’un
titre, cet enregistrement

50 ans d’AACM
est à la fois le premier
disque en leader du
multi-instrumentiste
et compositeur
Roscoe Mitchell et
l’acte de naissance
phonographique officiel
A l’occasion du cinquantième anniversaire de la création de l’Association for de l’AACM. A la tête
the Advancement of Creative Musicians, plus connue sous son acronyme, l’AACM, d’un groupe composé
retour sur seize albums emblématiques de ce mouvement né à Chicago. de Lester Bowie à la
trompette, Lester Lashley
au violoncelle, Malachi
Si on peut faire remonter la matrice tous différents, les thèses prônées par talentueux que Jack DeJohnette, Favors à la contrebasse,
du mouvement à l’Experimental Muhal Richard Abrams d’une Great Leroy Jenkins, Wadada Leo Smith, Alvin Fiedler à la batterie
Band du pianiste, compositeur et Black Music visant à transcender Maurice McIntyre, ou encore George et (en invité) Maurice
théoricien Muhal Richard Abrams, les frontières esthétiques du jazz Lewis, mais probablement les deux McIntyre au saxophone
ténor, Mitchell pose
vaste orchestre à géométrie variable traditionnel en englobant et réinventant compositeurs les plus créatifs et ici les bases de son
conçu dès 1962 sur un mode du point de vue de la culture afro- emblématiques du post-jazz afro- univers sonore à la
communautaire assez proche américaine l’ensemble des formes de américain de ces quarante dernières fois expressionniste
de l’Arkestra de Sun Ra, c’est la musique mondiale (et notamment années, Anthony Braxton et Henry et abstrait, fondé
essentiellement sur
officiellement en 1965 que l’AACM extra occidentale) vont largement Threadgill. Si par la suite l’association
l’exploration des timbres
(Association for the Advancement of essaimer à travers le monde. Profitant va progressivement retomber en partie et un sens de l’espace
Creative Musicians) voit le jour en plein de l’éclosion à Paris en 1969 de l’Art dans l’anonymat, elle ne cessera pour quasi scénographique.
cœur du ghetto noir, dans le South Ensemble of Chicago, formation phare autant jamais ses activités, continuant Démultipliant les
Side de Chicago. Imaginée comme regroupant quelques-unes des figures son travail pédagogique de fond dispositifs d’interaction
entre les instruments
une simple coopérative de jeunes les plus talentueuses du mouvement auprès des jeunes Noirs du ghetto et et les alliages sonores
musiciens afro-américains d’avant- (Roscoe Mitchell, Lester Bowie, permettant à de nouvelles générations rares, juxtaposant
garde, convaincus de la nécessité Joseph Jarman, Malachi Favors, de musiciens d’éclore (au fil des en collages hardis
de fédérer leurs énergies afin de puis un peu plus tard Don Moye) qui années : Kahil El Zabar, Douglas Ewart, séquences paroxystiques
et mouvements oniriques
promouvoir sur un mode associatif participera de façon essentielle à sa Mwata Bowden, Ernest Dawkins,
ou contemplatifs,
proche de l’autogestion de nouvelles notoriété, l’AACM durant la première Nicole Mitchell, Matana Roberts). Mitchell s’impose
façons de concevoir, fabriquer, partie des années 1970 ne va cesser Plus que jamais fidèle à ses principes d’emblée comme un
enseigner et diffuser une musique de se développer et de se diversifier, esthétiques et politiques d’origine compositeur autant
ancrée dans l’histoire et la culture ouvrant notamment une antenne très visant à inscrire la musique afro- qu’un improvisateur
d’envergure, ouvrant
de la communauté noire, mais aussi active à New York et influant sur la américaine sur le front de l’avant-garde indiscutablement de
dans sa réalité socio-économique la création d’organisations similaires à la fois artistique et sociale dans le nouveaux horizons au
plus brûlante, l’AACM va rapidement comme le Black Artists Group de Saint but de l’émanciper définitivement de “free jazz” de l’époque.
s’imposer comme un laboratoire Louis. la domination symbolique occidentale, Chicago (Sound Studios), les
10 et 26 août 1966 (Delmark
esthétique et politique majeur du l’AACM demeure cinquante ans après Records)
(free ?) jazz expérimental du tournant De cette nébuleuse de près d’une sa création l’espace tout sauf utopiste
des années 1970. cinquantaine d’artistes (musiciens mais d’une expression artistique alternative
aussi rapidement poètes, chanteurs, majeure, d’une grande cohérence
Portées et incarnées par des chorégraphes) émergeront non intellectuelle et d’une extraordinaire
personnalités hors-normes aux univers seulement des instrumentistes aussi diversité formelle. • STEPHANE OLLIVIER

72 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


Joseph Muhal Anthony Art Ensemble Anthony Henry
Jarman Richard Braxton of Chicago Braxton Threadgill /
Song For Abrams 3 Compositions A Jackson In Creative Air
Autre disque historique Levels Of New Jazz Your House / Orchestra Live Air
figurant parmi les toutes
premières productions de And Degrees Neuf mois après avoir Message To Music 1976 Créé en 1971 par le
l’AACM, “Song For” nous Of Light fait ses grands débuts Our Folks Compositeur prolixe, flûtiste et saxophoniste
phonographiques sur poly-instrumentiste Henry Threadgill
permet d’entendre le Pianiste influencé par le C’est dans le Paris
l’album “Levels and virtuose et improvisateur en compagnie du
saxophoniste alto Joseph blues, le rhythm’n’blues post-soixante-huitard
Degrees Of Light” génial, Braxton, contrebassiste Fred
Jarman à la tête d’un et le lyrisme tourmenté devenu pour un temps
d’Abrams, Braxton, 23 admirateur de Charlie Hopkins et du batteur
sextette incandescent du dernier Bud Powell, la capitale mondiale du
ans à peine, enregistre Parker, Lennie Tristano, Steve McCall, Air est
composé du trompettiste Abrams, après avoir free jazz afro-américain
ici avec Leroy Jenkins Ornette Coleman ou une des formations
William Brimfield, du accompagné tout au le plus engagé, que
au violon, à l’alto et à Sun Ra autant que de emblématiques de
légendaire saxophoniste long des années 1950 début 69 débarque
l’harmonica, Leo Smith Stockhausen, Xenakis l’AACM. Constitué
ténor Fred Anderson, les plus grands noms au Lucernaire, quatre
à la trompette et Abrams et Varèse, va très vite d’extraits de deux
du pianiste Christopher du jazz (de Miles Davis soirs par semaine, l›Art
au piano, au violoncelle et décliner son univers concerts donnés en 1976
Gaddy, du contrebassiste à Sonny Rollins en Ensemble, jeune quartette
à la clarinette, le premier ambitieux et parfaitement et 1977, “Live Air” est
Charles Clark et à la passant par Roland à peine constitué,
disque en leader de son singulier en une diversité un des grands chefs-
batterie de Steve McCall Kirk ou John Gilmore), composé de Lester
exceptionnelle carrière. de projets dépassant d’œuvre du trio offrant
ou Thurman Barker. va opérer sa révolution Bowie à la trompette,
Se plaçant d’emblée dans largement les limites un aperçu saisissant de
Cette musique gestuelle, culturelle au tournant des Joseph Jarman et Roscoe
le registre conjugué de communément données la parfaite singularité
pulsionnelle, toute de années 1960, en fondant Mitchell aux saxophones,
la composition, du jazz et au jazz. A la tête d’un de son « free jazz de
contrastes, faite de bruits l’Experimental Band, et Malachi Favors à
de la nouveauté, Braxton vaste orchestre d’une chambre » aux accents
et de fureurs expressives orchestre matriciel d’où la basse. Très vite la
pose clairement ici les vingtaine de musiciens ethniques. Fondée sur
mais aussi d’hypnotiques sortiront les principaux formation fait sensation
éléments fondamentaux fédérant la fine fleur la tension constante
plages méditatives membres fondateurs et, avant d’être rejointe
de son langage et du jazz d’avant-garde entre la spontanéité du
comme peuplées par de l’AACM. Enregistré par le batteur Don Moye,
l’horizon esthétique de l’époque (Abrams, geste individuel et son
une sorte d’inframonde en 1967, “Levels and enregistre pour le label
de ses recherches, ne Mitchell, Leo Smith mais intégration dans des
sonore proprement Degrees of Light” est BYG les deux premiers
cachant rien de son aussi Dave Holland, formes authentiquement
inouï, est aujourd’hui pourtant curieusement disques de son histoire
ambition ni de l’originalité Kenny Wheeler ou collectives, la musique
encore étonnante par sa son premier disque sous le nom d’Art
de ses conceptions Richard Teitelbaum aux passe de longues plages
puissance de rupture, en leader. A la tête Ensemble of Chicago.
avant-gardistes. Aux synthétiseurs), Braxton contemplatives où la
intacte. Quelques mois d’un octette composé Avec un extraordinaire
confins de la musique de offre peut-être avec cette flûte aux accents de
plus tard Jarman allait notamment d’Anthony sens de la dramaturgie
chambre occidentale la séance exceptionnelle à shakuhashi semble
rejoindre Mitchell et Braxton et Maurice le quartette y déploie
plus contemporaine et de la fois l’un de ses albums constamment sur le
Bowie et contribuer de McIntyre aux saxophones d’emblée la profonde
l’héritage afro-américain les plus accessibles dans point de se dissoudre,
manière décisive par ses et de Leroy Jenkins au originalité d’une musique
magistralement resongé, son rapport direct à la à d’intenses séquences
conceptions radicales violon, Abrams y décline à la fois expressionniste,
Braxton invente une tradition des big bands énergétiques mettant en
de l’improvisation à ses principaux concepts méditative, théâtrale et
musique mystérieuse et et des parades de rue et valeur le phrasé tranchant
la musique théâtrale en une suite de tableaux transgressive, dessinant
organique, intégrant le paradoxalement des plus du saxophone alto et la
et novatrice de l’Art sonores puisant au plus le portrait carnavalesque
geste de l’improvisation « programmatiques » “vocalité” extraordinaire
Ensemble of Chicago. intime de la tradition et douloureux d’une
dans des cadres dans sa façon de de la contrebasse
Chicago (Sound Studios), les musicale afro-américaine identité afro-américaine
mouvants d’une grande revisiter ces formes au d’Hopkins.
20 octobre et 16 décembre (l’expressivité du blues, morcelée cherchant à se
1966 (Delmark Records) sophistication. Un album prisme d’un langage New York, Studio Rivbea,
l’improvisation) les recomposer au prisme
essentiel. hautement sophistiqué 1er juin 1976, University
éléments de sa radicale d’une Afrique originelle Of Michigan, 28 octobre 1977
Chicago, Sound Studios, les ouvertement fantasmée. ouvrant sur la musique
modernité. 27 mars et 10 avril 1968 (Black Saint)
(Delmark Records) Paris, Studio Davout, contemporaine.
Chicago, Sound Studios, les
7 juin et 21 décembre 1967 les 23 juin et 12 août 1969 New York (Generation
(Delmark Records) (BYG Records) Sounds), février 1976
(RCA/BMG)

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 73


le guide La discothèque idéale
16 disques essentiels

Lester Bowie Art Ensemble George Muhal Henry Roscoe


The 5th Power of Chicago Lewis Richard Threadgill Mitchell
Trompettiste historique Nice Guys Homage To Abrams Very Very Angel City
de l’Art Ensemble of
Chicago, Lester Bowie
Certains amateurs Charles Parker Blu, Blu, Blu Circus Si l’Art Ensemble of
de la première heure, Chicago est longtemps
a également enregistré attachés à la dimension
Grand virtuose du
trombone mais aussi
Pianiste, pédagogue et Spirit Of demeuré sa grande
de nombreux disques révolutionnaire et compositeur expérimental
principal théoricien de la
Great Black Music, Muhal
Nuff... Nuff affaire et le véritable
en leader au cours de dadaïste des mythiques et volontiers cérébral, S’émancipant de la laboratoire de sa
sa carrière, passant du Richard Abrams va au fil
concerts-happenings intéressé très tôt configuration minimaliste musique, Roscoe Mitchell
free jazz radical à des des années se révéler un
du tournant des années par les potentialités du trio Air dès le a toujours mené une
projets plus inattendus compositeur d’exception,
1970, ont crié au de l’électronique et tournant des années carrière parallèle, que ce
(comme sa fanfare élaborant notamment en
sacrilège en voyant l’Art de l’informatique, 80 pour s’engager soit en tant que sideman
mutante Brass Fantasy big band une œuvre à la
Ensemble of Chicago George Lewis est une avec son groupe (avec Threadgill, Abrams,
revisitant un répertoire fois lyrique et abstraite,
enregistrer pour la firme personnalité tout aussi Sextett – un septette Jarman, Braxton, George
choisi de chansons pop) d’une grande ambition
munichoise du producteur secrète qu’essentielle de (!) avec violoncelle et Lewis, Leo Smith…),
et/ou traditionnels (le formelle, influencée
Manfred Eicher, l’AACM. Cet hommage deux batteries – dans ou dès le tournant des
post-bop bluesy du all- tout autant par le jazz
craignant une sorte de distancié et décalé des expérimentations années 1980 à la tête
stars band The Leaders). dans tous ses états que
révisionnisme idéologique au génie parkérien, orchestrales toujours de son Sound Ensemble.
Enregistré en 1978 en par la sophistication de
sous couvert de “mise au enregistré en quartet plus sophistiquées, Henry Explorant inlassablement
compagnie d’Arthur l’avant-garde occidentale
propre” esthétique. Rien avec Douglas Ewart Threadgill va, au delà ces zones mouvantes
Blythe au saxophone alto, du 20e siècle (Messiaen,
de tel pourtant avec ce au saxophone alto et des genres et des styles entre improvisation
d’Amina Myers au piano Webern). Dans ce disque
disque (ni d’ailleurs avec à la clarinette basse, institués, s’affirmer et structure, fureur et
et au chant, de Malachi enregistré en 1990 à
les suivants “Full Force”, Anthony Davis au piano progressivement silence, expressionnisme
Favors à la contrebasse la tête d’une formation
“Urban Bushmen” et “The et Richard Teitelbaum au comme l’un des et contemplation, Mitchell
et de Phillip Wilson à de quatorze musiciens
Third Decade”, parus sur synthétiseur Moog, est grands compositeurs n’a cessé au fil des
la batterie, “The 5th (parmi lesquels John
le même label entre 1980 parfaitement représentatif contemporains. Enregistré années de faire évoluer
Power” apparaît avec Purcell, Jack Walrath
et 1984) qui certes ne de son univers hybride, en 1990, “Spirit of Nuff… sa musique lyrique et
le recul comme son ou encore David
privilégie pas la violence à la fois réfléchi et Nuff” est un moment abstraite, multipliant les
disque le plus personnel Fiuczynski à la guitare),
expressive dont le groupe spontané, avant-gardiste clé de cette éclosion. propositions orchestrales
et abouti. Plongeant Abrams, passant du
savait faire montre sur et respectueux de la A la tête d’un nouveau et les rencontres
résolument son free piano au synthétiseur
scène, mais, profitant tradition, ancré dans septette, Very Very expérimentales.
jazz baroque au cœur embrasse ici tout le
du confort technique du le jazz et le blues Circus, intégrant dans Enregistré tout
du rhythm’n’blues, du spectre de la musique
studio, donne à entendre et définitivement son instrumentation deux dernièrement en trio avec
blues et du gospel, Bowie noire (du boogie-
pour la première fois ouvert aux formes les tubas et deux guitares le pluri-souffleur James
couvre ici l’étendue de woogie à l’avant-garde),
avec cette qualité de plus avancées de la électriques, Threadgill y Fei et le percussionniste
ses territoires et signe alternant passages
restitution, l’espace musique contemporaine dessine les perspectives William Winant,
l’une des œuvres les expérimentaux alliant
sonore quasi cérémoniel occidentale. Intégrant de son œuvre à venir, manipulateur d’un
plus représentatives sonorités électroniques et
généré par cette musique l’improvisation toujours aussi lyrique fascinant orchestre de
de l’esprit instruments traditionnels
ainsi que l’extraordinaire à des dispositifs et spontanée mais cloches, Roscoe Mitchell
fondamentalement avec de longues
subtilité de ses dispositifs compositionnels savants, définitivement hybride déploie dans ce disque la
syncrétique de la Great séquences rétrospectives,
orchestraux et de ses jeux mêlant sonorités dans sa façon d’articuler féerie sonore d’un petit
Black Music. mettant en perspective
de timbre. Un moment clé électroniques et une lecture réflexive théâtre de timbres d’une
Milan, GRS Studios, sa propre musique avec
dans l’histoire du groupe. acoustiques avec un vrai de l’histoire du jazz (du extraordinaire puissance
avril 1978 (Black Saint) celles de Thelonious
Ludwigsburg, Tonstudio sens de la poésie et du ragtime au free) à une poétique.
Bauer, mai 1978 (ECM)
Monk ou Jelly Roll
lyrisme, Lewis signe là un Morton. ouverture sans limite aux Oakland, Mills College,
authentique petit chef- rumeurs du monde. 23 et 24 novembre 2014
New York, Sound Studio, (Rogue Art)
d’œuvre. 9 et 10 novembre 1990 New York, R.P.M. Studios,
Milan, Barigozzi Studio, 1979 (Black Saint) 19, 20 & 21 novembre 1990
(Black Saint) (Black Saint)

