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LETTRES, Section d’histoire

COURS 6B: PREVENTION, ALTERATIONS, RESTAURATION (II)

DOSSIER B
8.- Lee, Mary Wood. Prévention et traitement des moisissures dans les collections des
bibliothèques, notamment en climat tropical (extraits)
9.- Désinfection des documents par des procédés physiques (site WEB du CRCDG)
10.- Parker, Thomas A. Lutte contre agents détérioration biologique dans les bibliothèques et
les archives.
11.- Buchanan, Sally A. Lutte contre les sinistres dans les bibliothèques et les archives.
Prévention, prévision, sauvetage. (Extraits)
12.- Roper, Michael. Organisation, équipement et effectif d’un service de conservation-
restauration d’archives. (Extraits)

Bâtiment du Rectorat et de l’Administration centrale (BRA), 1015 Lausanne-Dorigny


Tél. + 41 21 / 692 20 27 / Fax. +42 21 / 692 20 15
e-mail: olivier.robert@rect.unil.ch
2

PREVENTION ET TRAITEMENT DES MOISISSURES DANS LES


COLLECTIONS DES BIBLIOTHEQUES, NOTAMMENT EN CLIMAT
TROPICAL (extraits)
préparée par
Mary Wood Lee
Programme général d’information et UNISIST
Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
PARIS, juin 1988

I. Introduction
La présente étude est d’abord un guide pratique de lutte préventive et curative contre les attaques de moisissures dans
les climats tropicaux où l’installation d’un système de régulation climatique, couramment appelé climatisation, n’est
pas toujours possible à l’échelle de toute une bibliothèque et où l’on voit périodiquement réapparaître les
moisissures. Dans les climats plus tempérés, d’ailleurs, il arrive aussi que des moisissures fassent irruption à la suite
d’inondations ou bien de problèmes localisés dus à des défauts de régulation climatique. Face à la préoccupation
croissante que suscite la toxicité d’un grand nombre de substances classiquement utilisées comme désinfectants, les
bibliothèques et les musées ont entrepris de revoir leurs stratégies actuelles qui reposent essentiellement sur la lutte
chimique contre les moisissures installées. Il est de plus en plus évident qu’il faut travailler davantage sur la
prévention et les autres modes de traitement si l’on veut protéger non seulement les collections mais aussi le
personnel et le public.
Or, s’occuper de la préservation des documents en climat tropical signifie étudier
• le climat
• les incidences de celui-ci sur les différentes catégories de documents
• le plus large éventail possible de solutions permettant de modifier les conditions ambiantes.

Matériaux
Bien évidemment, les ouvrages conservés dans les bibliothèques qui sont, pour l’essentiel, fabriqués à partir de
matériaux d’origine organique supportent très mal les températures et les taux d’humidité relative particulièrement
élevés, d’autant que la détérioration chimique, biologique et microbiologique va très souvent de pair avec ces
conditions climatiques. Cela dit, une bonne compréhension des facteurs de détérioration, doublée d’une planification
réfléchie, peut compenser de façon appréciable l’incidence négative d’un mauvais environnement. Les directeurs de
bibliothèque doivent impérativement tirer parti de toutes les ressources dont ils disposent et appliquer des solutions
sur mesure pour résoudre les problèmes d’environnement auxquels ils sont confrontés. Des choix peu judicieux ou
encore un excès de confiance dans les solutions technologiques peuvent même se solder par la détérioration d’une
situation déjà difficile.
Pendant la deuxième guerre mondiale et durant la période de l’après-guerre, on s’est beaucoup intéressé à l’effet du
climat tropical sur toutes sortes de matériaux (3). Alarmés par l’extrême détérioration du papier, du cuir, des textiles
et des métaux sur les fronts de l’Asie et du Pacifique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont consacré pas mal
d’argent et d’efforts à l’étude des causes des dégradations liées à l’environnement et des moyens de les prévenir. A
l’époque, les recherches avaient essentiellement porté sur la mise au point d’agents protecteurs dont l’application sur
les matériaux en question, aurait atténué les effets des conditions climatiques, les méthodes qui auraient permis
d’agir directement sur ces conditions intéressant beaucoup moins les chercheurs. Au milieu des années 50, les
pouvoirs publics cessaient dans l’ensemble de financer ces recherches sur les matériaux, la prévention et le
traitement et celles-ci, de ce fait, accusaient un ralentissement. Malheureusement, on le sait aujourd’hui, la plupart
des fongicides et des biocides naguère recommandés sont toxiques non seulement pour les moisissures et autres

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nuisibles mais aussi pour l’être humain. En outre, la recherche actuelle est largement orientée vers la mise au point
de systèmes de régulation climatique toujours plus sophistiqués, ce qui limite évidemment leur applicabilité. Ceux
qui s’occupent aujourd’hui de la préservation des biens culturels conservés dans les musées, les bibliothèques ou les
archives n’ont souvent pas d’autre solution réaliste que la modification de l’environnement.

Modification de l’environnement
Il n’est peut-être pas inutile de définir deux expressions qui sont employées tout au long de la présente étude et qui
ne doivent pas être considérées comme synonymes.
On parle de régulation climatique ou de climatisation quand est installé un système qui surveille et régule la
température et l’humidité relative et maintient entre elles un équilibre constant, conformément à des critères
préalablement définis.
On parle de modification de l’environnement climatique quand on agit sur une ou plusieurs variables de
l’environnement. Aucun dispositif de surveillance automatique n’est installé dans ce cas et l’on doit sans cesse
procéder à des réglages pour maintenir l’équilibre souhaité. Les climatiseurs individuels dits climatiseurs de fenêtre,
les déshumidificateurs portatifs et les ventilateurs relèvent tous de la modification de l’environnement et non de la
régulation climatique.
Tout en nous proposant d’examiner ici un éventail très complet de modalités de régulation, de modification des
conditions climatiques et les traitements à appliquer en cas d’urgence, nous nous attarderons surtout sur les mesures
qui n’exigent ni installations complexes de climatisation générale, ni vastes opérations de désinfection, ni
d’imposants traitements de conservation des documents sérieusement endommagés. Les plans et méthodes
d’intervention en cas de sinistre sont examinés ici dans le seul cadre de la prévention et du traitement des
moisissures.

II. Les moisissures


Le lecteur retirera peut-être des pages qui suivent l’impression que nous nous attardons plus que de raison à la
structure et à la nature des moisissures. Puisque l’on sait depuis si longtemps s’en défaire par la fumigation, il paraît
superflu aux yeux de certains de s’informer sur l’organisme lui-même. En outre, les bibliothécaires sont - on les
comprend exaspérés par ces articles qui les invitent à consulter des microbiologistes ou des entomologistes pour
identifier les espèces qui s’attaquent à leurs collections. Pourtant, s’il est assez vrai qu’il n’est pas nécessaire
d’identifier une moisissure avec précision pour la traiter, il n’en reste pas moins indispensable, pour analyser les
problèmes soulevés par le développement de moisissures et choisir le traitement approprié d’avoir une certaine
connaissance de l’organisme en cause. Dans la plupart des cas, comme le note Allsopp, il n’est pas nécessaire d’être
spécialiste pour déterminer les risques que représente un organisme. Après tout, n’importe qui peut «observer une
souris ou un oiseau et affirmer en toute certitude que l’animal est mort ou vivant. Les organismes de ce type sont
visibles et identifiables; il est facile de repérer les signes permettant de dire s’ils sont morts ou vivants. Il est rare
qu’une souris vivante reste étendue sur le dos, rigide, inanimée, les pattes en l’air. Quand il s’agit de micro-
organismes, les réponses sont moins évidentes…»1.
Comme la nature des moisissures est très mal connue, leur apparition provoque souvent des inquiétudes et des
démarches disproportionnées; on va réclamer à corps et à cris la désinfection de l’ensemble des locaux et la création
de commissions d’étude pour finalement, bien souvent, ne rien faire. Beaucoup de vieux ouvrages et certaines
publications récentes recommandent soit d’isoler les objets atteints dans des sacs en plastique, en attendant de les
désinfecter ou de les soumettre à un autre traitement, soit d’éliminer les moisissures de la surface de l’objet par
brossage. Si l’on se représente clairement la structure des moisissures et si on a une idée des raisons de sa présence et
de son développement, on est plus à même de juger du bien-fondé des recommandations contenues dans la littérature
et de choisir en connaissance de cause le traitement approprié. Un exemple dans le cas évoqué plus haut, l’isolation
d’un objet dans un sac en plastique au premier signe visible de moisissure va tout simplement se solder par la
création d’un microclimat qui risque d’accélérer le développement des colonies et donc de provoquer de sérieux
dégâts cependant qu’on attend un traitement ou qu’on en discute. Le simple brossage n’élimine que la partie visible
des moisissures, disperse les spores et enfonce l’appareil végétatif, qui ne se voit pas dans l’épaisseur de l’objet

1
Dennis Allsopp. "Biology and Growth Requirements of Mould and Other Deteriogenic Fungi". Journal of Society
of Archivists. Vol. 7:8, octobre 1985, p. 530.

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infecté. Nous reviendrons plus loin de façon détaillée sur les techniques de traitement; contentons-nous ici de les
évoquer pour bien montrer l’importance de ce chapitre et du suivant. A eux deux, ils permettent de prendre des
décisions avisées. Il faut avoir des idées claires sur l’organisme que constitue la moisissure, car la nature de celle-ci,
les raisons de sa présence et le stade de développement auquel elle est parvenue dictent à la fois le traitement
spécifique qu’il convient d’appliquer et le temps dont on dispose pour agir.

Structure des moisissures


Le mot moisissure est communément employé pour désigner des champignons microscopiques dont la propagation
se fait au moyen de spores. La prévention du développement de moisissures par élimination des spores présentes
dans l’environnement est irréalisable. Les spores, qui causent les moisissures, sont en effet pratiquement présentes
dans tous les environnements et la distribution des espèces est relativement uniforme dans le monde entier. La
détérioration d’origine micro-biologique revêt certes des proportions extrêmes dans les climats tropicaux et
nettement plus modérées dans des climats tempérés; mais toute la différence tient à l’envergure du phénomène et non
à sa nature. La chose qui joue en faveur des moisissures, sous les tropiques, c’est l’existence non pas de souches
exceptionnelles (ou particulièrement virulentes) mais bien plutôt de conditions idéales.
Parmi les très nombreux champignons isolés et identifiés sous les tropiques, il ne s’est pas trouvé un seul genre dont
on puisse dire qu’il soit typiquement tropical ou uniquement présent dans les régions tropicales2.
La plupart des moisissures qui intéressent les bibliothécaires et les archivistes comportent deux structures différentes,
l’une végétative, l’autre reproductrice. L’appareil végétatif se caractérise par une ramification de filaments incolores
appelés hyphes. Ces hyphes, dont l’ensemble constitue le mycélium, poussent leurs ramifications à travers le papier
ou tout autre substrat et sont absolument invisibles à l’œil nu. Ils constituent le système végétatif du champignon.
Leur présence précède le développement visible de la moisissure. Une fois le mycélium étalé, la moisissure se
reproduit au moyen des spores externes qui apparaissent sur les hyphes. Dans le cas de la plupart des moisissures qui
intéressent les bibliothécaires, l’hyphe produit des tiges connues sous le nom de conidiophores, qui produisent à leur
tour des phialides, lesquels sont les éléments colorés de la moisissure. Il s’agit là de l’appareil reproducteur de la
moisissure.
Les moisissures ont été admirablement équipées par la nature pour survivre. Les spores produites se classent en deux
grandes catégories. La première est celle des spores qui se produisent vite et en grandes quantités, mais qui résistent
très mal au dessèchement, à la lumière du soleil et autres facteurs climatiques défavorables. Elles permettent le
développement rapide des colonies lorsque les conditions sont favorables. L’autre type est celui des spores qui
résistent beaucoup mieux aux conditions défavorables. Ces spores sont capables de demeurer dormantes et
permettent à l’organisme de traverser sans disparaître de longues périodes d’adversité climatique3.
Dans le cas de nombreuses moisissures, le stade de la sporulation mis en évidence par l’apparition des phialides
colorés est précédé par la croissance d’une substance duveteuse, grise, visible à l’œil nu. Si l’on élimine la
moisissure à ce stade, avant le début de la sporulation et de détériorations très graves pour le substrat, on voit
rarement apparaître des taches de moisissures. Cela ne veut pas dire que le substrat ne subira pas de dégâts, mais du
moins ceux-ci ont-ils des chances d’être grandement atténués.
La cause exacte des taches, souvent décelées après élimination des moisissures, ou encore dans des colonies mortes
ou dormantes de même que le délai d’apparition de ces taches sont difficiles à déterminer. Les taches semblent
généralement produites par des colonies mûres qui ont pu bénéficier d’un développement prolongé; cependant,
certaines moisissures sont des chromogènes connus et peuvent produire des modifications étendues de la couleur du
substrat, lors même que leur développement est limité4. Belyakova a identifié de nombreux genres de champignons
qui produisent des taches sur le papier, que celui-ci soit pénétré par le mycélium ou par les pigments que produit le
champignon. La couleur des taches ne suffit pas pour déterminer avec exactitude le type de moisissure qui les a
provoquées. Par exemple, Pénicillium frequentans produit des taches qui sont jaunes dans certains cas et roses dans

2
R.A. St. George et al. "Biological Agents of Deterioration". Deterioration of Materials, Greathouse & Wessel, p.
179.
3
St. George, p. 183.
4
T.D. Beckwith et al. "Deterioration of Paper The Cause and Effect of Foxing". UCLA Publications in the
Biological Sciences. Vol. 1:13, 1940, P. 331.

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d’autres5. Il reste beaucoup de recherches à faire pour être à même de déterminer si les moisissures provoquent
l’apparition de taches par digestion des éléments nutritifs contenus dans le substrat et évacuation des déchets, sous
l’effet d’acides libérés durant l’hydrolyse de la cellulose, comme certains auteurs inclinent à le penser, ou tout
simplement par la présence de chromogènes à l’intérieur des cellules de la moisissure proprement dite.
Outre les champignons microscopiques, qui nous intéressent particulièrement dans la présente étude, il existe deux
autres types de moisissures qui peuvent endommager les ouvrages de bibliothèque. Les taches de rouille ou
rousseurs, expression couramment employée pour désigner les petites taches brunâtres que l’on voit sur les vieux
papiers, demeurent un mystère. Leur nature et leur cause exactes nous échappent encore. Dard Hunter, observant
qu’avant 1501 on ne voyait guère de rousseurs sur les papiers d’édition, attribue leur apparition à partir de cette date
à l’augmentation de la demande de papier qui va amener les papetiers à réduire la quantité d’eau utilisée et ne leur
laissera plus suffisamment de temps pour «épurer suffisamment les fibres»6. Dans les années 1920, Beckwith
constatait que les rousseurs étaient d’ordinaire associées à la présence de fer dans le papier7, induisant chez d’autres
auteurs la conviction que les rousseurs s’expliquaient par la présence de métaux demeurés à l’intérieur du papier
pendant sa fabrication et que l’apparition du phénomène coïncidait avec l’invention de la pile raffineuse ou pile
hollandaise, à la fin du XVIIe siècle. Il se peut que la présence de fer à l’état de trace soit un élément nécessaire à la
rousseur; néanmoins, l’existence de rousseurs, appelées hoshi (étoiles), dans de très vieux papiers japonais dont les
fabricants avaient utilisé des procédés traditionnels pour le raffinage des fibres et la mise en feuilles du papier,
tendrait à indiquer que la présence de fer demeuré à l’intérieur du papier du fait de l’utilisation de procédés de
fabrication occidentaux ne suffit pas à expliquer le phénomène. Si l’on n’a pas encore réussi à produire des rousseurs
en laboratoire, nombre de spécialistes sont aujourd’hui convaincus que leur présence est due à un phénomène de
nature micro-biologique. En 1984, un chercheur japonais, armé d’un microscope à balayage électronique, a réussi à
isoler et à identifier les champignons Aspergillus glaucus et Aspergillus restrictus qui, selon lui, seraient la cause des
rousseurs8. Quelle que soit au demeurant la cause de ce phénomène, il paraît acquis que son incidence est accrue par
trois facteurs une température élevées un taux d’humidité élevé et la présence à proximité de matériaux de mauvaise
qualité. En tout cas, le fait qu’en cours de restauration, les papiers piqués de rousseurs réagissent de façon
caractéristique, selon le mode de mouillage ou d’humectage subi, le prouve à l’évidence.
Les moisissures visqueuses, relativement rares sur les ouvrages dont la confection est achevée, apparaissent le plus
communément durant la phase de fabrication du papier. Ces organismes sont généralement détruits par divers agents
chimiques et par la chaleur de la phase de séchage. Leur présence peut néanmoins avoir pour effet d’affaiblir le
papier et d’en augmenter le risque de détérioration si, à un stade ultérieur, il se trouve par surcroît placé dans des
conditions environnementales défavorables.

Rôle des facteurs environnementaux et nutritionnels dans le développement et la survie des


moisissures
Nos connaissances sur l’apparition et le développement des moisissures proviennent, pour la plupart, de l’étude de
cultures faites en laboratoire et non d’observations réalisées in situ. Elles ne sont donc pas toujours applicables à la
présence et au développement du même organisme dans les conditions environnementales d’une bibliothèque. Il est
toutefois possible d’affirmer que trois facteurs sont essentiels à l’apparition et à la survie des moisissures une
certaine température; une certaine humidité; les substances nutritives adéquates. On croit à tort, relève St George9,
que la lumière est nécessaire au développement des moisissures. A la différence de la plupart des végétaux, la quasi-
totalité des moisissures ne contiennent pas de chlorophylle de sorte que la lumière ne joue aucun rôle dans leur
développement. Les colonies prospèrent dans l’obscurité, au point que, pour certaines variétés, une exposition à la
lumière ultraviolette est dommageable, voire létale10.

5
L.A. Belyakova. "The Mold Species and Their Injurious Effects on Various Book Materials". Collection of
Materials on the Preservation of Library Resources, No 2 & 3. Translate from Russian, National Science
Foundation and Council on Library Resources, 1964, p. 183-184.
6
Dard Hunter. Papermaking, the History and Technique of an Ancient Craft. New York, Dover, 1978, p. 154.
7
Beckwith, p. 299-300.
8
Hideo Asai. "Etudes microbiologiques sur la conservation du papier et des biens culturels de nature voisine Partie
I "Etudes sur la conservation, n° 23, mars, 1984, p. 33-39. En japonais. Résumé analytique en anglais publié in
Art and Archaeology Technical Abstracts.
9
St. George, p. 186.
10
Belyakova, p. 73.

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Température
Il y a trois températures critiques pour les moisissures celle au-dessous de laquelle aucune moisissure ne se
développe; celle au-dessus de laquelle aucune moisissure ne se développe; celle à laquelle on observe le
développement le plus rapide. La plupart des formes microbiennes se développent dans une gamme de températures
comprises entre 15° et 35° C, encore que certaines formes puissent se développer à une température voisine du point
de congélation et que d’autres prospèrent à une température supérieure à 65,5° C. La plupart des auteurs estiment que
la température idéale pour le développement des moisissures se situe autour de 30° C. La température optimale pour
le développement d’une moisissure déterminée est difficile à définir, à la fois parce d’autres facteurs
environnementaux entrent en jeu et parce qu’il y a vraiment très peu de points communs entre la culture
d’organismes en laboratoire et le développement de ces mêmes organismes au sein d’un milieu plus naturel.
Il convient de noter que la température au-dessous de laquelle la prolifération des moisissures est stoppée n’est pas
celle à laquelle leurs possibilités de développement sont détruites. Beaucoup de moisissures peuvent survivre à des
séjours de plusieurs mois, à des températures très basses, mais résistent moins bien lorsque la température oscille,
étant tantôt inférieure, tantôt supérieure au point de congélation11.
Sykes écrit, à propos des bactéries:
«La réfrigération à basse température… est communément considérée comme fatale à toute forme de vie. Cette
remarque est peut-être valable pour les organismes de grande taille; elle ne l’est certainement pas dans le cas des
végétaux de petite taille, notamment la microvégétation… Parfois le taux de mortalité atteint 99 %, mais une fois
l’organisme congelé à une température suffisamment basse, les cellules qui survivent peuvent se conserver durant de
longues périodes»12.
Etant donné l’existence de spores «mises en réserve», cette remarque vaut certainement aussi pour les moisissures.

Humidité
La quantité d’humidité nécessaire pour le développement des moisissures est un sujet rarement abordé dans la
littérature microbiologique. En laboratoire, les moisissures sont cultivées dans des milieux à forte teneur en eau, mais
il est rare que les comptes rendus fournissent des chiffres précis. Dans une boîte de pétri, fermée par son couvercle, il
se crée un microclimat où la moisissure peut sporuler en toute tranquillité. S’agissant du développement des
moisissures ailleurs qu’en laboratoire, certains auteurs sont bel et bien d’avis que l’hygroscopicité des matériaux a
une incidence sur le développement des moisissures. Les matériaux qui absorbent et retiennent la vapeur d’eau
contenue dans l’air nécessitent, dans l’atmosphère ambiante, un taux d’humidité relative plus faible que ceux dont
l’hygroscopicité est moindre. Par conséquent, hors du laboratoire, les moisissures ont à leur disposition deux sources
d’alimentation en eau l’humidité de l’air ambiant et l’humidité de l’objet concerné.

Substances nutritives
Les éléments nutritifs nécessaires au développement des champignons sont le carbone, l’hydrogène, l’oxygène,
l’azote, le souffre, le potassium et le magnésium. Des éléments à l’état de trace tels que le fer, le zinc, le cuivre, le
manganèse et, dans certains cas, le calcium, peuvent également être nécessaires, ainsi que certaines vitamines. La
plupart des composés naturels peuvent être utilisés par les champignons comme sources de carbone et d’énergie. La
cellulose fournit un grand nombre de ces éléments, de même d’ailleurs que les graisses animales et végétales ainsi
que leurs composants acides et la glycérine13.

III. Effets des moisissures sur les ouvrages conservés dans les bibliothèques
Presque tous les matériaux d’origine organique sont susceptibles d’être attaqués par une espèce de moisissure ou une
autre et donc de servir de substrat à leur développement. Les matériaux d’origine organique entrant dans la
composition des articles conservés dans des bibliothèques sont principalement les fibres cellulosiques; les
encollages, charges et apprêts à base d’amidon, de caséine et de gélatine; les colles naturelles d’origine végétale

11
St. George, p. 186.
12
G. Sykes. Disinfection and Sterilization. Londres, Spon., p. 183.
13
St. George, p. 186-187.

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comme les colles à l’amidon ou d’origine animale comme les colles de peau; certaines colles synthétiques; le cuir;
enfin la gélatine des négatifs et des épreuves photographiques. La poussière et la crasse viennent, le cas échéant,
compléter l’apport en éléments nutritifs nécessaires aux moisissures. Tous ces matériaux sont dits hygroscopiques, ce
qui veut dire qu’ils attirent l’eau et la retiennent.
Sur ce fond de vulnérabilité générale, un certain nombre de facteurs vont intervenir pour permettre le développement
effectif de moisissures dans les collections des bibliothèques. Certains matériaux - papiers, cuirs, toiles à reliure et
colles - sont plus susceptibles que d’autres d’être attaqués par des moisissures. Dans la plupart des cas, le
bibliothécaire ne peut guère agir sur la composition des ouvrages détenus dans sa bibliothèque. Toutefois, il a besoin
d’en connaître la nature afin de pouvoir déterminer, en toute connaissance de cause, les raisons de l’infection, de
choisir le traitement à appliquer aux documents visiblement infectés ou d’apprécier la plus ou moins grande
probabilité que l’attaque s’étende à l’ensemble des collections.
Par exemple:
- l’apparition de moisissures sur les seuls livres reliés en cuir indique que les spores actives ont des besoins en
éléments nutritifs spécifiques. Etant donné que les moisissures sont sélectives, s’il n’y a pas à proximité immédiate
de livres reliés pleine toile ou de livres brochés qui soient atteints, il est possible de traiter d’urgence les seuls
volumes reliés en cuir;
- si les moisissures se développent uniquement autour de la coiffe supérieure ou sur les tranches au voisinage des
remplés sur les cartons, il est probable qu’elles puisent leur nourriture dans la colle utilisée pour la reliure;
- si les moisissures n’affectent que quelques rayonnages ou quelques secteurs du magasin, on a très probablement à
faire à un problème de microclimat. En ce cas, il est possible d’évacuer les pièces infectées et de prendre des mesures
pour modifier le seul environnement de la zone atteinte.
Nous pourrions multiplier les exemples à l’infini; l’important est de savoir que la connaissance des matériaux,
l’analyse de la nature du problème et la compréhension de leur interaction peuvent grandement contribuer à réduire
les risques de dégâts.

Vulnérabilité des matériaux


Pour empêcher les moisissures d’apparaître et les traiter avec efficacité une fois qu’elles se sont développées, il n’est
pas nécessaire de déterminer, parmi des milliers de genres, à quel type on a affaire. Il est cependant nécessaire de
comprendre la structure de base de l’organisme agresseur et la façon dont il tire partie de conditions qui lui sont
favorables. Cela signifie que l’un des devoirs des bibliothécaires est de posséder une connaissance étendue des
matériaux entrant dans la composition des ouvrages qu’ils conservent et des dangers qui les guettent afin de choisir
en toute connaissance de cause les traitements appropriés

Papier - cellulose, encollages et matériaux de couchage


En 1940, Beckwith et ses collaborateurs avaient isolé 55 cultures de moisissures différentes prélevées sur de vieux
papiers d’édition et dénombré 11 genres dont les plus fréquents étaient Pénicillium et Aspergillus14. Dans cette
expérience, les spores prélevées sur les papiers étaient plongées dans un milieu de culture où l’on observait leur
développement en laboratoire. Cela ne veut pas dire que toutes les moisissures auraient pu utiliser le papier comme
milieu de culture, mais certaines souches d’Aspergillus et de Pénicillium pouvaient sans doute attaquer la cellulose
ou l’un des nombreux additifs charges, encollages ou matériaux de couchage. On connaît au moins 180 genres ou
espèces de moisissures qui détruisent la cellulose, autrement dit qui utilisent sa fibre comme élément nutritif15.
D’autres moisissures, qui ne consomment pas de cellulose, peuvent endommager le papier en affaiblissant la tenue
des fibres parce qu’elles se nourrissent d’autres matériaux entrant dans la composition du papier. Les charges en
collage et matériaux de couchage ajoutés au papier en cours de fabrication pour en améliorer l’imprimabilité, la
texture, la couleur ou le facteur de réflectance dans le bleu brillant sont une source potentielle d’éléments nutritifs et
peuvent comporter de l’amidon, de la gélatine et de la caséine. Beckwith s’est aperçu que la colophane empêchait le
développement des champignons16; malheureusement, la colophane est une substance acide dont on a constaté

14
St. George, p. 179.
15
Belyakova, p. 184.
16
Beckwith, p. 307.

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qu’elle accélère la détérioration chimique du papier; sa présence n’est donc nullement bénéfique. On ne sait pas
grand-chose des divers encollages synthétiques, car une grande partie des recherches effectuées sur les agents de
collage l’ont été avant que l’usage des synthétiques se répande.
Le papier des volumes reliés risque moins de souffrir d’un taux élevé d’humidité relative de l’air. Les moisissures
apparaissent rarement à l’intérieur de volumes protégés par une reliure; elles se développent plutôt sur les reliures ou
sur les feuilles de papier non reliées qui sont exposées à l’humidité durant des périodes prolongées. Inversement, le
corps d’ouvrage est souvent rousselé.
En cas d’inondations ou d’autres expositions graves à l’humidité, le papier d’édition peut être considéré comme plus
fragile dans la mesure où l’épaisseur du livre et la compression du papier au dos du livre allongent considérablement
le temps de séchage.

Toile à reliure
Un grand nombre de toiles à reliure, y compris le coton et le lin, sont de nature cellulosique et risquent, de ce fait,
d’être attaquées par les mêmes types de moisissures que le papier. Comme dans le cas du papier, les apprêts et les
enduits ajoutés en cours de fabrication fournissent un apport supplémentaire d’éléments nutritifs. Le tissu non
encollé, qui est souvent utilisé pour relier les ouvrages en Inde et en Asie du Sud-Est, est particulièrement fragile.
Comme il est souvent très mince, la colle utilisée pour fixer la toile sur les plats pénètre fréquemment la trame, ce qui
permet aux moisissures de se développer en surface. Le bougran amidonné, qui est couramment utilisé dans les
climats plus tempérés, est lui aussi une excellente source d’éléments nutritifs. Les fibres synthétiques ou les fibres
naturelles enduites de résines synthétiques, par exemple les toiles enduites de peroxylin et le bougran enduit
d’acrylique résistent mieux aux moisissures sans en être entièrement protégés. Il n’existe pas à notre connaissance
d’ouvrages traitant de l’incidence des colorants sur le développement des moisissures; mais on sait que les colorants
modifient la résistance des textiles à l’action photochimique (certains accélèrent la détérioration; d’autres assurent
une protection)17.

Cuir
Le cuir tanné résiste mieux au développement des moisissures. Les cuirs tannés au chrome sont relativement
inattaquables; les cuirs tannés avec des substances végétales le sont nettement moins. Les cuirs utilisés dans la
confection des livres sont malheureusement tannés avec des substances végétales, les cuirs tannés au chrome étant
surtout utilisés pour la confection des chaussures, des bagages et autres articles de maroquinerie.
Les recherches menées dans ce domaine montrent que les moisissures n’attaquent pas le cuir de la même manière
qu’elles attaquent la cellulose. Les moisissures n’attaquent apparemment pas le complexe cuir-tanin proprement dit.
Barghoorn a démontré que les agrégats de collagène qui constituent la peau ignorent l’infection et la destruction par
les moisissures; quant à Hyde, Musgrave et Mitton, ils ont établi que les cuirs tannés à l’aide de produits végétaux
sont étonnamment peu endommagés par les moisissures même en cas de prolifération relativement abondante et
prolongée. Les expériences montrent que la principale cause de détérioration du cuir sous les tropiques est la rupture
hydrolytique provoquée par une humidité atmosphérique et une température élevées, avec leur incidence sur la
lubrification entre fibres, la gravité de la rupture étant fonction du pH du cuir18.
Il semble, par conséquent, que les composants du cuir qui favorisent le développement de moisissures soient les
lubrifiants, les apprêts et les produits de finissage. Selon les auteurs cités plus haut, il semble que, dans les climats
tropicaux, la détérioration du cuir soit principalement due au taux élevé d’humidité relative de l’atmosphère et non
aux moissures.
Le graissage des cuirs, où nombre de bibliothécaires ont surtout vu un moyen d’embellissement, pourrait bien être le
mode de protection du cuir le plus commode en milieu tropical. Certaines bibliothèques construites dans des climats
tropicaux ont évité d’employer les «leather dressings» c’est-à-dire les émulsions ou solutions de graisse qui servent à
l’entretien du cuir de crainte que les huiles et les lubrifiants ne favorisent le développement des moisissures. En
réalité puisque les attaques de moisissures dues à l’utilisation de tels produits sont toujours superficielles et
n’endommagent aucunement la structure du cuir, et puisque l’application d’une formule grasse de ce genre permet de

17
Carl J. Wessel. "Textiles and Cordage". Deterioration of Materials, Greathouse & Wessell p. 474-479.
18
Robert M. Lollar "Leather". Deterioration of Materials, Greathouse & Wessel, p. 152-153.

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prévenir la rupture hydrolytique qui est la principale cause de détérioration, l’utilisation de formules judicieusement
choisies devrait être considérée comme bénéfique pour le cuir.
En ce qui concerne le choix de la formule grasse à employer, l’expérience des climats tropicaux montre qu’une très
mince couche d’huile de pied de bœuf et de lanoline qu’on laisse sécher pendant 24 heures et qu’on frotte ensuite
avec un chiffon doux donne de bons résultats. Les produits à base de cire, même celui mis au point par le British
Museum, ne parviennent pas à durcir comme il faut en climat humide et chaud et les reliures ont tendance à coller les
unes aux autres une fois les ouvrages ainsi traités replacés sur leurs rayonnages.

Colles
Les colles végétales (à l’amidon), les colles animales et les gommes (faites à partir de résines végétales) sont toutes
plus ou moins exposées aux attaques de moisissures. L’utilisation de quantités excessives de colle peut être un
facteur favorable au développement de moisissures. En la matière, le mieux est parfois l’ennemi du bien.
Les colles synthétiques, y compris les émulsions d’acétate de polyvinyle (dites «colles blanches», dont la
composition et les propriétés varient énormément), les produits piézo sensibles des étiquettes autocollantes et des
rubans adhésifs, les adhésifs thermocollants comme ceux que l’on utilise dans les papiers laminés à chaud et les
adhésifs pulvérisés sous forme d’aérosols sont plus résistants aux moisissures sans être entièrement à l’abri de leurs
attaques. Comme ils sont à base de solvants, ils sèchent rapidement. Mais le fait qu’ils se dégradent en vieillisant et
qu’il faille employer des solvants pour les enlever, interdit de les utiliser pour réparer le papier déchiré ou
endommagé.
Même si elles peuvent favoriser le développement de moisissures, les colles végétales et les gommes sont
recommandées pour réparer le papier, en raison de leur réversibilité. La meilleure des protections est celle
qu’assurent une application correcte et un séchage parfait de la couche de colle. Les produits qui donnent les
meilleurs résultats dans la réparation des reliures sont peut-être les acétates de polyvinyles de bonne qualité.

Pellicules et autres produits photographiques


Tous les produits photographiques ont un point en commun ils comportent une couche de gélatine qui forme le
support de l’émulsion de particules d’halogénure d’argent productrices de l’image. Tout support d’image, qu’il soit à
base de nitrate, d’acétate, de polyester, de verre ou de papier, et qu’il s’agisse d’un négatif, d’une photographie ou
d’un rouleau de microfilms, comporte une couche de gélatine. Tout comme la gélatine employée pour encoller le
papier, la gélatine photographique fournit un milieu nutritif propice au développement des moisissures qui peuvent
aller jusqu’à pénétrer la couche d’émulsion et à détériorer ainsi l’image. Les polymères dont sont faites les pellicules
modernes sont généralement très résistants aux attaques fongiques19; par contre, les supports de papier et de verre
sont très fragiles. Le verre des plaques négatives peut être rayé par les champignons comme par la pointe sèche d’un
graveur et ces dégâts, qui s’ajoutent aux détériorations subies par la couche d’halogénure d’argent, risquent de rendre
le négatif totalement inutilisable.
La gélatine est relativement stable, tant qu’elle reste sèche. En cas de forte humidité, elle commence à gonfler; si
l’exposition se prolonge, elle devient poisseuse. Il suffit, pour que ce phénomène se produise, d’un taux d’humidité
relative de 60 %20.

Facteurs environnementaux
Les cinq facteurs qui sont déterminants pour l’apparition et le développement des moisissures dans les collections
des bibliothèques sont les suivants
- la présence de spores de moisissures
- l’existence d’une source d’éléments nutritifs
- une humidité suffisante

19
Charleston C. Baird and David F. Kopperl. "Treating Insect and Microorganism Infestation of Photographic
Collections". Second International Symposium The Stability and Preservation of Photographic Images, August
15-28, 1985. Springfield, VA., Society of Photographic Scientists and Engineers, p. 53.
20
Fleming, p. 363.

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- une température convenable pour une certaine variété de moisissures


- une faible circulation d’air.
Les bibliothécaires sont évidemment impuissants à contrôler les deux premiers facteurs. La présence de spores et
d’éléments nutritifs appropriés sont inévitables dans les bibliothèques. On ne peut donc agir que sur les trois derniers
facteurs pour prévenir l’apparition de moisissures.

Circulation de l’air
De ces trois facteurs, la circulation de l’air est à la fois le plus fondamental et celui auquel on prête le moins
d’attention. Les publications font souvent une allusion rapide à l’importance d’une bonne circulation de l’air, sans
relever toute l’importance de ce facteur, en particulier lorsqu’il n’y a pas de climatisation générale des locaux. C’est
la circulation de l’air qui provoque l’évaporation de l’eau et fait ainsi baisser la température superficielle. Le
phénomène est évident pour quiconque a éprouvé l’effet rafraîchissant d’une brise soudaine par une chaude journée
sans le moindre souffle d’air. Dans une bibliothèque, une bonne circulation de l’air favorise l’évaporation de l’eau et
l’abaissement de la température superficielle, ce qui modifie deux facteurs environnementaux déterminants pour le
développement de moisissures.
Il est généralement beaucoup moins coûteux de faire circuler l’air ambiant et de modifier ainsi la température et le
degré hygrométrique que d’amener artificiellement un autre air qui présentera des caractéristiques radicalement
différentes de celles de l’air environnant. Une bonne circulation d’air peut grandement contribuer à atténuer les
problèmes liés à l’absence de régulation des facteurs trois et quatre.

Humidité relative
Le papier, la toile et le cuir sont des matériaux hygroscopiques; autrement dit, ils absorbent l’humidité de l’air et la
retiennent. Par conséquent, dans les climats humides, la plupart des ouvrages abrités dans les bibliothèques
contiennent un pourcentage d’eau relativement élevé. Dans ces conditions, il suffit d’une augmentation même légère
de l’humidité relative ambiante pour qu’un article serve de substrat au développement de moisissures, dès lors que
les autres conditions sont réunies.
Il y a plusieurs façons de mesurer la teneur de l’air en vapeur d’eau. L’humidité absolue est le poids de vapeur d’eau
contenue dans un volume d’air donné (g/m3). L’humidité d’un corps ou teneur en vapeur d’eau est (en poids) la
proportion d’eau contenue dans ce corps (kg/kg). Ces deux types de mesure sont variables l’air chaud peut contenir
plus de vapeur d’eau que l’air froid et la teneur en vapeur d’eau d’un corps varie en fonction de l’humidité absolue
de l’air ambiant. Ni l’humidité absolue ni la teneur en vapeur d’eau ne peuvent être correctement déterminées dans
une bibliothèque. Par conséquent, la seule mesure utile pour la sauvegarde des collections est celle de l’humidité
relative. L’humidité relative est le rapport entre la quantité d’eau contenue dans un volume d’air donné et la quantité
maximale d’eau que l’air peut contenir à une température donnée; elle se note HR et s’exprime sous la forme d’un
pourcentage.
En se refroidissant, l’air perd une partie de son contenu en vapeur d’eau. La vapeur d’eau se condense à la surface
des corps ou est absorbée par eux s’ils sont de nature hygroscopique. Si, par exemple, HR est de 50 % à 21° C, il
suffit que la température diminue de 5,5° C pour que HR s’élève à 70 %. Le livre de Plenderleith et Werner21
contient un graphique dont les courbes donnent l’augmentation de l’humidité relative en fonction de la baisse de
température. Sous les climats tropicaux humides, une baisse de température sans réduction de l’humidité relative
peut se traduire par une prolifération exubérante de moisissures; nombre d’institutions en ont fait l’amère expérience
pour avoir tenté d’améliorer l’atmosphère ambiante par l’installation de toute une série de climatiseurs individuels
encastrés dans les fenêtres. Si ce genre d’appareils absorbent effectivement une partie de la vapeur d’eau présente
dans l’air et donne en général de bons résultats dans un environnement tempéré où l’humidité relative ambiante est
naturellement plus faible dans les climats tropicaux où le taux d’humidité relative se situe tout au long de l’année
entre 80 et 90 %, ils ne permettent pas d’éliminer de l’air suffisamment de vapeur d’eau pour empêcher l’air ainsi
refroidi d’atteindre le point de saturation ou point de rosée.
La littérature abonde en recommandations quant aux niveaux d’humidité relative à maintenir pour empêcher le
développement de moisissures. Ces niveaux se situent dans une fourchette allant de 60 % à 45 % et, année après

21
H.J. Plenderleith and A.E.A. Werner. The Conservation of Antiquities and Works of Art, 2nd ed., Londres,
Oxford University Press, 1971, p. 6.

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année, les auteurs semblent vouloir baisser les seuils. En 1940, Beckwith avait constaté qu’aucune des moisissures
sur lesquelles portait son expérience ne pouvait se développer lorsque l’humidité relative se situait au-dessous de 75
%, même s’il enrichissait le milieu de culture par un apport supplémentaire de substances nutritives22. Cette
constatation, qui n’est pas à prendre pour parole d’évangile, pourrait néanmoins aider à comprendre pourquoi les
bibliothèques et les musées des régions tropicales (où l’humidité relative descend rarement au-dessous de 60 %, et
moins encore au-dessous de 45 %) ne sont pas en permanence tapissées de moisissures. De toute évidence, le risque
est d’autant moindre que l’humidité relative est plus faible; mais tout porte à penser que l’incidence des moisissures
peut être réduite même lorsque l’humidité atteint des taux nettement plus élevés.
Etant donné que l’humidité relative dépend beaucoup de la température, tous les chiffres sont relatifs et fonction de
nombreuses variables. On l’a vu, il suffit que l’une change pour que l’autre change également de sorte que le plus
difficile est de parvenir à un juste équilibre.

Température
La tentation est souvent grande de chercher à modifier l’environnement uniquement en agissant sur la température,
en partie parce que c’est le facteur auquel les êtres humains sont le plus sensibles. Les températures élevées ont bel et
bien un effet nocif sur les pièces conservées dans les bibliothèques, et les auteurs qui traitent de la question ont
tellement insisté sur le facteur thermique qu’on ne s’est pas assez intéressé à ce qui se passe lorsque l’on abaisse la
température sans tenir compte de l’humidité relative. Presque toujours, quand on s’attaque à des problèmes
d’environnement, l’application de mesures faciles et passe-partout aboutit souvent à ce que le remède devienne à la
longue pire que le mal.

IV. Prévention
Il est incontestablement beaucoup plus facile de prévenir la formation de moisissures dans les bibliothèques dont
l’atmosphère est régulée, mais les frais d’installation et de fonctionnement d’un véritable système de climatisation
sont lourds. Bien que moins onéreuse, la modification des conditions ambiantes n’est pas non plus entièrement
donnée, mais l’entretien des fonds et collections des bibliothèques et des archives compte tout autant que leur
acquisition et leur classement et doit être prévu à leur budget. A défaut de panacée, il existe un certain nombre de
possibilités de modifier le milieu ambiant qui permettent de réduire les risques de détérioration des collections par les
moisissures.

Conception et réamenagement des bâtiments


Ceux qui ont la chance de participer à la conception d’un nouveau bâtiment équipé d’un système complet et moderne
de climatisation trouveront le sujet largement traité dans les publications consacrées aux bibliothèques et aux
musées, à commencer par l’excellent ouvrage de Garry Thomson «The Museum Environment»23, dans lequel les
bibliothécaires puiseront une aide inestimable. Nous ne chercherons donc pas à revenir ici sur cette question. Nous
nous intéresserons ici uniquement au réamenagement des bâtiments existants et à la conception des bâtiments
nouveaux sans système central de climatisation.
Remarquons d’entrée de jeu qu’il faut se garder de croire, en construisant un édifice, qu’on pourra l’équiper
ultérieurement d’un système général de climatisation. En effet, un bâtiment conçu de manière à pouvoir être doté par
la suite de dispositifs de régulation climatique efficaces et économiques aurait toutes chances dans l’intervalle d’être
aussi inconfortable pour les utilisateurs que dangereux pour les collections. Les faibles hauteurs sous plafond et les
pièces fermées indispensables à la régulation climatique créent des conditions aussi néfastes que possible sous les
tropiques. Réciproquement, un édifice conçu pour exploiter la ventilation naturelle rend l’installation d’un système
complet de climatisation pratiquement impossible et de toute façon hors de prix. Il faut donc que la décision soit
arrêtée une fois pour toutes dès les premières phases des études.
Même en l’absence de climatisation générale, un bon projet peut faire beaucoup pour réduire les inconvénients du
climat local. Il existe étonnamment peu de publications sur l’architecture tropicale. La bibliographie de Vance24
contient à peine une quinzaine de pages de références à des ouvrages dont beaucoup remontent d’ailleurs à 20 ou 30

22
Beckwith, p. 331.
23
Thomson, Garry. The Museum Environment, Londres, Butterworths, 1978.
24
Vance, Mary. "Tropical Architecture A Bibliography", Vance Bibliographies Architectural Series # A 738, 1982.

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ans. Il n’empêche qu’en unissant leurs efforts, le bibliothécaire et l’architecte peuvent concevoir un bâtiment capable
d’abriter les collections en toute sécurité. Il importe pour cela de tenir compte du type particulier de climat tropical
qui règne dans la région considérée, car les éléments du programme architectural seront, à quelques exceptions près,
différents dans chaque cas.

Situation
Le climat de la région (il a été question de différents types climatiques dans l’introduction) est important quand on
établit le programme architectural concernant un bâtiment neuf comme lorsqu’on cherche les meilleures méthodes à
utiliser pour modifier l’atmosphère dans un édifice existant. On trouvera dans l’ouvrage de Fry et Drew25 des
informations complémentaires sur les différences de climat entre les sites continentaux et insulaires auxquelles on
pourra se référer utilement si l’on doit envisager des modifications d’ambiance dans un bâtiment. Nous nous
contenterons ici de donner quelques indications générales.
Dans les climats de forêt tropicale (Am), où les conditions sont relativement uniformes tout au long de l’année, les
températures rarement très élevées (elles sont d’ordinaire inférieures à 32° C et le vent léger, quand il y en a,
l’essentiel des efforts devrait viser à améliorer la ventilation et à abaisser le taux d’humidité relative.
Dans les climats de mousson (Am), il est passible de mettre à profit les vents généralement plus forts pour améliorer
la ventilation et de consacrer davantage de ressources à la réduction du taux d’humidité relative, en particulier
pendant les mois humides.
Dans les savanes tropicales (As ou Aw), qui comptent trois saisons distinctes, il peut être nécessaire de recourir à des
systèmes plus complexes. Pendant la saison sèche et chaude, la poussière et la saleté posent un problème particulier.
Il faut alors que l’on puisse fermer les locaux pour les protéger de la poussière, tout en maintenant une ventilation
suffisante pour éviter une élévation de la température à l’intérieur. Compte tenu des problèmes qu’entraînent les très
hautes températures, la poussière et la sécheresse, la climatisation peut devenir le meilleur moyen de préserver les
collections. Comme il y a deux saisons sèches et une saison humide relativement brève, le problème des moisissures
ne se pose que pendant une petite partie de l’année ou pas du tout. Il importe de faire le maximum pour empêcher
l’humidité relative de varier trop fortement d’une saison à l’autre. En climat de savane, la ventilation naturelle ne
s’utilise pas comme dans les climats Af et An. Oakley 26 propose un certain nombre de schémas utiles concernant les
possibilités de ventilation naturelle sous les climats As et Aw.

Architecture et modification des conditions ambiantes


Il est possible d’influer directement sur la température et la ventilation par des aménagements de caractère
architectural. L’humidité relative ne peut quant à elle être modifiée qu’indirectement, grâce soit à une utilisation
judicieuse de la ventilation naturelle, soit à un système de régulation artificielle dont il sera question plus loin.

Température
Les murs orientés à l’est et à l’ouest, qui reçoivent le plus fort du soleil du matin et de l’après-midi, doivent être
protégés et isolés, de manière à ce que la chaleur ne se transmette pas à l’intérieur de l’édifice. Le toit, qui est très
exposé au soleil de midi, doit réfléchir la chaleur; il faut en outre que le reste du bâtiment en soit isolé par des
combles ou un espace de ventilation.
Les murs à double paroi constituent un excellent moyen d’isoler les édifices dans les régions tropicales. L’air est un
bon isolant qui empêche la chaleur emmagasinée dans la paroi extérieure de pénétrer à l’intérieur des locaux. Sous
les tropiques, le parpaing creux de ciment est en maints endroits le matériau de construction de base. Bien que d’un
effet en général peu esthétique, il permet d’obtenir une bonne isolation à peu de frais. Les doubles parois véritables
sont plus efficaces, mais elles reviennent beaucoup plus cher. Ces dernières sont également utilisées avec profit sous
les climats tempérés où l’on est amené, compte tenu des températures extrêmes d’hiver et d’été, à prêter un
maximum d’attention au coût de fonctionnement, sur le long terme, d’un système de climatisation générale.
Le brise soleil est une variante du mur à double paroi. Il peut être prévu au stade de la conception du bâtiment ou
bien installé sur la façade de bâtiments existants. Bien qu’il ne soit pas aussi efficace que les murs à double paroi, il
assure une certaine protection en absorbant le rayonnement primaire du soleil. Il réduit également la luminosité à

25
Fry Maxwell et Drew, Jane. Tropical Architecture in the Humid Zone, New York, Reinhold, 1956, p. 34-36.
26
Oakley, David. Tropical Houses; A Guide to their Design, Londres, Batsfor, 1961, p. 119.

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l’intérieur des locaux en protégeant les fenêtres, qu’il permet de laisser ouvertes, même en saison humide. Il peut
couvrir toute la longueur ou simplement une partie des murs, ou encore dans certains cas, uniquement les fenêtres,
encore que cette dernière solution soit nettement moins efficace.
Il est possible, pour créer de l’ombre sur les murs exposés, de recourir à un certain nombre d’autres formules, entre
autres, planter le terrain alentour d’arbres et de buissons, prolonger l’avancée du toit, ou installer des auvents. Les
stores intérieurs, rideaux ou persiennes peuvent également réduire la transmission de la chaleur à travers les vitres
des fenêtres. On trouvera dans l’ouvrage de Kukreja27 un tableau de l’efficacité relative de différents dispositifs de
protection du soleil, évaluée en fonction de la réduction du gain total de chaleur que ceux-ci permettent d’obtenir, de
leur aptitude à assurer la ventilation transversale des locaux et du pourcentage de lumière naturelle qu’ils laissent
passer.
Le verre a la propriété non seulement de transmettre, mais aussi d’intensifier la chaleur. Sous les climats tropicaux,
les grandes fenêtres peuvent accroître sensiblement la température intérieure, ce qui n’empêche que beaucoup
d’immeubles en sont dotés pour des raisons esthétiques. Il existe des films plastiques absorbant les ultraviolets et la
chaleur qui remplissent assez bien cet office sans pour autant obscurcir la vue ou réduire par trop la luminosité.
Les grandes hauteurs sous plafond, habituelles dans les immeubles anciens des tropiques, constituent un moyen
efficace d’évacuation de la chaleur intérieure. L’air chaud s’élevant, il peut être évacué des locaux par des
ventilateurs installés dans les plafonds ou sous les combles ou encore par des fenêtres placées directement au-
dessous de l’avancée du toit.

Ventilation
D’une manière générale, sous les climats tropicaux, il convient d’orienter les édifices de manière à tirer parti des
vents dominants et de les aménager de telle sorte que la ventilation transversale y soit partout possible.
Même les locaux conçus pour utiliser la ventilation naturelle exigent des systèmes auxiliaires de ventilation
mécanique pour les périodes durant lesquelles les vents dominants tombent ou changent de direction.
La disposition des fenêtres joue un rôle majeur dans l’établissement d’une bonne aération, une fois l’orientation de
l’édifice déterminée. L’ouvrage de Kukreja28 contient d’excellents schémas de la circulation intérieure de l’air
résultant de différents types de disposition de ces ouvertures. On s’y reportera avec profit lors de l’établissement des
plans ou du réamenagement d’un édifice, mais ils seront aussi utiles pour décider de la disposition des rayonnages et
prévoir les éventuels problèmes qui pourraient se poser. Kukreja note qu’une seule fenêtre est sans effet du point de
vue de la ventilation et qu’en cas de modification, c’est en perçant des ouvertures dans des murs qui se font face pour
assurer une ventilation transversale que l’on obtient les meilleurs résultats. L’agrandissement de la fenêtre
d’évacuation se traduit par une nette accélération de la circulation intérieure de l’air, même si l’on ne touche pas à la
fenêtre d’admission. Il est possible d’autre part, lorsque les ouvertures d’admission et d’évacuation sont étroites,
d’améliorer sensiblement la circulation en en augmentant la hauteur. Il met également en parallèle les taux de
circulation établis pour différents rapports, superficie des ouvertures/surface de planches, démontrant ainsi que la
circulation de l’air est maximale lorsque, dans un volume, les ouvertures des fenêtres représentent 25 % de la surface
de planchers.
Les fenêtres à claire-voie, très répandues sous les tropiques, permettent une excellente ventilation, mais ne protègent
guère contre la pluie et les insectes et il convient de leur associer d’autres dispositifs. Toutes les ouvertures de ce
type doivent être protégées au moyen de moustiquaires de fibre de verre à maille fine parfaitement ajustées dans le
dormant Il est bon d’installer les moustiquaires sur la face intérieure des fenêtres, ce qui en facilite la dépose pour
entretien, en particulier si les parois extérieures sont munies d’un pare-soleil.
Dans les immeubles où les pièces sont hautes, l’installation de ventilateurs au plafond représente un excellent
investissement. Il est possible, en leur associant des ventilateurs sur Pied ou encastrés dans les fenêtres, d’entretenir
une circulation suffisante à relativement peu de frais, même dans les climats Af, où il y a très peu de vent.

Modification des aménagements intérieurs

27
Kukreja, C.P. Tropical Architecture, New Delhi, Tata McGraw-Hill, 1978, p. 74.
28
Kukreja, p. 96-98.

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Outre les modifications qui peuvent être apportées à l’architecture des bâtiments pour réduire les phénomènes de
transmission et de rétention de la chaleur et de l’humidité, il est possible de réaménager les zones de rangement et de
stockage pour le plus grand bien des collections.

Emplacement des zones de rangement et de stockage


Comme, sous les climats tropicaux, le niveau de la nappe phréatique est généralement élevé, les édifices y sont
d’ordinaire dépourvus des sous-sols courants sous les climats tempérés. Si d’aventure le bâtiment auquel on a affaire
possède un ou plusieurs étages en sous-sol, il faut à tout prix éviter d’y installer des rayonnages ou d’y entreposer les
collections inutilisées. Les pièces enterrées sont difficiles, voire impossibles à étanchéifier convenablement et
l’humidité du sol finit toujours par filtrer à travers les murs. Qui plus est, quand ceux-ci sont revêtus d’un enduit
hydrofuge, l’humidité et les sels ont tendance à s’accumuler sous la couche d’enduit, jusqu’au moment où la surface
du mur et l’enduit lui-même commencent à s’écailler, ce qui a pour effet de mettre à nu la partie interne du mur et de
faciliter la pénétration de l’humidité. Il est difficile en outre d’y entretenir une ventilation adéquate, d’où une
atmosphère chaude, humide et stagnante qui est on ne peut plus propice au développement des moisissures.
Même si les zones enterrées ne sont pas utilisées à des fins de stockage, il importe d’en étanchéifier les murs et les
sols aussi parfaitement que possible afin d’empêcher une élévation de l’humidité relative dans l’ensemble des
locaux. De fréquentes inspections permettront de surveiller l’état de ces zones et les points vulnérables de l’édifice
seront signalés au personnel.
On évitera en outre de créer des pièces aveugles, à moins d’être en mesure de les doter de systèmes mécaniques de
régulation de la température et de l’humidité relative. Ces locaux aveugles feront l’objet d’une surveillance régulière.
Dans les bâtiments qui en possèdent, il est possible d’obtenir une meilleure aération en remplaçant les parois
intérieures pleines par des claustras pour ménager une ventilation transversale, naturelle ou forcée.

Disposition des rayonnages


Les rayonnages ne doivent pas être placés directement contre les murs extérieurs, car c’est là que les transferts de
chaleur et d’humidité sont le plus intenses et cette disposition entraverait considérablement la circulation de l’air. Un
espace d’une trentaine de centimètres entre le mur et les rayonnages suffira à améliorer cette dernière et à empêcher
que la condensation de l’humidité sur le mur ne provoque l’apparition d’un microclimat.
Les rayonnages doivent être disposés dans le même sens que le courant d’air, de manière à ce que ce dernier circule
perpendiculairement au dos des livres rangés sur les étagères. Jamais les rayonnages ne doivent faire obstacle au flux
d’air venant des fenêtres ou des ventilateurs.
Les rayonnages, en particulier lorsqu’ils sont en épis doubles, doivent être ouverts à l’arrière, ce qui aura pour effet
d’améliorer la ventilation tout autour des volumes. Si l’on a des doutes quant à leur robustesse ou à leur stabilité,
mieux vaut les entretoiser que les consolider à l’aide des panneaux pleins fournis avec la plupart des étagères du
commerce. Si enviables que puissent paraître les économies d’espace qu’ils permettent de réaliser, les rayonnages
denses sont à déconseiller sous les tropiques, cela en raison surtout du microclimat dont ils risquent de favoriser
l’apparition lorsqu’ils sont en position rapprochée. Qui plus est, les mécanismes servant à les déplacer tendent à se
gripper avec l’humidité.
Il convient d’éviter le plus possible les armoires fermées. Si elles sont indispensables pour le stockage de microfilms
ou de livres sous écrin fermé, il faut les ventiler à l’avant et à l’arrière ou bien y créer un microclimat favorable, afin
de combattre l’humidité relative.

Modification localisée de l’atmosphère ambiante


En dehors des méthodes permettant de tirer parti des conditions naturelles pour agir sur les conditions
atmosphériques dans l’ensemble d’un édifice, il existe différents moyens techniques pour modifier l’environnement
dans des zones circonscrites. La plupart des collections comportent des documents - souvent des ouvrages rares et
précieux ou bien des pièces présentant un intérêt historique particulier - qui exigent une protection renforcée. D’où
l’idée d’aménager à l’intérieur des bibliothèques des zones spéciales où ces documents peuvent être conservés en
sécurité dans un milieu plus proche de l’idéal. On peut dans ce cas, en plus des mesures citées plus haut, procéder à
des modifications localisées de l’environnement où ces documents sont placés, mais il ne faudrait pas croire qu’elles
puissent remplacer la modification générale du climat de l’édifice.

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Surveillance des conditions climatiques


Avant de tenter de modifier en quoi que ce soit l’environnement dans un lieu donné, il est indispensable de bien
connaître les conditions régnant dans les locaux. Il faut faire des relevés très complexes de l’existant en divers
endroits à toutes les heures de la journée et pour toutes les saisons de l’année. Si l’on prévoit d’installer des appareils
individuels de climatisation, il importe de s’assurer que l’abaissement de la température ne se traduira pas par une
élévation excessive du taux d’humidité relative, sur le champ ou plus tard, au changement de saison.
L’appareil le plus efficace de surveillance de la température et de l’humidité relative est l’hygrothermographe
enregistreur, qui produit une courbe continue 24 heures sur 24 et sept jours durant. Il est nécessaire de disposer de
plusieurs appareils de ce type et de les déplacer d’un endroit à l’autre suivant un calendrier préétabli, de manière à
obtenir des informations concernant toutes les saisons et toutes les parties de la bibliothèque. Relativement peu
coûteux - 300 à 500 dollars des Etats-Unis ces instruments sont d’un bon rapport coût-efficacité sur la longue
période. Il est possible également de recourir à des appareils de mesure sans dispositif enregistreur, fixes ou portatifs.
Les thermomètres, les hygromètres et les hygrothermographes mesurent respectivement la température, l’humidité et
l’une et l’autre à la fois, mais ils ne produisent pas de graphiques, de sorte que, pour obtenir un état général de la
situation, il faut relever régulièrement les mesures, ce qui exige beaucoup de temps du personnel. Ces mesures
doivent être opérées en divers endroits, relevées à des heures précises du jour (et de la nuit), puis notées de manière à
ce que l’on puisse établir une courbe exacte pour chacun des emplacements choisis.
Il est nécessaire de disposer de psychromètres à bandoulière ou motorisés pour calibrer les autres appareils de mesure
et, le cas échéant, procéder à des mesures instantanées dans les zones où se posent des problèmes.
Les bandes de papier indicateur d’humidité ne présentent guère d’utilité sous les climats véritablement tropicaux.
Elles se maintiennent presque toujours dans la gamme des roses (humide) et n’indiquent le plus souvent que les
variations extrêmement importantes de l’humidité relative. C’est probablement dans les boîtes fermées où l’on a créé
un microclimat plus sec que leur emploi est le plus indiqué, mais il faut, pour les utiliser avec profit, les contrôler
régulièrement.
Le matériel recommandé plus haut pour faire l’état de la situation avant de procéder à une modification localisée de
l’environnement est également indispensable pour entretenir le climat voulu, éviter qu’il ne fluctue et déterminer, le
cas échéant, la cause des moisissures. L’achat et la maintenance de ces appareils de mesure sont donc à considérer
comme un investissement à long terme propre à assurer la conservation des collections.

