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Le contenant alimentaire en verre pendant la

Première Guerre Mondiale : une spécificité de


l’approvisionnement des troupes allemandes
Michaël Landolt*
avec la collaboration d’Alexandre Bolly**, Frank Lesjean*** et Denis Mellinger****

Introduction La Première Guerre Mondiale entraîne des bouleverse-


ments majeurs dans l’organisation d’un conflit armé à
Cette étude a pour objectif de présenter une première travers l’immense organisation humaine et matérielle
synthèse des résultats issus de l’étude archéologique d’ob- s’établissant progressivement en profondeur. Le quotidien
jets en verre liés à l’alimentation provenant de dépotoirs des combattants est rythmé par les séjours sur le front dans
militaires allemands de la Première Guerre Mondiale 1. les tranchées et les périodes de repos à l’arrière. À l’ouest,
Elle est le fruit d’un travail collectif réalisé à partir de des millions d’hommes vont être équipés et approvision-
l’étude de mobilier issu de prospections et de fouilles nés sur une bande étroite et surpeuplée, d’une longueur de
archéologiques préventives et programmées. Depuis plus de 600 km s’étendant de la mer du Nord jusqu’à la
quelques années, une nouvelle problématique est née Suisse. Ce front était desservi par un incroyable réseau de
autour de la connaissance de l’alimentation du combattant. voies de communication (routes, chemins, voies ferrées,
En 2010, suite à la table ronde de Sarreguemines sur les téléphériques, tranchées, boyaux…). Au regard du com-
apports de l’archéologie à la connaissance de l’alimenta- battant, le ravitaillement est une nécessité quotidienne,
tion du combattant pendant la Première Guerre Mondiale, mais aussi un appui matériel et moral. Le soldat doit tenir
les études, initialement centrées sur le combattant alle- la ligne de feu dans des conditions extrêmes en maintenant
mand, se sont également étendues à celles du soldat fran- des liens avec l’arrière. La nourriture y joue un rôle prédo-
çais et britannique 2. Récemment plusieurs fouilles ont été minant, à l’instar des colis, des courriers et des journaux.
engagées et sont vouées à devenir des référentiels impor- Le soldat est approvisionné en aliments de plusieurs
tants pour la période. On citera par exemple la fouille manières : par l’intendance militaire, par lui-même et par
préventive de la galerie allemande du « Kilianstollen » à ses proches. Le soldat est alimenté dans une cantine ou,
Carspach (Haut-Rhin) (Landolt 2012) 3 située en première lorsqu’il se trouve au combat, par une corvée, approvi-
ligne ou du camp allemand du «  Borrieswald  » à sionnée par une cuisine fixe ou roulante, mais l’autonomie
Apremont-sur-Aire (Ardennes) situé en troisième ligne 4. alimentaire du combattant peut également être garantie par

* UMR 7044, Strasbourg, Pôle d’Archéologie Interdépartemental


Rhénan  ; 2 allée Thomas Édison, Z.A. Sud-CIRSUD, 67600 sace, les premières études ont été menées à la fin des années
Sélestat, michael.landolt@pair-archeologie.fr 2000. Plusieurs colloques ont récemment tenté de faire le point
** Pôle d’Archéologie Interdépartemental Rhénan, 2, allée sur ces questions. Table-ronde de Paris en 1995 : Une archéolo-
Thomas Édison, Z.A. Sud-CIRSUD, 67600 Sélestat. gie du passé récent  ? Colloque de Péronne (Somme)  en 1997:
*** Conseil général de la Marne, Direction des Affaires Scolaires, L’archéologie et la Grande Guerre 14-18. Colloque de Suippes
Culturelles, Sportives et Touristiques, 2 bis rue de Jessaint, (Marne) et Arras  (Pas-de-Calais) en 2007 : Quelle archéologie
51038 Châlons-en-Champagne Cedex. pour les traces de la Grande Guerre  ? Colloque de
Caen  (Calvados) en 2008 : Archéologie et conflits armés des
**** Bénévole, 38 rue des fontaines, 55300 Valbois (Varvinay).
XIXe-XXe siècles. Archéologues et Historiens face aux vestiges
des guerres.
1
En France, l’archéologie de la Première Guerre Mondiale appa- 2
Table ronde de Sarreguemines des 26-27 mars 2010 organisée
raît à la fin des années 1980 dans le Nord-Pas-de-Calais puis en conjointement par les Musées de Sarreguemines et le PAIR.
Lorraine et en Champagne-Ardenne (Desfossés et alii 2000, 3
Fouille Michaël Landolt, PAIR, 2011.
2007, 2008 ; Adam 2006 ; Adam et Prouillet 2009). Pour l’Al- 4
Fouille Yves Desfossés, SRA Champagne-Ardenne, 2009-2011.
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M. Landolt
à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) dans l’ouvrage d’Ernst
Jünger : « Une collection de bouteilles variées, empilées
contre le mur arrière, révélait que plus d’un ermite avait dû
y passer des heures de vie contemplative, et je m’efforçai
pour ma part de ne pas laisser en désuétude cette estimable
coutume » (Jünger 2007, p. 240).
Les corpus étudiés proviennent de plusieurs secteurs
du front ouest de la Première Guerre Mondiale. La pre-
mière se trouve en Champagne (Lesjean 2008). Les deux
batailles de la Marne (septembre 1914 et juillet 1918)
symbolisent les frontières chronologiques de la guerre de
position en Champagne. La craie et la plaine seront les
éléments géophysiques auxquels les combattants seront
confrontés dans l’édification des éléments de défense,
mais aussi dans leur quotidien. La deuxième se situe en
Fig. 1.- Verre à moutarde retrouvé dans l’effondrement du Lorraine, principalement dans le département de la Meuse
18 mars 1918 dans la galerie allemande du « Kilianstollen » (Mellinger 2011). Un inventaire en cours dans de nom-
à Carspach (Haut-Rhin) (Photo : M. Landolt, Pair). breuses collections privées a permis d’évaluer et d’inven-
torier l’importante masse documentaire qui en étant retiré
des vivres de réserve. A proximité du champ de bataille, le de tout contexte a malheureusement irrémédiablement
combattant peut aussi acheter des vivres dans des bou- perdu la majeure partie de sa valeur documentaire. La
tiques destinées aux soldats. Enfin, de la nourriture d’ap- troisième, au sud, est située en Alsace, territoire annexé
point était acheminée dans des colis envoyés depuis l’ar- par l’Allemagne en 1871 qui est traversé par un front qui
sera stable pendant toute la guerre (Landolt 2009, 2012 ;
rière ou achetée voir spoliée auprès de populations civiles.
Landolt et alii 2009, à paraître). Les ensembles étudiés,
retrouvés dans le cadre de l’archéologie préventive, sont
1. Les contextes situés en première ligne dans le Sundgau et à l’arrière près
de Strasbourg.
L’alimentation du combattant produit des quantités
considérables de déchets qui ont très rarement fait l’objet 2. Quelques exemples de contenants alimentaires en
d’étude. Les contenants alimentaires, qui se sont massive- verre
ment imposés dans la société de consommation actuelle,
pouvaient être en verre, en faïence, en porcelaine, en grès,
Dans le cadre de cet article, cinq exemples caractéris-
en métal et en matériaux plus légers et périssables comme
tiques seront développés : les fioles d’alcool fort, les bou-
le tissu, le papier ou le carton. Le dépotoir enterré est une
teilles d’eau minérales, les bouteilles à billes, les bou-
structure riche en informations qui permet d’établir une
teilles de concentré de vinaigre et les verres à moutarde.
véritable « photographie » du quotidien. Il résulte du sta-
tionnement temporaire de troupes sans cesse renouvelées.
Leurs tailles varient selon la proximité des tranchées. Sur 2.1. Les fioles d’alcool fort (Schnapsflaschen)
le front, ils sont petits, peu compacts et souvent mélangés
au sédiment évacué à l’arrière de la tranchée parfois dans Les témoignages de combattants rapportent de larges
d’anciens trous d’obus. Dans les camps de repos, au distributions d’alcool fort, notamment avant les assauts
contraire, l’emplacement du dépotoir est défini et le rem- (Lesjean 2008, p. 59-61 ; Landolt, Lesjean 2009, p. 143).
plissage révèle souvent un certain ordonnancement, voire Ces alcools, servis gratuitement et en abondance, ont la
une affectation par unité. Les fosses les plus importantes réputation d’être de mauvaise qualité, de sorte que certains
atteignent parfois plusieurs mètres cubes. On citera par combattants refusent de les consommer. Cependant, le
exemple le cas de la galerie du «  Kilianstollen  » et du soldat apprécie de disposer d’une petite réserve, car la
dépotoir de Carspach « Lerchenberg » (Haut-Rhin) qui a consommation quotidienne de Schnaps est bien ancrée
livré d’importantes quantités de mobilier en verre en cours dans les mœurs d’avant-guerre, surtout à la campagne. Le
d’étude (fig. 1). Une signalétique peut même parfois avoir recours à ce type de boisson aide à supporter les mau-
été mise en place 5. On signalera la description d’un dépo- vaises conditions climatiques et s’utilise comme remède
toir de bouteilles dans un camp situé à proximité de Pont- aux petits maux de santé. Tout en régulant sa consomma-
tion, l’armée veille à ce que les combattants disposent
toujours d’un minimum d’alcool.
Le combattant allemand peut se procurer à la cantine
5
La découverte sur le front champenois d’une plaque en ardoise de petites flasques épousant les poches de sa veste, le bou-
peinte indiquant «  fosse dépotoir de deuxième section  » chon creux servant parfois de dé à boire (fig. 2). Ce type
(« Müllgrube II. Zug. ») précise l’affectation de la structure au de récipient, fréquemment retrouvé dans les dépotoirs,
plus petit échelon de l’organisation de l’infanterie allemande peut porter des motifs patriotiques (soldat, croix de fer,
(Lesjean 2008, p. 30). Germania, portrait du Kaiser, d’Otto von Bismarck ou du