74 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


Nicole Matana Jack
Mitchell’s Roberts DeJohnette
Black Earth The Chicago Made In
Ensemble Project Chicago – Live
Black Clarinettiste et At The Chicago
Unstoppable saxophoniste alto Jazz festival
influencée par quelques
- Live At The légendes de sa ville
Invité à proposer un
programme de son choix
Velvet Lounge natale comme Johnny
dans le cadre du Chicago
Flûtiste au style vocal Griffin, Von Freeman ou
Jazz Festival, le batteur
et lumineux, Nicole encore Fred Anderson
Jack DeJohnette a eu
Mitchell s’est réellement que l’on trouve sur
l’idée de réunir ses vieux
affirmée au tournant quelques plages de ce
complices, tous co-
des années 2000 à la disque, Matana Roberts
fondateurs historiques de
tête de son Black Earth incarne à merveille
l’AACM (Roscoe Mitchell,
Ensemble, formation l’éternel renouvellement
Henry Threadgill, Muhal
trans-générationnelle de l’AACM. A la tête d’un
Richard Abrams), pour
à géométrie variable et quartet regroupant des
un concert en tous points
authentique laboratoire personnalités fortes de
exceptionnel donné au
de ses utopies musicales la scène musicale de
Millennium Park. Rejoints
et philosophiques. Chicago (du guitariste
par le contrebassiste et
Capté live au Velvet Jeff Parker, membre
violoncelliste Larry Gray,
Lounge (club mythique du groupe post-rock
ces quatre légendes
fondé par l’une des Tortoise au batteur Franck
vivantes de la musique
légendes vivantes de Rosaly, partenaire de Ken
afro-américaine des
l’AACM, le saxophoniste Vandermark), Roberts,
cinquante dernières
Fred Anderson) ce avec une sonorité pleine
années proposent ici
septette aux tessitures et un phrasé très mobile,
une sorte de jam session
orchestrales très réussit le tour de force
informelle et amicale
délicates, rejoint de décliner à sa manière,
riche de la diversité de
sur quelques plages très contemporaine, les
leurs parcours respectifs
par la chanteuse préceptes de la Great
et profondément ancrée
d’origine nigériane Black Music (on entend
dans le terreau du blues
Ugochi, propose une tour à tour ce que sa
et du jazz. Une musique
musique organique et musique doit à Dolphy,
au présent, d’une
naturellement métissée, Coltrane ou Ornette
formidable spontanéité,
entremêlant par la grâce Coleman) sans jamais
toute de connivence et
d’arrangements tout en que cette inscription
d’empathie, replongeant
nuances, des éléments dans l’histoire ne
sans nostalgie aux
empruntés à l’histoire du paraisse maniériste ou
sources de la Great
jazz (du swing au free en passéiste. Entre tradition
Black Music et de son
passant par le post-bop) et modernité, la jeune
histoire comme pour en
à la puissance telluriques femme est une des voix
réaffirmer une nouvelle
des rythmes africains et les plus prometteuses
fois l’éternelle jeunesse.
au raffinement de formes de la musique afro-
Chicago, août 2013 (ECM)
héritées de la tradition américaine actuelle.
occidentale. Chicago, Central Control
International, 2008 (Central
Chicago, 8 et 9 juin 2007 Control International)
(1 DVD Delmark)

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 75


OCTOBRE
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450 PETIT JOURNAL
MUSICIENS
SAINT-MICHEL
AUTOUR DE MIDI
SWAN BAR
ARTWORK :

76 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


PJC015_97_131.indd 1 10/09/15 14:44
Dave Grusin, le pianiste (à
gauche) et Lee Ritenour, le
guitariste (à droite), apôtres
du jazz fusion made in Los
Angeles, sont inséparables
depuis des lustres. Cet été,
ils étaient à l’affiche de
Jazz in Marciac, où notre
photographe Jean-François
Labérine les a immortalisés.

le live
A lire aussi, la chronique du
nouveau Lee Ritenour en
page 64.
JEAN-FRANÇOIS LABERINE

festivals clubs concerts radio internet télévision

Jazzèbre Photos Bibb-Milteau

Apothéose finale le 17 octobre


du Jazzèbre de Perpignan avec
le très intime duo des deux
piliers de Ping Machine, Julien
Soro et Raphaël Schwab, tutti du
Grand Ensemble Koa (qui réunit
les forces vives en Languedoc-
ANJNA SWAMINATHAN

Roussillon du collectif Koa) puis

P. DE GOROSTAZU
vertiges en apensanteur avec
le quartette du trompettiste
Ambrose Akinmusire. Egalement
le 15 à Gand (Belgique).
Révélation !
Pour Leadbelly
Vous avez aimé la saxophoniste ténor Maria Grand
au sein des formations présentées par Steve En avant-première d’une grande tournée en mars, Jean-
Coleman à Jazz à La Villette en septembre dernier, Jacques Milteau et Eric Bibb présenteront le programme
ou sur l’album “Synovial Joints” ? Sachez qu’elle d’un nouveau disque enregistré live au Sunset, un
JEAN-BAPTISTE MILLOT

se produira avec l’altiste Stéphane Payen et le hommage au bluesman Leadbelly le 6 à Paris (Alhambra),
contrebassiste Nikola Matovic au sein du quartette le 8 à La Forêt-Fouesnant (Le Nautile), le 9 à Vallet
de Doug Hammond, ancien mentor de Steve (Champilambart), le 10 à Nancy Jazz Pulsations.
Coleman, le 2 octobre dans le cadre du festival
franco-suisse Jazzcontreband qui sillonnera la
région de Genève du 1er au 24 octobre.

L’ouragan Uri Caine


Uri Caine (notre photo), Sébastien Boisseau et Jeff Ballard sont les hôtes
du nouvel orchestre que le trompettiste Alain Vankenhove présentera
le 6 octobre à Reims en avant-première du Reims Jazz Festival,
le 7 à Tours (Petit-Faucheux), le 8 à Paris (Sunside) et les 9 et 10 à Nantes
(Pannonica). Sur France Musique les 6 et 9 dans Open Jazz et le Jazz Club.
Uri Caine poursuivra par une tournée européenne avec Mark Helias et
Clarence Penn qui débutera le 20 à Toulouse (Jazz sur son 31).
X/DR

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 77


rendez-vous

Antony Jambon et Romain Cuoq.

Jubilé A chacun Hommage


Le cinquantième anniversaire sa pointure à Thollot
de l’AACM se décline à travers La Boutique du Val, c’est Le 12 octobre, la programmation
la France. L’association est l’ancienne petite cordonnerie de mensuelle de Gérard Terronès à
à l’affiche parisienne de Meudon dont Jean-Rémy Guédon la Java (Paris 10e) rend hommage
la thématique Chicago du a fait un lieu de concert dont à Jacques Thollot. Projection d’un

PAULINE PENICAUD
Festival d’automne avec, le 17
l’intimité correspond à son goût concert filmé par Caroline de
octobre, une journée d’étude à
pour la musique de chambre. Bendern et concert du trio de Jac
l’Université de Chicago à Paris
Entre le quatuor de bassons Berrocal.
et Mud Morganfield (fils de
Corrette du 1er au 3 octobre et
Muddy Waters) au Théâtre de la
Ville, ainsi que le 19 un grand
PARIS JAZZ CLUB
la chanteuse africaine Maryse
Ngagula auquel le saxophoniste
Une Cigale
concert au théâtre du Châtelet :
Double-Up Octet d’Henry
donnera la réplique en novembre, après l’été
L’union
Threadgill, duo Roscoe Mitchell- la cordonnerie accueille du 15 Vincent Peirani et son Living Being
Mike Reed et Golden Quartet de au 17 le trompettiste Fabrice 5tet osent La Cigale le 6 octobre.

fait la force
Wadada Leo Smith. L’AACM sera Martinez et son quartette Chut ! Vu les succès rencontrés sur
encore sur la route avec le Bridge (Fred Escoffier, Fred Pallem, Eric les routes de l’été, ils devraient
#9 qui associe la chanteuse Echampard). y recevoir un bel accueil.
Mankwe Ndosi à Sylvain Kassap, L’association Paris Jazz Club
Dana Hall et Mike Ladd : le 2 à lance la 4e édition de Jazz Fabrice Martinez Naissance
Saint-Eutrope, le 3 à Toulouse,
le 4 à Cazères, le 6 à Albi, le 8
sur Seine qui, du 9 au 24 du Petit Duc
octobre, implique vingt clubs, A Aix-en-Provence, Le petit Duc
à Poitiers, le 9 à Tours, les 10 et
12 à Paris (Java, Université de lieux associatifs et même un ouvre ses portes au jazz tout en
Chicago), le 13 à Nantes et le 14 grand théâtre (le Châtelet) affichant le goût pour la chanson
à l’Atlantique Jazz festival. Du 2 pour un festival régional en de son directeur Gérard Dahan,
au 18 octobre, celui-ci se fait très l’Ile de France, d’Auvers-sur- avec le duo de la chanteuse
chicagoan avec Nicole Mitchell, Oise (La Maison de l’Ile) à Cyril Mokaiesh et du pianiste
Rob Mazurek, Famoudou Don Giovanni Mirabassi le 3 octobre.
l’Ecoutille (Courtry) en passant Lendemain instrumental, mais
Moyé et Wadada Leo Smith par les clubs parisiens*.
(qui le 1er novembre clôturera le guère moins lyrique, avec le duo
XDR

festival Jazzonze de Lausanne en


Masterclasses, ateliers pour Louis Winsberg-Antonio El Titi.
enfants, 120 concerts pour
duo avec Günther Baby Sommer).
450 artistes, des plus connus Live ou TV Trois fiers ténors
Payton entonne (Carla Bley, John Abercrombie, Jazz sur son 31 qui se tient à
Humair-Celea-Parisien…) Toulouse du 9 au 25 octobre sera, Le batteur Guilhem Flouzat revient
le 13 octobre, l’une des étapes de des Etats-Unis avec un disque et
aux découvertes auxquelles un quartette qui s’arrêtera le 6
le quartier des Lombards la tournée du John Abercrombie
Quartet, avec Marc Copland, octobre à Lyon (Périscope), le 8 à
réservera la soirée Jazz Matrix Drew Gress et Joey Baron. Marseille (Cri du Port), les 9 et 10
du 13 octobre. Un occasion On le retrouvera le 12 à Paris à Paris (Sunside, Radio France).
de faire connaissance avec le Théâtre du Châtelet, à la même Le ténor de ce quartette, Ben
saxophoniste Romain Cuoq et affiche qu’Eliane Elias, le 14 à Wendel, côtoiera son compère
Nicholas Payton
le guitariste Anthony Jambon Walter Smith III au sein du trio du
XDR

Montpellier (Jam), et le 15 à Tours


guitariste Romain Pilon le 12 au
Le trompettiste Nicholas Payton qui fourbissent leurs anches (Petit Faucheux). Les absents se
Sunset. Walter Smith III tourne
séjournera du 13 au 15 octobre et leurs cordes depuis de consoleront sur Arte le 13 avec
la diffusion du concert de Skopje quant à lui au sein du quartette
au Duc des Lombards avec son longs mois devant le public du pianiste Laurent Coq avec sa
trio au sein duquel il chante en 2013.
du Baiser Salé et quitteront le belle Lafayette Suite les 13 et
également et joue des claviers, bercail pour présenter au Duc 14 à Paris (Sunside), le 15 au
comme il le fait abondamment
sur son récent double album des Lombards leur quintette De Chopin Tourcoing Jazz Festival, le 21 à
“Letters” produit sur son label Awake (Emile Parisien, Florent à Brubeck Clermont-Ferrand (Jazz en tête).
Un troisième ténor new-yorkais
Paytone et salué par son confrère Nisse, Nicolas Charlier). En Le 2 octobre, le contrebassiste à suivre sur nos routes : Chris
pianiste Benny Green. début de soirée, au Baiser Yves Rousseau célébrera le Cheek avec Lionel Loueke et Jeff
Salé, on aura déjà pu entendre disque de son Wanderer Septet Ballard le 15 à Marseille (Cri du
Transatlantique l’Anthony Jambon Group au Théâtre 71 de Malakoff où Port), le 22 à Clermont-Ferrand
Du 11 au 18 octobre à Brest, (Arno de Casnove, Joran il avait créé voici deux ans ce (Jazz en tête).
l’Atlantique Jazz Festival programme autour des œuvres
Cariou, Ouriel Ellert, Martin de Frédéric Chopin. Le 10, il
continue de tisser des liens avec Wangermée).
Chicago par-delà l’Océan en se sera avec son Akasha Quartet
répandant à travers la Bretagne *Ces lieux sont surlignés en jaune dans les au Triton où, en novembre il
avec l’Atlantique Jazz Tour en pages qui suivent. présentera un nouveau quintette
duo du trompettiste breton avec Christophe Marguet, Bruno
Philippe Champion et du batteur Ruder, Fabrice Martinez et David
chicagoan Hamid Drake : Carhaix Chevallier. Ce dernier est attendu
(le 2), Crozon (le 3), Châteaulin au Triton, le 16, pour la création
(le 4), Quimperlé (le 6), Guipavas d’un programme autour de
(le 7), Lannion (le 10). Dave Brubeck en compagnie du
Guilhem Flouzat
X/DR

Quatuor Ixi.