Climatisation individuelle
On entend, dans la présente étude, par «climatisation individuelle» l’emploi d’appareils mécaniques individuels pour
rafraîchir et filtrer l’air dans certains espaces d’un bâtiment. Les systèmes de climatisation centrale servant à réguler
l’atmosphère de tout un édifice sortent du cadre de notre travail. Les appareils individuels de climatisation se
répartissent en deux grandes catégories suivant leur principe de fonctionnement le refroidissement par évaporation et
le refroidissement à l’eau réfrigérée.
Le refroidissement par évaporation est le système le plus simple et le moins coûteux, mais il ne convient
généralement pas pour les régions où les températures et les taux d’humidité relative sont élevés toute l’année.
Les appareils de refroidissement à l’eau réfrigérée comportent un dispositif de réfrigération qui abaissent la
température de l’air et un système de chauffage qui le réchauffe peu avant qu’il ne pénètre dans la pièce. Sous les
climats tropicaux humides, ce procédé est d’un d’emploi délicat, car il faut que l’air introduit dans les locaux soit au-
dessus du point de rosée, sans quoi l’humidité relative augmente dans des proportions inacceptables. Il suffit en effet
d’une variation de 0,5° C de la température pour modifier de 3 % le taux d’humidité relative. Les instruments qui
régulent ce processus sont donc d’une extrême importance. Il en existe différentes sortes, au nombre desquels les
dispositifs à thermomètres sec et mouillé du type employé dans les psychromètres et les hygromètres à cheveu,
analogues à ceux qui sont utilisés dans les hygrothermographes29. Le prix d’un appareil à réfrigération peut atteindre
jusqu’à deux fois celui d’un appareil à évaporation et il consomme beaucoup plus d’énergie. On a souvent tendance à
réduire les frais de fonctionnement en arrêtant l’élément chauffant, ce qui entraîne inévitablement de graves
problèmes d’ambiance. Si l’on opte pour un modèle fonctionnant par refroidissement à l’eau réfrigérée, il faut
absolument en respecter le mode d’emploi.

29
Howarth, F. Hugh. "An approach to air-conditioning", Contributions to the London Conference on Museum
Climatology, Thomson Garry (dir. publ.), Londres, International Institute for Conservation, 1968, p. 173-180.

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Le type de filtrage choisi et le degré de recyclage souhaitable dépendent très largement des conditions locales. Il est
indispensable, pour que le système fonctionne efficacement et économiquement, de nettoyer ou de changer
régulièrement les filtres. Les systèmes électrostatiques sont à éviter, car ils dégagent de l’ozone, qui peut
endommager les matériaux organiques30.
Il est un autre facteur dont il convient de tenir compte quand on a recours à des climatiseurs. Tout comme l’eau, l’air
introduit dans un local se stabilise à un certain niveau l’air froid qui entre au ras ou au voisinage du sol reste là où il
est, tandis que l’air chaud s’établit plus haut. Il faut donc installer les climatiseurs aussi haut que possible dans les
murs et les fenêtres, de manière à obtenir une circulation maximale dans la zone concernée. Les rayonnages et les
armoires doivent être placés de manière à ne pas entraver la circulation de l’air.

Déshumidification
Sous les climats tropicaux humides, c’est peut-être la déshumidification qui est la meilleure des protections contre les
moisissures. Son seul véritable concurrent est une bonne circulation de l’air, et non la climatisation individuelle.
Comme nous l’avons noté plus haut, cette dernière peut en effet rendre la déshumidification plus nécessaire encore.
Une bibliothèque doit toujours être équipée de déshumidificateurs portatifs, voire parfois d’une installation à
demeure.
Les appareils mécaniques à absorption, qui sont les plus largement répandus, ne sont en général utilisés que dans les
installations fixes de dimensions relativement importantes. Très performants et d’un entretien relativement facile, ils
constituent une solution intéressante pour les institutions qui sont constamment en butte à de graves problèmes
d’humidité. L’un des systèmes décrits par Gates a un débit d’air de 1.500 pieds cubes (42 m3) et extrait jusqu’à 20
livres (9 kg) d’eau à l’heure31. Les systèmes de déshumidification à l’air chaud ne conviennent en général pas aux
climats tropicaux et, sur les trois types existants, sont ceux dont l’usage revient le plus cher.
Les systèmes les plus efficaces et les plus économiques sous les climats chauds sont les appareils agissant par
réfrigération, qui extraient l’humidité de l’air par condensation sur des serpentins réfrigérés. Il en existe des versions
portatives qui fonctionnent suivant le même principe, consomment peu d’énergie et exigent un minimum d’entretien.
La plupart comportent des dispositifs de contrôle très simples et peuvent se régler de manière à maintenir un taux
d’humidité relative donné.
L’un des grands avantages des systèmes de déshumidification tient au fait qu’ils ne nécessitent pas d’importants
réseaux de tuyauteries comme les systèmes de climatisation. D’après Gates, la vapeur d’eau tend à migrer vers le
point de l’atmosphère où la teneur en humidité est la plus faible 32. Il n’est donc pas nécessaire, même lorsque les
appareils sont portatifs, de les déplacer pour déshumidifier convenablement une pièce. Dans les locaux de grandes
dimensions, il convient de prévoir plusieurs appareils.

Création de microclimats dans les armoires et les vitrines


On dit qu’il s’est créé un microclimat chaque fois que dans une zone restreinte la température et l’humidité relative
diffèrent de celles qui règnent alentour. Un microclimat peut être bénéfique ou nocif et apparaître de lui-même ou
être artificiellement induit et entretenu.
Il est parfois nécessaire de créer un microclimat dans une portion de bâtiment, soit que le type de documents à y
conserver l’exige, soit que l’on ait à protéger des documents précieux ou que l’on veuille faire passer des articles
entreposés en milieu climatisé dans des espaces d’exposition qui ne le sont pas. En milieu très humide, les
microfilms, les cartes géographiques et les documents rangés dans des tiroirs de classeurs sont tout naturellement les
premiers à devoir bénéficier d’un microclimat. Alors qu’il est possible de réduire le risque d’attaques de moisissures
dans l’ensemble des fonds et collections grâce à une amélioration de la circulation d’air, les classeurs métalliques
fermés conçus pour le stockage des microfilms, des cartes et des documents ont l’inconvénient de retenir l’humidité,
surtout lorsqu’ils sont rarement utilisés. On peut, en abaissant artificiellement l’humidité relative de l’air qu’ils
contiennent, y ménager un microclimat bénéfique.

30
Brommell, N.S. "Conservation of Museum Objects in the Tropics", Conference on Museum Climatology,
Thomson, Garry (dir. publ.), Londres, International Institute for Conservation, 1986, p. 145.
31
Gates, Albert S. et al "Dehumidification", Deterioration of Materials, Greathouse and Wessel, p. 726.
32
Gates, p. 728.

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Il est possible, pour réduire l’humidité à l’intérieur d’un classeur fermé, d’utiliser des substances hygroscopiques qui
absorbent l’humidité de l’air. Les deux produits de ce type qui sont les plus faciles à se procurer sont le gel de silice
(disponible en plusieurs qualités), qui est très largement répandu aux Etats-Unis et en Europe, et les pastilles Nikka
(également appelées Kaken Gel), en usage au Japon et en Extrême-Orient. Il est établi que par des taux d’humidité
supérieurs à 60 %, les pastilles Nikka sont plus efficaces que le gel de silice33. Ce dernier contient souvent un réactif
teinté qui vire du bleu au rose au fur et à mesure que le gel s’imprègne d’humidité et indique le moment où celui-ci
parvient à saturation et doit être reconditionné.
Avant usage, la substance hygroscopique doit être portée à 0 % d’humidité relative, ce qui se fait en chauffant le
matériau dans un four. Les pastilles ou cristaux peuvent être reconditionnés et réutilisés à de multiples reprises sans
perdre de leur pouvoir d’absorption. Une fois conditionné, le produit est placé dans les armoires, soit sur des plateaux
déposés dans le bas du meuble, soit dans de petits sacs d’étoffe disposés dans chaque tiroir. Si le produit utilisé ne
contient pas de réactif teinté, ou placera en outre dans l’armoire un hydromètre ou des bandes de papier indicateur
d’humidité pour déterminer le moment où le reconditionnement deviendra nécessaire. Une fois que le taux voulu
d’humidité est atteint et qu’un équilibre s’est établi à l’intérieur de l’armoire, le produit n’a plus besoin d’être
reconditionné aussi fréquemment, sauf si les ouvertures de l’armoire sont fréquentes. Plus grandes sont les quantités
de produit employées, plus longs sont les intervalles entre deux opérations de reconditionnement.
Les articles et études sur la question des microclimats ne manquent pas en rapport surtout avec l’installation des
vitrines d’exposition et l’emballage et le transport des œuvres d’art; cependant, dans la quasi-totalité des cas, ils ont
trait au maintien de conditions climatiques inoffensives dans les armoires fermées et autres lieux fixes. On trouvera
dans le récent ouvrage34 de Stolow des informations sur les dernières techniques dans ce domaine.

Entretien des rayonnages


Le nettoyage et l’entretien de routine n’ont la vedette dans aucune bibliothèque; il n’empêche qu’ils jouent un rôle
particulièrement important dans les locaux non climatisés. Lorsque la circulation de l’air est assurée par une
ventilation naturelle, la saleté et la poussière constituent en permanence un problème. Comme ces particules sont
hygroscopiques, c’est-à-dire qu’elles attirent et retiennent l’humidité de l’air, et comme elles contiennent souvent des
substances dont se nourrissent les moisissures, des nettoyages fréquents et réguliers des espaces de rangement sont
indispensables sous les climats tropicaux. Le passage de l’aspirateur réduira en outre, fût-ce temporairement, le
nombre des spores présentes sur les ouvrages. Dans les climats de savane, un nettoyage à fond avant le début de la
saison des pluies peut éviter totalement l’apparition des moisissures.
On établira un calendrier pour le nettoyage à l’aspirateur de tous les livres en rayon au rythme d’une fois par an (ou
aussi fréquemment que possible), et on le respectera. Il importe en outre de soumettre les magasins, et en particulier
les sections peu fréquentées et les zones de stockage mort, à de fréquentes inspections.

V. Désinfectants liquides et gazeux


La plupart des bibliothécaires, des archivistes et des conservateurs de musées sont également convaincus qu’il faut
tuer les moisissures. En fait, il est sans doute plus indiqué et plus efficace de s’employer en premier lieu à en
prévenir et en inhiber le développement et à les enlever. Comme nous l’avons noté plus haut, les moisissures sont
admirablement équipées pour survivre. A supposer que l’on parvienne à en tuer 99 %, cela représente «une perte à
peu près insignifiante pour un champignon dont une petite colonie constituée à partir d’une seule et unique spore
peut produire des centaines de milliers de spores»35. Or les désinfectants liquides et gazeux qui ont un spectre
suffisamment large et sont assez puissants pour occasionner une mortalité de 99 % chez les champignons, sont, on le
sait à présent, également toxiques pour l’homme. D’où il découle que lorsque l’on envisage d’y recourir pour
prévenir ou stopper le développement des moisissures, il faut tenir compte de deux faits essentiels
- tous les biocides sont des réactifs chimiques, ce qui veut dire qu’ils sont capables de réagir au contact des matériaux
sur lesquels ils sont appliqués et de les altérer;

33
Cassar, May. "Checklist for the Establishement of a Microclimate", Canadian Conservation Institute, 1984.
34
Stolow, Nathan. Conservation and Exhibitions, Londres, Butterworths, 1987.
35
Haines, John H. et Kohler, Stuart A. "An Evaluation of Orthophenyl phenol as a fungicidal fumigant for Archives
and Libraries", Journal of the American Institute for Conservation, vol. 25, n° 1, printemps 1986, p. 54.

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- tous les biocides sont, à des degrés divers, toxiques pour les mammifères36.
Les méthodes chimiques traditionnelles de lutte contre les détériorations d’origine biologique mettent en œuvre l’un
ou l’autre des principes suivants le premier, qui procède par fumigation, vise à entraver les fonctions vitales de
l’organisme; le second, qui consiste à appliquer localement des fongicides sur les objets à traiter, vise à contrecarrer
l’action de l’organisme, c’est-à-dire les réactions chimiques intervenant entre cet organisme et son substrat. Les
composés actuellement utilisés sont relativement peu nombreux. Ils comprennent un certain nombre de dérivés
métalliques, des substances organiques (surtout des phénols) et des composés organo-métalliques37. Certaines
techniques plus sophistiquées comme l’irradiation et l’utilisation de l’ozone font, il est vrai, l’objet d’études et de
travaux d’expérimentation, mais «nous ne devons pas trop compter sur la découverte de biocides inédits pour
résoudre le problème»38. Les irradiations et l’ozone se sont révélées nuisibles dans certains cas.
On notera que le premier mode d’action, qui consiste à entraver les fonctions vitales de l’organisme, n’impose pas
nécessairement l’application d’un traitement chimique. La modification des conditions d’ambiance nécessaires au
développement des moisissures est pour le moins aussi efficace que les méthodes chimiques et à coup sûr bien moins
dangereuse pour le personnel et pour les ouvrages.

Les fongicides
On entend ici par «fongicide», les biocides liquides qui s’appliquent directement sur la surface des objets infectés.
L’opération peut être pratiquée à titre soit préventif soit curatif. La plupart des fongicides conseillés dans les
publications spécialisées se sont révélés incapables d’assurer une protection durable et même nocifs pour les
documents traités. On sait à présent que ceux qui ont effectivement un certain degré de toxicité résiduelle sont
dangereux pour le personnel et les lecteurs qui peuvent être ultérieurement amenés à manipuler les documents. Ces
produits agissent sur l’organisme par inhalation, ingestion ou adsorption par la peau. Il importe de respecter
rigoureusement les précautions d’emploi recommandées en ce qui concerne aussi bien l’application à proprement
parler des biocides que leurs éventuels effets résiduels.
Beckwith, Swanson et Iliams ont établi, lors d’une série complète d’essais sur des biocides utilisés pour le protection
du papier, que 28 fongicides généralement conseillés étaient soit impuissants à tuer les moisissures, soit dangereux
pour le papier. Au nombre de ces produits, figuraient le chlorure mercurique, le chloroforme et le formaldéhyde (15).
Or, ces deux dernières substances ont encore été recommandées en 1971 dans une brochure du British Museum sur
les biocides pour archives et bibliothèques39.
On recommande souvent les cristaux de thymol et d’orthophenylphénol dissous dans l’alcool comme fongicides
topiques. Et de fait, ces deux produits ont jusqu’à ces derniers temps été d’un emploi très répandu pour la
conservation des documents. Mais un coup d’arrêt a été porté à leur utilisation depuis que de récentes études ont
montré qu’ils peuvent attaquer les yeux et les voies respiratoires supérieures. Le plus toxique des deux serait le
thymol, qui affecterait aussi le foie, les reins, le système nerveux central et le système circulatoire40.
Parmi les fongicides recommandés dans les ouvrages spécialisés, seuls l’alcool et l’orthophénylphenol, aux degrés de
concentration courants dans les produits de nettoyage ménagers comme le Lysol, sont indiqués pour les applications
topiques et encore faut-il y recourir avec prudence. Tant qu’on n’en saura pas davantage sur la toxicité de
l’orthophénylphénol, mieux vaut éviter de l’utiliser sous forme de cristaux dissous dans l’alcool. Il convient
d’observer un certain scepticisme à l’égard de tous les conseils donnés dans les publications remontant à plus de
quelques années, dans la mesure où l’on n’a commencé qu’assez récemment à étudier la toxicité de toute une série de
biocides. Les recherches visant à établir avec précision les niveaux d’exposition tolérables se poursuivent encore.
C’est un principe établi de longue date en médecine que l’on doit traiter la maladie et non les symptômes.
L’application de fongicides topiques sur les documents qui présentent des moisissures constitue un exemple typique
de traitement des symptômes et n’attaque pas le mal à sa racine. Les pièces replacées dans les conditions qui ont

36
Baines-Cope, A. "The Choice of biocides for Library and Archival Material", Biodeterioration of Materials,
Walters et Hueck-Van der Plas, dir. publ., p. 392.
37
Van der Kerk, G.J.M. "The Chemical Approach to Biodeterioration Prevention: Retrospects and Prospects",
Biodeterioration of Materials, Walters et Hueck-Van der Plas, dir. publ., p. 3-4.
38
Van der Kerk, p. 10.
39
Baines-Cope, p. 383.
40
Barton, John P. et Wellheiser, Johanna G., dir. pub., An Ounce of Prevention, Ontario, Toronto Area Archives
Group Education Foundation, 1985, p. 63.

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occasionné l’apparition des moisissures après avoir été ainsi traitées risquent fort de se retrouver un jour ou l’autre
victime des mêmes symptômes.

La désinfection par fumigation


Le terme «fumigation», tel qu’il est utilisé dans la présente étude, désigne tout traitement consistant à exposer les
moisissures dont on veut se débarrasser à la fumée ou à la vapeur produite par une substance biocide. L’idée de
fumigation présente un attrait certain pour la plupart des bibliothécaires et archivistes. Ce type de traitement a en
effet l’avantage de ne pas obliger à manipuler chaque pièce individuellement et d’être par conséquent peu coûteux en
termes de temps de travail. Il permet les traitements de masse, soit en chambre de fumigation, soit sur place en
fermant hermétiquement certaines zones du bâtiment pour désinfecter des collections entières. Mais la réalité est bien
moins attrayante, si l’on considère l’efficacité douteuse du traitement, l’absence de protection résiduelle qu’il
procure, les altérations ou les dommages qu’il peut infliger aux ouvrages ainsi que sa toxicité pour le personnel et les
lecteurs.

Les méthodes de fumigation


La fumigation peut se pratiquer de diverses manières et au moyen de différents produits, dont certains sont meilleurs
que d’autres, mais qui sont tous dangereux. Au cas où ce type de traitement s’avère nécessaire, il doit être, autant que
possible, confié à des professionnels agréés.
Parmi les chambres de fumigation d’usage courant, les plus efficaces contre les moisissures sont celles qui
fonctionnent sous vide. Le vide permet une pénétration plus profonde des vapeurs et il n’est pas exclu qu’il ait aussi
des effets délétères sur la structure des moisissures, dans la mesure où il prive celle-ci de l’oxygène dont elles ont
besoin pour se développer et où il peut même faire éclater les spores. Les chambres à vide sont toutefois
extrêmement coûteuses à l’achat comme à l’installation. L’oxyde d’éthylène, qui est le produit le plus fréquemment
employé dans les chambres à vide, exige une salle supplémentaire, pour aérer les ouvrages après traitement afin de
débarrasser les matériaux organiques des toxines résiduelles. On utilise aussi dans ce type d’installation le fluorure
de sulfuryle pour détruire les insectes. Ce produit est sans action fongicide et sa toxicité comme ses effets sur les
matériaux organiques n’ont encore fait l’objet que de très peu de tests.
Les produits les plus souvent utilisés dans les chambres de fumigation ordinaires sont le thymol et
l’orthophénylphénol. Beaucoup d’institutions possèdent de petites armoires permettant de traiter un nombre restreint
de pièces. Ces armoires de fumigation sont souvent bricolées à partir de vieux réfrigérateurs ou d’armoires
métalliques conçues à de toutes autres fins. Ces installations improvisées sont particulièrement dangereuses pour le
personnel qui les utilise régulièrement Il est parfois conseillé dans les publications de pratiquer des fumigations dans
des sacs en plastique. Or il faut savoir que les sacs de plastique couramment utilisés pour les ordures ménagères ne
sont cas étanches au gaz et ne peuvent retenir convenablement les vapeurs de fumigation.
La fumigation de parties entières de bâtiments est le plus souvent confiée à des entreprises de désinfection
spécialisées; ce type de traitement ne doit en aucun cas être tenté par du personnel non qualifié et non autorisé. Si un
tel traitement s’avère indispensable, il faut que les bibliothécaires sachent exactement quel est le gaz utilisé et
respectent scrupuleusement toutes les précautions recommandées concernant l’accès à la zone considérée et
l’aération des locaux. Les matériaux organiques pouvant retenir les vapeurs toxiques, il convient de s’informer des
dangers menaçant le personnel et les utilisateurs auprès de l’entreprise de désinfection.

La toxicité des produits utilises pour les fumigations


Nous donnons ci-après des informations générales destinées à permettre aux bibliothécaires et archivistes de mieux
évaluer les dangers relatifs des différents produits éventuellement utilisés dans leur institution.

L’oxyde d’éthylène
L’oxyde d’éthylène a été mis au point en 1859. Vers la fin des années 20, il était couramment utilisé pour la
fumigation des céréales et son usage s’est largement répandu dans les musées, les bibliothèques et les archives dès

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les années 50. L’ouvrage de Ballard et Baer41 contient une excellente étude de l’histoire, de l’emploi, de l’efficacité
et des dangers de cette substance
En 1984, la Occupational Safety and Health Administration (OSHA) a publié une nouvelle norme limitant le taux
d’exposition à l’oxyde d’éthylène à 1 ppm. Sur la base d’observations recueillies sur les animaux et les humains,
l’OSHA a établi que l’oxyde d’éthylène est un agent «cancérigène, mutagène et génotoxique, qui constitue un danger
au niveau de la reproduction et du système neurologique et présente des risques de sensibilisation»42. Un certain
nombre de précautions s’imposent donc lorsque l’on utilise ce gaz méthodes de limitation du taux d’exposition,
équipements de protection pour le personnel, mesure du taux d’exposition, formation à l’utilisation du gaz (une
licence est souvent exigée à cette fin), surveillance médicale, étiquetage, zones protégées, consignes à suivre en cas
d’accident, tenue de registres et autres. Il est impossible aux êtres humains de détecter la présence d’oxyde
d’éthylène sans l’aide d’instruments de mesure, à moins que celui-ci n’atteigne une concentration de 300 ppm, ce qui
est très largement supérieur au seuil fixé par l’OSHA43.
L’oxyde d’éthylène est connu également sous toute une série d’autres noms, au nombre desquels oxyde de
diméthyle, Carboxide, Eposythane-1,2, Oxyfume, Pennagas et Oxirane. Il est extrêmement inflammable et s’utilise
habituellement en concentration de 10 % dans un gaz porteur.

Le bromure de méthyle
Le bromure de méthyle est utilisé le plus souvent en fumigation contre les insectes, en particulier les coléoptères, et
occasionnellement contre les moisissures, bien qu’il ne soit pas particulièrement efficace dans ce dernier cas. C’est
un gaz incolore, transparent et aisément liquéfiable. Son odeur forte, qui rappelle celle du chloroforme, permet de le
détecter facilement. Il est extrêmement toxique, qu’il soit ingéré, inhalé ou absorbé par la peau. Le seuil de tolérance
fixé par l’OSHA est de 5 ppm. Le bromure de méthyle attaque le système nerveux central, les voies respiratoires, la
peau et les yeux. L’empoisonnement par cette substance occasionne l’apparition, en général dans un délai de 30
minutes à six heures, de symptômes aigus qui peuvent prendre la forme de convulsions, suivies par le décès par
asphyxie et/ou arrêt cardiaque. Les séquelles d’empoisonnement sont habituellement localisées sur le système
nerveux central douleurs musculaires, troubles visuels, sensoriels et de la parole ainsi que confusion mentale.
Le bromure de méthyle ne doit en aucun cas être utilisé pour la désinfection des matériaux à base de protéines, car il
en détériore gravement la structure. Le cuir, par exemple, noircit à son contact noir et devient cassant.
Le bromure de méthyle se trouve également sur les marques Brom-0-Gas, Brozone, MeBr, Meth-0-Gas et Terr-0-
Gas.

Le fluorure de sulfuryle
Sous les tropiques, le fluorure de sulfuryle sert le plus souvent à combattre les termites qui attaquent les ossatures et
charpentes des bâtiments. Il a un très fort pouvoir de pénétration, même à la pression normale. Comme le bromure de
méthyle, il est occasionnellement utilisé pour lutter contre les moisissures, bien qu’il ne soit pas réputé pour être
efficace dans ce cas. C’est un gaz inodore, incolore et sans saveur, qui n’est en général vendu qu’aux entreprises de
désinfection agréées. La norme de l’OSHA est de 5 ppm. Le fluorure de sulfuryle n’a pas encore fait l’objet d’essais
très poussés et l’on ignore s’il est cancérigène et facteur de stérilité. Il peut être absorbé par inhalation ou à travers la
peau. Son absorption peut provoquer des symptômes aigus, au nombre desquels des nausées, des vomissements et
des douleurs abdominales, et laisser, entre autres séquelles, une détérioration des os et des dents; on a en outre
observé des atteintes pulmonaires et rénales chez les animaux.
Le fluorure de sulfuryle se trouve le plus souvent sous la marque Vikane.

Le thymol

41
Ballard, Mary W. et Baer, Norbert S. "Ethylene Oxide Fumigation Results and Risk Assessment", Restaurator,
vol. 7, 1986, p. 143-168.
42
OSHA, Federation Register, Occupational Exposure to Ethylene Oxide, Final Standard 29CFR Part 1910 (June
22, 1984), Washington, D.C., Ministère du travail, 1984.
43
McGriffin, Robert F. "A Current Status Report on Fumigation in Museums and Historical Agencies", Technical
Report 4. Nashville, Tenn., American Association for State and Local History, 1985.

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Le thymol se présente sous la forme de cristaux blancs qui ont une odeur et un goût aromatiques caractéristiques.
Extrait de l’essence de thym, il peut être utilisé en mélange avec du camphre en cristaux. Son absorption par
ingestion ou inhalation a des effets moyennement toxiques. Les études effectuées à ce jour ont montré que
l’exposition aux vapeurs de thymol peut porter atteinte au système nerveux central et aux voies respiratoires, mais
aucun seuil précis d’exposition n’a encore été établi.
Le thymol est parfois utilisé sous sa forme gazeuse (que l’on obtient en chauffant des cristaux pour provoquer un
dégagement de vapeurs) pour désinfecter par fumigation de petites quantités de pièces. Après le traitement, celles-ci
doivent, pour pouvoir être manipulées sans danger, être aérées, de préférence sous une hotte. Cela supprime toute
protection résiduelle contre les moisissures, mais aussi tout risque pour le personnel et les usagers. Les personnels
ayant à manipuler des pièces immédiatement après leur désinfection ou ayant à travailler dans le voisinage de la
chambre de fumigation, doivent porter des masques agréés de protection contre produits chimiques organiques. Il
convient en outre, pour retirer des pièces d’une chambre de fumigation, de porter des lunettes de protection et des
gants épais en matériau imperméable aux vapeurs.

L’orthophénylphénol
L’orthophénylphénol passe pour légèrement moins toxique que le thymol. D’après l’Index Merk, c’est un «irritant
légèrement toxique» lorsqu’il est inhalé. Il est toutefois moyennement toxique lorsqu’il est ingéré. Sous sa forme
cristalline, il présente une couleur blanche ou crème et est soluble dans l’alcool. Plusieurs sources conseillent
d’utiliser l’orthophénylphénol de préférence au thymol, à chaque fois que ce dernier est recommandé. Relativement
peu d’expériences ont été consacrées à la toxicité de ce produit et aucun seuil d’exposition n’a été fixé.
Au cours de leurs expériences sur l’orthophénylphénol, Haines et Kohler ont établi que celui-ci n’était pas très
efficace comme désinfectant. Pratiquée sur sept champignons différents, la fumigation à l’orthophénylphénol n’a pas
réussi à en stopper complètement le développement, même après 10 jours d’exposition continue dans des conditions
contrôlées44.

VI. Traitement
Le traitement le plus efficace, sauf dans les cas vraiment extrêmes, réside dans la modification de l’environnement et
l’élimination des moisissures qui se sont développées sur l’article infecté. La plupart des attaques de moisissures
peuvent, si l’on intervient rapidement, être stoppées sans qu’il faille utiliser de biocides. On ne devrait avoir recours
à la fumigation que dans les cas tout à fait graves, par exemple lorsqu’à la suite d’un sinistre catastrophique, on a
beaucoup tardé à entreprendre un traitement. Même dans ce cas, qui est l’hypothèse la plus défavorable, on peut se
passer entièrement des désinfectants gazeux pour peu que l’on dispose d’installations permettant de recourir à des
procédés comme la congélation.
Le choix du traitement adéquat nécessite une analyse préalable du problème et de la nature des pièces endommagées.
La méthode à employer variera avec celle-ci; quant à l’intensité du traitement, elle dépendra évidemment de
l’ampleur de l’atteinte.
Nous allons passer en revue quantité de traitements; beaucoup d’entre eux comportent une étape de passage à
l’aspirateur. En effet, l’aspirateur est sans doute l’un des outils les plus précieux pour prévenir et stopper le
développement des moisissures sous les climats tropicaux. L’utilisation d’aspirateurs pour éliminer les moisissures
de la surface des pièces infectées est, selon l’auteur, préférable aux autres traitements actuellement possibles.
L’aspiration ôte de l’article contaminé tous les éléments de la colonie (spores, conidiophores, mycélium) et les
envoie bien proprement dans un sac à jeter. C’est un procédé dépourvu de toxicité qui, correctement utilisé, ne porte
atteinte ni aux propriétés mécaniques ni à la composition chimique de l’article traité. On trouve partout des
aspirateurs et leur utilisation est économique. Lors même qu’on manque d’électricité, on peut les faire fonctionner
sur piles. Le principal inconvénient du passage à l’aspirateur c’est qu’il oblige à manipuler les livres un par un, ce
qui exige beaucoup de main-d’œuvre.
Le matériel nécessaire pour éliminer les moisissures selon les méthodes recommandées par l’auteur de la présente
étude est tout à fait élémentaire; il doit être facile de se le procurer dans la plupart des régions.
Le présent chapitre décrit la façon de traiter les attaques de moisissures selon qu’elles sont faibles, moyennes ou
importantes et fournit des suggestions pour traiter aussi bien des catégories spécifiques d’objets livres, papiers non

44
Haines and Kohler, p. 49-55.

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reliés ou documents photographiques - que la totalité de la zone atteinte. Le lecteur aura intérêt à compléter ces
informations en consultant les ouvrages cités en référence à propos des méthodes d’intervention en cas de sinistre de
grande ampleur.

Attaques de faible envergure - taux d’humidité relative élevé dans un secteur circonscrit
Par attaque de faible envergure, nous entendons ici l’apparition de moisissures sur quelques centaines d’articles tout
au plus. En pareil cas, les moisissures n’affectent que certains articles ou une zone déterminée du bâtiment, les pièces
à traiter ne sont pas mouillées; le développement des moisissures résulte de changements survenus dans
l’environnement (il s’agit en général d’une augmentation de l’humidité relative dans l’atmosphère ambiante).
Le traitement des objets infectés et la modification de l’environnement doivent être entrepris dès la détection des
moisissures. Tout retard, fût-il de quelques jours, risque de transformer une atteinte mineure, portant sur quelques
centaines d’articles seulement en attaque de moyenne envergure portant sur quelques milliers d’articles.

Attaques de gravité moyenne - périodes prolongées de forte humidité ou inondations mineures


Par attaque de gravité moyenne, nous entendons ici une attaque qui touche quelques centaines d’articles mouillés ou
quelques milliers d’articles secs mais moisis, à travers tout le bâtiment. Les deux méthodes recommandées ici
dépendent des circonstances.

Articles secs porteurs de moisissures


Pour traiter les moisissures qui résultent de périodes prolongées d’humidité élevée et affectent des parties
importantes des collections de la bibliothèque touchée, la formule la plus commode est celle qui consiste à faire
baisser la température et l’humidité relative en améliorant la circulation de l’air. Les livres infectés doivent être
passés à l’aspirateur sur place si leur nombre interdit de songer à les évacuer pour les traiter ailleurs. Les armoires et
les tiroirs doivent être ouverts et leur contenu passé à l’aspirateur. Ils doivent rester ouverts jusqu’à ce que le taux
d’humidité relative soit retombé à un niveau acceptable et que les choses soient rentrées dans l’ordre. Il faut
surveiller les conditions qui règnent dans toutes les parties de la bibliothèque où des dégâts ont été constatés. Tout
article dont on estime qu’il mérite un traitement particulier recevra les soins décrits ci-dessus au chapitre consacré
aux attaques mineures.

Documents mouillés
Les méthodes à suivre pour le sauvetage en masse de documents mouillés ont été décrites dans le détail dans de
nombreuses publications. Deux ouvrages sont spécialement recommandés Procedures for Salvage of Water-
Damaged Materials45 et An Ounce of Prevention46. Il y a intérêt à suivre les conseils qu’ils donnent pour la
manipulation et le traitement des articles mouillés. Les recommandations qui suivent ont trait aux moyens d’éviter le
développement de moisissures durant la phase de traitement et de séchage des articles mouillés au cours d’une
inondation circonscrite.
Une telle inondation peut être consécutive à l’éclatement d’une conduite d’eau, à des fuites à travers les plafonds, les
murs ou les fenêtres, l’engorgement de tuyaux d’évacuation ou à une inondation dans les sous-sols du bâtiment. Si
l’eau en question provient d’une rivière ou d’un tuyau d’évacuation, il y a lieu de prendre des précautions pour
protéger les personnels chargés des opérations de sauvetage contre les risques d’infection et de maladie.

45
Peter Water. Procedures for the Salvage of Water-Damaged Library Materials. 2e édition. Washington, Library of
Congress, 1979.
46
John P. Barton and Johanna G. Wellheiser, eds. An Ounce of Prevention. Ontario, Toronto Area Archivists
Group Education Foundation, 1985.

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Attaques majeures - inondations de grande ampleur et expositions prolongées


Les attaques importantes de moisissures sont généralement consécutives, même dans les régions tropicales, à une
catastrophe naturelle, tremblement de terre, cyclone ou autre. En ce cas, le bâtiment est souvent endommagé et isolé,
privé notamment d’eau et d’électricité. Cette situation peut retarder de plusieurs jours voire de plusieurs semaines la
mise en route des opérations de sauvetage. Un plan d’intervention bien compris offrira aux bâtiments et collections
qui ont été endommagés les meilleures chances de sauvetage. Il est impératif de prendre contact avec les personnes et
les sociétés qui peuvent fournir les matériels et services nécessaires avant qu’une catastrophe se produise; sinon, il
est pratiquement inutile d’espérer les obtenir le moment venu. Il faut noter les numéros de téléphone ou les adresses
où l’on peut joindre ces personnes et ces entreprises, y compris de nuit ou durant le week-end, car les malheurs se
produisent rarement aux heures de bureau. Rien ne peut remplacer un plan bien conçu d’intervention en cas de
sinistre.

Priorités et préparation
Il faut décider à l’avance quelles parties des collections doivent être sauvées en priorité. Il est conseillé de sacrifier
les pièces remplaçables afin de pouvoir s’occuper de celles qui sont irremplaçables. Sont généralement considérés
comme prioritaires les manuscrits inédits, les articles ayant une valeur historique ou marchande appréciable et les
documents présentant un intérêt particulier pour la localité ou la région. Les périodiques récents, les ouvrages
détenus par nombre d’autres établissements et les collections d’intérêt marginal par rapport à la mission de
l’institution peuvent être considérés comme soit remplaçables soit non indispensables. L’expérience a montré que les
décisions de ce type ne sauraient être prises au moment du sinistre, lorsque personnel et direction sont catastrophés.
Un plan d’intervention en cas de sinistre exposant de façon détaillée le degré de priorité assigné aux différentes
parties des collections permet de sauvegarder les ouvrages ou articles les plus importants, y compris dans les pires
circonstances.

Congélation
En cas de sinistre majeur, le séchage à l’air peut n’être pas réalisable pour toutes les pièces atteintes, faute de temps,
d’espace et de personnel. La congélation fournit la meilleure protection pour les articles mouillés qui ne peuvent pas
être mis à sécher dans des délais raisonnables. Les livres et papiers peuvent rester congelés pendant des mois, si cela
est nécessaire, en attendant que des décisions soient prises au sujet des modalités de séchage et de traitement. S’ils
ont été emballés un à un, le rythme de décongélation et de séchage à l’air sera fonction des disponibilités en
personnel et en locaux. Des conteneurs réfrigérés comme en utilisent les transporteurs internationaux peuvent être
amenés sur place et alimentés par des générateurs extérieurs aussi longtemps que cela sera nécessaire. L’utilisation
d’entrepôts frigorifiques locaux est également une possibilité, à condition toutefois que les règlements sanitaires
n’interdisent pas d’utiliser à cet effet des locaux ordinairement affectés au stockage de produits alimentaires.

Séchage
On ne dispose actuellement que de trois méthodes ayant fait leurs preuves pour sécher de grandes quantités de
documents mouillés le séchage à l’air, la lyophilisation et le séchage par le vide. Chacune présente des avantages et
des inconvénients; d’ordinaire, il faut associer les trois méthodes pour régler le grave problème des suites d’un
sinistre important. Des expériences de séchage par micro-ondes ou par d’autres méthodes non traditionnelles ont
abouti à des résultats qui sont tout sauf satisfaisants, des dégâts supplémentaires ayant souvent été infligés aux livres
et papiers traités.
Le séchage à l’air est manifestement efficace, à condition que l’on dispose d’un espace suffisant, d’un
environnement adéquat et du personnel nécessaire, mais c’est un procédé relativement lent et qui demande beaucoup
de main-d’œuvre. Les ouvrages humides doivent faire l’objet d’une surveillance et de soins constants si l’on veut
qu’ils sèchent complètement et dans les meilleurs délais. L’humidité relative de l’air ambiant doit être inférieure à
celle des pièces traitées et la circulation de l’air suffisante pour permettre un séchage efficace. Lorsque le séchage à
l’air est possible, il est recommandé de l’appliquer aux pièces à traiter en toute première priorité. Il n’est
généralement pas possible de sécher à l’air la totalité des articles touchés par un sinistre majeur de sorte qu’il faut
parfois congeler l’essentiel des documents mouillés en attendant de pouvoir s’occuper d’eux.

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La lyophilisation est une méthode coûteuse qui requiert un matériel spécial. Toutefois, elle présente l’avantage
d’éliminer l’eau des objets qui avaient été préalablement congelés sans qu’il faille les décongeler, atténuant ainsi les
déformations et le risque de développement de moisissures. Par sublimation, l’eau passe directement de l’état solide
à l’état gazeux et est évaporée par la vide. Cette méthode est la plus efficace pour sécher de grandes quantités de
livres et papiers mouillés. Lorsque des bibliothécaires ou des archivistes établissent leurs plans d’intervention en cas
de sinistre, ils ont intérêt à vérifier l’existence à proximité d’installations utilisables pour la lyophilisation et à
s’entendre, si faire se peut, avec la société ou l’organisme compétent pour pouvoir les utiliser en cas de besoin.
Comme les installations de lyophilisation dépendent généralement d’une usine de transformation de denrées
alimentaires, il se peut qu’il faille demander une autorisation spéciale au Ministère de la santé pour pouvoir les
utiliser.
Le séchage sous vide élimine l’eau à l’état liquide et décongèle partiellement les objets préalablement congelés. Le
procédé consiste à envoyer par pompage de l’air sec et chaud dans une chambre à vide, le vide faisant évaporer l’eau.
Ce procédé, considérablement plus lent que la lyophilisation, comporte en outre quelque risque de développement de
moisissures sans compter qu’il expose à d’autres dégâts les matériaux solubles dans l’eau. Le séchage sous vide
provoque également des déformations beaucoup plus sérieuses que la lyophilisation.

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CRCDG: http://www.crcdg.culture.fr/culture/conservation/fr/laborato/crcdg/fr/index_01.html

DESINFECTION DES DOCUMENTS PAR DES PROCEDES PHYSIQUES


A l’heure actuelle, le seul traitement véritablement efficace pour lutter contre les micro-organismes fait appel à
l’oxyde d’éthylène; plusieurs études mettent toutefois en garde contre les propriétés cancérogènes et mutagènes de ce
gaz, si bien que son usage fait l’objet d’une réglementation de plus en plus stricte. Il peut encore être utilisé en
France, mais la réglementation française tend à s’aligner sur celle d’autres pays où il est interdit de l’employer. Il
importe donc de lui trouver rapidement un substitut.
Les industries agroalimentaire et pharmaceutique recourent depuis de nombreuses années aux propriétés insecticides
et bactéricides de certains traitements physiques, rayons gamma, faisceaux d’électrons et micro-ondes, notamment.
Dans le domaine de la conservation du patrimoine, des recherches ont déjà été menées sur la possibilité d’utiliser ces
procédés, qui ont l’avantage de ne pas être toxiques et de ne laisser aucun résidu sur les objets traités. Nous nous
sommes proposé de poursuivre et d’approfondir ces travaux.

Les rayons gamma


Compte tenu de son énergie élevée, le rayonnement gamma a un fort pouvoir pénétrant qui lui permet d’avoir des
effets au sein même de la matière irradiée. Agissant sur une cellule vivante, il va provoquer dans la molécule d’ADN
des lésions qui sont à l’origine de la mort de la cellule.
Nous avons montré qu’une dose de 3 kGy (avec un débit de dose de 3 kGy/h) tue toutes les spores irradiées si les
documents subissent préalablement un traitement de 24 heures à 50° C et 95 % d’humidité relative. Sans
prétraitement, les spores irradiées à 3 kGy restent viables; elles sont complètement détruites à 12 kGy. L’irradiation
avec prétraitement n’a aucun effet sur les propriétés mécaniques du papier, même si le pré-traitement modifie
l’aspect des documents. En revanche le comportement chimique de tous les papiers traités pose un important
problème, particulièrement pour les papiers composés de linters de coton.
Il n’est donc pas possible d’utiliser les rayons gamma pour désinfecter les documents graphiques.

Les faisceaux d’électrons


L’énergie des faisceaux d’électrons est moins élevée que celle des rayons gamma, mais ils interagissent plus
fortement avec la matière. De plus, pendant les irradiations, les faisceaux sont focalisés de façon à balayer l’objet à
traiter: la dose peut alors être très élevée et le temps d’exposition très court. Leur action sur la matière vivante est la
même que celle des rayons gamma.
Nous avons constaté que pour détruire l’ensemble des 37 espèces de champignons que nous avons testées, il était
nécessaire d’utiliser une dose de 11 kGy. Les analyses effectuées sur différents types de papiers, avant et après
irradiation ainsi qu’après vieillissement artificiel, ne révèlent aucune modification de la résistance mécanique. En
revanche, l’irradiation provoque sur tous les papiers une importante dépolymérisation et une très forte oxydation de
la cellulose, qui est proportionnelle à la dose d’irradiation.
Pas plus que les rayons gamma, les faisceaux d’électrons ne sont utilisables pour la désinfection des documents.

Les micro-ondes
La destruction des organismes par les micro-ondes est due à un effet thermique étroitement dépendant de la présence
d’eau. La molécule d’eau s’oriente comme une boussole dans le champ électrique de l’onde et présente un effet de
relaxation diélectrique qui provoque une élévation de température dans le matériau irradié. Par ailleurs, le traitement
par micro-ondes permet l’échauffement sélectif des molécules d’eau peu liées à l’intérieur des matériaux: cela
favorise l’évaporation de l’eau sans que l’on soit obligé de chauffer le substrat. Cette propriété des micro-ondes a été
exploitée pour le séchage des documents.
Les irradiations ont été réalisées avec un sécheur micro-ondes de type Pulsar de la société Micro-ondes Énergie
Systèmes (MES). Cet appareil est constitué de 2 applicateurs fendus dans le sens de la longueur sur une hauteur de 5

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cm, et d’une charge en eau qui se trouve à l’extrémité de chaque applicateur, pour l’absorption de l’énergie résiduelle
non utilisée par le matériau traité. Pour chaque applicateur, la puissance est réglable de 0 à 800 W. Les échantillons
traversent les applicateurs en un mouvement de va-et-vient, sur un tapis convoyeur dont la vitesse de défilement est
réglable en continu de 0,75 à 4,5 m/min. Le temps d’exposition des échantillons est ainsi fonction de la vitesse de
défilement du tapis. Dans le but de déterminer les conditions fongicides les plus efficaces, nous avons fait varier les
paramètres suivants: la puissance (100-800 W), la vitesse du tapis convoyeur (0,7-3 m/min) et le nombre de passages
sous les applicateurs (2-26).
Les expériences ont montré que quelles que soient les conditions, l’irradiation de papiers moisis secs n’a aucun effet
sur la viabilité des spores. Mais lorsque l’irradiation se fait en présence d’eau, elle produit un effet qui va du retard
de germination à la destruction totale des spores.
Les meilleurs résultats sont obtenus en insérant les papiers moisis entre deux buvards légèrement humidifiés. Toutes
les espèces sont alors détruites en faisant passer les papiers moisis 10 fois sous les applicateurs, à une puissance de
600 W et une vitesse du tapis égale à 1,5 m/min.
Ces conditions sont parfaitement adaptées à la désinfection de documents de format A4 maximum et de moins de
cinq feuilles. Au delà, il faut insérer des buvard humides supplémentaires toutes les cinq feuilles. Par ailleurs, la
distance qui sépare les deux applicateurs ne permet pas de désinfecter de liasses dont l’épaisseur soit supérieure à 2
cm.
Ces conditions de désinfection sont tout à fait compatibles avec le papier. Les analyses physico-chimiques effectuées
sur différent types de papiers, avant et après vieillissement artificiel, n’ont révélé aucun effet négatif des micro-
ondes.

Étude de l’activité antifongique de quelques huiles essentielles et produits


apparentés
Certaines huiles essentielles ont des propriétés antifongiques, et leur utilisation pour désinfecter les œuvres et
assainir l’atmosphère des locaux contaminés par les spores de champignons peut être envisageable. Dans ce but,
nous avons recherché pour une dizaine d’huiles (bay saint-thomas, carotte, chénopode, citronnelle, eucalyptus,
lavandin super, romarin, sauge officinale, thym, thuya), la concentration minimale inhibitrice, et comparé leur
efficacité à celle des produits de synthèse correspondant à leur composé majoritaire (cinéol, linalol, eugénol, thujone
et citronellal). Nous avons travaillé sur les trois étapes du développement des micro-organismes: spores, tubes
germinatifs, mycélium, chacun de ces stades étant doté d’une structure et d’un métabolisme distincts, et offrant par
conséquent une réponse différente à une même agression.
L’effet des huiles essentielles a été analysé par différentes techniques: la méthode des disques de papier a permis de
tester l’efficacité des produits sur les spores par contact direct avec le micro-organisme; grâce aux méthodes de
micro-atmosphère, on a pu analyser l’action des constituants de la phase volatile sur les micro-organismes.
Les tests ont été réalisés sur les souches suivantes: Aspergillus niger, Aspergillus flavus, Paecilomyces variotii,
Trichoderma viride, Chaetomium globosum, Myrothecium verrucaria, Stachybotrys sp., Penicillium funiculosum,
Aspergillus ustus, Cladosporium herbarum, Aspergillus amstelodami, Penicillium chrysogenum, Memnoniella
echinata, Aspergillus versicolor, Aspergillus chevalieri, Fusarium solani, Penicillium frequentans.
Tous les produits testés dans cette étude présentent des propriétés antifongiques, dont l’efficacité varie en fonction
d’un certain nombre de critères.
La concentration minimale inhibitrice d’une huile essentielle est supérieure quand celle-ci agit par contact (méthode
des disques de papier), que quand elle est utilisée dans sa phase volatile (méthode de micro-atmosphère).
Le composé synthétique qui correspond au produit majoritaire de l’huile essentielle n’est pas nécessairement plus
efficace que l’huile elle-même. Il existe certainement des phénomènes de synergie et d’antagonisme entre les
différents composants de l’essence naturelle.
La sensibilité des souches vis-à-vis d’une huile essentielle donnée est différente selon l’espèce, mais aussi selon son
stade de développement: au niveau des spores, P. chrysogenum se montre souvent le plus sensible et A. flavus le plus
résistant; sur les tubes germinatifs, on observe plutôt une grande sensibilité de A. versicolor et de Stachybotrys sp.,
ainsi qu’une forte résistance de P. variotii et de P. frequentans. On note que les huiles essentielles induisent des

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modifications morphologiques qui peuvent être de différentes sortes: gonflement, rétrécissement, distorsion, lyse et
éclatement.
La nature du support est également à prendre en compte: les produits étudiés semblent plus efficaces quand ils sont
mis sur du papier plutôt que sur des feuilles d’aluminium ou dans une cupule en verre. Par ailleurs, l’épaisseur et la
dimension du disque de papier n’ont aucune influence sur l’efficacité du traitement.
L’influence du temps d’exposition a été également étudiée sur quelques souches exposées à la citronnelle (250 ppm),
pendant 3 à 10 jours. L’huile est ensuite enlevée et les souches sont remises en incubation pendant 26 jours. Les
résultats varient suivant les souches. Ainsi 28 % des spores de P. frequentans exposées pendant 3 jours re- germent
avec 10 jours de retard. Si l’exposition est de 7 jours, il ne reste plus que 3 % de ces spores qui se développent avec
un retard de 24 jours. Quant à F. solani, après 10 jours d’exposition, 7 % des spores se développent même en
présence de l’huile. Il est donc important de trouver un temps de contact minimum qui serait efficace sur toutes les
souches.
À partir de l’ensemble des résultats, l’efficacité des produits testés peut être classée de la manière suivante:
Produits de synthèse: linalol > citronellal > eugénol > thujone > cinéol.
Huiles essentielles: chénopode > citronnelle > bay saint-thomas > thym > eucalyptus radiata > armoise > sauge >
lavandin > carotte > eucalyptus globolus > romarin > thuya.
Les produits qui se sont révélés les plus efficaces sont le linalol, le chénopode et la citronnelle. Leur pouvoir
fongicide se situe entre 400-500 mL/m3 alors que leur action fongistatique est obtenue à moins de 300 mL/m3.
Compte tenu de l’importance de ces concentrations, il serait indispensable d’effectuer des études complémentaires
concernant en particulier le mode de diffusion des huiles afin d’essayer de diminuer la quantité de produit à utiliser.

Recherche de nouveaux fongicides pour l’élaboration de cires d’entretien des


reliures
Le pentachlorophénol, employé dans la fabrication des cires destinées à l’entretien des reliures, afin de protéger le
cuir contre l’attaque des moisissures, est un produit toxique pour l’homme, et son utilisation est aujourd’hui interdite.
Il fallait donc lui trouver un substitut.
Suivant la méthode des disques, en remplaçant le support en papier par un support en cuir, différents produits ont été
testés, seuls ou en mélange, à différentes concentrations, sur une trentaine de souches de champignons filamenteux:
le fenpiclonil (dichlorophényl-pyrrol-carbonitrile),
le fludioxonil (phényl-pyrrole),
le carbendazime (benzimidazolyl-carbamate de méthyl),
le prochloraz (propyl-trichlorophénoxy-éthylcarbomoyl-imidazole),
le thiabendazole (triazolyl-benzimidazole),
le fluzilazole (bis-fluoro-phényl-méthyl-triazol-méthyl-silane),
le TCMBT (thio-cyanométhyl-thio-benzothiazole),
le préventol O extra (orthophénylphénol).
Le carbendazime et le thiabendazole, quoique très efficaces à très faible concentration, ont dû être abandonnés car ils
sont insolubles dans la cire, et les solvants dans lesquels ils peuvent être dissous dégradent le cuir.
Parmi les produits présentant un bon pouvoir anti-fongique, nous avons retenu le TCMBT à la concentration de 0,4
%, et l’orthophénylphénol à la concentration de 3 %.

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LUTTE INTEGREE CONTRE LES AGENTS DE DETERIORATION


BIOLOGIQUE DANS LES BIBLIOTHEQUES ET LES ARCHIVES
Etude rédigée par
Thomas A. Parker
Programme général d’information et UNISIST
Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
PARIS, octobre 1988

Préface
Afin de mieux répondre aux besoins des Etats membres, et plus particulièrement des pays en développement, dans ce
domaine spécialisé qu’est la gestion des documents et l’administration des archives, la Division du Programme
général d’information de l’UNESCO a mis au point un programme à long terme, le Programme de gestion des
documents et des archives (Records and Archives Management Programme, RAMP).
Les grands éléments du programme RAMP correspondent aux thèmes généraux du Programme général
d’information et contribuent à sa réalisation. Aussi le RAMP comporte-t-il des projets, études et autres activités
visant à:
- élaborer des normes, règles, méthodes et autres instruments normatifs pour le traitement et le transfert de
l’information spécialisée et la création de systèmes d’information compatibles;
- permettre aux pays en développement de créer leurs propres bases de données et d’accéder à celles qui existent déjà
de par le monde de façon à intensifier l’échange et la circulation de l’information par la mise en œuvre des
technologies modernes;
- promouvoir la mise en place de réseaux régionaux spécialisés d’information;
- contribuer au développement harmonieux de services et systèmes internationaux d’information compatibles;
- créer des systèmes nationaux d’information et améliorer les divers éléments de ces systèmes;
- formuler des politiques et des plans de développement dans ce domaine;
- former les spécialistes et les utilisateurs de l’information et développer le potentiel national et régional d’éducation
et de formation en sciences de l’information, en bibliothéconomie et en archivistique.
Cette étude a été réalisée au titre d’un contrat avec le Bureau international de l’IFLA pour la conservation
(Bibliothèque du Congrès) par Thomas A. Parker, docteur ès sciences, de la société Pest Control Services, Inc. Elle
traite des problèmes posés par la présence de micro-organismes, d’insectes et de rongeurs dans les bibliothèques et
les institutions d’archives, des habitudes et cycles de vie de ces agents destructeurs, des méthodes de reconnaissance
des dégâts qu’ils causent et de la meilleure façon d’organiser la lutte contre `eux dans les bibliothèques et les
archives.
Une partie de l’ouvrage est spécifiquement consacrée à la mise en œuvre d’une stratégie intégrée pour maîtriser ce
type de problèmes dans les bibliothèques, archives et lieux abritant des collections documentaires, ainsi qu’à la
supervision d’un tel programme. L’ouvrage se termine par quelques observations sur les coûts et avantages en jeu.
Le texte est complété par de nombreuses illustrations dont la liste, jointe à une bibliographie, clôt cette importante
étude.
Toute observation ou suggestion concernant cette étude sera la bienvenue, et doit être adressée à la Division du
Programme général d’information, UNESCO, 7 place de Fontenoy 75352 Paris 07 SP, France. On pourra se procurer
à la même adresse d’autres études réalisées dans le cadre du RAMP.

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Introduction

Objet de l’étude
La présente étude a été rédigée pour National Preservation Program Office de la Biliothèque du Congrès,
Washington DC, au titre d’un contrat passé avec la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et
des bibliothèques (IFLA, La Haye, Pays-Bas) et sous le parrainage de l’Organisation des Nations Unies pour
l’éducation, la science et la culture (UNESCO, Paris, France). Son objet est d’apporter de nécessaires
éclaircissements sur les problèmes posés par les rongeurs, insectes et micro-organismes qui s’attaquent aux fonds des
bibliothèques et archives. Il y sera traité des principaux agents de détérioration biologique présents dans ces
institutions, des dégâts qu’ils causent aux collections et des techniques de prévention et de défense à leur opposer,
ainsi que de la mise au point et du lancement d’un programme intégré de lutte contre ces agents destructeurs dans les
locaux abritant des livres et des documents d’archives.

Problématique
Plusieurs raisons portent les bibliothécaires et les archivistes à s’inquiéter de la présence d’insectes, de moisissures et
autres agents de détérioration biologique parmi les ouvrages et documents qu’ils ont en garde. La première est qu’ils
ont le devoir d’assurer la sauvegarde de ces fonds pour que l’humanité puisse continuer à les consulter. Or, les
insectes et les moisissures peuvent réduire un imprimé en poussière, faire disparaître des pages et des pages sous les
taches et auréoles et détruire reliures, couvertures et documents précieux.
Leur deuxième sujet de préoccupation est la perte financière qu’entraînent les insectes et moisissures. Les attaques
d’insectes peuvent prendre une intensité telle que l’atelier de restauration ne suffit pas à remédier aux ravages
commis par exemple par les larves de coléoptères qui se nourrissent de la colle et des autres constituants des reliures.
Les moisissures peuvent occasionner en très peu de temps des dommages très coûteux lorsqu’une rupture de
canalisation entraîne une inondation, qu’un incendie s’assortit d’importants dégâts des eaux, qu’une panne du
système de climatisation engendre une forte humidité ou qu’une inondation d’origine naturelle crée des conditions
favorables à leur prolifération. Ces dégâts sont coûteux parce qu’il faut non seulement remplacer les ouvrages et
documents abîmés mais aussi sauver, traiter et restaurer les fonds attaqués par les moisissures à la suite de sinistres
de ce genre.
La répulsion instinctive du personnel et du public à l’idée que des «bêtes» puissent les côtoyer dans les locaux est
une troisième raison de s’en préoccuper. Les souris, les blattes et autres insectes suscitent crainte et angoisse chez de
nombreuses personnes. Les gens ne veulent tout simplement pas travailler ni se rendre dans des lieux où ils pullulent.
Dans de nombreuses régions du monde, l’être humain n’admet plus leur présence.
Enfin, dernière considération entrant en ligne de compte: le respect de la réglementation applicable en matière de
santé et d’hygiène. Si certains organismes nuisibles ne menacent que les collections des bibliothèques, d’autres
peuvent être un risque pour la santé publique. Les infestations de rongeurs et de blattes préoccupent en particulier les
autorités parce que ces animaux peuvent transmettre des maladies à l’homme.

Les risques
Les organismes nuisibles ne font pas qu’endommager les collections et les bâtiments qui les abritent; ils peuvent
également être très nocifs pour les êtres humains. Partout où ceux-ci sont exposés à la présence de rongeurs, insectes
ou moisissures, il existe un risque qu’ils soient mordus ou piqués, amenés à toucher excréments et urines, contaminés
par des agents infectieux, voient leurs aliments polluer et souffrent de réactions allergiques. En outre, les
ectoparasites des rongeurs peuvent piquer l’homme et lui transmettre des maladies. L’entomophobie ou crainte des
insectes peut également être un sujet de préoccupation, s’agissant du personnel et du public.
Les fèces et l’urine déposés par les rats et les souris dans des lieux où ils risquent d’être touchés par des êtres
humains ou de contaminer la nourriture et l’eau qu’ils consomment peuvent transmettre diverses sortes d’agents
infectieux. Différents organismes cryptogamiques se développent dans des environnements contaminés par la fiente
de pigeon et de sansonnet et l’on sait que leurs spores transportées par le vent provoquent chaque année des
infections chez plusieurs centaines de personnes (Fraser et al., 1979). L’envahissement des êtres humains par les
puces qui accompagne l’invasion d’un lieu par des rongeurs, celle des bâtiments par les blattes et celle des
collections par les poux du livre sont la cause de malaises physiques, de gènes, de phobies et de risques de maladies.