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Le contenant alimentaire en verre pendant la Première Guerre Mondiale

1. 2. 3. 4.

5. 6. 7. 8.

0 5 cm

Fig. 2.- Sélection de petites bouteilles d’alcool fort (Schnapsflaschen) provenant de Lorraine (Photos : D. Mellinger).
maréchal Paul von Hindenburg…) (fig. ��������������������������
2, n°1 et 4), tradi- iconographique existe sur des bouteilles de différentes
tionnels (Nunne fainéant) (fig. 2, n°7-8), géométriques et capacités et la représentation de la statue peut être plus ou
des inscriptions (« Zum erinnerung », « Prosit Kamerad ! », moins détaillée.
« Sensenmann hinweg mit Dir ! Besser Schnaps als
schlechtes Bier  ! » … 6) (fig. 2, n°3). Les catalogues de 2.2. Les bouteilles d’eau minérale
verreries nous renseignent sur ces productions antérieures (Mineralwasserflaschen)
à la Grande Guerre qui s’avèrent être particulièrement
bien adaptées au front (fig. 3). Deux types de fermetures
coexistent : le système classique à bouchon et celui britan- Au début du XXe siècle, l’Allemagne est l’un des plus
nique à pas de vis. L’origine des contenants est très diffi- grands producteurs d’eau minérale embouteillée dans le
cile à établir car la majorité des modèles sont produits par monde (Landolt, Lesjean 2009, p. 143-144). Elle est tradi-
plusieurs fabricants. Certains décors apparaissent sur des tionnellement conditionnée dans des cruchons en grès
bouteilles de différents modules. On citera par exemple le (Krüge), apparus dès le XVIIIe siècle 7. Ce type de bou-
cas très courant de la bouteille ornée de la représentation teille est de plus en plus contesté. Ainsi, en 1916, un
de Germania faisant référence au Niederwalddenkmal à détracteur évoque leur poids trop important lors du trans-
Rüdesheim am Rhein (Hesse) construit entre 1877 et 1883 port, les nombreux défauts de fabrication invisibles qui
(fig. 2, n°5-6). Ce monument commémore la fondation du fragilisent le cruchon, les difficultés de nettoyage à cause
nouvel Empire Allemand après la guerre de 1870-1871. de l’opacité du récipient et le problème de la dilution dans
Germania, personnification de la nation allemande est l’eau des restes de sel utilisé lors de la fabrication du grès
représentée tenant dans ses mains les symboles impé- (Eisenbach 2004, p. 175 d’après Winckler 1916). C’est
riaux  : la couronne impériale et l’épée. Cette référence pourquoi les cruchons en grès sont délaissés au profit de

6
« En souvenir », « À ta santé camarade ! », « Mort éloigne-toi 7
Ce type de contenant en grès sert également à contenir des eaux
de moi ! Mieux vaut de l’eau de vie qu’une mauvaise bière ! » de vie et du gaz lacrymogène.

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M. Landolt

Fig. 3.- Série de petites bouteilles d’alcool fort (Schnapsflaschen) produites en 1906 par la verrerie « Krug und Mundt »
à Leipzig (Saxe) (Collection particulière).

Fig. 4.- Systèmes de fermetures utilisés pour les bouteilles d’eau en verre au début du XXe siècle (Eisenbach 2004, p. 180
d’après Rudolf Kühles, Handbuch der Mineralwasserindustrie, Lübeck , 1947).
bouteilles en verre, mais les deux types de récipients res- sule couronnée métallique à vingt-quatre dents, plus
tent utilisés pendant toute la durée du conflit. Plusieurs simple que la fermeture à bouchon de porcelaine, équipe
systèmes de fermetures de bouteille en verre coexistent progressivement de plus en plus de bouteilles (eaux miné-
jusqu’à la Première Guerre Mondiale (capsule en porce- rales et bières) 9. Le décapsuleur devient alors un outil
laine avec poignée ou levier métallique, capsule dentelée indispensable du combattant.
métallique, capsule métallique à vis, capsule métallique à
fil et bouchon à visser) (fig. 4) 8. À partir de 1916, la cap-
9
Le système de fermeture à capsule en porcelaine
(Flashenverschluss aus Porzellan) a été développé en Allemagne
8
Pour connaître le fonctionnement et l’histoire de ces différents en 1875 et la capsule dentelée métallique en 1900 d’après un
systèmes de fermeture, voir Kühles 1947 et Eisenbach 2004, brevet américain déposé en 1892 (Kronkorken) (Eisenbach 2004,
p. 176-178). Une fine couche de liège empêchait le contact du
p. 176-181. métal avec la boisson.
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Le contenant alimentaire en verre pendant la Première Guerre Mondiale