78 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


le live
agenda Jonathan Glusman

Jazz à la
Chapelle FESTIVALS
Installée depuis 1981 Autour de Mingus MINIFEST, Caen, jusqu’au
3 octobre (02 31 84 40 04,
/ Federico Casagrande / Theo
et Valentin Ceccaldi / Nicolas
Le 19 Hervé Salamone Octet
Le 21 MC Trio
rue de la Roquette où On retrouvera les causeries du jazzcaen.com) Bianco) Le 22 Zimbaria
elle se spécialisa dans dimanche au Sunside de notre Le 1er Nicolas Leneveu Trio, Le 10 Trio Barolo, Brad Le 23 Vincent Perrier 4tet avec
la salsa, la Chapelle collaborateur Lionel Eskenazi et
Julien Alour 4tet Mehldau Sébastien Félix
des Lombards renoue Le 2 Priscilia Valdazo, Ron é Le 11 Pulcinella Le 24 Carla Bley Trio (Steve
du contrebassiste Jacques Vidal Ben 4tet Le 13 Donkey Monkey (Eve Swallow / Andy Shepard),
avec le jazz qu’elle le 11 octobre pour un concert Le 3 François Chesnel, Geraud Risser / Yuko Oshima), Olivier Donkey Monkey (Eve Risser /
avait introduit en 1978 didactique autour de Charles Portal “Brothers Trio” (concert et Benoît ONJ “Europa Berlin” Yuko Oshima)
rue des Lombards. master class) Le 15 Vincent Courtois
Mingus, avec Isabelle Carpentier, Le 16 Palomar, Vincent Courtois JAZZCONTREBAND, Région
Du 20 au 22 octobre, Daniel Zimmermann, Pierrick FESTIVAL MAAD IN 93, /Daniel Erdmann / Robin Fincker, Franco-Suisse, du 1er au 24
Jean-Marc Padovani Pedron et Xavier Desandre- Seine-Saint-Denis, jusqu’au 4 Louis Sclavis 4tet (Benjamin octobre (jazzcontreband.com)
y présentera son Navarre. octobre (maad93.com) Moussay / Gilles Coronado / Avec entre autres :
Voir entre autres : Keyvan Chemirani) Le 1er (Chamonix) Marian Badoï
programme Motian
In Motion attendu J’ai deux amours Le 3 (Noisy-le-Sec) Titi Robin
/ Vincent Courtois / Daniel
Le 17 Raphaël Schwab / Julien
Soro, Grand Ensemble Koa,
Trio, Lady Bazaar. (Carouge)
Matthieu Llodra & invités
au festival de Nevers Jean-Pierre Como tourne avec Erdmann / Habig Mftach Ambrose Akinmusire 4tet (Sam Le 2 (Genève) Doug Hammond
Boushehri Harris / Harish Raghavan / Justin 4tet (Maria Grand / Stéphane
en novembre. deux formations : l’Europa Express Le 3 (Aubervilliers) Macadames Brown) Payen / Nikola Matosic).
Auparavant, le 5, (les chanteurs Hugh Coltman (Naïssam Jalal, Samia Diar, Le 18 Fanfare du Festival, Les (Carouge) Ablaye Cissoko /
il aura donné ses et Walter Ricci avec Stefano Di Nathalie Ahadji) / Billie Brelok / Musiques à Ouïr Volker Goetze
Bab Cantilenes à Battista, Louis Winsberg, Jérôme Dj Junkaz Le 3 (Genève) Marcos Jimenez
Regard et Stéphane Huchard) se Le 3 (Tremblay en France) Roy L’AGGLO AU RYTHME DU 5tet, Pick & Pitch
l’Institut des cultures Gaines Tuxedo Blues Orchestra JAZZ, Nîmes, jusqu’au Du 5 au 8 (Genève) Tribute To
d’Islam (Paris 18e). produira le 12 à Paris (Café de Le 12 et du 15 au 17 24 octobre (agglo-jazz.nimes- McCoy 4tet
la danse) et le 16 au Tourcoing (Montreuil) Lutherie urbaine metropole.fr) Le 6 (Divonne) Les Doigts de
Jazz Festival ; du 1er au 3, le (autour des musiques d’Ennio Le 2 Okute, Omar Sosa l’Homme. (Seynod) Stephano
pianiste ouvrira la saison du Morricone) Quarteto Cubano Saccon Group XIII.
Le 16 Titi Robin Le 3 Hot Antic Jazz Band / Le 9 (Onex) Charles Pasi.
Jazz Club de Dunkerque avec le Voir aussi : Les Lilas (Triton) et Daniel Barda, Mem’ory (Thonon) Snarky Puppy. (Sant-
De Billie à Chet quartette Bolero, avec Jean-Marc
Jafet, Minino Garay et Javier
Montreuil (Instants chavirés et
Théâtre Berthelot)
Le 6 Rose Betty Klub, Cyrille
Aimée
Genis) Jacky Terrasson avec
Stéphane Belmondo. (Genève)
Le 3 octobre à Vincennes, on Girotto qui sera remplacé le 21 à Le 7 Lisa Simone Mats Eilertsen Trio (Harmen
pourra passer de la conférence de Nantes (Pannonica) par Stéphane FESTIVAL D’ÎLE-DE-FRANCE, Le 9 Laurent Coulondre Trio, Fraanje / Thomas Stroenen)
Franck Bergerot “L’art, la douleur Île-De-France, jusqu’au 11 Sophie Alour Le 10 (Collonge) Orioxy / Khaled
Guillaume, Jafet par Jérôme octobre (01 58 71 01 01, Le 10 Domita Big Band, André Al Jaramani / Baptiste Germser,
et la joie de Billie Holiday” à 16h Regard le 14 à Toulouse (Jazz festival-idf.fr) Manoukian 4tet Olivia Pedroli (Genève) Monk’s
salle Robert Louis à l’hommage sur son 31). Ça méritait bien une Avec entre autres : Le 13 Dreisam Trio, Stanley Casino (Axel Dörner / Rudi Mahal
à Chet Baker du trio de Stéphane radio (sur France Musique dans Le 2 Guillaume Perret & Clarke Band / Alexander von Schlippenbach /
Benjamin Flao Le 17 Christophe Lampidecchia, Jan Roder / John Schröder)
Belmondo qui ouvrira la saison Open Jazz le 12). Le 8 Yom et les Yiddish Justin Kauflin Le 14 (Annemasse) Avishai
Sorano Jazz à 20h30. Cowboys Le 21 Trio Barolo, Tigran / Cohen Trio (Nitai Hershkovits /
Vingt bougies LES INTERNATIONALES DE
Yerevan Chamber Choir
Le 22 David Eskenazy Trio, Shai
Daniel Dor), Just B... Bass
Le 15 (Seynod) Richard Bona
Carnet de bal… Le Crescent de Mâcon fête ses LA GUITARE, Montpellier & Maestro Trio, Alfio Origlio
20 ans dans son nouveau lieu alentours, jusqu’au 17 octobre Le 24 Mamdouh Bahri 4tet, Le 17 (Carouge) Big band
Patrice Caratini fête ses 50 ans (les-ig.com) Andreas Varady L’Odyssée des cuivres. (Cluses)
avec le quartette de John Scofield
de musique avec une série de Avec entre autres : Les Doigts de l’Homme, Les
et Joe Lovano le 30 octobre Le 2 Steeve Laffont Trio, RHINO JAZZ(S) FESTIVAL, Désaccordés. (Saint-Claude)
concerts d’automne au studio et celui de Jeremy Pelt le 23 Mystère Trio Quartet Loire, Rhône & Isère, du 1er au David Chevallier Trio (Sébastien
de l’Ermitage, en attendant un (présent la veille au festival Jazz Le 3 Boulou et Elios Ferré 24 octobre (rhinojazz.com) Boisseau / Christophe Lavergne,
grande carte blanche au Châtelet en tête de Clermont-Ferrand). Le 7 Roy Gaines Tuxedo Blues Le 1er Ibrahim Maalouf 5tet Manuel Gesseney 5tet. (Genève)
le 21 mars. Ce mois-ci : Le Bal Orchestra (Mark Turner / Frank Woeste / Ohad Talmor & Euradio Jazz
pour commencer avec le Caratini Solo Le 9 Otis Taylor Scott Colley / Clarence Penn)
Le 2 Bobby & Sue
Orchestra, (Carouge) Evaristo
Perez 5tet / Sylvain Beuf
Jazz Ensemble le 4 et une soirée La tournée européenne solo de FESTIVAL ITINÉRAIRES, La Le 3 Vaudou Game, Tony Allen Le 18 (Genève) Ohad Talmor &
accordéon le 18 avec Maryll Marne, jusqu’au 18 octobre Le 4 WaterBabies (Armel Dupas Euradio Jazz Orchestra
Brad Mehldau passe par Nancy (jazzus.fr) / Corentin Rio) Du 19 au 22 (Genève) Michel
Abbas et le Caratini Voyage Jazz Pulsations le 9, Perpignan Avec entre autres : Le 6 The Afrorockerz, Clara Bastet / Jacques Siron / Tony
Sextet, plus David Venitucci en (Jazzèbre) le 10, Six-Fours Le 10 Emile Parisien 4tet (Julien Tumba Renold (le 20)
trio avec Denis Leloup et Antoine (Espace Malraux) le 13 et le Touéry / Ivan Gélugne / Mario Le 7 Kyle Eastwood Band, Rose Le 23 (Genève) Alice Perret.
Costa) Betty Klub (Carouge) Michelangelo 4tet
Banville. Tourcoing Jazz Festival le 14. Le 17 Baptiste Trotignon Le 8 Hugh Coltman 5tet avec Le 24 (Genève) Jérôme
Le 30 Stéphane Payen / Paul Lay, Rhinoversize Sabbagh 4tet (Ben Monder / Joe
Augustin Brousseloux / Sylvain Le 9 Tigran Hamasyan / Martin / Ted Poor). (Carouge)
Darrifourcq Yerevan State Chamber Choir, Clem Cardenas 5tet
Yael Naim Les 6, 13, 20 (Genève) Jam
JAZZÈBRE, Perpignan, Le 10 La Nuit du Blues avec à l’AMR
Pyrénées-Orientales et Aude, Big Joe Bone, Chris Bergson et Du 8 au 11 (Annemasse)
jusqu’au 18 octobre (04 68 51 Roy Gaines Benoît Paradis Trio
13 14, jazzebre.com) Le 11 Trio Zéphyr, Julia Sarr Trio
Le 1er Pierre-Luc Bensoussan Le 12 Yom 4tet (Frédéric Deville FAMILIJAZZ FESTIVAL,
“Jewish Songs” Trio / Claude Tchamitchian / Bijan Guise, du 2 au 10 octobre
Le 2 Airelle Besson / Nelson Chemirani) (familijazz.com)
Veras Le 13 Rhinoversize, Pia-no-jac Le 2 Double Face
Le 3 Mélissa von Vépy / Oliva Le 15 Robin McKelle & The Le 3 Gueorgui Kornazov
“J’ai horreur du printemps” Flytones, Fred Poncet Horizons 5tet (Geoffroy
(Christophe Monniot / Claude Le 16 Thomas Schoeffler, Tamisier / Manu Codjia / Marc
Tchamitchian / Ramon Lopez) Philippe Audibert 5tet, Nina Buronfosse / Karl Jannuska),
Le 4 Mathis Haug / Stephan Papa 5tet Krystal & Kayans
Notari Le 17 Matthieu Boré Trio, Le 10 Gaz Manouche
NATHALIE MAZEAS

Le 6 Auditive Connection The Summer Rebellion, Nina


Le 8 Philippe Torreton / Edward Papa 5tet ATLANTIQUE JAZZ FESTIVAL,
Perraud, Roberto Negro “Loving Le 18 Lisa Doby, Matthieu Brest & Bretagne, du 2 au
Patrice Caratini 18 octobre (penn-ar-jazz.com)
Suite pour Birdy So” (Elise Caron Saglio Solo

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 79


le live

Atlantique Jazz Tour Ibrahim Maalouf (Mark Turner Le 18 Thierry Ollé Triorg / Sébastien Baquias, Electric Le 20 Irène (Yoann Durant Le 21 Laurent Coq - Walter
Le 2 (Carhaix) For Trink 4tet / Frank Woeste / Scott Colley / Le 19 Initiative H Vocuhila, Saul Williams / David / Clément Edouard / Julien Smith 4tet (Joshua Crumbly
(Bernard Lepallec / Pierre Clarence Penn) Le 20 François Thuillier / Alain Murray Infinity 4tet (Orrin Evans / Desprez / Sébastien Brun), / Damion Reid), Ron Carter
Stéphan / Hélène Labarrière / Le 8 Laurent Coulondre Trio, Bruel, Elvin Bironien P-Leez 4tet Jaribu Shahid / Nasheet Waits) Radiation 10 Foursight (Renee Rosnes /
Nicolas Pointard) Avishai Cohen Trio (Nitai (Grégory Privat / Ralph Lavital Le 16 Soweto Kinch / Variant Le 21 Mark Priore & The Payton Crossley / Rolando
Les 2 et 3 (Landerneau et Heshkovits / Daniel Dor) / Elvin Bironien / Pierre-Alain (Romain Clerc-Renaud / Virgil Peaceful Explorers, Robert Morales-Matos)
Guidel) Andrea Motis / Joan Le 9 Brad Mehldau Tocanier), Uri Caine Trio (Marc Lorach / Gauthier Garrigue), Glasper Experiment (Casey Le 22 Jeremy Pelt 4tet (Simona
Chamorro 5tet Le 10 Eric Bibb / Jean-Jacques Helias / Clarence Penn), Dmitry Charles X / Eric Camara / Benjamin / Derrick Hodge / Mark Premazzi / Josh Ginsburg /
Les 2, 3, 4, 6, 7, 10 (diverses Milteau, Otis Taylor, Snarky Baevsky Trio Thomas Labadens, Napoleon Colenburg) Darrell Green), Jeff Ballard Trio
localités) Philippe Champion / Puppy, Blick Bassy/ Faada Le 21 Kyle Eastwood 5tet, Oran Maddox / Sorg / Dobet Gnahoré Le 23 Spongefingers, Leberian (Chris Cheek / Lionel Loueke)
Hamid Drake Freddy Etkin 4tet (Oran Etkin / Federico / José Shungu Sextet Le 23 Sullivan Fortner (Tivon
Le 9 (Saint-Martin-des-Champs) Le 12 Pink Martini, Yael Naim Casagrande / Joe Sanders / Ziv Le 17 Imperial 4tet (Gérald Le 24 Cas d’école, Chlorine Free Pennicott / Aidan Carroll / Joe
Ana Carla Maza Le 13 Dida, Stéphane Belmondo Ravit), Yaron Herman / Ziv Ravitz Chevillon / Damien Sabatier Dyson), Bireli Lagrène (Franck
Atlantique Jazz à Brest Trio, Vincent Peirani & Emile Le 22 Olivier Bogé 4tet (Tony / Joachim Florent / Antonin AVIGNON BLUES FESTIVAL, Wolf / Hono Winterstein / Diego
Le 11 ArCH#1 (Tomeka Reid / Parisien, Rocío Márquez Paeleman / Nicolas Moreaux / Leymarie) Avignon, du 15 au 17 octobre Imbert)
Mazz Swift / Frédéric Briet) Le 14 Maxime Bender 4tet, Karl Jannuska), Maceo Parker, Le 18 Fidel Fourneyron, Jean- (avignonbluesfestival.com) Le 24 Jérôme Barde (Irving
Le 12 ArCH#2 (Alexandre Jacky Terrasson 5tet (Syl Nilok 4tet, Otis Brown III 5tet Marc Foltz / François Raulin / Le 15 Linsey Alexander, Gas Acao / Vincent Strazzieri / Viktor
Pierrepont / Christophe Rocher Johnson / Burniss Travis / Le 23 Alfio Origlio 4tet (Eric étudiants du PESM Blues Band Nyberg / Lukmil Perez), Lisa
/ Hamid Drake), ArCH#3 Lukmil Perez / Minino Garay, Prost / Malcolm Potter / Andy Le 16 Sean Taylor, John Mayall Simone (Hervé Samb / Reggie
(Philippe Champion / Simon Le Hugh Coltman Barron), Okidoki, Stanley Clarke UN DOUA DE JAZZ, Le 17 Ben Poole Band, Craig Washington / Sonny Troupé)
Doaré / Famoudou Don Moye), Le 15 Sandro Lorier Gipsy Trio, Band, James Brandon Lewis Trio Villeurbanne, du 14 au 23 Adams, Dale Blade & The Voices
Orchestre du Conservatoire Play Yorgui Loeffler, Jeanne Added Le 24 Véronique Hermann octobre (undouadejazz.com) Of New Orleans JAZZ-CONILHAC, Conilhac,
Art Ensemble Of Chicago Le 16 The Soul Rebels Brass Sambin / Xavier Richardeau 5tet, Le 16 Laurent de Wilde Over du 31 octobre au 38 novembre
Le 13 Arch#4 (Nicole Mitchell Band, Electro Deluxe, Maceo Chick Corea & The Vigil (Tim The Clouds Trio (Jerome Regard JAZZ EN TÊTE, Clermont- (jazzconilhac.fr
/ Christophe Rocher / Avreeayl Parker, Eli Degibri, Dee Garland / Charles Altura / Calitos / Donald Kontomanou), OG Loc Ferrand, du 20 au 24 octobre Le 31 Philippe Léogé / Big Band
Ra) Third Coast Ensemble Alexander 4tet Del Puerto / Marcus Gilmore Cing Tetes (jazzentete.com) Garonne
(Rob Mazurek / Nicole Le 17 Songhoy Blues, Marcus / Luisito / Quintero), Claracor, Le 17 Glossy Sisters, ETE Le 20 Blackstone Orchestra,
Mitchell / Christophe Rocher / Miller, Yuri Buenaventura Sullivan Fortner (Tivon Pennicott Trio (Andy Emler / Claude Cory Henry Trio (Pino Palladino /
Nicolas Peoc’h / Jeff Parker / / Aidan Caroll / Joe Dyson Tchamitchia / Eric Echampard) Yoram Vroom)
Christopher Bjurström / Fédéric JAZZ SUR SEINE, Paris & Île- Le 25 Les Roger’s
Briet / Nicolas Pointard / de-France, du 9 au 24 octobre
Avreeayl Ra…) (jazzsurseine.fr) TOURCOING JAZZ FESTIVAL,
Le 14 Arch#5 (Steve Berry / Détail surligné dans la rubrique Tourcoing, du 10 au 18
Nicolas Peoc’h / Irvin Pierce / Paris & Île-de-France de notre octobre (03 59 63 43 63
Vincent Raude), Nicole Mitchell agenda. tourcoing-jazz-festival.com) PARIS, LES ADRESSES, LES SITES…
/ Tomeka Reid / Mike Reed, Le 10 Seun Kuti & Egypt 80,
The Bridge #9 (Mankwe Ndosi / JAZZ SUR SON 31, Toulouse Le Grand Mix Atelier Charonne CAFÉ UNIVERSEL GUINNESS TAVERN PETIT JOURNAL
Sylvain Kassap / Dana Hall), Rob & Haute-Garonne, du 9 au Le 11 John Mayall 4tet L’AGE D’OR 267, rue Saint Jacques 31, rue des Lombards SAINT-MICHEL
Le 12 Renaud Garcia Fons & 26, rue du Dr. Magnan (5e) (1er) 71, boulevard Saint
Mazurek / Jeff Parker 25 octobre (jazz31.haute- 01 43 25 74 20 01 42 33 26 45
Dorantes (13e) Michel (5e)
Le 15 Arch#6 (Christofer garonne.fr) 01 45 85 10 58 cafe-universel.com guinnesstavern.net 01 43 26 28 59
Bjurström / Lou Mallozzi / Le 9 Cyrille Aimée 5tet avec Le 13 Cyrille Aimée 4tet avec lagedorparis.com claude.philips.
Nicolas Pointard), Gaspar Claus / Adrien Moignard et Michael Adrien Moignard et Michael CARREAU DU TEMPLE INSTITUT DES pagesperso-orange.fr
Mike Reed, Survival Unit III (Joe Valleanu Valeanu, Snarky Puppy, The ALHAMBRA 4, RUE EUGÈNE SPULLER CULTURES D’ISLAM
McPhee / Fred Lonberg-Holm / Le 10 Nicolas Folmer Horny Real Sax Section (Steve Houben 21, rue Yves Toudic (10e) (3e) 56, rue Stephenson (18e) PHILHARMONIE
/ Pierrick Pedron / Fabric 01 40 20 40 25 01 83 81 93 30 01 53 09 99 84 Parc de la Villette
Michael Zerang Tonky (Antoine Favennec / carreaudutemple.eu
Alleman / Julien Delbrouck / alhambra-paris.com institut-cultures-islam.org 01 44 84 44 84
Le 16 Arch#7 (Mike Reed / Thomas Cœuriot / Laurent philharmoniedeparis.fr
Raphaël Quenehen / Thibault Colondre / Julien Herné / Yoann Kenny Jeanney / Nathalie Loriers ATELIER CHARONNE CAVEAU LA JAVA
Cellier), Casamance + DJ Will & Schmidt), Philippe Logé / Big / Philippe Aerts / Rick Hollander), 21, rue Charonne (11e) DE LA HUCHETTE 105, rue du faubourg du RADIO FRANCE
Taoking, Dj Funk Band 31, Sugar Bones Charles Pasi 5tet 01 40 21 83 35 5, rue de la Huchette (5e) Temple (10e) 116, av. du Président
Le 17 Adegoke Steve Colson, Le 11 Stéphanie Pons / Trio Le 14 Trio Forge, Laurent www.ateliercharonne.com 01 43 26 65 05 01 42 02 20 52 Kennedy (16e)
Serpentine & The Pup House, SVP Coulondre Trio, Lee Konitz & caveaudelahuchette.fr la-java.fr 01 56 40 15 16
Dan Tepfer, Brad Mehldau ATELIERS DU radio-france.fr
Bitchin Bajas Le 12 Pulcinella, Snarky Puppy CAVEAU DES JAZZ CLUB ÉTOILE
Le 18 Johnny’s Scrapbook, Le 13 Jean-Marie Ecay Trio Le 15 Laurent Coq & Walter CHAUDRON
31, passage de OUBLIETTES 81, bd. Gouvion St Cyr STUDIO DE L’ERMITAGE
Wadada Leo Smith / Mike Reed (Jean-Michel Charbonnel / Smith III (Joe Sanders / Damion Ménilmontant (11e) 52, rue Galande (5e) (17e) 8, rue de l’Ermitage (20e)
André Charlier), Rémi Panossian Reid), Marc Gosselin 4tet, 01 43 61 17 17 01 46 34 23 09 01 40 68 30 42 01 44 62 02 86
REIMS JAZZ FESTIVAL, RP3, John Abercrombie 4tet Maceo Parker, Chassol ateliersduchaudron.free.fr caveaudesoubliettes.com jazzclub-paris.com studio-ermitage.com
Reims, du 6 octobre au 7 (Marc Copland / Drew Gress Le 16 Julien Marga 4tet, Moutin
Factory 5tet (Christophe Monniot CAVE DU 38 RIV’ LE KLUB SUNSET/SUNSIDE
novembre (03 26 47 00 10, / Joey Baron), Garcia-Fons / AUTOUR DE MIDI
14, rue Saint-Denis (1er) 60, rue des Lombards
/ Jean-Michel Pilc / Michael 11, rue Lepic (18e) 38, rue de Rivoli (4e)
djaz51.com) Dorantes 01 48 87 56 30 01 42 36 26 99 (1er)
Felberbaum), Jean-Pierre Como 01 55 79 16 48
Le 6 Uri Caine / Alain Le 14 Ron Carter Foursight autourdemidi.fr 38riv.com leklub-paris.com 01 40 26 46 60/21 65
Vankenhove / Sébastien (Renee Rosnes / Rolando Europa Express (Hugh Coltman / sunset-sunside.com
Boisseau / Jeff Ballard Morales-Matos / Payton Walter Ricci / Stefano Di Battista AUX PETITS JOUEURS LE CÉPAGE MUSSET
Le 15 Un Poco Loco (Fidel Crossley),  Jean-Pierre Bolero / Louis Winsberg), Jérôme 59, rue Mouzaïa (19e) MONTMARTROIS 5, rue de l’échelle (1er) SWAN BAR
Regard / Stéphane Huchard), 01 42 41 23 80 65, rue Caulaincourt (18e) 01 42 60 69 29 165, bd. Montparnasse
Fourneyron / Geoffroy Gesser / 4tet (Javier Girotto / Jérôme (6e)
Sébastien Beliah) Regard / Minio Garay) et 6tet Dianne Reeves, Mountain Men auxpetitsjoueurs.com 01 46 06 95 15
cepagemontmartrois.fr NEW MORNING 01 40 05 04 39
Le 22 Agathe Jazz 4tet (Agathe (Walter Ricci / Hugh Coltman Le 17 Elèves du conservatoire 7, rue des Petites Ecuries
/ Hugh Coltman, Lena Mervil & BAB ILO
Iracema / Leonardo Montana / / Stefano Di Battista /Louis 9, rue du baigneur (18e) CHACHA CLUB (10e) THÉÂTRE DE LA VILLE
Christophe Wallemme / Pierre- Winsberg / Jérôme Regard / Friends, Criss Cross Jazz, Hugh 01 42 23 99 19 47, rue Berger (1er) 01 45 23 51 41 2 place du Châtelet (4e)
Alain Tocanier) Stéphane Huchard) Coltman 5tet, Faada Freddy, babilo.lautre.net 01 40 13 12 12 newmorning.com 01.42.74.22.77
Manu Katché / Richard Bona / theatredelaville-paris.com
Le 23 Vegan Dallas (Benjamin Le 15 Olivier Ker Ourio Trio OLYMPIA
Flament / Julien Chamla / (Emmanuel Bex / Matthieu Raul Midon, Otis Taylor LE BAISER SALÉ CHAPELLE DES
28, Boulevard des THÉÂTRE DU CHÂTELET
Richard Comte / Simon Hénocq) Chazarenc), Dee Alexander 4tet, Le 18 Jérémie Ternoy / Kristof 58, rue des Lombards LOMBARDS
(1er) Capucines (9e) 1, Place du Châtelet (1er)
Le 29 Michel Portal / Bojan Z Françoise Guerlin 4tet, Andrea Hiriart Organic Orchestra 19, rue de Lappe (11e) 08 92 68 33 68 01 40 28 28 00
01 42 33 37 71 01 43 57 24 24
Le 30 Heinz Sauer / Daniel Motis & Joan Chamorro 5tet lebaisersale.com olympiahall.com chatelet-theatre.com
la-chapelle-des-lombards.
Erdmann 4tet (Johannes Fink / Le 16 Samy Thiébault 4tet TRIBU FESTIVAL, Dijon, com
du 10 au 18 octobre (03 80 28 CAFÉ DE LA DANSE PAN PIPER THE UNIVERSITY
Christophe Marguet) (Adrien Chicot / Sylvain Romano 2-4, impasse Lamier (11e)
80 42, tribufestival.com) 5, passage Louis-Philippe OF CHICAGO
Le 31 Musica Nuda (Petra / Philippe Soirat), Roy Hargrove LA CIGALE 01 40 09 41 30 6, rue Thomas Mann (13e)
World, soul et jazz avec entre (11e) 120, Bd. Rochechouart
Magoni / Feruccio Spinetti) 5tet (Justin Robinson / Sullivan 01 47 00 57 59 http://pan-piper.com/ 01 53 94 78 80
autres : (18e)
Fortner / Ameen Saleem / cafedeladanse.com 01 49 25 81 75 centerinparis.uchicago.
NANCY JAZZ PULSATIONS, Quincy Phillips), Tante Jaco, Le 10 Projection du film David lacigale.fr PETIT JOURNAL edu
Nancy, du 7 au 17 Laura Jurd 4tet Murray, I Am a Jazzman, CAFÉ LAURENT MONTPARNASSE
octobre (03 83 35 40 86, Le 17 Grégory Privat & Sonny The Tribu Jazz Band / Fidel 33, rue Dauphine (6e) DUC DES LOMBARDS 13, rue du Cmdt
Fourneyron 01 43 29 43 43 42, rue des Lombards Mouchotte (14e)
nancyjazzpulsations.com) Troupé, Big Daddy Wilson, Greg 01 43 21 56 70
Le 11 The Tribu Jazz Band / cafe-laurent.com (1er)
Avec entre autres : Lamazères, Offground Tag, petitjournalmontparnasse.
Fidel Fourneyron 01 42 33 22 88
Le 7 Petite Vengeance (Raphaël Andreas Schaerer / Peter Rom / ducdeslombards.fr com
Quenehen / Jérémie Piazza), Martin Eberle Le 13 Aymeric Descharrières