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Les poils très fins des larves de certaines espèces de dermestidés entraînent des réactions allergiques chez l’homme
(Okumura, 1967). Et selon Richard Brenner, du Laboratoire de recherches sur les insectes nuisibles à l’homme et aux
animaux du Ministère de l’agriculture des Etats-Unis, situé à Gainesville en Floride, «On sait que 8 à 25 % de la
population totale et 70 % des asthmatiques sont allergiques aux blattes…»

Risques sanitaires liés à l’utilisation de pesticides dans les bâtiments


Dès l’apparition des pesticides de synthèse, qui étaient à l’origine principalement destinés à la lutte phytosanitaire
agricole, on s’est empressé d’en fabriquer des variantes pour combattre la présence des rongeurs et des insectes dans
les bâtiments. La découverte d’effets néfastes des pesticides sur la santé humaine n’a pas tardé à modérer
l’engouement initial pour les stratégies de lutte fondées exclusivement sur l’utilisation de ces composés chimiques.
Les conséquences de l’exposition chronique ou accidentelle à ces produits, ajoutées au fait que les organismes
nuisibles y sont de plus en plus résistants, sont un sujet de préoccupation majeure dans le monde entier.
Depuis les années 60, époque où les pesticides organo-chlorés ont été remplacés par des insecticides aux organo-
phosphates et aux carbamates, qui agissent plus vite mais sont aussi plus toxiques, il s’est produit un nombre
indéterminé de cas d’intoxication systémique due à une exposition excessive à ces produits (Davies, 1977). Les
effets de ces pesticides chez l’homme se font plus nettement sentir dans les régions du monde où l’information sur
les précautions d’emploi à observer n’a pas progressé au même rythme que la recherche chimique (Davies et al.,
1978). Des problèmes surviennent lors des manipulations et du mélange des concentrés chimiques, mais aussi à la
suite de leur application, les concentrations de produit transportées dans l’air formant des dépôts en surface.
Lorsqu’un insecticide est pulvérisé sur une surface à l’intérieur d’un bâtiment, les solvants et de petites quantités de
la substance active se volatilisent dans l’espace occupé par les collections et les êtres humains. Quoique faiblement
concentrés, ces produits chimiques peuvent se redéposer sur d’autres surfaces à bonne distance du lieu de leur
application initiale. De petites quantités de produit risquent également d’être inhalées par des êtres humains chez
lesquels elles peuvent provoquer des réactions pathologiques. La quantité de composé chimique libérée dans l’air est
d’autant plus forte que l’insecticide est volatil. Ces aérosols se déposent au bout d’un nombre d’heures ou de jours
variables selon leur mode d’application et l’insecticide proprement dit est finalement décomposé en plusieurs
éléments non toxiques par l’action de l’humidité atmosphérique et du rayonnement ultraviolet. Les intoxications
chroniques et accidentelles par ces produits ont pris une importance médicale égalant celle des intoxications aiguës
(National Academy Press, 1980).
C’est d’abord à propos des emplois agricoles des pesticides que l’on s’est inquiété de leurs effets sur la santé
humaine. A l’heure actuelle, on pense toutefois que l’exposition à ces produits est également importante en milieu
urbain, où la population menacée est non seulement différente mais aussi beaucoup plus nombreuse. En outre, les
composés chimiques utilisés par les citadins diffèrent souvent de ceux en usage dans l’agriculture et il est fréquent
qu’ils soient improprement employés.
Malheureusement, la préoccupation, quant à ses répercussions sur la santé que fait naître l’utilisation des pesticides
en milieu urbain, se fonde en grande partie sur leurs effets connus et documentés en milieu agricole; il n’existe
pratiquement aucune étude approfondie de leurs effets en milieu urbain (National Academy Press, 1980).
La présence de polluants chimiques dans les bibliothèques et les archives, en particulier après les vaporisations et
fumigations de produits toxiques contre les insectes et les moisissures, est un grand sujet de préoccupation. La
campagne en faveur d’une meilleure isolation des bâtiments provoquée par le renchérissement de l’énergie a fait
prendre conscience à bien des gens des dangers liés à la pollution chimique dans les lieux clos.

Mettre en œuvre un programme de lutte efficace et sans danger: responsabilités incombant aux
directions d’institutions
Les directions d’institutions doivent savoir qu’il n’existe aucune solution simple qui permette de prévenir et de
combattre au mieux les méfaits des agents de détérioration biologique dans les bibliothèques et les archives, avec un
minimum de risques pour les collections, pour le personnel et pour le public. Il faut faire appel simultanément à
plusieurs techniques si l’on veut mettre en place un programme de lutte dont l’efficacité soit maximale. L’expression
«lutte intégrée contre les agents de détérioration biologique» entend exprimer l’idée qu’aucun programme de lutte
contre ces agents ne saurait parvenir au résultat souhaité sans s’appuyer sur plusieurs approches conjuguées. Les
directions d’institutions doivent donc tabler sur ce type de stratégie si elles visent à la fois l’efficacité et la sécurité.

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Les bibliothèques et archives où sont stockés, consultés et exposés des livres, des imprimés, des manuscrits, des
cartes, des estampes, des photographies et autres documents divers ne sont pas sans point commun avec les
entreprôts agricoles où sont emmagasinées pour de longues périodes d’énormes quantités de denrées alimentaires.
Une bibliothèque où abondent les amidons, la cellulose et les protéines est le lieu de tous les festins pour les insectes,
les rongeurs et les micro-organismes. C’est aussi un endroit qui regorge de caches tranquilles où nidifier pour
d’autres insectes et animaux nuisibles qui ne se nourrissent pas directement des collections. C’est un milieu clos où
les aliments sont stockés à l’abri des rigueurs climatiques extrêmes et où les populations d’organismes nuisibles
particulières à ce micro-environnement sont aptes à proliférer de façon exponentielle et à commettre de véritables
ravages si les moyens de la lutte intégrée ne sont pas pleinement mis en œuvre pour les en empêcher.
Mieux vaut n’utiliser les produits chimiques comme moyen de lutte qu’en dernier ressort. L’emploi des pesticides est
réglementé et il s’y attache des dangers pour les utilisateurs et une responsabilité juridique pour la direction que
celle-ci ne doit pas ignorer. Si des êtres humains sont exposés à l’action de pesticides pendant des durées plus ou
moins longues, la direction court elle-même le risque d’être poursuivie en justice pour avoir provoqué des
pathologies réelles ou ressenties comme telles.
Il lui incombe donc de concevoir un bon programme de lutte intégrée qui comprenne les cinq actions clés suivantes
(Baur, 1984):
1. mettre en place pour l’établissement un programme ou un système d’inspection ou de surveillance permettant
d’être rapidement averti d’un problème éventuel;
2. déterminer l’étendue et la nature de tout problème éventuel, autrement dit identifier l’espèce animale ou le micro-
organisme en cause, sa population et les lieux où elle est présente;
3. concevoir un plan de lutte intégrée contre les agents de détérioration biologique afin de prévenir, maîtriser ou
éliminer le problème;
4. veiller à la mise en œuvre du plan conçu et être prêt à le modifier comme il convient;
5. assurer un suivi des actions.

Principaux agents de détérioration biologique des fonds de bibliothèques et


d’archives: leurs habitudes et leur cycle de développement
Nombreux sont ceux qui, au fil des siècles, ont observé l’existence d’insectes nuisibles aux livres et documents de
bibliothèque et en ont parlé dans leurs ouvrages. Il y a 2.200 ans, Aristote écrivait: «Dans les livres aussi, il y a des
animalcules, certains semblables aux larves que l’on trouve dans les vêtements, d’autres à des scorpions sans queue,
mais très petits.» Son «scorpion sans queue» était probablement le scorpion des livres (Chelifer cancroides). En
1922, déjà Reinicke estimait à plus de 800 le nombre des références à ce sujet faites par des écrivains, parmi lesquels
33 poètes.
En 1936, Weiss et Carruthers en dénombraient 439 dans leur bibliographie consacrée aux principaux insectes
bibliophages. Depuis lors, des centaines d’articles ont été publiés sur des sujets allant des anti-appétants (Zaitseva,
1987) aux programmes de protection des collections d’ouvrages (Dvoriashana, 1987). La prévention de la
biodégradation des documents de bibliothèque est un sujet qui suscite manifestement beaucoup d’intérêt.
Les attaques directes sont l’effet des rongeurs, des insectes et des moisissures, mais les collections peuvent aussi
souffrir indirectement de la présence d’autres vertébrés - d’oiseaux par exemple qui viennent y nicher. Les insectes
détériorent livres et papiers et s’en nourrissent, ce que font à l’état de larve et d’imago, les blattes, les poissons
d’argent, différents coléoptères, les termites, les mites et les poux des livres.
S’agissant des coléoptères, c’est essentiellement au stade larvaire qu’ils s’attaquent aux documents. Les larves
creusent le livre, au voisinage de la couverture et du dos, avec leurs mandibules et ingèrent le matériau, laissant
derrière elles une galerie remplie de poussière d’excréments. Lorsqu’elles ont achevé leur croissance, elles passent au
stade de nymphes, puis l’adulte sort du livre en se frayant un passage avec ses mandibules d’où l’apparition de petits
trous ronds à la surface du livre.
Nous étudierons ici les principaux facteurs biologiques d’altération des fonds de bibliothèque et d’archives. Les
espèces d’insectes ne sont pas forcément les mêmes partout dans le monde, mais d’une manière générale leurs
habitudes, leur cycle de vie et les dommages qu’ils provoquent peuvent être repérés et décrits en dépit de différences
mineures.

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Poissons d’argent et thermobies

Figure 1 - Le poisson d’argent, Lepisma saccharina L., est l’un des bibliophages les plus répandus (d’après
Kingsolver and Pest Control in Museums).
Le poisson d’argent ou lépisme (fig. 1) est l’un des insectes ravageurs les plus courants dans les bibliothèques et les
édifices en général. Il se nourrit de préférence de produits riches en hydrates de carbone (amidon) et en protéines. Il
recherche plus particulièrement les matériaux comme le papier, les produits d’encollage, les gravures, la colle, le
papier peint et le placoplâtre. Il lui arrive aussi de se nourrir d’étoffes à base de fibres végétales comme le lin, la
rayonne, le fil d’Ecosse et le coton, et en particulier de lin et de coton amidonnés. Il envahit parfois la farine et autres
produits à base de céréales.
L’un des plus primitifs de tous les insectes, le poisson d’argent, a une croissance sans métamorphose. 11 est long et
mince, en forme de carotte, avec un renflement du côté de la tête et l’arrière du corps qui va en s’amincissant.
Superficiellement, il a l’aspect d’un poisson, d’où son nom. Il possède des pattes courtes, de longues antennes et des
appendices en forme de queue à l’arrière corps. Il n’a pas d’ailes et son corps est généralement recouvert d’écailles.
Certains sont argentés, d’autres tachetés avec alternance de zones sombres et claires. Les jeunes ressemblent aux
adultes, taille mise à part. Ce sont des insectes qui peuvent vivre plusieurs années. Contrairement aux autres insectes,
le poisson d’argent continue de muer et de grandir à l’âge adulte. Il se cache ordinairement dans des endroits
sombres et fuit le contact direct avec la lumière du soleil. C’est pourquoi, dans les lieux habités, il n’est en général
actif que la nuit.
Le poisson d’argent peut explorer de vastes domaines en quête de nourriture, mais une fois qu’il a trouvé une source
à sa convenance, il demeure à proximité. Il s’attaque au papier, surtout au papier glacé. Il est friand des matériaux
d’encollage employés dans la fabrication du papier, qui peuvent contenir de l’amidon, de la destrine, de la caséine,
de la gomme et de la colle (Mallis, 1982). Il recherche les papiers peints et la colle qui les tient. Lorsqu’il s’y attaque
en grand nombre, le papier se décolle et peut présenter des zones plus minces. Ce sont souvent la colle, les produits
d’encollage et les encres qui attirent les poissons d’argent. Certains affectionnent le papier pelure et la cellophane,
négligeant le papier journal, le carton, imprimé ou non, et le papier d’emballage. Les papiers à base de pâte chimique
uniquement risquent davantage d’être attaqués que ceux qui comportent une partie de pâte mécanique. Les papiers à
pâte chimique très raffinée sont fréquemment la proie des poissons d’argent.
Parmi les nombreuses espèces de poissons d’argent existant dans le monde, 13 ont été identifiées aux Etats-Unis.
Certains préfèrent les endroits frais et humides, d’autres les endroits humides mais chauds. Ils déposent leurs œufs un
par un ou par deux ou trois. La ponte peut durer des jours, voire des semaines. Les œufs des espèces qui recherchent
les endroits frais et humides incubent 45 jours environ avant d’éclore. Le jeune poisson d’argent atteint l’âge de la
reproduction en trois ou quatre mois. Les températures de 22°C et plus favorisent le développement de ce type de
lépisme, mais à partir de 37°C les nymphes sont détruites. Les températures les plus propices à toutes ces variétés de

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poissons d’argent se situent entre 22° et 27°C, avec une humidité relative de 75 à 97 %. Certains peuvent, quand ces
conditions sont réunies, vivre jusqu’à trois ans et demi.

Figure 2 - La thermobie ressemble au poisson d’argent, mais elle affectionne les lieux clos, chauds et humides
(d’après Illinois Natural History Survey).
La thermobie (fig. 2) aime les températures beaucoup plus élevées: l’idéal pour elle se situe entre 32° et 40°C. On la
trouve généralement à l’intérieur ou aux alentours des fours, des fournils, des chaufferies et autres lieux très chauds.
Les thermobies et autres insectes apparentés sont lucifuges et détalent dès qu’on allume la lumière. Comme les
poissons d’argent, elles se réfugient dans les fentes et interstices pendant la journée.
Les thermobies ont un développement rapide; il leur suffit d’une période d’un mois et demi à quatre mois et demi
pour atteindre l’âge adulte. Elles déposent leurs œufs par paquets dans des fentes. Lorsque les conditions optimales
sont réunies, l’incubation dure douze ou treize jours. La thermobie peut passer par 45 à 60 stades de croissance au
cours de son existence (Sweetman, 1938). Les appendices abîmés repoussent toujours. Il est difficile de voir la
différence entre l’insecte adulte et l’insecte jeune. Les nymphes ne résistent pas au gel.Dans les climats tempérés, les
poissons d’argent ont tendance à migrer verticalement avec les saisons. Pendant les chaleurs estivales, ils descendent
dans les profondeurs des édifices à la recherche de la fraîcheur et de l’humidité et ils remontent vers les combles et
les étages supérieurs en automne et en hiver. Chauffer les espaces d’habitation d’un immeuble en hiver, ce qui a pour
effet de les assécher, contribue à réduire les populations de poissons d’argent. En outre, la chaleur élimine des parois
de plâtre et de placoplâtre les moisissures microspiques dont ils se nourrissent. Dans les sous-sols humides et, d’une
manière générale, dans les édifices en béton, le problème des poissons d’argent se pose été comme hiver.Il est
impossible de ne pas introduire de poissons d’argent dans une bibliothèque, dans la mesure où ils sont très fréquents
dans les usines de fabrication de carton et de placoplâtre et où ils recherchent les creux du carton ondulé employé
dans les emballages pour y pondre. Si le poisson d’argent adulte ne se nourrit pas à proprement parler de carton, il est
friand de la colle qui tient les boîtes. Il est clair que toute entrée de nouvelle boîte de carton dans une bibliothèque
s’accompagne nécessairement de l’arrivée d’un lot supplémentaire de poissons d’argent et d’œufs, dont l’éclosion va
donner de nouveaux individus qui peuvent, suivant les conditions dans lesquelles est entreposée la boîte, se répandre
largement en quête de nourriture.

Les «vers des livres»


L’expression «vers des livres» s’emploie pour désigner pratiquement tous les ravageurs qui s’attaquent aux livres,
des lépismes communément appelés poissons d’argent aux blattes et aux vers ou larves de coléoptères. Dans la
présente étude, l’expression «vers des livres» est réservée aux larves de coléoptères bibliophages. Les larves de
certaines espèces se nourrissent exclusivement de colle de pâte et de la colle forte du dos et des plats des reliures.
D’autres sont connus pour creuser des galeries pénétrantes à travers les pages elles-mêmes et peuvent, dans leur
quête de nourriture, passer d’un livre au livre voisin sur l’étagère.

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Le lasioderme du tabac (Lasioderma serricorne)


Cet insecte, cosmopolite, se nourrit de plantes médicinales, de cuir, d’épices, de matière végétale sèche, des
collections végétales, d’enveloppes d’épis de maïs, de chocolat, des miettes de petit déjeuner, de livres et de
manuscrits rares. A l’état d’adulte, ce coléoptère de couleur cannelle est couvert d’une pubescence blonde et sa tête,
repliée vers les bas, forme un angle droit avec l’axe du corps (fig. 3). La larve est un petit ver recouvert d’une pilosité
blanche, et pourvu de puissantes mandibules (fig. 4).

Figure 3 - Le lasioderme du tabac, Lasioderma serricorne (F.) tient sa tête repliée vers le bas; de ce fait la tête forme
un angle droit avec l’axe du corps (d’après Kurtz et Harris).

Figure 4 - La larve (ver) du lasioderme du tabac creuse par sa mastication des galeries qui s’emplissent d’une poudre
faite des matières organiques excrétées (frass) à mesure qu’elle évolue vers l’état d’adulte (d’après Peterson).
Les œufs sont déposés à proximité de la surface de la reliure ou sur les bords des feuilles et éclosent en l’espace de 5
à 6 jours. Les jeunes larves pénètrent dans le livre et creusent des galeries tout le long du dos de la reliure ou à
l’intérieur des plats. Une fois que la larve a atteint son plein développement, elle se rapproche avant la nymphose de
la surface extérieure. Elle creuse alors une loge nymphale où elle s’installe pour la métamorphose. Le coléoptère
adulte sort de cette loge en se frayant un petit trou vers l’extérieur. Il faut environ deux mois pour que le cycle de vie
s’accomplisse, du stade de l’œuf à celui de l’insecte adulte. Il n’est pas rare, notamment sous les tropiques, de
compter quatre générations par an quand ce n’est pas davantage.

La vrillette du pain (Stegobium paniceum)


La vrillette du pain infeste elle aussi livres et manuscrits; elle fait partie des «vers des livres» (fig. 5).

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Alors que la larve du lasioderme du tabac attaque plutôt le dos de la reliure et la colle forte qui tient ensemble le
corps d’ouvrage, celle de la vrillette du pain creuse souvent des galeries qui traversent les pages du livre ou en
sortent par les plats et le dos de la reliure. Ce mode d’infestation peut s’observer dans les bibliothèques aux magasins
humides. La présence de ces insectes constitue un danger pour les livres et exige une intervention rapide. Il ne faut
traiter que les livres sur lesquels on décèle de petits orifices ronds accompagnés de traces de poudre répandue sur les
livres et les rayonnages. Les petits trous ronds et noirs qui s’observent sur les livres anciens, en particulier sur les
livres antérieurs au XIXe siècle, et auprès desquels on ne trouve pas de poudre ne signalent pas d’activité d’insectes
et n’appellent aucune intervention.

Figure 5 - La vrillette du pain, Stegobium paniceum (L.), est une autre espèce d’insecte dont la larve et l’adulte
endommagent les livres (d’après Kurtz et Harris).
La vrillette du pain ne pond que sur les livres. L’état larvaire dure de quatre à cinq mois (fig. 6).

Figure 6 - La larve de la vrillette du pain creuse des galeries à travers les reliures, les plats et les corps d’ouvrages
(d’après Peterson).
Il faut en général sept mois pour que s’accomplisse le cycle biologique, c’est-à-dire que l’insecte passe du stade
d’œuf à celui d’adulte, en climat tempéré. Dans les climats plus chauds, on compte jusqu’à quatre générations par an.

Le coléoptère du livre du Mexique (Mexican Book Beetle )


Ce coléoptère brun foncé, trapu, est recouvert d’une pilosité fine et soyeuse. La larve a pratiquement la même taille
que l’adulte; elle est de couleur crème avec une tête brillante et des pièces buccales sombres. On la trouve
généralement recroquevillée en forme de C dans des tunnels encroûtés de poudre d’excréments. Cette espèce est
connue comme ravageur des livres et du cuir, particulièrement sous les tropiques. Des volumes anciens en papier fait
à la main ont subi de sérieux dégâts. Pour les ouvrages plus récents dont le papier a reçu une charge de kaolin (papier

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couché) et une charge chimique, les dégâts se bornent en règle générale aux reliures. Dans certains cas, les larves ont
un comportement cannibale, ce qui peut expliquer que l’on trouve très peu d’individus à l’intérieur des livres, malgré
l’ampleur des dégâts subis. D’abord les adultes pondent près des plats; ensuite, les larves mangent la colle à relier
puis la reliure elle-même: c’est l’infestation.

Ptinus fur
En 1776, Linné signale que cette espèce cause de sérieux dégâts dans les bibliothèques. En 1934, on a trouvé des
individus de cette espèce associés à des vrillettes du pain (Stegobium paniceum) dans une grande bibliothèque de
l’est des Etats-Unis. C’est une espèce cosmopolite que l’on trouve dans les réserves, les caves des maisons, les
musées, et les entrepôts où elle se nourrit de matières végétales et animales dont la farine, les graines de coton, la
laine, la fourrure, les vêtements, les racines, et les plantes sèches (Weiss et Carruthers, 1936). L’adulte (fig. 7) est
d’un brun rougeâtre et présente une villosité de couleur chocolat. Chez la femelle, les élytres se signalent par deux
taches composées de soies claires. La larve est semblable d’aspect à celle de la vrillette du pain. Le cycle de vie, les
activités et les dégâts occasionnés aux livres sont comparables. Ptinus clavifes, un coléoptère marron (fig. 8), signalé
dans trois parties du monde, passe pour préférer les livres reliés en cuir et en basane. En règle générale, ses galeries
s’observent à l’intérieur du cuir qui recouvre le dos des reliures.

Figure 7 - Ptinus fur (L.) est lui aussi bibliophage, les larves de ce coléoptère creusent des galeries à travers les
livres (d’après USDA).

Figure 8 - La larve de Ptinus clavipes, un coléoptère brun décrit par Panzer, est aussi un «ver de livres» (d’après
Mallis).

Les blattes
Plusieurs grandes espèces de blattes sont à l’origine d’importants dégâts dans les bibliothèques. Des matières fécales,
des traînées et des trous peuvent apparaître «du jour au lendemain». Ces insectes infestent les zones subtropicales et
tropicales de la planète, mais sont fréquents également dans les climats tempérés. Les blattes sont omnivores et l’on
ne peut dans certains pays établir sur parchemin aucun document légal à cause de leur goût pour ce matériau (Mallis,
1982). Certaines grandes espèces régurgitent un liquide de couleur foncée qui signale leur passage et leurs caches.

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Il convient de se méfier de ces insectes, non seulement à cause des dégâts qu’ils occasionnent aux fonds de
bibliothèques et d’archives, mais aussi parce qu’ils peuvent être porteurs de maladies. De nombreux ouvrages font
état de toute une série d’agents pathogènes présents dans leur organisme ou sur eux et dans leurs matières fécales. Il
existe plusieurs études récentes sur les allergies aux blattes, en particulier aux blattes germaniques et américaines.
Les blattes présentent une métamorphose progressive. Les œufs se forment dans un étui (oothèque) qui fait saillie à
l’arrière de l’abdomen de la femelle et à l’intérieur duquel ils sont disposés en une double rangée. Ils peuvent, une
fois l’oothèque déposée, éclore dans les 24 heures ou en un temps qui peut aller jusqu’à deux mois suivant l’espèce.
Lés larves qui en sortent sont dépourvues d’ailes et se déplacent en rampant à la recherche de nourriture. La blatte
deviendra adulte et capable de se reproduire après être passée par une série de stades.

La blatte américaine
La blatte américaine (fig. 9) se réfugie en général dans l’obscurité des cages d’ascenseur, gaines techniques, sous-
sols et faux plafonds pendant la journée, et en sort la nuit pour grouiller dans la bibliothèque et se nourrir des
ouvrages qu’elle contient. Longs de quatre à cinq centimètres, les individus de cette espèce, qui est la plus grosse des
espèces inféodées aux habitations, a des ailes d’un brun rougeâtre et présentent des taches claires sur le thorax. Ils
recherchent les lieux chauds et humides tels que chaufferies, canalisations de transport de vapeur, navires et égouts.
On en rencontre couramment dehors dans les zones subtropicales et tropicales, parfois aussi dans les zones
tempérées. On en a trouvé un jour qui prospéraient sous une épaisse couche de neige dans les ordures fumantes d’une
décharge à ciel ouvert à Waltham, Massachusetts, alors que la température extérieure était bien inférieure à zéro
(Mallis, 1982).

Figure 9 - La blatte américaine, Periplaneta americana (L.), est un redoutable ennemi des livres et du papier, en
particulier dans les régions chaudes de la planète (d’après Mallis).
La femelle de cette espèce pond une oothèque qu’elle dépose ou, parfois, colle sur des surfaces à l’air libre. Le
moment venu, les jeunes blattes éclosent, puis elles passent par une série de mues avant d’atteindre l’âge adulte, cette
période de croissance durant largement plus d’un an. La durée de vie de cette espèce, à partir du stade de l’œuf
jusqu’à la mort, est de deux bonnes années. L’habitude qu’a la femelle de coller ses oothèques sur des surfaces
soigneusement choisies accroît les risques d’introduction de cette espèce dans les bibliothèques à l’occasion de
livraisons. Dans le sud des Etats-Unis, on voit couramment les blattes américaines voleter çà et là autour des
réverbères. Dans le nord, elles ont un type de vol plus régulier.

La blatte orientale
La blatte orientale (fig. 10) est une blatte dont la couleur va du brun foncé au noir. Chez le mâle, les ailes ne
dépassent pas l’extrémité de l’abdomen, chez la femelle, elles sont pratiquement inexistantes. Les dégâts que cet
insecte provoque dans les bibliothèques sont comparables à ceux de la blatte américaine, à cette différence près qu’il
ne laisse pas derrière lui d’excréments en granules. Cette espèce préfère les endroits frais et humides tels que les
égouts, sous-sols, systèmes de climatisation et alentours des conduites d’arrivée d’eau et d’écoulement. Alors que
l’on trouve la blatte américaine un peu partout dans les étages des immeubles, la blatte orientale ne fréquente guère
que les étages inférieurs et les surfaces horizontales, car elle ne peut, n’ayant pas de ventouses aux pattes, grimper le

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long des surfaces verticales lisses. Toutes les espèces ont par contre des griffes aux pattes qui leur permettent de
grimper le long de surfaces irrégulières. Comme la blatte américaine, la blatte orientale est connue pour être grégaire.

Figure 10 - La blatte orientale, Blatta orientalis (L.). A gauche: le mâle; à droite: la femelle. On notera l’absence
d’ailes chez cette dernière (d’après Mallis).
Moins méfiante et moins vive que les autres espèces, la blatte orientale inspire un dégoût extrême à cause de son
habitude de se promener dans les égouts et de vivre dans la saleté. Pendant les mois chauds de l’année ou dans les
zones tropicales ou subtropicales, elle peut pénétrer dans un immeuble en se faufilant sous une porte d’entrée ou par
les conduites d’aération ou les ventilateurs. Les vide-ordures intérieurs et les incinérateurs en sont souvent infestés.
La femelle peut porter son oothèque, qui est de couleur brune, 30 heures durant. L’oothèque contient deux rangées de
huit œufs chacune. La femelle la dépose dans un endroit chaud et abrité, proche d’une source de nourriture. A la
température ambiante, la période d’incubation est de 60 jours environ. Il faut à peu près un an à ce type de blatte
pour atteindre l’âge adulte, après quoi elle vivra un maximum de six mois.

La blatte australienne
La blatte australienne (fig. 11) ressemble beaucoup à la blatte américaine, mais elle s’en distingue par sa taille,
légèrement plus petite, ainsi que par les taches jaunes clairement visibles qui bordent son thorax et les lignes jaune
clair qu’elle porte sur les côtés à la base des élytres. Elle affectionne les endroits chauds et humides. Bien que cette
espèce soit commune dans les régions à climat plutôt tropical, on l’a repérée plus au Nord dans des immeubles
chauffés jusqu’au Canada. Chez cette espèce, l’oothèque contient 24 œufs disposés en deux rangées de 12 œufs
chacune. Une fois l’oothèque pondue, il faut environ 40 jours aux larves pour éclore. Il leur faut ensuite près d’un an
pour atteindre l’âge adulte. Comme les autres grandes espèces de blattes, la blatte australienne se nourrit volontiers
de couvertures de livres et de papier.

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Figure 11 - La blatte australienne, Periplaneta australasiae (Fabr.), présente des taches jaune vif qui la distinguent
de la blatte américaine (d’après Mallis).

La blatte germanique
La blatte germanique (fig. 12) est probablement l’espèce la plus répandue dans le monde. Elle fréquente d’ordinaire
les cuisines, les magasins d’alimentation, les lieux où l’on prépare de la nourriture, les cantines et les restaurants.
Elle se cache dans les fentes et interstices dans la journée et se promène la nuit à la recherche de nourriture. On la
trouve habituellement à proximité de sources d’humidité.

Figure 12 - La blatte germanique, Blattella germanica (L.) envahit normalement les endroits où l’on manipule de la
nourriture et n’endommage pas les ouvrages de bibliothèques (d’après Mallis).
La femelle porte l’oothèque jusqu’à ce que les œufs soient prêts à éclore. L’oothèque, qui contient jusqu’à 50 œufs,
se fend alors dans le sens de la longueur, permettant aux jeunes blattes de s’en extraire. Parfois, ces dernières sortent
de l’oothèque, alors que celle-ci est encore engagée dans l’abdomen de la mère. Cette espèce atteint l’âge adulte en
trois mois environ au cours de son existence, qui peut dépasser 200 jours, chaque femelle pond quatre ou cinq
oothèques.
Il est très facile pour une bibliothèque, surtout si elle possède une cantine ou une salle réservée pour les repas, d’être
infestée par des blattes germaniques. L’infestation peut avoir pour origine des oothèques déposées dans des cartons,
sur des produits alimentaires et autres. Bien que cette espèce ne détériore généralement pas les ouvrages de
bibliothèques et documents d’archives, elle constitue manifestement une nuisance et peut véhiculer des germes
pathogènes.

Les psoques ou poux des livres


Il existe des poux des livres partout dans le monde. Ce sont de minuscules insectes de un à deux millimètres de long.
La plupart de ceux qui infestent les livres et le papier sont dépourvus d’ailes. Les poux des livres (fig. 13)
ressemblent à première vue aux poux des oiseaux, mais ce ne sont pas de vrais poux. On les voit d’ordinaire détalant
ici et là dans les livres et papiers, surtout dans les lieux humides, ainsi que dans les entrepôts, les herbiers et les
collections entomologiques.
Leur présence est certes gênante, car on risque de tacher les documents en les écrasant entre les pages, mais les poux
des livres ne causent généralement pas de dégâts sensibles. Pendant les mois chauds de l’année, ils prolifèrent dans
les lieux chauds, humides et tranquilles. Dans les zones tempérées de la planète, lorsque les immeubles sont chauffés
l’hiver, les populations de poux des livres sont radicalement diminuées, car l’élimination de l’humidité par la chaleur
freine le développement des moisissures dont ces insectes se nourrissent.
Figure 13 - Le pou des livres est un minuscule insecte au corps mou qui se nourrit des moisissures microscopiques
qui se développent sur les ouvrages de bibliothèques exposés à l’humidité (d’après Kingsolver and Pest Control in
Museums).

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Les psoques se nourrissent de moisissures microscopiques. Tout ce qui est d’origine végétale - meubles, papier ou
livres - peut, si on l’entrepose dans un local humide, se couvrir d’abondantes moisissures, qui favorisent à leur tour la
prolifération des psoques (Mallis, 1982). Ces derniers sont friands d’amidon, de colles d’amidon ainsi que des colles
utilisées en reliure et pour la pose des papiers peints. Contrairement aux véritables poux, ils ne piquent pas les
humains. On a beaucoup de chances d’en introduire dans un immeuble avec du mobilier, des caisses, des livres et du
papier, qui tous peuvent porter les micro-organismes dont ils se nourrissent. Ils se cachent dans l’obscurité, à l’abri
des moulures et des plinthes, sous les planchers et à l’intérieur des cloisons, derrière les fils et accessoires électriques
et les tuyaux de plomberie ainsi que, très souvent, dans les gaines d’isolation des tuyauteries.

Le pou des livres le plus répandu se reproduit par parthénogénèse, c’est-à-dire sans s’accoupler. En fait, on n’a pas
identifié de mâle chez certaines espèces. Lorsqu’il sort de l’œuf, l’insecte est très petit et relativement peu mobile.
Au fur et à mesure qu’il mue et se développe, il prend une couleur un peu plus grise. Il vit en moyenne 110 jours s’il
n’est pas tué par le froid. Dans un milieu où l’humidité relative est constamment faible (au-dessous de 35 %), le pou
des livres se dessèche et meurt.
Dermestidés
Les anthrènes, les dermestes et les attagènes (fig. 14) appartiennent à la famille des dermestidés. Les dermestes s’en
prennent en particulier aux peaux, cuirs, viandes et autres produits animaux du même ordre. Dans ce genre, on citera
le dermeste du lard ou dermeste noir. Les dermestes ne se rencontrent que rarement dans les ouvrages de
bibliothèque. Leur présence en grand nombre dans des livres dont ils avaient ravagé les couvertures a toutefois été
signalée (O’Connor, 1898). Vu les habitudes alimentaires ordinaires de ces coléoptères, on peut penser que les
reliures en cuir sont particulièrement vulnérables à leurs attaques.
Les anthrènes sont beaucoup plus petits que les dermestes et sont des destructeurs communs des objets contenant des
protéines tels que les lainages, tapis, meubles capitonnés, spécimens de musées, etc. La plupart des adultes se
nourrissent essentiellement de pollen et de nectar. Les larves sont responsables des dommages causés à certains
documents de bibliothèques. Des espèces telles que Anthrenus scrophularial, Anthrenus flavipes, Anthrenus verbasci
et Trogoderma inclusum, de plus grande taille, ainsi que l’attagène Attagenus megatoma se rencontrent très
couramment dans les musées, les bibliothèques et les collections diverses.
Diverses sources de protéines servent d’aliments aux larves des anthrènes. On les voit couramment dévorer la
garniture de feutre des boîtes où sont conservés les livres rares ou des présentoirs d’exposition, les chapeaux et
accessoires en feutre, les articles en laine de toutes sortes, les tapisseries, broderies ou ouvrages à l’aiguille, les
plumes y compris celles qui garnissent les nids d’oiseaux, les tapis, les objets en corne, les fanons de baleines, les
piquants de porc-épic, les nids de guêpes, frelons et autres vespidés, les cadavres d’insectes et de rongeurs, les
cheveux et fourrures, les cuirs et daims souples, les soieries, les reliures en cuir de livres, les animaux et oiseaux
empaillés, les mues de serpents, les sièges rembourrés de crin, les brosses et polissoirs à chaussures, les plumeaux et
des matériaux isolants à base de feutre de laine. On a observé la destruction par Thylodrias contractus, d’estampes
précieuses de la National Gallery, à Ottawa (Canada) (MacNay 1950).
Les larves sont petites et présentent des segments très visibles et de nombreux poils et piquants. La larve d’Attagenus
megatoma a l’aspect d’une carotte longiforme et est d’ordinaire de couleur orange. Les autres insectes du même
genre ont le corps plus court et sont généralement de teinte sombre. Les larves de ces insectes recherchent de
préférence leur nourriture dans les endroits obscurs tels que la base des poils des tapis épais ou le dessous des
meubles. Elles laissent derrière elles de nombreuses mues au cours des quatre à cinq mois qui précèdent la

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nymphose. Elles se nymphosent dans la dernière dépouille larvaire et se métamorphosent en adultes dont la durée de
vie est d’environ un mois après l’émergence. La femelle meurt en général quelques jours après avoir pondu ses œufs.
Teignes des vêtements ou mites
Les larves des mites peuvent causer des destructions dans les bibliothèques où elles se nourrissent d’objets ayant une
forte teneur protéique. Elles sont particulièrement friandes des carcasses d’animaux, fourrures, plumes, cheveux,
laine, cadavres d’insectes, spécimens naturalisés, coussins rembourrés de plumes, tapisseries et tapis, du feutre et
parfois des reliures de livres.

Figure 14 - Différentes formes adultes et larvaires de dermestidés fréquentant les bâtiments abritant des livres et
documents et les abords. Attagènes: A. Attagenus megatoma (F), B. Thylodrias contractus (Motschulsky), C. Reesa
vespula (Milliron), D. Trogoderma inclusum (LeConte). Anthrènes: E. Anthrenus verbasci (L.), F. Anthrenus
scrophulariae (L.) et G. Anthrenus flavipes (LeConte). Illustrations A. B. C. D. et G., d’après Kingsolver et Pest
Control in Museums). (Illustrations E. et F., d’après Mallis).
Quatre espèces de mites ou teignes sont dangereuses pour les musées, les bibliothèques et les collections. Il s’agit de
la teigne des vêtements Tineola bisselliella, de la teigne des pelleteries Tinea pellionella, de la mite des tapis dite
encore mite tapissière ou des fourrures, Trichophaga tapetzella et de la teigne brune domestique Hofmanno phila
pseudospretella.
Figure 15 - Diverses teignes des vêtements connues pour infester les fonds des bibliothèques. Leurs larves se
nourrissent de matières à haute teneur protéique.

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A. Teigne des pelleteries, Tinea pellionella (L.)


B. Mite des tapis, Trichophaga Tapetzella (L.)
C. Mite des vêtements, Tineola bisselliella (Hum.)
(d’après Mallis).
La mite des vêtements (Tineola bisselliella)
La plus connue de ces quatre espèces de teignes est la mite des vêtements que l’on rencontre dans le monde entier.
Ses larves ont l’habitude de filer, confectionnant des tunnels et pistes de soie à mesure qu’elles rongent le tissu. En
outre, leurs déjections en granules sont généralement agglutinées en grappes par la toile de soie qu’elles produisent.
Ces larves qui sont des chenilles blanchâtres à capsule céphalique brune s’alimentent en général dans les lieux
sombres et clos.

Les mites des vêtements adultes volent bien mais ne le font guère que dans les lieux sombres. Ce sont plutôt les
mâles qui volent, les femelles ayant plutôt tendance à marcher. On connaît des cas d’adultes capables de voler
jusqu’à une altitude de plus de 90 m pour pénétrer dans les immeubles et en particulier les greniers. Les femelles
pondent de 40 à 50 œufs. Elles les déposent dans les lieux sombres ou la nuit. Elles meurent après la ponte. Après
éclosion, les larves se mettent immédiatement à dévorer tout ce qu’elles rencontrent comme aliment convenable. Les
nouvelles-nées peuvent se faufiler dans toute ouverture d’un diamètre supérieur à 0,01 mm, ce qui leur permet de
pénétrer dans les boîtes apparemment les plus étanches. Parvenues à maturité, les larves filent un cocon nymphal de
soie où elles se transforment en mites adultes. Le cycle séparant deux pontes s’étale sur 5 à 9 mois et peut dépasser 2
ans si la larve est conduite à entrer en diapause.
La mite des pelleteries (Tinea pellionella)
Cette espèce est loin d’être aussi commune que la précédente mais on la rencontre dans les carcasses d’oiseaux et de
rongeurs, les tapis persans et les tentures murales et tapisseries d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. De teinte
brunâtre, elle présente des taches noires peu distinctes sur les ailes. Sa larve file un fourreau de soie entrelacé de
fibres de l’article dont elle se nourrit. Quand la larve se déplace, elle transporte ce fourreau avec elle et meurt si elle
en est séparée. La larve ne fabrique pas de tunnel de soie au fur et à mesure qu’elle s’alimente comme le fait celle de
la mite des vêtements.
Son cycle de vie est sensiblement le même que celui de la mite des vêtements. Lorsque la larve atteint la maturité et
est prête à se nymphoser, elle abandonne souvent l’article dont elle se nourrit et fixe son cocon de soie à des objets
situés à une certaine distance. L’infestation se propage ainsi couramment d’un lieu à l’autre.
La mite des tapis (Trichophaga Tapetzella)
Cette espèce est beaucoup plus rare que les deux précédentes et présente des marques distinctives qui permettent de
l’en différencier aisément. La larve ne fabrique pas de fourreau mais confectionne un tunnel de soie ou creuse des
galeries dans le matériau dont elle se nourrit. Ce tunnel, ajouté à l’action dévoreuse de l’insecte, cause beaucoup de
dégâts aux objets infestés.

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On peut voir les adultes voler d’avril à juin; ils s’accouplent presque immédiatement après l’émergence. La femelle
pond de 60 à 100 œufs. Le stade larvaire perdure tous les mois d’été. La larve construit un cocon grossier pour la
nymphose. Il peut y avoir une ou deux générations par an.
La mite brune domestique
Cette espèce, présente dans de nombreux pays du monde, se nourrit de matières animales et végétales. Au stade
larvaire, elle ronge principalement les capitonnages, tapis, fourrures, peaux, spécimens séchés d’animaux, nids
d’oiseaux, plantes et fruits séchés et parfois les livres. On en a vu endommager des reliures en cuir.
Son cycle de vie est d’une durée extrêmement variable qui dépend surtout des variations de température. La durée
d’incubation des œufs varie de 8 à 110 jours et celle du stade larvaire de 71 à 145 jours. La larve peut entrer, avant la
nymphose, dans une phase de résistance à la dessiccation qui peut durer des mois. Le cycle de vie complet dans la
nature s’étend en général sur 11 à 13 mois.
On a observé des dégâts considérables causés par cette mite comme aux livres reliés en toile (Chrystal, 1932). En
l’occurrence, ce sont les livres situés sur les rayons les plus proches du plancher qui avaient subi les dégâts les plus
graves, dégâts qui étaient moins marqués et finissaient par être inexistants à mesure que la distance au sol
augmentait. Les déprédations des larves se manifestaient par des trous réguliers de profondeur variable dans la
reliure et des dégâts du même type sur la face interne des couvertures. Les rayonnages contenaient de grosses
quantités de déjections et des traces de fils de soie. On a trouvé également des cocons sur les rayonnages, dans les
galeries creusées sur la face externe des reliures et entre les couvertures et les feuilles de garde.
Termites
De nombreuses sortes de termites existent de par le monde (fig. 16): Termites de bois sec, de bois humide, des
meubles, termites souterrains, de Formose, des déserts pour n’en citer que quelques-uns. Les termites vivent en
colonies, sont des insectes sociaux et répartissent les tâches entre plusieurs castes spécialisées. Ils se déplacent dans
des galeries où la lumière solaire ne pénètre pas et qui les protègent contre un dessèchement excessif (Mallis, 1982).
Certains ont besoin de bois humide pour survivre, d’autres construisent leurs nids dans le sol et se déplacent entre la
source de bois et la colonie; d’autres, enfin, peuvent passer toute leur vie dans les pièces de charpente des maisons ou
dans des livres sans jamais prendre contact avec le sol ni aucune source d’approvisionnement en eau.
Les termites ouvriers rongent le bois, petit fragment par petit fragment et le digèrent en faisant appel à toute une
panoplie d’amibes, de bactéries, de spirochètes et de champignons. Es régurgitent ensuite cette matière digérée pour
nourrir le reste de la colonie.
Les termites se nourrissent presque exclusivement de matières cellulosiques. Aussi les ouvrages de bibliothèques qui
se composent surtout de cellulose constituent-ils pour eux des mets de choix. La colonie s’attaquera à la charpente
même de l’édifice et aussi aux produits en papier de toute sorte. Les termites peuvent causer des ravages énormes
dans les réserves où les collections ne sont que très rarement inspectées.

Figure 16 - Reine de remplacement (à gauche); ouvrier (au centre); et soldat (à droite) du termite souterrain oriental
(d’après Mallis).
Les termites souterrains
Les termites souterrains commettent tous les ans, dans le monde entier, des millions de dollars de dégâts dans les
bâtiments et les collections. Ils construisent leur nid dans le sol ou dans le bois ou les matières végétales en contact
avec le sol. Ils sont capables d’atteindre le bois et les matières cellulosiques situés au-dessus du sol en se déplaçant à
l’intérieur de tunnels protecteurs de terre édifiés par les ouvriers. Ils sont presque toujours reliés ainsi à la colonie.
On connaît de rares cas où ils se sont installés durablement dans du bois mouillé en zone humide sans aucun
raccordement au sol. Les ouvriers maçonnent de la terre et du bois triturés avec de la salive et des excréments

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liquides pour constituer une espèce de ciment boueux. La construction de tunnels est caractéristique des termites
souterrains et facilite le repérage des dégâts qu’ils causent.
Les ouvriers sont la seule caste du système social capable d’ingérer les matières cellulosiques et de les digérer. Ils les
régurgitent après digestion pour nourrir les nymphes ouvrières, les soldats, les rois et les reines, les sexués de
remplacement et les individus ailés. Si une section de la colonie se trouve, pour une raison ou une autre, isolée du
reste, les sexués de remplacement assument la fonction de ponte dans la nouvelle colonie. Les mesures de lutte
contre les termites visent à séparer la colonie de sa source de nourriture par des barrières chimiques placées dans le
sol.
Les termites de bois sec
A la différence des termites souterrains qui ont besoin d’humidité et d’un contact avec le sol, les termites de bois sec
peuvent coloniser des éléments de charpente, des meubles aussi bien que des réserves entières d’objets faits de
matière cellulosique. Ils se cantonnent dans les régions chaudes du monde où de multiples colonies peuvent cœxister
dans un même bâtiment. Alors que les termites souterrains se nourrissent plutôt du jeune bois de printemps dont ils
suivent le fil, les termites de bois sec vident le bois de part en part.
L’une des caractéristiques distinctives de ces termites est que les ouvriers laissent des déjections en forme de
granules. Celles-ci sont souvent évacuées des galeries en voie de creusement par un ou plusieurs petits trous et
rassemblées en un tas conique régulier. Divers moyens, dont la fumigation des bâtiments à l’aide de substances
chimiques, sont utilisables pour lutter contre les termites de bois sec.
Souris
Le rongeur que l’on rencontre le plus communément dans les bibliothèques est la souris domestique (fig. 18). Il
semble que cette espèce puisse envahir pratiquement tous les bâtiments construits par l’homme. Dans les
bibliothèques, les souris déchiquettent les papiers et les livres pour faire nid et les souillent d’urine et de fèces. Les
souris se multiplient très rapidement. Lorsqu’elles meurent, leurs cadavres servent de nourriture aux dermestidés et
peut-être aux mites. Les souris ne se contentent pas d’attaquer directement les collections, il arrive qu’elles
grignotent les gaines isolantes des fils électriques, provoquant des courts-circuits qui risquent de déclencher des
incendies. Les souris sont en outre porteuses de maladies et d’ectoparasites divers transmissibles également par le
contact avec leur nid.

Figure 18 - Souris domestique, Mus musculus linnaeus (d’après Mallis).


La souris domestique est un animal qui se montre peu et est généralement actif la nuit. Elle se cantonne dans un
territoire restreint autour de son nid, dans un cercle d’environ 9 mètres. Les mâles sortent rarement de leur territoire
et c’est pourquoi il faut axer la lutte sur les endroits où l’on a trouvé des excréments. Les souris vivent dehors toute
l’année mais elles pénètrent dans les bâtiments, en particulier à l’automne sous les climats tempérés.
Parvenues à maturité sexuelle au bout de 35 jours, elles ont des portées de six petits en moyenne. Les femelles
peuvent mettre bas tous les 50 jours environ. Les nids collectifs, partagés par plusieurs femelles et leurs nichées
accumulées, ne sont pas rares. Les souris se reproduisent toute l’année à l’intérieur des maisons. Lorsqu’elles vivent
dehors, leur reproduction est saisonnière avec des pointes au printemps et à l’automne.
Les souris se nourrissent de divers aliments fournis par l’homme, ainsi que des cadavres d’insectes qu’elles trouvent
à l’intérieur des bâtiments. On a constaté qu’elles étaient cannibales. Elles n’ont apparemment pas besoin d’eau mais

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s’abreuvent lorsqu’elles en trouvent. Lorsque leur alimentation est riche en protéines, elles doivent la compléter par
des liquides. Au cours de leur activité nocturne, elles sèment des crottes sur tout leur parcours. D’autres indices de
l’infestation d’un local par des souris sont les traces de dents laissées sur les objets qu’elles ont rongés, la présence
de petits trous auréolés de taches dans les planchers et les murs, et une âcre odeur d’urine.
Rats
Divers espèces de rats réparties sur tout le globe sont susceptibles d’envahir les bâtiments dans leur quête d’un abri et
de nourriture. En région urbaine, l’espèce la plus commune est le surmulot dit aussi rat gris ou rat d’égout (fig. 193.
Les rats sont redoutables pour les fonds des bibliothèques car ils rongent les papiers, les livres et les objets analogues
pour confectionner leurs nids avec les débris. Ils peuvent également endommager les bâtiments mêmes en creusant
des trous dans les bois de charpentes, les portes et les fenêtres, etc., pour se frayer un chemin vers les lieux où ils
trouveront de quoi se nourrir, s’abreuver et nidifier à leur convenance.
On connaît bien les maladies transmises par les rats. Ce sont la peste, le typhus murin, les jaunisses infectieuses, le
sodoku, la trichinose et d’autres.
La femelle creuse souvent dans les sols meubles un réseau de terriers où elle élève ses petits. Celui-ci est
généralement situé à l’extérieur d’un bâtiment, dans un lieu abrité. Les rats étendent parfois ces galeries jusque dans
les vides sanitaires sous les bâtiments. Dans certains cas, ils s’infiltrent dans les réseaux d’égouts et pénètrent dans
les bâtiments par les tuyauteries. Bons grimpeurs, ils entrent même à l’occasion dans des édifices par des ouvertures
situées au-dessus du sol.
Le surmulot est un animal qui aime l’humidité et vit par nécessité près de l’eau. Il est omnivore mais manifeste une
préférence pour les céréales, les pommes de terre, les fruits et les œufs. Ses excréments présentent la couleur des
aliments qu’il a consommés au cours des trois journées précédentes.
Les rats peuvent se reproduire à n’importe quel moment de l’année. Une portée moyenne comprend d’ordinaire six à
huit jeunes. La femelle met bas trois à six fois par an en moyenne. A la naissance, les petits sont glabres, roses,
aveugles et sans défense. Ils ouvrent les yeux au bout de douze à quatorze jours et sont prêts à quitter le nid au bout
d’un mois environ.

Figure 19 - Le rat d’égout ou surmulot, Rattus norvegicus (Erxleben) (d’après Ware).


Champignons et moisissures
La présence de moisissures dans les collections est un problème qui se pose de manière répétée dans les
bibliothèques, en particulier sous les climats tropicaux et subtropicaux. Il apparaît lorsque des spores se déposent sur
un substrat à une température favorable, dans une atmosphère suffisamment humide pour qu’elles amorcent leur
germination.
De fins brins de mycélium sortent alors des spores, envahissant le substrat et l’utilisant comme aliment. Le mycélium
sécrète des enzymes liquides qui dissolvent le substrat, cette substance nutritive étant utilisée pour produire
davantage de mycélium et, en fin de compte, des millions de spores nouvelles.

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Chaque mètre cube d’air contient des milliers de spores de moisissures qui se déposent tous les jours sur les surfaces
et les objets dans les bibliothèques. Il est donc généralement inefficace de tenter de lutter contre la moisissure au
moyen de produits chimiques divers. Des produits tels que le thymol, l’orthophénylphénol, l’alcool, et l’eau de javel
diluée détruisent certaines des spores et une partie du mycélium présents sur la surface traitée. Mais dès que ces
produits se sont volatilisés, l’objet redevient vulnérable à l’action des nouvelles spores qui s’y déposent. Si les
conditions s’y prêtent, ces spores germent et produisent de nouvelles moisissures. Les substances chimiques de cette
nature sont sans effet rémanent contre les champignons ou leurs spores.
De même, la fumigation des objets dans une enceinte au moyen de gaz toxiques n’a pas d’action persistante
antimoisissures. Les fumigations qui sont effectuées dans les bibliothèques sont donc bien souvent inutiles. Le seul
moyen efficace de retarder et d’éliminer les poussées de moisissures consiste à modifier l’environnement produisant
les conditions qui les favorisent au départ. Lorsqu’une spore se dépose sur un substrat impropre à sa croissance, dans
des conditions d’humidité et de température qui ne peuvent en déclencher la germination, elle finit pas se dessécher
et par mourir. Tant que l’état du substrat et du micro-environnement ne sont pas propices à leur germination, les
spores ne germent pas et aucune moisissure ne se forme. Lorsque des objets sont moisis, il suffit de les placer dans
un lieu plus sec pour arrêter la croissance de la moisissure et, finalement, dessécher et faire mourir les spores.

Identification des dommages causes par les agents de détérioration biologique dans
les bibliothèques, les archives et leurs collections
Tout programme intégré de lutte contre les agents de détérioration biologique doit commencer par une inspection
complète des bâtiments et des collections, afin de déterminer les problèmes passés, présents et potentiels. Le plus
difficile dans ce type d’inspection est, une fois que l’on a détecté des dommages ou des signes de prolifération, de
savoir s’il s’agit d’un problème présent ou d’une attaque ancienne qui a cessé. Les trous et les galeries creusés dans
un livre ne disparaissent pas avec les insectes ou les rongeurs qui les ont faits. Seul un œil exercé peut voir si les
agents destructeurs sont encore là et si la situation justifie une intervention.

Poisson d’argent
C’est en s’en nourrissant que les poissons d’argent détériorent le papier. Ils provoquent dans les zones où ils
sévissent un amincissement caractéristique du papier par plaques irrégulières. Le poisson d’argent n’ayant pas de
force dans les mandibules, il se positionne à la surface du papier et l’abrase progressivement. Par endroits, il y fait
des trous, mais ailleurs, au lieu de le percer, il en réduit l’épaisseur ou en fait simplement disparaître le texte.
Lorsque les poissons d’argent mangent des documents imprimés, ils laissent souvent après eux de fines déjections
sous forme de granules de couleur noire, qui font penser à de minuscules crottes de souris. Si l’on observe ces
déjections à la loupe, on distingue sans mal ces granules. Ces excréments s’accumulent sous les ouvrages ou
peuvent, dans les zones obscures, être éparpillés à l’air libre. On en trouve aussi à l’intérieur des boîtes de rangement
en carton neutre, ainsi que - et là, en grandes quantités - dans les combles isolés avec de la cellulose (papier journal
lacéré).

Les «vers des livres»


Les dégâts causés aux livres par les coléoptères qui s’en nourrissent sont essentiellement dus aux larves dites vers
des livres. L’adulte pond en général ses œufs sur les plats ou le dos de la reliure et les larves à peine écloses
commencent à creuser une galerie en remontant à l’intérieur du dos de la reliure, entre les plats et la feuille de garde.
Ces galeries, encroûtées de poudre excrétée, restent invisibles tant que l’on n’ouvre pas le livre. Leur diamètre, assez
faible au départ, augmente à mesure que la larve grandit, mue après mue.
Il suffit d’inspecter les rayonnages à la lumière d’une lampe de poche pour déceler des signes d’infestation par les
vers des livres. En effet, il se forme sur les étagères des tas de poudre excrétée par les larves qui se nourrissent du
livre et par les adultes qui le broyent avec leurs mandibules pour en sortir. Cette poudre est de même couleur que les
plats de la reliure. On peut observer ces tas soit au pied du livre, sur l’étagère, soit sur la tranche supérieure du livre,
près des bords des plats, si le livre est posé verticlament sur l’étagère. Ces tas de poudre sont un signe de la présence
d’insectes vivants.
Les petits trous ronds que l’on voit sur le dos, les plats ou les pages d’un livres, forés par les larves ou par les adultes
au moment de l’émergence dureront autant que le livre, même si l’infestation «active» a cessé, ce qui est possible. Si

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l’on ne trouve aucun tas de «poudre» ni sur le livre ni à côté de celui-ci, l’infestation n’est plus active et n’appelle
donc pas d’intervention. Souvent, on soumet à d’inutiles fumigations des livres sur lesquels s’observent d’anciennes
traces laissées par des «vers de livres» morts depuis longtemps.
Les «vers des livres» ont besoin de beaucoup d’humidité; souvent l’infestation cesse tout naturellement lorsque l’on
déménage des livres infestés pour les installer dans des locaux plus secs.

Les blattes
Ce sont surtout les grandes espèces comme les blattes américaines, australiennes et orientales, qui endommagent les
livres en s’en nourrissant. La blatte américaine est probablement celle qui occasionne le plus de dégâts dans les
couvertures des ouvrages et dans le papier. Les grosses blattes ont de fortes mandibules avec lesquelles elles
tranchent des morceaux de couverture et de papier.
Les zones mangées par les grosses blattes ont un aspect déchiqueté et partent souvent des bords des magazines et
autres articles de papier. A force de grignoter, la blatte provoque de grandes perforations et dépressions d’aspect
irrégulier. Dans les couvertures des livres, les zones abîmées ressemblent de loin à de la moisissure, mais lorsqu’on
les regarde de plus près, on distingue aisément un effet de plis là où l’insecte a entamé le matériau avec ses
mandibules. Les blattes s’attaquent à la couverture et au dos des livres où les zones mangées ont l’aspect de grandes
plaques de formes irrégulières. Elles enlèvent souvent la couche superficielle et coupent les fibres des reliures de
toile. Quant au dos des reliures de cuir, elles peuvent le dévorer jusqu’au renfort.
Les blattes américaines laissent d’autres traces sur les livres et sur le papier dont elles se nourrissent. Tout en
mangeant, posées sur les documents, elles régurgitent un liquide brun. Ce liquide, qui contient des phéromones
chimiques qui ont un effet d’attraction sur leurs congénères, en une phéromone sexuelle. Souvent les blattes laissent
derrière elles des traînées et des gouttelettes en forme de larmes de ce liquide brun sur les livres et les documents.
Les blattes américaines peuvent aussi laisser des granules de déjections sur ou autour des produits dont elles se
nourrissent. Ces granules ont une forme très particulière et sont de la couleur de la matière dont la blatte se nourrit.
Ils sont le plus souvent de teinte foncée. Ils font environ trois à quatre millimètres de longueur et présentent des
extrémités arrondies et des stries longitudinales. Ces stries les distinguent nettement des crottes de souris
domestiques (fig. 31). Bien qu’elles soient de dimensions analogues, ces dernières sont généralement lisses et
pointues du bout.