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Fig. 5.- Sélection de bouteilles à bille provenant d’Alsace (n°1) et de Lorraine (n°2-4) (Photos : M. Landolt, Pair ; D.
Mellinger).
En 1909, il existait en Allemagne au moins 152 entre- reversée à l’entreprise par l’association, si la production
prises autonomes d’embouteillage et d’expédition d’eau était inférieure à 10 % de celle de l’année précédente. Les
(Eisenbach 2004, p. 156-161) 10. La production annuelle 19 et 20 octobre 1917, lors de la Journée de l’eau
allemande d’eau embouteillée s’élevait à plus de 100 mil- (Brunnentag), l’Association impériale allemande des eaux
lions de bouteilles en 1914 et connaissait une croissance minérales est créée à Cologne (Reichsverband Deutscher
principalement due aux exportations. Avec la déclaration Mineralbrunnen) (Eisenbach 2004, p. 198-199). Elle
de la guerre, cette production décroît précipitamment, du regroupe 59 entreprises qui représentent environ 80 % du
fait de l’arrêt des exportations 11, de la réquisition des sys- marché en Allemagne. En novembre 1917, à Francfort-
tèmes de transport et de la mobilisation, même si de nom- sur-le-Main, 26 entreprises de la région du Rhin et de
breuses femmes travaillaient pour cette industrie. La pro- Hesse fusionnent pour créer la Centrale de l’eau alle-
duction décroit ainsi de moitié en quatre ans, pour mande (Deutsche Brunnen-Zentrale).
atteindre environ 50 millions de bouteilles à la fin de la Les bouteilles d’eaux minérales sont fréquentes dans
guerre (Eisenbach 2004, p. 197 et 219). À partir de 1916, les dépotoirs, les médecins militaires interdisant la
la production est soutenue par l’approvisionnement de consommation de l’eau se trouvant sur le terrain par
l’armée en eaux minérales et par la mise en place d’un crainte de la pollution du champ de bataille et du risque de
système de subvention par la Fédération allemande des fièvres typhoïdes (Lesjean 2008, p. 58-59). L’exploitation
eaux minérales (Deutsche Mineralbrunnen-Verband). de certaines usines d’embouteillages situées près du front
Pour chaque bouteille remplie, une aide d’un Pfennig était est même parfois reprise en main par l’armée.

2.3. Les bouteilles à bille (Flaschen mit Kugelverschluss)

10
Le chiffre de 125 présenté dans l’inventaire de Hans Staffelstein La bouteille à bille (Flasche mit Kugelverschluss) est
(Staffelstein 1909) a été complété par les travaux d’Ulrich un type particulier de contenant en verre épais destiné aux
Eisenbach (Eisenbach 2004, p. 156-161). On en notera par boissons gazeuses, principalement la limonade, mais éga-
exemple 19 en Bavière, 8 en Bade, 7 en Wurtemberg, 6 en lement l’eau minérale quasiment oublié de nos jours
Alsace-Lorraine… La plus grande concentration se trouve dans (Eisenbach 2004, p. 180 ; Desfossés et alii 2008, p. 48 ;
les régions montagneuses du Rhin moyen entre Cologne et Lesjean 2008, p. 52-56  ; Landolt, Lesjean 2009, p. 144-
Francfort-sur-le-Main (Hunsrück, Eifel et Taunus). 145 ; Mellinger 2011, p. 100) (fig. 5). Elles possèdent un
11
En 1914, les exportations annuelles atteignaient 450 000 profil singulier pour une contenance moyenne. La bille en
hectolitres contre 50 000 hectolitres en 1920 (Eisenbach 2004, p. verre, prisonnière par un étranglement à la base du goulot,
220).
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M. Landolt

Fig. 6.- Soldats saxons au repos en Champagne pendant la bataille des « Monts de Champagne » en avril 1917 avec des
bouteilles à bille (Collection privée).
joue le rôle de bouchon 12. Le gaz carbonique sous pres- Il faut souligner l’existence de ces bouteilles en
sion contenu dans la boisson maintenait la bille à l’extré- Angleterre dès la fin du XIXe siècle pour des sodas et des
mité du goulot 13. Le témoignage du médecin-major fran- boissons gazeuses. L’existence de tire-bouchon possédant
çais Forestier, lors de la conquête du Mont Cornillet un système permettant l’ouverture de ce type de bouteille
(Marne) sur le front de Champagne le 20 mai 1917, illustre est attestée en Angleterre 15. Les troupes britanniques les
cette hypothèse. Le soldat raconte une reconnaissance à
l’intérieur d’un tunnel  : «  Parmi les caisses amoncelées, utilisent en France pendant la Grande Guerre. Côté alle-
j’aperçois des bouteilles d’eau gazeuse, nous mourons de mand, plusieurs variantes de bouteilles à bille sont recen-
soif ; je presse sur la bille et bois avec délice. Un boche sées, en fonction de leur contenance, moulure, couleur et
étendu à terre a entendu le bruit et dit faiblement «  zum inscriptions. Elles ne portent habituellement ni décoration
trinken » ; apitoyé, je lui tends la bouteille et goulûment, ni inscription. On note parfois la présence, sur le fond, de
il la vide d’un seul trait » (Grenouilleau 2005). L’inclinaison plusieurs lettres moulées surmontées d’un sigle ou d’un
horizontale de la bouteille permet de vider complètement trèfle à trois feuilles. Une étiquette collée indiquait la pro-
la bouteille, car la bille, entraînée vers le goulot, se trouve venance et le type de boisson. Certains exemplaires présen-
retenue entre deux ergots situés à proximité. Par contre, tant des formes atypiques restent exceptionnels. Pour les
une inclinaison quasi verticale de la bouteille piège systé-
matiquement la bille dans le goulot et empêche tout écou- exemplaires allemands, plusieurs types ont été identifiées :
lement : on peut ainsi arriver à obtenir un débit du liquide les bouteilles avec des inscriptions en allemand et celles
par doses convenable, en fonction de l’inclinaison de la avec des inscriptions en espagnol ou en portugais liées aux
bouteille. Un cliché exceptionnel montre l’utilisation de pays d’Amérique latine (Argentine, Brésil, Chili et Pérou) 16.
bouteilles à bille par des soldats saxons au repos en La bouteille à bille est encore utilisée de nos jours au Japon
Champagne pendant la bataille des «  Monts de pour une boisson gazeuse aromatisée non alcoolisée appe-
Champagne » en avril 1917 (fig. 6) 14. lée « Ramune » 17.