80 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


PARIS
PARIS
DIMANCHE 4
Atelier Charonne William
Carreau du Temple Alexandra
Grimal Dragons (Nelson Veras /
Patrick
Kader
Brunard / Julien Cattiaux Jozef Dumoulin / Dré Pallemaert)
JEUDI 1ER Ateliers du Chaudron Steve Caveau de la Huchette Ellen
Atelier Charonne Rodolphe Potts / François Ripoche Birath Swing Band

JAKOB KAROLINA ZAPOLSKA


Les bonnes
Raffalli Trio Baiser Salé Gustave Reichert Duc des Lombards Sarah
Autour de Midi Renaud Penant Caveau de la Huchette Joss McKenzie 4tet (Jo Caleb / Pierre
4tet (Fabien Mary / Alain Jean- Moss Big Band Boussaguet / Greg Hutchinson)

pulsations
Marie / Gilles Naturel) Studio de l’Ermitage Le Bal Jazz Club Étoile Jon Cleary & LES
Aux Petits Joueurs New du Caratini Jazz Ensemble The Absolute Monster Gentlemen
Brotherhood New Morning Pat Thomas GENS
Baiser Salé Tricia Evy / Enzo Carniel LUNDI 5 Kwashibu Area Band DU JAZZ
Café Laurent Christian Brenner Atelier Charonne Angelo Petit Journal Montparnasse
/ Gérard Prévost Debarre 4tet Christian Morin Directeur général et programmateur magazine

Café Universel Bridge To Caveau de la Huchette Jean- Petit Journal Saint-Michel de Nancy Jazz Pulsations depuis 1979,
Somewhere Paul Amouroux Boogie Woogie Philippe Vilani / Claude Braud /
Caveau de la Huchette Band Stéphane Nossereau Patrick Kader a répondu à nos questions.
Ricky Nye Duc des Lombards Rotem Studio de l’Ermitage Minino
Duc des Lombards Gabor Sivan Trio (Haggai Cohen-Milo / Garay Frapadingos On entend déjà les ronchons : programmateur est-elle plus
Bolla / Kirk Lightsey 4tet Ferenc Nemeth) Sunset Rémi Vignolo 5tet « Il n’a plus assez de jazz à astreignante ou plus excitante
Jazz Club Étoile Roy Gaines Institut des cultures d’Islam (Christophe Panzani / Pierre que naguère ?
Tuxedo Blues Orchestra Jean-Marc Padovani Bab Perchaud / Tony Paeleman / Nancy Jazz Pulsations ! ».
New Morning Roland Cantilenes Julien Herné) Vieille antienne ! Le jazz est Elle est toujours aussi
Tchakounté 5tet Petit Journal Montparnasse Sunside Alain Vankenhove / toujours la colonne vertébrale excitante. Avec de nouveaux
Petit Journal Montparnasse Léa Deman Uri Caine / Sébastien Boisseau / outils de communication, plus
Nuit du Piano Stride Petit Journal Saint-Michel Jeff Ballard de ce festival. Il est fédérateur,
Petit Journal Saint-Michel Jany Noel Helies Duo rassemble des musiciens de découvertes sonores – à
Dixie Stompers Jazz Band VENDREDI 9 de tous les continents et de confirmer sur scène. Il faut
Studio de l’Ermitage Quintet MARDI 6 Atelier Charonne Samson toutes les générations, et rester pertinent, faire en sorte
Silsila Alhambra Eric Bibb / Jean- Schmitt / Pierre Blanchard 4tet
Sunset Williams Brutus 5tet Jacques Milteau Autour de Midi Matthieu Boré certaines de ses composantes que la rencontre ait lieu entre
Sunside Wallace Roney 5tet Atelier Charonne Fanou New Orleans Band influencent jusqu’aux musiques les musiciens et le public. Le
(Ben Solomon / Victor Gould / Torracinta Trio Baiser Salé Jean-Jacques électroniques. Aux NJP rôle des agents artistiques
Buster Williams / Lenny White) Autour de Midi André Kechida Elangué / Brice Wassy Kelin-
Baiser Salé Cynthia Abraham, Kelin’ Orchestra 2015, on dénombrera vingt est essentiel. Aller voir les
VENDREDI 2 Vincent Verger 5tet Café Laurent Christian Brenner formations régionales et vingt- formations en club et en
Atelier Charonne Samy Café Universel Mathilde Café Universel Marvin Parks huit internationales dont Brad festival est essentiel. Nancy
Daussat 4tet Cave du 38 Riv’ Julie Silvera Caveau de la Huchette Ellen
Autour de Midi Renaud Penant Caveau de la Huchette Birath Swing Band Mehldau, Avishai Cohen, Jacky Jazz Pulsations a un public
4tet (voir au 1er) Wendy Lee Taylor 4tet Caveau des Oubliettes Terrasson, Stéphane Belmondo, merveilleux, les générations s’y
Baiser Salé Nadège Beausson- Duc des Lombards El Sistema Nicolas Viccaro 4tet Peirani-Parisien… côtoient et chaque festival est
Diagne 4tet, Emi & Claire / Samy Thiébault 4tet Duc des Lombards Sarah une occasion de se retrouver.
Café Laurent Christian Brenner La Cigale Vincent Peirani 5tet McKenzie 4tet (voir au 8) En 1973, les têtes d’affiche
Café Universel Universel Petit Journal Saint-Michel Jazz Club Étoile Jon Cleary & des NJP étaient Oscar Le jazz manque-t-il de vraies
Connection Voice Eric Luter 4tet The Absolute Monster Gentlemen Peterson, Slide Hampton, Chris têtes d’affiche ?
Caveau de la Huchette Ricky Studio de l’Ermitage Gil Musset Fabien Mary 4tet Le jazz n’étant plus une
Nye Boogie Woogie Evans Paris Workshop, direction Petit Journal Montparnasse McGregor, Terry Riley, Ray
Cépage Montmartrois Laurent Cugny Sixties Memory Charles, Frank Wright, Sun musique très écoutée, la relève
Georges Locatelli / Mathilde / Sunset An-Liz 6tet Petit Journal Saint-Michel Ra… Époque révolue ? a plus de difficultés à émerger
Rémi Jeannin / Clément Brajtman Sunside Samuel Lercher 4tet Paris Washboard et le public n’a pas toujours
Duc des Lombards Agathe avec Géraldine Laurent Studio de l’Ermitage Emilien On peut tous avoir des
Jazz 4tet Véret “Clarinettes urbaines » souvenirs émus. Je remarque l’envie d’aller voir en concert de
Jazz Club Étoile Paddy Sherlock- MERCREDI 7 Sunset Dmitry Baevsky Trio que Terry Riley n’était nouveaux artistes. La clientèle
Drew Davies Rhythm Combo Atelier Charonne Sébastien Sunside Boggie, Guilhem jazz a commencé à se détourner
New Morning Maraca Latin Jazz Giniaux Trio Flouzat 4tet avec Ben Wendel
pas catalogué jazz, et que
All Stars avec Mario Canonge Autour de Midi Françoise Swan Bar Olivier Griffith, Ray Charles était plutôt de cette musique à la mort de
Petit Journal Montparnasse Fognini 7 Cordas référencé vedette gospel-soul. Miles, qui en fut le plus grand
The Headbangers Baiser Salé Mario Canonge / Régulièrement, des hommages fédérateur. Ses concerts étaient
Petit Journal Saint-Michel Michel Zenino, Rick Margitza 4tet SAMEDI 10
Dominique Bertrand New Café Laurent Orie Minie & Atelier Charonne Samson musicaux sont rendus par de des événements très rock qui
Orleans 4tet Alexei Asantcheeff Schmitt invite Pierre Blanchard jeunes et talentueux musiciens. parlaient à tout le monde.
Sunset Aurore Voilqué 7tet Cave du 38 Riv’ Luso Autour de Midi Manches & Je pense par exemple à Thomas Pour une soirée, votre budget
avec François Biensan Connection 4tet Balais 4tet
Sunside Wallace Roney 5tet Caveau de la Huchette Ellen Baiser Salé Jean-Jacques de Pourquery et son projet est sans limite…
(voir au 1er) Birath Swing Band Elangué / Brice Wassy Kelin- Supersonic Play Sun Ra. Ils Je ne suis pas de nature
Duc des Lombards Justin Kelin’ Orchestra abattent les murs des chapelles à claquer des sommes
SAMEDI 3 Kauflin Trio Café Laurent Eric Breton 4tet inconsidérées pour permettre
Atelier Charonne Marina New Morning Bernard Allison, Cave du 38 Riv’ Pingo De pour rendre le jazz moins
Orkestra Tzigane Gaëlle Buswel Choro 4tet élitiste. J’ai senti très tôt qu’il à des musiciens, même les
Café Laurent Martin Jacobsen Petit Journal Montparnasse Caveau de la Huchette Ellen fallait ouvrir la programmation plus forts, de jouer à Nancy. Je
Caveau de la Huchette Ricky Boney Fields Bone Project Birath Swing Band préfère monter une série de
Nye Boogie Woogie Petit Journal Saint-Michel Caveau des Oubliettes à d’autres styles, sans tomber
Duc des Lombards Agathe Gerard Goldblum 5tet Nicolas Viccaro 4tet dans la vulgarité. Pour rajeunir concerts au petit théâtre de la
Jazz 4tet Studio de l’Ermitage Méloblast Duc des Lombards Sarah le public bien sûr, mais aussi Manufacture, rebaptisé Manu
Jazz Club Étoile Paddy Sherlock- Sunset Julien Augier Dadeland McKenzie 4tet (voir au 8) Jazz Club, avec Nicolas Folmer,
Drew Davies Rhythm Combo Sunside Francis Demange 4tet Jazz Club Étoile Soul Power parce que la ville de Nancy
Petit Journal Montparnasse (Bertrand Auger / Marc-Michel La Java The Bridge #9 qui a contribué à la création Airelle Besson, Sinne Eeg,
The Liberty Docs Le Bévillon / Jean-Claude Jouy) (Mankwe Ndosi / Mike Ladd / de ce festival souhaitait que Agathe, Wanderer 7tet, Samy
Petit Journal Saint-Michel Sylvain Kassap / Dana Hall) Thiebaut et Andy Sheppard
Les Rois du Fox Trot JEUDI 8 Petit Journal Montparnasse son contenu s’adresse à tous,
Philharmonie de Paris Ablaye Atelier Charonne Aurélien Sidney Bechet Memory All Stars tout en laissant à l’équipe pour la saison 2015-2016. •
Cissoko / Volker Goetze Bouly Trio Petit Journal Saint-Michel organisatrice une pleine liberté AU MICRO : FG
Sunset Fabien Mary & Xavier Baiser Salé Selkies Project Sussana Bartilla 4tet
Richardeau 4tet Café Laurent Christian Brenner Radio France Guilhem Flouzat
de programmation. C’est CONCERTS Nancy Jazz
Sunside Wallace Roney 5tet / Jean-Pierre Rebillard 4tet (Ben Wendel / Laurent Coq / toujours le cas. Pulsations, du 7 au 17 octobre.
(voir au 1er) Café Universel Pauline Corbaz Desmond White), Frédéric Borey En 2015, la tâche d’un Net nancyjazpulsations.com.