Figure 31 - Crottes de souris domestiques et de blattes américaines. Ces dernières sont uniformes, arrondies aux
extrémités et présentent des sillons longitudinaux, tandis que les premières sont irrégulières, pointues et sans sillon.
On prend souvent les déjections de blattes américaines pour des crottes de souris, ce qui conduit à prendre des
mesures inadaptées. Si l’on se trompe et que l’on pose des appâts pour les souris, cela ne peut qu’aggraver la
situation, les grandes blattes se nourrissant volontiers d’appâts pour rongeurs sans être affectées par les substances
toxiques qu’ils contiennent.

Les psoques ou poux des livres


Comme on l’a déjà vu, les poux des livres ne se nourrissent pas à proprement parler de papier, mais des moisissures
microscopiques qui se développent sur ce dernier, lorsqu’il est stocké dans un local humide. Si l’on met les
documents dans un autre local, sec celui-ci, la prolifération de la moisissure s’arrête et les psoques disparaissent.

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Dermestidés
Les larves de dermestidés déposent sur l’objet dont elles se nourrissent des déjections caractéristiques qui
s’éparpillent dans l’air en une poudre uniformément constituée de minuscules granules. Ces excréments pulvérulents
ont la couleur de ce que les larves absorbent. S’il s’agit de cadavres d’insectes, ils sont généralement gris ou bruns.
S’il s’agit d’une matière colorée, les déjections ont la même teinte.
Les mues rejetées par les larves sont une autre trace de la présence de dermestidés. Ces coques vides sont
abandonnées par les larves lorsqu’elles passent d’un stade au suivant. Les larves de dermestidés vivantes et actives
s’enfuient rapidement lorsqu’elles sont exposées à la lumière, ou bien «font le mort» quand on les dérange. Les
objets rongés présentent une série de petits trous propres et irréguliers.

Mites ou teignes des vêtements


Les invasions de mites se caractérisent par la présence de toiles, cocons ou fourreaux ainsi que par d’abondants tas
de déjections en boulettes amalgamées à la toile. Le matériau infesté semble orné de guirlandes de déjections en
grappes, toiles de soie et cocons. Les toiles et cocons s’étendent souvent jusqu’à une certaine distance de l’objet
infesté. On voit parfois les larves abandonner cet objet pour se diriger vers un recoin tranquille et sombre où filer leur
cocon d’où elles émergeront métamorphosées en mites adultes. On trouve également des cadavres de mites dans les
toiles de soie.

Termites
Les termites souterrains construisent pour s’abriter des galeries de terre partant du sol pour atteindre les rayonnages,
livres ou cartons de documents stockés dans les caves. La présence de termites ouvriers dans ces galeries, jointe à
celle d’abondants tas de boue, est le signe infaillible d’une infestation par les termites souterrains. A l’aide de
granules de terre, ceux-ci maçonnent des galeries protectrices qui leur servent de voies climatisées d’accès aux
matières cellulosiques dont ils se nourrissent. Lorsqu’on a retiré d’un rayon un livre infesté par des termites
souterrains, brisant ainsi la galerie qui le reliait à la colonie, les ouvriers et les soldats piégés dans le livre sont voués
au dessèchement et à la mort. Une fois rompu ce lien avec la colonie souterraine et les ouvriers coupés de la sorte du
reste de la colonie et de leur source d’humidité, il n’est nul besoin d’appliquer un autre traitement antitermite à
l’objet infesté. Il convient toutefois de faire traiter le bâtiment par une entreprise spécialisée dans la désinsectisation.
Les termites de bois sec n’ont pas besoin être reliés à une termitière enfouie dans le sol et peuvent donc infester les
rayonnages supportant des ouvrages ou des papiers, en y formant une nouvelle colonie. Ils causent des dégâts
différents des précédents et ce pour deux raisons:
1. Leurs ouvriers produisent des déjections granuleuses de la couleur de la matière dont ils se nourrissent. Ces tas
d’excréments ressemblent sous grossissement optique à un ballon de football partiellement dégonflé. Tous les
granules du tas ont sensiblement la même couleur, la même forme et la même taille.
2. Aucun tas de boue ne révèle la présence de galeries, non plus que de l’activité des ouvriers qui vident
intégralement l’objet infesté. Les galeries sont lisses et propres. Les ouvriers mangent le bois d’hiver comme celui de
printemps sans en suivre nécessairement le fil.

Souris
Les dégâts causés par les souris aux fonds des bibliothèques tiennent d’ordinaire à l’habitude qu’elles ont de
déchiqueter le papier pour faire leur nid ainsi que d’uriner et de déféquer sur les collections.
Les excréments de souris (fig. 31) sont lisses, foncés et de forme généralement pointue. Leur urine tache les ouvrages
et documents. La découverte d’un nid de souris doit faire penser que l’on trouvera des objets grignotés à proximité
immédiate. Les mâchoires inférieure et supérieure des rongeurs comportent deux incisives. Des traces doubles de
morsure caractéristiques révèlent que les dégâts ont été causés par des souris.

Rats
Du même ordre que les dommages causés par les souris, les dégâts dus aux rats sont cependant beaucoup moins
fréquents. En général, les rats nichent dehors, dans des terriers souterrains et ne s’attaquent pas directement aux

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collections; ils les souillent toutefois de leurs urines et de leurs excréments. Les déjections de rats (fig. 36) sont
volumineuses et de forme ovale et se concentrent dans les recoins protégés des pièces. On trouve à l’occasion dans
les documents endommagés les marques d’incisives supérieures et inférieures beaucoup plus grosses que celles des
souris.
Figure 36 - Comparaison des excréments de la souris domestique et du rat d’égout. Les excréments du rat sont
volumineux et obtus ou arrondis aux extrémités.

Lutte contre les agents de détérioration biologique dans les bibliothèques et les
archives

Rôle des insecticides


On sait, par les articles et publications parus sur la question, qu’une infinité de moyens chimiques ont été mis en
vente pour lutter contre les agressions des animaux nuisibles et des micro-organismes dans les collections des
bibliothèques et des archives: adjonction de produits dans les colles ou application sur les reliures elles-mêmes;
application au tampon ou par pulvérisation de liquides de formulations diverses sur les rayons et les livres.
Quelques-uns des produits chimiques utilisés autrefois font presque sourire aujourd’hui. Certains sont éminemment
toxiques. Voici une liste non exhaustive des substances utilisées en bains ou pulvérisations, ajoutées à des colles ou
appliquées par tamponnement sur les livres:

Alum Huile de bouleau


Arsenic Huile de cèdre-acajou
Benzène (en bain) Huite de marsouin
Borax Kérosène
Camphre Poivre
Chaux Poudre de pirèthre
Chlorure mercurique Roténone
Coloquinte Strychnine
Créosote Sublimé corrosif
Fluorure de sodium Sulfate de cuivre
Fluosilicate de sodium Thérébentine
Formaline Thymol
Huile d’anis Vaseline

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Des précautions doivent être prises lors de la manipulation des volumes anciens, en particulier s’ils présentent des
décolorations ou des taches pouvant être l’indice d’un traitement appliqué antérieurement. Fort heureusement,
certaines préparations anciennes - à base d’huiles diverses, de camphre, de kérozène, de formaline, de créosote, de
poudre de pirèthre, de thymol et de térébenthine - se seront déjà dissipées. Toutefois, quelques produits chimiques
parmi les plus toxiques, tels que l’arsenic, le chlorure mercurique, le fluorure de sodium, le fluosilicate de sodium et
la strichnine, peuvent demeurer à l’état de dépôts sur les objets.
La direction de l’établissement doit être consciente des risques de présence de substances toxiques sur les ouvrages et
ordonner au personnel de ne manipuler les volumes anciens qu’avec des gants de caoutchouc ou de tissu. On devra
dire aux personnes qui auraient manipulé les objets en question à mains nues de se laver soigneusement les mains
ensuite et surtout avant de fumer ou de manger.
Comme on l’a dit plus haut, certaines préparations insecticides pulvérisées sur des surfaces peuvent libérer dans l’air
des molécules de substance active et de solvant. Si l’on décide d’entreprendre une campagne de pulvérisation dans
une bibliothèque, on doit choisir des préparations sans solvant qui se volatilisent le moins possible, ont une action
rémanente de longue durée et sont inodores.
Ces campagnes qui tablent sur la probabilité d’infestation de la bibliothèque visent surtout à lutter contre les poissons
d’argent et les thermobies, les blattes, les dermestidés, les poux des livres et les araignées. Si l’on utilise pour cela
des formulations en poudre mouillable ou encapsulées, une application par trimestre devrait suffire. Dans les régions
tropicales, il faudra peut-être pratiquer des applications mensuelles, en particulier sur les surfaces extérieures. Des
produits tels que le diazinon encapsulé (Knox-Out 2 FM), le chlorpyrifos encapsulé (Dursban ME), le propoxur en
poudre mouillable (Baygon), le bendiocarbe en poudre mouillable (Ficam W ou Ficam plus) et la cyperméthrine en
poudre mouillable (Demon WP) sont des exemples de produits qui peuvent être utilisés dans le cadre d’une
campagne de pulvérisation d’insecticides à effet rémanent.
Contre les blattes germaniques, on peut, pour plus d’efficacité, allier l’emploi de produits phytosanitaires régulateurs
de croissance (RCI) à celui d’insecticides rémanents. Sous l’effet du RCI appliqué sur les lieux infestés par les
blattes, le dernier stade nymphal se transforme en un adulte aux ailes tordues qui est stérile. Le méthoprène (Dianex)
et l’hydroprène (Gencor) sont couramment utilisés aujourd’hui.
L’emploi d’appâts chimiques est particulièrement utile contre les blattes. Deux produits attirent bien la plus grande
des espèces de blattes et se sont révélés d’une excellente efficacité: l’appât au propoxur (appât Baygon à 2 % pour
blattes) et la pâte d’acide borique (MRF 2.000 Blue Diamond). On déposera de très petites quantités d’appât Baygon
à 2 % dans les recoins, le long des murs, dans les cages d’ascenseur, les chaufferies, les faux-plafonds et autres
endroits où les blattes se cachent pendant la journée. Au cours de leurs razzias nocturnes, les blattes trouvent ces
particules d’appât, les mangent et sont tuées sur le champ. Les pâtes doivent être déposées en petites quantités sur les
lieux de cachette diurne des blattes.
Le piège à appât a été employé avec succès pour éliminer des populations entières de blattes germaniques. Ceux à
l’hydraméthylon (Maxforce ou Combat) sont couramment utilisés de nos jours dans les cuisines et les boutiques
d’alimentation pour lutter contre cette espèce. Les individus immatures et les adultes cherchent un abri dans ces
pièges. Une fois à l’intérieur, ils mangent un fragment de l’appât, ressortent et meurent. Sans danger pour les enfants,
ces pièges sont un moyen extrêmement efficace de défense contre les blattes germaniques, en particulier s’ils sont
installés sur des surfaces verticales dans les zones infestées. La pâte à l’acide borique Blue Diamond déjà
mentionnée est également utilisable contre ce type de blattes.

Programmes de lutte contre les rongeurs à l’extérieur et à l’intérieur des bâtiments


La pose de pièges appâtés à l’extérieur des bâtiments devrait suffire à détruire les populations de rats. Les pièges
appâtés, sans danger pour les enfants, tels que ceux vendus par exemple par les laboratoires Bell ou la société J.T.
Eaton and Co., doivent être placés en plein air là où les rats sont susceptibles de creuser des terriers ou de se faufiler
le long des murs pour accéder aux bâtiments. Divers types d’appâts pour rongeurs sont utilisables pour attirer les rats
dans ces grandes mangeoires conçues à leur intention. La bromadiolone (Contrac et Maki), le warfarine (Final), la
chlorophacinone (Rozol) ou la diphacinone (appât bitz d’Eaton) figurent parmi les rodenticides utilisables dans le
cadre de campagnes de piégeage extérieur.
Les appâts rodenticides ne devraient jamais être employés à l’intérieur des édifices et ce pour plusieurs raisons:

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1. Des dermestidés sont souvent introduits dans les bibliothèques dans les appâts pour rongeurs. Leurs œufs éclosent,
les larves consomment l’appât et se transforment en adultes qui s’envolent pour aller infester les collections ailleurs
dans la bibliothèque.
2. Les appâts pour rongeurs servent souvent d’aliments aux blattes, en particulier celles des espèces de grande taille.
3. Les cadavres des souris qui se trouvent dans des bâtiments attirent les dermestidés qui s’en nourrissent et
prolifèrent.
A l’intérieur, il convient d’utiliser des pièges ou des gluaux ou les deux. On peut alors jeter les cadavres des souris
piégées. Ces pièges, qui peuvent être appâtés avec du fromage ou toute autre denrée dont les souris sont friandes,
doivent être placés dans les recoins, les placards, les réserves, les sous-sols, les greniers et aux abords immédiats des
endroits où l’on a trouvé des crottes de souris.

Les fumigations
Les fumigateurs toxiques ont connu de longues années de succès dans les bibliothèques. En 1930, D.B. Mackie aurait
inventé, au Ministère californien de l’agriculture, un système reposant sur le principe de la fumigation sous vide, et
c’est en 1932 que Thomas M. Tiams appliqua le principe de la fumigation à l’oxyde d’éthylène et au dioxyde de
carbone pour traiter les livres rares et les manuscrits de la Bibliothèque de Huntington. L’utilisation d’oxyde
d’éthylène devint vite habituelle dans les bibliothèques.
Divers produits ont été utilisés dans des «enceintes» closes y compris avant l’avènement des techniques de
fumigation sous vide. Des gaz comme le bromure de méthyle, l’oxyde d’éthylène, le gaz cyanhydrique, le bisulfure
de carbone, le formiate de méthyle, le dichlorure d’éthylène/tétrachlorure de carbone et le fluorure de sulfuryle sont
utilisés dans des enceintes pour désinfecter des livres et autres documents de bibliothèque. La fumigation de tout ce
qui entre dans la bibliothèque est pratique courante dans de nombreux établissements. Le plus souvent, ce type de
fumigation n’est pas justifié et peut mettre en danger la santé du personnel.
Seuls deux groupes d’agents de détérioration biologique des documents de bibliothèques peuvent nécessiter une
fumigation au moyen de gaz toxiques, à savoir les vers des livres et les termites de bois sec qui creusent des galeries
extrêmement profondes dans les ouvrages.
Comme nous l’avons souligné plus haut, la fumigation ne permet pas de venir à bout des champignons et moisissures
lorsque, après traitement, les ouvrages sont replacés dans les mêmes conditions qu’auparavant. Bien souvent, les
ouvrages moisis traités par fumigation sont ensuite rangés dans des lieux où les conditions ne sont pas propices à la
formation de moisissures, ce qui fait que l’on a tendance à attribuer la disparition des champignons et moisissures au
traitement, alors que ce sont en fait ces nouvelles conditions qui l’expliquent.
A mesure que la recherche sur les fumigateurs progresse, on se rend davantage compte des risques d’affection aiguës
et chroniques qu’ils engendrent pour l’homme. C’est ainsi que l’on a découvert que l’oxyde d’éthylène associé au
fréon ou au dioxyde de carbone est cancérigène. Aux Etats-Unis, on considère qu’il faut attendre qu’il ne reste pas
plus d’l mg/l d’oxyde d’éthylène au maximum après aération pour pouvoir retirer sans risque les ouvrages de
l’autoclave. L’un des grands problèmes, avec ce gaz, est que très peu d’appareils dans le monde permettent de
respecter cette norme. Les autoclaves faisant appel à un système de «rinçage à l’air» pour aérer les documents après
le traitement ne permettent généralement pas d’obtenir une concentration inférieure ou égale à 1 mg/l à la fin des
cycles de lavage.
L’expression «cycle de rinçage à l’air» a été forgée par les fabricants d’autoclaves pour désigner un cycle complet de
purification des documents à l’intérieur de l’appareil, après exposition à un gaz toxique. A la fin de la phase
d’exposition, le vide s’est fait dans l’appareil. On y fait alors entrer de l’air frais en procédant soit manuellement, soit
électroniquement. Puis le vide est à nouveau créé, ce qui permet d’évacuer une partie des particules toxiques dans
l’atmosphère. Après une nouvelle injection d’air frais dans l’appareil, le vide est à nouveau créé et l’air contaminé
une fois encore expulsé dans l’atmosphère. C’est cette série d’alternances entre vide et injection d’air frais qui est
appelée «cycle de rinçage à l’air». La plupart des autoclaves sont réglés pour permettre jusqu’à cinq rinçages par
cycle programmé.
Il est rare qu’un aussi petit nombre de rinçages permette de respecter la norme actuelle de 1 mg/l d’oxyde d’éthylène
résiduel. Des études ont montré que dans certains autoclaves il restait encore 4 mg/l après 75 rinçages. On n’obtient
pour ainsi dire jamais, que ce soit dans des autoclaves de conception nouvelle ou expérimentale ou dans des modèles

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anciens modifiés, une concentration aussi faible sans système ventilation forcée et, même avec un tel système,
suivant les documents traités, il reste difficile d’obtenir 1 mg/l avec l’oxyde d’éthylène.
Une étude réalisée en 1984 par le Center of Occupational Hazards, qui a enquêté sur l’utilisation de l’oxyde
d’éthylène en autoclave dans 11 bibliothèques de Nouvelle-Angleterre, a révélé que, dans la plupart des cas, on
effectue un à quatre rinçages avant de retirer les documents de l’autoclave. On se contente parfois, pour évacuer le
gaz dans l’atmosphère, de la ventilation assurée par des appareils placés dans les fenêtres, par les climatiseurs ou des
systèmes d’extraction indépendants. Dans la plupart des cas, on ne surveille pas régulièrement la teneur en oxyde
d’éthylène et on ne respecte pas les normes fixées par la Loi sur l’hygiène et la sécurité au travail (Occupational
Safety and Health Act)
La fumigation à l’oxyde d’éthylène a aussi des inconvénients qu’il ne faut pas négliger. Ce gaz est employé
industriellement pour accroître la résistance à l’humidité du papier (il forme avec la cellulose du papier une autre
molécule plus solide). La mise en contact de matériaux cellulosiques comme le papier et les textiles avec l’oxyde
d’éthylène a donc pour effet de modifier leur nature (Pelz et Rossol, 1983). Autres effets indésirables, les
fumigations à l’oxyde d’éthylène entraînent une perte d’adhésivité de la gomme arabique et des colles animales, un
accroissement de la solubilité de certaines peintures et de certains pigments, ainsi qu’une réaction de combinaison
avec les matériaux protéidiques qui accélère leur vieillissement et les rend cassants. En outre, selon certains
chercheurs, les documents traités à l’oxyde d’éthylène contre les moisissures, sont en fait plus sujets à ce type
d’attaque après qu’avant le traitement.
L’oxyde d’éthylène est soluble dans les huiles, les graisses et les lipides, si bien que les ouvrages reliés en cuir en
restent imprégnés très longtemps après la fumigation. Les ouvrages qui ont subi ce type de traitement dégagent de
l’oxyde d’éthylène dans l’atmosphère pendant des périodes qui peuvent aller jusqu’à trois mois. Il est donc
indispensable, dans les grandes bibliothèques, de tester les autoclaves et d’analyser les programmes de fumigation et
les méthodes utilisées pour les mettre en œuvre afin de déterminer s’ils sont conformes aux normes en vigueur. On
s’apercevra la plupart du temps qu’il y a lieu d’apporter des modifications aussi bien au matériel qu’aux méthodes de
travail.
D’autres produits comme le bromure de méthyle, le sulfure d’hydrogène et certains fumigateurs liquides ne
conviennent pas pour tous les documents de bibliothèque, cela pour plusieurs raisons. Il se produit parfois avec le
bromure de méthyle une réaction chimique au contact de matériaux à forte teneur en soufre; il se forme des
mercaptants, qui donnent aux documents une odeur désagréable dont il sera impossible de les débarrasser. Le sulfure
d’hydrogène est explosif et son emploi dangereux. On a constaté que certains fumigateurs liquides sont cancérigènes
et n’ont pratiquement pas d’effet sur les œufs.
Aux Etats-Unis, le vikane (fluorure de sulfuryle) fabriqué par la société Dow Chemical Company a été récemment
homologué comme produit de fumigation en autoclave. Ce produit, comme tous les autres fumigateurs, n’a pas
d’effet rémanent, mais il a un bon pouvoir de pénétration dans les articles denses comme les livres, et il tue les
insectes, quel que soit leur stade de développement. Par contre, c’est un mauvais ovicide, et il faut par conséquent
accroître les doses pour tuer les œufs de certaines espèces d’insectes, y compris les œufs de lépismes et de
coléoptères.
Pour l’instant, on pense que ce produit n’a guère d’effet nocif sur les ouvrages de bibliothèques et il est couramment
utilisé dans ces établissements pour la destruction des insectes cylophages. Des recherches récentes (The Getty
Conservation Institute, 1987) ont toutefois montré qu’il peut ternir et décolorer les métaux et qu’il modifie les
propriétés physiques de la cellulose. Une équipe de l’Université de Floride, dirigée par Nan-Yao Su, travaille
actuellement à établir les quantités minimales de Vikane nécessaires pour éliminer les insectes adultes ainsi que leurs
larves et leur œufs en limitant le plus possible les effets de ce produit sur les documents.

Autres méthodes de lutte contre les agents de détérioration biologique

Régulateurs de croissance des insectes


Comme nous l’avons vu plus haut, on utilise actuellement certains régulateurs de croissance dans la lutte contre les
insectes, et plus particulièrement contre les puces, les fourmis et les blattes germaniques. Dans les bibliothèques, ces
produits peuvent être utiles pour lutter contre les fourmis et les blattes. Il s’agit de substances non toxiques qui
empêchent les insectes de muer et de se développer correctement ou inhibent leurs facultés de reproduction.

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Modification des habitats


On peut, dans certains cas, venir à bout des infestations en régulant les conditions du milieu. Certains agents
destructeurs comme les larves de coléoptères, les poissons d’argent, les poux des livres et les moisissures prolifèrent
plus facilement en atmosphère humide. En maintenant l’humidité relative autour de 50 %, on ralentit leur
prolifération et on rend l’endroit moins attirant comme source de nourriture. Si l’on ne peut pas installer de système
perfectionné de climatisation, on peut toujours faire circuler l’air à l’aide de ventilateurs pour éviter les poches
d’humidité stagnante dans les rayonnages et entre les ouvrages, surtout au rez-de-chaussée.

Lutte par des moyens mécaniques et physiques


Comme on le verra en détail dans la suite de cette étude, il existe différents moyens mécaniques d’empêcher les
insectes et les rongeurs d’envahir un édifice ou une collection. Poser des moustiquaires aux fenêtres, des grillages sur
les bouches d’aération, des bourrelets étanches autour des portes extérieures, fixer des lames de caoutchouc au bas
des portes, et poser des barres de seuil, obturer les passages de canalisations dans les murs au moyen de tournure de
cuivre, mettre des chapeaux ou des grillages sur les mitres des cheminées inutilisées et des balais sur le cadre des
portes coulissantes extérieures, toutes ces mesures contribueront à empêcher les insectes et rongeurs de pénétrer à
l’intérieur.
Il faut veiller à installer dans le bâtiment un éclairage qui n’attire pas les insectes. Les lampes à vapeur de sodium
sous haute pression sont préférables aux lampes à vapeur de mercure, aux lampes fluorescentes ou aux lampes à
halogène. Ces trois derniers types de lampes émettent d’importantes quantités d’ultraviolets, qui attirent beaucoup les
insectes nocturnes. Il vaudra mieux, chaque fois que cela est possible, éviter d’installer les éclairages sur les façades,
et les illuminer à l’aide de projecteurs installés plus loin. Les insectes, étant attirés par les sources lumineuses, seront
du même coup tenus à l’écart de l’édifice.
Les plantations de végétaux d’ornement autour de l’édifice doivent être soigneusement étudiées, si l’on veut éviter
d’attirer les dermestidés. Au stade adulte, ces derniers recherchent pour leur nourriture les fleurs riches en pollen. Ils
affectionnent particulièrement les fleurs à capitules bleus ou blancs. Pour cette raison, on évitera de planter contre
l’immeuble des espèces comme la spirée, les pâquerettes et les asters.
Il est souvent possible, lorsqu’il s’agit de les entreposer pour de longues périodes sur des rayonnages ouverts"
d’enfermer les ouvrages de bibliothèque et autres pièces dans des sacs à fermeture éclair ou des sacs de polyéthylène
fermés à chaud. A partir du moment où les pièces enfermées dans les sacs ne contiennent pas trop d’humidité, les
risques de moisissure sont minimes. Le sac de polyéthylène agit comme un isolant et protège l’objet des fortes
variations de température et d’humidité qui peuvent se produire dans la pièce. Aucun insecte dangereux pour les
ouvrages de collection ne le percera pour s’y introduire et pondre sur son contenu. En outre, le sac protégera les
documents de la poussière, et si jamais l’on y introduisait des insectes avec un article, il empêcherait ces derniers de
se répandre dans l’édifice.

Application de la lutte intégrée contre les agents de détérioration biologique dans


les bibliothèques, les archives et les collections

Inspection des bâtiments et des collections


Cette nouvelle méthode de lutte intégrée contre les agents de détérioration biologique qui gagne du terrain depuis
quelques années dans les bibliothèques et les archives accroît la nécessité de l’inspection des magasins et des
collections ainsi que celle de l’évaluation des risques d’invations d’insectes et autres agents des destructeurs visibles.
L’inspection devient en effet rentable quand on ne compte plus uniquement sur les produits chimiques.
L’inspection des locaux et des entrées de documents afin de repérer les invasions ou risques d’invasion d’insectes
sera systématiquement prévue dans le programme général intégré de lutte. Un comité de défense spécial veillera à ce
que l’on repère les insectes et leurs caches, les modes de stockages défectueux, les moisissures et autres facteurs
propices à la survie et à la reproduction des insectes. Des agents techniques auxquels on donnera un minimum de
formation - bonne connaissance des organismes nuisibles qui vivent dans les bibliothèques et les collections, de leurs
habitudes et des dangers qu’ils présentent - pourront procéder à ces inspections, dont les résultats seront portés à
l’attention du comité.

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Avant l’inspection
Le personnel d’inspection devra connaître parfaitement la disposition des locaux. Des plans d’étage aideront à
n’oublier aucune partie de l’édifice lors des inspections. La personne chargée d’y procéder veillera à posséder toutes
les clés, y compris celle de la moindre armoire. Les problèmes, dans ce domaine, commencent souvent dans les
endroits peu fréquentés.

Matériel
On utilisera des copies des plans d’étage pour y noter toutes remarques au fur et à mesure de l’inspection. Les notes
seront prises au crayon. Il est indispensable de se munir d’une torche électrique puissante équipée de piles neuves.
Un petit tournevis sera utile pour ouvrir les panneaux d’accès et fouiller les rainures et autres interstices. De petites
fioles à bouchon vissé remplies d’alcool peuvent être utilisées pour recueillir des spécimens.

L’inspection
L’inspection des locaux doit commencer par l’extérieur. On s’attachera à repérer les refuges d’insectes et de rongeurs
ainsi que les passages qu’ils utilisent pour pénétrer dans l’immeuble. On inspectera les portes, les fenêtres, les aires
de chargement, les poubelles, les moustiquaires et grillages, les éclairages, les tas de débris en attente, ainsi que l’état
de l’édifice.
A l’intérieur, on suivra le schéma logique de circulation des documents dans les locaux depuis le moment où ils y
entrent jusqu’à celui où ils sont rangés ou exposés. On inspectera les machines, les appareils d’éclairage, les
rayonnages, les armoires et autres pièces de mobilier, les corniches, les fentes et autres interstices, les lances à
incendie, les bouches d’aération, les appuis de fenêtre, les angles des plafonds, des planchers et des murs, les tuyaux
de plomberie, les recoins, les placards, les locaux techniques et les cages d’ascenseur. On profitera de l’occasion
pour réamorcer ou renouveler les pièges à rongeurs et les gluaux. On n’oubliera pas les parages des distributeurs
automatiques de boissons, les poubelles, les cantines et cuisines ainsi que les réserves de provisions alimentaires.

Rapport
L’inspecteur rendra compte oralement de ses conclusions et établira ensuite un bref rapport écrit de ses constatations
et recommandations. Une copie de ce rapport doit être communiquée au chef du service d’entretien, aux
conservateurs et aux services de restauration, de manière à ce que les recommandations puissent être suivies d’effets.
Le comité de défense contre les organismes nuisibles veillera ensuite à la mise en œuvre de ces recommandations. Ce
type d’inspection donnant lieu à un rapport doit avoir lieu au moins tous les six mois et plus souvent, si nécessaire.

Mise en place d’un plan intégré de lutte contre les agents de détérioration biologique
Le problème d’infestation des bâtiments et des collections ne se pose pas partout de la même manière. Pour savoir
très exactement quelles sont les mesures préventives et défensives à prendre, mieux vaut passer un à un en revue les
différents types d’agents destructeurs.

Poissons d’argent
Différentes mesures sont possibles:
1. Nettoyage minutieux à l’aspirateur du pourtour des pièces, où les poissons d’argent aiment se réfugier sous les
plinthes et les rayonnages dans la journée.
2. Pose de planchettes enduites de glue dans les zones apparemment infestées, pour prendre les poissons d’argent la
nuit, quand ils sortent de leurs caches.
3. Utilisation de gel de silice finement pulvérisé dans les espaces vides au-dessous de l’étagère ou du tiroir du bas,
dans les placards. Il peut être nécessaire de percer un trou d’environ 1 cm pour accéder à ces vides. Le gel de silice
absorbe l’humidité et tue les poissons d’argent en les desséchant. Lorsqu’on place du gel de silice (parfois associé à
de la poudre insecticide au pyrèthre) dans le bas des placards, les poissons d’argent ne peuvent pas grimper plus haut
sans s’y heurter et sont soit repoussés, soit tués.

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4. Utilisation de plaquettes de résine insecticide dans les espaces clos où sont conservées, en particulier, les
collections de manuscrits, de livres rares et d’estampes. Ces plaquettes contiennent du Vapona (DDVP), qui se
volatilise, remplissant l’air à l’intérieur de l’armoire de molécules d’insecticide. Ce produit est un fumigateur léger
qui, avec le temps, tue tous les insectes, quel que soit leur stade de développement. La dose est normalement d’une
plaque pour un volume de 35 m3/1. Ainsi utilisé, ce produit ne convient que pour les espaces clos tels qu’armoires,
chambres fortes et petits magasins, et ne doit pas être utilisé dans les lieux fréquentés ni dans les pièces d’où les
vapeurs pourraient être emportées au dehors par la ventilation.
5. Pulvérisation d’insecticides liquides rémanents sur le pourtour des pièces et à la base de toutes les étagères, en
insistant plus particulièrement sur la jonction entre le sol et les plinthes.
6. Application ponctuelle d’insecticides liquides par injection dans l’intervalle entre le dos des armoires et les murs.
7. Surveillance et assèchement des endroits humides - installations de plomberie en mauvais état, buanderies,
toilettes et ateliers - particulièrement propices à la prolifération des poissons d’argent.
8. Colmatage des endroits qui pourraient servir de refuge aux poissons d’argent à l’aide de produits appropriés
(enduits maigres ou au silicone, etc.).

Vers des livres


On peut pour lutter contre les vers des livres recourir à un ensemble de méthodes. Voici les mesures à prendre dans
une optique de lutte intégrée:
1. Equiper de moustiquaires toutes les issues donnant sur l’extérieur pour empêcher les coléoptères de pénétrer à
l’intérieur du bâtiment.
2. Interdire les bouquets de fleurs sèches dans la bibliothèque. Ceux-ci, en effet, apportent souvent des œufs et des
larves à l’intérieur de la bibliothèque. Les larves vont se nourrir de la matière végétale desséchée et de la colle
généralement utilisée pour fixer la composition.
3. Interdire de conserver dans la bibliothèque des épices ou autres matières végétales feuillues. Le lasioderme du
tabac apprécie tout particulièrement les épices rouges - poivre de cayenne, paprika, poudre de piment rouge.
4. Ne pas encourager la conservation ou l’exposition de collections botaniques à l’intérieur de la bibliothèque.
Lorsqu’une collection doit être conservée ou exposée dans une bibliothèque, il faut au préalable la désinfecter en la
soumettant trois heures durant à une température d’environ 55°C qui débarrassera entièrement les plantes du
lasioderme du tabac, à tous les stades. Après traitement, on stockera les plantes dans des armoires où l’on placera des
plaques Vapona pour empêcher une nouvelle attaque. Lors des expositions de végétaux, on protégera les plantes des
insectes en les plaçant dans des vitrines ou des boîtes de plexiglas.
5. Pour procéder à la désinsectisation d’un édifice entier, il faut entièrement chauffer le volume à traiter avec des
appareils à gaz comme on en trouve dans le commerce. Cette méthode a donné de bons résultats dans le passé et est
aujourd’hui utilisée par les grandes usines céréalières. Elle permet de tuer les insectes à tous les stades de leur cycle,
à condition que la chaleur soit également répartie à travers l’ensemble du bâtiment au moyen de ventilateurs
électriques et que l’on maintienne six heures durant une température de 60 à 63°C. Il faut détasser les livres et
documents pour faciliter la circulation de l’air. Cette technique permet d’éliminer non seulement les lasiodermes du
tabac présents dans les livres, mais tous les insectes, à tous les stades de développement, dans tout le volume traité
(Cressman, 1935).
6. Utiliser les plantes de prédilection des femelles pleines d’œufs du lasioderme du tabac pour lutter contre les
infestations. Dans les herbiers, on peut par exemple placer des plants de tabac en feuilles entières à des
emplacements stratégiques pour piéger les insectes. Une fois les plantes infestées d’œufs et de larves, il ne reste plus
qu’à les emporter et à les brûler avant que les larves aient le temps de se nymphoser et de se métamorphoser en
coléoptères adultes (Merrill, 1948).
7. Isoler les livres infestés quand on décèle dans une bibliothèque une infestation ponctuelle et circonscrite, et les
soumettre à un traitement thermique. Il suffit de placer les livres dans un four ordinaire, à la température la plus
faible possible (55°C pendant trois heures), et de placer du papier journal humide ou une casserole d’eau dans le bas
du four afin de maintenir l’humidité voulue à l’intérieur du four pour tuer cet insecte, comme d’ailleurs tout insecte,
à n’importe quel stade de son cycle biologique. Cette technique est couramment employée dans le monde entier pour
protéger les collections de plantes sèches. Il est beaucoup plus facile de tuer les insectes, à tous les stades de leur
développement, par la chaleur que par la congélation. Si l’on a soin de placer dans le four une source d’humidité, les

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livres ne sèchent pas en cours de traitement. Le traitement est inutile si les ouvrages présentent des petits trous de
couleur sombre - traces d’émergences d’adultes, qui peuvent être anciennes - sans présence alentour de sciure qui
serait un signe d’activité des insectes.
8. Mélanger un pesticide à la colle forte utilisée pour rerelier les livres endommagés si la bibliothèque possède un
atelier de reliure. Dans certains pays, on emploie à cet effet de la dieldrine qui tue le lasioderme du tabac au stade
larvaire.
9. Détruire les nids de pigeons. On connaît un cas où des vrillettes du pain, en sortant de débris de nids de pigeons,
ont pénétré à l’intérieur d’une bibliothèque dont les fenêtres ne fermaient pas parfaitement. Les larves des
coléoptères se nourrissaient de graines et autres nourritures non digérées présentes dans les fientes des pigeons.
10. Utiliser des ventilateurs pour faire circuler l’air dans les magasins et garder les livres au sec; cela aide à lutter
contre les infestations. S’efforcer de maintenir en tout temps le degré hygrométrique entre 50 et 60 % d’humidité
relative.
11. Inspecter les magasins régulièrement à la lumière d’une lampe de poche pour repérer les tas de poudre fine
tombée sur les tablettes et détecter ainsi les zones d’infestation.

Blattes
Les programmes intégrés de lutte contre les grandes espèces de blattes comprennent les mesures suivantes:
1. Mise en place d’une barrière de gravier de 1,20 m tout autour de la bibliothèque, pour empêcher les blattes de
pénétrer dans l’immeuble.
2. Suppression totale du lierre et autres plantes grimpantes qui recouvrent les murs.
3. Installation de moustiquaires ou de grillages appropriés sur toutes les fenêtres portes.
4. Eclairage de l’extérieur du bâtiment par projecteurs placés à une certaine distance et non sur les murs vers lesquels
ils attireraient les insectes la nuit.
5. Enlèvement de tous les débris, feuilles et branchettes tombant sur le sol autour de la bibliothèque et nettoyage des
gouttières.
6. Colmatage des refuges dans lesquels se cachent les blattes et des passages par lesquels elles entrent au moyen de
mastic de rebouchage.
7. Mise en place de planchettes enduites de glue pour piéger les insectes au cours de leurs allées et venues nocturnes.
On peut installer ces pièges dans les faux plafonds, les sous-sols, les cages d’ascenseur et les armoires pour
intercepter les insectes en route vers leurs sources de nourriture.
8. Utilisation d’appâts spéciaux comme l’appât pour blattes Baygon 2 % en applications parcimonieuses dans les
zones peu fréquentées de la bibliothèque. Cet appât, qui ressemble à de la sciure, est fait d’un mélange de son et de
mélasse et contient 2 % de Baygon. Il est très recherché des grosses blattes, dont il permet de réduire aisément les
populations.
On a souvent tendance, en cas d’infestation par des insectes, à appliquer des insecticides en aérosol. Ce type de
traitement est à écarter absolument. Les produits utilisés sont en effet des suspensions huileuses. Les gouttelettes
d’insecticide propulsées dans l’atmosphère pendant l’application finissent par se déposer sur les collections, où elles
provoquent des dommages irréversibles.
9. Vaporisation d’insecticides rémanents sur le pourtour des pièces, en insistant sur les zones de passage des
canalisations et en procédant avec un soin particulier dans les cages d’ascenseur, les magasins et les locaux
techniques. Pour lutter contre les blattes américaines et australiennes, il peut être nécessaire, surtout dans les zones
tropicales, de vaporiser sous pression les murs extérieurs et les saillies des façades des édifices.
10. Pose de barres de seuil et de rabats de caoutchouc au bas des portes extérieures pour empêcher les blattes de
pénétrer dans la bibliothèque, en particulier la nuit.
11. Obturation à l’aide de tournure de cuivre des passages de canalisations pour empêcher les blattes de pénétrer dans
l’édifice.

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12. Pose de grilles en fibre de verre dans les canalisations d’évacuation des eaux usées du sous-sol et du rez-de-
chaussée pour empêcher les blattes de les remonter.

Psoques ou poux des livres


Il est difficile de lutter contre les psoques. Plusieurs types de mesures sont à envisager:
1. Dans les espaces clos, placer une plaquette Vapona.
2. Abaisser le degré d’humidité dans les documents et dans les locaux pour prévenir la formation de moisissures.
L’utilisation de ventilateurs et d’appareils de climatisation pour maintenir l’humidité relative dans une fourchette de
50 à 60 % et la température entre 20 et 22°C aidera à réduire les populations de psoques.
3. Placer les documents d’archives non consultés dans de grands sacs de polyéthylène avec quelques poignées de
flocons de gel de silice enveloppés dans de la mousseline ou de la gaze, ce qui permettra de ramener le degré
d’humidité à l’intérieur du sac au point nécessaire pour empêcher la moisissure de se développer et éliminer ainsi les
psoques.
4. Utiliser du paradichlorobenzène (PDB) qui se vaporisera dans l’air pour lutter contre les psoques dans les livres
moisis où ces insectes sont particulièrement nombreux. On enfermera les ouvrages dans un espace aussi réduit que
possible, par exemple, dans une armoire hermétiquement close ou dans un sac de polyéthylène épais, avec des
quantités suffisantes de cristaux de PDB pour obtenir une concentration capable de tuer effectivement les insectes. A
cette fin, il faut compter environ 2 kg de cristaux pour un volume de 1 m3, et une exposition de 15 jours au moins.
Ainsi utilisé, le paradichlorobenzène tuera également les moisissures et les spores qui se sont développées sur les
ouvrages. Le traitement terminé, il conviendra de bien aérer ceux-ci.

Dermestidés et mites
A condition d’associer le personnel à un programme de lutte intégrée, il n’est pas difficile d’éliminer les dermestidés
et les mites. Les mesures à prendre sont les suivantes:
1. Aspirer régulièrement et à fond toute la bibliothèque en passant en particulier le long des mures des pièces où les
formes adultes de ces espèces trouvent des cadavres d’insectes sur lesquels déposer leurs œufs. Pour détruire les
réserves alimentaires et les larves des dermestidés, il est nécessaire d’inspecter et d’aspirer deux fois par an les faux-
plafonds, greniers, placards, zones de maintenance et salles des machines ainsi que les cages d’ascenseur.
2. Placer des pièges enduits d’une matière poisseuse pour engluer les insectes rampants présents dans la bibliothèque,
ce qui contribue à réduire au minimum le nombre de cadavres gisant çà et là. Il faut toutefois savoir que les
dermestidés sont capables de voler jusqu’à un piège, de pondre leurs œufs sur un cadavre d’insecte et de se réenvoler
sans être eux-mêmes piégés. Les larves peuvent ensuite dévorer la carcasse de l’insecte piégé, se nymphoser puis se
métamorphoser en adultes pour s’envoler du piège sans être prises dans le produit gluant. Il faut donc enlever
régulièrement les pièges où les insectes se sont accumulés pour les remplacer par des pièges neufs.
3. Equiper toutes les portes et fenêtres de moustiquaires ou de grillages pour empêcher les insectes adultes de
pénétrer dans le bâtiment. Si l’on agrémente les abords de plantations ornementales, il faut éviter les plantes à fleurs
blanches ou bleues ou très riches en pollen. La Lagerstrœmia et les spirées attirent particulièrement des dermestidés
adultes qui se nourrissent de leur pollen.
4. Détruire tous les nids d’oiseaux accolés au bâtiment et se trouvant aux abords. Les dermestidés s’y installent, se
nourrissant de cadavres d’oiseaux, plumes et autres débris.
5. Détruire pour les mêmes raisons les rongeurs et leurs nids.
6. Vaporiser des insecticides à effet rémanent peut servir dans une certaine mesure à lutter contre les dermestidés
mais n’est généralement guère efficace, en particulier sous les climats humides et chauds.
7. Mettre des plaquettes Vapona dans les chambres fortes, les armoires et les magasins fermés pour détruire les
dermestidés sous toutes leurs formes.
8. Enfermer complètement les documents vulnérables et précieux dans des sacs de polyéthylène afin d’empêcher les
insectes et autres animaux nuisibles qui rongent les tissus de s’y attaquer. A moins que les objets ne présentent une
forte teneur en humidité lorsqu’ils sont placés dans le sac, les risques qu’ils y moisissent sont minimes.

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Termites souterrains
Comme on l’a vu dans une section précédente, les colonies de termites souterrains vivent dans le sol, les ouvriers se
construisant un chemin jusqu’à l’intérieur des bâtiments pour se nourrir de matières cellulosiques. Le meilleur
moyen pour lutter contre les termites souterrains consiste à rendre les bâtiments moins vulnérables à leurs attaques
par des aménagements matériels et à placer dans le sol des barrières chimiques que ces insectes ne peuvent traverser.
Ces barrières chimiques toxiques doivent être posées par une entreprise spécialisée. Les aménagements à apporter
aux bâtiments peuvent être les suivants:
1. Eliminer tout contact bois-sol. Tous les éléments de construction en bois poteaux, escaliers, ornements extérieurs,
plinthes, poteaux porteurs intérieurs seront posés sur des socles de béton. Les plots de repère et planches de coffrage
seront enlevés.
2. Poser des gouttières et aménager des pentes de manière à éloigner l’eau des bâtiments, rendant de la sorte ceux-ci
moins vulnérables aux invasions de termites.
3. Veiller à ce que tout revêtement extérieur en bois soit écarté du sol d’au moins 15 cm.
4. Ménager entre le fond des vides sanitaires et les solives des planchers un espace d’au moins 45 cm.
5. Retirer de ces vides sanitaires tous les débris - souches, racines d’arbre, morceaux de bois, planches de coffrages,
copeaux et papiers.
6. Veiller à ce que les descentes de caves soient en béton coulé, en blocs de béton ou en métal et non en bois.
7. Veiller à ce que les châssis des soupiraux des caves soient ou bien en métal ou bien en bois traité par imprégnation
forcée (injection).
8. Veiller à ce que les châssis des orifices de ventilation et autres ouvertures du soubassement soient en métal ou en
bois traité par imprégnation forcée.
9. Installer des protections métalliques antitermites permanentes sur le sommet des fondations avant d’y fixer des
éléments en bois.
10. Veiller à ce qu’au point de pénétration de tuyaux dans une dalle au niveau du sol le béton soit parfaitement
jointif.

Termites de bois sec


On réduira les infestations des bâtiments par les termites de bois sec en les rendant aussi étanches que possible. Pour
prévenir les attaques de ces termites, il peut être utile de prendre les mesures suivantes:
1. Poser des moustiquaires ou des grillages à toutes les portes et fenêtres.
2. Veiller à ce que les châssis des orifices de ventilation et les fenêtres sont faits de matériaux non vulnérables aux
attaques des termites de bois sec.
3. Surveiller le bon état des grillages posés sur les ouvertures des greniers.
4. Veiller à ce que la jonction entre le mur extérieur et le toit soit étanche afin d’empêcher la pénétration des termites.
5. Installer un éclairage extérieur convenable comme indiqué dans une section précédente.

Souris
Il est important d’empêcher la présence de souris dans les bibliothèques: pour cela, on procédera de la manière
suivante:
1. Boucher tous les trous, fissures, etc., communiquant avec l’extérieur au moyen de tournure de cuivre et de mastic
d’étanchéité.
2. Ne jamais poser d’appâts toxiques contre les souris à l’intérieur des bibliothèques. Les souris iront mourir dans les
cavités des murs, des planchers et des plafonds, et leurs cadavres attireront les dermestidés.
3. Utiliser les techniques de piégeage mécanique (tapettes appâtées au fromage ou toute autre denrée alimentaire dont
les souris sont friandes). Il existe également dans le commerce des pièges - tels que le piège «Ketch-all» - qui
permettent de prendre plusieurs souris vivantes à la fois et fonctionnent sans appât, en tablant sur la curiosité innée

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des souris. Des gluaux peuvent également être utilisés pour attraper les souris. Les animaux meurent peu après avoir
été piégés et l’on peut alors jeter les gluaux.
4. Inspecter périodiquement le bâtiment de fond en comble à la lumière d’une torche électrique afin de repérer les
endroits infestés. La présence d’excréments indique le lieu précis où il convient d’intervenir. Deux ou trois semaines
après la mise en route de la campagne, nettoyer et enlever tous les excréments de façon à pouvoir suivre les progrès
du piégeage.
5. Dans les régions tempérées, programmer les campagnes de piégeage à la fin de l’été et au début de l’automne, de
sorte que les pièges soient en place lorsque les souris auront naturellement tendance à se réfugier à l’intérieur des
édifices.

Rats
La dératisation doit être menée principalement à l’extérieur des bâtiments et peut consister:
1. A poser régulièrement des pièges à appâts empoisonnés aux endroits appropriés sur le pourtour extérieur du
bâtiment.
2. A inspecter le sol, les buissons et la végétation pour y déceler des signes d’activité des rongeurs tels que la
présence de terriers, de galeries et d’excréments. Poser les appâts directement dans les terriers.
3. A débarrasser le bâtiment et ses abords des débris, tas de bois, machines et matériel mis à la réforme et tout autre
objet pouvant constituer un abri pour les rongeurs.
4. A installer et à entretenir une barrière de gravier de 1,20 m autour de la bibliothèque pour empêcher les rongeurs
d’y pénétrer.

Moisissures
Pour lutter contre les moisissures, on pourra recourir aux mesures suivantes:
1. On installera un système de climatisation abaissant le taux d’humidité de l’air et chauffant celui-ci à la température
voulue. Ce système devra être conçu pour traiter l’air entrant de l’extérieur aussi bien que l’air recyclé. Il devra être
pensé et dimensionné avec soin de manière à admettre des charges correspondant aux taux d’humidité de l’air
extérieur aussi bien qu’intérieur. L’objectif est de maintenir en permanence dans la bibliothèque une humidité
relative de 50 à 60 % et une température de 20 à 22°C.
2. S’il n’existe pas de système de climatisation de ce type sur le marché ou s’il est impossible d’en installer un on
pourra faire circuler l’air au moyen de ventilateurs, en particulier au voisinage des murs extérieurs et des planchers,
pour tenter ainsi d’abaisser la teneur en eau des documents et d’éliminer les poches de forte humidité.
3. On étanchera par l’extérieur les parois des sous-sols et les parties de mur enterrées pour empêcher l’humidité d’y
pénétrer et de s’infiltrer à l’intérieur du bâtiment; on contribuera ainsi à réduire le taux d’humidité interne.
4. On bétonnera les sols des sous-sols et niveaux inférieurs pour empêcher les infiltrations dans le bâtiment. Si cela
est impossible, il faut au moins poser sur les sols de terre battue un film de polyéthylène de 4 à 6 mm d’épaisseur
pour abaisser la quantité d’humidité volatilisée dans l’atmosphère interne.
5. On peut également appliquer des peintures ou des résines époxides étanchéifiantes sur les planchers et les murs
pour prévenir la pénétration de l’humidité dans le bâtiment.
6. Des orifices de ventilation et des ventilateurs peuvent être installés dans les greniers pour faire circuler l’air dans
les bâtiments là où il n’existe pas de système de climatisation et où le climat tropical exige que les fenêtres soient
ouvertes toute l’année. Ces installations permettent au moins de maintenir l’air en mouvement dans tout le bâtiment.
7. Les tranchées et canalisations à ciel ouvert situées dans les salles des machines et les zones voisines des
rayonnages seront couvertes pour empêcher l’évaporation de liquides à l’intérieur du bâtiment.
8. A l’exception des distributeurs d’eau de boisson, les fontaines ou chutes d’eau intérieures sont à proscrire dans les
bibliothèques.
9. Les plantations à l’intérieur des locaux ne doivent pas non plus être permises. Pour réduire la quantité d’eau
libérée dans l’air des pièces, il convient de n’admettre qu’un minimum de plantes d’ornement.

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10. Les graves infestations fongiques faisant suite à une inondation, à un dégât des eaux, à une fuite ou à un incendie
constituent un problème bien distinct qui sort du cadre du présent document.
11. Il est indispensable d’inspecter régulièrement les collections à la lumière d’une torche électrique pour repérer les
zones à problème. Les infestations localisées de moisissure peuvent être stoppées temporairement par l’application
de produits chimiques aux endroits touchés jusqu’à ce que d’autres aménagements puissent être opérés.
12. On appliquera couramment du thymol sur les livres, papiers et autres documents conservés dans les bibliothèques
pour lutter par ce moyen chimique contre les moisissures. Son utilisation en vaporisations, pulvérisations ou
fumigations volatilisées par la chaleur, ne protège pas durablement les documents. Le thymol tue bien par contact les
spores et le mycélium de certaines espèces de champignons, mais lorsque les documents ne baignent plus dans la
vapeur du produit, ils redeviennent vulnérables au dépôt de spores et à leur germination éventuelle.
Aux Etats-Unis, le thymol ne figure pas parmi les produits chimiques antifongiques enregistrés par l’Agence pour la
protection de l’environnement Il est néanmoins souvent utilisé par les services techniques des bibliothèques et les
services de conservation-restauration des musées. L’application se fait par vaporisation de cristaux de thymol dissous
dans l’alcool éthylique (éthanol). Une concentration finale de 1 % est normalement utilisée. Le technicien qui
procède à l’application porte un masque homologué pour l’utilisation de produits chimiques organiques, ainsi que
des lunettes. Pour se prémunir contre les irritations dermiques, il devrait également porter des gants de caoutchouc.
Certains établissements ont affecté de petits locaux aux fumigations au thymol. Les cristaux de thymol sont placés
sur un plateau de métal et chauffés au moyen de plusieurs ampoules électriques. L’atmosphère du local clos se sature
de molécules de thymol, ce qui a pour effet de fumiger les documents qui s’y trouvent. Les précautions à prendre
pour la manipulation sont les mêmes que celles déjà mentionnées. Pour pouvoir manier ensuite sans danger les objets
fumigés de cette manière, il faut au préalable les avoir dûment aérés sous hotte ou en plein air de sorte que tout
thymol résiduel se soit volatilisé. Comme on l’a dit plus haut, après aération, il ne reste pas de thymol sur les objets
pour les protéger contre une croissance fongique ultérieure.
Le paradichlorobenzène a également été utilisé en espace clos comme fumigateur doux antimoisissure. Alors qu’il ne
faut pas plus de 24 heures de fumigation au thymol pour appliquer le produit sur les objets, une fumigation au
paradichlorobenzène peut prendre jusqu’à trois semaines à moins que les cristaux ne soient volatilisés par chauffage.
Ce produit ne confère pas non plus de protection antifongique durable aux documents traités.
L’orthophénylphénol est un autre produit chimique phénolique qui a été utilisé pour combattre, sans effet rémanent,
les moisissures qui s’attaquent aux collections des bibliothèques. Ce produit n’est pas inscrit officiellement parmi les
fongicides admis dans les bibliothèques aux Etats-Unis mais on s’en est servi dans des cas d’infestation
cryptogamique grave consécutive à une inondation ou un incendie. Des applications répétées du produit dilué dans
de l’alcool ont été effectuées par pulvérisation ou nébulisation de la solution sur les documents.
Les applications sont répétées pendant un certain nombre de jours. Elles sont généralement effectuées par des
entreprises de désinfection ou par des personnes dûment formées à l’utilisation de cette substance chimique.
On a aussi utilisé des solutions à base d’alcool et d’eau de javel diluée en applications localisées sur les collections,
les rayonnages, les murs et les planchers de bibliothèques. N’importe quel oxydant puissant tue les spores de
moisissure mais aucun ne confère une protection chimique fongicide rémanente.

Coffres et armoires ignifuges


Les collections et documents précieux sont souvent conservés dans des coffres ou des armoires ignifuges. Ces
meubles ont des parois épaisses comportant une isolation destinée à protéger du feu les pièces qui y sont conservées.
Deux types d’isolants sont utilisés pour ce genre d’armoire. L’un est un isolant «sec» qui offre une protection
supérieure, mais coûte plus cher. Le second type d’isolation, dit «humide», est celui qui est généralement utilisé dans
les coffres et meubles meilleur marché vendus aux particuliers.
Le type le plus courant d’isolant «humide» est un mélange de ciment de Portland, de Vermiculite, de diatomite et de
fibre de verre. En cours de fabrication, on coule ce mélange entre les parois du meuble et on le laisse prendre. Lors
du séchage, l’humidité reste prise dans les particules de Vermiculite et dans la diatomite. En cas d’incendie, la
chaleur transforme cette humidité en vapeur qui s’échappe à l’intérieur du meuble.
Malheureusement, il arrive souvent que de la vapeur d’eau s’échappe en permanence de ce type d’isolant,
provoquant une forte humidité à l’intérieur du coffre ou de l’armoire, même en l’absence d’incendie. Ces meubles

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ignifuges continuent en effet de sécher pendant de longues périodes. Pendant ce temps, ils peuvent être source de
graves problèmes de moisissures.
Il arrive souvent qu’il faille laisser les tiroirs ouverts en quasi-permanence pour prévenir une accumulation excessive
d’humidité à l’intérieur du meuble, ce qui rend celui-ci inefficace en tant que meuble anti-feu et oblige le personnel à
une constante surveillance. La solution au problème réside dans l’achat de coffres et armoires ignifuges à isolation
«sèche», qui ne posent pas de problèmes d’humidité.

Surveillance du programme
Une fois le programme intégré élaboré par le comité de défense contre les organismes nuisibles, sa mise en œuvre
nécessite des inspections et une surveillance régulières. Lorsqu’on fait appel à des entreprises spécialisées pour la
réalisation de certaines phases du programme, une surveillance s’impose pour s’assurer que le contrat est
intégralement exécuté et les fonds correctement employés.
Le comité doit rester en contact avec les services techniques de l’établissement et les entreprises de désinfection pour
être au courant des nouveautés susceptibles d’influer sur le programme de lutte. Cela lui permettra également d’être
informé des programmes de formation et des séminaires intéressant son travail. Peut-être aussi le comité aura-t-il
intérêt à s’abandonner à différentes revues professionnelles spécialisées pour actualiser en permanence ses
connaissances.

Quelques observations sur les coûts et avantages en guise de conclusion


Nous avons voulu montrer ici à quel point il était nécessaire que, dans les bibliothèques, le personnel inspecte les
collections, assure leur entretien et celui des locaux et mette en œuvre des mesures propres à prévenir les attaques de
rongeurs, d’insectes et de micro-organismes. Le personnel d’une bibliothèque est parfaitement au courant de
l’organisation de son établissement, de la disposition des lieux, de la façon dont les collections sont gérées et de
l’intérêt qu’il y a à faire de la prévention à bon escient plutôt qu’à lutter contre les invasions par des moyens
chimiques. Il suffit de peu de chose - un minimum de formation et quelques directives - pour que ce personnel puisse
mettre sur pied, au moindre coût, un programme intégré de défense contre les agents de détérioration biologique
correspondant aux besoins de l’institution.
La bibliothèque fera appel aux entreprises spécialisées dans la lutte contre les agents de détérioration biologique pour
mettre en œuvre certains aspects du programme et la conseiller sur tels aspects techniques des mesures préventives et
défensives à prendre, étant entendu que c’est en tout état de cause au comité de défense contre les agents de
détérioration biologique et à la direction de la bibliothèque qu’il appartient de décider de ces mesures, de les
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of the literature. Bull. of The New York Public Library, 40, p. 739-752, 827-841, 985-995 et 1049-1063,
1936.
ZAITSEVA, G.A. Protection of museum textiles and leather against the dermestid beetle (Coleoptera, Dermestidae)
by means of antifeedants. Studies in Conservation, 32, p. 176-180, 1987.