12
Certains modèles ne présentent pas d’étranglement, la bille 15
Dans l’état actuel de la recherche nous ne savons pas si ce
restant mobile dans tout le volume de la bouteille. système existait en Allemagne. Un petit tuyau coudé permettait
13
Un joint en caoutchouc garantissait l’étanchéité et la l’évacuation du gaz lors de l’ouverture.
surépaisseur du verre assurait la solidité de la bouteille. 16
Plusieurs villes ou régions ont pu être identifiées à partir des
14
Soldats du 107e régiment d’infanterie saxon (8. Königlich inscriptions moulées présentes sur les bouteilles à bille  : Bahia
Sächsisches Infanterie-Regiment «  Prinz Johann Georg  » Nr. (Brésil), Buenos Aires (Argentine), Esperanza (Argentine), Lima
107) appartenant à la 58e division d’infanterie (58. Infanterie- (Pérou)…
Division) en position sur le front des Monts de Champagne du 21 17
Le terme « Ramune » est issu de la déformation phonétique de
mars au 23 avril 1917. Sur le cliché, trois soldats tiennent des l’anglais « Lemonade ». Cette boisson peut être aromatisée à de
bouteilles à bille et on peut reconnaître, derrière l’épaule droite nombreuses saveurs comme le litchi, le kiwi, la mangue, le
d’un soldat assis, un casier contenant ce type de bouteille. melon, la pêche, la fraise, le curry…
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Le contenant alimentaire en verre pendant la Première Guerre Mondiale

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Fig. 7.- Bouteilles graduées de concentré de vinaigre (Essigessenz) provenant de Carspach « Lerchenberg » (n°1-2) et
exemplaires ayant conservé leurs étiquettes retrouvés dans des vide-grenier en Alsace (n°3) et en Lorraine (n°4) (Photos :
M. Landolt, Pair ; D. Mellinger)
Les bouteilles à bille se rencontrent plus fréquemment nance de 200 ou 150 ml, le goulot peut être large ou res-
dans les positions allemandes aménagées à partir de la fin serré sous la forme d’une perforation triangulaire permet-
de 1916 et du début de 1917 jusqu’à la fin de la guerre. tant un dosage au goutte-à-goutte. Sur le fond, les initiales
L’hypothèse de leur diffusion dans les secteurs où l’eau « D. R. P. » correspondent à l’abréviation de « Deutsches
était naturellement rare doit être vérifiée à travers le déve- Reichs Patent » (Brevet de l’Empire allemand). Le
loppement de l’étude archéologique des dépotoirs 18. En concentré de vinaigre est produit par l’entreprise « Speyer
effet, elles sont très courantes en 1917 sur le front cham- und Grund » à partir de 1863. Les bouteilles graduées de
penois notamment dans le tunnel du Mont Cornillet concentré de vinaigre apparaissent en 1875 et le type avec
(Marne) qui abritait plus de 600 soldats allemands. Par système de dosage est fabriqué à partir de 1905. En 1911,
contre, en Argonne et au « Chemin des Dames » (Aisne), la production s’installe dans l’usine chimique de
elles sont moins répandues à la même période, probable- Schweinfurt (Bavière) (Schultz 1906, p. 220) et sa diffu-
ment en raison d’autres sources d’approvisionnement en sion est diffusée par l’entreprise « Decker & Co. » implan-
eau. tée à Cologne (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) 19. À cette
époque, la vente annuelle atteint un million de bouteilles.
2.4. Les bouteilles de concentré de vinaigre Après la Première Guerre Mondiale, la Rhénanie et l’est
(Essigessenzflaschen) de l’Allemagne sont les plus grands consommateurs de
concentré de vinaigre. Actuellement, ce dernier est encore
produit en Allemagne pour y être diffusé, ainsi qu’aux
Les condiments sont très utilisés par les troupes alle- États-Unis, au Canada, en Europe de l’Est et dans les pays
mandes (Knorr, Maggi…). Un type de bouteille, de forme arabes. Sur le front, ce type de condiment semble appa-
particulière, s’accorde avec la consommation de condi- raître à la fin du conflit, vers 1917. Au début du XXe
ments liquides. Il s’agit de bouteilles en verre graduées de siècle, le concentré de vinaigre contenait 80  % d’acide
concentré de vinaigre (Essigessenz) portant l’inscription acétique, alors qu’aujourd’hui un vinaigre en contient
« Für eine Weinflasche Für eine Literflasche » (Pour une entre 5 et 8 % 20. Le concentré de vinaigre peut être utilisé
bouteille de vin Pour une bouteille d’un litre) retrouvées
sur l’ensemble du front (Landolt, Lesjean 2009, p. 148-
149) (fig. 7). D’une hauteur de 15,5 cm pour une conte-
19
Les entreprises « Decker & Eisenhardt » et « Speyer & Grund
GmbH & Co. KG » ont fusionné en 2003 et diffusent le concentré
de vinaigre sous la marque «  Surig  » et «  Würzgut  ». Cette
18
On soulignera par exemple la vente, au début du XXe siècle, dernière est principalement destinée à l’Allemagne de l’Est.
dans une pharmacie de Warnemünde à Rostock (Mecklembourg- 20
De nos jours le concentré de vinaigre diffusé par « Surig » ne
Poméranie-Occidentale), de limonade embouteillée dans des comporte plus que 25 % d’acide acétique. Les étiquettes
bouteilles à bille pour palier à la mauvaise qualité de l’eau signalent que le concentré de vinaigre à 80 % peut être dangereux
potable (http://www.sedov.com). pour la santé en cas d’ingestion sans dilution.
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M. Landolt