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 81


le live

Wink 5tet (Michael Felberbaum / Guinness Tavern Matthieu VENDREDI 16 LUNDI 19


Leonardo Montana / Yoni Zelnik Marthouret Bounce Trio (Toine Atelier Charonne Barbie Atelier Charonne Angelo
/ Frederic Pasqua) Thys / Gauthier Garrigue), Yuval Camion-Adrien Moignard 4tet Debarre 4tet
Sunset Evan Christopher Amihai (Damien Varaillon / Autour de Midi Corinne Caveau de la Huchette Chase
“Django à la Créole” 4tet avec Gauthier Garrigue), Sarah Lenka Sahraoui 4tet Garrett Boogie Band

JOHN ROGERS
Don Vappie Klub Paul Jarret PJ5, Watershed Bab-Ilo Joachim Govin Quartet Duc des Lombards Eli Degibri
Sunside Ulf Wakenius Trio (Christophe Panzani / Tony (Ben Van Gelder / Tony Tixier / New Morning Lucky Peterson
(Leonardo Corradi / Tony Match) Paeleman / Pierre Perchaud / Fred Pasqua) Petit Journal Montparnasse
Swan Bar Ursuline Kairson Karl Jannuska), Tony Paeleman- Baiser Salé Tony Chasseur & Cory Henry Trio
Julien Herné 117 Elements Twan, Vincent Bidal & Sayé Petit Journal Saint-Michel
DIMANCHE 11 HOMMAGE Pierre-Yves Plat Solo
(Christophe Panzani / Arnaud Café de la Danse Rp3 avec
Atelier Charonne Angelo Sunset Chris Potter Trio
Debarre / Adrien Moignard
Baiser Salé Romain Labaye
Renaville)
New Morning The Souljazz Masabumi Kikuchi Rémi Panossian / Maxime
Delporte / Frédéric Petitprez (Jonathan Blake / Larry Grenadier)

Caveau de la Huchette
Orchestra
Petit Journal Montparnasse
ne jouera plus Café Laurent Christian Brenner
Trio
Sunside Vintage Orchestra
Théâtre du Châtelet 50 ans
Megaswing de l’AACM avec Wadada Leo
Duc des Lombards Mark Les Amuse Gueules La mort du pianiste Masabumi Kikuchi Café Universel Nova Bossa Smith Golden 4tet (Anthony
Petit Journal Saint-Michel 3 Brésil
Guiliana Jazz 4tet (Jason
For Swing
le 6 juillet nous avait échappé, mais Cave du 38 Riv’ Sphère 4tet
Davis / John Lindberg / Mike
Rigby / Fabian Almazan / Chris pas à notre lecteur André Lambotte. Reed), Roscoe Mitchell /
Morissey) Sunset Focus Belgique avec Caveau de la Huchette Austin Mike Reed, Henry Threadgill
Myrddin de Cauter, De Beren Né en 1939 à Tokyo, figure de la jeune O’Brien Big Five Band
Sunset Evan Christopher Double Up (Roman Filiu / Curtis
“Django à la Créole” avec Don Gieren Trio, Nordmann 4tet scène japonaise des sixties (Masahiko Cépage Montmartrois McDonald / David Bryant / David
Vappie Sunside Laurent Coq / Walter Togashi, Sadao Watanabe et Terumasa Guillaume Marthouret / Laurence Virelles / Christopher Hoffman /
Sunside Autour de Charles Smith / Joe Sanders / Damion Hino) et sideman recherché (Lionel Allison / Xavier Doré / Laurent Jose Davila / Craig Weinrib)
Mingus présenté par Lionel Reid Hampton, Sonny Rolins), il se fit Fradelizi
Eskenazi avec Jacques Vidal connaître hors du Japon sur “Silver Duc des Lombards Luis MARDI 20
5tet (Isabelle Carpentier / Daniel MERCREDI 14 Perdomo Controlling Ear Unit Atelier Charonne Ludovic
Atelier Charonne Ben Toury
World” d’Hozan Yamamoto (1971, (Mimi Jones / Marc Miralta)
Zimmermann / Pierrick Pedron / Beier Trio
Xavier Desandre-Navarre) Baiser Salé Mario Canonge avec Gary Peacock) et “Masabumi Jazz Club Étoile Sugar Pie & Baiser Salé Aka-Unit, Robin
/ Michel Zenino, Gérald Toto / Kikuchi + Gil Evans” (1972) puis aux The Candymen Mansanti Trio
LUNDI 12 Nefta Poetry / Melt In Motherland côtés d’Elvin Jones, David Liebman, New Morning Anthony Strong Caveau de la Huchette Chase
Atelier Charonne Edouard Café Laurent Leslie Lewis / Mal Waldron, Joe Henderson… Sa 5tet Garrett Boogie Band
Pennes Duo Gérard Hagen collabloration régulière avec Gary Petit Journal Montparnasse Chapelle des Lombards
Café de la Danse Jean-Pierre Café Universel Louis Tucoulat Peacock et Paul Motian sous le nom Richard Epesse Jean-Marc Padovani “Motian
Como “Express Europa” (Walter Cave du 38 Riv’ Eric Barret / Petit Journal Saint-Michel In Motion” (Didier Malherbe
Ricci / Hugh Coltman / Stefano du Tethered Moon Trio, témoigne d’un / Paul Brousseau / Claude
Alain Jean-Marie High Society Jazz Band
Di Batista / Louis Winsberg Caveau de la Huchette Dany
expressionnisme intense (réécouter Sunset Awa Ly, Pedro Martins / Tchamitchian / Ramon Lopez)
/ Jérôme Regard / Stéphane Doriz Swing Band “Experienced Tosca” improvisé sur les Nicolas Moreaux / Karl Jannuska Duc des Lombards John
Huchard) Duc des Lombards Nicholas partitions de l’opéra de Puccini pour Sunside Matthieu Boré Trio Pizzarelli 4tet
Caveau de la Huchette Jean- Payton Trio (voir au 13) le label Winter & Winter). Il termina Swan Bar Mondays Trio Petit Journal Montparnasse
Paul Amouroux Boogie Woogie Olympia Diana Krall (Stuart sa carrière en gravant avec Thomas Bill Deraime
Band Petit Journal Saint-Michel
Duc des Lombards Mark
Duncan / Anthony Wilson / Morgan et Motian “Sunrise” paru chez SAMEDI 17
Olivier Franc 4tet
Patrick Warren / Dennis Crouch ECM en 2012. Atelier Charonne Marina
Guiliana Jazz 4tet (voir au 11) Sunset Chris Potter (voir au 19)
La Java Soirée hommage à / Karriem Riggins) Orkestra Tzigane
Sunside Bob Mamet-Frank
Jacques Thollot avec films et Petit Journal Montparnasse Autour de Midi Patrick Catalano 4tet (Larry Gray / Paul
Jac Berrocal Trio (David Fenech Jean-Pierre Bertrand Boogie Villanueva Trio Wertico)
/ Vincent Epplay) System Baiser Salé Vincent Bidal / Swan Bar Sonnavind
Petit Journal Saint-Michel Petit Journal Saint-Michel Maureen Angot
Super Swing Project
Sunset Romain Pilon Trio (Yoni
TJB
Sunset Dida / Yonathan Avishai
ÇA JAMME À PARIS Café Laurent Monique Thomas
Café Universel Soleil Vert 4tet
MERCREDI 21
Atelier Charonne Pierre-Yves
Zelnik / Fred Pasqua) / Ben / Yoni Zelnik / Francesco Ciniglio Cave du 38 Riv’ Laura Buenrostro Plat
Wendel / Walter Smith III Sunside Laurent Coq / Walter Le dimanche Babilo A 19h jam session Caveau de la Huchette Austin Baiser Salé Mario Canonge /
Sunside Eym Trio (Elie Dufour / Smith / Joe Sanders / Damion brésilienne avec Sorriso / Thierry Chillon / Charles O’Brien Big Five Band Michel Zenino, Franck Nicolas
Yann Phayphet / Marc Michel) Reid Amed Barry / Murillo. Baiser Salé A 21h avec Duc des Lombards Eli Degibri “Michael Jackson In Ka”
Théâtre du Châtelet Melody Vincent Tortiller (programme Jeff Buckley le 18), Jazz Club Étoile Apollo Orchestra (Gregory Privat / Manu Codjia /
Makers (Eliane Elias /Marc JEUDI 15 Romain Cuoq (programme Brad Mehldau le 24). Petit Journal Montparnasse Arnaud Dolmen)
Copland / John Abercrombie / L’Age d’Or 1000 Bornes Trio Caveau des Oubliettes A 22h Jam Blues Les Socquettes Blanches Café Laurent Isabelle
Drew Gress / Marc Johnson / (Fabien Debellefontaine / Markus avec Phil Fernandez Petit Journal Saint-Michel Carpentier & Pierre Christophe
Joey Baron) Braun / Matthieu Desbordes) / Le lundi Baiser Salé A 21h30 avec François New Chocolat Dandies Cave du 38 Riv’ Jazset Trio
Université de Chicago The Simon Deslandes Constantin / Grégory Ott / Franck Bédez / Francis Sunset Awa Ly Caveau de la Huchette Chase
Bridge #9 (Mankwe Ndosi / Atelier Charonne Adrien Arnaud (programme Michel Petrucciani). Cave Sunside Frédéric Charlent Trio, Garrett Boogie Band
Mike Ladd / Sylvain Kassap / Moignard Trio du 38 Riv’ A 20h30 avec Julien Coriatt Trio Dee Alexander 4tet Chapelle des Lombards
Dana Hall) Baiser Salé Vincent Bidal & (niveau expérimentés et pros). Sunset A 21h le Swan Bar Minnie Valentine Jean-Marc Padovani “Motian In
Sayé 5 Vandojam avec Micahel Hiroshi Murayama / Troublemaker Motion” (voir au 20)
MARDI 13 Café Laurent Christian Brenner Manu Marchès / Philippe Soirat (programme Stan Théâtre de la Ville Mud Duc des Lombards John
Atelier Charonne Noé Reine Trio Getz), le 26 avec Laurent Courthaliac / Geraud Morganfield Pizzarelli 4tet
Trio Café Universel Jazz Samba Portal / Bernd Reiter (programme Nat King Cole) Université de Chicago New Morning Carla Bley Trio
Baiser Salé Anthony Jambon Christelle et Moïra Le mardi Autour de Midi A 21h30 avec Journée d’étude AACM (Andy Sheppard / Steve Swallow)
Group, Charlotte Wassy, Trio Caveau de la Huchette Austin André Kechida Trio Café Universel A 21h Petit Journal Montparnasse
Soleil (Franck Nicolas / Nelson avec Laurent Katz Trio Bänz Oester & The Rainmakers
O’Brien Big Five Band DIMANCHE 18
Veras / Le mercredi Autour de Midi A 21h30, le 7 Petit Journal Saint-Michel
Cave du 38 Riv’ In The Fridge Duc des Lombards Nicholas vocal avec Françoise Frognini, le 14 Traditionnel Atelier Charonne William
Les Dixieland Seniors
Caveau de la Huchette Dany Payton Trio (voir au 13) avec Suzanne “Calamity” Barthes, le 21 avec Brunard / Ben J. Winterstein Sunset Chris Potter’s New Trio
Doriz Swing Band Jazz Club Étoile Sugar Pie & Christophe Astolfi / Pierre Richeux, vocal avec Caveau de la Huchette (voir au 19)
Cha Cha Club Florian Pellissier The Candymen Laurence Manson. Caveau des Oubliettes Megaswing Sunside Geraud Portal-Etienne
Quintet (Yoann Loustalot / Olympia Diana Krall (voir au 14) A 22h Jam Soul avec Rachi Guissous Duc des Lombards Eli Degibri Deconfin 4tet (Ben Solomon /
Christophe Panzani / Yoni Zelnik Petit Journal Saint-Michel Swan Bar A 21h30 jam vocale Studio de l’Ermitage Patrice Kush Abadey)
/ David Georgelet), Adrien Chicot Marc Laferrière Le jeudi Caveau des Oubliettes A 22h Jam Caratini “Voyage” 6tet (avec
Trio, Alexi Avakian Studio de l’Ermitage Renaud funk avec François Faure. Cave du 38 Riv’ Denis Leloup et Maryll Abbas), JEUDI 22
Duc des Lombards Fred Garcia-Fons / Dorantes A 20h30 avec Benoît Martin (tous niveaux, David Venitucci Trio (Denis Atelier Charonne Rocky
Nardin Trio, Romain Cuoq- Sunset Dida / Yonathan Avishai acoustique) Leloup / Antoine Banville) Gresset Trio
Anthony Jambon 5tet (Emile / Jérémy Bruyère / Francesco Le samedi Cave du 38 Riv’. 22h30 programme Sunset Goûter autour d’Ella Baiser Salé Tricia Evy / Daniel
Parisien / Florent Nisse / Nicolas Ciniglio brésilien avec Pingo de Choro (le 10), Laura Fitzgerald et Billie Holiday avec Gassin, Green Onions
Charlier) Nicholas Payton Trio Sunside Matthieu Boré Trio Buenrostro 4tet (le 17), Juliana Olm et Bibi Manu Le Prince 4tet Café Laurent Christian Brenner
(Vincente Archer / Carl Allen) Swan Bar Lonimo Louison (le 24), Gabriela Lima (le 26) Sunside Dee Alexander 4tet & Jean-Pierre Rebillard