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LUTTE CONTRE LES SINISTRES DANS LES BIBLIOTHEQUES ET


LES ARCHIVES - PREVENTION, PREVISION, SAUVETAGE
(extraits)
------------------------------------------------------------------------
Par Sally A. Buchanan
Bibliographie de Toby Murray
PARIS, avril 1990

Programme général d’information et UNISIST


Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture

INTRODUCTION

Lutte contre les sinistres dans les bibliotheques et les archives prevision et
sauvetage
Les bibliothèques et les dépôts d’archives sont les lieux où sont entreposés les témoins de l’existence d’une culture,
des documents représentatifs des travaux d’érudition et de création d’une civilisation ainsi que de son rôle dans la
société et l’histoire. Ces documents sont un cadeau que le passé fait au futur et qu’une génération rassemble dans
l’espoir que ce qu’elle a pensé, créé et découvert soit pour les générations à venir à la fois agréable et utile. La
préservation de ces liens fragiles et parfois ténus incombe à ceux qui ont la garde de ces ouvrages. Or une
bibliothèque ou un service d’archives court toujours le risque d’être frappé par la plus grande catastrophe qui soit: un
sinistre. C’est à regret et avec mélancolie que nous pensons aux trésors connus et inconnus disparus à jamais du fait
des incendies d’Alexandrie et de Constantinople, du pillage des monastères, de la mise à sac de collections privées et
publiques, des dévastations causées par les guerres modernes et des ravages du climat et des intempéries.
Se préparer à lutter contre les sinistres est l’une des décisions les plus importantes qu’un bibliothécaire ou un
archiviste puisse prendre pour protéger les collections. Les bibliothèques et les archives sont trop souvent en proie de
ce fait à des dommages importants et coûteux qui auraient souvent pu être évités ou tout au moins réduits. Les
exemples de dommages causés aux collections, aux bâtiments et aux matériels en ce quart de siècle sont
suffisamment éloquents pour convaincre, même le plus sceptique, que la mise en route d’un plan de lutte est une
mesure primordiale de bonne gestion. La liste des quelques-unes des catastrophes survenues ces dernières années
suffit à montrer que la prévention des sinistres est capitale. S’ils sont inévitables, on doit tout au moins pouvoir en
minimiser les conséquences en prenant des mesures en prévision des sinistres et en organisant convenablement les
secours de manière à récupérer le maximum de ce qui peut l’être.
1966 - 4 novembre: inondations de Florence (Italie): plus de deux millions de volumes rares et irremplaçables et
d’innombrables manuscrits sont sérieusement endommagés.
1966 - La Jewish Theological Seminary Library de New York, victime d’un incendie criminel, a pour trois millions
de dollars de livres brûlés et endommagés par l’eau.
1971 - Un incendie, dû à la vétusté de l’installation électrique, se déclare à la Radcliffe Infirmary, Oxford
(Grande-Bretagne) et détruit totalement l’une des plus belles bibliothèques d’ouvrages médicaux rares dans le
monde.
1972 - A la suite d’un cyclone, les bibliothèques et les archives de l’État de Pensylvanie ont à déplorer 6.500.000
dollars de dommages dus aux pluies et aux inondations.
1975 - La Case-Western Reserve University Library de Cleveland (Ohio) est inondée: 40.000 livres et 50.000 cartes
et périodiques sont mouillés et souillés par la boue. Coût de l’opération de sauvetage: 540.000 dollars.

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1977 - Le Musée et la Bibliothèque de l’espace, à San Diego (Californie), sont totalement détruits par un incendie
criminel; coût 16 millions de dollars.
1986 - La Bibliothèque centrale de Los Angeles est par deux fois victime d’un incendie criminel; 400.000 ouvrages
sont détruits et 1.250.000 autres endommagés par la fumée et l’eau.
Ce manuel s’adresse aux personnes qui sont chargées d’organiser la lutte contre les sinistres dans les bibliothèques et
les archives. Les principes directeurs que nous proposons leur seront utiles: elles y trouveront des orientations et des
recommandations sur la façon de se préparer à affronter un sinistre et la marche à suivre pour sauver ensuite ce qui
peut l’être. Ces suggestions permettront aux bibliothécaires et aux archivistes d’établir «sur mesure» le plan de lutte
que commandent leurs collections, leurs ressources et le personnel dont ils disposent. Ce manuel ne concerne que les
sinistres dus au feu et aux dégats des eaux et touchant les livres, les manuscrits et les photographies. L’accent est mis
sur la planification de la lutte contre les sinistres; les thèmes traités sont les suivants:
— établissement d’un plan de lutte contre les sinistres
— contenu d’un plan de lutte
— prévention des sinistres
— protection des collections contre les sinistres
— intervention en cas de sinistre
— opérations de sauvetage après un sinistre.
Pour le chapitre concernant le processus de planification de la lutte, nous nous sommes inspirés du témoignage des
personnes qui, au cours des 20 dernières années, ont organisé la lutte en prévision des sinistres et mené des
opérations de sauvetage. Quelques-uns des conseils que nous formulons ne s’appliquent pas aux grands services
d’archives et aux bibliothèques importantes; d’autres au contraire ne conviennent pas dans le cas de petits
établissements. Quoi qu’il en soit, l’essentiel - et c’est un point sur lequel nous insistons dans les principes directeurs
- ce sont des mesures précises de prévention et de protection et des opérations d’intervention et de sauvetage menées
dans les règles. Enfin, on trouvera dans ce manuel l’exposé de principes généraux concernant les mesures à prendre
en prévision des sinistres et la conduite des opérations de sauvetage, que chacun pourra adapter à ses besoins.
Dans ce manuel, qui est divisé en deux chapitres, (I) Mesures à prendre en prévision des sinistres et (II) Opérations
de sauvetage, on insiste sur la nécessité de Planifier la lutte. Le chapitre premier contient des recommandations quant
au processus de planification et l’énoncé détaillé des points à inclure dans le plan de lutte. Les chapitres suivants
traitent des quatre grands aspects de la planification.
Prévention - (Chapitre deux) Comment prévenir les sinistres en évaluant les risques d’origine intérieure et extérieure
aux bâtiments. Comment construire ou réaménager les locaux de manière qu’ils assurent une meilleure prévention,
moyen le plus recommandable car le moins coûteux pour s’organiser en prévision d’un sinistre éventuel.
Protection - (Chapitre trois) Mesures à prendre et matériel utile ou nécessaire pour assurer la sécurité des fonds et
collections. Les mesures de protection proposées ici résultent des évaluations effectuées dans le cadre des enquêtes
sur les risques examinés au chapitre deux. Des mesures particulières sont suggérées en ce qui concerne la protection
contre les incendies et les inondations, les bâtiments et la régulation climatique. On insiste également sur la vigilance
que doit exercer le personnel et sur sa formation.
Intervention - (Chapitre quatre) Planification: mesures à prendre pour pouvoir agir immédiatement et efficacement
en cas de sinistre. Différentes techniques de sauvetage possibles; priorités en matière d’organisation de l’intervention
et des opérations de sauvetage. Recommandations quant aux premières mesures spécifiques à prendre pour sauver
des collections en danger, qu’il s’agisse de quelques livres mouillés seulement ou d’un sinistre catastrophique.
Opérations de sauvetage - (chapitres cinq, six et sept) indications sur l’organisation des opérations de sauvetage en
cas d’incendie ou de dégâts des eaux. Aucune opération de sauvetage ne peut réussir sans une préparation
extrêmement minutieuse et détaillée. Heureusement, les techniques et méthodes de sauvetage et de remise en état ont
été testées et évaluées ces 10 dernières années et les meilleures d’entre elles sont ici décrites et évaluées.
Nous avons tenu compte ici des besoins d’institutions de taille variée, ayant des collections plus ou moins riches et
complexes. Les conseils que contient ce manuel s’adressent aux personnes qui ont la charge de rassembler, conserver
et offrir à la consultation livres, manuscrits et archives publiques. Nous exhortons tous les bibliothécaires et
archivistes, ceux des grandes villes comme ceux des petites agglomérations rurales, à prendre des mesures pour lutter
contre d’éventuels sinistres en s’inspirant de ce manuel pour concevoir et mettre en œuvre un plan spécifiquement
adapté à leur institution et à ses besoins.

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La bibliographie qui figure à la fin du manuel aidera le lecteur à se renseigner plus en détail dans la source originale
sur bon nombre des suggestions et recommandations formulées dans ce manuel. Les annexes contiennent des
documents provenant d’autres bibliothèques qui peuvent être utiles au moment de l’établissement des plans. Une
liste de services, d’entreprises et d’experts pouvant aider à mettre au point le meilleur plan de lutte possible est
jointe.
Bien que la question de la sécurité des personnes ne soit pas abordée dans l’ouvrage, elle est en toutes circonstances
la priorité des priorités. La vie humaine est plus précieuse que le plus précieux des objets et les mesures de sécurité et
d’évacuation d’urgence du personnel et du public doivent être mises en place avant même qu’on commence à
s’intéresser au sort des collections. Ce principe étant posé, il nous a cependant semblé préférable de consacrer un
document distinct à ces directives concernant le sauvetage des collections afin d’éviter la confusion et de circonscrire
le sujet.

CHAPITRE PREMIER - PLANIFICATION

Premiere partie: mesures a prendre en prevision des sinistres


La première chose à faire, pour bien se préparer à affronter les sinistres, c’est d’établir un plan écrit. En effet, d’une
part on reconnaît ainsi qu’un sinistre est possible et que l’institution entend assumer ses responsabilités de façon
rationnelle et logique; d’autre part, une préparation et un plan écrit évitent la panique, garantissent que les bonnes
décisions seront prises, limitent les dégâts matériels et réduisent le coût des opérations de sauvetage. Enfin, un plan
récapitule l’ensemble des idées sur la question et indique la marche à suivre, pas à pas, de façon claire et facilement
applicable pour quiconque est appelé à s’y référer. Le présent chapitre contient des propositions précises pour
l’élaboration d’un plan de lutte contre les sinistres. Dans les chapitres suivants, on examinera plus en détail les
méthodes et techniques de prévention, de protection et de sauvetage.
La planification de la lutte contre les sinistres comprend généralement deux phases. La première correspond au
processus de planification proprement dit. Il s’agit d’évaluer les collections, d’étudier les risques, de fixer des
priorités et de rassembler des faits. Le résultat est utilisé pour la seconde phase, qui correspond à l’établissement
d’un document écrit: le plan de lutte contre les sinistres. Nous allons dans le présent chapitre exposer brièvement et
analyser les éléments que comportent ces deux phases: la phase de planification et la phase de production.
Préparer un plan de lutte contre les sinistres n’est pas forcément une tâche facile; tout dépend de la taille et de la
complexité de la bibliothèque ou du service d’archives en cause. Une des clés du succès de cette entreprise est que
l’administration en reconnaisse le caractère prioritaire. Cela doit être acquis avant même qu’on entame le travail de
planification, si l’on veut que le projet soit mené à bien. Personne n’a envie de travailler dur pendant longtemps pour
découvrir au bout du compte des obstacles insurmontables, dus à l’incompréhension ou à l’indifférence de
l’administration. L’une des premières choses à faire sera peut-être de mener une action d’information en profondeur,
afin de mieux faire prendre conscience de la nécessité du plan.
Une fois le plan mis noir sur blanc, il faut que les responsables veuillent bien engager les ressources financières
nécessaires à son exécution. Aussi faut-il que la personne chargée de diriger le travail de planification connaisse
aussi bien les priorités de l’institution que le montant des ressources financières sur lesquelles on peut
raisonnablement compter. Cela dit, comme le processus de planification lui-même n’entraîne pratiquement aucune
dépense, puisqu’il exige uniquement que le personnel puisse dégager du temps à cet effet, les considérations
financières, à ce stade, ne devraient pas empêcher la production du plan de lutte contre les sinistres.

A. Phase 1 - Processus de planification


Les titres des paragraphes suivants correspondent à des étapes importantes du processus de planification. Chacune
est essentielle si l’on veut que l’effort de planification aboutisse à un plan écrit de lutte qui conviendra à l’institution,
en cas de sinistre.

1. Distribuer les responsabilités


La responsabilité d’organiser et de superviser le plan jusqu’à son achèvement doit être confiée à une seule personne.
Si la bibliothèque ou le service d’archives est de très petite taille, elle suffira probablement à la tâche. Dans un

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organisme de plus grande envergure, ce responsable constituera un comité chargé de le seconder dans son travail.
Cependant, quelles que soient les modalités adoptées, il importe que le responsable maîtrise bien les questions
concernant la structure de l’institution, sa gestion et son personnel. Cette connaissance est la garantie que le plan sera
conforme aux principes et règles établis et qu’il sera applicable à l’institution considérée. Le responsable de la
planification doit aussi être tout à fait conscient de la nécessité de faire appel aux apports de nombreuses personnes
de ressources, de la maison ou d’ailleurs, tout au long du processus de planification.
Si l’on constitue un comité, il est souhaitable d’y faire entrer des membres du personnel de différents départements
de la bibliothèque -catalogage, acquisitions, prêt et orientation des lecteurs, par exemple -chacun apportant une
expérience extrêmement précieuse de même que les responsables des services d’entretien des bâtiments ou de
sécurité Au catalogage, on connaît bien par exemple les conséquences de la destruction des catalogues
topographiques ou autres difficultés qui empêchent d’accéder aux collections, tandis que les employés du prêt et de
l’orientation des lecteurs peuvent avoir de bonnes idées pour le maintien de l’accueil des usagers après un sinistre.
Les services d’entretien des bâtiments peuvent signaler tous les risques et les particularités que présente telle ou telle
partie du bâtiment. Certains comités ont constaté qu’en invitant à siéger à leurs réunions, ne serait-ce qu’à titre
temporaire, des experts en matière d’incendie et de sécurité, ils avaient fait d’une pierre deux coups: tout en obtenant
des informations de très haute importance, ils avaient fait connaître à l’extérieur les besoins et les problèmes internes
de l’institution. Il y a en outre, dans certaines localités, des spécialistes de la protection civile, dont l’expérience peut
être utile et, souvent, éviter des pertes de temps.

2. Assurer la formation des membres du comité


Si le responsable ou le comité ne se sont jamais penchés sur le problème des sinistres dans les bibliothèques et les
archives, quelques informations et principes de base faciliteront grandement le processus de planification. On
trouvera dans la bibliographie, à la fin du présent document, quelques articles généraux sur des sinistres réels, des
comptes rendus d’opérations de sauvetage ainsi que des renseignements plus détaillés sur les caractéristiques des
techniques de sauvetage et la recherche dans ce domaine. Il est souvent intéressant, pour faire avancer ce travail
d’éducation et, du même coup, le processus de planification, d’inviter un consultant à intervenir devant le comité.
Parfois, quelque chose de spectaculaire, comme l’organisation d’un simulacre de sinistre, fera mieux sentir combien
il importe de planifier la lutte et de s’y préparer à l’avance.

3. Définir le champ d’action


Dans un premier temps, le comité s’emploiera à définir le champ d’action du plan de lutte contre les sinistres,
c’est-à-dire les éléments sur lesquels il portera. Cela permettra de mieux cerner le travail à faire et évitera d’oublier
des détails essentiels. Le champ d’action assigné au plan est commandé par un certain nombre de facteurs,
notamment la nature de l’institution considérée - établissement public, institut de recherche, organisme national ou
autre -, le volume et la complexité des collections, les risques d’origine intérieure ou extérieure aux bâtiments; enfin,
les moyens et services disponibles pour l’intervention et les opérations de sauvetage.
Le comité aura aussi à décider s’il convient de sauver d’autres objets contenus dans le bâtiment en dehors des
collections elles-mêmes. En cas de sinistre, le mobilier, les tapis, le matériel de bureau, les terminaux d’ordinateur et
tout le reste des installations, y compris des biens de valeur, peuvent être endommagés. Si l’on charge également le
comité de prévoir le sauvetage de ces objets, il lui faudra s’adjoindre d’autres compétences et compléter les
méthodes de sauvetage.

4. Fixer les objectifs et un calendrier


Se fixer des objectifs raisonnables, ainsi qu’un calendrier pour l’achèvement du plan est un moyen utile pour éviter
de s’égarer et donnera le sentiment que le travail avance. Les objectifs permettent aussi d’évaluer les progrès et les
résultats de la planification. Grâce à ces repères, le personnel, qui ne connaît pas nécessairement à fond la manière
dont on se prépare en prévision d’un sinistre, voit clairement vers quoi le travail s’achemine et quels résultats l’on en
attend. Quant au calendrier, il fixera des délais raisonnables pour toutes les tâches entreprises, souvent en même
temps, et permettra au responsable de la planification d’organiser le travail et de contrôler les résultats.

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5. Fixer les dates de présentation des rapports et les modalités de communication


On rendra régulièrement compte des progrès réalisés à l’administration de l’institution, d’abord durant le processus
de planification, puis lorsqu’on se sera attelé à la tâche de déterminer les mesures de prévention et de protection qui
doivent être prises. On établira les modalités de communication appropriées dès le départ. Par exemple, le directeur
compétent souhaite-t-il recevoir tous les rapports émanant du Comité ou préfère-t-il être seulement informé
périodiquement de l’état d’avancement des travaux par un autre directeur ou un autre intermédiaire? Comment
organiser les contacts avec les services responsables de l’entretien du bâtiment? Par quelle filière les
recommandations concernant des améliorations et des mesures préventives passeront-elles? Ces questions et d’autres
encore doivent être réglées dès le début afin d’éviter de futurs conflits ou des échecs lors de la mise en œuvre.

6. Evaluer les collections et fixer les priorités


Au stade de la planification, il faut examiner les collections et estimer leur valeur - financière, historique et pour la
recherche - au regard des grands objectifs et de la vocation de l’organisme. On disposera ainsi de repères pour fixer
les priorités en matière de protection et de sauvetage. Ce genre de décision est beaucoup plus facile à prendre quand
on peut réfléchir dans le calme qu’au moment d’une grande catastrophe. Supposons par exemple que, lors d’un
incendie dans un collège universitaire dont la vocation première est l’enseignement supérieur général, les pompiers
demandent où jeter en priorité des bâches pour protéger les collections contre l’action de leurs lances. Dans ce cas,
on donnera la priorité absolue à la protection et au sauvetage des ouvrages qui servent la mission de l’établissement
et non aux collections spéciales ou aux petites collections destinées aux chercheurs. Avec l’avis des experts de la
maison, qui connaissent les collections et savent l’usage qu’on peut en faire, on réussira à fixer les priorités qui
seront notées point par point dans le plan de lutte, au chapitre de la protection et du sauvetage. On se préoccupera
aussi, à ce stade, de la protection du catalogue sur fiches, du catalogue topographique ou autres moyens d’accès aux
collections, ainsi que des autres archives indispensables au fonctionnement de l’institution.
Pour ce travail, on peut consulter avec profit un agent d’assurances ou un conseil en gestion des risques, lorsque l’on
discutera de la valeur monétaire des collections. Une façon réaliste, et pourtant commode, de procéder en matière de
sauvetage consiste à calculer le montant des fonds disponibles et la valeur exacte des documents.
Si toutes les collections ne peuvent être sauvées, du moins immédiatement, quels documents sont essentiels pour le
fonctionnement régulier de l’organisme et la réalisation de ses objectifs? Au moment du choix délicat des priorités de
la protection et du sauvetage, il y a lieu de tenir compte d’un certain nombre de facteurs:
— la valeur monétaire de spécimens rares et/ou uniques;
— la responsabilité, sur le plan culturel entraînée par la possession d’une pièce unique;
— la valeur d’une ou plusieurs pièces pour les étudiants et les chercheurs;
— la valeur d’une collection considérée comme un tout, par exemple un fonds très riche de littérature
française ou bien l’ensemble du département des livres rares;
— les collections qui servent la mission de l’institution, par exemple les ouvrages de recherche s’il s’agit
d’un institut de recherches avancées, ou la documentation concernant le programme de licence dans le cas
d’un établissement à cursus de quatre ans;
— l’existence d’ouvrages faciles à remplacer, par des réimpressions ou sur un autre support, microfilms ou
microfiches par exemple;
— la présence de documents irremplaçables, par exemple des documents historiques originaux ou des
ouvrages épuisés;
— l’existence d’index et de catalogues ou de programmes informatiques qui permettent d’accéder aux
collections;
— les articles les plus faciles à sauver, par exemple les moins endommagés ou bien les documents sur papier
plutôt que les films plus fragiles;
— les articles les moins contaminés, en cas de dégâts graves occasionnés par une inondation ou des produits
chimiques.
Après avoir étudié ces éléments et tous autres éléments propres au contexte local, le comité, en collaboration
permanente avec les directeurs et les spécialistes des collections, fixera les priorités à respecter en cas de sinistre

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dans la bibliothèque ou les archives considérées. Si l’institution compte plusieurs divisions ou bâtiments, une liste de
priorités sera établie pour chacun et confrontée ensuite avec la liste des priorités générales de l’institution. Tel
département peut choisir de privilégier dans l’ordre le catalogue topographique, puis la collection de périodiques et
en troisième lieu les livres rares. Un autre peut vouloir protéger d’abord ses cartes ou ses microfilms. Quand la
bibliothèque est petite, les priorités sont parfois plus faciles à définir, tout simplement parce qu’il n’y aura pas à
résoudre des complications qui augmentent avec l’échelle.
Une fois les priorités fixées, on les inscrira sur le plan d’étage de chaque collection qui constituera l’une des annexes
au plan de lutte contre les sinistres (nous y reviendrons dans les paragraphes B.4 et B. 11 du présent chapitre). Si l’on
craint le vol et le vandalisme, par exemple dans le cas de collections de livres rares, mieux vaut ne pas joindre le plan
d’étage les concernant au plan de lutte pour distribution générale et en restreindre la diffusion aux responsables
désignés. Autant que possible, les collections prioritaires seront aussi signalées sur les épis ou les rayons, afin d’être
aisément identifiables par les équipes de lutte anti-incendie et le personnel de garde. On peut employer à cette fin une
numérotation ou un marquage de couleur discrets, sur les montants des épis ou les étagères. Dans les magasins très
étendus, il est souvent utile d’afficher les priorités figurant sur le plan du bâtiment, à chaque niveau ou étage. Mieux
vaut tout prévoir et rendre par là même toutes ces précautions inutiles.

7. Définir les risques


Si l’on veut que le plan de lutte contre les sinistres soit fiable, il importe, avant de le rédiger, de bien jauger les
risques qui pèsent sur les collections et de prendre des mesures énergiques de prévention et de protection. Il est utile
à cet effet de faire venir de l’extérieur des spécialistes au fait de toutes les subtilités techniques des bâtiments et des
services. Nous verrons, au chapitre deux, les études à faire de ces risques en signalant les zones qui doivent être
inspectées régulièrement afin de prévenir tout dommage. A ce stade de la planification, il est nécessaire d’inventorier
les risques, de créer les formulaires à remplir à cet effet et d’établir de bonnes filières de communication. Dans les
grandes bibliothèques ou archives, il est judicieux, pour éviter de ralentir l’ensemble du processus de planification,
de constituer une équipe de travail ou un sous-comité qui se chargera de ces études. Elles fourniront au comité de
planification une base d’informations objectives pour la suite de ses travaux et la rédaction des recommandations à
adresser à l’administration. Ces études constituent une des étapes du processus de planification; aussi, leurs résultats
ne figurent pas d’ordinaire dans le plan de lutte contre les sinistres qui correspond à une autre étape de l’action à
mener en prévision des sinistres. Cependant, des instructions concernant la méthodologie, le personnel affecté à cette
tâche, le calendrier et tous documents ou recommandations concernant les études futures, doivent être portées dans le
plan écrit de lutte contre les sinistres.

8. Evaluer les besoins en matière de protection et de prévention


Une fois que le comité de planification a bien analysé les dangers qui pèsent sur les collections, il peut s’atteler à
l’élaboration des mesures de prévention et de protection appropriées. Une évaluation des conclusions des études et le
classement des problèmes, selon leur gravité, l’aideront à formuler des recommandations propres à remédier, ne
serait-ce qu’en partie, à des situations à risques. Nous verrons en détail, dans les chapitres deux et trois,
quelques-unes des principales techniques de prévention et de protection possibles ainsi que l’équipement requis. Un
bon rapport intérimaire de planification doit contenir un énoncé des moyens à mettre en œuvre pour éviter les
sinistres et de leurs incidences en matière budgétaire et humaine, ainsi que des propositions de changements.
Lors de l’évaluation, on repérera les pièces les plus précieuses et l’on notera la manière dont elles sont protégées,
stockées, assurées et exposées. Certaines institutions ont poussé si loin le travail de planification, qu’en cas
d’incendie ou d’inondation, chaque membre du personnel a pour instruction de sauver tel document rare s’il peut le
faire sans mettre sa vie en danger.

9. Rédiger un plan de protection et de sauvetage en cas de sinistre


Une fois qu’il a franchi les huit premières étapes du processus de planification, le comité devrait être à même de
rédiger un plan de lutte comprenant, d’une part, les mesures préventives à mettre en œuvre et d’autre part le détail de
la conduite à tenir lors d’un sinistre et immédiatement après. Les questions de sauvetage sont abordées dans la Partie
II du présent manuel.

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10. Examiner les incidences financières


Planifier la lutte contre les sinistres n’est pas une opération onéreuse; elle ne coûte pratiquement que le temps que le
personnel doit dégager pour s’y consacrer. La prévention et la protection reviennent plus cher parce qu’on peut être
amené à améliorer la maintenance, les bâtiments et le matériel, en vue d’éliminer tout risque. Les opérations de
sauvetage coûtent très cher. Bien évidemment, la prévention a une importance primordiale; les spécialistes des
compagnies d’assurances peuvent souvent aider à faire les meilleurs choix, voire offrir des réductions de prime qui
compenseront le coût d’un équipement de prévention ou d’améliorations éventuelles.
Outre les ressources nécessaires pour sécher, nettoyer, réparer et restaurer les bâtiments et les collections
endommagés par un sinistre, il y a des coûts considérables qui n’apparaissent pas à première vue. Par exemple, tous
les services d’une bibliothèque peuvent devoir s’arrêter ou fonctionner de manière très ralentie. Dans ce cas, les
retards s’accumulent dans les traitements techniques; le moral du personnel tombe au plus bas et il faut même parfois
affecter les fonds réservés aux acquisitions à d’autres emplois. Ces éventualités doivent être envisagées à l’avance si
l’on veut pouvoir les éviter ou y remédier sans trop de mal. Il doit y avoir, parmi les mesures à prendre en prévision
des sinistres, des recommandations financières à soumettre à un organe administratif pour examen. On doit avoir au
moins une idée de la source auprès de laquelle on se procurera les fonds nécessaires pour s’assurer immédiatement
les services et le matériel indispensable en cas de sinistre. Il peut être créé soit un fonds de prévoyance ou d’urgence,
soit un fonds spécial ou utilisable à discrétion, qui serait affecté précisément à cette fin. Même si la bibliothèque ou
le dépôt d’archives ne peut mettre de côté qu’une somme modique chaque année, cette épargne accumulée peut
constituer, au bout du compte, une réserve très utile au moment du sauvetage.
L’aspect financier d’éventuelles opérations de sauvetage est particulièrement préoccupant pour de nombreuses
institutions publiques qui n’ont pas d’assurance propre auprès d’une compagnie. Si préoccupant que cela puisse être
pour eux, les responsables doivent connaître le montant des ressources dont ils pourront disposer (même s’il est égal
à zéro) pour intervenir, en cas de sinistre, puisque c’est à eux qu’est confiée la responsabilité de mener à bien
l’entreprise. Si l’on manque d’argent pour remplacer ce qui a été endommagé dans une bibliothèque, il reste les
solutions de rechange suivantes:
— dons d’autres institutions
— dons de maisons d’édition
— dons de particuliers
— aide d’un organisme public ou d’une fondation
— collectes
— emprunts
— regroupement des collections de plusieurs bibliothèques ou dépôts d’archives.
Si rien de tout cela n’est possible, et si l’on ne peut faire appel à aucune autre source de capitaux, il ne restera plus
qu’à se résigner à fermer l’établissement.
Une bonne planification et une saine gestion financière éviteront d’en arriver là. La direction qui n’aurait pas mené
d’action préventive ou serait prise au dépourvu par un sinistre sera finalement responsable de la perte ou du
sauvetage des collections qui lui ont été confiées.

11. Diffuser le plan et organiser la formation du personnel


Le plan antisinistre devra être remis à tous les membres du personnel de la bibliothèque ou du dépôt d’archives, ainsi
qu’aux principaux services de sécurité de la localité, par exemple, la police et les pompiers. Certaines parties, traitant
en détail des problèmes de vol et de vandalisme, devront peut-être rester confidentielles; mais il est important que
l’essentiel du plan soit lu et compris. Il ne suffit pas toutefois de distribuer le document dûment achevé. Pour bien en
faire saisir toute la portée, il faut encore organiser des réunions où seront expliquées son utilisation et son
importance. On le fera obligatoirement lire à toute personne nouvellement embauchée et l’on expliquera brièvement
le mode d’utilisation de la feuille d’instructions en cas de danger. Surtout, ce plan sera le manuel d’opérations de
l’équipe d’intervention antisinistre. Nous reviendrons dans les chapitres trois et quatre sur les fonctions de cette
équipe. Enfin, le plan servira de point de départ aux réunions avec les pompiers et les services de police, ainsi qu’à
celles organisées au niveau de l’institution tout entière s’il y a lieu. Il est important que les pompiers et la police
sachent comment utiliser le plan pour opérer au mieux en cas de sinistre. Leurs avis et leur concours sont des plus
précieux.

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12. Etablir un rapport final sur le processus de planification


Aucune mission de cette envergure n’est parachevée sans un rapport sur le déroulement des opérations. Celui-ci
exposera brièvement le mandat du comité, les objectifs qu’il s’est fixés, la méthodologie adoptée et le résultat final
On y trouvera les recommandations formulées par le comité, les mesures prises et une description des fonctions et
tâches qui restent assignées à certaines personnes, s’il y a lieu. Bien entendu, tous ceux qui auront participé à l’effort
de planification y seront personnellement remercié

B. Phase 2 - Teneur du plan de lutte contre les sinistres


Quand le processus de planification est parvenu au stade de la production d’un plan antisinistre, certains éléments
fondamentaux devraient être bien compris et la décision de les inscrire dans le plan déjà prise. Or, il arrive que, tout
bien pesé, la personne qui l’établit ou le comité, juge certaines dispositions contre-indiquées ou superflues et les
écartent. Soulignons que la qualité d’un plan de lutte contre les sinistres dépend essentiellement du soin et de la
réflexion que l’on aura consacrés à son élaboration En règle générale, les bons plans comprennent les informations et
les dispositions suivantes:

1. Introduction
Ce sera un exposé général mais bref de l’objectif et du champ d’application du plan. On y trouvera aussi toutes
directives générales concernant l’utilisation du plan, sa révision et son responsable. Il faut également une table des
matières qui permet de trouver une information facilement et rapidement.

2. Affichette d’instructions en cas de danger


Toutes ces instructions seront rassemblées sur une seule feuille, facile à consulter, collée sur chaque téléphone; on y
trouvera la liste de ce qu’il faut faire immédiatement quand les collections sont menacées. Cette affichette permet de
gagner un temps précieux et donne au personnel qui n’a pas reçu de formation particulière des instructions brèves et
concises, inculquant les bons réflexes en cas d’urgence: comment réagir, qui prévenir, que faire pour les collections.
A titre indicatif, nous donnons le modèle suivant:
"Dégâts des eaux:
(a) s’il se produit une fuite d’eau dangereuse pour les collections, faites appeler le plombier au numéro (indiquer le
numéro ici), puis
(b) mettre les collections à l’abri si possible. Ne pas déposer les articles par terre ni dans un autre endroit exposé. S’il
est impossible de les déplacer, suivre les instructions de l’alinéa (c);
(c) couvrir les collections avec les feuilles de plastique stockées dans (emplacement), puis
(d) prévenir (noms et numéros de téléphone)."

3. Liste de numéros de téléphone


Le plan doit comporter une liste à jour des numéros de téléphone utiles ou indiquer comment Joindre les services et
les gens indispensables (par exemple les plombiers) en cas d’urgence. Le numéro de personnes à Joindre en cas
d’absence des premières devrait être inclus si possible. La liste doit être mise à jour régulièrement et tous les
responsables en garderont un exemplaire chez eux (voir appendice A.3).

4. Actions prioritaires concernant les collections


Les priorités à respecter en matière de protection et de sauvetage des collections ont été définies au cours du
processus de planification. Il reste à les énoncer clairement à l’intention des pompiers et de la police, et dans la
perspective d’éventuelles opérations de sauvetage.
Tous les services et bâtiments doivent être mentionnés dans le plan de lutte, un plan des lieux indiquant clairement,
pour chaque étage, les priorités et donnant d’autres renseignements importants, par exemple emplacement des portes

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verrouillées, des cages d’escalier, des dispositifs de sécurité exceptionnels, tout ce qui peut faciliter la tâche du
personnel d’intervention et de secours (voir chapitre premier, section A.6).

5. Mesures de prévention et de protection


Quand les études de risque sont terminées et évaluées au titre de la planification, il peut être utile de faire figurer
certaines parties du rapport d’évaluation dans le plan antisinistre: les conclusions des études de risque, la description
des locaux, les priorités de la prévention et les suggestions concernant les inspections à effectuer régulièrement, par
exemple. On devrait aussi y inclure les modèles de formulaires normalisés et y indiquer les modalités de
communication instituées et la liste des tâches importantes qui devraient, selon le comité, être en permanence
assignées à quelqu’un (voir chapitres deux et trois).

6. Plans et directives d’intervention rapide


Cette partie doit traiter en détail de ce qu’il faut faire en cas de danger pour les collections. Contrairement aux
instructions figurant sur l’affichette décrite au paragraphe 2 ci-dessus, ces conseils concernant les mesures
immédiates à prendre s’adressent à la direction de l’établissement et à la personne qui dirige les opérations en cas de
sinistre (voir chapitre quatre).

7. Plans et directives de sauvetage


Cette partie est la plus longue du plan et celle qui mérite le plus de soin. En cas de sinistre, le sauvetage des
collections dépendra, dans une large mesure, du soin et de la compétence avec lesquels le comité et l’institution se
seront préparés à l’affronter. Les priorités doivent être claires. Les techniques de sauvetage des documents, selon la
catégorie de support (papier, film, etc.) doivent être bien comprises. Les services et les méthodes auront été identifiés
à l’avance (le chapitre quatre donne quelques idées sur les moyens actuels qui peuvent aider à se préparer à intervenir
en cas de sinistre).

8. Ressources
Le plan doit comprendre, peut-être dans les appendices, une liste des personnes de ressource que l’institution peut
mobiliser: spécialistes de la restauration, bibliothécaires et restaurateurs ayant l’expérience de la prévention et du
sauvetage, centres et bibliothèques dont les ateliers de restauration peuvent donner des conseils. On inclura une liste
des entreprises et des services utiles, avec leur numéro de téléphone et leur adresse, ainsi que ceux du responsable à
appeler dans les situations critiques. On indiquera aussi les endroits où l’on pourra trouver les fournitures
nécessaires, par exemple des boîtes et des bâches en plastique. La Section F du chapitre trois donne la liste des
fournitures qui doivent être disponibles sur place et celles que l’on devra se procurer pour les opérations de
sauvetage (voir appendice A.3).

9. Après le sauvetage, la remise en état


Les documents sauvés du sinistre seront nettoyés, mis à l’abri et emmagasinés comme il convient, reliés à neuf,
éventuellement recatalogués et dans certains cas remplacés. C’est une étape de la planification qui demande un
travail de réflexion. Le maintien des services aux utilisateurs, les sources de remplacement des documents, les
ressources humaines et financières sont autant de questions que l’on doit se poser (voir chapitres cinq et six).

10. Appendices
Ils comprendront les plans d’étage de tous les départements et annexes; les directives qui ne trouvent pas leur place
dans d’autres sections; les schémas, les formulaires et les principes à suivre pour les opérations futures de prévention
et de planification (voir appendice A.10, 11).

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11. Bibliographie
La bibliographie donne la liste des ouvrages de référence fondamentaux pour apprendre à se préparer en prévision
d’un sinistre et conduire des opérations de secours. Les ouvrages mentionnés doivent être à la disposition du
personnel. La bibliographie qui figure à la fin du présent ouvrage est longue, mais on peut se contenter de
quelques-uns des titres cités; il sera utile de pouvoir les consulter tout au long du travail de préparation du plan.
L’ensemble du plan de lutte contre les sinistres aura besoin d’être contrôlé et revu périodiquement car les numéros de
téléphone, les services et les technologies peuvent changer. Il est utile d’inclure dans les directives générales de mise
en œuvre du plan les modalités de sa mise à jour.

CHAPITRE DEUX - PREVENTION


Une prévention intelligente est la clé d’une bonne préparation en prévision des sinistres. Ce chapitre a trait aux
moyens et méthodes d’examen des bâtiments et collections qui permettent de définir les mesures préventives à
appliquer. En effet, on est mieux armé à la suite d’un tel examen, pour choisir les modalités d’organisation et le
matériel les plus propres à assurer la protection voulue. Au chapitre trois, nous verrons dans le détail quelles sont les
mesures de protection que commandent des situations ou des pratiques reconnues comme dangereuses. Dans la
mesure des moyens disponibles, tout doit être mis en œuvre pour protéger les collections des accidents. Les
bibliothèques et les archives qui sont situées en zone rurale ou qui disposent de ressources limitées, seront dans la
quasi impossibilité de réparer les dégâts causés par un sinistre grave. La prévention est donc, dans ce cas, absolument
impérative. Quand on ne peut faire appel à des solutions coûteuses, par exemple installer des systèmes d’extinction
des incendies, c’est l’attention et la vigilance du personnel qu’il convient de solliciter et d’exploiter afin de réduire
les risques. Le dévouement de chacun est essentiel. Par ailleurs, en s’informant auprès d’institutions de taille et de
nature similaires, on découvrira peut-être des techniques de prévention qui pourraient être adoptées.
La première chose à faire pour élaborer et mettre en œuvre de bonnes mesures préventives, c’est de réaliser une
étude des risques, c’est-à-dire une série d’enquêter systématiques et régulières, à l’intérieur et à l’extérieur des
bâtiments. Le plan de lutte contre les sinistres doit prévoir les modalités de réalisation de ces études et spécifier les
détails qui devront y figurer. Il est utile de concevoir à cette fin des formulaires standard (voir annexe A). Outre
qu’ils simplifient le travail, ils assurent l’uniformité et l’objectivité des renseignements fournis, conditions
essentielles si 1’ on veut établir des comparaisons. Le plan antisinistre désignera aussi les instances auxquelles il faut
communiquer les résultats de l’enquête et indiquera les modalités d’exécution des tâches afin que toute suite à
donner se concrétise dans les meilleurs délais. Si par exemple on remarque, au cours d’une enquête, qu’une fenêtre
est cassée et doit être réparée, il est plus qu’utile qu’existe une procédure à suivre pour signaler le fait au personnel
de maintenance, puis être informé que la réparation a été effectuée.
En revanche, dans les établissements de plus petite taille, l’étude des risques peut se réduire à une ronde méthodique
et périodique d’un employé, qui notera les problèmes à surveiller et préviendra les services compétents.

A. Etudes des risques d’origine extérieure aux bâtiments


Pour prévenir un sinistre ou en atténuer les incidences, il faut bien connaître les dangers d’origine extérieure qui
menacent la bibliothèque ou le dépôt d’archives. Par exemple, la région est-elle exposée aux tornades, aux ouragans
ou aux séismes? Le bâtiment est-il situé dans une plaine d’inondation ou dans une région qui connaît de violents
orages tropicaux? Faut-il se protéger contre des températures et une hygrométrie extrêmes? Respecte-t-on toujours
les règles d’une bonne maintenance? Toutes ces questions doivent, si elles se posent, être traitées dans le plan de
lutte contre les sinistres et toutes les précautions possibles prises pour éviter que le bâtiment et son contenu ne soient
endommagés. Dans les institutions de plus grande taille, il existe assez souvent un service responsable des bâtiments
et des abords, chargé d’exécuter les travaux pertinents, qui pourra collaborer à ces enquêtes. Il est important d’établir
une bonne communication avec ce service.
Outre les problèmes spécifiques à la localité en cause, l’enquête portera sur les questions suivantes (voir annexe
A.1):
1. En premier lieu, on considérera la situation du bâtiment du point de vue topographique et climatique: les cours
d’eau représentent-ils un danger, les vents sont-ils violents, le site est-il exposé, y a-t-il des risques de séismes? Le

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bâtiment peut-il être facilement atteint par un feu d’origine extérieure, par exemple, un incendie de forêt ou un feu de
brousse?
2. Les bâtiments peuvent-ils être endommagés par l’eau - des eaux d’irrigation peuvent-elles s’infiltrer dans le
bâtiment ou les fondations? Y a-t-il des fontaines ou des bouches d’incendie qui pourraient poser des problèmes?
3. Comment sont disposés les arbres près des bâtiments: est-ce que leurs racines ou leurs branches représentent une
menace?
4. Quel est l’état du toit, des gouttières, de la zinguerie en général: y a-t-il des fuites, est-ce que le matériau de
couverture est approprié et en bon état, quand fait-on des travaux de nettoyage et quel est le calendrier des
réparations et des travaux d’entretien?
5. Le système d’évacuation des eaux usées est-il efficace: les canalisations sont-elles nettoyées régulièrement?
Débouchent-elles loin des bâtiments? Y a-t-il un risque de refoulement et dans quelles circonstances? Peut-on
installer des valves pour y remédier? Quel est le calendrier des travaux de réparation et de maintenance?
6. Dans quel état sont les lanterneaux, les fenêtres et les portes: le calfeutrage est-il efficace? Les châssis et les
carreaux sont-ils bien entretenus? Les serrures sont-elles solides et suffisantes?
7. Dans quel état sont les matériaux de construction? Le mortier est-il sain? Le bois est-il peint, est-il attaqué par le
champignon? Les termites? La maçonnerie est-elle sans défaut?
8. Comment sont les fondations: paraissent-elles solides? Y a-t-il de grandes fissures ou des vides?
9. Les détritus sont-ils ramassés et brûlés comme il convient dans des incinérateurs couverts qui empêchent toute
projection à l’extérieur pendant la combustion?
10. Y a-t-il des corbeilles pour le dépôt des livres rendus? Si oui, des précautions sont-elles prises pour éviter qu’un
incendie qui s’y déclarerait puisse se propager au bâtiment?
11. Un peu de bon sens et de vigilance suffisent souvent pour écarter les risques d’origine extérieure.
Malheureusement, on a tendance, à la saison sèche, à négliger ces tuiles mal fixées, ou cette branche d’arbre
menaçante qui surplombe le bâtiment; c’est une erreur qu’on regrettera amèrement quand un orage imprévu
emportera tout l’angle du toit ou projettera la branche d’arbre à travers une fenêtre.
Quand les risques sont identifiés, il faut faire le nécessaire pour les éliminer. S’ils sont nombreux, ou si les réformes
nécessaires sont onéreuses, cela prendra un certain temps. Il est important de signaler les priorités aux autorités
compétentes, d’exposer de façon objective les faits et les résultats escomptés et de ne jamais se laisser aller à
l’amateurisme tant que les réparations ne sont pas terminées.

B. Etude des risques d’origine intérieure aux bâtiments


L’étude de ce type de risques peut être plus difficile à mener, simplement en raison de la complexité des collections
et de l’ameublement. Là encore, il faut que le plan antisinistre définisse les responsabilités, les calendriers et les
modalités de communication. Comme pour tout ce qui concerne la préparation à la lutte contre les sinistres, il faut
faire preuve avant tout de bon sens. Des formulaires standard faciliteront un travail méthodique beaucoup plus
efficace. Dans les grandes institutions, il faudra une étude détaillée pour recueillir les données factuelles dont on a
besoin pour apporter des changements, mais les établissements plus modestes pourront se contenter de surveiller
régulièrement et intelligemment les risques les plus apparents. Les études de plus grande envergure requerront
peut-être le concours de spécialistes extérieurs, qui vérifieront, par exemple, la sécurité des installations électriques
et le bon état de la plomberie.
En règle générale, une étude des risques d’origine intérieure portera sur les questions suivantes (voir annexe A.1, 2):
1. Les plafonds: sont-ils en bon état, sont-ils marqués par des auréoles d’humidité?
2. Le bâtiment: est-ce que l’intérieur de l’édifice est sain? Y a-t-il de grandes fissures ou brèches? Les murs sont-ils
étanches et les murs porteurs sont-ils intacts?
3. Les fenêtres: sont-elles en bon état? Peut-on les verrouiller? Sont-elles fermées quand il le faut?

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4. Les tuyaux et canalisations: sont-ils en bon état? L’écoulement se fait-il bien? Y a-t-il des fuites? Y a-t-il des
valves pour empêcher les eaux de refluer? Les tuyaux passent-ils au-dessus ou au milieu des collections? Les joints
sont-ils en bon état? Y a-t-il des signes de fuite?
5. Le système de chauffage et de ventilation: est-il inspecté régulièrement? Est-il nettoyé? Est-ce que les tuyaux et
les radiateurs représentent un danger quelconque pour les collections?
6. Les câbles électriques: y a-t-il des câbles apparents, des prises ou des fils électriques qui ne correspondent pas aux
besoins? Y a-t-il trop de prises multiples? du matériel électrique mal utilisé?
7. Le système de climatisation: est-il entretenu régulièrement? Les tuyaux représentent-ils une menace pour les
collections? L’emplacement des installations, par exemple sur le toit, constitue-t-il un danger potentiel pour les
collections?
8. Les magasins: les étagères sont-elles contreventées pour des raisons de sécurité et pour résister à tout problème
éventuel, un séisme par exemple? Les collections qui font l’objet d’une manipulation sont-elles empilées sur des
palettes, des rayonnages ou des chariots, ou les laisse-t-on sur le sol? La capacité des magasins est-elle suffisante?
9. Les système de détection des fumées et du feu: y a-t-il des alarmes, des détecteurs de fumée ou des détecteurs de
particules? Ce matériel est-il testé régulièrement? Les alarmes sont-elles reliées à un central de surveillance? Les
panneaux d’alarme sont-ils bien signalés et faciles à trouver?
10. Les installations anti-incendie: s’il y en a, sont-elles en bon état de marche? Les alarmes sont-elles reliées à un
central de surveillance? Les installations sont-elles testées régulièrement?
11. Les alarmes antidégâts des eaux: s’il n’y en a pas, seraient-elles nécessaires? Sont-elles reliées à un central de
surveillance? Sont-elles bon état et placées là où il le faut?
12. Le plan général et les plans d’étage du bâtiment et de ses annexes: ces plans existent-ils? Sont-ils faciles à
consulter et tenus à jour? Les conduites de gaz et les armoires électriques sont-elles clairement signalées? Le
personnel sait-il comment couper l’eau, le gaz, l’électricité ou bien peut-il alerter rapidement les responsables
chargés de le faire?
Eliminer ou réduire certains risques d’origine intérieure peut être très onéreux, comme dans le cas des risques
d’origine extérieure. Après avoir défini les besoins en la matière, on peut fixer des priorités, proposer les mesures de
protection qui conviennent, établir un calendrier, estimer les coûts. Pour les problèmes simples, par exemple, le
ramassage des ordures, il suffira d’éduquer le personnel ou de changer les horaires. D’autres exigeront qu’un
membre du personnel passe du temps à identifier les responsables appropriés, par exemple, les personnes autorisées à
couper l’eau ou le gaz. Enfin, d’autres risques demanderont peut-être une planification financière de grande
envergure, pour l’installation d’un système anti-incendie, par exemple.
Encore une mise en garde: un certain nombre de sinistres dans les bibliothèques ont été causés par des ouvriers
négligents qui ne comprennent pas que les collections sont fragiles. Si bien intentionnées soient-elles, toutes les
personnes étrangères à l’établissement travaillant sur ou dans le bâtiment, doivent être normalement surveillées afin
d’éviter tout incendie ou dégât des eaux. Un tel laissera des trous dans la toiture; tel autre utilisera un chalumeau sans
précaution; pulvérisera inconsidérément de l’eau, laissera des fenêtres ouvertes ou oubliera de retrancher portes de
sécurité et alarmes. En effet, il ne faut jamais croire que des étrangers à l’établissement traiteront les collections avec
le même soin que les personnes qui en ont la garde.

C. Risques dus aux conditions climatiques intérieures et au nettoyage


L’attention que l’on prête aux conditions climatiques intérieures et au nettoyage est considérée d’ordinaire comme
relevant des mesures de sauvegarde propres à prolonger la vie des collections. La vigilance en ce domaine peut aussi
atténuer des excès susceptibles d’endommager gravement ouvrages de bibliothèque et documents d’archives. Une
température et une hygrométrie excessives risquent de favoriser les attaques de moisissures. Un tuyau qui goutte est
le signal d’une rupture imminente. Il faut prendre note de ce genre de problème et s’en occuper.
On trouvera dans les ouvrages consacrés à la conservation et à la sauvegarde quantité de références à des articles
donnant d’excellents conseils quant aux conditions idéales qui devraient régner dans les bibliothèques et les archives.
Notre propos n’étant pas d’étudier ce qu’il faut faire du point de vue des conditions d’environnement pour assurer
une bonne conservation des ouvrages, nous nous contenterons de dire qu’en ce domaine, des phénomènes extrêmes
ou des fluctuations brutales peuvent déclencher la plus grave des catastrophes silencieuses, en accélérant la

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détérioration et la dégradation des documents. L’une des fonctions du comité de lutte contre les sinistres ou de la
personne chargée d’élaborer le plan de lutte est d’inciter l’administration à réduire les risques climatiques aussi
rapidement et aussi rationnellement que possible.
La plupart des institutions ont certes leur propre liste de risques; voici cependant une énumération de ceux à prendre
en considération:
1. Ordures: sont-elles ramassées régulièrement? Sont-elles enlevées correctement et rapidement? Les matériaux
dangereux sont-ils stockés en sûreté?
2. Passages, sorties et embrasures de porte: sont-ils dégagés et bien indiqués?
3. Portes coupe-feu: fonctionnent-elles bien? Sont-elles fermées si elles ne sont pas commandées par des alarmes? Le
personnel les laisse-t-il parfois ouvertes pour faciliter ses allées et venues?
4. Portes étanches (si nécessaire): fonctionnent-elles bien? Restent-elles fermées si elles ne sont pas commandées par
des alarmes? Le personnel les laisse-t-il parfois ouvertes pour couper au plus court à travers le bâtiment ou faciliter le
déplacement des collections?
5. Collections: sont-elles emmagasinées correctement, ni sur le plancher ni près des caves, des murs humides, d’une
lumière forte ni dans un endroit particulièrement poussiéreux?
6. Films au nitrate: sont-ils bien étiquetés et emmagasinés correctement? Sait-on comment les éliminer en toute
sécurité?
7. Fumer, boire, manger: les interdictions sont-elles claires et respectées?
8. Classement sur les rayonnages: y a-t-il des rayonnages adaptés aux différents formats et types de documents?
Utilise-t-on des serre-livres? Les tablettes sont-elles surchargées? Y a-t-il des conseils aux utilisateurs pour qu’ils
évitent de malmener les livres?
9. Epoussetage et nettoyage: le personnel de nettoyage se conforme-t-il aux normes locales établies? Applique-t-on
les bonnes méthodes et utilise-t-on les bons produits?
10. Eclairage violent: les collections sont-elles trop exposées à la lumière extérieure directe? L’éclairage à l’intérieur
est-il réglé du mieux possible grâce à des minuteries ou des filtres d’ultra-violets? Applique-t-on de bonnes normes
d’exposition des documents?
11. Température, hygrométrie et pollution atmosphérique: ces facteurs sont-ils maîtrisés, sinon au mieux, du moins
autant que les moyens disponibles le permettent? Les appareils de contrôle sont-ils propres et en bon état? S’il n’a
pas été possible d’installer un système onéreux, une circulation d’air est-elle assurée par des ventilateurs de plafond
ou d’autres moyens permettant d’éviter l’apparition de moisissures dans les endroits où l’air stagne?
Une fois l’étude des risques terminée, ses résultats seront compilés et on rédigera un rapport indiquant les risques qui
sont correctement neutralisés et ceux qui requièrent des mesures de prévention et de protection. Reste à indiquer des
priorités et à proposer des estimations de coût, si les études de risque ont révélé de nombreux besoins en matière de
prévention, avant de présenter le rapport à l’administration. A ce stade, il peut être opportun que le président du
comité de planification charge une équipe de travail de rechercher des solutions appropriées aux risques identifiés.
Le plan antisinistre comprendra un calendrier d’actualisation systématique des études de risque, auxquelles il sera
d’autant plus facile de donner suite que l’ampleur des risques diminuera progressivement.
Quand le personnel aura pris l’habitude d’être vigilant et attentif, beaucoup de ces problèmes seront notés, suivis ou
signalés automatiquement. D’autres, s’ils ont de l’importance, demanderont un effort soutenu de sensibilisation afin
d’amener des changements ou une amélioration. Des rapports rédigés de façon objective et des exemples empruntés
à d’autres institutions seront plus fructueux que des critiques négatives.

D. Nouvelles constructions ou réaménagement des bâtiments


Une autre manière efficace de prévenir les sinistres consiste à planifier soigneusement la construction de nouveaux
bâtiments ou le réaménagement des anciens. Les bibliothécaires et archivistes peuvent et doivent faire pression sur
les architectes et les ingénieurs pour qu’ils présentent des projets qui assurent une bonne prévention. Construire
délibérément une bibliothèque dans une plaine d’inondation n’est conforme ni aux principes d’une saine gestion ni
au bon sens. Négliger de prévoir des dispositifs anti-incendie adéquats, c’est prendre des risques inconsidérés. Si le

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financement se révèle difficile, on cherchera de nouvelles sources de fonds avec le concours de consultants, si besoin
est, pour appuyer des demandes raisonnables. Il existe un certain nombre d’experts capables d’aider bibliothécaires
et archivistes à prévoir de manière avisée les meilleures solutions architecturales et constructives.
Au stade de la conception du bâtiment, on peut écarter un grand nombre d’éléments dangereux pour les collections et
installer des dispositifs et des services de prévention bien adaptés, pour un coût bien inférieur à celui du
réaménagement de locaux plus anciens. Les bâtiments doivent être conçus de façon à ce qu’aucune lumière violente
n’endommage les collections ni n’altère le mobilier. Certains locaux modernes comme ceux de la Bibliothèque
Newberry à Chigago (Illinois) sont aveugles: les risques d’un éclairage excessif et les problèmes de régulation
climatique en sont moindres. S’il y a des fenêtres, on préférera les panneaux de verre aux volets ou au grillage pour
diminuer les risques que représentent le climat, la pollution, les insectes et les moisissures.
Des systèmes de climatisation peuvent être prévus si certaines nécessités ou le climat local l’imposent; la centrale
sera installée dans un endroit éloigné des collections pour limiter tous dégâts éventuels. Des dispositifs de sécurité
appropriés équiperont les systèmes de chauffage et de ventilation et permettront notamment l’arrêt automatique de
ceux-ci en cas de feu ou d’émission de fumée. Des alarmes déclenchées par une pression excessive seront installées
sur toutes les conduites d’eau et de vapeur pour avertir de tout dérangement.
Des rayonnages solides et bien adaptés permettront de tirer le meilleur parti de l’espace disponible et de loger,
comme il convient, les collections. Si l’on installe des tapis, il ne faut pas qu’ils passent sous les rayonnages. Ainsi,
en cas d’inondation, ils pourront être séchés ou enlevés plus facilement. On aura soin d’assurer la sécurité des
collections et surtout celle des pièces les plus précieuses, qu’on protégera dûment du vandalisme, du vol et de tous
autres dangers.
Le choix des matérieux de construction et du mobilier mérite réflexion. L’emploi de matérieux ignifuges, dûment
testés et conformes aux normes de sécurité anti-incendie, peut ralentir la propagation du feu. On peut aussi beaucoup
limiter les risques de dégagement de fumées épaisses et de dépôt de suie. Les rayonnages des bibliothèques seront
construits ou transformés de façon à ce que la hauteur séparant les tablettes, corresponde à celle des livres, sans
intervalles inutiles. En cas d’incendie ces intervalles constituent des réservoirs d’oxygène qui transforment les
rayonnages en cheminées, provoquant encore plus de dégâts. On trouvera souvent auprès des pompiers de la localité,
ou d’un organisme national compétent, des conseils et une documentation des plus utiles.
Le viel adage «Mieux vaut prévenir que guérir» se vérifie plus que jamais lorsqu’il s’agit des sinistres dans les
bibliothèques et les archives. Dans le prochain chapitre, nous verrons en détail l’équipement et les mesures de
protection qui peuvent faciliter une prévention à la fois énergique et sérieuse.

CHAPITRE TROIS - PROTECTION


Le travail de prévention, qui a consisté à élucider les risques auxquels les collections sont exposées et à faire le choix
des dispositions à prendre en vue de limiter les dégâts, va trouver son aboutissement dans l’adoption de mesures de
protection. Il n’est pas exclu que le ou les responsables des plans de lutte aient alors besoin de faire preuve de
patience et de leur connaissance des dossiers; les aménagements désirables sont en effet bien souvent longs et
coûteux à mettre en œuvre. Comme l’une des difficultés de la chose tient au fait que rien ne garantit que les mesures
préconisées permettront de prévenir un sinistre et que l’on sait seulement qu’elles en réduiront le risque ou limiteront
les dommages s’il survient, l’administration devra soigneusement peser les risques par rapport au coût de la
protection.
Cela dit - et les enquêtes concernant les risques le montrent - il existe de nombreux moyens peu onéreux d’améliorer
la situation, tels que d’éviter le contact des ouvrages avec le sol dans les magasins. D’autres systèmes peuvent être
provisoirement adoptés pendant qu’on réfléchit à des aménagements plus coûteux. C’est ainsi que si le plan
recommande de gros travaux tels que la réfection complète de la toiture, il comportera également des indications sur
les dispositions transitoires à prendre afin de protéger les collections contre tout risque d’inondation jusqu’à ce que
ces travaux aient pu être menés à bien: déplacer les collections ou recouvrir les rayonnages de feuilles de matière
plastique, ou encore tendre une bâche de matière plastique directement sous la toiture en la fixant solidement de
manière à garantir la sécurité du personnel et des lecteurs. Lorsque l’installation d’un système de climatisation
semble souhaitable de façon à éviter toute variation de température, l’humidité et les moisissures, on peut alors, le
temps de réunir les crédits nécessaires, installer des ventilateurs au plafond afin de faciliter la circulation de l’air.
Dans le cas des grandes bibliothèques comportant tout un réseau de services ou abritant des collections importantes,
le comité de lutte contre les sinistres peut confier à des équipes spéciales le soin de s’occuper de tel ou tel aspect de

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la protection, d’enquêter par exemple sur les différents systèmes de lutte anti-incendie acceptables dans une
bibliothèque, de formuler des recommandations à ce sujet et de calculer le coût de l’opération. Dans les bibliothèques
de moindre importance, cette activité de protection peut dans bien des cas être confiée à une seule personne chargée
d’informer les autorités compétentes des besoins qui se font sentir et de prendre les mesures nécessaires.
On trouvera, dans le présent chapitre, des renseignements sur les principales mesures de protection qui ont été jugées
efficaces et utiles par des bibliothécaires et des archivistes. Les dispositifs de détection des risques d’inondation et
d’incendie et de protection contre ces risques aident beaucoup à limiter les dégâts. Lorsqu’on a le matériel à portée
de la main, on peut réagir plus vite. Quant à la formation du personnel, c’est l’une des meilleures garanties qui soient
d’une intervention sûre et bien menée qui réduise considérablement l’ampleur de la catastrophe.