pour fabriquer du vinaigre d’assaisonnement en le diluant vers 1820 aux Etats-Unis avec une machine à commande
dans de l’eau 21. Au front, ce système présente l’intérêt de manuelle qui presse le verre en fusion dans un moule
pouvoir produire de grandes quantités de vinaigre avec métallique (fonte ou acier). Cette technique arrive en
une petite bouteille de concentré. L’hypothèse de l’utilisa- Europe par l’Angleterre. Vers 1830, elle est présente en
tion de l’acide acétique dans le traitement des poux peut Angleterre, en Belgique et en France. La presse à vapeur
aussi être évoquée (Doué 1948, p. 323). apparaît en 1864. L’avantage principal de cette technique
consiste en la réalisation de la forme et du décor en une
seule opération. De plus, la vitesse de production est
2.5. Les verres à moutarde (Senfbecher)
amplifiée. Ainsi, un grand nombre d’objets identiques peu-
vent être produits avec une chaîne opératoire simplifiée.
L’utilisation du verre comme contenant à moutarde est Cette technique de production de masse et bon marché
une pratique apparue à la fin du XIXe siècle qui perdure séduisait par ses couleurs vives et son prix attractif. Les
encore aujourd’hui (Lesjean 2008, p. 65-69  ; Landolt, objets de verre fabriqués par pression ont en général des
Lesjean 2009, p. 149-151  ; Mellinger 2011, p. 96-97) 22. parois épaisses, un décor en relief et présentent parfois des
Initialement conditionnée dans des pots de grès dont le coutures de pression plus ou moins nettes.
système de fermeture n’était pas totalement hermétique, la En Allemagne, la technique du verre pressé apparaît
moutarde avait tendance à perdre de sa qualité et de son après 1870. A la veille de la Première Guerre Mondiale, on
acuité sous l’influence de la lumière et de l’oxygène 23. dénombre en Allemagne une vingtaine de verreries en
L’utilisation du verre, matériau plus neutre et aseptique, produisant (Collectif 1913  ; Neumann 2007) (fig. 10). Il
permettait une meilleure conservation même si l’herméti- est fortement envisageable que certains verres à moutarde
cité de la fermeture n’était pas encore totalement assurée. proviennent plus particulièrement des verreries de l’ouest
Les verres à moutarde sont fréquemment retrouvés dans de l’Allemagne (Rhénanie-du-Nord-Wesphalie) car une
les postions allemandes de la Grande Guerre (fig. 8 et pl. partie des marques de moutarde retrouvées dans les dépo-
L). Après utilisation, le verre pouvait être réutilisé. Les toirs allemands de la Première Guerre Mondiale provien-
couvercles métalliques colorés présentent généralement nent de cette région. De plus, à Köln-Ehrenfeld (Rhénanie-
des indications sur la marque, la provenance et le type de du-Nord-Wesphalie), la «  Rheinische Glashütten  » a
moutarde (fig. 9 et pl. L) 24. De nombreuses marques peu- fabriqué de nombreux verres à moutarde à pied en verre
vent être identifiées  : «  Kauenthaler  »  à Coblence pressé notamment ceux présentant des portraits
(Rhénanie-Palatinat), «  Moskopf  » à Fahr-am-Rhein («  Senfhenkelbecher  » avec anse et «  Senfbecher  » sans
(Rhénanie-Palatinat) 25, «  Prima  », «  Egla  », «  Bavaria- anse, Geiselberger 2003 ; Vogt, Geiselberger 2008) 26.
Senf J. C. Develey » à Munich (Bavière)… Cette dernière
Il existe une très grande diversité de verres à moutarde
marque est souvent identifiée dans les cantonnements
aux contenances variables et à l’ornementation plus ou
bavarois. Cette moutarde aigre douce (süß sauer), déve-
moins complexe. Cette diversité est en grande partie liée à
loppée à partir de 1854 par Johann Conrad Develey en
la multiplicité des lieux de production. Leur typologie
ajoutant du sucre, des clous de girofles, du piment de
précise reste à établir mais plusieurs grandes familles peu-
Jamaïque et de la noix de muscade, fournissait officielle-
vent déjà être proposées en fonction de leur taille, de leur
ment la cour royale bavaroise à partir de 1874 (Anonyme
profil et de la présence éventuelle d’un pied, d’un fond
2007).
torique débordant ou d’une anse (bécher, chope, verre à
Les verres à moutarde sont fabriqués à partir de la pied…). Le profil général du verre peut être cylindrique,
technique du verre pressé moulé (Pressglas) (Franke 1987 ; tronconique, bitronconique, semi-globulaire ou semi-
Franke 1990). Cette technique ancienne est industrialisée ellipsoïdal. Leur hauteur est généralement comprise entre
7 et 10 cm. La présence d’un petit bord vertical (entre 0,8
et 1,2 cm de hauteur environ) généralement précédé par un
petit tore est destinée à la fixation du couvercle.
21
Les graduations sur le dos indiquent la quantité nécessaire de Plusieurs séries de verres ne présentent pas d’ornemen-
concentré de vinaigre pour fabriquer du vinaigre dans une tation. Les décors peuvent se développer sous la forme de
bouteille de vin (trois quarts litres) ou dans une bouteille d’un motifs géométriques simples, ou complexes, granuleux,
litre. On signalera une autre utilisation en dilution avec de l’eau végétaux réalistes (raisins, fruits, cerises, nénuphars…) ou
bouillie, lors de la réalisation de conserves dans des bocaux de stylisés. Les décors patriotiques sont très diversifiés et
verre et pour la conservation des cornichons. peuvent se classer en scènes militaires (alliance Autriche-
22
L’hypothèse de verre ayant contenu des fruits au sirop ou Hongrie/Allemagne), portraits (maréchal Paul von
alcoolisés doit être rejetée (Laparra, Hesse 2008, p. 36). Hindenburg, comte Ferdinand von Zeppelin…), devises
23
À la même époque, la moutarde française, principalement (« Gott mit uns »…) et symboles (croix de fer, feuilles de
produite à Dijon, est majoritairement conditionnée dans des ports lauriers…) (fig. 8).
en faïence blanche ou en grès. Les contenants en verre sont eux
aussi attesté mais en moins grande quantité que du côté allemand.
24
En Allemagne, il existe différents types de moutarde de table
(Tafelsenf) : l’extra-forte, la forte, la douce et la sucrée.
25
Cette usine de vinaigre de vin et de moutarde, fondée par
Theodor Moskopf en 1836, a produit de la moutarde de raisin
(« Moskopf’s Trauben-Senf mit der Traube »). 26
La verrerie fondée en 1864 se développe dans les années 1880.
- 314 -
Le contenant alimentaire en verre pendant la Première Guerre Mondiale

1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8.

9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16.

17. 18. 19. 20. 21. 22. 23.

Fig. 8.- Sélection de verres à moutarde provenant de Champagne et de Lorraine (Echelles diverses) (Photos : M. Landolt,
Pair ; F. Lesjean, D. Mellinger).

1. 2. 3. 4.

5. 6. 7. 8.
0 5 cm

Fig. 9.- Sélection de couvercles de verres à moutarde provenant de Champagne et de Lorraine (Photos : M. Landolt,
Pair ; F. Lesjean, D. Mellinger).

Le matériau, quant à lui, peut prendre différentes Ce type de conditionnement de la moutarde, intégré au
teintes  translucides, du blanc au bleu, en passant par le paquetage du soldat, permettait de disposer de moutarde
jaune et le vert. Probablement à partir de la fin de la au même titre que de sel ou de sucre. L’extrême variété et
guerre, le verre reçoit fréquemment une nuance de couleur la grande quantité de récipients à moutarde en verre sug-
verte ou bleue et les motifs patriotiques se raréfient. Les gèrent que le combattant allemand accompagnait très
catalogues des fabricants permettent de déterminer l’ori- souvent son repas de moutarde, améliorant ainsi la saveur
gine des verres retrouvés sur le front (fig. 11). Même si des aliments. La datation et la quantification des verres à
quelques modèles sont produits par plusieurs verreries,
moutarde retrouvés dans les dépotoirs pourraient démon-
leur grande diversité permet cependant d’identifier l’ori-
trer si la consommation de moutarde connaît une évolution
gine de nombreux modèles.
- 315 -
M. Landolt

Ostpreußen

Schleswig-
Holstein
Westpreußen
Pomerania
Lübeck
Mecklenburg-
Hamburg Schwerin Mecklenburg-
Strelitz
Oldenburg
Bremen Preußen
Brandenburg
Hannover Posen

Schaunburg-Lippe Berlin
10
Lippe Brunswick
3 Anhalt
Westfalen
Sachsen
Waldeck 9 1 17
Silesia
6 12
15 Hessen-Nassau 2 14
Rheinland Thüringen Sachsen 4

Hessen

16 7
Lothringen Bayern
13
8 11 N
5 Württemberg
Elsaß
Hohenzollern
Baden

0 300 km

1. Bernsdorf « Bernsdorf Aktiengesellschaft für Glasfabrikation »


2. Brockwitz « Brockwitzer Glasfabrik AG »
3. Brückfeld bei Fürstenberg a. d. Weser « Noelle & von Campe Glashütten »
4. Deuben bei Dresden « Malky & Jahncke »
5. Dreibrunnen (Trois Fontaines) « Fenner Glashütte und Glasfabrik Dreibrunnen » et « Hirsh und Hammel AG »
6. Ehrenfeld « Rheinische Glashütten AG »
7. Fenne « Fenner Glashütte und Glasfabrik Dreibrunnen » et « Hirsh und Hammel AG »
8. Hochwalsch « Vallerysthal »
9. Hosena-Hohenbocka « Streit Glaswerke »
10. Köpenick « Glasfabrik Marienhütte »
11. Meisenthal
12. Moritzdorf in Ottendorf-Okrilla bei Dresden « August Walther & Söhne »
13 . Münzthal (Saint-Louis-lès-Bitche) « Compagnie des Cristalleries de Saint Louis »
14 . Radeberg « Sächsische Glasfabrik AG »
15 . Stolberg bei Aachen « Siegwart & Co »
16 . Wadgassen/Saar « Villeroy & Boch Glasfabrik »
17 . Weißwasser/ Oberlausitzer « Vereinigte Lausitzer Glaswerke »