82 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


ÎLE-DE-FRANCE
Café Universel William Sassi Minino Garay 4tet avec Baptiste Jazz Club Étoile Vigon & The ACHÈRES, Le Sax (01 39 11 Le 2 Raphael Fays Cuatro, Fred Ensemble (Rob Mazurek /
Carreau du Temple Elisa Trotignon & Manu Codjia Dominos 73 05, lesax-acheres78.fr) Maurin Ping Machine Philippe Champion / Nicole
Dabrowski Swan Bar Miss Rae, Troub Petit Journal Saint-Michel Le 2 Fred Pallem & Le Sacre Le 8 Sylvain Cathala Trio (Sarah Mitchell / Christophe Rocher /
Caveau de la Huchette Chase and Groll Toubib Jazz Band du Tympan Murcia / Christophe Lavergne) / Nicolas Peoc’h / Christopher
Garrett Boogie Band Sunset Les Chapeaux Noirs Trio Marc Ducret & Matthias Mahler Bjurström / Jeff Parker / Frédéric
Chapelle des Lombards DIMANCHE 25 Sunside Yaniv Taubenhouse, AUVERS-SUR-OISE, Maison Le 9 Richard Pinhas & Saxruins, Briet / Nicolas Pointard…)
Jean-Marc Padovani “Motian In Atelier Charonne William Raphaële Atlan 6tet / Romain Pilon de l’Île (01 34 48 00 10, Energie Fantôme, L’Ensemble
Motion” (voir au 20) Brunard / Mika Gimenez auversjazz.com) Bernica PIERRELAYE, La Mezzanine
Duc des Lombards James Caveau de la Huchette VENDREDI 30 Le 10 Mieko Miyazaki / Franck Le 10 Yves Rousseau Akasha (01 34 66 13 49)
Brandon Lewis Trio Megaswing Atelier Charonne Daniel John Wolf 4tet (Jean-Marc Larché / Régis Le 22 René Mailhes 4tet
Jazz Club Étoile Julien Sunside Le Salon Idéal, Martin 4tet Huby / Christophe Marguet),
Bruneteaud 5tet Antonela Lucia 4tet Baiser Salé Carte blanche à CHEVILLY-LARUE, Maison Léo Benjamin Moussay / Louis SAINT-MAUR-DES-FOSSÉS,
New Morning Becca Stevens Thierry Fanfant Ferré (01 46 65 58 10) Sclavis À Tout Va Bien (01 48 83 09 43)
Petit Journal Montparnasse LUNDI 26 Café Universel Quartier Latin Le 30 Mama’s Biscuits Le 15 Himiko rencontre Arnault Le 16 Digging Chammy
Jean-Loup Longnon Paris-Calvi Atelier Charonne Jean- Caveau de la Huchette Cuisinier, Jean-Marie Machado
Big Band Baptiste Marino Boogie Phil & The Wise Guys COLOMBES, Théâtre, Jazz en / Hennig Sieverts / François VANVES, Théâtre
Petit Journal Saint-Michel Caveau de la Huchette Jean- Duc des Lombards Aaron Héritage (lavant-seine.com) Merville (01 41 33 92 91)
Le Don Larue Combo Paul Amouroux Boogie Woogie Goldberg Trio (Reuben Rodgers / Le 9 David Enhco 4tet, Guillaume Le 16 Denis Chouillet, David Le 8 Magnetic Ensemble
Sunset Greg Zlap & Carmel Band Leon Parker) Perret & The Electric Epic Chevallier & Quatuor Ixi
Helene Duc des Lombards Sullivan Jazz Club Étoile Vigon & The Le 17 Pierrick Hardy, Daniel VINCENNES, Salle Robert Louis
Sunside Anne Carleton 5tet Fortner 4tet Dominos CONFLANS-SAINTE- Humair / Emile Parisien / Jean- (01 43 98 67 49)
Olympia Melody Gardot New Morning Lizz Wright HONORINE, Conservatoire Paul Celea, Sabine Novel / Yves Le 3 Conférence L’art, la
VENDREDI 23 Petit Journal Montparnasse Pan Piper Zappy Birthday Mister (01 39 19 88 98) Robert douleur et la joie de Billie Holiday
Atelier Charonne Norig 4tet Gypsy Swing Revival Frank “Tribute To Frank Zappa” Le 3 Piero Iannetti 6tet avec par Franck Bergerot
Autour de Midi Yves Nahon Petit Journal Saint-Michel Petit Journal Montparnasse Lionel Belmondo MALAKOFF, Théâtre 71
4tet (Hiroshi Murayama / Serge Fabrice Eulry Cory Seznec (theatre71.com) VINCENNES, Espace Sorano
Merlaud / Pierre Maingourd) Petit Journal Saint-Michel COURBEVOIE, Espace Le 2 Yves Rousseau Wanderer (01 43 74 73 74, espacesorano.
Baiser Salé Tricia Evy / MARDI 27 Sequana Jazz Band Carpeaux (01 47 68 51 50, 7tet (Thierry Péala / Régis Huby com)
Jacques Schneck / Christophe Atelier Charonne Christophe Sunset Stéphane Manga- sortiracourbevoie.com) / Pierre-François Roussillon / Le 3 Stéphane Belmondo Trio
Davot, Patrick Bebey 5tet (Line Lartilleux Trio Zebson Pindy Project Le 5 Philippe Audibert 5tet Jean-Marc Larché / Edouard
Kruse / Marc Bertaux / Luis Baiser Salé Théo Philippe Group Sunside Fabrice Devienne 4tet Le 13 Marcus Miller Ferlet / Xavier Desandre-
Augusto Cavani / Manfa) Café Universel Robin Mansanti Navarre)
Café Laurent Christian Brenner Cave du 38 Riv’ Irina-R SAMEDI 31 COURTRY, L’Écoutille (01 60
Café Universel Jetlag 4tet Caveau de la Huchette Atelier Charonne Costel 08 38 48, lecoutille.fr) MEUDON, La Boutique du
Cave du 38 Riv’ Jeremy Brother D. Blue Band Nitescu 4tet Le 6 Viaje Latino, Jam Session Val (01 74 34 35 33, archimusic.
Dumont Trio Duc des Lombards Sullivan Autour de Midi Hervé Le 10 Michel Edelin Flute Fever com/la-boutique-du-val) RÉGIONS
Caveau de la Huchette Fortner 4tet (voir au 26) Meschinet 4tet 5tet (Ludivine Issambourg / Les 15, 16, 17 Chut ! (Fabrice
Soulful People Olympia Melody Gardot Baiser Salé Carte blanche à Sylvaine Hélary / Peter Giron / Martinez / Fred Escoffier / Fred
Caveau des Oubliettes Ich Petit Journal Thierry Fanfant John Betsch) Pallem / Eric Echampard) AIX-EN-PROVENCE, Le
Bin Wallou Montparnasse Gueorgui Café Laurent Aurélien Guyot Le 24 Sofie Sörman 4tet (Armel Petit Duc (04 42 27 37 39,
Duc des Lombards Otis Brown Korzanov “Brass Spirit” Café Universel Margeaux Dupas / Joan Eche-Puig) MONTREUIL, Théâtre Berthelot lepetitduc.net)
III 5tet (Joanna Majoko / John Petit Journal Saint-Michel Lampley 4tet (01 41 72 10 35) Le 3 Cyril Mokaiesh / Giovanni
Ellis / Jerry Léonide / Michael Marcel Zanini Duc des Lombards Aaron ÉLANCOURT, Le Prisme (01 30 Le 7 Peter Brötzmann / Steve Mirabassi
Olatuja) Sunset Anso Desgouilles 4tet Goldberg Trio (voir au 30) 51 46 06, leprisme.sqy.fr) Noble, Jacques Demierre / Urs Le 4 Louis Winsberg / Antonio
Jazz Club Étoile Paul Cox / avec Alain Jean-Marie Jazz Club Étoile Vigon & The Le 3 Marcus Miller Leimgruber / Barre Phillips El Titi
Tom Principato Blues Band Sunside Arnault Cuisinier 4tet Dominos
Musset Ludovic Beier / Pierre (Jean-Charles Richard / Guillaume Petit Journal Montparnasse FONTENAY-SOUS-BOIS, Le MONTREUIL, Instants AIX-EN-PROVENCE, Grand
Blanchard 4tet De Chassy / Fabrice Moreau) Laurent Dehors “Tous Dehors” Comptoir (01 48 75 64 31, Chavirés (01 42 87 25 91, Théâtre (04 42 91 69 70)
Petit Journal Montparnasse Petit Journal Saint-Michel musiquesaucomptoir.fr) instantschavires.com) Les 16, 17 The Amazing
Soul Power MERCREDI 28 New Orleans Chicago Orchestra Le 2 Guillaume De Chassy Trio Le 4 Impro de mécaniques Keystone Big Band “Le Carnaval
Petit Journal Saint-Michel Atelier Charonne Boulou & Sunside Virginie Capizzi / Paul (Stéphane Kerecki / Fabrice Moreau) acoustiques avec Frédéric jazz des animaux”
Carte Blanche à François Barnoud Elios Ferré Trio Anquez, Greg Osby & Vein Les 9, 11 Hubert Dupont Golan Nogray / Lee Patterson / Pali
Sunset Greg Zlap & Carmel Baiser Salé Mario Canonge / (Michael Arbenz / Thomas Lähns 6tet (Naïssam Jalal / Matthieu Meursault ALBERTVILLE, Le Dôme
Helene Michel Zenino / Florian Arbenz) Donarier / Zied Zouari / Ahmad Le 13 Tashi Dorji, Cristiàn Théâtre (04 79 10 44 88)
Sunside Minino Garay 4tet Café Laurent Charlotte Wassy Al Khatib / Youssef Hbeisch) Alvear Le 15 Elina Duni 4tet
(Baptiste Trotignon / Manu / Julien Lallier Le 16 Andy Emler / Emmanuelle Le 14 Sissy Spacek, Katsura
Codjia / Jerôme Regard) Café Universel Min Jung Zagoria Mouri ALBI, Le Frigo
Lee 4tet Le 21 Michel Gentils / Shyamal Le 6 The Bridge #9 (Mankwe
SAMEDI 24 Cave du 38 Riv’ Elias & The ISSY-LES-MOULINEAUX, Maitra, Melmac, Michel Gentils Ndosi / Mike Ladd / Sylvain
Atelier Charonne Florin Paï Paï Jazz Band Canapé, (01 69 07 74 06) Le 22 Chris Abrahams / Kassap / Dana Hall), Florian
Niculescu 4tet Caveau de la Huchette Le 11 Les Amuse Gueules Alessandro Bosetti, Dafne Nastorg
Autour de Midi Sébastien Boogie Phil & The Wise Guys Le 18 Teteu Trio Vicente-Sandoval & Pascal
Paindestre Trio (Jean-Claude Duc des Lombards Armel Battus ANNECY, Bonlieu Scène
Oleksiak / Antoine Pagnotti) Dupas / Mathieu Penot ISSY-LES-MOULINEAUX, Le 23 Lydia Lunch / Weasel Nationale (04 50 33 44 11)
Baiser Salé Flore Benguigui / New Morning Arshid Azarine River Café (01 40 93 50 20, Walter Le 14 Richard Bona
Charles Tois 4tet Trio rivercafeparis.com) Le 27 France, Bill Orcutt
Café Laurent Valéry Haumont Petit Journal Montparnasse Le 2 Deborah Tanguy / Olivier Le 30 Shapednoise & Syn, AUXERRE, Le Silex (03 86 40
4tet Big Ed Sullivan Robin 5tet France Sauvage, Bruma 95 40, lesilex.fr)
Café Universel Martine Petit Journal Saint-Michel Le 9 Kicca Le 9 Gueorgui Kornazov
Courbet 4tet Stéphane Guerault 4tet Le 16 Pierre Christophe 4tet NANTERRE, Maison de la Horizons 5tet (Geoffroy
Caveau de la Huchette Sunset Gene Bertoncini / Le 23 Sarah Thorpe 6tet Musique (01 41 37 94 21) Tamisier / Manu Codjia / Marc
Soulful People Franck Tortiller / Yves Torchinsky Le 30 Walter Ricci 5tet Le 16 Stanley Clarke Buronfosse / Karl Jannuska)
Duc des Lombards Otis Brown Sunside Rémi Toulon Trio /
III (voir au 23) Sébastien Charlier LE PERREUX-SUR-MARNE, PANTIN, La Dynamo (01 49 22 AVIGNON, Ajmi (04 90 86 08
Jazz Club Étoile Paul Cox / Centre des Bords de Marne 10 10, banlieuesbleues.org) 61, jazzalajmi.com)
Tom Principato Blues Band JEUDI 29 (01 43 24 54 28, cdbm.org) Le 2 Radio Kayes (Damien Le 17 Claude Tchamitchian
Olympia Daniel Sidney Bechet Atelier Charonne Noé Reinhardt Le 13 Stéphane Kerecki 4tet Sabatier / Gérald Chevillon 6tet (Géraldine Keller / Daniel
Petit Journal Montparnasse Baiser Salé Carte blanche à (Guillaume de Chassy / Antonin- / Ibrahima Diabaté / Drissa Erdmann / François Corneloup /
Five O’clock Jazz Group Thierry Fanfant Tri Hoang / Fabrice Moreau) Kouyaté / Mamadou Koïta Philipe Deschepper / Christophe
Petit Journal Saint-Michel Café Laurent Christian Brenner / Joachim Florent / Antonin Marguet)
Old Fashion Jazz Band / Matyas Szandai LES LILAS, Le Triton (01 49 72 Leymarie) Le 24 Philadelphie 4tet Philippe
Sunset Blues & Beyond 4tet Café Universel Mathilde 83 13, letriton.com) Le 6 Damien Schultz / Elg, Lemoine / Philippe Deschepper
(Sébastien Charlier / Yannick Caveau de la Huchette Le 1er Yvan Robilliard, Caroline Maria Bertel Solo, Radikal Satan / Guillaume Séguron / Samuel
Robert / Dominique Di Piazza / Boogie Phil & The Wise Guys (Guillaume Orti / Olivier Py / Le 16 Nicole Mitchell / Silvant)
Yoann Schmidt) Duc des Lombards Aaron Gilles Coronado / Sarah Murcia / Christophe Rocher / Tomeka Le 29 Jazz Story : Ornette
Sunside Simon Denizart Trio, Goldberg Trio Franck Vaillant) Reid / Avreeayl Ra, Third Coast Coleman par Jean-Paul Ricard

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 83


le live

BORDEAUX, Comptoir de Sèze Le 15 Jérôme Sabbagh 4tet Le 31 Blast (Pierre Horckmans (Raphaël Quénehen / Jérémie
(05 56 14 16 16) (Ben Monder / Joe Martin / Mark / Anne Quillier / Guillaume Piazza)
Le 1er Flora Estel & Hot Pepino Ferber) Bertrand) Le 18 Boeuf de 5 à 7
Le 15 Blandine & L’Herbe à LYON, Amphiopéra (opera-lyon. Le 21 Jean-Pierre Como Bolero
Swing CHÂTEAULIN, Run Ar Puns com) 4tet
(09 62 03 44 00) Les 8, 9 Stefano Bollani Trio Le 23 Anne Quillier 6tet
BOURG-EN-BRESSE, La Le 10 Magnetic Ensemble (Morten Lund / Jesper Bodilsen) Le 30 The Sommes Ensemble
Ferme à Jazz (09 51 62 87 49, avec Pierre-Antoine Badaroux et
fermeajazz.com) COUCHES, Château (03 85 45 LYON, MJC Vieux Lyon Julien Desprez, Müksa Mükse
Le 9 Isaac’s Mood 57 99, chateaudecouches.com) (04 78 42 48 71) (Eve Risse / Jean-Luc Guionnet)
Le 10 Nicolas Fourgeux 6tet Le 17 Buffle !
BREST, Le Quartz NANTES, Cité des Congrès
(02 98 33 95 00, lequartz.com) COUTANCES, Théâtre (02 33 45 LYS-LEZ-LANNOY, Ferme du (02 51 88 20 00)
Le 13 Third Coast Ensemble 11 81, theatre-coutances.com) Gauquier Le 25 Chick Corea & The Vigil
Le 16 Oxmo Puccino Trio Le 2 Dan Tepfer rejoue les (Tim Garland / Charles Altura
CAEN, La Poterne (Vincent Ségal / Edouard Ardan) Variations Goldberg / Christian McBride / Marcus
Le 8 Priscilia Valdazo / Patrick / Airelle Besson Gilmore)
Cabon / Jean-Benoît Culot MÂCON, Crescent Jazz Club
Le 15 Leonarda Montana / DUNKERQUE, Jazz-Club (03 28 (03 85 39 08 45, lecrescent. NEUVILLE-EN-FERRAIN,
Rénald Fleury / Jean-Benoît 63 51 00, jazzclubdunkerque.fr) wix.com/crescent) Auditorium Mots’art
Culot Les 1er, 2, 3 Jean-Pierre Como Le 10 La Sido 4tet Le 3 Dan Tepfer rejoue les
Bolero 4tet (Javier Girotto / Le 23 Jeremy Pelt Variations Goldberg
Jean-Marc Jafet / Minino Garay) TOURNÉE Le 30 John Scofield & Joe
CAEN, Yoota
Le 9 Jean-Benoît Culot 4tet Lovano 4tet (Ben Street / Bill ORLÉANS, Théâtre (ojazz.fr)

CAEN, El Camino
ERCUIS, Salle Multifonctions,
(03 44 06 08 22)
Vigilant Corea Stewart), Ateliers du Crescent Le 10 Daniel Monforte Trio

Le 14 Leonardo Montana / Le 10 Mam (Viviane Arnoux Chick Corea est sur les routes MARSEILLE, Le Cri du Port ORMES, Grange (grange-aux-
Rénald Fleury / Jean-Benoît / François Michaud / Norbert (04 91 50 51 41, criduport.fr) ormes.com)
Culot Lucarain) d’Europe avec son groupe The Vigil, Le 1er Yonathan Avishai Modern Le 10 Emile Parisien 4tet, Criss
soit le saxophoniste et flûtiste Tim Times Trio Cross Europe
CAEN, Portobello Rock Club LA FORET-FOUESNANT, Le Garland (ci-dessus avec son leader), Le 3 Christian Brazier 4tet
(02 50 08 62 44, cjbn.fr) Nautille le guitariste Charles Altura, le bassiste (Christophe Leloil / Perrine POITIERS, Carré Bleu
Le 17 1000 Bornes Trio Le 8 Eric Bibb / Jean-Jacques Carlitos Del Puerto, le batteur Mansuy / Dylan Kent) (jazzapoitiers.org)
(Simon Deslandes / Fabien Milteau Marcus Gilmore et le percussionniste Le 8 Guilhem Flouzat 4tet (Ben Le 8 The Bridge #9 (Mankwe
Debellefontaine / Markus Braun Wendel / Laurent Coq / Demond Ndosi / Mike Ladd / Sylvain
/ Matthieu Desbordes) GEVREY-CHAMBERTIN, Salle Luisito Quintero. Vingt-cinq dates White) Kassap / Dana Hall)
des Fêtes (03 80 34 38 40, d’Helsinki à Séville, dont le 24 Le 15 Jeff Ballard Trio (Chris
CARSAN, Le Renard Mesquin musiqueauchambertin.fr) à Toulouse (Jazz sur son 31), le 25 Cheek / Lionel Loueke) PORTES-LÈS-VALENCE, Train
(renard-mesquin.org) Le 2 Jean-Loup Longnon & à Nantes (Cité des congrés), puis Théâtre (04 75 57 14 55)
Le 17 Duo Jöak Louis Mazetier, Christophe en Suisse à Zürich le 28 et en Belgique MARSEILLE, La Friche la Belle Le 9 The Very Big Experimental
Girard / Anthony Caillet à Anvers le 31 (De Roma). de Mai Toubifri Orchestra
CAZÈRES, Billebarrade Le 15 Claude Tchamitchian
Le 4 The Bridge #9 (Mankwe GRENOBLE, MJC Les 6tet (Géraldine Keller / Daniel PRESLES, Auberge de Presles
Ndosi / Mike Ladd / Sylvain Allobroges (mjc-allobroges.fr) Erdmann / François Corneloup / (04 76 36 04 75, auberge-
Kassap / Dana Hall) Le 1er So-6tet Philipe Deschepper / Christophe presles.com)
Le 8 Sabrina Romero Marguet) Le 3 Gael Horellou 4tet
CHALON-SUR-SAÔNE, Le Le 15 Dreisam Trio Le 17 Philippe Lemoine 4tet
Port Nord Le 29 Lorenzo Minguzzi 4tet MELLE, Café du Boulevard (Didier Ithursarry / Olivier Lété /
Le 7 Magnetic Ensemble (05 49 27 01 28, Eric Groleau)
GRENOBLE, La Soupe aux JOIGNY, Salle Debussy LIANCOURT-SAINT-PIERRE, lecafeduboulevard.com)
CHALON-SUR-SAÔNE, Choux (04 76 87 05 67, (03 86 62 43 85) Salle des Fêtes (03 44 06 08 22) Le 17 Band Of Dogs QUIMPER, Le Terrain Blanc
L’Arrosoir (03 85 48 86 88, jazzalasoupe.fr) Le 23 Flute Machine (Michel Le 8 Mam (Viviane Arnoux / Le 11 Julien Aour 5tet
larrosoirjazz.com) Le 1er Tony Petrucciani 4tet Edelin / Olivier Sens) François Michaud / Norbert MONTPELLIER, Jazz
Le 9 Pablo Cueco / Mirtha Pozzi, Le 2 Charley Stomp Lucarain) Club (04 67 27 33 41, QUIMPER, Ceili pub
Pierre Durand, Caroline Schmid Le 3 Black Coffee LA COUARDE (Île-de-Ré), La jazzclubdemontpellier.com) Le 25 Lagrimas Azules
Le 10 Didier Petit / Aymeric Le 13 Alfio Origlio-Célia Kaméni Maline (05 46 29 93 53) LILLE, La Malterie, Muzzix (03 Le 2 The Rhythm Gamblers
Descharrières, Quostet, Roberto 4tet Le 23 David Enhco 4tet (Roberto 20 15 13 21, lamalterie.com) REIMS, Café des Artistes
Negro / Anaïs Blanchard, Andy Le 14 Baby Clavel / Michael Negro / Florent Nisse / Gauthier Le 8 Urs Leimgruber / Jacques MONTPELLIER, Jam Le 9 Criss Cross Europe Jam
Emler / François Merville, Chéret / Millésime Garrigue) Demierre / Barre Phillips (04 67 58 30 30, lejam.com) Session
Gueorgui Kornazov Horizons Le 15 Awek Le 7 Roy Gaines Blues Band
5tet (Geoffroy Tamisier / Manu Le 16 Patrick Argentier LA SEYNE-SUR-MER, LYON, Hot-Club (04 78 39 54 Le 8 The Modern Times 4tet REIMS, Espace le Flambeau
Codjia / Marc Buronfosse / Karl Le 17 Jean-Pierre Cinotti 4tet Jazz au Fort Napoléon 74, hotclubjazzlyon.com) Le 9 Nicole Willis (jazzus.fr)
Jannuska) Le 20 Vandojam avec Michael (laseynejazzworkshop.com) Le 1er Jazz Délices Le 10 Rémi Panossian Trio Le 30 Stéphane Payen /
Le 11 La Fanfarrosoir, Jean- Chéret Le 16 Jo Labita-Michèle Le 2 Tony Petrucciani 4tet Le 11 Heymoonshaker Sylvain Darrifourcq / Augustin
Charles Richard, Luxtucru Le 21 Mood In Trio Bréandon 4tet Le 3 For Five Fun Le 14 John Abercrombie / Marc Brousseloux
Orchestra, Elise Caron / Denis Le 22 JPZ Copland / Drew Gress / Joey Baron
Chouillet, Ortie, Olivier Py Trio Le 24 Wat’s Up Doc LALANDE-EN-SON, Salle LYON, Périscope Le 15 J-Bone REIMS, Caveau Mumm
(Jean-Philippe Moret / Franck Le 27 La Grinta Multifonctions (03 44 06 08 22) (04 78 38 89 29, periscope- Le 17 Noche De La Salsa (djaz51.com)
Vaillant) Le 28 Laurent Ravi / Bruno Le 6 Mam (Viviane Arnoux / lyon.com) Le 22 Samy Thiébault 4tet Le 6 Alain Vankenhove / Uri
Sbordone François Michaud / Norbert Le 1er Emmanuel Scarpa / Le 23 Hum Caine / Sébastien Boisseau /
CHALON-SUR-SAÔNE, Espace Le 29 À la santé de Django Lucarain) Francois Raulin Le 24 Stéphane Carbonne Jeff Ballard
des Arts (03 85 42 52 12, Le 30 Alzy Trio Le 2 Svin, Snorkel Le 29 Alex Stuart 4tet
espace-des-arts.com) LANESTER Le 3 Isaac’s Mood Le 31 Irie Jahzz RENNES, Le Ty Anna Tavern
Le 17 Carla Bley Trio (Andy GUIDEL, L’Estran Le 24 Marmite à Sons Le 6 Guilhem Flouzat 4tet (Ben Les 2, 3 Soultime
Sheppard / Steve Swallow) (02 97 02 97 40, lestran.net) Wendel / Laurent Coq / Demond NANTES, Pannonica (02 51 72 Le 4 Dominique Carré
Le 3 Andrea Motis-Joan LANGONNET White) 10 10, pannonica.com)
CHAMBÉRY, Jazz Club de Chamorro 5tet Le 18 Hamon Martin Quintet Le 7 Wine & Noise Le 7 Hugh Coltman ROUEN, Conservatoire
Savoie (04 79 33 43 85, Le 16 Laurent Naouri / Manuel Du 30 octobre au 1er Le 9 Pulcinella Les 9, 10 Alain Vankenhove Le 8 Antoine Hervé “Leçon de
jazzclubdesavoie.fr) Rocheman novembre Hadouk Quartet Le 15 Joachim Govin 4tet (Ben / Urine Caine / Sébastien jazz : Duke Ellington”
Le 2 Harlem Rhythm Band 6tet Le 18 Aldo Romano (concert (Didier Malherbe / Loy Ehrlich / Van Gelder / Tony Tixier / Fred Boisseau / Jeff Ballard
Le 9 William Chabbey 4tet solo dialogué) Eric Löhrer / Jean-Luc Di Fraya) Pasqua) Le 13 The Bridge #9 (Mankwe ROUEN, Hangar 23 (hangar23.fr)
Le 24 Blue Yonder (Guillaume Ndosi / Mike Ladd / Sylvain Le 15 Eric Legnini 6tet / Kellylee
CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, JANVRY-GERMIGNY, LE HAVRE, Le Tetris Orti / Bruno Ruder / Emmanuel Kassap / Dana Hall) Evans / Sandra Nkaké
Auditorium CRD (03 24 32 78 Coopérative Vinicole (02 35 19 00 38, letetris.fr) Scarpa), Donkey Monkey (Eve Le 14 Anne Paceo 4tet (Leïla
22, charlevilleactionjazz.com) Le 17 Baptiste Trotignon Le 3 Fred Pallem / Le Sacre Du Risser / Yuko Oshima) Martial / Emile Parisien / Tony
Tympan Paeleman), Petite Vengeance