A. Ressources humaines
Si vous êtes à la recherche d’idées neuves, n’oubliez pas toutes les personnes qui peuvent vous aider à protéger vos
collections. Dressez la liste de celles à qui vous pourriez vous adresser ou dont vous pourriez utiliser les services et
prenez contact par lettre ou par téléphone avec leur accord, vous ferez figurer leur nom sur les listes annexées au plan
de lutte. Assurez-vous périodiquement que ces personnes sont toujours en activité, que vous pouvez toujours compter
sur leur concours et que leur numéro de téléphone n’a pas changé. On pense immédiatement, en ce qui concerne ces
ressources humaines, aux pompiers, à la police, aux sociétés de surveillance, aux compagnies d’assurance, aux
sociétés d’entretien des bâtiments et des installations et à certains marchands de matériel, mais il y a lieu de songer
aussi aux bibliothécaires professionnels qui ont eu à affronter des sinistres, aux conservateurs, aux restaurateurs - de
livres et de tableaux - aux hommes politiques, aux personnels administratifs appartenant à votre institution ou à
d’autres et enfin, aux membres de la communauté bibliothéconomique et archivistique, nationale et internationale.
Les bibliothécaires et les conservateurs de Florence ont parfaitement su mettre à profit ces multiples sources d’aide,
après les inondations de 1966. Ajoutons, par ailleurs, que nombreux sont les spécialistes qui vous communiqueront
volontiers, à titre d’exemple, le plan de lutte contre les sinistres en vigueur dans leur établissement.
N’oubliez pas non plus les personnes qui, au sein même de votre bibliothèque ou de votre dépôt d’archives, sont en
mesure, grâce à leur connaissance des collections et des utilisateurs, de faciliter la démarche des planificateurs. Ces
spécialistes savent en effet quel document pourra être aisément remplacé et connaissent aussi ceux qui n’ont pas de
prix. Ils sont en mesure de dire que tels et tels documents, imprimés sur papier couché, seront irrécupérables s’il leur
arrivait d’être mouillés. Et puis, ils peuvent avoir des collègues dans d’autres organismes qui seraient disposés à
collaborer en cas de sinistre, à charge de revanche. Quant aux administrateurs, c’est auprès d’eux que vous pourrez
vous faire une idée générale des objectifs recherchés, des réalités financières et des rapports entretenus avec
l’institution mère ou les autorités de tutelle.

B. Dispositifs de détection des fuites d’eau et inondations


Si vos locaux, qu’il s’agisse d’une bibliothèque ou d’un dépôt d’archives, sont susceptibles d’être inondés ou s’ils
sont mal protégés contre l’action de l’eau, il faut s’en prémunir en les équipant de dispositifs de détection des fuites
et inondations. Il existe sur le marché toute une panoplie de dispositifs de ce genre fabriqués par des entreprises
spécialisées dans la sécurité des bibliothèques ou des centres d’informatique. (Certaines bibliothèques ont improvisé
des systèmes à elles au moyen d’éponges et de contacts électriques.) Certains systèmes d’alarme sont autonomes et
ne déclenchent qu’une alerte ponctuelle. D’autres sont reliés à un central de surveillance. Leur coût est plus élevé,
tant à l’achat qu’à l’installation, mais ils sont plus efficaces que les alarmes ponctuelles qu’on peut ne pas entendre si
elles sont installées dans des lieux peu fréquentés ou si la bibliothèque (ou le dépôt d’archives) est fermée. Il importe
par ailleurs que les principales conduites d’eau soient équipées d’avertisseurs de pression qui signalent aux
responsables de la sécurité ou au personnel toute fuite d’eau due à un incendie ou à une rupture de canalisation. Les
détecteurs d’eau sont généralement installés dans les endroits suivants:
1. les zones les plus «sensibles» soit par exemple les sous-sols, les endroits situés à proximité des collecteurs, etc.;
2. les zones susceptibles d’être les premières touchées en cas d’inondation;
3. les zones abritant les collections les plus précieuses ou pouvant être le plus facilement endommagées;
4. les zones abritant du matériel coûteux tel que les ordinateurs, etc.

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C. Dispositifs de détection des incendies


L’initiative la plus utile qu’une bibliothèque ou un dépôt d’archives puisse prendre pour protéger ses collections est
de se doter de moyens de détection et d’extinction des incendies. Du plus simple (présence d’un veilleur de nuit
sérieux ayant reçu une formation en matière de lutte contre l’incendie), au plus perfectionné (installation d’un
système d’extinction au fluorocarbure), tous les systèmes sont possibles; l’essentiel est qu’il en existe un.
On a longtemps cru, dans les milieux intéressés, que livres et documents d’archives constituaient un matériau qui
brûlait mal. Peut-être était-ce vrai autrefois, mais aujourd’hui on voit bien que les matériaux de construction
modernes, les fibres artificielles et les matières plastiques s’enflamment très vite en dégageant des gaz extrêmement
nocifs. Ajoutons à cela ces couloirs et ces cages d’escaliers vastes et pleins de courant d’air et ces grands espaces de
magasins non protégés où les risques d’incendie sont considérables.
Autre fait irréfutable, l’écrasante majorité des incendies de bibliothèque sont d’origine criminelle. John Morris
estime que leur pourcentage pourrait atteindre de 75 à 80 % (3) ’ Autant dire que les bibliothécaires et les archivistes
ne peuvent se permettre de prendre de tels risques. Les locaux doivent être conçus dans un souci de sécurité
anti-incendie. Quant aux agents chargés de la surveillance, il leur incombe d’interdire l’accès des lieux à toute
personne non autorisée. Les corbeilles destinées au dépôt des livres rendus doivent être protégées à l’aide de
systèmes d’extinction ou alors être isolées des bâtiments. Toutefois, les meilleures des mesures de prévention et de
protection ne sauraient suffire et les bibliothèques doivent s’équiper d’un système efficace et rapide d’extinction des
incendies. En avril 1986, par exemple, la Bibliothèque publique centrale de Los Angeles a été ravagée par un
incendie d’origine criminelle qui a entraîné la destruction d’une partie de ses collections en dépit de la présence à
proximité de l’une des meilleures casernes de pompiers du monde, ce qui a permis aux secours d’être sur les lieux
dans le quart d’heure. Du fait de son intensité, l’incendie s’est rapidement étendu aux livres et aux microfilms. Bien
qu’équipés du matériel le plus moderne, les pompiers ont dû lutter huit heures durant pour maîtriser l’incendie et
rester sur les lieux plusieurs jours encore afin de l’éteindre définitivement. La bibliothèque ne possédait aucun
système d’extinction automatique par sprinklers. Plus tard, le commandant des pompiers devait déclarer sans ambage
que si la bibliothèque avait été dotée d’un système d’extinction, l’incendie n’aurait jamais pris pareille ampleur.
Reste à déterminer quel système d’alarme et quel dispositif d’extinction conviennent le mieux compte tenu de la
nature des collections dont vous avez la charge et de votre budget. Pour en décider, il faut savoir entre autres choses
qu’il est bien plus facile de se remettre d’un sinistre dû à la seule action de l’eau que de remédier aux dégâts causés à
la fois par l’eau et par le feu.
Au système anti-incendie, certains établissements voudront peut-être aussi ajouter un système de surveillance ou un
dispositif d’alarme anti-intrusion qui permette de se protéger à la fois contre le vol et contre les incendies d’origine
criminelle provoqués de l’intérieur. Il existe sur le marché de nombreux systèmes d’alarme généraux capables de
répondre à toutes les exigences de la sécurité, alliant tous les systèmes depuis les dispositifs anti-intrusion et
anti-incendie jusqu’à la climatisation. Si, pour certains établissements, la présence d’un gardien ou d’un surveillant
constitue une sécurité suffisante, pour d’autres, en revanche, une protection plus poussée s’impose.
L’idéal serait que, les alarmes permettant de signaler la naissance d’un incendie ainsi que les détecteurs
d’inondations ou de fuites d’eau, soient reliées à un poste central de surveillance. Le choix de l’équipement varie
selon les besoins:
1. les détecteurs à ionisation réagissent aux gaz émis au cours de la première phase d’un incendie; ils conviennent
tout particulièrement bien à la détection précoce dans les bibliothèques et les dépôts d’archives;
2. les détecteurs de fumée sont sensibles aux dégagements de fumée visible et sont parfois appelés détecteurs de
particules. Ces dispositifs sont aussi recommandés pour la détection précoce dans les bibliothèques ou dépôts
d’archives;
3. les détecteurs de flammes, qui sont sensibles aux rayons infrarouges, sont bien adaptés aux zones dans lesquelles
l’incendie peut se propager rapidement du fait de l’importance de l’espace ou de la circulation de l’air;
4. les détecteurs thermiques, qui sont sensibles à la température, sont réglés pour réagir à une température donnée ou
pour signaler une certaine élévation de la température. Ces détecteurs sont particulièrement bien adaptés à la
protection des collections de documents sur microfilms qu’une élévation de la température peut endommager
rapidement;

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5. les détecteurs à faisceau linéaire détectent la fumée à l’aide d’un faisceau infrarouge.

D. Systèmes d’extinction de l’incendie


Si l’on décide d’installer un système d’extinction pour empêcher la propagation d’un incendie, on le choisira en
fonction des risques auxquels sont exposés les bâtiments et les collections ainsi que de son coût. Il est recommandé à
cet égard de prendre conseil auprès des spécialistes de la lutte contre l’incendie et des assureurs. Il existe toute une
panoplie de systèmes d’extinction correspondant à différents besoins et usages. Par ailleurs, le bon fonctionnement
du système doit être périodiquement vérifié. (Cela ne veut pas dire qu’il faille mettre en route les sprinklers. Les
spécialistes savent procéder à ces vérifications sans avoir besoin d’en venir à de telles extrémités.)

1. Dispositifs manuels
(a) Des bouches d’incendie sont placées à l’extérieur et à l’intérieur du bâtiment; c’est là que les pompiers raccordent
leurs lances d’incendie Seul le personnel qualifié doit être habilité à manier ces lances d’incendie dont l’utilisation
peut être extrêmement dangereuse pour les collections et le contenu des bâtiments.
(b) Les extincteurs portatifs contiennent soit de l’eau, soit du gaz, soit des produits chimiques, chaque type étant
conçu pour permettre de lutter contre une catégorie précise de feu. A cet égard, il est très important de choisir le type
d’extincteur qui convient pour une bibliothèque ou un dépôt d’archives. Les extincteurs à eau pressurisée éteignent
parfaitement les feux de bois et de papier mais il ne saurait être question de les utiliser en cas de feu d’origine
électrique ou sur des liquides inflammables. Il est évident que leur action a pour effet de détremper les collections.
Quant aux systèmes au gaz Halon 1301 ou 1211, ils conviennent tout particulièrement bien dans le cas des
collections de bibliothèque ou des fonds d’archives, car leur emploi est parfaitement inoffensif à leur égard; en
revanche, ces extincteurs sont plus onéreux. Les systèmes au gaz carbonique (CO2) conviennent tout à fait bien dans
le cas des feux d’origine électrique mais ne sont pas aussi efficaces lorsque ce qui brûle est du bois ou du papier.
Quant aux extincteurs à produits chimiques, ils permettent d’éteindre tous les types de feux mais laissent sur les
documents des traces qu’il est parfois difficile d’enlever. Si l’établissement est équipé d’extincteurs, le service
incendie apprendra au personnel à les utiliser correctement.

2. Systèmes à gaz
(a) Les extincteurs au CO2 sont certes efficaces mais ils ne sont nullement recommandés dans les établissements
recevant du public du fait de leurs effets asphyxiants.
(b) Le gaz Halon 1301, marque commerciale de la société Dupont Corporation, est extrêmement efficace et
relativement peu dangereux pour les humains pour autant que ceux-ci n’y soient pas trop longtemps exposés. En
revanche, il est cher et ne convient qu’aux locaux relativement exigus et fermés; en règle générale, on l’emploie pour
protéger les musées, les collections spéciales et les pièces rares, ainsi que les locaux abritant des ordinateurs.

3. Systèmes d’extinction automatique à eau


(a) Les systèmes sous eau comportent des têtes de sprinkler individuelles alimentées par des canalisations contenant
de l’eau en permanence. Une fois actionné, le dispositif ne peut être refermé qu’à la main. Exception faite des
systèmes dits déluge, en l’occurrence inappropriés, il s’agit là du système à eau le moins cher sur le marché.
(b) Les systèmes sous air sont équipés de têtes de sprinkler individuelles montées sur des canalisations qui
contiennent du gaz ou de l’air comprimé. Une fois que le système a été déclenché par un incendie et que l’eau s’est
accumulée dans les canalisations, l’ensemble du dispositif doit être refermé à la main. L’intervention est dans ce cas
moins rapide que dans celui du système sous eau et un nombre supérieur de têtes de sprinkler peuvent se déclencher.
Il convient tout particulièrement dans les régions de climat froid où les canalisations peuvent geler. Le danger
d’avarie des canalisations ou des têtes de sprinkler est moindre mais le remplissage des canalisations prend un temps
qui retarde l’intervention.
(c) Les systèmes à pré-action sont des systèmes sous air où l’envahissement des canalisations par l’eau est déclenché
par les détecteurs. Avec ces systèmes, le risque d’une ouverture intempestive des sprinklers est moindre. L’arrêt du
système se fait à la main.

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(d) Les systèmes à pré-action cycliques sont des systèmes analogues aux systèmes précédents, c’est-à-dire sous air,
mais ils en diffèrent sur un point très important. L’eau se coupe automatiquement dès que l’incendie est éteint, mais
peut recommencer à se déverser si besoin est. Ce genre de dispositif évite les dégâts inutiles.
(e) Les sprinklers de type «aquamatic» (intermittent) sont sous eau. Chaque tête de sprinkler s’ouvre puis se referme
puis s’ouvre à nouveau, selon les besoins, ce qui limite considérablement les dégâts dus à l’eau. C’est la solution la
plus onéreuse.
(f) Dans les systèmes dits «déluge», toutes les têtes de sprinkler entrent immédiatement en action, que cela soit
nécessaire ou non. Ces systèmes ne sont pas adaptés aux établissements à vocation culturelle en raison des dégâts dus
à l’eau que leur utilisation peut occasionner (4).

4. Autres systèmes
(a) On utilise dans bien des cas différentes sortes de mousses pour combattre les incendies survenant dans les locaux
industriels. A la condition de choisir la mousse appropriée, c’est un moyen de secours efficace aussi dans les
bibliothèques et les dépôts d’archives. Les mousses aqueuses se déposant sous forme de film ne présentent aucun
danger pour les documents sur film ou les disques de phonographe.
(b) L’emploi des poudres chimiques n’est pas recommandé dans les établissements à caractère culturel étant donné
qu’elles sont conçues pour combattre des incendies d’origine chimique ou industrielle et que leur emploi serait de
nature à occasionner de sérieux dommages aux collections.

E. Fournitures à prévoir en matière de protection et de sauvetage


La constitution d’un dépôt de fournitures aisément accessible au sein même de l’établissement constitue une mesure
de protection judicieuse. Un stock de quelques caisses dans lesquelles sont regroupés les ouvrages détrempés, de
feuilles de matière plastique pour recouvrir les documents en cas de fuite d’eau et de feuilles de papier à glisser entre
les pages des ouvrages imbibés d’eau peut suffire. L’idéal serait, pour que la protection soit parfaitement assurée, d’y
adjoindre le matériel nécessaire pour mettre en œuvre les premières mesures de sauvetage. Ces fournitures, qui
doivent toujours être prêtes à l’emploi, ne doivent pas être enfermées dans un local difficile d’accès. Tous les
départements et services de l’établissement doivent avoir à leur disposition une petite quantité de fournitures de
premier secours, le gros des fournitures étant centralisé. On en fera périodiquement l’inventaire, en particulier après
usage, et on commandera immédiatement le réassortiment. On trouvera ci-après une liste de fournitures nécessaires
pour faire face efficacement à tout début de sinistre:
1. feuilles de matière plastique pour recouvrir les ouvrages afin de les protéger de l’eau; feuilles de polyester pour
servir de support aux feuillets manuscrits détrempés;
2. seaux, serpilières, balais et aspirateurs eau/poussière pour évacuer l’eau et la boue;
3. générateurs portatifs, pompes, baladeuses à piles, appareils de radio à piles;
4. ventilateurs, déshumidificateurs, rallonges de modèle industriel;
5. psychromètres ou hygrothermographes portatifs pour relever les niveaux de température et d’humidité;
6. papeterie: emballages isothermes, blocs-notes, papier propre ou serviettes en papier pour intercaler entre les pages
des ouvrages détrempés, buvards neufs, rubans adhésifs pour construire des boîtes, carton fort pour servir de support
aux articles détrempés;
7. crayons, stylographes à encre indélébile pour marquer les cartons;
8. cutters avec lames de réserve pour découper le papier, les emballages isothermes, etc. (les ciseaux sont peu utiles
car ils s’émoussent vite);
9. gants, casques de protection, vêtements de protection (tablier épais en matière plastique ou combinaisons de
travail, chaussures solides et étanches, etc.);
10. boîtes ou cageots en matière plastique pour stocker les ouvrages détrempés;
11. poubelles neuves en matière plastique pour laver les ouvrages, bacs en matière plastique pour laver les pièces;
12. éponges, tuyaux, brosses pour nettoyer les documents;

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13. tables de travail mobiles;


14. corde pour suspendre les ouvrages ou les documents, pinces à linge;
15. éponges en caoutchouc synthétique pour enlever la saleté, la fumée et la suie;
16. trousse à pharmacie complète;
17. chariots pour le transport des documents;
18. palettes pour le transport des cartons;
19. un nécessaire à outils comprenant notamment un montedu, un tournevis, des pinces et un levier.
Il n’est pas nécessairement utile ni possible de disposer de tout cela. Plusieurs institutions peuvent du reste
s’entendre pour constituer ce stock de fournitures en commun et l’entreposer dans un endroit accessible à toutes. La
liste pourra en être dressée par le Comité de lutte contre les sinistres et annexée au plan de lutte. Il est évidemment
conseillé à toutes les institutions, bibliothèques ou dépôts d’archives, d’avoir sous la main, dans toute la mesure du
possible, un minimum de produits: bâches plastiques, boîtes où déposer les documents mouillés, papier pour sécher
les documents. Pour le reste, il faudra décider en fonction des risques et des possibilités d’approvisionnement sur
place (voir appendice A.4).

F. Formation
La formation est particulièrement importante pour la réussite d’un plan de lutte contre les sinistres et surtout des
opérations de sauvetage. Les chapitres du plan consacrés au sauvetage insisteront sur les responsabilités du personnel
à cet égard. Il demeure que, pour être efficace, la formation du personnel en prévision des sinistres ne saurait le
préparer seulement à réparer les dégâts. Là encore, il convient d’insister sur l’importance des mesures concrètes de
planification, de prévention et de protection. Dans les chapitres consacrés à la planification et à la protection, nous
avons dit combien la participation du personnel était essentielle à une bonne connaissance des collections au moment
de l’établissement du plan de lutte. Elle l’est tout autant pour les petites collections que pour les grandes. Passé le
stade de la planification, le personnel a un autre rôle, tout aussi important, à jouer et qui est d’intervenir ou de
pouvoir intervenir lors des opérations de sauvetage. Un certain nombre d’institutions ont réfléchi à la démarche à
suivre pour s’organiser en prévision d’un sinistre et savoir comment y faire face. Voici une liste de conseils inspirés
des mesures jugées les plus efficaces par elles.
1. Organisez une ou plusieurs séances de formation afin de présenter au personnel le plan de lutte contre les sinistres
et son emploi. Etudiez soigneusement avec le personnel la marche à suivre afin d’avertir les personnes appropriées
en cas de sinistre et les dispositions à prendre en vue de protéger les collections. Des instructions seront notamment
données aux nouveaux membres du personnel sur l’application des consignes d’urgence et on leur expliquera le plan
de lutte.
2. Nommez un responsable officiel de la prévention et des secours. Une fois le plan de lutte établi, cette personne
comptera parmi ses attributions normales le maniement du plan et l’application de ses recommandations, la
réalisation de toutes les enquêtes ou études nécessaires et la direction des éventuelles opérations de sauvetage. Ce
responsable fera directement rapport à la direction de l’établissement. La personne choisie pourra être un agent des
services de conservation ou de restauration, un cadre moyen qualifié, le Président du Comité de planification de la
lutte contre les sinistres ou l’un des directeurs de la bibliothèque ou du dépôt d’archives. La complexité ou la
simplicité de sa tâche sera fonction de la nature des collections et de la situation.
3. Apprenez au personnel ou aux groupes de travail constitués à cet effet à enquêter sur les risques de sinistre et à
formuler des recommandations. Le nombre et la complexité des tâches à entreprendre seront réduits à un minimum
de façon qu’elles ne constituent pas une corvée. Etablissez un programme régulier d’enquête, selon l’importance
accordée aux divers risques encourus par la personne ou le comité chargé de la planification.
4. Constituez une équipe de secours, conduite par un chef dont les membres sachent réagir comme il le faut en toute
circonstance, face à un unique livre mouillé ou à une véritable catastrophe. La constitution d’une équipe s’impose
tout particulièrement dans le cas des collections importantes; lorsqu’elles le sont moins, une seule personne qualifiée
peut suffire. Formez les membres de l’équipe de façon concrète afin qu’ils sachent exactement l’attitude à adopter
dans le cas de chaque catégorie de document menacé. Définissez une procédure qui permettra à chaque membre de
l’équipe de secours de prendre la tête d’un groupe d’intervention en cas de sinistre grave. Le cas échéant, faites appel
à des spécialistes pour parachever leur formation et si cela n’est pas possible, lisez tout ce qui s’est écrit sur la

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question et organisez vous-même cette formation. Prenez conseil, de vive voix ou par écrit, auprès de personnes qui
ont eu à affronter des sinistres ou ont une expérience de la formation en la matière. Mettez en place des équipes
communes ou régionales de formation ou de lutte. Etudiez la possibilité d’obtenir des fonds auprès de sources
extérieures pour pouvoir faire intervenir des spécialistes du dehors dans les séances de formation. Organisez un
simulacre de sinistre pour faire des exercices d’entraînement.
Lorsque l’établissement a la chance de compter un service de restauration ou qu’il en existe un à proximité auquel il
puisse s’adresser, l’équipe de secours n’aura sans doute pas à s’occuper elle-même des traitements d’urgence et il
suffira de la préparer aux grosses opérations de sauvetage.
Le chef de l’équipe de secours est responsable de son équipe et organise son déploiement dès qu’il est averti par le
directeur des secours; la procédure à suivre doit être consignée dans le plan de sauvetage. Il fait rapport au directeur
des secours et assure la liaison entre ce dernier et l’équipe de secours.
5. Mettez-vous en rapport avec toutes les personnes de l’extérieur susceptibles de participer aux opérations de
sauvetage. Les sapeurs-pompiers, qui ne sont pas habitués à travailler sur du matériel fragile, doivent savoir à
l’avance ce que vous attendrez d’eux le moment venu: cela leur évitera de Jeter les livres par la fenêtre ou de les
noyer inutilement. Mieux vaut mettre les lances à incendie en position brouillard si l’on ne veut pas que la force du
jet direct déchiquète livres et documents. Lorsqu’il faut déménager les livres pour les congeler ou les stocker ailleurs,
il est préférable que les déménageurs connaissent les précautions à prendre pour les manipuler et assurer leur
sécurité.
La formation du personnel est l’un des éléments. qui font la qualité d’un plan de lutte contre les sinistres. Les
dommages seront d’autant moindre que l’on aura mieux tenu compte de tous les risques appelant des mesures de
prévention et de protection et mieux envisagé la conduite à tenir en cas de danger. Des séances de formation doivent
être périodiquement organisées à l’intention du personnel permanent et prévues pour tout nouvel embauché.

G. Régulation climatique
Les risques dus aux conditions climatiques intérieures et au nettoyage ont été analysés à la section C du chapitre
deux, où il a notamment été question de la manière dont ils peuvent contribuer au déclenchement d’un sinistre. Les
mesures énumérées ci-après ont été Jugées utiles dans de nombreuses bibliothèques pour protéger les collections
contre ces sources de dommages, certes moins spectaculaires qu’un incendie ou une inondation. Nous ne présentons
ici que des généralités dans l’espoir d’inciter le lecteur à poursuivre les recherches voulues pour prendre conscience
de l’influence que l’environnement peut avoir sur l’état des collections des bibliothèques et des dépôts d’archives.
1. Les travaux de recherches se poursuivent quant aux normes idéales de température et à l’humidité à recommander;
il paraît néanmoins raisonnable de préconiser une température de 20°C ± 2° C et un taux d’humidité relative oscillant
entre 40 et 45 %. Ce sont là des normes acceptables dans le cas des collections générales composées d’ouvrages de
nature variée. Toutefois, il importe avant toute chose d’éviter les variations extrêmes de la température et du taux
d’humidité. En effet, elles entraînent des déformations des reliures et du papier et causent des dommages visibles aux
documents photographiques. Un bon système de régulation climatique sera réglable par zone; de la sorte, il tiendra
compte du degré de température et du taux d’humidité existants -et requis - dans les différentes zones de la
bibliothèque ou du dépôt d’archives.
2. Le température et l’humidité doivent être contrôlées. Ce contrôle est en général opéré à l’aide de thermostats
automatiques, qui ne permettent pas cependant une connaissance fine de la situation dans les différentes parties des
magasins ou du bâtiment. Il faut donc d’autres moyens de contrôle pour prévenir tout dégât. On pourra utiliser un
hygrothermographe enregistreur ou procéder à des relevés réguliers à l’aide d’un psychromètre portatif. Si l’on ne
dispose d’aucun de ces instruments, on se rabattra sur un thermomètre à maximum-minimum et un bon hydromètre;
il faudra alors effectuer plusieurs fois par jour des relevés manuels. Les risques graves tels que la présence d’un taux
d’humidité excessivement élevé dans une collection de documents photographiques se détectent facilement et le
remède est aisé à apporter: installation d’un déshumidificateur ou dépôt de produit hydrophile dans les boîtes où les
photographies sont conservées sous enveloppe ou sous pochette. Si, au contraire, l’atmosphère est trop sèche, on
placera des humidificateurs ou des récipients remplis d’eau dans des endroits bien choisis.
3. Une exposition excessive aux rayons ultraviolets est particulièrement nuisible aux livres, manuscrits et documents
photographiques. L’exposition d’une photographie originale à une lumière forte durant ne serait-ce que 24 heures
suffit à l’endommager irrémédiablement - une véritable catastrophe. Il faut donc limiter l’émission des rayons
ultraviolets (u-v) en équipant les lampes fluorescentes de filtres u-v ou en montant des filtres u-v en matière plastique

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sur les appareils d’éclairage. Il existe également dans le commerce des tubes fluorescents à faible émission de rayons
u-v mais ils sont plus onéreux que les tubes ordinaires. On peut aussi poser sur les vitrages des fenêtres un film
plastique filtrant afin d’atténuer la pénétration de la lumière solaire ou encore installer des stores ou des rideaux. Il
semble toutefois que ces films filtrants perdent de leur efficacité au bout d’un certain temps. Il convient donc de
s’enquérir auprès des fabricants de la durée de vie de ces produits. Il est aussi possible de réduire l’éclairement en
plantant des arbres ou des arbustes devant les fenêtres, mais leur arrosage pourra poser des problèmes.
4. Il importe de vérifier régulièrement l’état des appareils utilisés pour filtrer la poussière et les polluants présents
dans l’atmosphère, de changer les filtres et de s’assurer que le matériel fonctionne correctement; il s’agit là de
mesures normales d’entretien bien compris. Le choix du filtre dépend partiellement de l’agent polluant et/ou des
problèmes que cause la poussière dans la région; il convient d’en tenir compte avant d’acheter l’équipement
nécessaire.
Réguler le climat n’évite pas seulement les dégâts; cela permet aussi de prolonger considérablement la durée de vie
des ouvrages. S’il est impossible d’installer un système parfait, le personnel peut toujours imaginer des solutions
artisanales pour limiter de son mieux les risques auxquels les collections peuvent être exposées.

H. Conditionnement et stockage
Le conditionnement des collections est un excellent moyen d’assurer leur protection. Cette pratique est
principalement considérée comme une mesure générale de conservation. Or, l’emploi de boîtes, d’enveloppes ou
d’emballages est aussi un moyen d’ériger une barrière entre l’article et les agressions de l’environnement.
L’expérience montre d’ailleurs qu’en cas d’inondation ou d’incendie, c’est le conditionnement qui a permis le
sauvetage d’articles qui, sans lui, auraient été perdus. Il n’est ni possible ni souhaitable de placer dans des boîtes tous
les ouvrages en circulation. Cependant, on peut toujours protéger les volumes rares de la poussière, des
manipulations fautives, des insectes et, ce qui est plus important, de l’eau, de la fumée et de la chaleur, en les
enfermant dans des boîtes individuelles même rudimentaires. Par ailleurs, aux dires de nombreux spécialistes, le seul
fait de couvrir un ouvrage d’une simple jjquette de polyester le protège de manière on ne peut plus efficace contre la
fumée et la chaleur et, dans une moindre mesure, le feu. Il est possible de mettre à l’abri les documents de toutes
sortes dans des chemises, des boîtes d’archives ou des pochettes en polyester de bonne qualité. Quant aux cartes, à la
condition d’être posées dans des tiroirs et non enroulées ou suspendues au mur, elles résistent aux catastrophes dont
elles sortent souvent sans une égratignure. L’essentiel est de savoir que le fait d’interposer le maximum d’obstacles
possibles entre les articles et ce qui risque de les endommager fait gagner du temps et limite les dégâts.
Tels sont les moyens qu’il convient de mettre en œuvre, autant que possible, dans les bibliothèques et les dépôts
d’archives pour préserver les collections. Le conditionnement, nous l’avons dit, sert aussi à prolonger la vie des
ouvrages. L’idéal serait d’enfermer chaque document, dès sa réception, dans un conditionnement protecteur avant
rangement. On devrait aussi, par ailleurs, entreprendre une opération, même modeste, de reconditionnement des
collections.
Les conditionnements protecteurs peuvent se fabriquer facilement sur place, mais on en trouve aussi dans le
commerce. C’est aussi un service dont des centres régionaux peuvent se charger contre rémunération. En tout état de
cause, l’important est que les conditionnements soient de bonne qualité et faits de matériaux non acides, sans danger
pour les ouvrages des bibliothèques et les documents d’archives. Il faut prendre soin de s’assurer, lors de
l’acquisition des conditionnements ou des fournitures nécessaires à leur fabrication, que le vendeur est parfaitement
au courant des normes auxquelles ils doivent satisfaire et qu’il est en mesure de garantir sa marchandise.
Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises la question de l’entreposage des collections dans les chapitres consacrés
à la planification et à la prévention. Il n’est pas inutile d’y revenir plus en détail dans la mesure où un entreposage
bien conçu non seulement protégera les collections en cas de danger, mais en prolongera aussi l’existence. Les
rayonnages doivent être faits de matériaux solides et inertes, exempts d’humidité, de moisissures et d’insectes. Dans
le cas des bibliothèques et des dépôts d’archives, ce sont les rayonnages en acier émaillé au four qui conviennent le
mieux. Lorsque l’on a opté pour des rayonnages en bois, toutes les surfaces doivent être revêtues de plusieurs
couches de peinture acrylique inerte de longue durée. Contre l’eau et la fumée, les rayonnages doivent être
inoxydables et pouvoir se laver facilement; leur surface doit présenter un minimum d’anfractuosités où l’eau puisse
s’emmagasiner. Dans les zones sujettes aux tremblements de terre, les rayonnages seront contreventés de façon à
pouvoir supporter une faible secousse sans pour autant se déformer. Le cas échéant, les collections disposées sur les
rayonnages seront retenues par des cables élastiques ou par tout autre dispositif fixé en façade. Cette précaution est
particulièrement recommandable pour protéger les disques de phonographe et autres objets de collections fragiles.

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Par mesure de protection contre les inondations de faible ampleur, il convient de ménager un vide d’au moins une
dizaine de centimètres entre le plancher et les tablettes inférieures.
Les documents ne doivent en aucun cas être placés à même le sol, même à titre provisoire. Des volumes enfermés
dans des cartons peuvent supporter un beau déluge, si les cartons ne boivent pas l’eau qui coule sur le sol. En
l’absence de rayonnages, on peut toujours empiler les cartons sur des palettes ou sur des planches isolées du sol par
des briques ou des parpaings en ciment. Des ouvrages stockés bien à la verticale (mais non point comprimés) sur les
tablettes et maintenus par des serre-livres, peuvent résister à l’eau pendant une brève période. Lorsque l’on dispose
de l’espace nécessaire, il convient d’éviter de disposer ouvrages et documents sur les tablettes supérieures où ils
peuvent être endommagés par des fuites d’eau provenant des canalisations ou de la toiture. Les spécialistes des
incendies de bibliothèques ou des dépôts d’archives font remarquer que bien souvent les documents placés sur les
tablettes supérieures sont irrémédiablement brûlés tandis que ceux qui se trouvent sur les étagères du bas sont en bon
état. On s’attachera, dans toute la mesure du possible, à en tenir compte lors du stockage des collections et à placer
les documents les plus précieux, les plus fragiles, voire les pièces irremplaçables, sur les tablettes inférieures mais
non sur la plus basse. C’est ainsi par exemple que les documents photographiques, particulièrement sensibles à la
chaleur, peuvent être stockés plus bas que les livres. Les volumes aisément remplaçables peuvent quant à eux être
rangés en hauteur.
A l’évidence, une protection appropriée peut contribuer à prévenir un sinistre. Dès lors que les risques sont bien
compris, des mesures de protection peuvent être recommandées. Lorsque les recommandations formulées sont
nombreuses, il convient de définir un ordre de priorité de façon à pouvoir s’attaquer en premier aux problèmes les
plus graves. Tous les bibliothécaires et les archivistes sont instamment invités à tout mettre en œuvre pour se
prémunir contre l’incendie, le feu étant sans doute le pire ennemi de la bibliothèque ou du dépôt d’archives.
Enlèvement de l’eau et de la boue des rayonnages après une inondation et avant déménagement des ouvrages,
Stanford University 1978. (Avec l’aimable autorisation des News and Publication Services de l’Université de
Stanford.)

CHAPITRE QUATRE - PLAN D’INTERVENTION ET DE SAUVETAGE

DEUXIEME PARTIE: SAUVETAGE


Le volet sauvetage du plan de lutte contre les sinistres doit être minutieusement organisé et préparé, car c’est lui qui
conditionne le succès ou l’échec des opérations de sauvetage le plus souvent. Etudiez les différentes étapes de
l’intervention décrites dans la Section B ci-dessous et assurez-vous que le plan de sauvetage comprend des mesures
détaillées correspondant aux préoccupations qui y sont énumérées. Si les mesures de prévention et de protection ont
été prises, il est clair que l’on ne pouvait rien faire de plus pour éviter le sinistre. C’est donc maintenant au sauvetage
qu’il faut s’atteler avec le maximum de célérité et d’organisation. Quiconque n’a jamais vécu de sinistre grave
survenu dans une bibliothèque ou un dépôt d’archives peut difficilement imaginer l’état de choc et le sentiment
d’impuissance que suscite un tel événement. Même l’expérience n’immunise pas contre une réaction immédiate et
momentanée de panique face aux pertes encourues et à l’ampleur de la tâche à entreprendre. Cela reste vrai que le
sinistre soit relativement mineur ou qu’il soit catastrophique. La personne chargée du sauvetage tient entre ses mains
le succès ou l’échec de l’entreprise. D’où l’importance évidente d’une planification et d’une formation minutieuses
mais aussi de la capacité de faire face à la situation avec calme et assurance.
Au cours des 20 dernières années, on a beaucoup appris sur les stratégies de sauvetage à appliquer en cas de sinistre.
Les bibliothécaires et archivistes qui ont vécu ce genre d’événement ou ont concouru à des opérations de remise en
état exposent volontiers et avec franchise leurs succès et leurs déboires. Les échecs ont beaucoup contribué à la
découverte de meilleures solutions. Les réussites enrichissent la connaissance des techniques utilisables pour
l’avenir.
Les inondations de Florence qui, en 1966, laissèrent la communauté culturelle mondiale abasourdie devant l’ampleur
des pertes et dégâts causés aux fonds documentaires locaux représentent probablement le sinistre qui a le plus
stimulé la recherche de meilleures méthodes de prévention et de sauvetage. Restaurateurs et bénévoles affluèrent
dans cette ville d’Italie pour aider à l’effort de sauvetage. Il apparut bientôt qu’il fallait améliorer les techniques de
nettoyage et de séchage des livres et manuscrits pour que les opérations de sauvetage protègent même à l’avenir les
ouvrages des dommages structurels et esthétiques majeurs.

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Au cours des décennies suivantes, incendies et inondations ont ravagé des bibliothèques un peu partout dans le
monde. Ceux à l’occasion desquels des mesures de conservation/restauration nouvelles ou améliorées furent prises
pour assurer que le sauvetage soit plus complet méritent d’être cités:
1. La Bibliothèque régionale de Gothab au Grœnland fut en proie à un incendie au cours de l’hiver de 1968. Les
livres et manuscrits furent transportés congelés jusqu’à Copenhague où quelques-uns furent soumis à un séchage à
l’air par les méthodes traditionnelles et d’autres, d’une valeur historique particulière, furent séchés dans des enceintes
à vide. Les résultats de cette expérience se révélèrent prometteurs: cet essai de séchage dans des conditions mieux
contrôlées devait faire date dans l’évolution des méthodes de sauvetage (5).
2. La Klein Law Library (Bibliothèque de droit) de l’Université Temple de Philadelphie en Pennsylvanie brûla elle
aussi au cours de l’été de 1972. Les pertes et le coût des dégâts causés par le feu et par l’eau furent prodigieux. Les
spécialistes de la restauration de la Bibliothèque du Congrès de l’American Philosophical Society Library Peter
Waters et Willman Spawn s’employèrent, avec la direction de cette bibliothèque et des ingénieurs du secteur privé, à
améliorer les techniques de séchage en pratiquant cette opération dans des lyophilisateurs où les livres et manuscrits
avaient été placés congelés (6).
3. Le Musée du verre de Corning dans l’État de New York, qui contenait une bibliothèque et des archives outre des
objets d’art, subit à la fin de l’été de 1972 les effets d’un violent ouragan. Toutes les collections furent endommagées
par de graves inondations. Diverses méthodes de séchage -notamment à l’air, et sous vide - furent appliquées aux
ouvrages de bibliothèques et aux documents d’archives. On en tira nombre d’enseignements sur la réaction, bonne ou
mauvaise, des documents sur support pelliculaire et des livres et manuscrits à diverses techniques de séchage (7).
4. En 1973, ce fut le Dépôt national d’archives intermédiaires d’Overland, dans le Missouri, qui brûla. Là encore,
l’on fit appel à l’aide des techniciens et chercheurs du service de restauration de la Bibliothèque du Congrès. Les
archives, non reliées pour la plupart, furent séchées dans d’énormes enceintes à vide, sans avoir été préalablement
congelées (8).
5. Au cours de l’hiver de 1978, le feu ravagea une autre collection d’importance majeure, celle du Bâtiment Sir
Stanford Fleming de l’Université de Toronto au Canada. On notera qu’à la suite de ce sinistre, les sapeurs-pompiers
firent savoir que le succès des opérations d’intervention et de sauvetage était dû pour beaucoup à la qualité du plan
de lutte contre les sinistres (10).
6. En 1978, 50.000 volumes des bibliothèques de l’Université de Stanford en Californie furent inondés à la suite
d’une rupture de canalisation provoquée par des engins de construction. Le concours d’ingénieurs d’une société de
recherche-développement spatial installée non loin de là permit d’améliorer les techniques d’assèchement par
lyophilisation des ouvrages endommagés par l’eau.
7. La Bibliothèque publique centrale de Los Angeles en Californie subit, en avril et à nouveau en septembre 1986,
deux incendies criminels avec les dégâts des eaux qui s’ensuivirent. Ce double sinistre, qui reste peut-être la plus
grave catastrophe des temps modernes ayant frappé une bibliothèque, se solda par la perte de 400.000 volumes et par
la détérioration de 750.000 autres par l’eau et le feu et de 500.000 de plus par la suie et la fumée. La logistique et les
techniques de sauvetage qui furent appliquées en l’occurrence ont considérablement enrichi les moyens
d’intervention utilisables ultérieurement (11).

A. Problématique du sauvetage
Au stade du processus de planification des opérations de sauvetage, dans lequel le Comité chargé du plan de lutte
contre les sinistres s’engage en prévision de tels événements, il importe de prendre en compte diverses considérations
générales relatives aux ouvrages de bibliothèque et documents d’archives et aux options de sauvetage possibles, et de
ne pas se contenter de définir les mesures effectives à mettre en œuvre au cas où un sinistre surviendrait.

1. Nature des ouvrages et documents


La planification dépendra dans une grande mesure des articles mêmes. S’agit-il de pièces rares ou uniques ayant une
valeur artistique aussi bien qu’informative? S’agit-il d’ouvrages destinés au prêt et présentant surtout de l’intérêt
pour la recherche, l’éducation, l’information ou les loisirs? Leur valeur tient-elle à une combinaison d’aspects qui
demandent à être pesés? Les pièces sont-elles remplaçables? Des droits réservés s’y attachent-ils? Et, par exemple,
est-il possible d’en prendre copie sans enfreindre les restrictions mises à leur utilisation? Les réponses apportées à
ces questions aideront à déterminer les interventions prioritaires face à un sinistre, à choisir les techniques ou

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services qui conviendront le mieux en la circonstance et à prendre les décisions les plus rationnelles du point de vue
économique.

2. Options de sauvetage des ouvrages et documents destinés au prêt


Ces articles peuvent être séchés, nettoyés et au besoin désinfectés par fumigation. Vu leur nature, on peut cependant
se demander si ces solutions sont bien les meilleures. S’agissant des articles destinés au prêt, d’autres options
possibles sont notamment les suivantes:
(a) les jeter, en particulier s’ils n’ont plus d’utilité ou sont particulièrement endommagés. Des tris peuvent être
effectués à n’importe quelle étape du processus de sauvetage;
(b) les remplacer par des rééditions ou d’autres exemplaires ou pièces fournis gracieusement par d’autres
bibliothèques ou par les éditeurs;
(c) les remplacer par des microfilms/microfiches achetés à d’autres bibliothèques ou à des éditeurs, confectionnés
directement par la bibliothèque ou le dépôt d’archives concernés ou commandés à une entreprise extérieure;
(d) les remplacer par des photocopies faites sur du papier de bonne qualité;
(e) remplacer les reliures par des reliures de bibliothèque achetées dans le commerce, en particulier si les tranches
endommagées par la fumée peuvent être rognées et de nouveaux emboîtages confectionnés.

3. Options de sauvetage des collections spéciales ou des pièces rares


Les pièces rares et historiques exigent une autre approche car leur valeur tient aussi bien à leur caractère
irremplaçable qu’à leur importance pour la recherche. Les confier individuellement aux soins de spécialistes tels que
les conservateurs et restaurateurs en facilitera la remise en état au mieux. Les options qu’il faut considérer dans le cas
de ces pièces rares ou spéciales sont assez différentes:
(a) les restaurer en recourant aux services d’un spécialiste;
(b) les placer dans un conditionnement protecteur après une remise en état minimale ou jusqu’à ce que les fonds
nécessaires à leur restauration puissent être réunis;
(c) se résigner à les voir quelque peu abîmées;
(d) en dernier recours, en microfilmer ou photocopier le contenu et conserver les originaux dans un emballage
protecteur;
(e) les jeter, cette solution n’étant retenue que si l’excès d’attention portée à des pièces particulières menace le
sauvetage de l’ensemble ou si les articles en question sont réellement endommagés au point que même un
restaurateur ne puisse les remettre en état. On tiendra compte, pour prendre cette décision, non pas tant de l’utilité
informative de l’objet en question que de sa rareté et de sa valeur ainsi que de la nécessité de ne pas amputer une
collection locale ou nationale.
L’examen de ces questions fait impérativement partie de la planification. Les décisions qui seront prises fonderont
les instructions précises définies par chaque bibliothèque ou dépôt d’archives en prévision des opérations de
sauvetage qui pourraient devoir être menées.

B. Intervention après un sinistre


Ce qui est déterminant pour réussir un sauvetage et éviter des pertes graves, c’est une intervention rapide et bien
menée. Laisser des documents mouillés en l’état jusqu’à ce que l’on ait pu établir un plan et s’organiser ne peut
qu’entraîner des dégâts considérables. Passées 72 heures, des moisissures risquent d’apparaître. Les livres vont
continuer à gonfler jusqu’à devenir irrécupérables. Les émulsions photographiques vont cloquer et se détacher de
leur support. Les chances de sauver des pièces et de réduire les dégâts au moindre coût seront d’autant plus grandes
que les opérations de sauvetage auront été mieux organisées à l’avance.
Les mesures décrites succinctement ci-dessous s’inspirent des avis de nombreux spécialistes qui ont participé à des
opérations de sauvetage après un sinistre. Elles forment un plan d’intervention applicable dans tous les cas
d’inondation ou d’incendie Idéalement, elles seront toutes mises en œuvre. Dans la réalité, ce ne sera pas toujours

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possible et la précipitation en fera peut-être oublier certaines. Telles circonstances particulières exigeront peut-être
d’en modifier l’ordre du tout au tout. Cela étant, si ces mesures sont inscrites noir sur blanc sur un document
facilement consultable en cas de besoin, elles seront un atout précieux aux premiers stades du sauvetage. Elles sont
énumérées ici point par point de manière à être utiles en cas de sinistre grave mais peuvent aussi servir de guide dans
des situations moins catastrophiques.

1. Evaluation du sinistre
Ne prenez pas de décision hâtive. Renseignez-vous auprès des spécialistes qui se trouvent sur place - commandant
des sapeurs-pompiers ou ingénieurs du bâtiment par exemple. Indiquez-leur de manière concise quelles sont vos
priorités et vos préoccupations. Si l’on peut pénétrer dans le bâtiment sans risque, parcourez celui-ci rapidement pour
déterminer l’ampleur des interventions requises. Lors de cette première évaluation, ne perdez pas de temps à
examiner des fonds ou articles particuliers à moins que le sinistre ne soit mineur. Appliquez les différentes phases de
votre plan; convoquez notamment l’équipe d’intervention d’urgence et avertissez l’administration de la bibliothèque
du dépôt d’archives. Avisez votre compagnie d’assurance ou son service de gestion des risques.
S’il est dangereux d’entrer dans le bâtiment, faites-vous dire quand l’accès pourra vous en être autorisé. Décidez du
moment où convoquer l’équipe d’intervention d’urgence. Notifiez l’administration. Mettez ce délai à profit pour
prévoir les mesures qu’il paraît nécessaire de mettre en œuvre dès que l’accès du bâtiment ne sera plus interdit.

2. Convocation des experts


On peut inclure parmi ces experts les membres de l’équipe d’intervention d’urgence, les gens qui connaissent à fond
la collection, des représentants de l’administration et les assureurs. Communiquez-leur tous les renseignements dont
vous disposez. Organisez l’établissement d’un bilan détaillé des dégâts. Passez dès que possible les fonds et les
collections en revue pour déterminer l’ampleur des dégâts et la nature des services, avis et fournitures à obtenir.
Chargez quelqu’un d’établir des preuves des dommages subis, notamment par des photographies.

3. Etablissement d’une cellule de crise


Etablissez une cellule de crise chargée de coordonner les activités et d’informer la presse et le grand public. Installez
cette cellule loin des zones où le personnel et les bénévoles devront travailler. D’aucuns ont constaté qu’il valait
mieux l’installer à l’écart des bureaux de l’administration et du directeur des secours. Les articles publiés dans la
presse faciliteront le recrutement de bénévoles et l’obtention des fournitures et services éventuellement nécessaires.
Ultérieurement, de bons reportages sur l’événement aideront à collecter des fonds en cas de besoin.

4. Mise en œuvre des plans d’obtention de matériel et de personnel


Une fois les dégâts connus, ou dans certains cas extrêmes seulement estimés, mettez en œuvre les plans établis pour
vous procurer les fournitures et le matériel nécessaires. Chargez la personne ou l’équipe prévue de téléphoner les
commandes. Avisez l’équipe d’intervention de la situation et distribuez-lui ses tâches. Mettez en œuvre les plans de
mobilisation de personnel supplémentaire et/ou de bénévoles si besoin est.

5. Elimination des risques


Assurez-vous qu’il n’y a plus aucun risque pour le personnel et les bénévoles à travailler dans le bâtiment. Il peut
être nécessaire de couper l’électricité, de débarrasser les couloirs et escaliers de la boue et des débris, d’évacuer ou
pomper l’eau encore présente et d’installer des générateurs et moyens d’éclairage de secours. L’accès des zones
dangereuses sera interdit par des cordes tendues pour éviter que des curieux entrent ou se blessent.

6. Régulation des conditions climatiques


Stabilisez et contrôlez la température et l’humidité afin de freiner les réactions biologiques, physiques et chimiques.
Passées 72 heures, des moisissures se développeront si la température dépasse 24° C et l’humidité relative 65 %.
Veillez à ce que tapis, meubles et matériels soient enlevés si nécessaire. Continuez à surveiller la température et
l’humidité pour vous assurer que la régulation nécessaire se fait bien. Ouvrez ou cassez le cas échéant les fenêtres

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afin d’abaisser la température ou le taux d’humidité. Fermez toutes les sources de chaleur et mettez la climatisation
en marche pour refroidir le bâtiment si c’est possible. Ventilez en permanence tous les locaux.
Faites en sorte de protéger les collections qui n’ont pas été endommagées en couvrant les rayonnages de bâches
plastiques ou en obturant à l’aide de planches les fenêtres cassées ou les trous du toit si les conditions climatiques et
la situation l’exigent. Au besoin, faites pomper l’eau restée en sous-sol. Prenez des dispositions pour assurer la
sécurité.

7. Déclenchement des opérations de sauvetage


Mettez en œuvre les plans de sauvetage préétablis. Contactez les directions des établissements et services extérieurs
sollicités pour qu’ils prévoient de réceptionner les objets que vous leur enverrez. Il peut s’agir d’entrepôts,
frigorifiques ou non, et d’ateliers de restauration ou de développement photographique et cinématographique.
Organisez l’enlèvement des ouvrages et documents en fonction de leur état d’endommagement et de vos priorités.
Laissez pour la fin les pièces intactes et mises sous protection car il ne sera peut-être pas nécessaire de les
déménager. Ne prenez pas immédiatement de décision d’élimination car il est souvent possible de sauver des
documents gravement endommagés. Les exceptions ne concerneront que ceux détruits par le feu. Si trop de pièces
sont encore immergées pour que vous puissiez vous en occuper immédiatement laissez-les dans l’eau. Les
moisissures ne se développent pas en l’absence d’oxygène et le papier ne gonfle pas trop s’il n’est pas exposé à l’air.
(En revanche, les colles risquent de se dissoudre et les encres ou colorants solubles à l’eau de s’effacer).

8. Déploiement du personnel
Ne faites entrer l’équipe d’intervention, le personnel et/ou les équipes de bénévoles dans la bibliothèque ou le dépôt
d’archives qu’après leur avoir dispensé des instructions et une formation minutieuses. Fournissez-leur le matériel
dont ils ont besoin et assurez-leur un bon encadrement. L’éventuelle formation nécessaire et l’encadrement seront
coordonnés par le chef de l’équipe d’intervention et assurés par ses membres. S’il faut faire appel à des bénévoles,
assurez-vous que la police d’assurance de l’institution autorise leur présence dans les locaux.

9. Enregistrement des opérations


Gardez soigneusement trace de toutes les opérations effectuées. Leur bon enregistrement facilitera une coordination
et une planification minutieuses pendant toute la durée du sauvetage. Il donnera aussi aux compagnies d’assurance
une bonne image des dégâts. Tenez un compte exact de toutes les pièces emballées et enlevées, numérotez les
caisses, chiffrez les quantités et établissez-en un tableau, notez les numéros des tablettes d’origine pour les indiquer
dans vos rapports et en tenir compte au moment de la réintégration. Des blocs-notes et des crayons devraient être
rangés avec le stock de fournitures à cet effet.

10. Commodité du personnel


Les travaux de sauvetage après un sinistre sont difficiles et pénibles. Les personnes qui y participent sont souvent
sous pression et éprouvées par la chaleur. Encouragez-les à faire des pauses fréquentes, assurez-leur un
ravitaillement et prévoyez des sanitaires. Au besoin, dispensez-leur des conseils sur la meilleure manière de soulever
les objets lourds. Organisez une rotation des tâches pour réduire fatigue et ennui.

11. Supervision
Assurez une supervision attentive et constante et soyez à l’affût des difficultés qui risquent de causer des retards.
Suivez le plan de sauvetage, soyez prêts à adapter le déploiement du personnel et les techniques à mesure que les
opérations progressent. Evaluez objectivement l’avancement des travaux et les idées qui sont émises et sollicitez
l’avis d’autres experts si certains aspects des opérations sont infructueux ou posent des problèmes. En cas de sinistre
de grande envergure, prévoyez, en organisant le sauvetage, que les chefs d’équipes devront faire fréquemment
rapport au directeur des secours. Il est souvent utile de charger une ou plusieurs personnes de circuler entre les
équipes pour trouver des moyens de faciliter les travaux et aider à résoudre les problèmes.

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12. Communication
Il est important que le personnel ne participant pas au sauvetage ainsi que le public soient informés souvent des
progrès des opérations. Des communiqués peuvent être publiés régulièrement à cet effet depuis les lieux du sinistre.
Faites régulièrement rapport à l’administration. Gardez une trace de tous les travaux, continuez à prendre des
photographies. Après les sinistres majeurs, le moral et la productivité des équipes de sauvetage ont tendance à baisser
au bout d’un Jour ou deux. Une bonne communication aidera à surmonter certains problèmes en permettant
l’information continue des intéressés, l’enregistrement des progrès et l’expression de remerciements.

13. Organisation du sauvetage


Une fois les opérations déclenchées, organisez les interventions suivant les instructions portées sur le plan de lutte
contre les sinistres. Faites nettoyer et désinfecter les locaux par fumigation s’il en est besoin. Dans ce dernier cas,
prenez l’avis de chimistes ou de restaurateurs expérimentés; la plupart des désinfectants sont toxiques pour l’homme
et ne doivent être utilisés que par des professionnels avec les plus extrêmes précautions. A défaut d’autre solution,
l’on peut recourir au soleil pour inhiber la croissance des moisissures. Sachez toutefois que l’exposition à la lumière
solaire noircit les papiers acides et fait pâlir les couleurs. Assurez-vous de disposer de rayonnages ou de magasins
convenables pour recevoir les pièces rendues à la bibliothèque ou au dépôt d’archives après remise en état.
Vérifiez dans le plan de lutte contre les sinistres quels sont les fonds prioritaires avant de choisir les méthodes de
sauvetage. Inspirez-vous d’autres sauvetages réussis pour prévoir l’organisation du travail et les effectifs et
ressources nécessaires.

14. Fin de l’intervention


Une fois la phase d’intervention achevée, assurez-vous que toutes les personnes qui y ont participé ont été
sincèrement et convenablement remerciées. Rédigez un rapport circonstancié décrivant les résultats des opérations.
Servez-vous de toutes les statistiques rassemblées pour faire bien comprendre aux autorités ce qui a été réalisé et où
en sont les opérations. Faites des recommandations sur les techniques et méthodes à appliquer pour la phase de
remise en état, en indiquant les coûts et les effectifs de personnel à prévoir. Si possible, faites des suggestions sur les
options qui s’offrent à cet égard en fonction du caractère plus ou moins prioritaire des fonds.
Ces idées, inspirées de l’expérience de diverses personnes, devraient faciliter la planification des interventions de
sauvetage. Choisissez et adaptez celles qui concernent l’organisme auquel vous appartenez et ajoutez-y toutes
considérations propres à rendre le plan que vous rédigez praticable et applicable aux ouvrages et documents dont
vous avez la garde. Prévoyez que ce plan sera utilisé par le membre le moins averti du personnel, de manière à y
inclure tous détails et précisions nécessaires.
La question de la remise en état des ouvrages sera examinée en détail dans les chapitres cinq et six.

CHAPITRE CINQ - SAUVETAGE DES DOCUMENTS ENDOMMAGES PAR


L’EAU
L’eau joue un rôle dans la plupart des grands sinistres qui endommagent les bibliothèques et les archives. Si l’eau
n’est pas la cause première de la catastrophe, elle peut être une cause de dégâts secondaires comme dans le cas d’un
tremblement de terre qui entraîne la rupture des canalisations et l’effondrement des toits. Le sauvetage des
documents touchés exige évidemment que l’on sache comment remédier aux dommages causés par l’eau. Les
méthodes et les techniques exposées dans le présent chapitre ont été largement expérimentées et sont utilisées depuis
deux décennies. Il existe sans doute d’autres solutions tout aussi valables mais celles-là se sont révélées efficaces
dans un certain nombre d’opérations de sauvetage menées dans différents pays.

A. Lutte contre les dommages causés par l’eau


S’il est une règle absolue en matière d’intervention, c’est bien la suivante: plus vite on intervient comme il faut là où
il faut, meilleurs sont les résultats. La phrase clé est «Comme il faut» car une fois mouillés, le papier et les émulsions
photographiques gonflent, les reliures se déforment, le cuir et le vélin se détendent. Plus rapidement la situation sera
maîtrisée moins les dégâts seront catastrophiques. Parallèlement aux efforts déployés pour régulariser les conditions

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climatiques qui continuent d’altérer les documents mouillés, une action immédiate est indispensable afin de limiter
les dégâts finals. Dès que les mesures adéquates auront été prises pour déménager les articles endommagés et les
stabiliser, les méthodes de sauvetage à adopter pourront être choisies. Si quelques pièces seulement ont été touchées,
les mesures recommandées ci-après sont normalement évitables et on peut se prononcer sans attendre sur la
technique qui sera utilisée.
Les conseils donnés dans le présent chapitre et au chapitre six portent sur les techniques privilégiées à l’heure
actuelle parce qu’elles donnent les meilleurs résultats mais nous ne vivons pas dans un monde idéal et chacun n’a pas
accès à l’ensemble des méthodes évoquées. Les principes à respecter en matière de sauvetage doivent être bien
compris pour que l’on puisse prévoir plusieurs formules fiables et raisonnables adaptées au lieu ou à l’établissement
concerné. Si l’on pense n’avoir à disposition ni congélateurs, ni fabriques de glace, ni glace carbonique et que l’on ne
puisse compter sur une température extérieure inférieure à zéro pour stabiliser les documents mouillés (voir section
3), il faut évidemment en tenir compte et inclure dans le plan des recommandations pertinentes. Si la seule solution
est le séchage à l’air, il faudra l’effectuer de la meilleure façon et dans les meilleures conditions. La consultation de
personnes ayant pratiqué avec succès cette technique ou d’autres formules devrait permettre de dégager des
suggestions et des idées utiles. Il faut agir au mieux dans les circonstances mais, cela dit, aussi promptement que
possible.
Les principes directeurs énumérés ci-après supposent que l’origine de l’inondation a été identifiée et que tout danger
a été écarté - que l’eau a été coupée sur la conduite principale si elle n’est pas sûre; qu’on s’est employé à régaler les
conditions climatiques en abaissant la température et le taux d’humidité et en ventilant en permanence les locaux;
que les fournitures ont été commandées et les services extérieurs contactés; que des instructions ont été données aux
équipes d’intervention. Le moment est donc venu de s’occuper des documents.
Un bon sauvetage exige que les documents se présentant sur des supports différents soient traités différemment et
qu’ils ne soient pas emballés ou manipulés de façon identique, ni placés dans la même caisse. Il vaut toujours mieux
pêcher par excès de prudence qu’avoir des regrets parce qu’on n’a pas pris les mesures qu’il fallait. Lorsque, dans
une zone touchée par l’inondation, on n’est pas certain que tels ou tels documents soient mouillés, mieux vaut
considérer que c’est le cas.
Il ne faut jamais oublier que tous les documents mouillés sont extrêmement fragiles et doivent être manipulés avec
soin.