Fig. 10.- Carte de répartition des principales usines de verre pressé en Allemagne avant la Première Guerre Mondiale
(Document : M. Landolt, Pair).
au cours du conflit. Une augmentation pourrait éventuelle- repos, les témoignages des combattants les
ment être corrélée avec des problèmes de qualité de l’ali- mentionnant rarement et superficiellement. Même si la
mentation. problématique de l’alimentation du combattant commence
à se développer, la documentation archivistique a encore
3. Les problèmes méthodologiques et les probléma- été largement sous-exploitée notamment côté allemand. Il
tiques de recherche apparaît en effet que de nombreux documents liés à l’in-
tendance doivent être conservés dans les archives mili-
taires ou des entreprises parfois encore en activité. Celle-ci
3.1. Les sources textuelles et iconographiques
pourrait apporter de nombreux éléments qui pourraient
être croisées aux observations liées aux études de mobilier.
L’approche archéologique des dépotoirs de la Première La Grande Guerre connaît le développement de la pho-
Guerre Mondiale apporte des informations généralement tographie notamment des albums privés. Cependant, rares
inédites sur les conditions alimentaires au front ou au sont les documents iconographes où les objets
- 316 -
Le contenant alimentaire en verre pendant la Première Guerre Mondiale

n°726 n°2517

1. 2.

0 5 cm

Fig.- 11.- Verre a décor de vignes (n°1-2) produit par « Müller-Kraft » à Dresde-Leipzig (Saxe) (catalogue 1914) et verre
à décor granuleux et médaillon lisse (n°3-4) produit par « Streit » à Hosena-Hohenbocka (Saxe) (catalogue 1913)
(Photos : D. Mellinger).

Fig. 12.- Soldats allemands prenant leur repas dans un camp de repos en Argonne (Champagne-Ardenne) vers 1915-1916.
On note la présence d’un verre à moutarde sur une table à droite du cliché (Album Eric Seidel, 1891-1934, col. part.).
quotidiens liés à l’alimentation peuvent être reconnus (fig. 12) 27. Malgré une consommation considérable de moutarde, les
photographies où des contenants de ce type peuvent être
identifiés sont assez rares. Il est intéressant de constater
27
Nous tenons à remercier M. Reiner Seidel, Oberndorf am Neckar cette divergence entre la documentation archéologique et
(Allemagne), pour l’autorisation de publier une photo de l’album d’Erich Seidel.
- 317 -
M. Landolt

celle iconographique. Enfin les cartes postales évoquent naux du front ouest ? Cette différence est-elle seulement
parfois avec humour et naïveté les conditions alimentaires liée à l’éloignement de l’Allemagne de la partie nord du
et peuvent apporter quelques compléments d’informations front ouest, les conditionnements ornementaux n’étant
sur l’état d’esprit des troupes vis-à-vis de leur nourriture. peut-être pas prioritaire face à l’urgence de l’approvision-
nement ?
3.2. Les problématiques de recherche
3.2.3. Un biais documentaire lié au recyclage du conte-
nant en verre
3.2.1. Les circuits d’échanges