84 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


ÉTRANGER
ROUEN, Théâtre des Arts TOULOUSE, Myx’art Myrys BELGIQUE SUISSE BON TEMPS ROULER, le samedi Le 26 Mostly Other People Do
(02 35 98 74 78) (matchandfuse.com) de 19h à 20h, par Jean- The Killing Le 27 Ran Blake
Le 17 Dianne Reeves Le 3 The Bridge #9 (Mankwe ANVERS, Wereldculturencentrum LAUSANNE, Le Chorus Jacques Milteau Le 28 Eric Bibb & J.J. Milteau
Ndosi / Mike Ladd / Sylvain Zuiderpershuis Le 9 Antonio Farao 4tet avec Le 29 Kellylee Evans Le 30 En
SAINT-ÉTIENNE, Magic Kassap / Dana Hall) Le 22 Roscoe Mitchell / Mike Reed Mauro Negri SI BEMOL & FADAISES, le direct à Mâcon, les 20 ans du
Mirrors (gagajazz.com) Le 10 Jenn Jade & the Jazz dimanche de 19h à 20h30, par Crescent avec Joe Lovano &
Le 16 Issac’s Mood TOULOUSE, Le Rex (08 99 19 BRUXELLES, Jazz Station (+32 Immigrants Pierre Bouteiller John Scofield
91 91, lerextoulouse.com) 2 733 13 78, jazzstation.be) Le 15 DKSJ All Star Band avec
SAINT-ÉTIENNE, Le Fil Le 23 Didier Labbé / Laurent Le 1er Jazz Station Big Band Carlo Monbelli SWING FM (101.2 Limoges / RFI
(gagajazz.com) Guitton Le 3 Magic Malik Orchestra Le 16 Oliver Lake / Michael Jefry swingfm.asso.fr) L’ÉPOPÉE DES MUSIQUES
Le 29 Urban Shaman, Swing (Vincent Lafont / Jean-Luc Lehr / Stevens Trio (Joe Fonda / Emil Gross) NOIRES, le dimanche à 16h30,
en Cuisine TOURNON-SUR-RHÔNE Maxime Zampieri) Le 17 Yilian Canizares 5tet JAZZ RADIO (97.3 Lyon / 22h10 et 3h30, par Joe Farmer
(04 84 35 03 80) Le 7 Manuel Hermia Trio Le 23 Clem Cardenas 5tet jazzradio.fr)
SAINT-EUTROPE DE BORN, Le 23 Jean-Jacques Milteau Trio Le 8 Blast (Pierre Horckmans / Le 24 Mark Soskin 5tet RTL
Église de Lugagnac Anne Quillier / Guillaume Bertrand) RADIOS NATIONALES L’HEURE DU JAZZ, le dimanche
Le 2 The Bridge #9 (Mankwe TOURS, Petit Faucheux (02 47 Le 10 Full Moon Orchestra LAUSANNE, Festival Jazzonze, FRANCE INFO de 23h à minuit, par Jean-Yves
Ndosi / Mike Ladd / Sylvain 38 67 62, petitfaucheux.fr) Le 14 Igor Gehenot Trio du 27 octobre au 1er novembre TENDANCES JAZZ, le dimanche Chaperon
Kassap / Dana Hall) Le 7 Alain Vankenhove / Uri Caine Le 17 Corpo (jazzonzeplus.ch) plusieurs fois par jour, par Anne
/ Sébasien Boisseau / Jeff Ballard Le 21 Blue Monday People Le 28 Big Band de Suisse Romande Chépeau
SAINT-JUST-EN-CHAUSSÉE,
Salle des Fêtes (03 44 06 08 22)
“Point Of View”, Coronado
Le 9 The Bridge #9 (Mankwe
Le 22 Jens Düppe Anima 5tet
Le 23 Slowfox
/ Ricky Ford, China Moses
Le 29 Christoph Grab Raw FIP
TV
Le 5 Mam (Viviane Arnoux / Ndosi / Mike Ladd / Sylvain Le 24 Frederik Köster Vision, John Scofield & Joe CLUB JAZZAFIP, tous les jours
François Michaud / Norbert Kassap / Dana Hall), Hamid Le 28 Franck Agulhon Trio Lovano 4tet (Ben Street / Bill de 19h à 21h
Lucarain) Drake / Philippe Champion (Jean-Paul Estiévenart / Philippe Stewart), Louis Billette 5tet, MEZZO (les temps forts du
Le 15 John Abercrombie 4tet Aerts) Professor Wouassa, Vaudou FRANCE INTER mois, programmes complets sur
SAINT-LÔ, Théâtre (lasource- (Marc Copland / Drew Gress / Le 31 Orchestra Nazionale Game VOUS AVEZ DIT CLASSIQUE ?, mezzo.tv)
saintlo.fr) Joey Baron) Della Luna Le 30 Christoph Stiefel Inner du lundi au vendredi de 16h à JAZZ ARCHIVE, par Jean-
Le 16 Caroline Casadesus / Le 21 The Mallet-Horn Jazz Language Trio, Marcus Miller 17h, par Elsa Boublil Christophe Averty
David Enhco / Roberto Negro Band BRUXELLES, Flagey “Afrodeezia” Tour, Léon Phal Tous les vendredis consacrés Le 8 20h30 Antibes, Jimmy
Le 23 Arfolia Libra (Jean-Paul (+32 2 641 10 20, flagey.be) 5tet, Sidony Box, Gianluca au jazz Smith / Fats Domino (1962) ;
SAINT-SULPICE, Salle des Autin / Jean Aussanaire / Le 3 Bobo Stenson Trio (Anders Petrella, Grand Pianoramax Lionel Hampton, Martial Solal,
Fêtes (03 44 06 08 22) Clément Gibert / Xavier Garcia Jormin / Jon Fält) Le 31 The Instant Composer FRANCE MUSIQUE Daniel Humair… (1964)
Le 7 Mam (Viviane Arnoux / / Aperto Libro), Poline Renou Le 14 Michel Bisceglia Trio Pool Orchestra, Gabriel Zufferey, À L’IMPROVISTE, le samedi de Le 15 20h30, Antibes, Wilbur
François Michaud / Norbert / Matthieu Donarier / Sylvain Le 22 Lizz Wright Christian Scott Atunde Adjuah, 23h à minuit, par Anne Montaron de Paris (1960)
Lucarain) Lemêtre Sweets, Gauthier Toux Trio, Le 3 Valentin Clastrier Le 21 20h30, Antibes, Ella
BRUXELLES, Bozar Guillaume Perret Electric Epic, Le 10 Fred Frith / Samuel Dühsler Fitzgerald, Roy Eldridge et
SAINTE-ADRESSE, Espace TRAVAILLAN, Domaine Le Le 11 Diana Krall (Stuart Kalabrese / Barry Guy Daniela Cattivelli Tommy Flanagan (1964) ;
Sarah Bernhardt (02 35 46 31 99) Grand Retour (06 22 08 07 28, Duncan / Anthony Wilson / Le 1er (nov) Wadada Leo Smith / Le 17 Akira Sakata / Johan Club Saint-Germain, Clark Terry,
Le 8 Django’s Club jazzdanslesvignes.fr) Patrick Warren / Dennis Crouch Günter Baby Sommer Berthling / Paal Nilssen-Love Bud Powell, Kenny Clarke... (1959)
Le 24 Samy Thiebault 4tet / Karriem Riggins) Le 24 À l’Improviste Magazine Le 29 20h30, Blue Note, Lucky
SAOÛ, L’Oiseau sur sa Branche Le 21 Anouar Brahem / Klaus ZURICH, Jazznojazz, du 28 au Le 31 Jacques Di Donato / Thompson, (1960)
(04 75 76 02 03) TRIVY, Église (03 85 20 57 85) Gesing / François Couturier / 31 octobre (jazznojazz.ch) Xavier Charles Le 15 PIANO DE CUBA
Le 27 Gil Lachenal 4tet Le 9 Fabrice Eulry 4tet Björn Meyer / Orchestre royal de Le 28 Hiromi / Anthony Jackson JAZZ CLUB, le vendredi de 21h40 Roberto Fonseca, Jazz
chambre de Wallonie / Simon Phillips, Chick Corea & 22h30 à minuit, par Yvan Amar à la Villette 2014, par Samuel
SERRES, La Claranda VAL-DE-REUIL, Les Vignettes BRUGES, Concertgebouw The Vigil, The Great Harry Hillman Le 2 Wallace Roney 5tet en Thiebaut
(04 68 74 38 05) Le 30 Laurent Dehors “Tous Le 3 Aka Moon / Fabian Fiorini Le 29 Cassandra Wilson, Lizz direct du Sunside 23h Alfredo Rodríguez Trio,
Le 24 Didier Labbé / Laurent Dehors” “The Scarlatti Book” Wright, Stanley Clarke Band, Le 9 Alain Vankenhove / Uri Subculture de New York, 2015,
Guitton Steve Gadd Band, Jarrod Lawson Caine / Sébastien Boisseau / par Mathieu Mastin & Yvan
VALENCE, Le Lux BRUGES, De Werf (dewerf.be) Le 30 Maceo Parker, Seven, Jeff Ballard à Annecy Schreck
SONGEONS, Salle Culturelle (04 75 82 44 15) Le 8 Claron McFadden / Michel Nguyên Lê, Jojo Mayer & Nerve, Le 30 John Scofield & Joe Lovano Le 21 GREGORY PORTER
(03 44 06 08 22) Le 6 Magnetic Ensemble Massot / Marine Horbaczewski / Fred Wesley & The New JB’s, en direct du Crescent de Mâcon 21h50 Olympia 2014
Le 9 Mam (Viviane Arnoux / Tuur Florizoone avec Rusconi ON NE PEUT PAS TOUT SAVOIR, 22h50 Jazz sous les Pommiers
François Michaud / Norbert VALENCE, Auditorium de la Le 31 Fourplay avec Bob le samedi de 15h à 16h, par 2013, par Thierry Villeneuve
Lucarain) MMD (04 75 41 89 60) GAND, Handelsbeurs James / Chuck Loeb / Nathan Arnaud Merlin
Le 16 Luc Plouton Le 15 Ambrose Akinmusire 4tet East / Harvey Mason, Marcus Le 3 L’anatole MEZZO LIVE HD (les temps
STRASBOURG, Pôle Sud (Sam Harris / Harish Raghavan / Miller, Lisa Simone, Ester Rada, LES MERCREDIS DU JAZZ, de forts du mois, programmes
(03 88 39 23 40, pole-sud.fr) VALLET, Champilambert Justin Brown) Rusconi Kinder Arkestra, Somi 20h à 22h30, par Jérôme Badini complets sur mezzo.tv)
Le 2 Bernard Struber “La Le 9 Eric Bibb / Jean-Jacques Le 7 Entre Mer du Nord et Mer Le 6 STOCKHOLM JAZZ
Symphonie Déjouée” Milteau LASNE, Rideau Rouge baltique avec Abraham Inc. et FESTIVAL

VILLEFRANCHE-SUR-SAÔNE,
Le 21 Serge Lazarévitch /
Matthieu Marthouret Bounce Trio
RADIO Benedikt Jahnel Trio
Le 14 Guilhem Flouzat 4tet,
20h30 Wayne Shorter 4tet,
2014, réalisé Samuel Thiebaut
THONON, Théâtre Maurice
Novarina (04 50 71 39 47) Théâtre (04 74 68 02 89) (Toine Thys / Gauthier Garrigue) Frédéric Borey Wink 5tet 21h40 Kris Brouwers / Lina
Le 9 Snarky Puppy Le 7 Vincent Peirani / Emile Le 21 Ed Motta, Papanosh, Easterlin, 2014, par Samuel
Parisien MAZY, Jazz 9 24 HEURES SUR 24 Vincent Peirani Being 5tet Thiebaut
TOULOUSE, Rest’ô Jazz Le 24 Serge Lazarévitch / TSF Jazz (89.9 Paris / 99.8 Le 28 Steve Coleman 22h40 Goran Subtropic Arkestra,
(05 61 57 96 95, restojazz.com) VITROLLES, Le Moulin à Jazz Matthieu Marthouret Bounce Amiens / 98.5 Bourg-en-Bresse Five Elements, Brian Blade 2013, par Mathieu Maslin
Les 1er, 22 Easy Living (04 42 79 63 60, charliefree. Trio (voir ci-dessus) / 98.1 Cannes / 91.4 Chambéry Fellowship Le 13 SKOPJE JAZZ FESTIVAL
Le 2 Toubib Jazz Band com) MOL, Jazzoet / 97.7 Laval / 90.2 Nevers / OPEN JAZZ, du lundi au 2013, par Giuseppe de Vecchi
Les 3, 13 Lorenzo Naccarato Le 3 octobre Christian Brazier Le 25 Serge Lazarévitch / 98.1 Nice / 106.7 Orléans / vendredi de 18h à 19h, par Alex 22h John Abercrombie 4tet
Les 6, 20, 27 Rémi Panossian Quartet (Christophe Leloil / Matthieu Marthouret Bounce 96.6 Poitiers / 89.5 Valence) Dutilh Le 1er The Headbangers 23h10 Roscoe Mitchell
Le 7 Rest’ôpéra Perrine Mansuy / Dylan Kent) Trio (voir ci-dessus) (tsfjazz.com) Le 2 Virginie Teychené Le 5 Le 20 NANCY JAZZ
Le 8 El Bec Trio Le 17 octobre Samuel Blaser LES MATINS JAZZ, du lundi au Andy Emler Le 6 En public au PULSATIONS, par Sylvain Pierrel
Le 9 Ebony Swing Trio Trio (Marc Ducret / Peter Bruun) SAINT-GEORGES-SUR-MEUSE, vendredi, de 6h à 9h30, par Reims Jazz Festival avec Uri 20h30 Lee Fields, 2012, Sylvain
Le 10 Mathieu Haage 4tet Centre Culturel Etienne de Villars & Mathieu Caine Le 7 Arnault Cuisinier Pierrel
Le 14 Ciné Concert Chaplin VIVIERS, Cavajazz (04 75 90 Le 20 Serge Lazarévitch / Beaudou Le 8 Olivier Bogé Le 9 John 21h35 Dirty Dozen Brass Band,
Les 16, 17 Pink Turtle 17 84, smac07.com) Matthieu Marthouret Bounce JAZZLIVE, du lundi au vendredi Zorn Le 12 Jean-Pierre Como 2013, par Sylvain Pierrel
Le 21 Alain Angeli & Xavier Faro Le 3 Samy Thiébault 4tet Trio (voir ci-dessus) de 20h à 00h, par Jean-Charles Le 13 Jazz & rugby, avec Daniel 22h35 Craig Taborn Trio, 2014,
Le 23 Thibaud Dufoy Trio Doukhan Herrero Le 14 Géraldine Laurent par Sylvain Pierrel
Le 24 Serenity 4tet VOUGEOT, Château du Clos SCHAERBEEK, Caveau du Max LES LUNDIS DU DUC, le lundi de Le 15 En public à Annecy, Le 27 SUD TYROL JAZZ
Le 28 Philippe Laudet de Vougeot (03 80 34 38 40, Le 22 Serge Lazarévitch / 19h à 20h, en direct du Duc des Forum du jazz en Rhône-Alpes FESTIVAL 2015, par Nicolas
Le 29 Three For Jazz musiqueauchambertin.fr) Matthieu Marthouret Bounce Lombards, par Sébastien Vidal Le 16 Brad Mehldau Du 12 au Foulon
Le 30 Swing Vandals Le 11 Didier Lockwood / Trio (voir ci-dessus) et Laurent Sapir 16 Les trésors de la Discothèque 20h30 Polar Bear
Le 31 Bernard Lara Trio Thomas Enhco JAMIE CULLUM SHOW, le mardi de Radio France Le 19 Benoit 21h30 Flat Earth Society
de 19h à 20h, par Jamie Cullum Delbecq Le 20 Gilad Hekselman 22h30 Troyka
PORTRAIT IN JAZZ, le jeudi de Le 21 Erik Friedlander Le 22
19h à 20h, par Laure Albernhe Eric Séva Le 23 Jazz on Vogue

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 85


Tous les papiers se recyclent,
alors trions-les tous.