1. Priorités immédiates
(a) Relire sur le plan de lutte contre les sinistres la liste des collections hautement prioritaires.
(b) Evacuer dans l’ordre les documents les plus mouillés, les documents moins mouillés, les documents humides.
(c) Se rappeler que les pellicules et les supports magnétiques se détériorent rapidement et qu’il faut s’en occuper
aussi rapidement que possible si on veut les sauver.
(d) Savoir que le papier couché (à surface brillante) adhère très vite et est irrécupérable si on le laisse sécher plus de
quelques heures sans surveillance.
(e) S’occuper du cuir, du vélin et du parchemin qui nécessitent une manipulation spéciale. Si les collections
contiennent des ouvrages en ces matières, demander conseil à un restaurateur et en prévision, voir d’ores et déjà
quelles sont les possibilités mentionnées dans les appendices.
(f) Stabiliser les articles comportant des éléments solubles à l’eau pour éviter que l’encre ne disparaisse ou ne bave.
Demander d’avance l’avis d’un restaurateur sur la marche à suivre si la congélation est impossible.

2. Manipulation et déménagement
Le sort des documents mouillés dépend au premier chef du soin qui sera apporté à leur manipulation et à leur
déménagement. Les personnes qui s’en chargeront doivent avoir appris à utiliser les techniques appropriées et être
conscientes de l’extrême fragilité des pièces qu’elles déplacent. Les livres mouillés, mal rangés dans des caisses
garderont une mauvaise forme en séchant. Ceux qui tomberont seront définitivement abîmés. Une déchirure
nécessitera des réparations, d’où des dépenses supplémentaires inutiles. Le responsable de la planification ou le
Comité devra prévoir, dans la section du plan relative au sauvetage, les précautions à prendre et des séances de

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formation du personnel. Voici des recommandations en la matière inspirées d’un grand nombre d’expériences
vécues.

(a) Manipulation
Il ne faut pas redresser les volumes déformés en forçant, mais on peut les remettre en forme doucement si on a le
temps et à condition de procéder avec délicatesse La forme qu’a un livre lorsqu’il est mis à sécher dans une enceinte
à vide est celle qu’il aura à la fin de l’opération. Si les fortes déformations peuvent être évitées, le résultat final sera
meilleur. Si la couverture est arrachée ou si des pages se détachent, mieux vaut ne pas chercher à les remettre en
place. Toutes les parties d’un même ouvrage doivent être enveloppées, sans être serrées et disposées ensemble dans
une caisse en vue d’une remise en état ultérieure.

(b) Déménagement
Les documents peuvent être emballés pour leur transport dans un lieu où l’on pourra s’en occuper aisément. Il n’est
pas rare que l’emballage doive se faire ailleurs que dans la zone touchée, auquel cas on pourra organiser une chaîne
de personnes pour leur enlèvement ou utiliser des chariots. Si les ascenseurs ne fonctionnent pas, on installera des
rampes provisoires ou des tapis roulants dans les escaliers pour acheminer les caisses ou on enlèvera celles-ci,
chargées sur des palettes, par les fenêtres au moyen d’une grue. Il arrive que l’on puisse travailler et emballer les
documents sur place dans la zone sinistrée. L’idéal est de manipuler les documents le moins possible avant de les
empaqueter et de les évacuer.

(c) Identification des caisses et enregistrement des opérations


On portera sur les caisses un numéro et des renseignements signalétiques à l’encre indélébile. On tiendra à part un
inventaire minutieux du nombre d’articles contenu dans chaque caisse. On y ajoutera, si besoin est, d’autres
renseignements utiles: numéro de la tablette d’origine, importance des dommages (par exemple «légèrement
humide»), ou une mention de l’état de priorité des pièces. On notera aussi le lieu de destination des documents s’ils
sont envoyés ailleurs.

(d) Nettoyage
Pour les documents couverts de boue ou de débris, un rinçage précautionneux et surveillé à l’eau claire est
admissible. Les volumes doivent être saisis délicatement avec les deux mains et plongés dans plusieurs bains d’eau
propre. Les piles de manuscrits peuvent être traitées de même. On peut aussi faire couler très doucement de l’eau
d’un tuyau d’arrosage. Le rinçage est à exclure si les ouvrages comportent des éléments solubles dans l’eau ou s’il y
a le moindre doute à ce sujet. Au cours du rinçage, il ne faut ni brosser les livres ni les ouvrir pour en nettoyer
l’intérieur.
Dans le cas d’une bibliothèque ou d’un dépôt d’archives situé à proximité de la mer, l’eau qui a mouillé les
documents est peut-être de l’eau salée. Peu d’expériences ont été faites en la matière mais il paraît évident qu’un
rinçage doux réduira la gravité des éventuels dommages. On procédera de la même façon que pour éliminer la boue.
Les Photographies peuvent être rincées très doucement dans un bac peu profond rempli d’eau claire et fraîche. Elles
ne doivent jamais être frottées ni brossées. On les mettra ensuite à sécher dans un lieu frais et sec ou, à défaut, on les
congèlera en attente de séchage. Les photographies en couleurs s’abîment beaucoup plus facilement que celles en
noir et blanc et sont plus difficilement récupérables. Les diapositives peuvent être traitées comme les photographies,
mais il faut sortir de leur cadre si la vase y a pénétré. Dans tous les cas, il est recommandé de demander conseil à un
bon laboratoire de photographie.
Les microfilms et les bobines de pellicule peuvent aussi être rincés dans de l’eau claire et fraîche. La solution idéale
serait de les expédier dans des récipients remplis d’eau claire à un centre de traitement digne de confiance. Les
négatifs en noir et blanc peuvent rester immergés dans l’eau jusqu’à trois jours sans dommage; pour les films en
couleur, cette durée se réduit à deux jours. Des microfilms et des bobines de pellicule ont déjà été congelés sans
dommage. Si on n’a pas le choix, mieux vaut essayer cette méthode que tout perdre. Il ne faut jamais laisser sécher
une bobine de pellicule sans la dérouler (12).
Les bobines de bandes magnétiques supportent mal d’être mouillées. Tous les documents importants enregistrés sur
ce support seront rembobinés et entreposés ailleurs. Les disquettes peuvent être rincées dans de l’eau fraîche et
claire, séchées à l’air, placées dans des pochettes neuves lorsqu’elles sont sèches et recopiées mais les disques durs

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qui ont été endommagés ne doivent jamais être introduits dans du matériel coûteux. Les cassettes ne peuvent pas être
ouvertes et la bande est presque toujours totalement perdue parce qu’elle colle.
Conclusion évidente: la prévention est impérative pour cette catégorie de documents.

(e) Emballage
Les livres doivent être placés sur le dos, en une seule couche, dans des cageots en plastique ou des boîtes en carton.
Cela empêche le corps du livre de se détacher de la couverture et la rangée du bas d’être écrasée sous le poids de la
rangée du haut. A moins que le temps ne presse, il est préférable d’envelopper un livre sur deux dans un emballage
peu serré, de papier paraffiné ou pour congélation, afin d’éviter que les couvertures des volumes ne se collent entre
elles ou ne déteignent l’une sur l’autre. Les livres mouillés étant très lourds, les boîtes doivent être solides et
suffisamment petites pour être maniables.
Les documents seront laissés dans leurs chemises ou empilés et rangés verticalement en une seule couche. On ne
cherchera pas à séparer les feuilles. Pour les empaqueter facilement, on peut coucher la boîte sur le côté, déposer les
documents à plat à l’intérieur et redresser l’ensemble.
Une fois remplies et clairement marquées, les caisses peuvent être empilées sur des palettes, ce qui permet de les
transporter facilement jusqu’aux camions à l’aide d’un engin porte-palettes. Elles peuvent aussi être empilées pour
être enlevées à la main. Afin d’éviter de nouveaux dégâts, les cartons ne doivent jamais être posés directement sur le
sol, pas plus à l’intérieur qu’à l’extérieur. Comme ils sont mouillés et que leur contenu est lourd, il ne faut pas en
superposer plus de trois. On a avantage à maintenir les caisses empilées sur la palette à l’aide de courroies, de cordes
ou d’une enveloppe plastique.
Les articles volumineux ou de forme peu courante nécessiteront un emballage spécial. Pour les évacuer du lieu du
sinistre, n’importe quelle surface plane résistante fera l’affaire comme, par exemple, de grandes feuilles de carton
plat, du contreplaqué recouvert de plastique, des plaques de boulanger, etc. Comme pour emballer les in-folio le dos
tourné vers le bas, on a besoin de très grandes caisses, mieux vaudra peut-être un conditionnement à plat, auquel cas,
il ne faudra pas empiler plus de deux ou trois ouvrages sous peine d’écraser celui du dessous.
Les documents rangés dans des tiroirs peuvent être transportés dans ces derniers jusqu’aux installations de séchage à
l’air ou de séchage sous vide.
Quand les locaux sinistrés auront été vidés et que les ouvrages et documents seront à l’abri dans des congélateurs ou
dans des lieux appropriés de séchage ou de stockage, il ne restera plus qu’à choisir les meilleures méthodes à
employer pour les remettre en état. Des tableaux statistiques établis à partir des notes prises lors du déménagement
donneront une bonne idée du nombre et du type des documents concernés ainsi que de l’étendue des dommages
subis.

3. Stabilisation
Il est essentiel de stabiliser les ouvrages et documents mouillés le plus rapidement possible si l’on veut réussir à les
sauver. L’un des procédés de stabilisation les plus sûrs pour les livres, les papiers non reliés, les photographies, les
textiles et les cartes est la congélation Cette dernière arrête toute déformation physique ainsi que toute dégradation
biologique. Il n’en va pas forcément de même pour les ouvrages reliés en cuir et en vélin mais on n’a guère de
pratique dans ce domaine et si le sinistre porte sur une grande quantité de pièces, la congélation peut être la seule
solution. Plusieurs ateliers de restauration qui ont procédé à des expériences limitées sur des ouvrages de ce type ont
constaté qu’ils pouvaient être aussi bien remis en état après avoir été congelés et séchés sous vide qu’après avoir été
séchés directement à l’air.
Une précaution déjà mentionnée est également à prendre dans ce cas. Les livres mis déformés au congélateur seront
plus difficiles à restaurer une fois séchés. Le soin apporté à l’empaquetage joue donc un grand rôle.
Les livres et les documents mouillés doivent être congelés dès que possible. La congélation à basse température non
seulement est plus rapide mais produit des cristaux de glace plus petits qui, selon certains restaurateurs,
endommagent moins la structure cellulosique. Il y a de légères divergences de vues concernant la température idéale.
Pour nous, mieux vaut une congélation à une température tout juste inférieure à zéro que pas de congélation du tout.
Le degré (c) optimal se situe entre -20 et -30.

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Les documents abîmés seront acheminés sans attendre vers des installations frigorifiques. Si le sinistre est important,
plusieurs congélateurs seront peut-être nécessaires. Si la distance à parcourir est grande, il faudra transporter les
ouvrages dans des camions frigorifiques ou dans de la glace carbonique. Il faut savoir que les camions frigorifiques
ne permettent pas de congeler les livres mais produisent suffisamment de froid pour empêcher la prolifération des
moisissures ou la décongélation. S’il fait très froid au moment du sinistre, on pourra déménager les pièces à
l’extérieur; ainsi elles resteront au frais ou gèleront en attendant que leur transport soit organisé.
Il existe des congélateurs dans quantités d’entreprises et de lieux divers: entrepôt de stockage des denrées
alimentaires, usines de conditionnement de la viande, entreprises de transports, usines à glace, ateliers de
taxidermistes, cantines scolaires, usines et ateliers de fabrication de crèmes glacées, départements de recherche des
universités. Pour un petit nombre de pièces, un congélateur domestique suffira.
Il faut veiller à ce que les palettes et les cartons soient convenablement disposés à l’intérieur du congélateur afin
d’éviter de nouveaux dégâts. Si les palettes sont empilées, le poids de celles du dessus ne doit pas porter sur celles du
dessous.
Si la congélation ou la réfrigération est impossible, il convient de stabiliser les ouvrages et documents avant de les
assécher; on les transférera donc dans un lieu où la température et l’humidité sont aussi basses que possible et où
l’air peut circuler librement. Si les documents ont été transportés dans des caisses, il faut les en sortir immédiatement
à l’arrivée pour les faire sécher ou, au moins, ouvrir toutes les boîtes pour que leur contenu soit à l’air libre et sèche
superficiellement. Toutefois, le risque de moisissure est grand et les livres et les documents continueront à se
déformer tant qu’ils seront mouillés.

B. Techniques de remise en état


Au fil des ans, on a beaucoup appris sur le sauvetage des ouvrages endommagés par l’eau et de nombreuses
expériences ont été faites tant par des entreprises privés que par des spécialistes de la restauration Ces travaux ont eu
l’avantage de dégager une liste de techniques possibles selon la nature des dégâts, le type de document concerné et le
lieu du sinistre. On trouvera mentionnées ci-après cinq techniques d’assèchement qui ont fait leurs preuves. Les
résultats obtenus sont inégaux mais ce sont là des moyens de se remettre, quelles que soient les circonstances, d’un
sinistre dû à une inondation. En matière de séchage, les règles générales suivantes devront être respectées:
— stabiliser les ouvrages aussi rapidement que possible;
— assurer des conditions climatiques aussi idéales que possible étant donné les circonstances;
— éviter d’endommager irrémédiablement les documents au cours des opérations de sauvetage;
— réduire les effets du sinistre sur les documents;
— éviter tous problèmes futurs qui pourraient résulter du sinistre.
Il ne faut jamais hésiter à faire appel aux experts ou aux institutions mentionnées dans les appendices pour leur
demander des conseils ou une aide si l’on éprouve des doutes ou des inquiétudes. Les ouvrages rares ou uniques
doivent être traités et manipulés avec un soin particulier. Il est important, au moment de l’établissement du plan de
lutte contre les sinistres, de demander aux restaurateurs des instructions sur la conduite à tenir en ce qui concerne tel
ou tel élément des collections.

1. Séchage à l’air
Le séchage à l’air est une technique qui est utilisée depuis des siècles pour assécher les livres et les papiers. C’est une
bonne méthode si le nombre d’ouvrages en cause est faible, si ces livres ne sont que légèrement humides ou si l’on
ne peut faire mieux. Le séchage à l’air d’une grande quantité de livres, qui exige une main-d’œuvre importante, est
plus coûteux qu’il ne le paraît au premier abord. Si de nombreux livres sont endommagés et si le séchage à l’air est la
seule solution, on peut réduire les besoins en espace de séchage et en personnel en congélant les livres et en les
séchant par petits lots.
Il est naturel de maintenir de bonnes conditions climatiques pour éviter que les livres ne moisissent et ne gonflent
excessivement. Le séchage doit se faire en atmosphère peu humide avec une bonne circulation d’air. Les spécialistes
ne sont pas d’accord sur la température mais, en règle générale, comme les documents sont imbibés et qu’il est
difficile d’abaisser le taux d’humidité, elle devrait être maintenue en dessous de 21° C (par temps froid, le séchage
peut être étonnamment rapide à l’extérieur si la température est inférieure à zéro, l’atmosphère faiblement humide et

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le vent vif). Un courant d’air assuré par des ventilateurs, l’ouverture des fenêtres ou une soufflerie facilitera
grandement l’évaporation et empêchera la formation de poches d’air stagnant très favorable aux moisissures. Si
l’humidité relative est supérieure à 60 %, l’emploi de déshumidificateurs sera d’un grand secours.
(a) On séchera les livres en les plaçant debout sur la tranche inférieure, si possible sur du papier absorbant. Les livres
brochés ou à couverture souple devront sans doute être calés. S’ils sont seulement humides, on peut éventer leurs
pages pour favoriser le séchage. S’ils sont imbibés, il faut les laisser s’égoutter et sécher avant de les éventer et/ou de
les interfolier. On remplacera de temps à autre le papier sur lequel ils s’égouttent par du papier sec. Les livres
sécheront plus vite s’ils sont interfoliés avec du papier absorbant propre, lequel devra être introduit aussi
profondément que possible dans le pli et déborder de la tranche supérieure et de la tranche latérale (mais non de la
tranche inférieure puisque le livre doit tenir debout sur cette dernière). L’interfoliage permet l’aspiration, par le
papier absorbant, de l’humidité du livre et son évaporation.
Dès que le papier absorbant sera saturé, on prendra soin, surtout au début du processus, de le remplacer par du papier
sec. Il faudra ensuite retourner l’ouvrage sur sa tranche supérieure pour éviter que son corps ne s’incurve.
L’interfoliage, s’il est trop abondant, déforme la reliure et mieux vaut le limiter à environ un tiers du volume. On
mettra les livres devenus secs au toucher sous presse pour les aplatir. Il faut toujours attendre que les livres ne soient
plus mouillés ni même humides.) A cette fin, on peut utiliser une presse ou encore placer les livres entre deux
planches lestées à l’aide de blocs de ciment ou de briques.
Les livres en papier couché réagissent mal au séchage à l’air. Si cette méthode est la seule possible, il faut interfolier
presque toutes les pages malgré la déformation que cela peut provoquer Il faut aussi éventer avec précautions mais
fréquemment les feuilles en cours d’assèchement pour diminuer les risques d’adhérence.
Si les livres ne sont pas trop mouillés, on peut aussi les faire sécher sur des cordes suffisamment rapprochées pour
supporter leur poids, ce qui empêche la déformation du dos. La technique est particulièrement valable pour les
brochures ou les petits volumes.
(b) La meilleure façon d’assécher à l’air une feuille manuscrite est de la poser à plat sur du papier absorbant propre.
Elle peut aussi être posée à plat sur deux ou trois fils très rapprochés ou suspendus à une corde à linge. La dernière
solution n’est sûre que si les documents ne sont que légèrement humides, autrement le papier se déchire. On a obtenu
de bons résultats en faisant adhérer la feuille mouillée à une pellicule de polyester ou à du tissu extrêmement fin pour
accrocher ensuite l’ensemble à une corde avec des pinces à linge. Au fur et à mesure que la feuille sèche, elle se
dégage de son support. Après le séchage, on peut, si cela est nécessaire, aplanir les documents manuscrits en les
comprimant doucement entre deux buvards propres à l’aide d’une presse à livres ou, en interposant une protection,
entre deux planches légèrement chargées. Si un grand nombre de manuscrits mouillés sont collés les uns aux autres,
il existe, pour les séparer et les sécher, une technique proposée par Peter Waters dans son ouvrage intitulé Procedures
for Salvage of Water-Damaged Library Materials (13).
(c) Pour le sauvetage des photographies mouillées, il faut faire appel aux services d’un restaurateur et les congeler
pour les stabiliser en attendant. Sinon, on asséchera les photographies en les plaçant l’une à côté de l’autre sur du
papier absorbant propre dans un endroit frais, peu humide et bien ventilé. Les moisissures se développent rapidement
sur les épreuves et l’émulsion de l’une colle au dos de l’autre si on les superpose. Il faut donc prendre des
précautions. Il faut s’attendre qu’à la fin de l’opération les photographies aient gauchi car le support de papier et la
couche photographique sèchent différemment.
(d) Les bobines de pellicule devront être envoyées à un centre de traitement. Si cela n’est pas possible, la pellicule
sera déroulée et mise à sécher à l’air sur une corde. Il faudra sans doute ensuite la nettoyer ou la traiter de façon à ce
qu’elle ne détériore pas le projecteur lors d’une éventuelle utilisation.
(e) Les bandes magnétiques peuvent être nettoyées, séchées à l’air, puis copiées pour une éventuelle réutilisation.
Elles supportent des chaleurs allant jusqu’à 93.3° C pendant un maximum d’une heure. On s’est parfois servi de
sèche-cheveux pour accélérer l’assèchement. Les cassettes et les cartouches qui, on l’a déjà signalé, ne peuvent pas
être ouvertes et réemployées, seront donc sans doute irrémédiablement perdues.
La moisissure risque toujours de proliférer lors du séchage à l’air. Quand elle fait son apparition, il ne faut pas
essayer de l’enlever en frottant ou en brossant. Si elle prend la forme d’une toile d’araignée, elle peut être éliminée
par un léger brossage. Dès que sa présence est constatée, il faut procéder à une fumigation et demander le concours
d’un chimiste ou d’un spécialiste de ces procédés. L’utilisation par du personnel non qualifié du thymol, de l’oxyde
d’éthylène, de l’orthophenylphénol ou de produits chimiques plus toxiques est déconseillée. S’il n’y a pas d’autre
solution, on peut exposer brièvement les livres et les manuscrits qui ne sont pas des pièces rares aux rayons

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ultraviolets pour stopper le développement des moisissures, bien que cela risque de faire passer les encres et les
couleurs et de noircir le papier acide. La congélation à des températures de -20° C ou à des températures inférieures
pendant au moins 48 heures s’est aussi révélée utile pour retarder le développement de la moisissure, mais les
expérimentations demandent à être prolongées.

2. Séchage par le froid


De nombreux types de documents, y compris les photographies, qui supportent la congélation, réussiront fort bien à
sécher lentement dans le congélateur, surtout s’ils ne sont pas totalement trempés. Si le congélateur est équipé des
dispositifs de contrôle perfectionnés qu’exige le séchage des livres et des papiers, les résultats seront encore
meilleurs. Les documents seront déballés avant d’être mis au congélateur où on les placera de préférence sur des
étagères ou dans des cageots à claire-voie en plastique pour qu’ils soient exposés à l’air autant qu’il est possible.
Mieux l’air circule dans le congélateur, plus l’assèchement est rapide et inoffensif. Les photographies perdront
malgré tout leur brillant en raison de la saleté et des impuretés qui remonteront à la surface. La méthode est donc à
déconseiller pour les photographies rares, à moins qu’on ne puisse faire mieux (voir appendice C).

3. Déshumidification
Une nouvelle méthode d’assèchement des fonds et collections des bibliothèques et des archives est actuellement
expérimentée et semble très prometteuse. Elle consiste à laisser les livres et documents mouillés sur leurs tablettes et
à amener dans les locaux de très gros déshumidificateurs. L’hygrométrie est abaissée au degré voulu et l’on envoie
de l’air très sec qui fait s’évaporer l’humidité. Cet air peut être froid ou chaud. La formule a été utilisée avec
beaucoup de succès pour assécher des établissements entiers après de sérieux dégâts des eaux. On manque encore
d’expérience en la matière mais les premiers essais laissent bien augurer de cette technique au moins pour certains
types de documents (voir appendice C).

4. Séchage sous vide (ou séchage thermique sous vide)


Le séchage sous vide nécessite l’emploi d’une enceinte à vide. Les documents peuvent être placés à l’intérieur
mouillés ou congelés, dans des caisses ou sur des étagères. Par évacuation de l’air, on réalise un vide dans l’enceinte
qui est chauffée pour accélérer le processus de séchage. L’efficacité et la rapidité de l’assèchement dépendent de la
taille de l’enceinte et de son degré de perfectionnement. C’est là une technique d’assèchement en masse très
performante, meilleure que le séchage à l’air. Cependant comme les ouvrages mouillés restent immobiles pendant la
durée de l’opération, les feuillets en papier couché adhèrent souvent et une déformation du corps du livre peut être
observée. Les encres et autres éléments solubles dans l’eau risquent de couler. Par contre, avec une enceinte à vide,
le risque de prolifération des moisissures est moindre qu’avec le séchage à l’air. Si des moisissures font leur
apparition, on peut, avec l’accord d’un spécialiste, accompagner l’opération de séchage d’une fumigation. Une fois
que les livres sont secs, il restera beaucoup de vase et de saleté qu’il faudra éliminer par brossage.
Les photographies et autres documents sur support pelliculaire ne seront jamais séchés sous vide car ils s’agglutinent
et les émulsions se détachent de leur support (voir appendice C).

5. Lyophilisation
C’est actuellement par la lyophilisation que l’on parvient le mieux à sécher en masse les documents de bibliothèque
ou d’archives. Ces derniers sont introduits préalablement congelés dans l’enceinte à vide et demeurent congelés
pendant toute la durée du séchage. C’est la grosse différence entre le séchage sous vide et la lyophilisation. L’air est
évacué de l’enceinte pour créer un vide, la température est légèrement relevée pour accélérer le processus et les
cristaux de glace se transforment par sublimation en vapeur d’eau, laquelle est ensuite attirée hors des documents. La
lyophilisation déforme moins les livres reliés que le séchage à l’air ou le séchage sous vide, et n’aggrave pas la
dilution des encres ou autres éléments solubles dans l’eau provoquée par l’inondation. Les papiers couchés réagissent
bien à la lyophilisation à condition d’avoir été congelés avant d’être trop collés ensemble. Ni le séchage sous vide ni
la lyophilisation, répétons-le, ne remettent un livre ou un document en état. Les articles conservent après le séchage
la forme qu’ils avaient lorsqu’ils ont été placés dans l’enceinte, mais ils n’y subissent pas de déformation
supplémentaire, surtout si, dans le cas des livres, ils sont légèrement maintenus pendant l’opération. Comme dans le
séchage sous vide, on peut, sur l’avis d’un spécialiste, ajouter un fongicide pour retarder le développement de la

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moisissure si cela est nécessaire. La lyophilisation semble aussi faire remonter la saleté et la vase à la surface
beaucoup plus efficacement que le séchage sous vide.
Bien qu’il soit préférable de sécher les photographies à l’air, ces dernières, s’il y en a beaucoup, peuvent être
lyophilisées, étant entendu qu’elles perdront leur brillant. Aussi ce moyen ne sera-t-il utilisé que pour les pièces qui
ne sont pas rares ou qui font partie d’un album.
Dans un cas au moins, des bandes magnétiques ont aussi été lyophilisées sans dommage pour les données qu’elles
contenaient (voir appendice C).

C. restauration: Après séchage


Une fois que les livres et documents sont secs, il s’agit de les trier, de les nettoyer, de les réparer, de les relier, de les
loger et de les replacer sur les étagères. Cette phase des travaux doit être planifiée avec soin si l’on veut la réaliser
efficacement et économiquement. Voici les problèmes et les principes qui se sont dégagés de l’expérience de ces dix
dernières années.
1. Vous aurez besoin d’estimations du personnel et des moyens financiers nécessaires pour réaliser ces travaux.
Etablissez un mécanisme rationnel pour obtenir ces estimations en vous fondant sur un calendrier des opérations de
remise en état des locaux et des collections. S’il le faut, on collectera des fonds pour financer la remise en état
proprement dite. Les dons peuvent être une solution pour remplacer des ouvrages perdus. Quant aux demandes
d’indemnisation à présenter aux assurances, elles exigeront une évaluation exacte des dommages, preuves à l’appui.
Comparez les coûts respectifs du remplacement des documents ou de leur copie sur un support d’une autre nature,
d’une part, et du séchage, du nettoyage et/ou de la reliure à neuf, d’autre part. Voyez s’il vaut mieux acheter un
microfilm qu’un nouvel exemplaire. Enfin, réfléchissez bien au coût du recatalogage des documents qui se
présenteront sous une autre forme.
2. Tandis que les documents se trouvent dans le congélateur ou sont en cours d’assèchement, il faut poursuivre les
travaux de remise en état du bâtiment qui les abritait. Un nettoyage et une désinfection de son contenu, ainsi que des
étagères et des locaux eux-mêmes, peuvent être nécessaires. Il faut parfois remplacer des fenêtres, remettre en état la
toiture, voire faire des réparations de gros-œuvre et aussi vérifier et réparer, si nécessaire, la climatisation et les
équipements de détection des fumées et du feu.
3. Après examen des besoins, demandez le personnel requis pour la remise en état des collections, compte tenu du
nombre d’articles endommagés et des dégâts causés.
4. Décidez du lieu où ramener les ouvrages (bâtiment d’origine ou un lieu d’entreposage). De nouveaux rayonnages
peuvent être nécessaires. Des enveloppes de protection et des fournitures pour le nettoyage et les réparations peuvent
devoir être commandés.
5. Elaborez les principes directeurs à suivre pour évaluer l’état des documents asséchés et les trier à leur retour. C’est
le moment d’étudier et de fixer les modalités d’acheminement vers l’aire de triage, puis vers les divers lieux de
traitement ou de nettoyage (voir appendice A, 5-10).
6. Dès qu’une pièce est sèche, on peut estimer s’il faudra faire appel aux services d’ateliers extérieurs (ateliers privés
de reliure ou de restauration, par exemple).
7. Des aires de triage et de manutention doivent être prévues et aménagées de façon à faciliter le cheminement des
pièces depuis leur lieu de livraison à travers les différents ateliers de restauration jusqu’à leur mise en rayons ou en
réserve. On prendra soin de ne réintégrer aucun article encore humide. Empêcher toute éclosion de moisissure est un
impératif. Or, les livres et les manuscrits asséchés semblent plus vulnérables à cet égard que les documents qui n’ont
Jamais été mouillés. Idéalement, toutes les pièces touchées devraient être isolées des collections non endommagées
durant six mois encore après le séchage mais c’est souvent impossible. Il faudra donc procéder à des inspections
régulières et méticuleuses pendant toute cette période. Les conditions climatiques ambiantes doivent être stabilisées.
8. Les documents peuvent être classés en plusieurs catégories (à nettoyer, à réparer et/ou relier, à Jeter) pour être
ensuite dirigés sur le secteur approprié. Le travail à la chaîne est plus efficace pour le premier tri. Il importe de
prendre, au moment de cette manipulation, autant de décisions que possible quant au sort des ouvrages. Il n’est pas
inutile de se faire aider par les personnes qui connaissent à fond les collections, car on peut avoir à décider d’éliminer
ou de remplacer un ouvrage. Même à ce stade, l’élimination est moins coûteuse que le nettoyage et la reliure.

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9. On apprendra au personnel à nettoyer convenablement les documents, on enverra chez le relieur les ouvrages
qu’on a décidé de relier à neuf; on changera si besoin est les enveloppes de protection des livres, des manuscrits et
des photographies, on enverra les pièces rares à l’atelier de restauration, dans la maison ou à l’extérieur ou bien on
les placera dans des enveloppes protectrices dans l’attente d’un traitement ultérieur.
Il suffit souvent pour nettoyer le papier et les reliures d’épousseter à l’aide d’une brosse douce la saleté que le
séchage dans les enceintes à vide a fait remonter à la surface. On peut se servir d’éponges synthétiques pour essuyer
les traces de suie et de fumée. Il faut un tour de main pour ne pas incruster ce faisant la saleté ou le noir de fumée
dans le papier ou dans les reliures; on demandera à un restaurateur ou à une personne expérimentée de l’enseigner
aux intéressés.
10. Le tri peut être effectué à l’aide d’ordinateurs personnels; on retrouvera ainsi l’ordre de classement des articles
avant de les placer sur les tablettes. En cas de dégâts importants, si l’opération est bien planifiée, on gagne ainsi
beaucoup de temps.
11. Il peut être nécessaire de préparer les rayonnages et en particulier de prévoir des étiquettes d’identification, des
pochettes et des étiquettes antivol. Les données de catalogage peuvent devoir être modifiées ou améliorées. Si le
fichier a été détruit en totalité ou en grande partie, peut-être faudra-t-il envisager d’établir un nouveau catalogue,
éventuellement un catalogue en ligne, et de trouver les moyens financiers nécessaires.
12. Un système d’enregistrement précis de tous les documents qui sont en cours de traitement et ont été remis en
place assurera une bonne gestion des opérations.
13. A ce stade, il reste important de maintenir le contact avec les autres services de la bibliothèque ou du dépôt
d’archives. On informera régulièrement l’administration et les lecteurs.
14. L’évaluation constante du déroulement des opérations doit faire partie du travail. Elle aide à dresser le bilan final
du sinistre et du sauvetage. L’analyse objective des succès et des échecs permettra d’améliorer le plan de lutte contre
les sinistres pour l’avenir certes, mais par surcroît, elle sera utile à ceux qui pouvaient se trouver dans la même
situation. Le plan est à modifier en conséquence.
15. On remerciera les personnes qui ont participé directement au sauvetage comme celles qui ont été contraintes
d’ajouter cette responsabilité supplémentaire à leurs autres attributions.
La tâche que représente le sauvetage d’une bibliothèque après un sinistre grave est impressionnante. Il faut
comprendre que pour pallier totalement ou réduire les effets d’une catastrophe, le plus sage est de prendre des
mesures de prévention et de protection. Les crédits dépensés à cet effet l’auront été à bon escient. En étant bien
préparé, en connaissant les modes d’intervention et les méthodes de sauvetage qui conviennent, on sera mieux armé
pour remettre les collections en état de la façon la plus efficace et au moindre coût.

CHAPITRE SIX - SAUVETAGE DES DOCUMENTS ENDOMMAGES PAR LE


FEU
Les sinistres les plus dévastateurs qui puissent frapper une bibliothèque ou un dépôt d’archives sont les incendies car
ils s’accompagnent de fumée, de suie et d’eau. Tout doit être mis en œuvre pour les prévenir: depuis l’installation de
paratonnerres jusqu’à celle de systèmes anti-incendies et d’alarmes. Il convient aussi de réduire les risques
d’incendie aux abords des bâtiments, au besoin en débroussaillant et en installant des canalisations d’arrosage pour
humidifier la végétation et les toitures trop sèches ou en constituant des équipes d’arrosage dans ce but. Les
techniques les plus perfectionnées et les restaurateurs les plus habiles sont impuissants à sauver nombre de matériaux
du feu et de ses effets. Aussi les conseils dispensés dans ce chapitre sont-ils donnés dans le fervent espoir que l’on
n’aura jamais à les suivre.
Les recommandations formulées dans le chapitre quatre concernant les interventions à prévoir valent aussi bien pour
les incendies que pour les inondations. Les conseils qui concernent la préparation en prévision des sinistres et
l’intervention immédiate ne diffèrent que dans la mesure où l’ampleur des dégâts et celle des opérations de sauvetage
seront plus grandes dans le cas d’un incendie. Il faudra compter non seulement avec les dommages évidents causés
par le feu mais aussi avec d’importants dégâts des eaux. Les plans devront prévoir les opérations de sauvetage à
mettre en œuvre après ces deux types de sinistres.
L’intensité que prennent les incendies lorsqu’ils sont alimentés par les matériaux modernes et la rapidité de la
propagation de la chaleur et des gaz dégagés mettent en danger des collections situées très loin du foyer initial du

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sinistre. La chaleur ne fait pas que calciner les matériaux. Les hautes températures altèrent la structure de la cellulose
et risquent ainsi de fragiliser même des ouvrages qui n’ont pas brûlé. Le cuir et le vélin se rétractent et les émulsions
photographiques se gondolent. En outre, la suie et la fumée qui se déposent sur les objets contiennent des résidus des
matériaux consumés et notamment de plastique qui est le plus souvent impossible à enlever.
Si ces avertissements sont destinés à faire prendre conscience de la gravité des dégâts causés par un incendie, il n’en
n’est pas moins vrai que certaines pièces sont récupérables dans des collections qui ont brûlé. Tout doit être mis en
œuvre pour sauver au moins les collections auxquelles on attache une valeur culturelle ou une importance prioritaire;
toutefois, c’est là une tâche coûteuse et ingrate, une véritable gageure.
Pour des raisons de sécurité, il ne sera sans doute possible de pénétrer dans les locaux sinistrés que quelque temps
après l’extinction de l’incendie: de petits foyers pourront encore se déclarer et il importera de vérifier la solidité des
planchers et des cloisons. On s’en remettra pour cela au savoir faire des sapeurs pompiers. Avertis suffisamment
longtemps à l’avance des préoccupations de l’institution, ils auront conscience des priorités et des contraintes de
temps.
Les recommandations ci-dessous sont de nature à faciliter les opérations de sauvetage en cas d’incendie et doivent
être considérées conjointement avec celles qui concernent les inondations.

A. Intervention immédiate
Les idées et recommandations énoncées dans le chapitre quatre, section B. sont valables pour tous les sinistres et
doivent être suivies. On trouvera dans les points ci-dessous des renseignements complémentaires utiles dans le cas
particulier des incendies.
1. C’est sur les tablettes supérieures que les objets auront été le plus calcinés. Le temps étant un facteur important, on
sauvera d’abord les articles les moins endommagés des collections les plus prioritaires. Puis on tentera de sauver les
plus abîmés ou alors les moins abîmées des pièces classées au deuxième rang des priorités et ainsi de suite.
2. Toute pièce exposée à des températures élevées doit être présumée fragile. Elle le sera encore plus si elle est
humide. Il conviendra de la manipuler avec un soin extrême, et souvent de la renforcer au préalable; il peut être utile
de soutenir certaines pièces avec du carton fort ou une feuille de polyester pendant le transport des collections dans
des entrepôts frigorifiques ou à l’abri dans un local sec.
3. En stabilisant par congélation les pièces qui sont à la fois brûlées et humides, on se donnera le temps de planifier
calmement et objectivement la suite du sauvetage. Si les collections sont brûlées mais non humides, il faudra
apporter beaucoup de soin à leur emballage et à leur transport dans un autre lieu ou en entrepôt, afin d’éviter de
nouveaux dégâts. Toutefois, avant d’emballer des collections endommagées, on s’assurera qu’elles sont absolument
sèches afin de prévenir les moisissures. En cas de doute, on les fera si possible sécher à l’air dans une atmosphère
stable durant une semaine avant l’emballage. Les pièces brûlées peuvent être placées dans des enveloppes
protectrices pour être restaurées ou reproduites sur un autre support ultérieurement, lorsqu’on disposera des moyens
financiers et/ou du personnel qualifié nécessaires.
4. Il y a lieu d’étudier de près la possibilité de remplacer les ouvrages et documents exposés au feu, plutôt que de les
restaurer. Outre le coût élevé de leur récupération, les livres et manuscrits qui ont été brûlés ou exposés à des
températures extrêmement élevées ne retrouveront jamais leur état antérieur ni spontanément, ni entre les mains du
restaurateur. La reproduction sur film ou photocopie, l’achat de microfilms ou rééditions, l’acceptation de dons et
l’acquisition d’exemplaires neufs sont autant d’options de remplacement valables.
5. Les collections protégées par des cartons et des classeurs et les volumes reliés rangés suffisamment serrés sur les
étagères résistent dans une certaine mesure et parfois étonnamment bien à la chaleur et au feu. Les jaquettes en
plastique et en papier protègent les livres de la fumée et de la suie. Il conviendra d’inspecter minutieusement chaque
article avant d’envisager de le jeter et de le remplacer. Il est souvent possible de rogner des tranches calcinées et de
remplacer des couvertures par des reliures de bibliothèque. Les odeurs de fumée peuvent être éliminées par un
traitement chimique sous vide. Les taches de fumée et de suie présentes à la surface des matériaux peuvent être
atténuées au moyen d’éponges synthétiques qui retiennent les résidus au lieu de les étaler.
6. Les ouvrages rares et les collections spéciales doivent être protégés à tout prix contre les incendies. Leur
exposition au feu ou à la fumée et à la chaleur les endommagera mais en amoindrira également la valeur. Tous les
sous-sols ou salles abritant des collections de ce genre doivent être équipés de dispositifs d’extinction des incendies,
fonctionnant de préférence au halon ou au moyen d’un autre gaz. Il est également important de protéger les pièces en

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les plaçant dans des cartons ou autres types de conditionnements. Au moment d’établir les plans de sauvegarde de
ces collections, on discutera avec des spécialistes de la préservation des meilleures mesures de prévention des
techniques de sauvetage les plus fiables qui soient envisageables.

B. Techniques de sauvetage
Les techniques de sauvetage des collections endommagées à la fois par le feu et par l’eau sont sensiblement les
mêmes que celles à appliquer en cas de dégâts des eaux uniquement. Toutefois, les articles incendiés demandent à
être manipulés avec davantage de précautions. Si des pièces de valeur ont été calcinées ou collées par piles entières,
on devra s’adresser à un spécialiste de la restauration des livres et papiers pour tenter d’en récupérer au moins une
partie. Toutefois, les ouvrages et documents très peu brûlés et mouillés, dont l’importance justifie la conservation,
pourront être séchés comme il est suggéré au chapitre cinq, section D. Le sauvetage des pièces rares exigera que l’on
fasse appel à l’expérience d’un restaurateur.

C. Restauration des pièces brûlées et ayant subi un séchage


Comme on l’a souligné, les collections incendiées sont difficiles à remettre en état. Pour traiter et nettoyer les
éléments qui sont récupérables, on appliquera les procédures indiquées au chapitre cinq, section E. Il vaut mieux
confier à un restaurateur tout travail à faire à la suite d’un sinistre allant au-delà d’un nettoyage élémentaire, du
remplacement de la reliure ou de la remise en rayon. Les papiers fragiles peuvent être renforcés à l’aide de papier
japonais ou protégés par encapsulation. Les reliures peuvent être remplacées par des reliures de bibliothèque
achetées ou confectionnées à la main. Le coût de cette opération est toutefois prohibitif et doit être comparé de près à
ceux des autres options mentionnées au chapitre quatre, section A.2. Les odeurs de fumée peuvent être éliminées ou
du moins atténuées par un traitement chimique sous vide. En revanche, la suie et la crasse déposées par un incendie
sont souvent difficiles, voire impossibles à enlever.
Mieux vaut, il est bon de le rappeler, avoir pour un temps une collection à l’aspect déplaisant que de priver les
lecteurs de tout service de bibliothèque, surtout lorsque les articles ne sont pas des pièces rares mais sont d’une
grande utilité éducative ou informative. Comme le faisait remarquer récemment un vieil habitué d’une bibliothèque
où beaucoup d’ouvrages incendiés avaient été remis sur les rayonnages: «Les livres n’ont peut-être pas un aspect ni
une odeur très agréables mais du moins je peux encore les lire».
Si elles ne sont pas trop endommagées, les pièces qui font partie des collections destinées au prêt peuvent être
remplacées, micro-filmées ou photocopiées. Les pièces rares appellent des décisions différentes dont aucune ne
paraît idéale après un sinistre.
Les opérations de sauvetage en cas d’incendie sont onéreuses et délicates. La solution la moins coûteuse reste la
prévention. Il est d’une importance capitale que le personnel demeure vigilant et soit sensible aux problèmes et aux
risques potentiels. Malheureusement, tous les établissements culturels sont vulnérables à l’action de pyromanes
auxquels plaisent l’atmosphère de tragédie qui entoure les incendies de bibliothèques ou d’archives et l’attention
prêtée à ces événements. Que les établissements soient grands ou petits, riches ou moins riches, toutes les collections
contiennent des pièces irremplaçables. La perte de la moindre d’entre elles nous appauvrit tous.

CHAPITRE SEPT - MESURES DE SAUVETAGE EN CAS DE SINISTRES


D’AUTRE NATURE
La probabilité des sinistres qui sont envisagés dans le présent chapitre est beaucoup moins élevée; cependant, l’on
n’a pas le droit de s’illusionner sur les risques qui leur sont liés. Car lorsqu’ils surviennent effectivement, ils peuvent
revêtir une ampleur catastrophique et frapper les personnes, des collections entières, voire des secteurs
géographiques entiers. Dans «Information and Records Management», Maedke, Robek et Brown analysent les
sinistres sous l’angle de leurs incidences sur l’institution concernée (14). Dans le cas d’une bibliothèque ou d’un
dépôt d’archives, un sinistre majeur serait par exemple celui qui détruirait aussi tous les moyens d’accès aux
collections endommagées. Il serait utile d’effectuer la même analyse sous l’angle des précautions à prendre en
prévision de sinistres et tout particulièrement des sinistres catastrophiques qui peuvent frapper les bibliothèques et les
dépôts d’archives. Cela faciliterait grandement la fixation des priorités. Il n’est souvent guère possible de prévenir les
catastrophes telles que les explosions, les conflits armés, les intempéries ou la pollution chimique. Lors des réunions
consacrées à la planification de la lutte, il conviendra de consacrer quelque temps à l’examen des risques de cette

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nature. Comme toujours, c’est à ce stade qu’il y aura lieu d’établir l’ordre de priorité des collections car ce n’est pas
au moment où il faudra s’activer pour sauver ce qui peut l’être qu’on aura le temps de prendre ce genre de décision
Toutefois, s’agissant des sinistres catastrophiques, il faudra peut-être, dans cette réflexion sur les priorités, prendre en
compte de nombreux bâtiments abritant de vastes collections. Si l’institution pour laquelle on effectue la
planification risque d’être elle-même mise en danger, il conviendra de décider de l’opportunité de transporter les
pièces les plus précieuses des collections dans un lieu plus sûr. On concevra le plan en fonction de la probabilité que
la région tout entière soit touchée par une catastrophe telle qu’inondation, séisme, conflit armé, etc., et que la
bibliothèque ou le dépôt d’archives en question ne puisse y disposer des moyens et services nécessaires à une
intervention de sauvetage immédiate. Les planificateurs devront peser ce risque et, s’il paraît très improbable, ils
pourront n’énoncer qu’un minimum de mesures à prendre en pareil cas.
En 1958, l’Unesco a publié un document intitulé «Convention de La Haye pour la protection des biens culturels» qui
peut être utile aux institutions culturelles examinant les risques liés à un conflit armé.
Bon nombre des conseils donnés dans le chapitre quatre valent pour l’étude des interventions et opérations de
sauvetage à mettre en œuvre face à d’autres types de sinistres. Il conviendra également de tenir compte des points
suivants:
1. S’il existe un risque de pollution chimique, il y a lieu de recueillir des informations générales sur la nature des
substances chimiques susceptibles d’envahir une bibliothèque ou un bâtiment d’archives et sur les mesures à prendre
à ce sujet. On déterminera quels experts peuvent prêter leur concours pour remédier à d’éventuelles pollutions
chimiques. Il faudra indiquer au personnel la conduite à tenir, en particulier si l’institution est une bibliothèque située
dans un bâtiment qui est exposé à un risque de pollution - un laboratoire ou une usine de produits chimique par
exemple
2. La pollution par les eaux d’égout est à craindre dans les zones sujettes aux inondations soudaines ou mal drainées.
On trouvera auprès des services de la protection civile et des organismes mondiaux de santé publique des
renseignements utiles pour s’en protéger. Pour manipuler les collections contaminées, on s’équipera de gants, de
vêtements protecteurs et de masques spéciaux afin d’éviter les risques de maladie. Les contaminants peuvent être
éliminés par rinçage à peu près comme indiqué au chapitre quatre à propos de la boue et de la vase. Cependant, il
peut être nécessaire de désinfecter les collections pour pouvoir ensuite les manipuler sans danger.
3. En prévision d’un éventuel conflit armé, il importe d’établir des plans pour protéger les registres d’état civil et les
trésors du patrimoine culturel national. On y inclura, si on le juge utile, des consignes concernant le déménagement
des collections, leur emballage et les modes de transport à utiliser.
4. Les plans relatifs à la sécurité des personnes doivent comporter des directives sur la conduite à tenir face à une
menace de plastiquage/bombardement ou à un risque d’explosion. Des dispositions à ce sujet devraient du reste
figurer également dans les plans de protection des collections contre les sinistres. Une fois définies les mesures
prioritaires à prendre pour que la bibliothèque ou l’institution d’archives continue à fonctionner et reste au service
des utilisateurs, on passera à celles à prévoir pour protéger convenablement l’établissement de catastrophes telles
qu’une explosion. Il est évident qu’un trésor du patrimoine national ne doit pas être exposé sans protection dans un
lieu public ni des pièces de collections rares entreposées dans un magasin sous des canalisations de chauffage.
Les mesures à prendre en cas de catastrophes ne sont pas nécessairement difficiles à prévoir et ne demandent pas
toujours à être détaillées. Elles exigent toutefois une étude sérieuse et devraient figurer dans tout plan valable de lutte
contre les sinistres, ne serait-ce que pour prouver que la question a été envisagée et que les précautions voulues ont
été prises.

CONCLUSION
Le but du présent manuel est de faire prendre conscience de l’urgente nécessité de planifier soigneusement la lutte
contre les sinistres et d’encourager les bibliothèques et les services d’archives à se préparer à les affronter. On y
examine en particulier les techniques et méthodes d’intervention et de sauvetage à employer en cas d’incendies et de
dégâts des eaux ayant endommagé des livres et manuscrits. Une bonne gestion des collections implique une
planification rationnelle et économique propre à assurer leur sauvegarde. L’histoire des sinistres ayant frappé ces
lieux de culture, histoire qui remonte à l’incendie de la Bibliothèque d’Alexandrie sinon plus loin dans le temps,
prouve abondamment que les collections constituées un peu partout dans le monde sont malheureusement
vulnérables à l’action de l’eau et du feu.

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Les nombreux experts qui ont écrit sur ce sujet ont donné de très utiles indications sur les moyens à mettre en œuvre
pour intervenir à temps et sur les techniques de sauvetage les plus sûres. Des entreprises industrielles et des services
ont été créés pour répondre au besoin de meilleures techniques de séchage. Les restaurateurs y ont ajouté leurs
observations et le fruit de leurs recherches sur la réaction des publications reliées, du papier et de la pellicule à des
conditions nocives.
Les possibilités de sauver des objets endommagés par un sinistre sont meilleures qu’elles ne l’ont jamais été.
Toutefois, le coût en est dissuasif et elles supposent des choix qui sont souvent difficiles à opérer et peu satisfaisants.
On ne saurait trop souligner combien il importe d’être préparé à affronter un sinistre. Des mesures avisées et
rationnelles de prévention et de protection suffisent souvent à empêcher une catastrophe majeure ou, à tout le moins,
à réduire l’ampleur des pertes et à tempérer le sinistre.
Dans le présent manuel, la planification de la lutte contre les sinistres est divisée en quatre grandes rubriques:
Prévention, protection, intervention et sauvetage
Des recommandations dont beaucoup ont été soumises maintes fois à l’épreuve des faits ont été formulées dans
chacune de ces rubriques afin d’assurer l’établissement d’un plan de lutte détaillé, relevant les gageures que la
prévision implique dans ce domaine. On y trouvera également des suggestions sur les moyens d’aborder la
prévention, de garantir l’opportunité des interventions et de mener à bien les opérations de sauvetage.
Les conseils donnés dans ce manuel se fondent sur les principes généraux suivants, lesquels sont applicables par tout
bibliothécaire ou archiviste, dans n’importe quelles circonstances locales:
1. accepter de se charger de la planification
2. planifier à l’avance
3. faire usage de bon sens
4. s’informer des mesures à prendre en prévision des sinistres et en informer les autres
5. si la solution idéale n’est pas praticable, adapter les conseils reçus aux circonstances locales
6. si un sinistre survient, réagir rapidement et conformément à un plan.
Il est clair que les institutions n’ont pas toutes les mêmes besoins de prévention et de protection, ni les mêmes
possibilités de mobiliser ressources et services pour remédier à un sinistre. Ce qu’il faut souligner, c’est qu’il n’existe
pas de modèle de plan parfait ni de méthode d’intervention valable dans tous les cas. Le meilleur moyen de protéger
les collections consiste à établir une planification rationnelle réfléchie et à prévoir de manière réaliste les mesures à
mettre en œuvre.
Le manuel propose un vaste éventail d’approches et de solutions fiables en matière de planification. Toutefois, il y a
encore fort à faire pour que bibliothécaires, archivistes, restaurateurs et conservateurs mettent en commun leurs idées
et leurs préoccupations afin de rechercher des solutions aux problèmes posés par les sinistres. De nouvelles méthodes
et techniques de sauvetage demandent à être essayées et étudiées. Peut-être une diffusion plus large de l’information
contribuerait-elle à améliorer la prévision et le sauvetage dans l’intérêt de la sauvegarde du précieux patrimoine
culturel du monde.

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ORGANISATION, EQUIPEMENT ET EFFECTIF D’UN SERVICE DE


CONSERVATION-RESTAURATION D’ARCHIVES (extraits)
------------------------------------------------------------------------
établie par
Michael Roper
Paris, février 1989
Programme général d’information et UNISIST
Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
------------------------------------------------------------------------

PREMIERE PARTIE: PROCEDES, TECHNIQUES ET APPLICATIONS

2. Définitions, principes et normes

2.1 Définitions et terminologie


Les termes anglais «préservation» et «conservation» correspondant respectivement aux notions françaises de
«conservation» et de «conservation matérielle», on a choisi de traduire le plus souvent le second par «sauvegarde
matérielle» afin d’éviter les confusions. Par contre, les expressions «Préservation and Conservation Service» et
«Préservation and Conservation Workshop» ont été traduits respectivement par «service de conservation-
restauration» et «atelier de conservation-restauration» pour suivre un usage assez répandu en France.
2.1.1 Conservation. Terme générique désignant l’ensemble des mesures visant à préserver l’intégrité des documents
et des informations qu’ils contiennent. La notion de conservation recouvre tous les aspects touchant à la gestion
administrative et financière, les questions de stockage et de locaux, le personnel, les politiques, les techniques et les
méthodes de préservation des fonds et collections des services d’archives.
2.1.2 Sauvegarde matérielle. Ce terme désigne les politiques et dispositions pratiques (actives et passives) adoptées
pour prévenir ou retarder la détérioration des documents et pour réparer les dégâts.
2.1.3 Restauration et réparation. Ces termes désignent toute une gamme de traitements de sauvegarde visant à
améliorer l’état d’un document endommagé et à rétablir, dans toute la mesure du possible, son état initial. Cela peut
consister aussi bien à réparer un feuillet déchiré qu’à recoudre et recouvrir un livre, à nettoyer une tache, à traiter par
désacidification, à utiliser des substances tampons et à réencoller un papier. En aucun cas, la restauration de
documents d’archives ne consiste à remplacer un texte ou tout autre tracé manquant (voir 2.2.1(a) ci-dessous).
2.1.4 Terminologie. Sauf indication contraire, la terminologie utilisée dans la présente étude est celle du
Dictionnaire (21) et du Glossaire (22) du CIA.

2.2 Principes

2.2.1 Principes fondamentaux de la restauration et de la réparation.


Une opération de restauration et de réparation peut avoir un effet contraire au but recherché si la nature du document
et le traitement à lui appliquer sont imparfaitement compris, et si certains principes de base ne sont pas respectés. Ces
principes sont les suivants:
(a) Ne jamais utiliser de procédé de restauration qui supprimerait, diminuerait, dénaturerait (par soustraction,
altération ou addition) ou masquerait d’aucune manière la valeur de témoignage du document, c’est-à-dire sa

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valeur comme témoin des activités de l’institution créatrice. Ce principe s’applique non seulement au texte écrit
figurant dans le document, mais aussi à sa structure matérielle quand celle-ci a valeur de témoignage.
(b) Ne jamais utiliser de procédé qui risquerait d’aucune manière d’endommager ou de fragiliser le document.

2.2.2 Trois autres principes découlent des précédents:


(a) Il faut, dans la mesure du possible, remplacer les parties manquantes par des matériaux de même nature, ou par
des matériaux compatibles ou analogues.
(b) La nature et l’étendue d’une réparation doivent, en tout état de cause, être réparables, ce qui ne signifie pas que la
partie réparée ne doit pas être esthétiquement semblable à l’original.
(c) Rien ne doit être fait qui ne puisse être défait sans dommage pour le document, ce qui n’interdit pas l’application,
s’ils s’imposent, de traitements comme le nettoyage et la désacidification sur lesquels on n’aura pas en réalité à
revenir. Entre les effets possibles d’un traitement et la perspective de voir un document se dégrader s’il n’est pas
traité, il faut faire un choix qui peut justifier dans certains cas l’utilisation de procédés irréversibles comme la
copolymérisation.

2.2.3 Documentation.
Il en résulte aussi qu’il faut garder des traces écrites de toutes les opérations de restauration effectuées (53). On
constitue donc un dossier où l’on consigne:
(a) les éléments d’identification du document;
(b) l’état du document avant le traitement, y compris des informations sur sa composition (nombre de feuillets, par
exemple);
(c) la réalisation d’une éventuelle opération de déreliage qui s’avérerait nécessaire avant le début du traitement;
(d) l’ordre dans lequel les procédés et techniques sont mis en œuvre (pendant le traitement proprement dit, cette
information permet de contrôler que les documents n’ont pas été égarés ou mal replacés);
(e) les matériaux utilisés, y compris les agents de collage, les colles, etc. et la réutilisation éventuelle de matériaux
d’origine;
(f) l’identité du technicien qui a effectué la restauration;
(g) les dates du traitement.

2.3 Normes
2.3.1 Normes internationales. Il n’existe pas de normes internationales sur la conservation et la sauvegarde matérielle
des archives. Cependant, l’Organisation internationale de normalisation (ISO) a récemment créé un sous-comité de
son comité technique pour l’information et la documentation (ISO/TC 46/SC 10) qui s’occupe des caractéristiques
physiques des supports de documents; ses travaux portent sur:
(a) la normalisation des caractéristiques des documents et des spécifications de conditionnement et de manipulation
de ces documents, dans le cadre des bibliothèques, des archives et centres de documentation, y compris les
documents sur support autre que le papier;
(b) les spécifications concernant les méthodes de conservation matérielle des documents, y compris les conditions
climatiques, etc.;
(c) les spécifications concernant la stabilité des matériaux;
(d) les aspects liés à la production des documents, y compris la reliure, etc.
Le comité se penchera en premier lieu sur la question de la stabilité du papier à utiliser pour les livres: et les archives,
mais d’autres sujets sont envisagés.
------------------------------------------------------------------------

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3. Agents de détérioration et de destruction

3.1 L’instabilité intrinsèque


3.1.1 Oxydation. Il s’agit d’un processus d’altération naturelle au contact de l’air, qui touche tous les matériaux
organiques. Si les documents sont stockés dans des conditions climatiques satisfaisantes, le processus est
généralement lent; par contre, il est accéléré par la présence de substances polluantes oxydantes telles que l’ozone
(dégagée par les procédés de xérographie), le dioxyde de soufre, le péroxyde d’azote et les liquides de nettoyage.
Dans le papier, le phénomène entraîne l’éclatement de la structure des fibres de cellulose et une diminution de la
résistance. Ses effets sont rarement importants et sont difficiles à distinguer de ceux de la détérioration due à l’action
des acides qui est généralement la première cause d’altération des documents d’archives. C’est sur les pellicules
photographiques, les films cinématographiques et les microfilms en acétate de cellulose que l’oxydation est la plus
visible; elle se manifeste sous la forme de taches ou de points rougeâtres.
3.1.2 Acidité. Les matériaux en cellulose peuvent aussi s’altérer sous l’effet de leurs composants acides, des
matériaux acides qui entrent dans leur fabrication et des polluants atmosphériques. Les papiers de pâte mécanique
qui ont une forte teneur en lignine ou ont été collés avec un produit à base d’alun et de colophane sont
particulièrement fragiles. La détérioration est accélérée par certains facteurs extérieurs comme la chaleur, l’humidité,
la lumière, la pollution chimique ou le conditionnement dans des matériaux acides. La première marque visible de
cette détérioration peut être une légère décoloration progressivement suivie d’un jaunissement puis d’un
brunissement. Parallèlement, le papier perd de sa résistance, devient de plus en plus fragile au point qu’il s’effrite
quand il est manipulé. Le degré d’acidité ou d’alcalinité du papier se mesure en pH sur une échelle logarithmique
allant de 0 à 14, 7 étant le point neutre, les chiffres inférieurs à 7 indiquant le degré d’alcalinité et les chiffres
supérieurs à 7 le degré d’acidité. Le pH peut être mesuré par colorimétrie à l’aide de certains réactifs chimiques
(comme les bandes de Merck) ou, avec plus de précision, par potentiométrie, au moyen d’électrodes.
3.1.3 Colorants éphémères. Certains pigments utilisés dans les encres, les peintures à l’eau, les teintures pour
textiles, les colorants photographiques, etc. sont éphémères et pâlissent ou virent avec le temps. Ces modifications
peuvent être accélérées par l’acidité, la chaleur, l’humidité ou la lumière, mais dans le cas de certains procédés de
photographies en couleur, on observe une décoloration même lorsque les tirages ou les négatifs sont conservés à
l’abri de la lumière. Plusieurs pigments, en particulier ceux présents dans l’encre des stylos et des feutres, sont
solubles dans l’eau et il convient de les fixer avant de procéder à tout traitement en milieu aqueux.
3.1.4 Autres causes d’instabilité chimique. De multiples autres phénomènes d’instabilité chimique peuvent
apparaître sur les documents d’archives comme la décoloration ou la formation de taches sur des photographies mal
développées, la détérioration des supports en nitrate de cellulose des pellicules photographiques et films
cinématographiques anciens et l’hydrolyse des films en polyester.
3.1.5 Détérioration électromagnétique. La plupart des signaux électromagnétiques, par exemple ceux enregistrés
sur les bandes sonores, les bandes vidéo et les bandes pour ordinateur, perdent progressivement de leur puissance. Ils
risquent, en outre, de subir des dégâts accidentels ou délibérés: effacement, distorsion, effet d’empreinte ou
surimpression.