Il apparaît clairement que le nombre de dépotoirs n’est


Les circuits d’échanges peuvent aussi être abordés à
pas en adéquation avec la consommation alimentaire nor-
travers l’origine des produits alimentaires. Par exemple,
male de millions d’hommes pendant quatre ans. Les dépo-
les origines des eaux minérales et des bières sont-elles en
toirs importants correspondent-ils à des périodes bien
adéquation avec l’origine des régiments ? Ces questionne-
particulières où le front est en suractivité, occasionnant
ments permettront d’aborder les circuits d’approvisionne-
une recrudescence de mouvements de troupes et par
ment, officiels (intendance militaire et boutiques pour
conséquent de déchets ? Ces déchets, habituellement éva-
soldats) ou parallèles (achetée, réquisitionnées ou spoliée
cués, peuvent être enterrés sur place si les circonstances du
auprès de populations civiles et colis de nourriture), les
moment l’imposent. L’existence d’un processus de sélec-
liens entre l’armée et l’industrie alimentaire allemande et
tion et de récupération des déchets dans un but écono-
de déterminer si certains régimes alimentaires peuvent
mique est attestée côté allemand (Cron 1923 ; Cron 1937 ;
avoir une relation avec une origine géographique ou un
Laparra 2005). Des unités de récupération, spécialement
type d’unité. L’étude des circuits d’approvisionnement des
affectées au nettoyage du champ de bataille avaient été
cuisines et des magasins reste à entreprendre. Ces véri-
crées (Sammelkompagnien, Sammelkommandos et
tables institutions privées des corps de troupes proposaient
Sammeltrupps) 30. Initialement utilisées dès août 1914
aux soldats à prix réduit des aliments (conserves, fromage,
pour l’ensevelissement des morts et la récupération des
marmelade, chocolat…), des boissons (bière, eaux miné-
armes et munitions qui jonchaient le sol du champ de
rales…) et des objets de la vie quotidienne (tabac, brosses,
bataille, leurs fonctions se diversifient avec la perduration
allumettes, lampes de poche, piles, papier, cartes pos-
de la guerre. L’apparition de la pénurie de matières pre-
tales…) (Balmier, Roess 2002, p. 118 ; Fombaron, Horter
mières voit l’intensification, la diversification et la systé-
2004, p. 168 et 171) 28.
matisation de l’activité de récupération menée par ces
hommes animés par l’appât du gain. Un véritable travail
3.2.2. La figuration patriotique de tri et de recyclage est effectué. La liste des matériels et
matériaux s’allonge avec l’aggravation des pénuries,
Sur de nombreux contenants alimentaires mais aussi comme l’indique l’ordonnance du 31 mai 1917 : « Il faut
objets de la vie quotidienne en verre, porcelaine et métal, récupérer sur les champs de bataille et dans les abris tout
la figuration patriotique est omniprésente. La verrerie ali- ce qui est abandonné : armes et pièces détachées d’armes,
mentaire allemande ne se démarque pas. On note la pré- munitions ainsi qu’étuis et douilles, pièces d’uniformes et
sence de portraits issus des familles impériales ou royales d’équipements et de ces objets même jusqu’aux plus petits
(Allemagne, Autriche-Hongrie, Bulgarie, Turquie…) ou morceaux de drap, de cuir, caisses et autres emballages et
de héros militaires (Otto von Bismarck, Paul von marchandises militaires [rations alimentaires], matières
Hindenburg, Ferdinand von Zeppelin …), tous deux premières et objets commerciaux de toutes sortes  ». Les
ciments des nations en lutte, devises, symboles victorieux habitants des zones et pays occupés sont soumis aux
(croix de fer, feuilles de chêne…)... À l’échelle globale du mêmes réquisitions, et cela jusqu’aux cloches des églises 31.
front ouest, quelques premières observations qualitatives Cette activité s’appuie sur une organisation bien rodée
peuvent être tirées de l’étude des déchets provenant des permettant d’alimenter les chaînes de recyclage. Certains
lignes allemandes. Du front d’Alsace à la Champagne, détachements sont même affectés au tri des bouteilles en
certains contenants alimentaires portant des motifs patrio- verre, à la récupération de la matière première ou des équi-
tiques sont souvent mis en évidence (tasses, verres et pements jusqu’à leur expédition vers l’Allemagne, si les
bouteilles) alors qu’à partir de la Picardie ce type de objets récoltés nécessitent un traitement industriel. La
déchet se raréfie et devient exceptionnel notamment en
Artois et dans les Flandres29. Comment expliquer une telle
disparité entre les secteurs septentrionaux  et méridio- 30
Pour comprendre l’organisation et de fonctionnement de ces
unités en 1918, voir Laparra 2005, p. 94-95.
31
Une affiche publiée en 1917 portant la devise «  Aluminium,
Kupfer, Messing, Nickel, Zinn ist genug im Lande  ! Gebt es
28
Ces magasins présentent de nombreuses appellations heraus- das Heer braucht es  !  » (« Aluminium, cuivre, laiton,
notamment Kantine, Kaufhaus, Marketenderei ou Soldatenheim. nickel, zinc : ce pays en regorge ! Donnez-le l’armée en a besoin ! »)
29
Ce constat a également pu être établi pour les Flandres par témoigne des collectes et appels aux dons effectués par
l’archéologue belge Marc Dewilde lors du colloque de Suippes- le  «  Service des matières premières  de guerre  » envers les
Arras en 2007. populations civiles (Sauvage 2008, p. 76).
- 318 -
Le contenant alimentaire en verre pendant la Première Guerre Mondiale
recrudescence d’activité de ces détachements et l’affai- ment à des zones où la présence de populations allemandes
blissement des ressources de l’Allemagne est apparem- est attestée (Argentine, Brésil 34, Paraguay 35, Pérou 36 et
ment en parfaite corrélation avec l’appauvrissement pro- Venezuela 37) (fig. 13).
gressif des dépotoirs des combattants, principalement à Il apparaît donc clairement que l’industrie verrière
partir de 1917. Cette hypothèse pourra être confirmée avec allemande était performante et alimentait les brasseurs et
la fouille de nouveaux dépotoirs bien calés chronologique- limonadiers d’Afrique du Sud et d’Amérique latine avant
ment. Il conviendra à l’avenir de corréler la datation des la Première Guerre Mondiale. Avec le blocus mis en
dépotoirs avec les types d’aliments consommés afin d’ap- œuvre par les Alliés et devant les pénuries de matière pre-
préhender l’évolution des problèmes d’approvisionnement mière, les industriels allemands se sont alors résignés à
et des pénuries. utiliser des stocks de contenants non expédiés malgré des
Le recyclage est à l’origine d’une baisse de la qualité libellés en langues étrangères.
du verre à la fin de guerre (Lesjean 2008, p. 49). La pré- La même observation peut être faite côté britannique38.
sence d’imperfections inhérentes à la fabrication semble Dans les ensembles datés des années 1916-1917, apparais-
plus fréquente et reste à confirmer (présence de nom- sent des bouteilles d’eau minérale fabriquées en Angleterre
breuses bulles d’air, ondulations légères des panses, par la firme Cannington Shaw pour des usines d’embou-
bavures grossières …). La disparition de certains types de teillage du nord de la France. Il est intéressant de remar-
contenants correspond peut-être à un arrêt de leur produc- quer que les villes destinataires  (Labourse, Liévin ou
tion ou à un appauvrissement des stocks. La baisse des Douai) sont situées en zone occupée par les allemands
moyens énergétiques liée au blocus a probablement eu des depuis octobre 1914. Il est probable que les livraisons
répercutions dans la production allemande du verre. n’ont pu être honorées et que compte tenu des circons-
Enfin, la pratique de la consignation des bouteilles, qui tances, les verreries déjà réalisées aient été utilisées dans
ne pouvait pas toujours être mise en pratique en raison des le cadre de l’effort de guerre.
combats et des déplacements des troupes, reste à étudier. La réutilisation du contenant alimentaire en verre
comme récipient est naturelle, notamment dans le cas des
3.2.4. Le détournement des contenants en verre face à verres à moutarde, mais d’autres utilisations non alimen-
la pénurie de matière première taires parfois surprenantes est également attestée. On
notera par exemple leur réutilisation comme arme (bou-
Il est intéressant d’avoir pu mettre en évidence la pré- teille réutilisée en grenade, bouteille incendiaire) ou objet
sence de bouteilles ou d’autres contenants présentant des de décoration (bouteilles plantées à l’envers dans le sol
inscriptions en espagnol, portugais ou anglais dans les pour créer des bordures de chemins ou de plantations).
lignes allemandes. En Afrique, les bouteilles en verre pro-
venaient d’Europe (Huetz de Lemps 2001, p. 571-572) 32. 4. Les problématiques méthodologiques
Celles-ci étaient consignées et systématiquement récupé-
rées. En 1917, la « South African Breweries » rachète la
verrerie à glace «  Union Glass  » crée par un immigrant 4.1. Un patrimoine en grand danger
britannique en 1897 à Cape Town (Afrique du Sud) pour
pallier à la pénurie de bouteilles causée par la guerre et la
Cette étude se veut enfin être aussi un avertissement
rupture des approvisionnements. La même observation
peut être faite pour les bouteilles à bille et les bouteilles de sur les risques tangibles de la disparition de ces témoi-
bière comportant des inscriptions en espagnol ou portugais gnages mobiliers. Une perte irrémédiable et progressive
car l’Amérique latine n’avait pas de verreries industrielles est en cours à cause du passage régulier de fouilleurs clan-
et les entreprises locales devaient s’approvisionner en destins depuis une quarantaine d’années. Généralement
bouteilles en Europe. L’immigration allemande vers insensible aux problématiques scientifiques, la démarche
l’Amérique latine pendant la seconde moitié du XIXe consiste très souvent en une collecte d’objets complets (les
siècle et le début du XXe siècle est à l’origine de la créa- fragments d’objets incomplets sont jetés) pouvant alimen-
tion de nombreuses brasseries dans cette région du monde ter des collections privées souvent impressionnantes.
(Blancpain 1994, p. 157-165) 33. Les localisations géogra- Leurs intentions sont aussi parfois mercantiles comme en
phiques indiquées sur les bouteilles correspondent claire- témoignent les sites de ventes aux enchères sur internet,

32
Les bouteilles en verre de bières et de sodas utilisées en 34
Des colons allemands s’installent dans la province de Bahia
Afrique dans l’industrie de la boisson proviennent encore en dès 1818.
majorité d’Europe. 35
Haut-Paraguay.
33
A Valdivia (Chili), la brasserie allemande « Anwandter Hnos »
a une capacité de production de 200 000 hl en 1910 (Blancpain
36
Au nord-est de Lima, des colons allemands fondent Pozuzo en
1994, p. 161). En Bolivie, la brasserie est un monopole 1859 et Oxapampa en 1891.
germanique avec la «  Cervecería Alemana  », la «  Cervecería 37
Maracaibo est une fondation allemande du début du XVIe
National » et la « Boliviana » qui fusionnent en 1918 pour former siècle. A proximité de Caracas, la Colonie Tovar est crée en
la «  Cervecerías Bolivianas Nationales  » (Blancpain 1994, p.
1843.
165). En 1920, les Allemands possèdent 60 % des brasseries et
distilleries dans l’état du Rio Grande do Sul, au Sud du Brésil
38
Etude en cours par Alain Jacques, Service Archéologique
(Blancpain 1994, p.158). Municipal de la ville d’Arras.
- 319 -
M. Landolt

Caracas
Panama 4 5
Maracaibo Colonia Tovar
Guyana (Royaume-Uni)
Venezuela
Suriname (Pays-Bas)

Colombie Guyane (France)

Equateur

Pérou

Pozuzo Brésil

2 Lima
Bahia 1
1. 2.
Bolivie

Paraguay
Chili Nueva Germania
3 Rio de Janeiro
Blumenau
Pomerode
Argentine
Novo Hamburgo
Nova Petropolis
Esperanza

Rio Grande do Sul


Uruguay
Buenos Aires

3. 4. 5.