Il y a
des gestes simples
qui sont
des gestes forts.

La presse écrite s’engage pour le recyclage


des papiers avec Ecofolio.
EXTRAIT DE LA POCHETTE DE “THE GRAND WAZOO” (ZAPPA RECORDS)
la leçon
masterclass partitions analyses
les mots du jazz II-V-I Un essai
Le jazz a son vocabulaire, plus ou moins technique, plus ou moins
sur Charlie Parker
par Steve Coleman
argotique. Chaque mois, un terme vous est expliqué.
saxofan.fr/topic16495.html
« II-V-I is the essence of the bad “white- mineur) – V7 (Sol septième) – I (Do
people music” » lit-on au chapitre des majeur), ce qui donne dans le standard Le saxophoniste Adrien Reboul nous
“pratiques haïssables” du Real Frank des standards I Got Rhythm : I (I) got en ligne signale la présence sur le site saxofan.fr
Zappa Book (Simon and Schuster, 1990). (VI) rhy (II) thm (V), I (I) got (VI) mu (II) sic de sa traduction, autorisée par l’auteur, de l’essai de
Cette pratique de la “mauvaise musique (V), etc. Cette figure, que les musiciens Steve Coleman sur Charlie Parker. Déjà disponible en
populaire blanche” est l’expression la français ont surnommée “anatole”*, anglais sur le site m-base.com, il a découragé plus d’un
plus répandue, dans le répertoire des constitue le vocabulaire de base des francophone, la pensée de Coleman n’étant pas toujours
standards, de la cadence harmonique jazzmen qu’ils pratiquent en jongleurs des plus limpides. Aussi Reboul propose-t-il une traduction
type de la musique occidentale qui et illusionnistes. Frank Zappa, qui n’y in progress, à prendre comme telle, fautes d’orthographe
comprises, dont on peut suivre au jour le jour le peaufinage
consiste à explorer une tonalité donnée recourt qu’à des fins parodiques, voit
auquel chacun est invité à contribuer. Doutant fort qu’un
(Do majeur par exemple) sous forme dans sa systématisation la cause de la éditeur français se lance dans la traduction d’un tel texte,
d’accords du plus stable (I, l’accord du banalisation du répertoire de Broadway profitons en. Même les plus réservés sur les partis pris
1er degré, ici Do majeur, do-mi-sol-si) et d’une dégénérescence névrotique de de l’auteur ne résisteront pas au charme de cette écoute
au plus instable (V, l’accord du 5ème l’improvisation jazz. Un point de vue qui détaillée, ces observations sur l’essence rythmique du
degré, ici Sol dit “septième”, sol-si- n’est pas dénué de fondement, mais qui discours de Parker, ces identifications de symétries,
ré-fa). L’accord V comportant entre mérite d’être nuancé, sauf à renvoyer de claves et de traces d’Afrique. On appréciera les
si et fa une quinte diminuée, mère de dans les poubelles de l’histoire la majorité comparaisons avec la boxe, le basket, la danse et surtout
toutes les dissonances, qualifiée de des musiques qui sont la raison d’être de l’art de la conversation, domaine dans lequel Parker
quinte du diable par l’église catholique, ce journal. • RÉMI FADIÈSE trouve auprès de Max Roach le partenaire idéal
appelle à “résoudre” (retour à I) ou invite (un point qui n’avait pas échappé à André Hodeir) et qui
* Arnaud Merlin consacrera à l’anatole son émission inspire à Coleman une passionnante analyse linguistique
à “moduler” vers une autre tonalité. On ne peut pas tout savoir du 3 octobre (France
Musique de 15 à 16h). de Perhaps (voir citation ci-dessous). Bref, en anglais
Dans les standards, cette formule ou dans la traduction en chantier de Reboul, on ne lira pas
s’exprime ainsi : VI (La mineur) - II (Ré The Dozens, Steve Coleman on Charlie Parker d’une traite,
mais sa lecture nous accompagnera longtemps. •
FRANCK BERGEROT

la citation Steve Coleman à propos de la dimension “parlée” du thème de Charlie Parker Perhaps (titre qui
signifie “peut-être”) : « La phrase d’ouverture de la mélodie est une explication, suivie d’un “but
perhaps” (menant dans la mesure 5) qui est le début d’une première explication alternative. Puis “perhaps”
(menant à la mesure 7) est le début d’une seconde explication alternative. Le “perhaps” de la mesure 9
introduit une clarification finale, puis la mélodie se termine avec la réponse en mesure 11, suivie en mesure
12 d’un “perhaps”. » Tiré de Steve Coleman On Charlie Parker (écoute simultanée recommandée. Chanter le
thème en remplaçant les passages désignés par le mot “perhaps”, facilement repérable à la fin du thème).

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 87


la leçon masterclass
analyse Pierrejean Gaucher*

FRANK ZAPPA

The Grand Wazoo


L’histoire tient parfois à peu de choses : blessé à la fin de sa tournée de 1971,
Frank Zappa se retrouve en chaise roulante pour plusieurs mois. Profitant de
sa convalescence, il se consacre à d’ambitieux travaux orchestraux dont résulteront
l’année suivante les albums “Waka Jawaka” et “The Grand Wazoo” enregistrés
durant les mêmes sessions. Pour beaucoup, ce dernier marque le summum
de sa trilogie “jazz-rock”, inaugurée avec “Hot Rats” en 1969.

Pour interpréter la nouvelle musique Zappa traquant la moindre redite Zappa montre un appétit sans fin
qu’il vient d’écrire « like jazz » (« à la dans son écriture. Aussi, comme Teo pour les variations et les décalages
façon du jazz », comme il le disait Macero pour Miles, n’hésite-t-il pas rythmiques, comme sur le thème
lui-même), Zappa invite en studio le à tailler dans la bande pour peaufiner chanté (le seul du disque) de For Calvin
gratin de la scène jazz west coast, l’architecture de chaque titre. On peut [exemple 2]. Là où chacun aurait
tous issus des meilleurs orchestres du d’ailleurs parfois déceler quelques contracté la seconde phrase pour
moment (Woody Herman, Buddy Rich, points de montage, notamment caser les quatre pieds dans la mesure
Don Ellis...). “The Grand Wazoo” n’est dans les parties improvisées. Pour 3, Zappa n’hésite pas à mordre sur
peut-être pas le disque qui dévoile le celles-ci, il prend soin de créer des la mesure suivante et à décaler la
“The Grand Wazoo”
(Zappa Records, plus sa virtuosité d’écriture et ne suffit relais différents entre chaque soliste. résolution et le dernier mot, “from”,
1972, origine Bizarre/ certes pas à embrasser toute son Soit il déconstruit le groove et installe sur un temps faible, le second au lieu
Reprise, puis œuvre, mais il est l’une des meilleures une petite plage “free” (il faut l’imaginer du premier (idem à la mesure 16). Ce
Rykodisc) portes d’entrée dans son univers dans le studio dirigeant l’orchestre à procédé se retrouve dans la plupart
Avec entre autres instrumental. la façon du sound painting 2 dont il fut de ses titres, à commencer par ceux
selon les morceaux : l’un des précurseurs), soit il écrit du disque : mesure 3-4 du thème
Sal Marquez (tp), For Calvin et de petits interludes orchestraux. The Grand Wazoo, mesure 2 et 4 de
Ken Shroyer, Bill
Byers (tb), Ernie The Grand Wazoo Ceux-ci sont parfois d’une telle Blessed Relief, mesure 3 de Cletus. Il
Watts, Tony Ortega, Ces deux titres sont les seuls du disque difficulté que même les jazzmen évite aussi le systématisme du swing
Johnny Rotella réellement enregistrés en big band, aguerris participant aux sessions et alterne sans cesse croche égale et
(anches), Frank les trois autres étant en formation doivent s’accrocher. La plage inégale, cette dernière étant souvent
Zappa (composition, plus réduite (ce qui ne l’empêche pas orchestrale vers la fin de For Calvin accentuée et presque sautillante afin
direction, elg, perc),
Tony Duran (elg), Don d’effectuer divers overdubs1 se révèle ici (de 3’55 à 5’30) relève d’une écriture de mieux souligner le contraste avec
Preston (mini Moog), et là, afin d’étoffer le son de l’orchestre). très contemporaine pour l’époque sa jumelle (mesure 10 et 16 de For
George Duke (elp), Si la forme reste assez conventionnelle et relativise la “modernité” de certaines Calvin).
Alex Dmochowski, pour du “jazz orchestral” (introduction, grandes formations actuelles.
al. Erroneous (elb),
Aynsley Dunbar (dm). exposition des thèmes, sections Fuyant les clichés et les académismes, Mais se cantonner aux figures les
improvisées, interludes orchestraux il brasse de nombreuses techniques plus usuelles (croche, triolet, double
puis reprise finale du thème, voire d’écriture, mais se distingue avant croche) est trop limitatif pour lui. Il
coda), la structure globale de tout par son immense vocabulaire préfère écrire et jouer comme on
The Grand Wazoo, par exemple, rythmique. Même ses thèmes parle, en privilégiant l’arythmie et le
riche [encadré en page suivante]. apparemment les plus simples contraste. Amoureux des percussions
recèlent en réalité des figures peu (le marimba prendra de plus en plus
L’originalité du répertoire se trouve courantes, comme au début de The de place dans les années à venir), il
plutôt dans le matériau qui le compose Grand Wazoo [exemple 1]. use fréquemment du redoublement de
et dans la façon dont il l’enchaîne, notes [exemple 3].

88 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


* Pierrejean Gaucher est Exemple n° 1 Thème de Grand Wazoo de 1’05 à 1’36
guitariste, compositeur-
arrangeur. Il a enregistré
de nombreux albums avec
ses divers groupes (Abus
Dangereux, Phileas
Band, Zappe Zappa,
Melody Makers...) et
monte régulièrement des
créations avec orchestres
autour de la musique Exemple n° 2 Thème de For Calvin de 0’14 à 0’43
de Frank Zappa ou de
la pop anglaise, qu’il
revisite à sa manière
(pierrejeangaucher.
com ou facebook.com/
PierrejeanGaucherMusic).

Exemple n° 3 Interlude sur Grand Wazoo de 3’18 à 3’28

Comme tout compositeur-


arrangeur qui se respecte,
Zappa veille à varier les timbres :
souvent courts et répétés, Exemple n° 4 Intro de For Calvin de 0’00 à 0’13
ses motifs sont chaque fois
réexposés avec des couleurs et
des instruments différents. Le
premier thème de The Grand
Wazoo le démontre superbement
(1’05 à 1’36). En outre, il surprend
souvent par sa façon d’agencer les
voix, comme dans l’introduction
de For Calvin [exemple 4] et son
vocabulaire harmonique mêle sans
hiérarchie des voicings riches avec
des triades (accords à trois sons).
Le charme de ce passage doit aussi
beaucoup aux textures orchestrales
(innovantes pour l’époque) qu’il
obtient en associant le timbre des
instruments acoustiques avec celui
des instruments électriques et leurs
effets (guitares, synthétiseurs...).

Cletus Awreetus
Awrightus
Ce premier titre en formation réduite Exemple n° 5 Intro de Cletus Awreetus-Awrightus de 0’00 à 0’04
nous ramène vers la facette plus
parodique de son répertoire avec
la juxtaposition de nombreux petits
motifs, dans la tradition des musiques
de cartoon qu’il affectionne. Pour
autant, ce petit thème d’introduction
harmonisé en triades porte
bien sa patte [exemple 5].

Octobre 2015 Numéro 677 Jazz Magazine 89


la leçon masterclass

Structure de Eat That Question illustre deux armées de musiciens amène une petite modulation avec le Si
The Grand Wazoo
Après l’introduction de piano s’affrontant (métaphore pour Zappa bécarre mais, attaquant sur le second
0’00 installation
du groove (Dm7 en 12/8)
électrique réalisée par George Duke des artistes créateurs contre la temps, Zappa décale de fait le motif
avec solo de guitare (ce titre aura marqué la carrière du muzzak du showbiz). par rapport à la métrique à trois temps.
0’58 entrée des cuivres pianiste le plus brillant de Zappa)
et thème principal x4 s’installe un motif de quatre mesures Blessed Relief “The Grand Wazoo” paraîtra fin 1972
(voir ex.1)
avec ses appuis bien marqués Voilà l’une des magnifiques “jazzwaltz” après quelques concerts en big
1’36 second motif x2
sur les premier et troisième temps que Zappa aimait écrire (Twenty band, vite interrompus tant les frais
1’52 troisième motif
[exemple 6]. Il rejoint la longue liste Small Cigars, Sofa, Black Napkins...). se révélèrent exorbitants. Ce disque
2’12 reprise du
groove initial de riffs inoubliables concoctés par Après une introduction dans le mode reste ainsi l’œuvre testamentaire
2’27 quatrième motif x4 le guitariste (Willie the Pimp, I’m the lydien sur Si bémol, assez ouverte d’une formation éphémère, mais
2’42 solo de slide guitare Slime, Apostrophe…). Plutôt pensé en (le motif de basse n’est pas sans qui portait en elle les germes d’un
(a-t-il inspiré celui de half time (battue à la blanche), il donne rappeler All Blues), un thème léger des big bands les plus novateurs et
D. Gilmour sur Money ?)
beaucoup de latitude au batteur pour et chantant [exemple 7] se décline puissants de l’histoire du jazz. Les
3’18 interlude orchestral
(voir ex.3)
jouer autour de sa ligne mélodique, en quatre parties. Les accords de la réactions furent mitigées à sa sortie :
3’40 solo de trombone ce dont le foisonnant et énergique grille appartiennent quasiment tous la presse jazz se montre intéressée
(effets de soundpainting Aynsley Dunbar ne se prive pas. Cet à la tonalité principale (Fa majeur). Là mais reste circonspecte, Zappa n’est
en background) unique riff répété tout au long du titre encore, le phrasé est précis pour les pas des leurs. La presse rock ? Elle le
6’09 déconstruction “free” (et développé en solo par le piano puis croches, tantôt égales ou inégales. considère perdu à la cause. Quant à
6’25 solo de trompette par la guitare), gonflé in fine par une D’ailleurs, la plupart des jazzmen son public, Zappa comprend vite qu’il
bouchée (fidèle acolyte
de Zappa à cette époque, armada de cuivres et de percussions, auraient pensé la première note des se démobilisera s’il persiste dans cette
Sal Marquez était très évoque ainsi de façon militaire et mesures 1 et 3 en levée, avant le voie. Définitivement pour lui, « le jazz
influencé par le Miles
électrique)
martiale l’esprit de la pochette qui temps, mais pas lui ! La section D est la musique du chômage » (FZ). •
9’50 déconstruction “free”
10’20 reprise du
groove initial et du thème
principal x4 Exemple n° 6 Riff de Eat that Question de 0’43 à 1’13
11’07 second motif x2 -
troisième motif
11’45 reprise du groove
initial et du quatrième
motif x4
12’17 solo de synthé
12’53 final avec reprise
de l’interlude orchestral

Exemple n° 7 Thème de Blessed Relief

NOTES
1. Ajouts de sons à d’autres
sons déjà enregistrés afin de
les mélanger au moment du
mixage.
2. Direction à base de
consignes gestuelles
permettant la composition en
temps réel.

90 Jazz Magazine Numéro 677 Octobre 2015


La musique arménienne à l’honneur chez ECM
Entre tradition et modernité

Sortie le 16 octobre

Komitas
The Gurdjieff Ensemble
Levon Eskenian
ECM 473 2246

Concerts

John Abercrombie Quartet « 39 Steps »


12/10 · Paris · Théâtre du Chalet
13/10 · Toulouse
14/10 · Montpellier
15/10 · Tours

Elina Duni Quartet « Dallëndyshe »


15/10 · Albertville

Carla Bley, Andy Shepard,


Steve Swallow « Trios »
Luys i Luso 17/10 · Chalon-sur-Saône
Tigran Hamasyan piano 21/10 · Paris
24/10 · Roanne
Yerevan State Chamber Choir
Harutyun Topikyan
ECM 473 2383

En tournée exceptionnelle
08/10 · Lille · Cathédrale
Retrouvez l’actualité
Design Alain Frappier dm15

09/10 · Lyon · Auditorium Maurice Ravel


10/10 · Belfort · Cathédrale Saint-Christophe des sorties ECM sur
www.club-u-jazz.com
19/10 · Angoulême · Théâtre
20/10 · Paris · Église Saint-Sulpice
21/10 · Nîmes
22/10 · Marseille · Abbaye Saint-Victor