3.2 Agents extérieurs


3.2.1 Température et humidité. Il importe que les documents d’archives ne soient pas soumis à une température ou
à une humidité extrême. Une température élevée accélère les réactions chimiques. En atmosphère sèche, la chaleur
rend le papier cassant et dessèche les colles. En atmosphère humide, elle favorise le développement des
champignons, la migration des adhésifs, l’oxydation et l’hydrolyse. Les changements de température et les variations
hygrométriques, en particulier les modifications rapides ou répétées (variations cycliques) entre le jour et la nuit ou
d’une saison à l’autre, provoquent en outre des phénomènes de dilatation et de rétraction du papier néfastes.
3.2.2 Lumière. Une forte lumière, naturelle ou artificielle, en particulier les radiations du spectre placées au-delà du
violet (rayons ultraviolets), fait pâlir les encres et les pigments (notamment les colorants utilisés dans la photographie
en couleur) et elle peut, par photo-oxydation, accélérer la dégradation des matières organiques du support (par
exemple, la détérioration de la lignine du papier). Même un faible niveau d’éclairement peut causer des problèmes
s’il est maintenu pendant une longue période (même discontinue).

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3.2.3 Pollution. Il peut se produire entre les polluants atmosphériques, en particulier l’anydride sulfureux et le
protoxyde d’azote, émis par les moteurs à combustion interne, les chaudières, les centrales électriques et de
nombreux procédés industriels utilisant des combustibles fossiles (charbon, pétrole, etc.) et les matériaux qui
composent les documents, des réactions chimiques qui, par exemple, accélèrent la détérioration du papier par l’acide
ou décomposent les documents photographiques (14, 54). Des effets analogues peuvent être observés lorsque des
produits chimiques (acides, péroxydes, sulfates, etc.) migrant d’un constituant d’un document à un autre, par
exemple des plats de la reliure d’un volume au papier, du conditionnement au document lui-même - par exemple
d’une enveloppe au négatif photographique qu’elle contient - d’un type de document à un autre, par exemple d’une
photographie mal développée à la lettre qui la renferme, ou encore d’un matériau de construction du bâtiment (par
exemple peinture ou poussière de ciment) aux documents qui y sont entreposés.
3.2.4 Poussière et impuretés. La poussière et les impuretés, en s’incrustant dans les fibres du papier, arrivent à
défigurer les documents et même à en user le matériau. En outre, elles transportent souvent des polluants chimiques
ou des spores de champignons qui attaquent les documents. La poussière de ciment peut être très alcaline; or
l’alcalinité est aussi dommageable qu’un taux élevé d’acidité.
3.2.5 Incendies, inondations et tempêtes. Des sinistres peuvent survenir à la suite de phénomènes météorologiques
ou d’incidents locaux ou internes comme un incendie criminel ou accidentel, ou un tuyau crevé (voir section 12.6 ci-
dessous).

3.3 Agents biologiques


3.3.1 Champignon (moisissures) et micro-organismes. Ceux-ci sont toujours présents dans l’atmosphère à l’état
inerte et ils ne deviennent actifs que lorsque les conditions -par exemple forte température et degré d’humidité élevé
(une humidité relative supérieure à plus de 65 % est propice à leur croissance) favorisent leur développement. Ils
attaquent le papier et d’autres composants organiques des documents dont ils se nourrissent, les rendant moins
résistants et laissant souvent des taches disgracieuses qui peuvent oblitérer l’information (67).
3.3.2 Insectes. Les insectes aussi se nourrissent des composants organiques des documents: certains de produits
cellulosiques (par exemple le papier), d’autres de produits d’origine animale (par exemple certains adhésifs, le
parchemin et le cuir). Il semble que les poux des livres soient tout particulièrement attirés par les moisissures et leur
action sur le papier, etc., est la résultante de ce comportement.
3.3.3 Autres animaux nuisibles. Les rongeurs peuvent également causer des dommages aux documents soit qu’ils
s’en nourrissent, qu’ils s’en servent comme matériaux pour construire leurs nids ou, simplement, qu’ils les souillent.
Les oiseaux peuvent également souiller les documents. Non seulement les excréments de rongeurs et d’oiseaux sont
déplaisants et corrosifs mais, en outre, ils servent d’aliments aux moisissures, aux micro-organismes et aux insectes
qui peuvent aussi attaquer les documents.

3.4 Facteurs humains


3.4.1 Dommages involontaires. Les archives peuvent pâtir d’un manque de soin et de manipulations inadéquates ou
négligentes. Une consultation fréquente, quelles que soient les précautions prises, peut également provoquer ou
accélérer la détérioration des documents. Les photocopies réalisées de façon insoucieuse sont une des principales
causes de dommages. Il ressort d’une étude internationale des archives et des bibliothèques récemment effectuée que
c’est la consultation qui endommage le plus fréquemment les documents et les livres (10). On peut endommager
involontairement un document lorsqu’on le sort des rayons ou qu’on l’y réintègre, qu’on le transporte d’une pièce ou
d’un bâtiment à l’autre aussi bien que lorsqu’on l’expose trop longtemps. Les réparations sommaires faites à l’aide
de matériaux inappropriés (par exemple du ruban adhésif de type «Scotch») par des personnes incompétentes
aggravent souvent les choses.
3.4.2 Vandalisme. On englobe parmi ces actes de vandalisme toute action consistant à déchirer ou découper les
documents, écrire dessus ou y apposer diverses marques, semer le désordre dans leur classement. Le vandalisme va
même jusqu’à l’incendie criminel.
3.4.3 Vols. La subtilisation de documents ou de parties de documents par plaisir personnel ou à des fins lucratives
est, malheureusement, un phénomène trop connu.
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4. Conservation

4.1 Stockage
4.1.1 Locaux. Le mieux que puisse faire l’archiviste pour prolonger la vie des archives est de leur assurer de bonnes
conditions de stockage. Il leur faut des magasins sûrs où l’atmosphère puisse être stabilisée soit du fait du principe
constructif adopté, soit par des moyens artificiels (chauffage, déshumidificateurs ou même climatisation générale),
où une bonne circulation de l’air soit assurée pour empêcher l’apparition des moisissures, où l’air soit filtré pour que
la pollution et la poussière ne puissent pas pénétrer, où l’intensité de l’éclairement soit réduite (par exemple au
moyen de stores venant tamiser la lumière naturelle), où les incendies puissent être immédiatement détectés et
maîtrisés et où les risques d’incendies et de dégâts par les eaux et les tempêtes soient réduits au minimum. Autant
que faire se peut, il faut maintenir aussi bas que possible la température (entre 15 et 22° C) et le degré d’humidité
relative (entre 35 % et 65 %, de préférence en dessous de 55 %). Les variations à l’intérieur de ces fourchettes
doivent être réduites au minimum si elles ne peuvent être évitées (8, 11, 16, 28, 33, 62, 75). La résistance des
planchers doit être suffisante pour soutenir une pleine charge de documents.
4.1.2 Installations de stockage. Les installations de stockage doivent être suffisamment solides pour résister au
poids des documents. Les rayonnages doivent avoir les dimensions voulues pour qu’on puisse les y loger. Ils doivent
être chimiquement inertes (anticorrosion) et incombustibles (par exemple, métal et non pas bois, surfaces en émail
cuit au four entièrement et soigneusement traitées et non pas peintes). Un espace suffisant (15 cm) doit être laissé
libre entre le sol et les rayonnages afin d’éviter les dommages que pourraient causer des petites inondations et un
espace analogue doit être ménagé au-dessus du contenu de l’étagère supérieure de manière à ce que l’air puisse
circuler librement. L’utilisation de rayonnages mobiles (système compactes) ne devrait pas être envisagée si la
ventilation et la circulation de l’air posent un problème (28, 33).
4.1.3 Conditionnements. Il a été démontré que l’utilisation de cartons et de chemises non acides pour les papiers
non reliés et les dossiers ainsi que de boîtes pour les volumes reliés prolongeait la vie des documents et devait être
sérieusement envisagée. Ces conditionnements offrent un bon niveau de protection contre le feu, les dégâts par l’eau,
la lumière, les moisissures et animaux nuisibles, la pollution et les variations atmosphériques dans les dépôts. Si l’on
ne dispose pas de boîtes non acides, l’entreposage en boîtes pourra néanmoins assurer une protection à condition de
placer les documents dans du papier ou dans des chemises non acides afin de les protéger contre la migration de
l’acidité.

4.2 Bon entretien


4.2.1 Nettoyage. Le dépoussiérage et le nettoyage des documents et de leurs conditionnements au moment de leur
réception dans les dépôts d’archives, ainsi qu’un nettoyage régulier, de préférence annuel, par la suite, contribueront
à éliminer la poussière des magasins. Le nettoyage des documents à l’aide de produits chimiques ou leur blanchiment
doit être exclusivement du ressort du personnel technique spécialisé. Les documents seront toujours testés avec
précaution avant toute application de produits chimiques afin de s’assurer que ces derniers ne sont pas nocifs.
4.2.2 Suppression des objets nocifs. Les objets métalliques susceptibles de se corroder comme les agrafes. Les
épingles et les trombones doivent être enlevés. En ce qui concerne les dossiers qui sont maintenus par des cordelettes
à «ferrets» (cordelettes se terminant par des bouts solides, qui passent au travers du contenu des dossiers et les
maintiennent attachés à la couverture), il convient de remplacer tous les ferrets susceptibles de se corroder par des
ferrets en matière plastique. Les dossiers conservés dans des reliures à tiges en matière susceptible de se corroder
doivent en être retirés et être placés dans des reliures neuves à tiges en matière inerte. Les éléments chimiquement
actifs qui posent un problème pour les archives (par exemple, photographies, couvertures de dossiers acides) doivent
être enlevés et entreposés à part, dans des pochettes en polyester inerte. L’enlèvement des rubans adhésifs, qui
nécessite l’emploi de solvants, ne doit pas être effectué par du personnel n’appartenant pas au service de
conservation-restauration.
4.2.3 Mise à plat. Les feuilles de papier pliées doivent être dépliées et mises à plat sous-presse à sec ou après
humidification. Dans ce dernier cas, on les place entre deux cartons non acides, après avoir intercalé entre chacune
des feuilles de papier buvard de couleur blanche. La mise à plat ne doit jamais se faire par application directe d’un
fer à repasser ordinaire.
4.2.4 Conditionnement des archives. Le reconditionnement se fera impérativement dans des emballages non acides.
La conservation dans des boîtes, comme indiqué sous 4.1.3 ci-dessus, est la meilleure méthode de conditionnement

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mais, lorsque cela n’est pas possible, on pourra placer les archives dans des chemises cartonnées ou des papiers pour
liasses non acides maintenus par une large bande de coton écru (ni ficelle ni cordelette).
4.2.5 Manipulation. On instituera des règles de manipulation correcte qu’on fera respecter par le personnel et les
lecteurs. On prévoira notamment:
(a) le transport sur des chariots qui maintiennent convenablement les documents et qui soient faciles à manœuvrer;
(b) l’interdiction d’empiler les documents sur les chariots, sur les tables, sur le sol, etc.;
(c) des plans de travail adéquats pour le personnel et les lecteurs et, si besoin est, des pupitres ou des lutrins
convenablement conçus; et
(d) la surveillance des opérations de photocopie.
4.2.6 Inspection. On inspectera régulièrement les magasins pour vérifier l’atmosphère et les conditions de stockage
et s’assurer qu’il n’y a pas d’infestation par les champignons, les micro-organismes, les insectes ou autres animaux
nuisibles.

4.3 Lutte contre les nuisibles


4.3.1 Traitement des locaux. Dans tous les cas où il existe un risque permanent d’attaque par les moisissures, les
micro-organismes, les insectes ou autres animaux nuisibles dans les magasins, on procédera régulièrement à un
traitement à l’aide de produits appropriés (71).
4.3.2 Traitement systématique des accroissements. Dans tous les cas où les attaques par les moisissures, les micro-
organismes ou les insectes constituent un risque endémique, il est souhaitable de les éliminer avant la mise des
documents en magasin par une méthode appropriée. Toutefois, la désinfection ou désinsectisation ne servira à rien si
le local où les documents seront par la suite entreposés est déjà infesté ou présente des conditions propres à favoriser
un retour du problème.
4.3.3 Lutte contre les infestations. Lorsqu’une infestation par les moisissures, les micro-organismes, les insectes ou
la vermine est constatée, il convient de prendre immédiatement des mesures pour traiter les documents touchés
(nettoyage, désinfection, dératisation, etc.), de nettoyer et de désinfecter la zone concernée (il ne faut pas employer
d’aérosols car ils pourraient propager l’infestation) et de supprimer la cause de l’infestation, par exemple en
améliorant les conditions climatiques (en abaissant la température et le degré d’humidité relative), en réparant les
fenêtres cassées ou les stores endommagés. On ne devrait jamais introduire dans les magasins (ni même, idéalement,
dans aucun bâtiment d’archives) des aliments et des boissons. Les documents ne doivent pas être replacés dans le
local contaminé tant que la source d’infestation n’a pas été éliminée.
4.3.4 Méthodes de traitement. Il est extrêmement difficile de dire avec certitude quelles sont les meilleures
méthodes de «désinfestation». Les méthodes employées sont les suivantes:
(a) la fumigation, qui nécessite une armoire spéciale de fumigation (autoclave) et des produits chimiques appropriés;
le thymol, auquel est longtemps allée la préférence, n’aurait finalement qu’une efficacité limitée; quant à l’oxyde
d’éthylène, il est explosif lorsqu’il est mélangé à l’air et il faut donc l’utiliser dans une chambre à vide
convenablement conçue et entretenue et le manipuler avec une grande précaution (33); par ailleurs, sa réaction et
sa décomposition libèrent des sous-produits qui sont à fois toxiques et nocifs pour certains documents;
(b) la congélation à -18 °C dans un congélateur à usage domestique modifié, qui permet de tuer les insectes, leurs
larves et leurs œufs mais pas toutes les moisissures;
(c) l’irradiation qui a également été testée en laboratoire; elle nécessite cependant des installations spéciales qui ne
sont pas encore du domaine courant dans les dépôts d’archives (57, 64);
(d) le maintien dans les locaux de conditions ambiantes qui ne favorisent pas la présence des moisissures et des
insectes; c’est à lui seul le moyen le plus efficace d’en débarrasser les magasins.
4.3.5 Hygiène et sécurité. Les traitements efficaces de désinfection étant en général également nocifs pour l’homme,
ils doivent être uniquement appliqués par du personnel qualifié, à l’aide du matériel approprié et dans les conditions
énoncées par la réglementation ou par le fabricant (voir également section 10.7 ci-dessous).
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5. Protection active et restauration: supports traditionnels

5.1 Papier
5.1.1 Nature et propriétés. Le papier est une matière organique dont le principal constituant est la cellulose. Dans
les papiers fabriqués avant le milieu du XIXe siècle, cette cellulose provient essentiellement du coton et du lin, bien
que d’autres fibres végétales aient aussi été utilisées; les fibres sont longues et relativement stables. Ce papier de
«chiffon» peut être «fait à la main» ou «vergé à la machine». A partir du XIXe siècle, la pâte de bois est de plus en
plus souvent employée et la fabrication du papier s’industrialise. Le papier ainsi produit est généralement appelé
«papier-machine» (ou fabrique également du papier machine à partir de pâte de coton). Il existe plusieurs procédés
de fabrication et la teneur en lignine du papier obtenu varie. Bien qu’il soit possible de fabriquer du papier de pâte de
bois qui résiste bien au temps, les fibres de cellulose de ce type de papier ont tendance à être plus courtes et il est
souvent plus acide que le papier fabriqué de façon traditionnelle et de ce fait beaucoup moins durable. En particulier,
les papiers de pâte de bois broyé (par exemple le papier journal) sont chimiquement instables et changent de couleur
au bout de peu de temps en passant du jaune au marron foncé; ils se fragilisent jusqu’à l’effritement complet en
raison de leur acidité dont l’action est accélérée par celle de facteurs ambiants comme la lumière, la chaleur,
l’humidité et la pollution atmosphérique.
5.1.2 Pour donner de la résistance au papier et faire en sorte qu’il accepte l’encre sans qu’elle s’étale, la cellulose de
base est traitée au moyen d’agents de collage et de charges. Dans les papiers les plus anciens, l’agents de collage est
d’ordinaire de la gélatine, une substance animale qui perd de sa consistance avec le temps mais qui ne se détériore
pas au point d’endommager le papier. Par contre, dans les papiers plus modernes, l’agent de collage est souvent un
mélange d’alun et de colophane qui est acide et participe à la détérioration d’un papier déjà acide. Les charges sont
habituellement à base de kaolin et de craie; elles sont donc souvent alcalines et ont tendance à contrer l’action de
l’acidité dans le papier ou l’atmosphère. Etant donné que le papier destiné à recevoir de l’encre, qu’il s’agisse de
manuscrits ou de textes dactylographiés, a souvent une forte teneur en charges, les documents d’archives sont en
général moins gravement touchés par les effets de l’acide que les ouvrages des bibliothèques. Toutefois, les
documents imprimés à de multiples exemplaires, en particulier les journaux, et même les archives manuscrites et
dactylographiées sur des papiers de qualité inférieure, peuvent aussi subir de graves dommages.
5.1.3 Désacidification. Réparer le papier par les méthodes traditionnelles ne suffit pas à remédier aux effets nocifs
de l’acidité. La seule façon d’éliminer celle-ci est de la neutraliser en constituant chimiquement un tampon alcalin
(une alcalinité excessive peut également endommager le papier et il faut éviter de dépasser un pH de 9,0). Avant la
désacidification, on prendra soin de tester la résistance des encres et des pigments à la substance à employer. S’ils ne
sont pas assez résistants, il faut d’abord les fixer. Un certain nombre de techniques de désacidification ont été mises
au point:
(a) La désacidification en milieu aqueux qui consiste à immerger le papier endommagé (les documents fragiles
seront placés sur un support) dans une solution ou une suspension alcaline (le bicarbonate de magnésium étant en
général considéré comme l’agent le plus efficace) ou à le tamponner avec ce même liquide jusqu’à ce que l’acide
ait été neutralisé et que le pH soit descendu entre 7,5 et 9,0. Après le traitement, on procède aux réparations
nécessaires; le papier est réencollé puis mis sous presse. La méthode est éprouvée mais elle présente des risques
pour les documents très fragiles; elle prend également beaucoup de temps; la désacidification en milieu liquide
non aqueux qui est analogue à la désacidification en milieux aqueux à cette nuance près que le produit alcalin est
dissous ou en suspension dans un solvant organique; on peut pour l’appliquer utiliser la pulvérisation, qui
accélère le processus, mais n’est peut être pas aussi efficace que l’immersion;
(c) la désacidification en phase gazeuse qui fait intervenir des produits chimiques sous forme gazeuse pour
neutraliser l’acide; cette méthode est plus facile à appliquer que les deux méthodes par immersion précédentes et
sa productivité est plus grande.
Malheureusement, la plupart des gaz utilisés sont toxiques ou dangereux pour la santé de sorte que ce procédé
n’est plus recommandé de nos jours.
(d) la désacidification en masse: des recherches sont actuellement en cours sur ce point dans plusieurs pays mais
elles restent expérimentales; toutes les méthodes envisagées nécessitent l’utilisation d’installations coûteuses;
certaines requièrent l’emploi d’une chambre à vide, ce qui convient sans doute dans le cas des volumes, mais
risque d’être dangereux pour les papiers non reliés; d’autres font intervenir des produits chimiques exigeant des

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précautions d’emploi si l’on ne veut pas qu’ils mettent en danger la santé et la sécurité du personnel. La plupart
de ces méthodes ne sont économiques que si le volume des travaux à exécuter est important (42).
5.1.4 Méthodes traditionnelles de réparation du papier. Pour réparer un papier endommagé, on emploie
traditionnellement (voir la section 5 pour un exposé plus détaillé de ces techniques) un papier neuf de bonne qualité,
fabriqué à la forme, de poids égal à celui du papier d’origine et de couleur analogue, placé dans le même sens que le
papier d’origine. Il ne faut pas découper la pièce au moyen d’un instrument tranchant, mais pratiquer à l’aide d’une
aiguille ou d’un stylet un pointillé suivant exactement la forme à obtenir. On détache ensuite la pièce avec
précaution. Les bords sont ainsi moins nets et les fibres de l’ancien et du nouveau papier peuvent s’entremêler. Une
autre technique consiste à utiliser du voile de Japon au lieu de papier de type courant. Les principaux procédés de
restauration sont les suivants:
(a) le recollage des déchirures;
(b) le comblage des lacunes qui consiste à confectionner des pièces de papier neuf d’un format correspondant aux
trous à combler dans l’original, en s’aidant d’une table lumineuse pour tracer avec précision le contour des
pièces; celles-ci sont ensuite détachées et collées à la place voulue;
(c) le bordage qui est l’opération inverse et qui consiste à confectionner un «cadre» pour entourer une feuille de
papier dont les bords ont été endommagés;
(d) l’endossure qui consiste à coller une nouvelle feuille de papier au verso de l’ancienne feuille; lorsque la feuille est
trouée ou lorsque ses bords sont endommagés, l’endossure doit s’accompagner d’un comblage des lacunes ou
d’un bordage, car autrement les différences d’épaisseur du papier pourraient en affaiblir la structure; cette
technique ne peut s’appliquer que lorsqu’il n’y a pas de texte au verso de la feuille d’origine; dans le cas contraire
et si le texte est court, l’endossure est possible sous réserve de ménager des «fenêtres» pour faire: apparaître le
texte ou d’utiliser du voile de Japon fin et transparent.
5.1.5 La colle traditionnelle est une colle de pâte végétale (riz ou amidon de blé - à laquelle on ajoute quelquefois des
additifs pour lutter contre les champignons et repousser les nuisibles, étant entendu que ces additifs ne doivent pas
avoir un effet nocif sur les documents). A l’heure actuelle, des colles synthétiques modernes sont parfois utilisées
mais il convient d’être très prudent et de tester soigneusement au préalable leur stabilité chimique et la permanence
de leurs qualités adhésives.
5.1.6 Les réparations au moyen de papier à la main se font communément sur le papier humide, la pièce étant elle
aussi humide; toutefois, s’il s’agit de voile du Japon, l’opération est en général réalisée à sec. La première de ces
méthodes a pour effet d’éliminer une partie de l’encollage d’origine et c’est pourquoi, une fois la réparation
effectuée, chaque feuille doit être réencollée puis mise à sécher librement sur un cadre (mises sous presse, les feuilles
réencollées risqueraient d’adhérer les unes aux autres). Les grands documents peuvent être mis à sécher légèrement
collés sur une toile de nylon reposant sur une surface en mélamine stratifiée qui peut être un tableau mural vertical
ou proche de la verticale. Ils se détacheront de la toile de nylon une fois secs.
5.1.7 Lamination. Le système le plus ancien, et encore aujourd’hui le plus répandu, pour la réparation de masses de
papiers est la lamination. Cette technique est à la portée de personnel semi-qualifié après un minimum de formation.
Toutefois, elle ajoute au volume du document et, dans une certaine mesure, elle est contraire à deux des principes de
la réparation, à savoir qu’il faut employer des matériaux semblables ou compatibles et que la réparation doit être
facilement réversible. Il existe deux types de lamination:
(a) les traitements mécaniques, qui consistent à placer la feuille de papier à réparer entre deux couches de produit de
doublage revêtu d’un adhésif thermoplastique (on peut aussi glisser des feuilles d’adhésif thermoplastique entre
le document et les deux feuilles de produit de doublage non revêtu); le document ainsi préparé est chauffé et mis
sous presse pour faire adhérer entre elles les couches «sandwich» (ce qui est en contradiction avec un autre
principe de la réparation en vertu duquel rien ne doit être fait qui risque de détériorer le document); aussi le
procédé Barrow n’est il pas recommandé car il peut endommager les documents auxquels on l’applique; il ne fait
pas de doute que parmi les premiers documents traités de cette manière, certains se sont gravement détériorés; il
semble toutefois, du moins dans quelques cas, que cette détérioration ait été provoquée par l’acidité du papier non
traité au préalable et dont l’effet a été accéléré par le traitement; le principe de base à respecter pour la lamination
mécanique est donc de commencer par mesurer l’acidité du papier et au besoin de le désacidifier avant de le
laminer; le procédé Postlip-Duplex (ou Langwell) fait intervenir une température et une pression moins élevées et
le produit de doublage utilisé est de la fibre de cellulose qui peut, le cas échéant, être enlevée; toutefois, la durée
de vie du papier ainsi laminé n’est pas suffisamment garantie pour que ce procédé soit recommandé que pour les

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documents autres que ceux de peu de valeur qui sont très fréquemment consultés (voir le tableau 1 après la
section 8.3.2 ci-dessous); il existe des machines automatiques et semi-automatiques qui accélèrent le travail;
(b) les traitements manuels s’appuient sur un procédé analogue mais sans intervention de chaleur; il en existe deux
principales variantes:
(i) le procédé florentin, dans lequel le «sandwich» se compose de voile de Japon - un papier translucide très
fin - et l’adhésif d’une colle pour réparation du papier de type courant; ce mode de réparation peut
également être effectué mécaniquement; et
(ii) la lamination par solvant, qui est un procédé mis au point aux Archives nationales de l’Inde, à Delhi, mais
qui n’est pas généralement accepté; le «sandwich» se compose d’un film d’acétate de cellulose et de
papier très fin, l’adhésion étant assurée par l’action chimique de l’acétone qui est appliqué uniformément
sur la surface au moyen d’un linge ne peluchant pas (15).
5.1.8 L’encapsulation. Elle peut remplacer la lamination, car elle permet de protéger un document sans le soumettre
à la chaleur, à une pression ou à l’action d’un adhésif. L’encapsulation consiste à placer le document dans une
pochette composée d’un film en polyester transparent inerte (par exemple en «Mylar»). Comme dans le cas de la
lamination, il est nécessaire de désacidifier le document au préalable. Des pochettes toutes faites peuvent être
utilisées pour les documents moins fragiles mais pour les articles peu résistants et friables, il est nécessaire de
fabriquer la pochette autour du document. Au début, on utilisait du ruban adhésif double-face mais on s’est aperçu
que le document risquait de glisser et d’entrer en contact avec l’adhésif. Le scellage à chaud faisait également courir
un risque au document (bien que les systèmes plus récents appliqués aux Etats-Unis paraissent être sûrs). Il semble
toutefois que ce soit le soudage par ultrasons qui offre les meilleurs garanties de sécurité. Une solution moins
coûteuse consiste à piquer à la machine, au point zigzag, les feuilles de polyester. L’emploi de cette technique ne
nécessite qu’un minimum d’habileté et de formation mais la couture peut prendre plus de temps que la lamination
elle-même et elle accroît le volume des documents. Un autre problème non négligeable est que par l’attraction
électrostatique, les encres et les pigments friables ou écaillés risquent de se soulever et d’adhérer au film en
polyester. L’encapsulation ne convient pas dans ce cas. En revanche, elle peut être utilisée pour conserver les
archives autres que les archives en papier (par exemple, photographies et textiles) et pour isoler dans un ensemble de
documents ceux qui risquent de dégrader les autres.
5.1.9 Comblage par repulpage. Cette méthode de réparation consiste à fabriquer du papier neuf pour combler les
trous du document d’origine. Celui-ci est placé sur un tamis fin puis plongé dans une eau additionnée d’une
suspension de cellulose (habituellement composée de bourres de coton). On soulève le tamis pour que l’eau s’écoule
par les trous du document et la suspension (qui sèche et forme le nouveau papier), retenue par le tamis, vient combler
les trous. Il existe diverses machines de comblage par repulpage, des petites machines manuelles aux grandes
machines automatiques qui parfois même fonctionnent en continu. Toutefois, ce procédé quand il est utilisé seul
présente l’inconvénient de combler uniquement les trous; il ne permet pas de réparer les déchirures ni de renforcer
les papiers fragiles (bien qu’on puisse procéder à l’encollage parallèlement au comblage). Il peut donc être nécessaire
de soumettre les documents à un autre traitement - par exemple la lamination ou l’encapsulation afin de pouvoir les
manipuler sans risque. En outre, étant donné qu’il s’agit d’un procédé en phase humide, on ne peut y recourir que
lorsque les encres et les pigments ne sont pas solubles dans l’eau. Cela dit, il peut très bien être associé à la technique
de désacidification en milieux aqueux. Une très grande habileté, une longue expérience et une évaluation précise de
l’étendue du dommage et du volume nécessaire de cellulose en solution (cette évaluation peut être effectuée à l’aide
d’appareils de détection ou manuellement; elle est plus facile à réaliser lorsqu’il s’agit de réparer des pages de livre
et des documents en papier de même dimension) sont nécessaires pour obtenir de bons résultats (c’est-à-dire un
papier de remplacement ayant exactement la même épaisseur que celui du document). Aussi, même avec les
coûteuses machines fonctionnant en continu, la productivité du travail ne peut-elle être très élevée.
5.1.10 Le dédoublement. Le dédoublement du papier est une ancienne technique qui a été récemment remise au
goût du Jour, en particulier en Europe de l’Est. Elle consiste à fendre dans l’épaisseur une feuille de papier fragile ou
endommagée portant du texte au recto et au verso, et qui, de ce fait, ne peut être «endossée», de manière à obtenir
deux feuilles monofaces entre lesquelles on insère une nouvelle feuille pour les renforcer. Il s’agit-là d’un procédé
spécialisé, qui doit être mis en œuvre par du personnel qualifié et expérimenté et qui ne permet donc pas d’obtenir un
niveau élevé de productivité. Il est toutefois plus rapide que les méthodes traditionnelles de réparation du papier.
5.1.11 Renforcement du papier. Des expériences ont été réalisées pour renforcer les papiers fragiles en les
imprégnant de monomères et en les bombardant de rayons gamma de faible densité de manière à créer des polymères
qui sont chimiquement solidaires du papier. Toutefois, aucun de ces systèmes de copolymérisation n’a été testé ni
poussé au-delà du stade expérimental (74).

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6. Conservation et sauvegarde matérielle des documents non textuels

6.1 Photographies
6.1.1 Nature et propriétés. Bien que la photographie existe depuis près d’un siècle et demi, seules quelques
collections spécialisées s’étaient, jusqu’à une époque récente, intéressées à la conservation des photographies,
notamment celles qui se trouvent dans les archives (2, 25, 29). Les photographies posent des problèmes spéciaux car
ce sont des objets complexes, dont le seul point commun est d’être composées d’au moins deux éléments: un support
(qui peut être fait de différentes matières) et une substance chimiquement active (habituellement un sel d’argent pour
les photographies en noir et blanc) qui réagit à la lumière pour donner l’image, soudés entre eux par un liant (sauf
dans le cas des calotypes et des daguerréotypes). Chacun de ces éléments peut réagir différemment non seulement
aux conditions du milieu, à la pollution chimique et à la manipulation mais aussi aux traitements protecteurs. Agir
pour les protéger implique donc des opérations extrêmement techniques qui ne devraient être confiées qu’à des
personnes compétentes et expérimentées très au fait non seulement du procédé photographique en cause mais aussi
des traitements à appliquer. De manière générale, le plus sûr consiste à placer individuellement les photographies
dans une pochette chimiquement inerte (non seulement sans acide, mais également sans soufre ni péroxyde les
pochettes en papier cristal ne sont plus recommandées) ou à les enfermer dans une enveloppe en polyester scellée
(encapsulation) et à les conserver dans l’obscurité dans des conditions ambiantes optimales (température la plus
basse possible et humidité relative se situant entre 30 et 50 %).
6.1.2 Négatifs photographiques. Il existe plusieurs types de supports transparents de négatifs, les plus courants
étant le verre, l’acétate de cellulose et le polyester (poly(éthylènetéréphthalate)). Leur stabilité est variable (voir 3.1.1
et 3.1.4 ci-dessus). D’une manière générale, les dommages causés aux négatifs photographiques sont surtout la casse,
s’agissant du verre; la dégradation ou l’altération de la couche d’émulsion du fait d’une réaction dimensionnelle
différente du support et de l’émulsion aux variations climatiques qui peuvent faire craquer l’émulsion où même la
détacher du support; une altération chimique de l’image par suite d’un mauvais développement initial, d’une
pollution chimique ultérieure d’origine environnementale ou de la migration d’une substance nocive venue de
l’emballage ou d’autres produits avec lesquelles les négatifs ont été en contact ou au voisinage desquelles ils se sont
trouvés rangés. On trouve moins de négatifs photographiques que de films négatifs sur support en nitrate de cellulose
(qui est chimiquement instable et très inflammable). Il existe aussi des négatifs photographiques sur papier. Le
traitement des négatifs photographiques - nouveau développement chimique ou transfert de l’émulsion du support
endommagé sur un support neuf - ne doit être effectué que par des personnes techniquement qualifiées pour le faire.
6.1.3 Positifs photographiques. Le papier leur sert habituellement de support, mais on peut aussi bien trouver toute
une variété d’autres supports tels que le métal dans plusieurs procédés des débuts, et le verre pour les plaques de
lanterne magique. Comme dans le cas des négatifs, les positifs souffrent le plus souvent d’une détérioration ou d’une
altération de l’émulsion ou bien de la détérioration chimique de l’image due à un développement défectueux, à la
pollution atmosphérique ou aux impuretés contenues soit dans le support papier, soit plus habituellement dans les
cadres ou albums photographiques, soit encore dans d’autres documents (coupures de journaux par exemple)
emmagasinés avec eux ou dans les conditionnements (enveloppes, boîtes, etc.) s’ils sont de mauvaise qualité. En
sortant les photographies des cadres et des albums, lorsqu’on peut le faire sans risquer de les endommager ou de
diminuer leur valeur de témoignage, et en les séparant des documents qu’elles accompagnaient, on peut stopper le
processus de détérioration chimique, mais on ne répare pas les dégâts (voir 2 cependant). Il va sans dire que lorsque
l’on sépare les photographies des documents qu’elles accompagnent et qui sont eux aussi un élément du document
d’archivé, il faut préserver les liens intellectuels entre les deux éléments au moyen de renvois dans les catalogues ou
inventaires.) Les traitements ne doivent être exécutés que par des spécialistes de la sauvegarde matérielle des
photographies.
6.1.4 Photographies en couleur. Elles se composent de négatifs, d’épreuves positives tirées à partir des premiers, de
diapositives sur film inversible et de positifs obtenus directement («Polaroïd»). Les pigments photosensibles qui
constituent l’image sont bien moins stables que les sels d’argent utilisés dans les photographies en noir et blanc, et il
est capital de les stocker en milieu stable, de préférence en atmosphère froide (pas plus de 5° C) et avec une humidité
relative stable de l’ordre de 30 à 50 %. Le sauvetage des photographies en couleurs endommagées ou en voie de
détérioration est presque impossible et la copie est souvent la seule ressource.

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6.1.5 Microformes. Les microformes sont un type de photographies qui portent une série d’images sur un support
transparent (acétate de cellulose ou polyester - voir 3.1.1 et 3.1.4 ci-dessus pour les problèmes de stabilité) se
présentant en rouleau (microfilm) ou feuille (microfiche). Pour certains des premiers microfilms, le support est en
nitrate de cellulose et il faut tirer des copies puis éliminer l’original (voir 6.2.1 infra). Dans toutes les premières
microformes et dans les microformes d’archives modernes, l’image se constitue dans une émulsion gélatine - argent,
qui est sujette aux mêmes types d’altération ou de détérioration que les autres photographies sur sels d’argent. Les
reproductions sur microformes diazo, vésiculaires et électrophotographiques («effaçables») sont maintenant
courantes; elles sont en général extrêmement sensibles aux lumières fortes et ne sont pas recommandées pour la
conservation de longue durée. Le traitement des microformes se limite habituellement au remplacement des bobines
métalliques ou de boîtes instables de mauvaise qualité par des équivalents en matériau inerte et au stockage dans des
conditions ambiantes recommandées (26) à l’écart de documents papier qui peuvent dégager des vapeurs de
péroxyde. On peut également procéder à un lavage précautionneux des microformes sales ou collantes, mais le
traitement chimique n’est pas recommandé.
6.1.6 Copies de bureau. Quantité de procédés divers ont été utilisés pour produire des copies de bureau, soit
directement à partir de l’original, soit par impression à partir d’une microforme. Le plus ancien d’entre eux: est la
polycopie, connue pour la très mauvaise qualité des supports en papier et l’altérabilité des encres utilisées. Le
procédé de reproduction le plus ancien est le «photostat», un procédé photographique qui donnait une copie
raisonnablement permanente quand elle était convenablement développée et conservée. Malheureusement, la plupart
du temps, le développement était mal fait. Le dernier procédé en date, c’est-à-dire la copie électrostatique ou
xérographique, est lui aussi quasiment éternel si la machine utilisée est bien réglée, l’encre préparée selon une
formule correcte et bien mélangée et le papier stable. Toutefois, entre les deux, il y a eu un grand nombre d’autres
procédés, tels que le thermofax, le véritex, qui ont donné des copies éphémères parce que les matériaux utilisés sont
de mauvaise qualité, le fixage de l’image mal fait et le papier couché des copies sensible à la lumière ou à la chaleur.
Le seul moyen de conserver les textes de telles copies est de les reproduire par un procédé qui donne une copie de
plus longue conservation (69). Les machines à photocopier de bureau reproduisant la couleur ont récemment fait leur
apparition. La qualité archives de ce qu’elles produisent n’est pas garantie.
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7. Copie de substitution

7.1 But
7.1.1 Copie pour éviter le traitement protecteur. Le remplacement par une copie d’un document original qui est
abîmé, en train de se détruire ou qui va visiblement se détériorer peut être la seule solution lorsqu’une opération de
restauration n’est pas prioritaire ou est irréalisable en raison de son coût, du manque de personnel qualifié ou de
l’inexistence d’un traitement approprié. La copie effectuée, l’original peut être:
(a) enfermé soigneusement dans un conditionnement neutre et mis à l’abri dans des conditions climatiques optimales
jusqu’à ce qu’on trouve un traitement économique: cela convient parfaitement aux documents abîmés mais
parfois aussi aux documents qui ne sont pas entièrement dégradés et dont la détérioration peut être stoppée ou
ralentie par leur conservation dans de bonnes conditions;
(b) abandonné à son sort sans qu’on perde cependant l’espoir de trouver un moyen de traitement économique avant
qu’il ne soit complètement détruit; ou
(c) éliminé - bien que ce ne soit pas la solution qu’adopte volontiers un archiviste, il arrive que ce soit la plus
raisonnable; dans de nombreux cas, c’est l’aboutissement inévitable de la solution (b).
7.1.2 Copie après traitement. Dans d’autres cas, il peut se révéler nécessaire à la fois de traiter le document original
et de faire une copie de substitution pour la consultation. Les raisons peuvent être les suivantes:
(a) le document a une grande valeur intrinsèque et mérite un traitement protecteur - dans ce cas, la copie est destinée
à la consultation, ce qui évite à l’original réparé d’être davantage ou de nouveau endommagé;
(b) le document a une grande valeur informative, mais est tellement abîmé qu’il n’est pas possible d’en faire une
copie avant qu’il y soit fait un minimum de réparations.

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7.1.3 Copie pour éviter des dégâts qu’il faudrait réparer. Dans ce cas, la substitution est une mesure préventive
pour éviter d’abîmer des documents bien conservés mais fragiles, en bon état mais sujets à une utilisation ou des
manipulations intensives ou encore des documents d’une très grande valeur intrinsèque. En pareil cas, les originaux
doivent être conservés et stockés dans les locaux appropriés.

7.2 Types de copies de substitution


7.2.1 Fac-similés. Dans le cas d’un document ayant une grande valeur intrinsèque (un manuscrit ancien enluminé, la
constitution nationale ou une lettre entièrement écrite de la main d’un personnage historique illustre par exemple), le
meilleur substitut est un fac-similé de bonne qualité. Toutefois, cela exige un appareil et des matériels de bonne
qualité pour ne pas dire spéciaux, qui fasse d’excellentes photos en couleur et même, si plusieurs exemplaires sont
nécessaires, du matériel de tirage en couleur. Ces fac-similés sont donc en général coûteux et on doit souvent pour
les réaliser confier le document à un laboratoire; il faut alors surveiller de près les conditions climatiques ainsi que
les techniques de manipulation utilisées. Si l’original est un volume relié, on peut avoir à le dérelier pour en séparer
les feuilles, alors même que cela n’était pas indispensable pour lui appliquer un traitement protecteur si l’on veut
obtenir les meilleurs résultats. Les négatifs obtenus et les matrices d’impression seront conservés dans des conditions
ambiantes optimales; on évitera ainsi d’avoir un jour à rephotographier l’original.
7.2.2 Photographies. Lorsque la dépense d’un fac-similé polychrome ne se Justifie pas, on peut se contenter d’une
bonne photographie en noir et blanc, surtout lorsqu’il s’agit de fournir des copies de photographies pour la
consultation. Il n’est pas nécessaire que le tirage soit à la dimension de l’original lorsque celui-ci existe encore et que
ledit tirage a pour objet d’éviter que l’original soit abîmé ou altéré à force de manipulations. Les diapositives en
couleur peuvent être un bon moyen de confectionner des copies pour la communication, dans le cas des documents
où la couleur est un élément important, tels que cartes et plans, affiches, levés topographiques. Il est important que
les négatifs et matrices soient soigneusement conservés et catalogués pour éviter d’avoir à rephotographier
inutilement les originaux.
7.2.3 Copies électrostatiques. Il s’agit d’une technique de reprographie qui permet d’obtenir des copies en noir et
blanc de même dimension que l’original à moindre frais que la photographie. C’est là le meilleur moyen de
remplacer les copies non stables et autres pièces des dossiers d’archives modernes en voie de dégradation. On peut
classer les tirages établis en continu à partir de microfilms dans des dossiers (voir 5.2.3) fermés par deux cartons
pour avoir des volumes de substitution. Pour faire des copies directes, on utilisera du papier «stable», un appareil
bien entretenu et propre et l’encre recommandée par le fabricant (69). Il est important d’apprendre au personnel
chargé de faire les photocopies à manipuler les documents avec précaution. D’une manière générale, il faut éviter de
photocopier les volumes reliés car en les pressant, on risque d’abîmer aussi bien la reliure que le papier.
7.2.4 Microformes. La méthode la moins chère pour avoir réaliser des copies de substitution est la microscopie
(microfilms en rouleaux ou microfiches). C’est aussi le traitement de sauvegarde le meilleur marché. Le négatif
original (émulsion gélatino-argentique sur film polyester de préférence) doit être développé et stocké selon les règles
internationalement acceptées, et ne jamais servir à la lecture; il doit servir uniquement pour l’établissement de
doubles à partir desquels on tirera les copies de lecture (4, 18). Les microformes en couleur permettent de visionner
des copies de documents colorés que des manipulations intenses risqueraient d’abîmer, mais elles ne sont pas stables
et l’on ne peut compter sur elles pour remplacer des originaux en train de s’altérer.
7.2.5 Enregistrement électronique de l’image. Cette nouvelle technique associe les technologies photo-électrique,
laser et informatique; l’image est enregistrée sur un support magnétique ou un disque optique par balayage selon une
matrice, les éléments en noir/blanc ou rouge/ bleu/vert des points minuscules de cette matrice («pixels) étant codés
électriquement; la restitution s’effectue sur écran ou sur imprimante. Cette technique permet également d’améliorer
la qualité des images décolorées ou partiellement effacées, et on s’en est effectivement servi pour restaurer les
images fixes ou en mouvement dégradées et remplacer des documents originaux sur papier décolorés ou tachés.
7.2.6 Transfert de l’information. Lorsque seule l’information contenue dans le document original et non pas le
support original du document qui est important, on est en droit de transférer cette information sur un autre support.
Lorsque le support d’origine est abîmé, la copie est le seul moyen de conserver l’information. Dans une certaine
mesure, tous les procédés décrits plus haut sont des formes de transfert de l’information, mais ils tendent à protéger
des articles ou des ensembles d’articles dont on a constaté qu’ils sont en train de se dégrader ou de s’altérer ou qu’ils
risquent de l’être du fait d’une utilisation excessive. Or, il est aussi des types de documents dont on sait qu’ils ont
une durée de vie limitée et qu’il faudra les recopier lors de leur versement aux archives. Plusieurs cas se: présentent.
On peut recopier le document sur un support identique (auquel cas il faudra en faire une autre copie le moment

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venu), notamment les enregistrements audio, vidéo et informatiques sur bande magnétique, qui devraient au moins
être transférés sur des bandes vierges de qualité archives éprouvée (ce qui ne signifie pas «inaltérable» en
l’occurrence). Le transfert sur un type différent du même support (par exemple d’une bande de cassette sur une
bande en bobine, «d’une disquette» sur une bande d’ordinateur en bobine, d’une pellicule en nitrate sur une pellicule
en acétate), voire sur un support différent (un disque optique par exemple) doit également être envisagé. On peut de
même copier systématiquement au moment du versement les documents d’autre facture qui risquent fort d’être
endommagés pour avoir une copie de réserve et de travail (disque de phonographe sur bande magnétique, cliché
négatif sur verre sur film négatif).
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Appendice E - Petite bibliothèque d’ouvrages concernant la


conservation, la sauvegarde et la restauration
Les ouvrages suivants doivent constituer la base d’une bibliothèque d’ouvrages sur la conservation, la sauvegarde et
la restauration. Ceux qui sont cités dans le corps de l’étude sont accompagnés du numéro sous lequel ils figurent sur
cette Liste.

A. Etudes RAMP et autres documents du Programme général d’information de l’UNESCO et de l’UNISIST


Documents publiés par l’UNESCO, Paris. Il est possible de les obtenir gratuitement en écrivant au PGI, UNESCO, 7,
place de Fontenoy, 75700 Paris (France).
1. Y.P. Kathpalia, Conservation and restoration of archives: a survey of facilities (1978, PGI-78/WS/14).
2. K.B. Hendriks, La conservation et la restauration des documents photographiques dans les institutions d’archives
et les bibliothèques (1984, PGI-84/WS/1); également publié en anglais et en espagnol.
3. Y.P. Kathpalia, Programme d’enseignement modèle Pour la formation des spécialistes de la conservation et la
restauration (1984, PGI84/WS/2); également publié en anglais et en espagnol.
4. J.A. Keene et M. Roper, Planning, equiping and staffing a document reprographic service (1984, PGI-84/WS/8).
5. C. Crespo et V. Vinas, La préservation et la restauration des documents et ouvrages en papier (1985, PGI-
84/WS/15); également publié en anglais, arabe, espagnol et russe.
6. M. Roper, Directory of national standards relating to archives administration and records management (1986,
PGI-86/WS/16).
7. D.L. Thomas, Enquête sur les normes nationales relatives aux papiers et aux encres utilisés par l’administration
pour la création de documents (1986, PGI-86/WS/11); également publié en anglais, espagnol et russe).
8. D.L. Thomas, Conservation et sécurité des fonds et collections d’archives (1986, PGI-86/WS/23).
9. J.M. McCleary, La lyophilisation appliquée au sauvetage des livres et documents endommagés par l’eau (1987,
PGI-87/WS/7).
10. D.W.G. Clements, Conservation et sauvegarde des documents d’archives et de bibliothèque: enquête
UNESCO/IFLA/CIA sur l’état du patrimoine mondial (1987, PGI-87/WS/15).
11. G. Benoit et D. Neirinck, Les moyens de conservation les plus économiques dans les bâtiments d’archives des
pays industriels et tropicaux (1987, PGI-87/WS/18).
12. V. Vinas, Traditional techniques of restoration (en préparation).
13. G.M. Cunha, Studiy on the methods of évaluation to determine Préservation needs in library and archive
collections (en préparation).
14. M. W. Pascœ, Study of the impact of environmental Pollution on the Préservation of records and archives (en
préparation).

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B. Autres monographies de base


15. Y.P. Kathpalia, Conservation et restauration des documents d’archives, documentation, bibliothèques et
archives, études et recherches (UNESCO, Paris, 1973); également publié en anglais.
16. L. Bell et B. Faye, La conception des bâtiments d’archives en pays tropical, documentation, bibliothèques et
archives, études et recherches, vol. 9 (Paris, UNESCO, 1979); également publié en espagnol.
17. J. Davies, A study on the basic standards and methods in preservation and restoration workshops applicable to
developing countries (Conseil international des archives, Bruxelles, 1973).
18. M. Roper, Guidelines for the Préservation of microforms, ICA Studies, vol. 2 (CIA, Paris, 1986); on peut obtenir
gratuitement cet ouvrage en écrivant au Treasurer of ICA, Bundesarchiv, Postfach 320, 5400 Coblence,
République fédérale d’Allemagne.
19. Modern buildings of national archives/Bâtiments modernes d’archives nationales, Archivum, vol. XXXI (1986).
20. Actes de la vingt-quatrième conférence internationale de la table ronde des archives/Proceedings of the twenty-
fourth international archival round table conférence, Policies for the Préservation of the archival heritage,
Gardone Riviera, 1986 (en préparation).
21. P. Walne, F.B. Evans et F. Himly, Dictionary of Archival Terminology/ Dictionnaire de terminologie
archivistique, ICA Handbooks Series, vol. 3 (K. G. Saur Verlag KG, Munchen, 1984); with Equivalents in
Dutch, German, Italian, Russian and Spanish. Une deuxième édition est sous presse.
22. Glossary of archive conservation terms (Comité de préservation et de restauration du CIA, Paris, 1985); English
with equivalents in Spanish, German, Italian and French; une version révisée établie en collaboration avec
l’IFLA et qui sera publiée par K.G. Saur Verlag KG est sous presse).
23. R.K. Perti (dir. publ.), Conservation of traditional records: paner and allied materials (Branche régionale du
CIA pour l’Asie du Sud et de l’Ouest et Archives nationales de l’Inde, New Delhi, 1987).
24. J.M. Dureau et D.W.G. Clements, Principles for the préservation and conservation of library materials, IFLA
Professional Reports n° 8 (IFLA et The Library Association, La Haye, 1986).
25. M.A. Smith, Préservation of library materials: délibérations de la conférence CDNL/IFLA/UNESCO, Vienne
1986, IFLA Publications 40/41 (2 vol., K.G. Saur Verlag KG pour l’IFLA, Munchen, 1987).
26. Photographie - films photographiques de sécurité traités. Directives pour l’archivage, ISO 5466: 1986
(Organisation internationale de normalisation, Genève, 1986).
27. Repair and allied processes for the conservation of documents, BS 4971: part 1: 1973; Part 2: 1980 (British
Standards Institute, 1973 & 1980); une version révisée de la partie 1 sera bientôt prête.
28. Recommendations for the storage and exhibition of archival documents, BS 5454: 1977 (British Standards
Institute, 1977); une version révisée sera bientôt prête.
29. T.J. Collings, Archival care of still photographs, Society of Archivists Information Leaflets n° 2 (Society of
Archivists, 1983).
30. K. Howarth, The preservation and storage of sound recordings, Society of Archivists Information Leafets n° 4
(Society of Archivists, 1987).
31. Directory of supplies of materials, équipement, and services for archive and book conservation, storage and
display, Society of Archivists Conservation Group Occasional Paper n° 1 (Society of Archivists, 1985).
32. M. L. Ritzenthaler, Archives & manuscripts: conservation, SAA Archives & Manuscripts Series (Society of
American Archivists, Chicago, 1983).
33. M. Duchein, Les bâtiments d’archives: construction et équipements (Archives nationales, Paris, 1985); il s’agit
d’une version entièrement révisée d’un ouvrage traduit enanglais sous le titre Archives building and
equipment, ICA Handbooks Series, vol. 1 (K.G. Saur Verlag KG, Munchen, 1977); la traduction en anglais de
la version révisée est en cours d’établissement.
34. D. Baynes-Cope, Caring for books and documents (British Museum Publications, Londres, 1981).

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35. G.M. Cunha and D.G. Cunha, Library and archives conservation: 1980s and beyond, deux vol. (The Scarecrow
Press, Metchen, NJ et Londres, 1983).
36. G. Petherbridge (dir. publ.), Conservation of library and archive materials and the graphic arts (Butterworths,
Londres, 1987); délibérations de la Conférence de Cambridge de 1980. Le prix - 75 livres - est peut-être un
peu élevé pour un service d’archives disposant de ressources limitées.
37. G. Thompson, The museum enviroument (Butterworths, Londres, 1978).
38. M.T. Roberts et D. Etherington, Bookbinding and the conservation of books: a dictionary of descriptive
terminology (Library of Congress, Washington DC, 1982).
39. S.B. Swartzburg, Preserving library materials (The Scarecrow Press, Metchen, NJ et Londres, 1980).
40. O.P. Agrawal, Conservation of manuscripts and paintings in SouthEast Asia (Butterworths, en association avec
l’Institut international pour la conservation des objets d’art et d’histoire, Londres, 1984).
41. J. Ashley-Smith (dir. publ. série), Science for conservators (3 vol., Crafts Council, Londres, deuxième
impression, 1984).
42. G.M. Cunha, Mass deacidification for libraries (American Library Association, Chicago, 1987).
43. J.M. Banks, Guidelines for preventative conservation (Committee on Conservation and Préservation of Library
Materials, Council of Federal Libraries, Ottawa, 1981).
44. I. Moor et A. Moor, Conserving photographs (Bishopgate Press, 1986).
45. J. McWilliams, The Préservation and restoration of sound recordings (American Association for State and Local
History, Nashville, 1979).
46. H. Anderson et J.E. McIntyre, Planning manual for disaster control in Scottish libraries and record offices
(National Library of Scotland, Edimbourg, 1985).
47. P. Watters, Procedures for salvage of water-damaged library materials (Library of Congress, Washington DC,
deuxième édition, 1979).
76. Préservation of historical records, Committee on Préservation of Historical Records, National Research Council
(National Academy Press, Washington DC, 1986).-
77. Intrinsic value in archival material, National Archives and Records Service Staff Information Paper 21 (National
Archives and Records Service, Washington DC, 1982).

C. Périodiques
En dehors des revues générales d’archivistique et de bibliothéconomie, les périodiques dont le titre suit doivent être
considérés comme indispensables.
48. Restaurator.
49. The paper conservator.
50. Abbey newsletter.
51. International conservation news; on peut obtenir gratuitement cette revue en écrivant à l’adresse suivante: IFLA
Programme on Préservation and Conservation, c/o Library of Congress, IFLA PAC Core Programme,
National Préservation Programme Office, Washington DC 20540.

D. Articles Particulièrement intéressants publiés notamment dans les revues susmentionnées


52. D.G. Vaisey, "The archivist as conservator", Journal of the Society of Archivists 6(2) (octobre 1978), 67-75.
53. D.G. Vaisey, "Recording conservation treatment", Journal of the Society of Archivists 6(2) (octobre 1978), 96-6.
54. V. Daniels, "Air pollution and the archivist", Journal of the Society of Archivists 6(3) (avril 1979), 154-6.
55. A.D. Baynes-Cope et T.J. Collings, "Some specifications for materials and techniques used in the conservation of
archives", Journal of the Society of Archivists 6(6) (octobre 1980), 384-6.

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56. F. Jayot, "L’humidité dans les dépôts d’archives; instruments et méthodes de mesure", La gazette des archives,
NS n° 123 (4e trimestre 1983), 232 FF.
57. M. Dersarkissian et M. Goodberry, "Experiments with non-toxic antifungal agents", Studies in conservation 25
(1980), 28-36.
58. K.B. Hendricks et B. Lesser, "Disaster preparedness and recovery: photographic materials", American archivist
46(1) (hiver 1983), 52?.
59. W.K. Wilson et E.J. Parks, "Historical survey of research at the National Bureau of Standards on materials for
archival records", Restaurator 5(3-4) (1983), 191-?.
60. A.D. Baynes-Cope, "Conservation: why the scientist can help", Archives 16(70) (octobre 1983), 162-6.
61. D.L. Thomas, "Conservation: new techniques and new attitudes", Archives 16(70) (octobre 1983), 167-77.
62. B. Faye, Conception des bâtiments d’archives. Revue de l’UNESCO pour la science de l’information, la
bibliothéconomie et l’archivistique IV(2) (avril-juin 1982, p. 93-99).
63. Y.P. Kathpalia, Conservation et préservation des archives. Revue de l’UNESCO pour la science de l’information,
la bibliothéconomie et l’archivistique IV(2), avril-juin 1982, p. 100-107.
64. H. Horakova et F. Martinek, "Disinfection of archival documents by ionizing radiation", Restaurator 6(3-4)
(1984), 205-16.
65. C. Smith, "Starting a conservation programme", Archives and manuscrits 15(1) (mai 1987), 41-7.
66. "Education for conservation", Journal of librarianship 17(2) (avril 1985), 74-105; cinq communications
présentées à l’occasion du Library Association’s Conservation Seminar, Londres, 1984.
67. D. Allsopp, "Biology and growth requirements of mould and other deteriogenic fungi", Journal of the Society of
Archivists 7(8) (octobre 1985), 530-3.
68. D.L. Thomas, "Archive buildings: international comparisons", Journal of the Society of Archivists 9(1) (janvier
1988), 38-44.
69. Restaurator 8(1) (1987); ce numéro est consacré à des communications présentées lors d’une conférence sur les
photocopies de sauvegarde.
70. M. Roper, "Advanced technical media: the conservation and storage of audio-visual and machine-readable
records", Journal of the Society of Archivists 7(2) (octobre 1982), 106-12.
71. R. Strassberg, "The use of fumigants in repositories", American archivist 41(1) (janvier 1978), 25-36.
72. H. Wilman, "Copying without damage: The British Library Strategy", Archives 18(78) (octobre 1987), 85-8.
73. D.G. Vaisey, "Archivists, conservators and scientists: the preservation of the nation’s heritage", Archives 18(79)
(avril 1988), 131-43.
74. D.G.W. Clements, "Emerging technologies - paper strengthening", Restaurator 8 (1987), 124-8.
75. D.L. Thomas, "Architectural design and technical equipment for the physical protection and conservation of
documents", Mitteilungen des Osterreichischen Staatsarchivs 39 (1986), 233-51.
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