0 2500 km 0 5 cm

Fig. 13.- Carte de l’Amérique latine avec localisation des principales colonies allemandes au début du XXe siècle (zones
et points de couleur noire) avec localisation des villes mentionnées sur certaines bouteilles retrouvées sur le front cham-
penois (Document : M. Landolt, Pair ; Photos F. Lesjean). Bouteille à bille portant l’inscription « Gazoza C. U. V. »
(Bahia au Brésil) (n°1). Bouteille à bille portant l’inscription « Las Leonas » (Lima au Pérou) (n°2). Bouteille de bière
portant l’inscription «  Cerveceria Alemana Paraguay  Asuncion » (Asuncion au Paraguay) (n°3). Bouteille de bière
portant l’inscription « Cerveceria de Maracaibo » (Maracaibo au Vénézuela) (n°4). Bouteille de bière portant l’inscrip-
tion « Cerveceria National Caracas » (Caracas au Vénézuela) (n°5).

- 320 -
Le contenant alimentaire en verre pendant la Première Guerre Mondiale
les bourses aux armes et les brocantes. Ce problème avait matiques qui ont été présentées. La mise en place de pro-
déjà fait l’objet de campagnes d’informations dès la fin de blématiques archéologiques sur l’alimentation du combat-
la guerre notamment à travers des tracts militaires améri- tant pourrait apporter un regard nouveau sur la Grande
cains exhortant leurs compatriotes à ne pas piller les Guerre. Les échanges peuvent être abordés à travers l’ori-
champs de bataille en ramenant des souvenirs (Latouche gine des produits alimentaires en travaillant sur les circuits
2008, p.145). d’approvisionnement, officiels ou parallèles. Le lien entre
L’archéologie garantit aux objets une interprétation certains régimes alimentaires et l’origine géographique ou
historique par le décodage des informations qui leur sont le type d’unité reste également à étudier. La diffusion et
inhérentes (matériaux, inscriptions, datation, provenance, l’apparition d’une nourriture adaptée allant vers l’autono-
destination, utilisation, réutilisation, usure…) ou liées à mie alimentaire du combattant peut être mise en évidence
leurs contextes (localisation, structure, stratigraphie…). à travers le recours massif à des conditionnements indus-
En étant arraché à son contexte sans enregistrement, l’ob- triels qui caractérisent de nos jours l’alimentation des pays
jet perd la plus grande partie des informations qu’il peut occidentaux.
apporter. Le contenant alimentaire en verre constitue une spéci-
Dans un contexte de patrimonialisation, l’aménage- ficité du combattant allemand par sa présence en abon-
ment de certaines portions du champ de bataille, qui dance dans les dépotoirs. Les contenants dans ce matériau
avaient été jusqu’alors plus ou moins délaissées, connaît sont retrouvés en quantités moindres dans les positions des
un développement grandissant. Pour accompagner ces autres belligérants. Des différences significatives ont déjà
démarches, la mise en place de problématiques archéolo- pu être mises en évidence et il apparaît déjà que les troupes
giques menées en collaboration avec les associations et les allemandes sont essentiellement nourries par leur indus-
chercheurs locaux pourrait apporter un regard nouveau sur trie, contrairement aux combattants français principale-
la vie quotidienne du combattant. ment approvisionnés en vivres frais. Cette spécificité est à
l’origine d’une création considérable de déchets qu’il
convient ensuite d’éliminer.
4.2. Les problèmes méthodologiques
Le développement de la recherche devra mettre en
avant des contextes fouillés scientifiquement et bien calés
Il est nécessaire de multiplier la fouille méthodique de chronologiquement afin d’avancer des hypothèses qui
dépotoirs sur l’ensemble du champ de bataille et à l’ar- devront être mises en relation avec la documentation issue
rière, afin de mener des études quantitatives, chronolo- des archives. Les études sur ce type de mobilier sont
giques, comparatives et historiques à l’échelle globale du encore anecdotiques et factuelles, aucune approche quan-
front. En effet, les rares fouilles de ce type ne permettent titative et évolutive ne pouvant malheureusement encore
pas encore d’approches quantitatives et statistiques, carac- être proposée.
téristiques des études de mobilier archéologique.
Enfin, le potentiel documentaire mis en évidence à
L’intégralité du mobilier devra être prise en compte. On
partir de nombreux objets dont le contexte n’est pas connu
regrettera que le mobilier fragmenté ne soit souvent pas
a permis de mettre en évidence la très grande fragilité de
pris en compte, l’intérêt s’étant uniquement porté sur des
patrimoine de la Grande Guerre soumis à un pillage mal-
pièces complètes. De même, une typologie précise des
gré le dispositif législatif le protégeant. Cette prise de
formes et des décors, intégrant les catalogues des verre-
conscience par les pouvoirs publics est en cours et il
ries, devra être proposée afin de proposer des dénomina-
conviendra de mener une sensibilisation associée à une
tions communes facilitant les comparaisons entre les
lutte efficace contre le pillage du champ de bataille.
ensembles. Les méthodologies de comptage aujourd’hui
normées pour l’étude du mobilier en verre devront être
utilisées (NR, NMI..). Les datations des ensembles pour- BIBLIOGRAPHIE
ront être affinées à partir du mobilier retrouvé en associa-
tion (terminus post-quem des étuis de munitions datés et Adam F., 2006, Alain Fournier et ses compagnons d’arme.
des équipements militaires à valeur chronologique, étude Une archéologie de la Grande Guerre, Metz, Éditions
du contexte historique…). Ces études constitueront un Serpenoise.
véritable laboratoire expérimental où l’archéologue pourra
porter un regard critique sur les méthodes utilisées pour la
Adam F., Prouillet Y., 2009, «  Les sources archéolo-
compréhension de sociétés plus anciennes, pour lesquelles
giques de la Grande Guerre dans les Vosges », dans La
les seules sources d’informations disponibles sont liées à
Grande Guerre dans les Vosges, actes du colloque
l’étude des structures et des artéfacts.
d’Épinal des 4-6 septembre 2008, Épinal, Conseil
Général des Vosges, p. 49‑58.
Conclusion
Anonyme, 2007, «  Johan Conrad Develey  : 150 Jahre
Cette étude a voulu démontrer l’apport scientifique de süβer Senf aus Unterhaching », Hachinger G’schichten,
la prise en compte d’un mobilier qui a souvent été délaissé 1, p. 11
par les historiens et les archéologues pourtant habitués à
fouiller les « poubelles de l’histoire ». Ces travaux collec-
tifs devront être poursuivis afin de répondre aux problé-

- 321 -
M. Landolt

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Planche L

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Fig. 8.- Sélection de verres à moutarde provenant de Champagne et de Lorraine (Echelles diverses) (Photos : M. Landolt,
Pair ; F. Lesjean, D. Mellinger).

1. 2. 3. 4.

5. 6. 7. 8.
0 5 cm

Fig. 9.- Sélection de couvercles de verres à moutarde provenant de Champagne et de Lorraine (Photos : M. Landolt, Pair ; F.
Lesjean, D. Mellinger).

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